Nda : Il m'aura quand même fallut plus de 18 mois pour publier, quelle honte ! Néanmoins, après les multiples éditions des dix premiers chapitres ainsi que du prologue et de la préface (à celle-ci figure d'ailleurs un nouveau paragraphe que je vous inviterais à lire, ne sait-on jamais), c'est fière que je présente Placebo. Savourez le, j'ose le croire légèrement différent. Vous m'en direz des nouvelles j'espère !
Chapitre 11 : Placebo.
A l'époque, je refusais de me laisser dépasser par la guerre. Je ne suis qu'un gosse moi. Mais j'ai bien faillis me faire abattre plus d'une fois. Malvina Dore était si belle, dès son arrivée à Poudlard j'ai adoré la suivre pour la prendre en photo. C'est dommage qu'elle ne m'ait remarqué que ce jour-là d'automne, près du Greenwich Parc à Londres. C'est la première fois où nous avons échangé des mots. Elle m'avait alors dit avoir un faible pour les petits garçons mignons dans mon genre. Je crois que c'était une sorte de côté maternelle.
Il paraît qu'elle a conservé le cliché que je lui avais tiré ce jour-là, qu'elle l'avait même offert à ses amies. Elle avait été gentille de ne pas m'insulter par ce que j'étais un Gryffondor, ni de m'agresser par ce que j'étais un né moldu. C'était ce qu'il y avait de plus doux en elle et je pense que je suis un des privilégiés qui a pu voir la jeune fille derrière la meurtrière de guerre au moins quelques fois dans sa vie. Je pense que j'irais porter le double que j'ai tiré du négatif à la commémoration de dimanche.
Vous savez, c'est une des photos que j'ai prise d'elle en cachette, un soir d'hiver où elle était heureuse, qui a servis à animer sa cérémonie. Elle était si belle lorsqu'elle était elle-même.
C.C~
« Alea jacta est. »
Jules César.
-On-
J'explosai de rire, manquant de m'étouffer avec ma gorgée. Les bulles et l'acidité du Champagne me montèrent au nez. Toussotant et crachotant, je continuai à rigoler de l'anecdote de Daphné. Pansy avait des larmes d'hilarité qui coulaient du coin de ses yeux et son teint devenait progressivement rouge. Après ce long fou rire, nous nous resservîmes et trinquâmes de nouveau. J'approchai le fin cristal de ma coupe à mes lèvres que je sentais encore souriantes et bus quelques douces gorgées. Le goût des retrouvailles était sucré et agréable. Je sentais cette émotion câline m'enivrer autant que l'alcool pour presque me rendre...gentille. La sensation ne m'était plus familière.
« Je suis vraiment, vraiment contente de vous voir les filles. Vous n'imaginez pas à quel point vous m'avez manquées. » Elles échangèrent un regard interloqué avant de me regarder avec des yeux brillants. Je ne comprenais pas leur surprise. Quoique...il était vrai que ces mots changeaient des constantes critiques, ordres et insultes que je leur balançais à longueur de journée. Mais c'était par ce qu'elles étaient mes amies. Il était temps que je leur prouve que je n'étais pas qu'une salope ingrate et égoïste.
« Je sais, ce n'est pas tous les jours que la grande Malvina Dore redescend de ses grands hippogriffes, plaisantai-je. Daphné, Pansy, je ne suis pas uniquement une connasse. Vous m'êtes précieuses, je n'ai jamais eus d'amies comme vous à vrai dire. Même si je ne le dis pas assez souvent, voir ne le montre presque jamais, je tiens énormément à vous. »
Pansy fut la première à reprendre contenance. Elle m'observa avec fierté et satisfaction. Elle m'offrit un sourire, un joli sourire, vrai, loin de ses airs moqueurs et sarcastiques. C'était le sourire de la jeune femme et non de la vipère en elle. Daphné tendit le bras et m'attrapa la main par-dessus la table, émue. Je serrai la sienne et leur adressai à toutes deux mon véritable sourire. Je me mettais à nue devant elles. Il fallait qu'elles sachent qui j'étais. Malgré mes grands mots, ma Dame, mes mensonges et mes vices ; même atrophié il y avait un cœur derrière ma noirceur. Pansy soupira que j'étais une des pires handicapées sentimentales qu'elle connaissait et Daphné me défendit en se rappelant que je n'avais réellement jamais eus d'amies comme elles.
Un serveur coupa cette atmosphère rayonnante de complicité et d'affection en se raclant la gorge. Deux gouttes de sueur perlaient sur son front et il semblait trembler. Son malaise et sa crainte étaient clairs sur son visage alors qu'il peinait à lever les yeux sur les trois femmes présentes. La tension dans la pièce changea immédiatement et nous lui portâmes toutes trois nos regards les plus mauvais de Serpentardes. Il déglutit nerveusement avant de s'annoncer.
« Mesdemoiselles...Nous n'avons plus de Veuve Cliquot... Accepteriez-vous à la place deux de nos meilleurs Canard-Duchêne ? »
Il ferma les yeux alors que Pansy prenait une inspiration acérée pour lui répondre.
Oui, j'adorais ces filles.
Le vent froid se jeta sur nous à l'instant où nous sortîmes de la Fourchette d'Argent, restaurant sorcier assez chic aux abords du Greenwich Park. L'humidité de l'automne n'infiltra cependant pas nos vestes haute couture doublées aux sortilèges chauffants. Je m'adossai sur un mur et sortis une cigarette de ma poche. Je l'allumai d'un sort et relevai la tête vers les nuages gris menaçants au-dessus de moi. La fumée se perdit bien vite dans les courants d'air ambiant de cet après-midi et je me tournai vers Pansy et Daphné. Les deux interrompirent leur débat quant à savoir ce que nous ferions à présent pour se reporter sur moi.
« Où allons-nous alors ? » S'exclamèrent-elles d'une même voix.
J'explosai de rire sous leur synchronisation involontaire et mes deux amies finirent par me rejoindre dans l'hilarité. Nous échangeâmes des regards complices en silence alors que je les dirigeai d'un hochement de tête tout simplement devant. Sans destination précise, juste une direction.
« Tu ne perds pas le Nord, rigola Pansy.
- Jamais ! Toujours plein Sud. »
Nous partîmes toutes trois, titubant en parfaite synchronisation.
« Et advienne que pourra » soufflai-je en français dans mon expiration fumeuse.
Nous marchâmes un bon moment avant de finalement nous poser sur un banc un peu isolé. Il n'y avait quasiment personne aux alentours. L'endroit était d'un calme frais animé par nos éclats de rire. Daphné était assise au centre, Pansy et moi de chacun de ses côtés. Nous étions toutes deux allongées sur le dos, nos têtes se partageant les cuisses de la brune. Ses mains caressaient doucement nos crânes pendant que nous nous racontions à tour de rôle les histoires de nos vies.
« Sérieusement ? » Lui redemandai-je. Je n'arrivais pas à croire que je n'avais pas vu le lien qui unissait Daphné et Blaise. Lorsque j'avais étudié les regards qu'ils se portaient tous les uns aux autres, j'avais bien remarqué toutes les complicités passées. Entre Daphné, Pansy, Blaise, Théodore et le fameux Draco Malfoy que je ne connaissais pas encore. C'était le lien de groupe. Mais au-delà de ça, on remarquait déjà celui entre Daphné et Pansy – ainsi que Millicent et une ou deux autres - les seules filles jusqu'à mon arrivée. Puis Blaise, Théo ainsi que leur ami manquant énoncé plus haut. Je savais que ceux-là partageaient de lourds souvenirs communs. Je n'oubliai pas la fraternité de Gregory et Vincent. Il y avait aussi les deux sixièmes années. L'amitié d'enfance était évidente entre Matthew et Alexy. J'avais pourtant remarqué au-dessus de ça l'attirance qu'avait Matthew pour Pansy, une sorte de dévotion secrète qu'elle ne remarquait même pas, tandis qu'Alexy observait parfois Daphné avec une sorte de...je ne savais le définir. Ce n'était pas totalement sain non plus. Comme si elle était une chose agréable à contempler. Une bonne note ou un tableau peut être.
Alors je n'étais pas surprise de découvrir que Pansy avait en cinquième année couché avec Draco pour la première fois. Je leur avais confié que la mienne avait été en sixième année, à Beauxbâtons, une expérience plus ou moins comique avec mon meilleur pote de l'époque après un cours de philomagie fondamentale de la sorcellerie. Je ne m'étais néanmoins certainement pas attendue à ne pas voir la relation profonde existante entre Blaise et Daphné. Surtout compte tenue de la réputation de baiseur invétéré, assumée et véridique du préfet. Ils s'aimaient en cachette depuis leurs douze ans ! Jusqu'à aujourd'hui encore, l'homme sûrement atteint de schizophrénie était épris de la fille dont il était tombé amoureux avant même son entrée à Poudlard. Leur couple était presque comme un exemple de vertu vu de l'extérieur. Ils finiraient par se marier, avoir pleins d'héritiers et une grande propriété sorcière. Ce n'était pas mon don qui me le disait, juste les impressions communes de ceux qui savaient.
« Oui, me répondit Daphné. Il a toujours été, est et restera le seul pour qui mon cœur bat. » J'aurais bien applaudis si ma main gauche n'avait pas été occupée à tenir ma cigarette. Comment pouvait-on mettre autant d'intensité et de sens dans une phrase sans paraître clichée ? Pourtant, je savais que ses mots représentaient exactement ce qu'elle ressentait. Il ne fallait pas sous-estimer les paroles et leurs interprétations. Ainsi que l'honnêteté. Je n'oubliais pas non plus que Blaise était un sadique pervers et que Daphné était soumise au possible ainsi que potentiellement insensible. Il y avait une part d'ombre à leur amour si fort. Peut-être pourrait-on en faire un bestseller dans une quinzaine d'années.
Ses mots restèrent un suspend dans l'air avant d'être emportés vers le ciel qui s'assombrissait déjà à l'Est. Il était à peu près dix-sept heures et la nuit arrivait déjà à étendre ses griffes dans nos dos. Comme une bête froide et dévorante, malsaine. Aucune de nous n'oubliait non-plus que c'était la guerre – nous l'ignorions tout simplement. Nous savions pertinemment que pendant que nous rigolions d'ivresse, d'autres se battaient avec les Ténèbres. Mais nous étions à l'aise avec cette obscurité liée aux Détraqueurs patrouillant. Nous acceptions d'être les Ténèbres, toutes trois pour une raison plus ou moins différente. Mes amies et camarades de Serpentard étaient filles de Mangemorts, déjà initiées. J'étais ainsi moi-même en voie de les suivre, tant pis si mes propres parents vivaient dans la lumière du Phénix. J'avais des choses à accomplir à leurs côtés, des choses que seule une allégeance morbide pourrait m'apporter.
Je me reconcentrai sur l'instant présent.
« Spero Patronum » soufflai-je.
Le jet blanc qui sortit de ma baguette d'Ebène(1) se changea en lueur brillante pour tournoyer autour de nous, jusqu'à se matérialiser devant. Chimère, mon patronus, apparut sur l'herbe à nos pieds émettant autour de lui une barrière protectrice. Il se dressa sur ses pattes arrière pour poser la partie avant de son corps fantomatique sur mon ventre.
« Il a l'air apprivoisé » commenta Daphné en le fixant avec des yeux ronds.
Le renard argenté à deux queues tourna son regard transparent vers elle.
« C'est une Chimère, expliquai-je. Je n'ai jamais vu de renard à plusieurs queues en vrai pourtant, lorsque j'ai enfin réussis à donner une forme animale à mon Patronus, Chimère en possédait deux. C'est de loin le sort qui m'a causé le plus de difficultés à maîtriser(2). »
Aucune d'elle ne me demanda pourquoi mais leur silence fut éloquent de compréhension.
Je repris.
« J'ai tellement passé de temps à m'entraîner à le lancer, jusqu'à lui parler, qu'il est devenu une sorte de compagnon. Parfois, je le fais venir avant de me coucher, il ne disparaît qu'une fois que je m'endors.
- C'est rare de te voir te livrer autant Malvina. Je crois que j'apprécie ça, remarqua Pansy.
- J'avoue volontiers préférer notre intimité présente à l'époque où on se battait toute les deux, lui rappelai-je en riant.
- Tu vois qu'une fois que tu mets ton ego démesuré de côté, les choses se passent mieux ! Tu es encore plus douce que ce que je croyais. Je comprends pourquoi tu es devenue amie avec Daphné en premier.
- Je te l'avais dit, claironna celle-ci, que ce serait difficile entre vous jusqu'à ce qu'elle t'accepte.
- Oui, vous aviez toutes les deux raisons, concédai-je.
- Merci de le reconnaître, dit la brune.
- Il était temps, ricana la préfète. »
Et je le pensais.
Je rentrais à la maison vers dix-huit heures trente. Toutes les lumières étaient éteintes alors que la nuit était tombée sur Londres et ses banlieues, il ne semblait y avoir personne. Je déverrouillai la porte des sorts de protection et rentrai avant de les replacer.
« Lumos. »
Je passai la lumière de ma baguette à la lampe suspendue et actionnait la pression du déluminateur mural. Le salon et l'entrée de la cuisine s'illuminèrent depuis le plafond. J'avançai vers la pièce et envoyai nappe, assiettes et couverts se mettre en place dans la salle à manger. Histoire de dire que j'étais rentrée et que j'avais fait quelque chose. Puis je montais les escaliers pour rejoindre ma chambre à l'étage. Je rangeai ma veste dans mon placard et en sortis les objets des poches. Je cachai soigneusement mes cigarettes ainsi que les plaquettes de Camille sous mon lit et terminai de me mettre en l'aise en enlevant mes bottes à coups de pieds. Je commençai à retirer mon jean et sentis dans ma poche arrière une légère résistance. Je retrouvais ainsi le cliché polaroid sorcier qu'un mignon garçon blond que je pensais bien avoir déjà aperçu derrière moi avec un appareil photo à Poudlard, nous avait tiré en début d'après-midi. Il avait dit vouloir prendre des photos du parc et de ses alentours en cette saison et trouvait vraiment qu'on méritait une photo. J'avais cédé à ses compliments et pris le tirage. Je venais de retrouver les filles après avoir vu Hector et nous étions allées boire un verre. C'était sur le chemin de la Fourchette d'Argent que nous l'avions croisé.
Nos images partageaient une complicité évidente. Une cigarette fumait dans ma main gauche alors que j'échangeais regards et autres rires ou étreintes avec tantôt Pansy qui rayonnait joyeusement, tantôt Daphné avec son regard doux et embrumé. Le vent ne cessait de ramener les cheveux noirs de la préfète des Vert-et-Argent qui en portait l'écharpe. Quelques mèches volages brunes dansaient autour du chignon lâche de Daphné alors qu'aucune boucle ne bougeait du mien plus serré. Mais mon visage était tout aussi heureux que les leurs sous mes lunettes rondes. Je caressais du pouce la photo mouvante et me levai pour la poser sur ma table de nuit. Il me faudrait trouver un cadre adéquat. Un grand cadre, où je pourrais capturer et ajouter d'autres de ces moments que je ne devais jamais oublier. Avec toutes les personnes importantes pour moi, je les encadrerais pour qu'elles demeurent à jamais.
Je m'allongeai sur mon lit et essayai de rêver à mon avenir. De quoi serraient fait les jours prochains. Je me montrais si naturelle et vulnérable en ce moment mais il faudrait bientôt retourner à Poudlard. Alors que depuis le début des vacances je ne songeais qu'à rentrer à l'internat pour y reprendre ma routine d'abandon, je me sentais maintenant confortable chez moi, avec les gens importants. Je me rappelai de tout ce que j'avais vécu par le passé, ce qui faisait de moi, nous. Mais peu importait l'origine. Il me semblait qu'il était temps que je vive au jour le jour. Que je vive pour le présent plutôt que dans le passé qui me rendait si lourde.
J'avais quelque part l'impression d'avoir trouvé mes vrais. Après avoir vécu tant de choses différentes de manière passive en m'enfonçant progressivement dans mes addictions, je devais maintenant vivre à travers celles-ci et auprès des gens à même de m'accepter. C'était comme si j'aurais dû vivre à leur côtés et prendre ma place à Poudlard dès le début. Je trouvais cela aussi rassurant que dommage. Il ne me restait plus qu'à profiter de celle que j'étais et de ce qu'ils représentaient pour moi. Nous étions le mercredi 7 Novembre, ne restaient plus que quelques jours avant la rentrée, quelques jours avant de retrouver le château foyer des jeunes sorciers depuis une centaine de générations, au moins.
Quelques minutes passèrent ainsi où un sourire idiot pointait sur mon visage. Je me sentais presque heureuse, en paix avec moi-même. J'avais bus et fumé aujourd'hui, je venais d'avaler deux des cachets marqués d'un X que Camille m'avait offert pour la transaction. Je comprenais à présent que ces pilules moldus avaient les propriétés d'anxioliosorts et autres sorts de thérapie psychomagique. Je voyais la vie avec optimisme : je m'enfonçai dans le déni d'une nouvelle consommation. Soudain, les bruits étouffés de la porte se déverrouillant remontèrent du rez-de-chaussée. Quelqu'un rentrait. Je filai alors dans ma salle de bain et actionnai les robinets de ma douche en me déshabillant avec empressement. J'entrais sous l'eau chaude en me préparant déjà mentalement à une soirée normale avec mes parents. Ma vie pouvait être belle, elle me rendait heureuse. J'y serais parfaite, parfaite.
Quand je redescendis au salon habillée confortablement, les manches douces et longues de mon pull cachant mes dernières cicatrices, il faisait bon au salon. Ma mère était à son tour sous la douche dans sa chambre et mon père était installé dans le canapé, portant toujours une chemise assez formelle du même gris bleu que ses yeux. Je vins l'embrasser sur la joue et m'assis à côté de lui, discutant gaiement de son travail, de mon programme scolaire et autres mondanités. J'adorais mon père. Je ne saurais le définir mais il brillait. Il était fort, incarnait la sécurité. Il était mon roc, le repère de ma vie, je le lui avais même déjà dis. Je me calai bien au chaud contre lui dans le creux de son bras et inspirai son odeur que j'aimais tant. Singulièrement masculine, puissante et mature, entêtante. Mais si douce, affectueuse et chaleureuse. Peu importait le pays, tant que je vivais auprès de son odeur ainsi que de celle de ma mère qui revint fraîchement lavée et encore chaude d'humidité, je me sentais chez moi. Ils avaient l'odeur de mon véritable foyer, j'avais tendance à l'ignorer.
« Qu'est-ce qu'on mange ce soir ? Demandai-je, souriante.
- On ne va pas tarder à partir, répondit Maman en remontant vers sa chambre avec son sac à main.
- On sort ? On va où ?
- Des amis nous ont invités à dîner ce soir.
- Je viens aussi ?
- Bien sûr chérie, Molly a dit que ses enfants avaient ton âge. Sa dernière a un an de moins que toi et l'avant dernier devrait être dans tes classes.
- Et il n'y aura pas que nous, reprit mon père avec son air fier de confidence complice. C'est un repas avec les familles de l'Ordre, Malvina.
- Ah... »
Je ne savais pas s'il était bon pour moi de me retrouver entourée de toute la ribambelle de Weasley et de l'entière association luttant contre le Seigneur des Ténèbres autour de Potter & Cie. Mais soit, je devrais composer avec. Elle me rappela alors que nous avions des Cartes de choix à sélectionner de ce côté des choses, je l'insultai et l'ignorai. Elle rit.
.
Je me tins derrière mon père tandis que mes doigts étaient gentiment entremêlés à ceux de ma mère. Nous étions tous trois au milieu d'une sorte de champ, je ne savais pas trop où. Mon père envoya des boules de lumières rouges depuis sa baguette et une vingtaine de secondes plus tard, un homme approchant visiblement de la cinquantaine, des cheveux grisonnants encore clairement roux et un grand sourire réjouis sur son visage.
« Rodolphus !
- Arthur ! »
Mon père salua d'une poignée de main chaleureuse Mr Weasley qui se tourna ensuite pour attraper la main libre de ma mère.
« Hélia, quel plaisir de te revoir ! Molly était impatiente de vous recevoir.
- Moi de même Arthur, il me tardait de venir, rigola doucement ma mère. »
Puis l'homme se tourna vers moi en me présentant sa main, je la saisis avec entrain et lui offrit mon air le plus innocent et ravie. J'allais être parfaite, je le savais.
« Enchantée, je suis Malvina.
- Bonsoir Malvina ! Je suis Arthur Weasley, le père de Ronald et de Ginevra que tu dois sûrement connaître. Harry et Hermione sont là également et nous attendons encore Neville et Luna, je pense que vous êtes tous amis, n'est-ce-pas ? »
Je hochai la tête avec un sourire enthousiaste pour seule réponse et il commença à se diriger vers le coin d'où il était subitement apparu. Il attrapa les bras de mes parents qui me tenaient toujours et traversa la frontière magique dont il était le Gardien. Au milieu des mauvaises herbes et autres tas de fleurs, se dressa comme une tour de Pise artisanale débordante de chaleur et de convivialité, le Terrier. Je serrai les doigts de ma mère alors que nous rentrions dans la demeure, tout de suite assaillis par le clan Weasley et les autres invités.
Je saluai presque sans m'en rendre compte un grand nombre de personnes – dont moins de roux que je ne le pensais – et me retrouvai finalement à côté de ma mère alors que des éclats de lumière brillaient encore à quelques mètres devant la maison. Elle se sépara de moi après que nous nous soyons débarrassées de nos manteaux et je balayai la pièce des yeux pour faire le point sur ceux que je venais de rencontrer. Il y avait tout à gauche, couple étrangement assortis tenant un enfant aux cheveux d'un bleu marine saisissant ; Remus Lupin dont le corps témoignait d'une vie douloureuse et sa jeune épouse Nymphadora Tonks Lupin aux cheveux d'un gris souris étonnant. Leur fils, Edward Lupin était à peine âgé de six mois et regardait calmement l'assemblée avec des yeux marron clair aussi honnêtes et intelligents que ceux de son père. Il y avait ensuite se dirigeant visiblement vers la cuisine, l'aîné Weasley, William, portant sur son visage de larges cicatrices et à son bras l'éblouissante Fleur Delacour. Cette fille avait été l'idole de Beauxbâtons pendant des années. Compétitrice du Tournoi des Trois Sorciers, cette miss parfaite avait tout fait jusqu'à l'obtention de son diplôme pour empêcher les élèves de profiter des brèches de l'internat pour s'amuser. Ma vie n'aurait pas été la même si elle n'en était pas partie si tôt.
Au milieu de tout un tas de membres apparents de l'Ordre dont je n'avais pas retenu les noms, il n'y avait cependant pas la moindre trace du héros national ou de ses acolytes. Je compris pourquoi en voyant le professeur MacGonagall rentrer à son tour dans la maison. Elle salua tout le monde, y compris mes parents avant de hausser un sourcil courtois – mais trop suffisant pour me plaire - vers moi. Je commençai intérieurement à prier pour que l'envie de savoir comment je me tenais en cour ne saisisse pas ma mère. J'étais peut être une des meilleurs en Métamorphoses mais au niveau du comportement...
« Bonsoir Miss Dore, comment allez-vous ?
- Très bien Professeure et vous-même ?
- Bien, bien, je vous remercie. Ah, Remus ! »
Puis elle s'éloigna vers Lupin et sa petite famille dans le salon. Je soufflai, légèrement soulagée
Je ne savais pas quoi faire ni avec qui parler, ressentant l'absence de personnes de mon âge autour de moi – où étaient Potter & Cie ? Mais j'en avais l'habitude. Combien de banquets et autres galas officiels avais-je passés debout pendant que mes parents blablataient joyeusement ? Ce qui marquait cependant et cruellement la grosse différence était qu'il n'y avait pas de bar où je pouvais m'enfiler en toute discrétion des shots. L'imposant Kingsley Shacklebolt, Aurore en Chef du Ministère de la Magie que j'avais déjà eus l'occasion de rencontrer en y accompagnant mon père, passa près de moi. Il me regarda et m'offrit un micro sourire doux. Je le connaissais personnellement pour dire vrai. C'était mon parrain – bien que je ne le voyais que très rarement ces dernières années.
« Alors Malvina, je ne t'ai pas parlé depuis votre départ d'Espagne ! Tu as encore grandit. Comment trouves-tu Poudlard ?
- Tout simplement comme tu me l'as toujours décris Oncle King. Poudlard est magique, répondis-je sincèrement. »
Il rit de bon cœur quelques secondes avant de reprendre.
« Dans quelle maison es-tu ?
- Je suis à Serpentard. »
De sous mes lunettes rondes je plantai mes yeux dans les siens, comme le défiant de me faire un reproche. Aucune surprise n'y fut cependant lisible et un vague rictus amusé apparut sur son visage.
« C'est dommage que tu arrives en ces temps de trouble. Je te connais depuis tellement longtemps, ton père et moi avons vite compris que tu serais dans cette maison. Il pensait que tu aurais également pu aller à Serdaigle comme ta mère, mais depuis petite tu as les yeux pleins d'une malice qui ne laisse pas beaucoup de place au doute. »
Oncle King était un bon ami de Papa depuis toujours. Ils faisaient partis du même type d'hommes d'honneur alors je n'étais pas surprise de le retrouver ici ce soir. Il avait toujours eut un don pour voir à travers mes masques, même quand j'étais gamine. Il comprenait ce que j'avais en tête parfois bien mieux que tout autre adulte. Je n'irais pas dire qu'il me connaissait mieux que mes parents, ce qui serait faux, mais il avait le recul nécessaire pour voir ce qu'ils ne voyaient pas et m'amener à m'ouvrir à lui. Mais même lui ne pouvait tout voir de moi. Je savais cependant qu'il saisirait instinctivement ce dans quoi j'allais m'engager.
« Aucun de nous n'est déçu tu sais.
- Pour l'instant.
- Il est vrai que la plupart des Serpentards ont une incroyable facilité à mal tourner et l'époque nous le démontre encore mais certains ont la force d'êtres bons. Comme ton père ou Severus, ce sont des hommes de confiance et de caractère.
- Qu'est-ce que mon père et Ro...le professeur Rogue ont en commun ?
- L'espoir Malvina. Tu ne dois pas oublier que l'espoir est aussi important que le courage. »
Une autre tendance de l'Aurore était de donner des conseils énigmatiques. Je me creusai la tête pour finalement faire le lien avec l'Ordre du Phénix en qui reposaient les espoirs de la Communauté Sorcière. Ainsi, Rogue également était un engagé pro-Potter. La nouvelle avait de quoi étonner, surtout lorsque comme moi, on pouvait assister à l'évidente haine profonde et réciproque entre les deux hommes. Mais pourquoi pas ? Mon sinistre directeur de maison était si troublant que le savoir espion Mangemort ne me surprendrait pas. L'idée semblait même intéressante.
« Merci Oncle King. La déception serra inévitable... Mais je sais quoi faire à présent.
- N'oublies juste pas ta famille Malvina, je sais ce que les personnes comme toi sont capables de faire, je connais ton potentiel mais tu n'es pas infaillible.
- Est-ce que...ça veut dire que tu me soutiens ? »
Il ne me répondit pas immédiatement et plongea ses orbes noirs perspicaces sur moi, semblant chercher à voir sous ma peau ou derrière mon crâne. Son expression demeurait cependant toujours calme et affective. Ses joues foncées masculines se contractèrent de son sourire amusé contenu et il se pencha vers moi, reprenant sur le ton de la confidence.
« Tu sais, je suis vraiment haut gradé dans l'Ordre. Et je n'oublierais pas ce pourquoi tu te bats.
- Je ne fais pas ça pour vous ou votre cause, démentis-je en désignant discrètement l'assemblée d'un mouvement du poignet.
- Ne te mens pas à toi même. Je sais que tu ne révéleras jamais tes actions mais je te connais fillette, se durcit-il.
- Promets le moi alors. Personne ne doit être au courant. Tu sais, mais ce sont mes secrets. Nous avons un contrat.
- Je n'ai pas oublié mon serment Malvina. Jamais je ne dirais à qui que ce soit que tu vois.
- Merci, repris-je en m'adoucissant finalement. »
Oncle King était tout un tas de choses. Homme respecté, gradé, important etc. Mais en ce qui me concernait, il était par-dessus tout la seule personne au monde – dont j'aimais bien à oublier l'existence pour ne jamais avoir à le mentionner – au courant de mon don de ''voyance''. Les premières crises qu'avaient déclenchées mes premières visions s'étaient produites en sa présence et lui seul avait su comprendre que j'étais une pseudo-voyante. Je lui avais toujours révélé ce que je voyais de lui, ce qui lui avait apparemment permis de survivre à bien des dangers. C'était grâce à cela que je savais que je pouvais influencer l'avenir que je voyais. Je n'aimais pourtant pas à penser qu'une autre personne en avait également conscience. Je ne lui avais bien sûr rien décrit des autres avenirs mêlés aux siens. Notre contrat tenait à la promesse qu'il avait faite à une fillette de neuf ans qui venait de le voir se faire empaler par les criminels qu'il recherchait et stipulait qu'il ne devait jamais, de quelque manière que ce soit ou à qui que ce soit, divulguer le secret de mon don. Bref, il fallait que cette discussion se termine. J'avais beau adorer mon parrain sincèrement, je me sentais presque trop vulnérable sous son regard noir traversant et ne voulais pas continuer autour de ce sujet de discussion. Il brisait mes masques, ma perfection. Heureusement pour moi, MacGo' choisit ce moment pour décider qu'elle avait quelque chose à dire à l'Aurore Shacklebolt et commença à se diriger vers nous d'un pas décidé. Je pris la fuite alors qu'elle arrivait dans son dos.
« Bon, je te laisse Oncle King ! Merci pour tout, je t'enverrais des lettres, balançai-je en m'éloignant précipitamment.
- Attends ! Malv...
- Kingsley, très cher.
- O-oui ? Oh excusez-moi Minerva, en quoi puis-je... »
Leurs paroles s'évaporèrent alors que je partais à la recherche de ma mère, partageant un verre de vin avec Molly et une femme dont les traits m'étaient étrangement familiers. Elle s'était présentée comme Andromeda Tonks la mère de Nymphadora et dès lors, l'impression de l'avoir déjà vu sans parvenir à me rappeler où me tenait. Peut-être ressemblait-elle juste à une personne que j'avais déjà croisée. Je me dirigeai vers Maman et me plaçai juste derrière elle de manière à pouvoir poser mon menton sur son épaule. J'inspirai son odeur rassurante et les femmes présentes se mirent à jacasser sur mon côté câlin si mignon, regrettant presque l'époque où leurs propres enfants les collaient ainsi. Je rigolai et échangeai avec elles quelques minutes.
« J'ai discuté avec Oncle King, lui dis-je.
- Je savais que tu serais contente de le voir. Je l'ai vu au déjeuné aujourd'hui, il avait hâte de venir.
- Il a dit que j'avais grandis. »
Elle passa ses doigts fins et doux sur mes joues et me repoussa gentiment pour me faire comprendre qu'on m'appelait derrière. Je me dégageai d'elle et me tournai. Le Trio d'Or ainsi que Ginny se tenait à l'entrée de la cuisine, nous regardant, silencieux. Je plaquai un petit bisou sur la joue soyeuse de Maman et me retournai vers mes ''amis'' de Gryffondor.
« Salut ! » Leur adressai-je. Ils me détaillèrent tous, comme surpris de voir mon apparence et échangèrent de rapides regards entre eux. J'imaginai que de me voir autrement qu'avec mon air défoncé insolent et mes longues boucles avait de quoi étonner une seconde. Mais ne se rendaient-ils pas compte qu'ils étaient indiscrets ? Puis Hermione, toujours la première à se reprendre, s'avança vers moi.
« Bonsoir Malvina, comment vas-tu ?
- Très bien et toi Hermione ? Je suis contente de vous revoir, ne saviez-vous pas que je venais ? Je croyais que vous aviez déjà rencontré mon père pourtant.
- C'est bête, reprit-elle, aucun de nous n'avait réalisé que Rodolphus était ton père !
- Papa vient de nous le dire, reprit Ronald en s'approchant à son tour. »
Je commençai mine de rien à discuter avec eux tous, répondant les banalités courantes et les suivis lorsqu'ils m'y invitèrent. Nous montâmes les escaliers de bois irréguliers jusqu'à la chambre que partageaient apparemment Potter et Weasley. La pièce entière était décorée dans les couleurs de Gryffondor et des posters mouvants des Canons de Chudley étaient accrochés au-dessus du lit. Les draps étaient défaits, des livres de cours et autres vêtements sales traînaient un peu partout, le tout reprenait autant de désordre que ma propre chambre alors je m'y sentis tout de suite à l'aise. La préfète en Chef conjura quelques pouffs et je la remerciai en prenant place sur l'un d'eux. Elle s'assit ensuite à côté de Ron sur son lit, tandis que Ginny, déjà sur la couche de son petit ami, s'adossait à lui. Cela me fit très, très étrange de soudainement me retrouver entourée de couples et cette dernière, après m'avoir vu détourner les yeux du baiser qu'elle venait de lui poser lança une conversation, obligeant les autres à y prendre part. Elle me lança un petit sourire encourageant et je lui répondis par un véritable soulagement.
La conversation déviait sur tout et n'importe quoi, provoquant tantôt nos éclats de rire, tantôt des éclats de voix venant d'un Ronald sur-susceptible ou des caractères imposants des deux lionnes. Je me retrouvais un moment alors que je riais doucement, à échanger une œillade amusée avec les yeux verts de Harry Potter. Un beau vert, indéniablement. Il y eut un instant de flottement où je vis la joie innocente s'effacer de son visage pour de la compréhension. De derrière ses lunettes noires aussi rondes que les miennes cuivrées, je le vis dénouer mentalement un nœud qui le travaillait sûrement depuis des jours.
« C'était toi » sortit-il alors de nul-part. Je clignai des yeux comme une idiote, parfaitement consciente de sa révélation. Dans une coïncidence incroyable, le silence que lança son accusation fut instantanément comblé par l'entrée dans la pièce de nouvelles personnes. Une paire de grands rouquins identiques ainsi que Luna et Neville nous sourirent en pénétrant dans la pièce. Je me levai, imitée par les autres et m'avançai pour me présenter.
« Salut ! Je suis Malvina.
- Je suis Fred et voici Georges.
- Non, tu es Georges et moi je suis Fred.
- Bonsoir Malvina, sourit timidement la blonde.
- Bonsoir Luna, je suis ravie de voir que tu vas mieux. Neville, qu'en est-il de toi ?
- Très bien, merci. Comment te portes-tu ?
- Bien...
- Je disais donc Malvina, reprit l'un des jumeaux.
- Oui ? L'écoutai-je.
- Je suis Fred, enchanté.
- Et je suis Georges, enchanté.
- Et bien, enchantée de même messieurs, conclus-je avec un clin d'œil.
- Georges, Fred, arrêtez de vous moquer d'elle ! Perça la voix de Hermione. »
L'attention de tout un chacun fut porté vers les nouveaux arrivants, dissipant l'allusion faite par le Survivant. À neuf nous étions trop nombreux et trop bruyants pour tenir dans la chambre étroite et désordonnée du cadet Weasley. Notre petite troupe disparate se dirigea donc au rez-de-chaussée sous la véranda installée sur le jardin. Je me retrouvais de nouveau accostée par les jumeaux Weasley qui me déroulaient la liste des services de leur Compagnie. Ils disaient déjà avoir entendu parler de moi, s'être renseigné sur mon curriculum vitae - bien fournis d'après leurs recherches - et avaient fait le lien après avoir rencontré le diplomate Dore. « Vraiment ? » soufflai-je en haussant un sourcil.
En descendant, nous nous succédâmes tous incognito pour qu'aucun des adultes présents au salon ne remarque l'un de nous. Je m'excusai auprès de Ginny et me séparait du lot pour rejoindre mon père, que j'apercevais un peu plus loin un verre de whisky à la main, devinai-je. Il discutait avec Remus Lupin qui trinquait apparemment à la même boisson. Lorsque j'arrivai suffisamment proche pour que les deux hommes me remarquent, les yeux gris clairs de mon père se fixèrent sur moi et un sourire discret naquit aux coins de ses lèvres. Il passa une de ses paumes larges par-dessus mes épaules pour enrouler son bras libre autour de celles-ci. Dodelinant légèrement sur ses jambes, il m'introduisit auprès de son nouvel ami et je tachai de me montrer digne de sa fierté en soulignant les rires adéquats et les réponses intelligentes nécessaires. Bien vite, les yeux vifs mais fatigués de l'ancien professeur de Défense Contre les Forces du Mal de Poudlard se firent curieux et satisfaits à mon encontre. Après un bisou aimant plaqué sur la joue déjà légèrement piquante de mon père mais encore douces au nez de son eau de Cologne, je me glissai hors de sa poigne et me dirigeai à l'opposé de la salle de réception dans le coin où les femmes s'étaient rassemblées.
Je vins m'installer près de ma mère et profitai de sa distraction pour boire quelques gorgées de vin rouge de son verre. Puis je m'attelai encore à répondre toujours au bon moment, aidée par mes masques d'innocences et de politesses. Molly et les autres femmes liées à l'Ordre présentes apprécièrent ma compagnie alors qu'assise à côté de maman je faisais courir le bout de mes doigts sur son avant-bras en une caresse à peine appuyée. Elle les attrapa entre les siens, y appliquant quelques pressions chaleureuses avant de tendre le visage vers moi. Elle savait que je viendrais ensuite pour l'embrasser. Je collai donc un baiser humide sur sa joue pleine caramel foncé.
Les gazouillements d'un nourrisson interrompirent ensuite mes propres instants d'affection maternelle et je tournai la tête vers le bébé aux cheveux bleus qui arrivaient entre les bras de sa mère dont la coupe avait adopté la même couleur. Nymphadora Lupin nous adressa un sourire maladroit alors que son fils détaillait avec attention chacun de nos visages. Lorsque ses yeux marron clairs rencontrèrent les miens plus sombres, il sembla se concentrer. Il fit un aller-retour entre moi et ma mère et progressivement, sa peau se nuança pour atteindre une teinte semblable à la mienne. Je sentis un sourire attendris et complètement conquis s'élargir sur mon visage. Sa mère rigola et Molly annonça que Teddy avait choisi qui le porterait.
L'enfant métamorphomage âgé de vingt-six semaines adoptait apparemment un élément physique de la personne la plus susceptible de capter son attention. Je tendis les bras vers lui avant de me reculer dans le canapé pour l'attraper précautionneusement sur mes genoux. Une de mes paumes se plaça vers sa nuque et son dos, tandis que l'autre le stabilisait en face de moi. Un sourire mignon à croquer s'étalait sur sa bouche édentée et ses joues rondes, redevenues rosées. Je remuai mes doigts sur ses flans et il éclata de son rire si pur. Oui, ils étaient peut être rares mais il arrivait que des élans de tendresses me prennent avec une douceur infinie.
« Vous auriez dû voir à quoi il ressemblait la première fois qu'il a vu Kingsley ! Soupira la jeune maman dont les cheveux frisèrent avant de tendre vers le rose bubble gum puis de se stabiliser dans les bruns.
- Malvina adore les enfants, commenta la mienne quelque part à ma droite, je crois qu'elle aurait voulu avoir un petit frère. Mais c'est trop tard maintenant.
- Allons, Hélia ! Pourquoi pas un petit dernier ? Reprit Molly.
- Ah non, vous imaginez ? Elle a encore le temps mais le prochain sera pour elle, rigola Maman. Le petit frère, il est bien là où il est ! »
Le temps passait. Je m'éloignai ensuite vers un coin sombre derrière la maison. Le froid s'agrippa à ma peau comme un fantôme oublié mais jamais libéré. Dans ma bouche, l'arrière-goût de vin rouge, âpre et alcoolisé me tenait chaud. Je m'accroupis au milieu des herbes hautes et allumai une cigarette, profitant du vent brumeux pour cacher la fumée autour de moi. Je commençai à tirer mes premières bouffées amères rapidement car le temps m'était compté. Je n'étais pas à la moitié que j'entendis les bruits étouffés de pas dans l'herbe humide. Mon cœur s'emballa. Il n'y avait pourtant personne en vue. J'hésitai à demander à l'intrus de s'introduire et continuai à fumer comme si de rien n'était. Quelques secondes plus tard, je sentis la présence invisible se rapprocher à ma droite. Puis soudainement, Potter apparut de nul-part, comme s'il avait porté une cape d'invisibilité, en me foudroyant de ses yeux verts émeraude.
« Salut Potter, soufflai-je doucement, nullement impressionnée.
- Dore, répondit-il sur la défensive. Tu n'as pas l'air surprise.
- Bof, hochai-je des épaules. Je pense qu'on a passé le stade des noms, appelle moi Malvina. Ou même Mal si tu préfères, c'est Daphné qui m'a donné ce surnom.
- Greengrass ?
- Oui Harry. Tu permets que je t'appelle Harry, hein ? »
Il se baissa à côté de moi, à couvert dans l'obscurité et se mit à m'observer comme s'il cherchait à me comprendre. Le Survivant ne supportait apparemment pas de ne pas avoir le contrôle sur les événements qui l'entouraient. Il devait pourtant en avoir l'habitude avec un destin comme le sien. Je me demandai un instant ce que je pourrais voir si mes doigts en venaient à frôler l'une de ses ancres temporelles, avant de balayer cette idée de ma tête. Je serrai le poing - toujours ce même poing traître. Je n'étais pas une putain de gitane qui vendait ses prédictions.
« Dis-moi Malvina, c'est bien toi qui a dit à Neville comment faire pour sauver Hermione ? »
Je ne lui répondis pas et continuai à inspirer frénétiquement à l'extrémité de ma cigarette alors que le froid engourdissait mes doigts.
« Et alors, répliquai-je. Qu'est-ce que ça fait si c'est moi ? Ça aurait pu être n'importe qui.
- Tu...
- Ne veux rien entendre. Je n'ai pas à choisir de camp à cause d'une quelconque parole. Je t'aime bien et je crois en toi Harry mais je n'ai pas fait ça pour ta quête ou ta personne. Je l'ai fait pour Luna. Et tu...
- Voulais simplement te remercier. »
Je n'eus rien à répondre et acceptai à la place un sourire sincère et reconnaissant de l'Élu de notre génération.
« Grâce à toi, beaucoup de gens ont été sauvés. Plus que j'en ai compté depuis les dernières batailles. Merci... Malvina. »
Je baissai la tête et luttai contre une envie de pleurer totalement incohérente qui remonta d'une zone oubliée dans ma poitrine. Mes yeux me piquèrent en s'humidifiant et mon nez me chatouilla. Un rire étrangement peu assuré et sensible déforma ma bouche en s'élevant et je clignai des paupières pour que ma vision se reconcentre. Je soufflai pour reprendre contenance. Il me détaillait toujours avec incrédulité. Je voyais presque le fil de ses pensées se refléter dans ses yeux verts.
« Tu es…commença-t-il.
- Différente de ce à quoi tu t'attendais ? Hasardai-je, en sachant qu'il le pensait.
- Souriante, dit-il en hochant de la tête. »
Je ne retins pas mon hoquet amusé et écrasai ma cigarette dans l'herbe avant de la détruire.
« Allons rejoindre les autres » me dit-il en se levant.
Il me tendit sa main et je m'empressai de la saisir pour me relever. Je lui offris un sourire adepte et me dirigeai à ses côtés vers la baie vitrée de la véranda restée ouverte depuis mon départ cinq minutes plus tôt. Les jumeaux nous laissèrent ensuite pour regagner leur chambre et nous remontâmes – Harry, Ron, Hermione, Ginny, Neville, Luna et moi – dans la chambre des garçons. Nous nous calâmes comme possible et de drôles de discussions euphoriques reprirent. Assise près de Luna, je débattais avec animation des derniers arguments que nous avions entendus en faveur de l'existence des Ronflaks Cornus – au plus grand dam de la préfète en chef. Celle-ci me regardait avec de grands yeux ronds et révoltés, comme incrédule de me voir plaider avec sérieux sur un sujet qu'elle considérait visiblement dérisoire. Je lui lançai un clin d'œil discret ainsi qu'un sourire retenu, elle finit par secouer la tête et se replonger dans la discussion qu'elle tenait avec Neville et Harry. J'inspirai profondément en jetant un regard circulaire autour de moi. Qui aurait pu croire qu'en ce moment même, la guerre civile menaçait à l'extérieur ? Mon mental s'assombrit.
A table, je me retrouvai à portée du regard attentif de ma mère, qui d'un coup d'œil me replaçait inévitablement dans le rôle que je devais tenir. Les échos réprimandés jadis se répétant inlassablement dans ses iris sombres et joyeux, ou plutôt dans ma tête. « Tiens-toi correctement. Ne bois pas. Parle moins fort. Articule. » J'ignorai la contraction nerveuse qui se mit à agiter ma paupière. Je devais être parfaite. Placée entre mon père et une Luna absolument pas concernée par le repas, je ne cessai de discuter et interpeller à quelques places. Je tenais mes conversations en engloutissant avec une gourmandise dissimulée proche de l'appétit d'un Weasley ou de...une hésitation m'empêcha d'avaler ma nouvelle bouchée de gigot en me rappelant à quel point Greg et Vince adoraient ça. Le fil de mes pensées dériva alors sur mes amis Mangemorts et l'absurdité de mes agissements. Mes ententes et affiliations. Ce dîner désiré joyeux et détendu de l'Ordre. Se voilaient-ils la face ? Qu'étions-nous ? La remise en cause subite et violente - peut-être était-ce une prise de conscience - me poussa à ne plus croire en ce bonheur illusoire. C'était la guerre. Leur bataille était vaine, perdue dans les Ténèbres. Nous y laisserions tous nos peaux. Le sourire qui fleurissait mes lèvres demeura le même, mes gestes et mon attention également. Mais le monde perdit de ses couleurs et je me plongeai dans la contemplation du vide au-delà des apparences. Y avait-il un sens à tout ceci ? Je me sentais vide, si vide de l'intérieur. Je n'avais pas ma place ici. Les éclats de rire, les cliquetis des couverts ou les voix enjouées ne faisaient que renforcer la culpabilité qui me rattrapait. J'étais entourée de combattants et de héros. Du Survivant même. Pourtant, je n'étais qu'une fille fausse et addicte, mauvaise. Nous sommes, commença-t-Elle et je la bâillonnai.
La peur vibrait au-dessus de nous, comme une ombre à laquelle on tente de ne prêter attention. La rumeur de l'angoisse de nos morts imminentes courrait entre les murs irréguliers du Terrier. Nous étions tous foutus. Les muscles de mon visage se tirèrent de l'amusement que je ressentais à la plaisanterie de ce cher Remus Lupin. Ignorer mes pensées morbides (re)devint une priorité. Je pris une inspiration pour y répondre. Mais mon corps refusa, se crispa, se figea dans mon expression enjouée. Mon vide - identitaire ? Émotionnel ? - il me bouffait. Autant et plus que jamais. Un trou, un tourbillon, une apocalypse au creux de mes côtés. Un manque vorace et déchaîné me dévorant de l'intérieur. L'air me manquait, mes poumons creusaient ma poitrine encore et encore jusqu'au plus profond de mon âme. L'impression de, de...Je m'ennuie, dit-Elle. Non ! Ô non, tais-toi. Combien de temps vas-tu faire le pantin ? Pas maintenant, pas maintenant. Tais-toi tais-toi tais-toi ! Ce n'est pas nous ce rôle. Ton jeu est nul. Arrête ! Laisse-moi, ne te moque pas de ce moi ! Et tais-toi tais-toi tais-toi.
« Malvina ?
- Papa ? »
Risible, tu es risible. Tais-toi ! Parfaite, je suis parfaite ! Que se disait-il déjà ? De quoi parlait-on ? Tout le monde chuchotait, concerné d'une peine factice, certains me regardaient. Qu'attendait-on de nous en cet instant ? Nous nous nous nous nous, tu l'as dit tu l'as dit. Non, de moi, qu'attendait-on de moi ?! De nous nous nous, répète le avec moi, nous nous nous, nous, nous, no-non ! Moi. Parfaite. Qu'on m'appelle parfaite, je le suis.
« Bien sûr, je prononçai d'un rire léger, si ma mémoire est correcte il y a plusieurs classifications, celle qui nous intéresse s'apparentant à... » Tu me fais pitié. La ferme. Je suis parfaite. Faux. Je dois rester parfaite, être celle qu'il faut, pas nous. Je dois être parfaite, pas nous. Moi, ce moi-là. Parfaite, je suis parfaite. Tu verras, tu verras haha...Parfaite parfaite parfaite parfaite...
« Parfaitement » conclus mon parrain de sa voix grave.
Mon sourire se raffermit, j'évitai sans le faire son regard alerte.
« Bien entendu » Plaisantai-je. Tu verras, rit-Elle encore. Parfaite parfaite parfaite. Tu verras. Casse-toi. Je ne veux plus de toi. Tu verras. Disparais.
Je ne pouvais pas la laisser s'imposer à leurs yeux pudiques. Violente, guidée par mes tumultes pensées et émotions, elle s'imposait. Mais nous, disait-Elle souvent, nous étions incontrôlable ensemble moi. Alors à quoi bon lutter ? Je pouvais peut être, juste un peu, juste cette fois et avec elle leur... L'impact métallique d'un couvert me distrait un instant. La réalité perça le filtre de mon inconscience mentale. Je profitai de l'inattention pour glisser discrètement mes doigts sous mon pull au contact de mon ventre. Percer : en sentir la peau céder sous mes oncles. Gratter, contrôler, contrôler. Qui étais-je ? Celle que je devais, moi. J'inspirai puis tournai mon regard à droite, à gauche. Granger ? Granger et ses démons qui la rattrapaient, la rongeaient sans qu'elle ne comprenne pourquoi. L'angoisse de ne pas savoir se dessinait dans son regard. Devenait-elle folle elle aussi ?
La pauvre, rit-Elle. Mensonge, tu te fiches d'elle ! Ma Dame de Carreaux. Tais toi tais toi ! Je griffai plus fort, encore plus alors qu'elle me jurait que nous verrions. Elle avait sûrement raison. Oui, elle devait avoir raison. Par ce qu'elle savait. Elle savait, Elle. Moi. Je savais. Par ce que j'étais la Dame de Pi...ô Merlin. Je m'excusai avant que le dessert n'arrive. Non, je ne devais être que parfaite.
Rien que parfaite.
(1) Baguette magique en bois d'ébène : « Convenant particulièrement à toutes les formes de magie de combat ainsi qu'à la métamorphose, ce bois d'un noir de jais a une réputation et une apparence impressionnantes. L'ébène trouve son plus grand bonheur entre les mains de ceux qui ont le courage d'être eux-mêmes. Souvent non-conformistes, hautement individualistes et très à l'aise dans leur statut de marginaux, les possesseurs de baguettes d'ébène se trouvent à la fois dans les rangs de l'Ordre du Phénix et dans ceux des Mangemorts. D'après ma propre expérience, le parfait propriétaire d'une baguette d'ébène est quelqu'un qui restera toujours fidèle à ses convictions, quelle que soit la pression exercée sur lui, et ne se laissera pas détourner facilement de ses objectifs. » Source : Garrick Ollivander sur Pottermore.
(2) « Le Patronus représente une force positive, une projection de tout ce qui sert de nourriture aux Détraqueurs - l'espoir, le bonheur, le désir de vivre - mais, à l'inverse des humains, le Patronus ne peut pas ressentir de désespoir et le Détraqueur ne peut donc pas lui faire de mal. » Source : Remus Lupin sur le Wiki Harry Potter.
(3) Anxioliosort : littéralement ''sort anxiolitique''.
Nda : Pour info, Version 3 s'active toujours dans mon imagination, je suis déterminée à l'achever. Cependant, les caprices de ma Muse, mes stages et mes autres fanfictions retardent malheureusement l'avancée écrite de mes chapitres. Et puis comme on le sait bien, l'inspiration, ça va, ça vient... Alors en attendant l'Effet Papillon, j'aspire à découvrir vos impressions ! Xoxo
