Note : Productivité maximum :D
Salut ! J'espère que vous allez bien ! Je suis hyper inspirée en ce moment ! Je ne garantis pas que je vais garder ce rythme de parution tout au long de la fiction, donc c'est le moment d'en profiter !
Ce chapitre est plus long que les autres (presque 10 pages !). J'espère qu'il vous plaira. Bonne lecture !


Chapitre 4 : Par une belle journée ensoleillée, les Klingons

Cela faisait à présent presque une heure que la coupure du générateur auxiliaire avait provoqué un léger vent de panique à bord de l'Enterprise et, déjà, l'ordre revenait. Ce qui avait été cassé ou abîmé avait été recensé puis placé dans un recycleur, et l'équipage avait été en grande partie soigné. Sur la plupart des ponts, le quotidien reprenait. Les cantines et les réfectoires se remplissaient petit à petit du personnel qui prenait son quart en soirée, tandis que les salons s'animaient doucement de ceux qui étaient libres jusqu'au matin et qui voulaient profiter d'un verre entre amis. Les autres étaient soit retournés se coucher, soit tenaient leur poste jusqu'à la relève.

Pendant ce temps-là, l'équipe formée par le capitaine se retrouva en salle de téléportation. Jim avait longtemps hésité sur l'uniforme à porter, car une combinaison d'exploration ou de reconnaissance tactique était bien plus confortable au cas où les choses tourneraient mal (ce qu'il pressentait), mais une tenue plus formelle permettrait de ne montrer aucune animosité envers les Klingons. Après plusieurs minutes de débat, Spock et Sana avaient tranché en faveur de la deuxième proposition, mais ils étaient d'accord avec le détachement de sécurité sur le fait de partir équipés de phaseurs d'appoint, discrets, qu'ils pouvaient cacher dans leurs poches. C'était donc habillés de leurs uniformes de service et de leurs habituels maillots colorés qu'ils se retrouvèrent au point de rendez-vous.

Jim allait rejoindre ses camarades sur les plots quand Uhura l'appela et l'attira un peu à l'écart. Son air était sérieux et soucieux, ce qui ajouta encore de l'inquiétude et de la tension à celles qu'il avait déjà.

« Capitaine, il faudra que je vous parle de quelque chose à notre retour. C'est très important.

- Important comment ? » demanda Kirk à voix basse en fronçant les sourcils, la tête penchée vers elle.

« Ça peut attendre notre retour, mais il faudra vraiment que, euh… Ça concerne McCoy », ajouta-t-elle finalement.

Un air préoccupé figea les traits de Jim. Tout ce qui concernait son ami était important. Parfois, ce n'était rien de grave, comme lorsqu'il sautait ses visites médicales pour aller courir d'un bout à l'autre du vaisseau, mais parfois, ça pouvait l'être bien plus. Il se rappelait notamment d'un soir, près d'un an après le début de la mission quinquennale, où Leonard lui avait avoué, le regard perdu au fond de son verre, que le temps lui manquait et qu'il regrettait de ne pas pouvoir en passer plus avec sa fille.
Jim savait plus de choses au sujet de son ami que ce que ce dernier pouvait penser, mais en l'occurrence, ce qu'allait lui révéler la jeune femme lui était sorti de la tête depuis longtemps.

« Dites-moi.

- Je vous assure que–

- Capitaine.

- Une minute, Spock. Dites-moi, Uhura. »

Nyota hésita quelques instants, se demandant s'il était bien judicieux d'inquiéter Kirk pendant une mission diplomatique d'un problème personnel, même si cela concernait l'un de ses amis ; puis elle concéda finalement à lui expliquer. Elle murmura alors, prenant bien garde à n'être entendue que de lui :

« J'ai appris par hasard qu'il est aviophobe. Et c'est assez sérieux, apparemment.

- Oh. »

Jim ne sut pas quoi répondre d'autre. Il était troublé. Se rappeler après plus de huit ans d'amitié* que son ami ne supportait pas d'être dans quelque chose en vol, que ce soit un avion, une navette ou un vaisseau spatial, le mit très mal à l'aise. Telle une violente claque, la vérité le pétrifia. Quel genre d'ami était-il pour ne pas soutenir un proche qui luttait chaque jour ? S'il ne devait pas se téléporter à la surface de Qo'nos pour récupérer potentiellement une bobine, il aurait couru le voir.

« Il a dit que vous étiez peut-être au courant », reprit Nyota.

La voix de la jeune femme sortit Jim de ses pensées, qui se redressa légèrement, pensant adopter une position plus formelle, mais qui, à cet instant, sembla rigide et tendue. Il déglutit afin de chasser la sensation amère qui nouait sa gorge et hocha lentement la tête.

« Ouais, ça me dit quelque chose. C'est possible qu'il en ait parlé quand on s'est rencontré, mais ça fait un paquet d'années maintenant. Et il n'a plus rien dit depuis.

- J'ai cru comprendre qu'il était suivi par un psychologue.

- Je vois. Okay, merci pour l'info, Lieutenant. J'irai lui parler. »

Le retour du grade indiqua à Uhura que la conversation était terminée, mais c'était aussi une manière pour Jim de se détacher sentimentalement de ce qu'il venait d'apprendre et de se forcer à rendosser ses responsabilités de capitaine, au moins un temps, avant de redevenir l'ami de Leonard McCoy.

En compagnie de Nyota, il rejoignit le reste de l'équipe sur les plots de la salle de téléportation et donna le signal pour rejoindre la surface.

oOo

Après le départ de Nyota de ses quartiers, McCoy avait pris plusieurs minutes pour se calmer de toutes les émotions qui le taraudaient. La colère embrouillait ses idées, l'embarras lui tordait le ventre et, la peur, une langue de froid vorace, lui léchait l'échine jusqu'à l'os.

Il s'efforça de souffler lentement pour refouler tout ça et pour murer ses faiblesses derrière des barreaux qui malheureusement, au lieu d'être loin de lui, étaient en fait tout au fond de son cœur. Chaque année, chaque mois, chaque jour, ça le rongeait, comme un trou noir glouton, et dévorait, parcelle après parcelle, sa résistance et sa volonté. Mais il n'était pas fini, loin de là, et il avait encore suffisamment de ressource pour survivre à ce long voyage de cinq ans.

Encore un an et demi, se dit-il en se relâchant, les paupières baissées et les bras ballants. Un an et demi.

Il resta dans cette position pendant un certain temps, écoutant les sons du vaisseau. D'abord, les bips et les très légers cliquetis des consoles et du matériel informatique. Un peu plus loin, des bruits de pas dans le couloir, le soufflement d'un turbolift, la rumeur d'une conversation. Au fond, le vrombissement lent et ininterrompu des nacelles et des réacteurs.

Je ne suis pas seul, pensa Leonard, et cette constatation tira légèrement ses commissures vers le haut.

L'Enterprise abritait un équipage de quatre cents personnes, et on pouvait encore compter tous les sujets de laboratoires, bactéries, formes de vie étrangères, et les plantes du jardin botanique. Au milieu de l'espace, du froid, silencieux et noir espace, personne n'était seul s'il était à bord d'un tel vaisseau.

McCoy poussa un profond soupir de soulagement, son calme revenu. Il rouvrit alors les yeux, balaya sa cabine du regard et, sans y réfléchir à deux fois, alla s'installer à son bureau pour joindre celui qui l'avait appelé plus tôt. Les relais cherchèrent pendant quelques instants sa correspondance (après tout, ils étaient loin, en orbite autour d'une planète, et la Terre elle-même continuait de se déplacer à chaque seconde), puis l'homme au visage avenant réapparut.

« Bonsoir, Docteur Ollens.

- Bonsoir, Lieutenant-Commandeur, » répondit celui-ci en souriant. « Pardonnez-moi pour tout à l'heure, j'aurais dû vous signaler mon appel.

- Ne vous inquiétez pas pour ça. »

Leonard se rendit compte que sa voix était un peu dure. Il se l'éclaircit en toussotant, essayant de ne pas penser que c'était à cause de ce qu'avait dit Uhura. Recherchait-il vraiment– Non, il ne voulait pas y penser. Ça lui serrait le ventre et les poumons dans des étaux de fer, ça lui faisait mal. Il ne voulait pas y penser.

Ollens reprit :

« Bien. J'ai réécouté votre enregistrement. Déjà, je suis vraiment satisfait que vous l'ayez enfin fait. Ça vous a pris du temps, mais ça montre que vous voulez que les choses changent. C'est très positif. Racontez-moi ce qui vous a poussé à sauter le pas. »

McCoy s'appuya sur son bureau, montra qu'il allait répondre, mais il resta silencieux pendant quelques minutes. Comme toujours, cela lui demandait un certain effort de mettre des mots sur ce qu'il ressentait. Il était émotif, Spock le lui disait bien assez, mais ses émotions les plus intimes étaient fortement muselées et enterrées. L'affection, la honte, et la peur. Cette peur.

Le psychologue le laissa prendre le temps dont il avait besoin. Depuis le temps qu'il le suivait, il avait compris qu'il ne fallait pas le brusquer, car Leonard avait alors tendance à se refermer, à montrer les crocs et à répondre à grands coups de sarcasmes et de jurons. Alors il patienta, écrivant pendant ce temps sur le clavier digital de son padd. Puis, lorsque le médecin-en-chef de l'Enterprise se lança enfin, Ollens releva les yeux et le regarda avec franchise.

« Je ne sais pas vraiment pourquoi j'ai subitement décidé, aujourd'hui, de m'enregistrer. Vous me répétez depuis des années que tenir un journal personnel m'aiderait, parce que ça m'obligerait à formuler et à mettre en forme ma... euh... enfin, ce pour quoi vous me suivez. Et j'aurais très bien pu le faire demain ou la semaine prochaine. Mais c'est possible que ce soit cette citation. Je l'ai lue, en silence, puis à voix haute, et le fait de m'entendre le dire m'a semblé alors si lourd de sens et si vrai que je me suis lancé, sans y penser vraiment. Cette seule phrase représente tout ce pourquoi j'ai p– pourquoi je n'aime pas l'espace. »

Ollens adressa un lent signe de tête à son patient pour indiquer qu'il comprenait ce dont il parlait, il nota quelques informations sur son padd, puis il le regarda à nouveau.

« Êtes-vous conscient que vous avez à l'instant par deux fois évité de prononcer le mot ''peur'' ?

- Euh...

- Essayez de mettre des mots sur votre réticence à le dire.

- J'en ai honte.

- Pourquoi ? Tout le monde a des peurs.

- Mais je suis le seul dans Starfleet. Et je travaille sur un vaisseau spatial. Je– »

Leonard prit brusquement conscience que ce qu'avait formulé Uhura n'était pas si absurde que ça. C'était ce qu'il allait dire. Oui : à quel point était-il dérangé pour accepter de vivre comme ça ? Son divorce, après toutes ces années, n'avait plus rien à voir. Il était certain qu'il pourrait avoir un poste à terre, en Amérique, soigner des gens normaux, voir sa fille régulièrement. Et parfois, il recevrait des collègues de Starfleet.
Tout s'enchaîna alors dans son esprit. A peine une idée, une pensée était formulée, qu'elle était balayée par une autre. Encore et encore, et il n'arrivait pas à en arrêter le flux.
Pourquoi rester là ? La voir. Être sur le sol. Respirer de l'air. Les bruits, la vie. La chaleur du soleil. Une vie tranquille. Pas de Starfleet. La voir. Démissionner ? Quitter l'espace. Démissionner ? Pour la voir. La Terre. Joanna. Joanna.

McCoy se prit soudain la tête dans les mains et appuya ses pouces sur ses tempes en fermant les yeux. Il expira longuement, inspira, recommença, en s'efforçant d'arrêter de tout se chambouler, puis il se redressa et s'adossa à son siège. Le trouble était aisément visible sur son visage, mais il reprit néanmoins la parole, d'une voix serrée :

« Dites-moi, Docteur. Est-ce que vous pensez que je recherche la vie dans l'espace ? »

Ollens lui adressa un regard malicieux, et sa bouche était légèrement incurvée en un sourire amusé.

« Sincèrement ? Oui, je le pense.

- Alors je suis fou... Pourquoi je voudrais supporter ça ?

- Ce n'était pas prévu que nous en parlions aujourd'hui, mais puisque vous abordez le sujet, je vais vous répondre.
« Je pense que ce n'est pas cette peur que vous recherchez, mais qu'il y a des choses là où vous vivez dont vous ne pourrez pas vous séparer. Si je devais imager... Disons, prenez une balance à l'ancienne. D'un côté, il y a les avantages que pourraient vous procurer une vie sur Terre, de l'autre, ce que vous appréciez sur l'Enterprise. Je pense que ce qui vous entoure actuellement a plus de poids que ce que pourrait vous apporter un retour sur Terre, et c'est pourquoi vous êtes toujours là.

- Vous plaisantez. J'ai une fille, sur Terre, » rétorqua McCoy d'un ton sec.

« Mais vous avez toute une famille autour de vous ».

Leonard fronça les sourcils, perplexe. Ollens reprit :

« Je ne dis pas que vous n'aimez pas votre fille, loin de là, mais certaines des personnes qui vous entourent vous ont sauvé la vie, et vous avez fait de même avec d'autres. Vous vous êtes entraidés, soutenus, dans les moments difficiles, et inexorablement, des liens se créent, même si vous ne les voyez pas.
« J'ai suivi bon nombre d'anciens capitaines de Starfleet qui avaient du mal avec le retour à la vie civile, au moment de la retraite. La plupart en venaient à la conclusion que c'était leur équipage, leur famille de cœur, qui leur manquait, et ça ne m'étonnerait pas que ce soit aussi le cas pour vous.

- Je ne suis pas le sentimental que vous pensez que je suis, » répondit Leonard entre ses dents.

« Oh, je sais que vous ne l'êtes pas. Vous êtes un courageux, un homme d'action, mais vous avez du cœur aussi, et de la bonté, et c'est ce qui nous intéresse ici. Je vous suis depuis cinq ans maintenant, Leonard, je suis presque certain, disons à quatre-vingt cinq pourcents – les quinze restant vous reviennent, que vous n'avez rien d'un fou ou d'un masochiste, et que si vous êtes sur l'Enterprise après tout ce temps, c'est parce que vous y trouvez votre compte.
« Vous dites dans votre enregistrement que vous êtes prêt à faire l'effort de, je cite : ''croire que ces espaces ne sont pas si silencieux ni si infinis que ça'' pour ceux qui vous sont chers. C'est une sacrée preuve, vous ne croyez pas ?

- Mais ça ne change rien à mon problème.

- Certes. Mais vous avez dit que ça peut vous aider à aller mieux. Croyez en ces mots. Ce ne sont pas que des paroles en l'air, à mon sens. Et je suis prêt à parier que la clef de votre guérison – parce que guérison il y aura – est là. »

McCoy resta silencieux, le yeux rivés sur la ligne entre l'ordinateur et le bureau. Il n'était pas du genre optimiste. Croire en une chimère lui paraissait absurde, mais il avait aussi parfois envie d'être rassuré, et les mots du psychologue faisaient petit à petit leur effet.

Ollens ne le dit pas, mais il était tout à fait conscient des progrès et du chemin accompli par son patient depuis son premier rendez-vous, plus de cinq ans plus tôt. Là où il y avait un homme torturé, angoissé à la seule idée de prendre une navette pour aller d'un bout à l'autre de San Francisco, se tenait maintenant un officier chevronné qui pouvait mettre de côté ses faiblesses pour aider les autres.

« Nous allons nous arrêter là pour aujourd'hui », reprit-il en pianotant rapidement sur son padd pour rédiger quelques notes. « Prenez le temps de réfléchir à tout ce que nous avons dit. Je vous rappelle aussi que ce n'est pas parce que je pense des choses que c'est la vérité : écoutez-vous, essayez de comprendre ce qui vous fait rester sur l'Enterprise. Une fois que vous serez pleinement conscient de ce qui vous aide, votre quotidien devrait s'améliorer sensiblement.

- Oui.

- Bien. A la semaine prochaine, Leonard. Sentez-vous libre de continuer votre journal personnel. Je l'écouterai avec grande attention.

- D'accord. A la semaine prochaine. »

McCoy coupa la communication, pensif. Il resta ainsi, assis à son bureau pendant plusieurs minutes, à essayer de décortiquer l'entretien, à juger de la véracité de chaque idée, mais n'arrivant pour le moment à rien de concluant, il se leva et se prépara pour la prise de son quart qui approchait. Il avait l'estomac noué, mais il se força tout de même à se rendre au réfectoire pour manger un peu, espérant qu'on le laisserait tranquille pendant son repas.

oOo

Jim, Spock, Uhura, Sana, Jay et Karl (les deux hommes de la sécurité nommés par Giotto) furent téléportés à la surface de Qo'noS. Lorsque la matérialisation fut terminée, la petite équipe put voir qu'elle se trouvait dans une pièce rectangulaire sombre au plafond haut soutenu par d'épais piliers et une lourde charpente de pierre luisante. Le long des murs, des repères lumineux indiquait plusieurs autres zones de téléportation (plusieurs d'entre elles étaient d'ailleurs consacrées au fret), tandis qu'au sol, des dalles de métal brossé montrait les chemins jusqu'aux sorties. Le lieu n'était pas joyeux, plutôt lugubre même, et il n'inspirait pas confiance. Réprimant un frisson, Jim regarda derrière lui pour s'assurer que ses camarades étaient tous là, puis il se retourna vers le centre de la pièce.
Là, au milieu, à quelques mètres d'eux, il aperçut plusieurs Klingons, dont un semblait être Qa'nTok, celui à qui il avait parlé plus tôt. Les deux autres étaient habillés du même genre de toge et avaient coiffés leurs longs cheveux drus de perles de bois ou de liens de cuir, une coquetterie qui n'était pas connue de ce peuple. Toujours suspicieux et méfiant, Kirk s'avança, la main gauche non loin de la poche où se trouvait son phaseur. Le reste de l'équipe le suivit comme son ombre.

« Bonsoir, je suis le Capitaine Kirk », annonça-t-il.

Qa'nTok échangea un regard avec son voisin de droite, qui était plus petit que lui d'une demi-tête et qui avait des yeux bleu glace perçants, et qui le corrigea :

« C'est encore l'après-midi ici, Hra'nTa Kirk.

- Oh, navré. Nous sommes synchronisé avec le siège de Starfleet. »

Au moment où il disait ces mots, Jim se rendit compte que cette conversation n'avait aucun sens, et qu'il voulait être rapidement fixé sur la situation. Pouvait-il leur faire confiance ou non ?
Tendu, il choisit soigneusement ces mots pour ne pas prendre de risque, mais Qa'nTok le devança.

« Je vous présente l'ambassadeur Ntaq », dit-il en montrant l'homme à sa droite, « et le maire de Qi'bliS, Te'rQa.

- Enchanté, Messieurs », répondit Jim avec un mouvement de tête qu'il espérait cordial (il ne pouvait pas complètement museler son appréhension et son pressentiment que quelque chose clochait) avant de désigner ses compagnons de la main. « Voici le Commandeur Sana, capitaine de l'USS Excalibur, le Commandeur Spock, mon Premier Officier et Officier scientifique en chef, le Lieutenant Uhura, Officier en communication, et les Second-maître Dharka (Jay fit un signe de tête) et Ferndt (Karl salua).

- Bienvenue. »

Qa'nTok fit signe à l'équipe de le suivre et il se dirigea avec ses compagnons vers la sortie la plus proche. Jim eut un instant d'hésitation, puis il leur emboîta le pas avant de se retourner vers Uhura et Sana, à qui il demanda de le seconder. En allongeant le pas, Nyota lança un regard furtif à Spock qui ne le lui rendit pas, concentré sur sa mission.

Une fois sortis du hangar de téléportation, ils suivirent un large couloir gris qui déboucha, après quelques dizaines de mètres, sur une coursive couverte qui encerclait l'étage du bâtiment.
Celui-ci était de forme pyramidale, mais son sommet était plat et surmonté d'une coupole de verre blanc. De hautes fenêtres triangulaires, disposées tout autour, laissaient la lumière du jour entrer à l'intérieur de l'immeuble, construit en pierres d'un gris presque argenté. Sur la façade, l'immense symbole de l'Empire Klingon avait été peint en rouge, et il crevait le mur clair d'une manière tellement ostentatoire que Jim était certain qu'il était visible de loin.

Mais la forme et la taille du bâtiment (qui culminait tout de même à plusieurs dizaines de mètres) n'était pas ce qui l'impressionnèrent et le troublèrent. Ce n'était pas non plus la centaine d'autres pyramides du même genre qui étaient disposées tout autour, ni les immenses parvis dallés, les routes souterraines, les piliers énormes, les lumières, partout, ni les gros arbres qui dépassaient par endroits. Ce n'était pas les foules de Klingons qui suivaient les trottoirs, traversaient les voies de circulation, entraient dans les tours, conversaient, qui vivaient, tout simplement. En fait, ce qui le troubla, plus que tout, c'était le ciel, si vert**, si clair, si lumineux, et l'ambiance paisible et pacifique qui se dégageait du paysage qu'il avait sous les yeux. En un instant, tout ce qu'il avait appris sur Qo'noS et les Klingons s'en retrouvait chamboulé.

Qa'nTok suivit la coursive vers son extrémité, puis commença à descendre les marches d'un très large escalier de pierres claires bordé de tertres verdoyants. A la traîne, Jim échangea un regard avec son second, et ne put s'empêcher de lui faire part de ses doutes, à voix basse :

« Ça paraît impossible... J'ai du mal à croire que nous sommes sur Qo'noS.

- Je partage votre avis, Capitaine. Je suggère de rester attentif, rien ne nous garantit qu'ils comptent bien nous aider.

- Capitaine Kirk. »

Jim releva la tête et se tourna vers Sana, qui venait de l'interpeller. Elle s'approcha d'eux plutôt que d'attendre que Jim la rejoigne.

« Sachez pour ma part que je suis plutôt convaincue que nos hôtes sont de bonne foi.

- Mais enfin, ce sont des Klingons », souffla Jim en s'assurant qu'il n'était pas entendu des intéressés.

« Je le sais pertinemment. Mais il est logiquement impossible que tout un peuple joue la comédie de cette façon. Je dirai même plus : il est logiquement impossible que tout un peuple puisse jouer la comédie d'une façon aussi sincère sans préparation. Je rappelle que notre arrivée sur Qo'noS était imprévisible.

- C'est vrai, mais... »

Il sentit Spock se raidir à côté de lui, et un coup d'œil à son visage l'avertit que son Premier Officier n'appréciait pas la façon dont Sana venait de balayer le soutien qu'il lui avait témoigné en se rangeant de son côté. Invoquer la logique si facilement pour une Vulcaine dont l'esprit n'était pas rompu à cette même logique, froide et méthodique, semblait être un outrage pour Spock, mais il se garda bien de révéler le fond de sa pensée, et il se contenta de la fixer avec un regard dur et sévère. Sana redressa la nuque en l'affrontant silencieusement, le visage figé. Pour elle, le comportement du Premier Officier était de l'arrogance. Il n'était même pas un vrai Vulcain ! Comment osait-il se penser supérieur à elle ?

Comme un courant électrique menaçant ou un champ magnétique, Jim sentit leur lutte silencieuse. Il s'interposa alors en mimant de les écarter mais en faisant attention à ne pas les toucher, sachant bien que les Vulcains étaient très attachés à leur espace vital.

« Arrêtez ça. Nous font partie de la même équipe. Je suis disposé à entendre toutes les propositions, Spock, Commandeur Sana. Pas besoin de vous livrer bataille pour ça.

- Oui, Capitaine », répondirent-ils presque simultanément.

« Bien. Allons-y. »

Il les dépassa, bien conscient que dans une telle situation, inattendue et troublante, il devait se comporter comme un roc, infaillible et confiant, alors qu'il ne savait même pas lui-même quoi penser de tout ce qu'il voyait. Sana avait raison sur un point, le peuple Klingon n'aurait pas pu planifier tout cela aussi rapidement et de façon aussi crédible. Mais leur faire confiance était contre son intuition et tout ce qu'il avait appris lorsqu'il était à l'Académie. On lui avait toujours dit que les Klingons était un peuple dangereux, agressif et belliqueux, déchiré par des guerres civiles et motivés par la seule volonté de vouloir dominer un monde brisé par l'Empire. A force de conférences, il en était venu à les déshumaniser (si tant est qu'on pouvait leur attribuer ce mot) et à ne les voir que comme des bêtes sanguinaires. Là, pourtant, il voyait un peuple paisible qui semblait vivre pour autre chose que la guerre. Des enfants jouaient dans les rues, des hommes et des femmes discutaient, il pouvait même les entendre rire. Que faire, alors ? Camper sur ses positions ou accepter de remettre en question tout ce en quoi il avait cru, et mettre en doute la parole-même de Starfleet ?

Incertain, il rejoignit Qa'nTok, qui les attendait plus en avant, quelques marches plus bas et qui, aussi surprenant que cela puisse paraître, ne semblait pas imaginer le moins du monde les tourments du Capitaine Kirk. Il lui adressa un sourire cordial et désigna de la main une construction à l'architecture typique de Qo'noS, mais bien plus basse que les tours pyramidales qui l'entouraient.

« Nous vous invitons à vous restaurer. R'Qe l'ambassadeur Ntaq a fait remarquer que vous auriez peut-être faim, étant donné que vous êtes en soirée, là-haut.

- C'est très aimable à vous, Monsieur le préfet adjoint, mais nous ne voudrions pas abuser de votre hospitalité. Vous avez déjà la gentillesse de nous fournir cette bobine.

- Oui, à ce propos, » intervint Te'rQa en se rapprochant. « J'aimerais en savoir plus, Hra'nTa Kirk. A quoi elle vous servira ? »

Comme une gifle, Jim sentit la menace revenir. Le maire lui adressait un regard suspicieux qui le mit mal à l'aise. Il n'était donc pas le seul à rester sur ses gardes, et il se fit la réflexion que du point de vue de ce peuple, c'était peut-être la Fédération qui représentait le mal absolu.

« Nous verrons tout cela autour d'une collation, R'Qe Maire », répondit Qa'nTok à sa place.

Te'rQa se renfrogna mais n'ajouta rien, et la délégation termina de descendre les escaliers jusqu'au sol, où une passerelle bétonnée menait au bâtiment qui avait été désigné plus tôt. Jim essaya de museler autant qu'il pouvait son inquiétude, mais il ne put s'empêcher de jeter un regard derrière son épaule à l'intention de son équipe. Jay et Karl semblaient à l'affût du moindre signe de trahison, ce qui le rassura, mais Spock et Sana s'évitaient superbement du regard, la tête légèrement tournée vers l'extérieur, et au milieu, Uhura serrait les poings, visiblement très contrariée.

« Hey », les appela-t-il.

Tout le groupe tourna la tête dans sa direction. Jim fit signe aux deux gardes du corps qu'ils n'étaient pas concernés, puis il regarda successivement les trois autres et désigna le sol d'index impérieux.

« On se concentre. J'ai besoin de vous.

- Pardon, Capitaine », fut la seule à répondre Uhura, et son visage se détendit tandis qu'elle le rejoignait.

Kirk se pencha discrètement vers elle.

« Votre avis sur la question ?

- Je n'ai rien entendu qui pourrait infirmer ou confirmer l'hypothèse.

- Il faudra redoubler de vigilance pendant cette collation, dans ce cas. Et rappelez-moi, vous connaissez quoi de la culture klingonne ?

- He-ehm– ! »

Nyota avait réprimé un éclat de rire nerveux dans un toussotement peut discret qui firent se retourner les trois dignitaires dans leur direction. Gênée, elle cacha sa bouche de sa main pour s'excuser, puis tourna un regard rieur vers son supérieur, qui comprit immédiatement ce à quoi elle pensait. La culture klingonne ? Comme si les Klingons avaient une culture !

Kirk aurait pu être amusé par l'idée aussi, s'ils n'avaient pas été aussi près de découvrir qu'ils en avaient effectivement une. Complètement ignorant de ce qui les attendait, il se laissa à imaginer des plats de viande bouillie et de légumes blanchâtres fades, des alcools poisseux et capiteux, des jus insipides, et des fruits farineux et durs comme du roc. Il n'y croyait qu'à moitié. Si la collation se révélait aussi surprenante que l'avait été le reste, il était certain d'être accueilli avec un festin délicieux. Mais une partie de lui continuait à clamer méfiance et suspicion.

Après quelques minutes de marche supplémentaire, ils arrivent aux abords du bâtiment, qui abritait une grande salle de restauration « pour les hautes autorités » avait expliqué Qa'nTok, et plusieurs salons utilisés pour les réceptions et les cérémonies. L'intérieur acheva de troubler Jim, qui se rendait compte que oui, les Klingons avaient une culture, le concept d'art ne leur était visiblement pas inconnu.
Le grand hall où ils débouchèrent était peint de couleur claire, dallé de grandes pierres chinées, et décoré de longues fresques géométriques rouges et jaunes. Au plafond, une immense construction de verre blanc ciselé était suspendue (ou lévitait, Jim n'était pas sûr), et elle était illuminée de toutes part de globes qui diffusaient une lumière vive. Devant, le hall se séparait en deux escaliers massifs, en une demi-douzaine de turbolifts, et en une avancée qui débouchait sur un couloir vitré traversant un jardin botanique, au loin. Leurs hôtes les dirigèrent dans cette direction, et ce fut le souffle coupé que l'équipe vit les grands feuillus, les fougères arborescentes, les buissons épineux et les haies taillées, les petits rus et les marres calmes ; et un cristallin chant d'oiseaux exotiques leur parvenait. Incrédules, Jay et Karl échangèrent un regard, tandis que Jim cherchait le soutien de son Premier Officier qui, si on en croyait les légères verdeurs de ses joues et son regard agité, luttait pour ne pas sortir un tricordeur et aller étudier tout cela.

Après le jardin botanique, ils traversèrent une succession de places intérieures où glougloutaient des fontaines d'eau colorée et, enfin, ils arrivèrent dans une salon. En forme de demi-cercle, tous les canapés et les fauteuils étaient tournés vers la baie vitrée qui offrait une vue imprenable sur le paysage vertigineux d'un mur de falaise percé de multiples cascades qui se jetaient, loin en contrebas, dans un immense lac miroitant. Autour, encore, des forêts, des arbres immenses et verts, et au delà, des chaînes de montagnes au pointes enneigées.
C'était un décor idyllique, Jim devait arrêter de se mentir. Qo'noS n'était pas comme la Fédération l'imaginait. Certes, il restait encore une part d'incompréhension (comment ignorer depuis tout ce temps la nature réelle des Klingons ?) mais il était de plus en plus prêt à croire à ce qu'il avait sous les yeux. Spock était visiblement de son avis, car il lui adressa un long regard entendu pétillant de curiosité, ce qui lui arracha un sourire complice. Tous les deux, ils s'assirent sur le canapé désigné par leurs hôtes et, tandis que le reste de l'équipe prenait place autour d'eux, des serveurs (hommes et femmes) entrèrent pour disposer sur une table basse une multitude de plats appétissants à l'alléchant fumet.

Qa'nTok saisit une bouteille à la forme fantasque et remplit neuf verres.

« Alors, Hra'nTa Kirk, expliquez-nous. »

Jim adressa un regard furtif à Spock et à Sana, de qui il attendait l'appui diplomatique, puis il ajusta sa position et, alors qu'il acceptait le verre d'alcool que l'adjoint au préfet lui tendait, il lui répondit :

« Merci. Pour être tout à fait honnête, nous étions à destination d'un avant-poste scientifique situé dans la Zone Neutre, quand nous avons rencontré une forme de vie inconnue qui, en interagissant avec le vaisseau, a fait grillé certains composants de notre générateur auxiliaire. Ce générateur alimentait entre autres le système de spatiolocalisation. Pendant l'incident, nous avons subi une panne de propulsion, ce qui nous a dévié de notre trajectoire. Quand nous avons pu stabiliser le vaisseau, nous étions proches de Qo'noS.

- Et donc, si je comprends bien, vous avez besoin d'une bobine pour remplacer celle de votre générateur ?

- C'est exact. »

Qa'nTok leva son verre et fit signe à chacun de se servir, ce que fit l'équipe, avec néanmoins un peu d'hésitation.

Jim but une petite gorgée du liquide turquoise qui étincelait dans son verre. Le goût était inattendu et très surprenant. Ce n'était ni sucré, ni salé, ni même acide ou amer. C'était tout simplement doux et délicieux.
Du coin de l'oeil, il vit que ses deux camarades Vulcains, eux, avaient bien plus de mal avec ce breuvage. Ils reposèrent poliment le verre sur la table. En face, Te'rQa bougea sur son siège et se pencha un peu en avant dans une position perceptiblement plus menaçante.

« Hra'nTa Kirk, qu'est-ce qui nous garantit que vous n'avez pas besoin de cette bobine pour nous attaquer ? »

Jim avala de travers l'alcool qu'il était en train de siroter et manqua de s'étouffer. Il toussa plusieurs fois en reposant le verre devant lui avant de lui adresser un regard lourd de sens.

« Monsieur le Maire, de la même façon qu'il vous est tout à fait possible de détruire l'Enterprise avec une seule batterie de torpilles, nous pouvons raser la moitié de Qi'bliS avec notre armement. Si nous voulions vous attaquer, nous ne serions pas descendus. »

Qa'nTok hocha vigoureusement la tête, se rappelant d'avoir lui-même prononcé ces mots lorsque Kirk l'avait appelé depuis le vaisseau. Le préfet adjoint donna un coup de coude à Te'rQa.

« Hey, je t'aime bien, mais t'es un peu bête, des fois. »

L'intéressé lui répondit par un regard indigné et deux sourcils haussés qui disparurent dans les replis osseux de son front, puis il éclata d'un rire tonitruant en se frappant les cuisses.

« Tu as bien raison ! Pardon, Hra'nTa Kirk, la méfiance, vous savez.

- Je vois tout à fait, » répondit Jim, surpris par le soudain changement de comportement du maire. Lui-même essayait de rester critique vis-à-vis de cette situation. Il ne comprenait que trop bien sa réticence.

Mais cette réaction soudaine et la façon dont Qa'nTok avait reprit son camarade avait achevé le capitaine de croire en ce qu'il voyait. Si l'on gardait bien en tête que la visite de l'Enterprise était parfaitement imprévisible, il était impossible pour que tout cela ne soit pas vrai.

Après cela, ils dégustèrent les nombreux plats qui avaient été servis en discutant, notamment des missions de la Fédération et de Starfleet et, lorsque les deux parties furent convaincues qu'il n'y avait plus de danger, ils débattirent même de la façon dont chacun voyait l'autre.

oOo

Ça s'approchait.

Lentement, sûrement, ça se déplaçait.

C'était long, c'était énorme, c'était silencieux. Ça réfléchissait les étoiles, et tout le reste.

C'était silencieux. Non, ça produisait un léger vrombissement, un bruit de fond, presque inaudible, grave, comme un râle d'agonie. Ça s'approchait, ça menaçait.

Ce n'était pas Borg. Ce n'était pas un vaisseau. C'était presque indétectable, invisible et imprédictible. Mais c'était là. Et ça n'allait pas s'arrêter.

Ça menaçait.


* En comptant les trois années d'Académie de Jim, puis en considérant qu'il s'écoule un an avant les événements d'Into Darkness, puis un an au moment de la commémoration à la fin du film, puis plus de trois ans de la mission quinquennale, nous obtenons environ huit ans d'amitié.

** Il est dit que Qo'noS, vue de l'espace, est verte. J'ai donc pensé que son ciel pouvait être de cette couleur.

Petit lexique des mots klingons que j'ai inventés :
R'Qe : Monsieur
Hra'nTa : Capitaine


Faits parodiques utilisés :
"L'Enterprise rend visite à la planète natale des Klingons par une belle journée ensoleillée."
"L'Enterprise croise une planète du type Jardin d'Eden, où tout le monde est heureux tout le temps. En outre, tout se révèle être rapidement exactement comme il le semblait au début."
"Un Klingon dit à un autre : Hey, je t'aime bien"

Et voilà pour ce chapitre 4 ! J'espère qu'il vous a plu et que vous n'allez pas trop me lancer de pierres pour tout ce qu'il se passe sur Qo'noS :D
Dans le chapitre 5, on en saura plus sur ce truc qui s'approche !
Un petite review, please ? :D

Merci et à bientôt !