Note : Bonsoir à tous ! Voici un nouveau chapitre, encore un peu plus long que le précédent :D J'espère qu'il vous plaira, je me suis bien amusée à l'écrire.

J'en profite pour vous prévenir que, maintenant que le boulot a vraiment repris, mon rythme de parution sera plus lent. J'espère quand même pouvoir poster un ou deux chapitres par semaine.

Allez ! Bonne lecture !


Chapitre 5 : Tout est bien qui finit... bien ?

Le capitaine intérimaire Sulu était fièrement installé sur le fauteuil de commandement en l'absence de Kirk. Un poignet nonchalamment posé sur l'accoudoir, le dos épousant la ligne du dossier, il regardait sans y penser la planète verte autour de laquelle l'Enterprise tournait.

L'équipe s'était téléportée au sol depuis plus d'une heure à présent, et il était temps que s'opère le changement de quart, comme l'indiquait l'horloge de la passerelle lorsqu'elle passa en affichage de nuit en même temps qu'un 20:00 remplaçait un 19:59 diurne. Ponctuelle, la relève arriva à e moment précis pour remplacer l'équipage, et Sulu observa les timoniers, les chargés des communications, et les spécialistes scientifiques résumer ce qu'il s'était passé et donner les consignes à leurs remplaçants. C'était un spectacle auquel il n'assistait pas souvent, puisque directement impliqué d'ordinaire, et cela le fascina. L'Enterprise, son équipage et son organisation lui parurent alors plus finement ciselés et réglés que n'importe quelle pendule, un ballet précis qui, même sans chef d'orchestre, continuait de danser et d'avancer sur la musique qu'étaient le temps et l'univers. Oh, bien sûr, il fallait un maître, mais pas pour rappeler à chacun ce qu'il devait faire et où il était attendu. Le fauteuil de commandement n'était pas là pour ça, mais pour désigner qui devait prendre les décisions et endosser les responsabilités.

Hikaru était rompu à cela, maintenant, puisque Kirk, le célèbre Capitaine Kirk, ne pouvait s'empêcher de partir lui-même en mission quand il pouvait simplement désigner des représentants. Et, bien entendu, il ne quittait presque jamais le vaisseau sans son précieux Premier Officier « parce qu'il est le meilleur dans son domaine », ne cessait de se justifier Kirk, ce qui était compréhensible, mais difficilement excusable au vu des nombreuses lois de Starfleet. Cela n'en déplaise au jeune asiatique, qui avait pu ajouter la casquette de capitaine intérimaire à ses capacités, et il en était particulièrement fier. L'idée et l'ambition de pouvoir commander son propre bâtiment un jour fleurissait dans son esprit et, même s'il était encore loin de pouvoir postuler (grade, ancienneté et expérience obligent), c'était un objectif, certes lointain, mais qui le motivait à faire chaque jour de son mieux. Kirk avait remarqué cela et c'était bien pour cette raison qu'il lui laissait les commandes en toute confiance ; et la boucle était bouclée.

Sulu retrouva donc ses camarades de l'équipe de nuit : M'Ress aux communications, Bailey à la navigation, Alden aux radars et Galloway à la sécurité. Et, plus, à cause des circonstances et de la position compliquée de l'Enterprise, quelques officiers supplémentaires étaient venus en renfort. La passerelle était complète, et la tension palpable, même si chacun suivait l'équipe au sol de très près, et rien n'indiquait pour le moment qu'elle était en danger. Mais, hé, c'était une planète de Klingons, en bas. On ne pouvait être sûr de rien.

L'attente continua, et malgré le calme apparent, aucun ne faisait l'erreur de se penser en complète sécurité. C'était donc pour cela que, lorsqu'Alden leva le nez de ses consoles pour avertir l'équipage d'un danger, personne ne fut particulièrement surpris.

« Capitaine, il y a quelque chose en approche !

- Ça vient de Qo'noS ?

- Je ne crois pas mais les sondes sont brouillées, j'ai du mal à obtenir une image fiable. »

Sulu se leva du fauteuil pour rejoindre le lieutenant qui se tenait à la place de Spock en l'absence de ce dernier et se pencha sur les écrans.

« Là », désigna Alden en montrant du doigt une forme confuse.

Le capitaine intérimaire fronça les sourcils, incrédule. Ce qu'il voyait, même si la forme n'était pas nette, ne ressemblait à rien de connu. Ce n'était ni un vaisseau, ni un objet spatial comme un astéroïde ou une comète, ça ne ressemblait pas non plus à une sonde.

« Mais qu'est-ce que c'est que ce truc ? » souffla-t-il, éberlué.

C'était plutôt long (Alden estimait que ça dépassait en longueur l'Enterprise), avec des arêtes et des bords droits, et la forme leur rappelait celle des vaisseaux Borgs, mais ça n'en était pas un. C'était juste une sorte de parallélépipède rectangle géant.

Enfin. Pas seulement...

« Capitaine ! »

Sulu se tourna vers M'Ress, qui tenait le communicateur à son oreille.

« Les communications vont être inopérantes, il y a de plus en plus d'interférences. »

Ni une ni deux, Hikaru retourna à son fauteuil et appuya du poing sur l'un des boutons de l'accoudoir. Après quelques instants, on entendit des voix, noyées dans des sons parasites de plus en plus persistants.

« Enterprise à Capitaine Kirk ! Répondez !

- Ici, Kirk. Qu'y a-t-il, Monsieur Sulu ? Je vous entends affreusement mal.

- Monsieur, un objet inconnu s'approche de Qo'noS. Nos communications vont bientôt être coupées. »

Il y eut un silence (enfin, surtout du bruit parasite), et Sulu se demanda s'il avait été entendu et compris, quand Jim reprit la parole, d'une voix sérieuse et pleine de gravité.

« Ce qui signifie que vous ne pourrez pas nous remonter... Cet objet, vous en savez quoi ?

- Très peu, Monsieur. Ce n'est pas Borg, mais ça y ressemble. Ça ne paraît pas vivant.

- Qu'indique le relevé de champ électromagnétique ? »

C'était Spock.

Sulu se tourna vers Alden, qui éleva la voix pour se faire entendre :

« Il est très élevé pour quelque chose de cette taille, il s'approche de celui d'une petite planète.

- Spock... »

Hikaru devina le regard que son capitaine devait lancer au Premier Officier, à la surface de Qo'noS. Quelque chose de très inquiet, une lueur effrayée à la limite de virer en panique. Mais le pilote savait que Kirk ne se laissait jamais aller à la panique, pour lui-même, déjà, et pour tout son équipage, qui attendait qu'il prenne les décisions. Était-ce ce qu'il devait faire, là ? Prendre des décisions ?

Pendant qu'il réfléchissait de son côté, il entendit la voix de Spock reprendre, hachée par les interférences, et il cria à M'Ress d'égaliser les fréquences pour lisser le son, ce qu'elle s'empressa de faire.

« Capitaine, j'entrevois une possibi–ité. Tirer sur l'objet avec nos torpilles serait dangereux et soumis à beaucoup trop d'aléas, aussi je propose d'utiliser le rayon tract– de l'Enterprise pour l'éloigner de –o'noS.

- Et si c'est un vai–eau ? S'il y a des vies dedans ? Ou même si c'est –vant ?

- Je n'ai pas a– de données pour pou–oir conjecturer à c– s–jet.

- Capitaine ! Commandeur ! Je vous perds, faites vite !

- Appelez– ! –te puissance au r– –teur !

- Répétez, Capitaine ! Soyez bref !

- –cotty ! Rayon tracteur ! Appelez Sco– ! »

La voix de Kirk fut balayée par les bruits parasites, et malgré les tentatives de M'Ress, il fut impossible de récupérer la communication.

Sulu était assis au bord du fauteuil, dans une position qui lui permettait de s'en éjecter à n'importe quel moment. Son cœur battait la chamade et il sentait l'adrénaline l'embraser. Là. Il y était. C'était à lui de prendre les décisions et de sauver l'équipage. Cette fois, ce n'était pas Kirk ou Spock qui pourrait le faire, il ne pouvait attendre auprès de quiconque. C'était lui, ou personne.

Alors il se leva, souffla profondément pour se calmer et se vider l'esprit de toute pensée inutile et, ignorant les regards alarmés des officiers de passerelle, s'apprêta à endosser pleinement ce rôle de capitaine. Il demanda à M'Ress de vérifier si les communications internes fonctionnaient toujours et à Alden de surveiller la progression de l'objet. La première lui répondit que plus rien ne fonctionnait, le second que les sondes étaient aveugles à cause du champ électromagnétique. Sans perdre de temps, Hikaru traversa à grands pas la passerelle pour se jeter dans un turbolift. Mais avant de laisser les portes se refermer, il se rappela qu'il devait céder les commandes à un autre. L'idée n'eut pas le temps de provoquer en lui la moindre émotion. Il le devait. Il embrassa alors la pièce du regard et s'arrêta sur celui qui tenait son habituel poste de navigation.

« Arex, je vous laisse les commandes ! »

Il ne prit pas le temps d'entendre la réponse. Les portes de l'ascenseur se refermèrent et la cabine le transporta vers le seul endroit où il pourrait trouver l'ingénieur en chef : près du réacteur.

oOo

« –et alors, tu n'imagineras jamais où je suis arrivé. Directement dans la turbine de refroidissement ! Si, je t'assure ! »

Montgomery Scott était appuyé contre l'un des nombreux piliers de la salle des machines, profitant du doux ronronnement du réacteur nucléaire, tandis qu'il discutait (ou plutôt, monologuait) avec Keenser. L'alien ne le lui disait pas, mais l'histoire qu'il lui rapportait et qui datait de leur arrivée sur l'Enterprise, lors de l'Affaire Nero, avait déjà été racontée maintes et maintes fois, et il commençait à la connaître par cœur. Mais voir l'humain s'enthousiasmer à chacune de ses aventures l'amusait, donc il ne fit aucun commentaire et se contenta de le regarder de ses petits yeux noirs.

« Et ensuite, j'ai été propulsé dans la tuyauterie, et Kirk galopait derrière moi comme un petit chien ! Haha, c'était un sacré truc, quand même. Enfin, grâce à lui, j'ai évité d'être déchiqueté et réduit à une purée sanguinolente par la chambre de brassage. Et

- Monsieur Scott ! »

L'ingénieur se retourna, pour voir le lieutenant Sulu courir à toute allure dans sa direction, l'air paniqué. Scotty quitta alors son pilier et s'en écarta d'un pas pour le réceptionner.

« Doucement, mon garçon. 'allez pas vous emplafonner dans le réac–

- –rayon trac–teur ! Tou–t'puissance ! Imm–diatement !

Quoi ? Reprenez votre souffle, d'abord, okay ? J'ai rien compris. »

Sulu se dégagea des bras de l'ingénieur, souffla profondément plusieurs fois en appuyant sur ses côtes, puis il se redressa, et ses yeux brillaient, non plus de panique, mais de la même lueur que celle qu'avait Jim quand il y avait une urgence et qu'il n'y avait qu'une seule solution. Scotty retrouva son sérieux dans l'instant, ne connaissant que trop bien ce regard.

« Un objet inconnu menace Qo'noS, il faut utiliser le rayon tracteur pour l'éloigner. Tout de suite !

- Ha ! J'ai comme qui dirait eu une intuition, tout à l'heure. Un pressentiment, 'voyez ? J'ai balancé toute la puissance du générateur principal sur le rayon tracteur. C'est fou, hein ? »

Scotty lui adressa un sourire fier, tandis que Keenser secouait lentement la tête d'un air désespéré. Sulu regarda longuement l'ingénieur, comme pour s'assurer qu'il ne plaisantait pas, puis il le remercia brièvement et repartit à toute vitesse en sens inverse. Les deux autres l'observèrent jusqu'à ce qu'il ait disparu dans le turbolift, puis l'écossais se tourna vers son ami.

« J'en étais où ? Ah oui, la chambre de brassage. Et donc, Kirk a eu la grande bonté de m'extraire de là avant d'être haché menu, ce qui m'a valu de tomber de trois mètres de haut avec l'équivalent d'une piscine de flotte. Le pied total, hein ! Enfin, après on s'est fait attrapé et on nous a conduit jusqu'à la passerelle. J'étais dégoulinant de partout mais c'était dément. L'Enterprise, quoi ! L'Enterprise ! »

oOo

Sulu piquait son deuxième sprint en l'espace de cinq minutes, et malgré le temps d'arrêt provoqué par le déplacement du turbolift, il arriva sur la passerelle essoufflé, le visage luisant de sueur et les membres gourds et tremblants. Arex lui céda le fauteuil en le voyant approcher, et le capitaine intérimaire s'y affala en poussant un râle de fatigue. Sulu fit ensuite un signe au deuxième officier scientifique et, quand ses capacités respiratoires le lui permirent, lui ordonna d'activer le rayon tracteur. Il demanda ensuite aux pilotes de positionner le vaisseau derrière l'objet, afin de le remorquer vers le large.

Tendu, il attendit que ses ordres soient effectués, et ce fut avec soulagement qu'il vit l'objet inconnu s'arrêter dans sa course lorsqu'il fut enveloppé par le rayon, puis tiré vers l'espace profond. L'apaisement gagna la passerelle. Qo'noS était sauvée.
Oui, aussi étonnant que cela puisse paraître, ils venaient de sauver la planète natale des Klingons d'une mort supposément certaine.

Une fois que suffisamment de vitesse ait été inculquée à l'objet, l'Enterprise coupa son rayon et retourna en orbite de Qo'noS. Sur les radars, le brouillage disparut, et M'Ress afficha un grand sourire lorsqu'elle annonça que les communications étaient revenues. Soulagé, Sulu rouvrit la ligne vers le communicateur de Kirk.

« Enterprise à Capitaine Kirk.

- Ah, Monsieur Sulu ! Alors ?

- Ça a marché, Monsieur. Nous l'avons tracté hors de la zone d'attraction de Qo'noS.

- Parfait ! Nous avons terminé, ici. Prévenez la salle de téléportation que nous sommes prêts à remonter.

- A vos ordres. »

La communication fut coupée, et Sulu reporta l'information.

oOo

Quelques ponts plus bas, sur les plots de la salle de téléportation, l'équipe envoyée au sol apparut. L'ingénieur souhaita bon retour à Kirk, qui plaça entre ses bras une sorte de sac de toile contenant un objet arrondi et lourd.

« Nous avons notre bobine. Amenez-la à l'équipe de maintenance.

- Tout de suite, Capitaine. » L'homme se dirigea vers la sortie, quand Jim le rappela.

« Attendez, prenez ça aussi, et laissez-le aux labos. Dites-leur de vérifier que rien n'est contaminé.

- A vos ordres. »

L'ingénieur disparut dans le couloir, emportant, en plus du sac de toile, un petit caisson aux armatures de fer noir.

Kirk se retourna vers ses hommes.

« On fait un debrief en salle de réunion. Uhura, je vous libère juste après. Second-maître Dharka, allez faire soigner cette coupure.

- Oui, Monsieur. »

Jay plaquait sa paume contre son poignet, et du sang coulait entre ses doigts, maculant son uniforme, ses chaussures, et le sol de la salle de téléportation. Rien que de très bénin, car il s'était infligé cette blessure pendant le repas en essayant d'ouvrir une sorte de bogue avec un couteau, et s'était entaillé la main avec. Il inclina la tête, comme pour s'excuser de ce qu'il s'était passé, et quitta la pièce pour rejoindre l'infirmerie. Le reste de l'équipe se dirigea ensuite vers la pièce où ils avaient planifié leur mission avant de descendre, situé un pont en dessous et, une fois là-bas, s'installa autour de la grande table de métal poli.

Jim s'appuya contre le mur, les bras croisés et l'air plus soucieux que ne le suggéraient les apparences ; Spock était droit et impassible sur son siège, et le reste était soit debout, soit assis, Sana étant délibérément située à l'opposée du Premier Officier de l'Enterprise.

« Bon, on peut dire que cette mission est un succès, » commença Jim en les regardant tour à tour, « mais il y a plusieurs choses qui me chiffonnent, comme vous tous, je pense.

- L'apparent comportement pacifique des Klingons remet en cause ce que nous inculque Starfleet », continua Spock à sa place. « Ce qui nous amène à douter de ses enseignements, et donc à revoir nos jugements sur tout ce qui nous paraît établi et immuable.

- Oui. Sauf que je ne suis pas certain que Starfleet et la Fédération accepterons de nous écouter. Nous ne sommes qu'un équipage isolé, qui s'est en plus retrouvé dans l'espace Klingons par le simple hasard ? Je suis prêt à parier que l'on nous prenne pour des fous.

- Si on ne nous punit par pour ça », intervint Uhura, et Jim hocha la tête, montrant qu'il en était arrivé à cette conclusion.

« Sans évoquer le fait que les Klingons sont véritablement bons ou pas », reprit Kirk, « notre présence ici est passible de cour martiale.

- Les Vulcains ne peuvent pas mentir, Capitaine », dit platement Spock, s'attirant un inattendu regard sympathique de la part de Sana.

« Qui parle de mentir ? Je n'ai encore rien dit.

- Vous alliez suggérer de falsifier nos rapports pour ne pas faire mention de notre arrêt sur Qo'noS. Je le répète, les Vulcains ne peuvent pas mentir.

- Alors ne mentez pas. Omettez simplement cette partie de notre mission. »

Spock répondit au regard entendu de Jim par un sourcil haussé et une lueur malicieuse dans les yeux. Ses commissures s'étirèrent très légèrement en une ombre fugace d'hypothétique sourire, puis il hocha la tête.

« Entendu.

- Bien. Je vais demander au reste de l'équipage d'en faire autant. Commandeur Sana, j'attends de vos hommes la même chose.

- Ils le feront.

- Parfait. Vous pouvez disposer. Dès la spatiolocalisation réparée, nous repartons vers Azure X. »

Chacun quitta alors la salle de réunion et partit dans diverses directions. Uhura prit le turbolift pour rejoindre ses quartiers, bien décidée à passer une soirée tranquille avant de prendre son quart en fin de nuit. Sana se dirigea vers les siens en compagnie de Karl, avant qu'il ne la laisse au profit du bar, et Jim et Spock prirent la direction de la passerelle.

Là, Kirk ne manqua pas de féliciter Sulu pour son professionnalisme et sa réactivité lorsqu'il était aux commandes, puis il s'installa dans son fidèle fauteuil et écouta les rapports des officiers présents. Bientôt, le générateur auxiliaire fut réparé, et l'Enterprise put se localiser correctement, programmer son plan de vol, et quitter Qo'noS pour l'avant-poste scientifique où elle était attendue.

Durant le voyage, Sulu, la curiosité l'emportant, demanda à son supérieur ce qu'il s'était passé sur la planète, et Jim se fit un plaisir de lui résumer ce qu'ils avaient vus, Qi'bliS, le jardin botanique et le paysage fantastique vu depuis le salon, et détailler chaque boisson et chaque met qu'ils avaient goûtés. Et autant le souvenir tira de petits rictus dégoûtés de la part de Spock, autant Jim ne parvint pas à retenir son enthousiasme. Les Klingons étaient finalement bien loin du peuple barbare qu'ils pensaient qu'ils étaient ! Par la suite, il raconta comment leurs hôtes avaient été intarissables d'éloges et de remerciements à propos de l'objet inconnu, et qu'en plus de la bobine, ils leurs avaient offert en reconnaissance tout un assortiment de plats traditionnels. C'était le caisson de fer noir que Jim avait envoyé au laboratoire.

Passant d'une chose à une autre, Kirk demanda à l'officier en communication de faire passer le message à l'équipage concernant le fait que personne ne devait faire mention de ce qu'il venait de se passer. Puis, soudainement fatigué par cette épuisante journée, il décida de laisser une nouvelle fois le fauteuil à son pilote, annonçant qu'il regagnait ses quartiers. Spock quitta également la passerelle quelques instants plus tard.

oOo

La soirée se poursuivait.

Il n'était pas encore tard, mais les ponts se vidaient petit à petit, laissant l'équipe de nuit seule aux commandes. Déjà, dans les couloirs, le système d'éclairage de période nocturne s'était mis en marche et, ainsi, le vaisseau pouvait presque avoir l'air mort. Oh, il restait toujours des lumières, çà et là, et le silence n'existait pas, constamment chassé par le vrombissement des moteurs ou le léger soupir des portes et des turbolifts. Mais le calme était là, bien présent, et l'équipage en avait besoin après les événements de l'après-midi.

Après être passé à ses quartiers pour se rafraîchir et enfiler une tenue moins formelle que son uniforme de commandement, Jim passa les portes de l'infirmerie, bien décidé à parler avec son ami. Celui-ci était de l'équipe de nuit et, l'activité du vaisseau étant ce qu'elle était durant la période nocturne, il n'avait guère plus à faire que surveiller avec ses deux infirmiers la demi-douzaine de patients qui somnolait dans la pièce adjacente. Kirk le retrouva donc assis les bras croisés et l'air de mourir d'ennui.

« Salut, Bones », fit-il en s'approchant, saluant d'un signe de tête les deux infirmiers qui discutaient à voix basse un peu plus loin.

Le médecin se redressa et son visage s'éclaira de malice.

« Tiens donc ! C'est la première fois que tu viens de toi-même réclamer une visite médicale. Qu'est-ce qu'il se passe ? Une petite prise de bec avec un Klingon ?

- Non, je viens te parler. »

L'expression de Leonard changea pour quelque chose d'un peu plus las, bien que l'amusement soit toujours visible dans ses yeux.

« Je suis en service, Jim.

- Allez, je sais que tu t'ennuies. Et c'est important. »

L'air conquérant de son ami arracha à McCoy un soupir, puis il se leva et désigna la porte derrière lui.

« On va dans mon bureau alors. »

Jim lui répondit par un sourire satisfait avant de prendre la tête. Le médecin donna quelques indications à ses subalternes avant d'entrer, puis il laissa le battant métallique se refermer derrière lui.

Le bureau du médecin-en-chef (aussi utilisé parfois par M'Benga quand il était en poste), était une pièce rectangulaire aux murs recouverts d'étagères remplis d'objets médicaux et de maquettes scientifiques, et d'armoires contenant des flacons et des tricordeurs. Il y avait une petite table de réunion ovale au milieu de la pièce, un bureau avec un ordinateur et un siège à haut dossier et, derrière une sorte de paravent ajouré, on pouvait apercevoir un lit et deux fauteuils. C'est là que Leonard mena son ami et, tandis que Jim s'installait au plus près du mur (pensant que si le médecin avait une urgence, il serait plus simple pour lui de s'échapper s'il était plus proche de la sortie), il extirpa une bouteille et deux verres d'un placard mural.

« Ce n'est pas interdit de boire pendant le service ? » le taquina Jim, conscient que détendre l'atmosphère rendrait le sujet fatidique plus facile à aborder.

« Qui dit que c'est de l'alcool ?

- Moi. C'est un brandy andorien, non ?

- Tu as l'œil », le congratula Leonard en versant un fond de liqueur dans chaque verre, avant d'en lui en tendre un. « Mais il n'est pas utile que le capitaine le sache, pas vrai ?

- Je suis le capitaine », rétorqua Kirk, amusé par son petit jeu.

« Ah bon ? Je ne vois qu'un gosse mal coiffé avec une paupière qui frétille. C'était du nectar de K'taq ?

- Quoi ? De quoi tu parles ?

- De ta petite escapade chez les Klingons », répondit McCoy en levant son verre, l'invitant à boire. « Il y a trois bouteilles de K'taq dans le caisson que tu as ramené.

- Je ne leur ai rien demandé, pourtant.

- Mais tu as dû avoir l'air d'aimer, puisqu'ils ont étiqueté une bouteille à ton nom. Avec deux fautes d'orthographe. »

Kirk poussa un soupir amusé en portant son verre à ses lèvres. L'alcool andorien titilla ses narines, puis le liquide, d'un parme étourdissant, s'enroula sur sa langue. McCoy garda le silence le temps de déguster sa première lampée, puis il s'adossa confortablement contre le dossier, les bras sur les accoudoirs et le verre entre les doigts, avant de se tourner vers lui.

« Tu voulais me parler », lui rappela-t-il.

Jim se figea une fraction de seconde, taraudé par un mélange de crainte et d'appréhension, avant de prendre une position semblable à celle du médecin dans le but de paraître détaché et désinvolte. Il fit mine d'observer la robe rosée de l'alcool, tel un fin connaisseur.

« Oui. D'un truc personnel. Qui te concerne. Enfin, d'un truc qui t'es personnel. »

Il s'éclaircit la voix, mal à l'aise. Paraître sûr de lui ne faisait pas qu'il l'était vraiment, et il était à peu près certain que cela se voyait comme les magouilles d'un Ferengi. C'est-à-dire beaucoup.

Leonard fronça les sourcils en regardant son ami, sembla réfléchir un instant, puis il hocha la tête avec un sourire sarcastique.

« Merveilleux. Uhura a cafté, c'est ça ?

- Oui, et elle a eu raison de le faire. C'est le genre de choses qu'un capitaine doit savoir… »

Jim laissa sa phrase en suspens, se redressa, et baissa la tête, un air coupable sur le visage.

« Ainsi qu'un ami. Je suis désolé, Bones. »

Le médecin lui lança un long regard, difficile à déchiffrer. Il semblait être réprobateur, mais il conservait une pointe de chaleur, quelque chose comme–

« Bah, de quoi tu t'excuses ? Je ne l'ai jamais crié sur les toits.

- Oui, mais c'est important, non ? C'est quelque chose qui te fait souff–

- Jim, j'ai fêté mes trente-cinq ans cette année. Je m'y suis habitué, maintenant, c'est bon. Ce n'est pas quelque chose qui doit t'alarmer.

- Uhura m'a dit que ça avait l'air sérieux.

- Non mais de quoi elle se mêle ? » pesta-t-il dans son verre.

Kirk regarda longuement son ami, préoccupé et compatissant et, quand Bones croisa son regard, il se figea. Le médecin se redressa. La malice et l'amusement avait clairement disparu pour quelque chose de plus coléreux.

« Ah non ! La pitié est la dernière chose dont j'ai besoin ! » cria-t-il en pointant un doigt autoritaire vers Jim.

« Mais je n'ai pas pitié ! C'est plus… euh, de la compassion ?

- Ce n'est pas la même chose ? » grinça McCoy en se renfrognant.

Jim haussa les épaules et fit une moue navrée avant de plonger ses lèvres dans le brandy andorien. Son ami poussa un profond soupir en levant les yeux au ciel en guise de réponse.

« Et donc ? » demanda innocemment le plus jeune.

« Et donc, quoi ?

- Tu ne veux pas m'en parler ?

- J'ai rien à dire.

- Je voudrais comprendre comment tu vois les choses.

- Huh… Nan, si je rentre dans les détails, ça va devenir pathétique. Mais… »

Leonard se pencha en avant et s'appuya sur ses cuisses, son verre toujours entre les doigts. Jim le suivit du regard, retenant presque sa respiration, comme pour éviter de briser ce pas en avant, ce moment où son ami s'ouvrait enfin.

« Le Docteur Ollens, un spécialiste en psychologie spatiale, m'a conseillé de tenir une sorte de… journal. A qui je me confierai à défaut d'avoir une oreille attentive. »

Jim ignora le petit pincement de vexation qui le titilla pour répondre avec sa sincérité habituelle :

« Tu sais, je suis là aussi pour ça, hein. Pas que pour t'embêter et fuir tes hyposprays.

- Mais c'est pas mon genre de me répandre en larmes en me plaignant que j'ai peur du noir, Jim. J'confie pas facilement ces choses-là.

- Tu me l'avais dit pourtant, il y a longtemps.

- C'était une parole en l'air…

- Pas si en l'air que ça, visiblement.

- Ah, ça va… » grogna Leonard en lui lançant un regard torve. « Bref. J'ai enregistré la première entrée dans l'après-midi. Je peux te l'envoyer, si tu veux.

- Bien sûr. Je l'écouterai avec grande attention.

- Pas trop quand même. Tu vas croire que je suis un cas désespéré, sinon », fit-il, cette fois, avec un sourire doucement bourru aux lèvres.

Kirk lui répondit de la même façon, bien que plus franchement, avant de lui offrir une tape amicale sur l'épaule. Ils restèrent ainsi plusieurs minutes, en silence, à déguster tranquillement leur verre, le regard vague, perdus dans leurs pensées.

« Jim. »

L'interpellé tourna la tête vers son ami et croisa son regard, indéchiffrable, complexe, mais toujours avec cette lueur chaleureuse. Quelque chose comme…

« Merci. »

…de la reconnaissance.

Jim lui répondit par l'un de ses meilleurs sourires, complice, fraternel, le type de sourire qu'il n'offrait pas à n'importe qui. Son cœur était gonflé de satisfaction et d'un mélange de fierté et de joie. Certes, la pathologie de McCoy ne prêtait pas à rire, mais il était parvenu à l'entendre et à lui montrer qu'il était digne de cette amitié.

oOo

Au même moment où Jim rendait visite à Leonard, Nyota était arrivée devant sa cabine, avant de subitement faire demi-tour. Elle avait pensé passer la soirée tranquillement, peut-être en surfant sur le net depuis son ordinateur ou un padd, mais elle décida finalement de passer ce moment de répit avec Spock, qu'elle voyait trop peu à son goût.

Elle remonta donc dans l'ascenseur pour atteindre le pont où étaient logés les officiers supérieurs et les invités de marque (Sana correspondait aux deux catégories, sa cabine était donc par là), puis elle suivit les longs corridors courbes jusqu'à la porte des quartiers de son compagnon. Bien que sûre d'elle, elle hésita un instant devant, et cela lui rappela le moment, plus tôt dans la journée, où elle était allée voir McCoy. Cette pensée appela le souvenir de leur conversation et de ce qu'elle avait appris à son sujet, mais elle s'en débarrassa et appuya sur le bouton d'appel du boîtier de commande, qui indiqua à l'occupant sa présence. Moins d'une minute plus tard, la porte s'ouvrait dans un chuintement discret sur la silhouette élancée de Spock, qui avait retiré le haut de son uniforme au profit d'une tunique vulcaine bleu nuit à manches évasées. N'ayant pas l'habitude de le voir vêtu ainsi et trouvant que cela lui allait très bien, Nyota le regarda la bouche entrouverte sans dire un mot. De mauvaises réflexions voulurent se faufiler depuis son subconscient, mais elle les chassa avant qu'elles n'aient pu construire une pensée concrète, et elle entra dans la cabine quand Spock s'effaça en l'invitant d'un mouvement gracieux de la main.

L'intérieur était bien différent de celui de McCoy. Déjà, la cabine était un peu plus grande, offrant un lit plus large et plus d'étagères autour du bureau ; mais c'était aussi sa décoration qui différait. Là où il y avait des objets terriens, des souvenirs et des photographies se tenaient cette fois des éléments typiquement vulcains, dont une sorte de vase, deux objets longs ressemblant à des sabres, une tenture ocre tissée à la main et, suspendu à un mur, un étrange instrument. Autour du bureau, ce n'était plus que des ouvrages, des représentations scientifiques et des maquettes.

Même si Nyota savait que tout cela avait un sens et évoquait quelque chose pour Spock, elle ne pouvait s'empêcher de trouver que le lieu lui semblait impersonnel et froid. Peut-être de la même manière que l'était le cerveau Vulcain : méthodique, éloignant les émotions et privilégiant la raison. La jeune femme avait pourtant l'habitude de venir là, mais l'impression restait la même : tout manquait de chaleur.

« Que puis-je pour toi, Nyota ? »

Elle se tourna vers son compagnon et leva vers lui un regard incertain, bien qu'elle n'en ait sûrement pas conscience.

« Je voulais passer un peu de temps avec toi. On ne fait que se croiser en ce moment.

- Nos responsabilités et nos missions respectives font que nous ne pouvons nous voir tout le temps. »

Uhura poussa un petit soupir et se rapprocha d'un pas de Spock.

« Je sais bien. Mais je travaille le matin en ce moment et on ne se retrouve même pas le soir. Et d'ici plusieurs jours, on changera de quart et je travaillerai de nuit, ce sera encore plus compliqué.

- Pourquoi n'est-tu pas venue me voir plus tôt si cela te pesait ?

- Parce que je ne veux pas t'étouffer. Je sais que tu as besoin de liberté et d'intimité.

- Une initiative dont je te suis profondément reconnaissant. »

Nyota fronça les sourcils, sentant une pointe de contrariété piquer son cœur, en même temps que quelque chose comme de la tristesse enveloppait sa gorge pour la serrer. Elle savait, oh oui, elle savait que les Vulcains étaient différents des Humains. Mais elle avait beau apprendre et le savoir, le visage impassible de Spock, sa voix plate et mécanique, sa posture trop droite, tout cela commençait à l'agacer. Elle avait envie de le brusquer, de provoquer quelque chose chez lui qui ressemblerait à une émotion, quelle qu'elle soit. Elle voulait briser ce masque, décoiffer cette sévérité et cette logique froide.

Oh, Spock était un ange. Il était toujours poli, attentionné et gentil, il s'inquiétait lorsqu'elle avait l'air soucieuse, ne s'imposait pas quand elle avait envie d'être seule, et il la couvait toujours d'un regard, certes bien plus distant que celui d'un Humain, mais qui comptait un peu de douceur et de chaleur. Il était adorable, tout simplement. Mais il y avait du trop peu, du pas assez, et Nyota était une femme humaine. Elle voulait plus que de simples discussions dans l'impersonnelle cabine de Spock, plus que quelques baisers dérobés.

L'envie de provoquer revint, un peu plus fort, et elle ne la repoussa pas :

« Tu n'as pas envie de me voir, toi ? Est-ce que tu m'évites ? »

Spock courba légèrement le dos et baissa les épaules et, bien que ses mains soient toujours nouées sur ses reins, son visage était descendu vers celui de la jeune femme.

« Nyota, les couples Vulcains ne ressentent pas le besoin d'être toujours physiquement ensemble.

- Oui. Les Liés. Et nous ne le sommes pas.

- Il est rare de trouver son âme-sœur. »

C'était dit sans méchanceté ni arrière-pensée, mais ces mots blessèrent Nyota, qui détourna le regard, vexée.

Ça aussi elle le savait. Elle n'était pas l'âme-sœur de Spock, mais elle l'aimait et elle voulait croire que c'était suffisamment réciproque pour qu'il ne la quitte pas soudainement un jour pour quelqu'un d'autre. Spock vit son émotion, mais au lieu de l'enlacer comme le ferait n'importe quel homme humain, il se baissa juste un peu plus pour rapprocher son front du sien.

« Si je t'ai blessée, je te pris de m'excuser. Ce n'était pas intentionnel.

- Je le sais. Je ne t'en veux pas. »

Nyota releva la tête et le regarda, leurs visages séparés de quelques petits centimètres. Toutes ses envies venant s'agglomérer en boule de feu dans son ventre, elle s'avança pour l'embrasser, mais Spock se redressa, et elle se retrouva bête et gauche.

« Je détecte de l'incertitude en toi. Y a-t-il autre chose dont tu voudrais me faire part ? »

Reprenant autant que possible contenance après ce rejet simple et net, Nyota serra les mâchoires et réfléchit à ce qu'elle ressentait. Elle savait qu'elle ne pouvait pas se mentir lorsque le Vulcain parvenait à lire en elle, et autant que lui, les réponses l'intéressaient.
Alors elle creusa. Elle alla chercher ce qui la troublait, ce qui la rendait confuse et inquiète, et surtout, ce qui lui donnait ce sentiment de rater quelque chose. Mais rien de concret ne lui vint, et après quelques minutes d'essai infructueux, elle poussa un petit soupir.

« Je ne sais pas vraiment. Je n'arrive pas à mettre des mots dessus, comme si ce n'était pas encore conscient.

- Souhaites-tu que j'accède à ton esprit pour t'aider ?

- Pourquoi pas. »

Spock se rapprocha, et sa chaleur irradia Nyota qui manqua de peu de s'écarter par réflexe. Mais elle se força à rester immobile et, rejetant son appréhension quant à la fusion mentale, elle offrit son visage à Spock, qui y plaça doucement ses doigts.

L'instant d'après, tous ses sens étaient brouillés par cet esprit étranger qui envahissait le sien.

Elle revit en même temps que lui des images, des monceaux de scènes, de conversations, de flashs de lumières qui se mélangeaient. Des voix, coupées, censurées, des émotions qui lui venaient, et qui se mêlaient à celles de Spock pour former autre chose, une sorte de vague inconnue vibrante et complexe. Trop complexe pour déchiffrer ce qu'elle contenait.

Elle sentait que Spock ne faisait que survoler son esprit, respectant l'intimité de ses pensées et de ses sentiments, et cela lui amena une boule d'affection qui enveloppa son cœur comme un cocon.

Puis les visions se stabilisèrent et Nyota revit le visage de Christine, entouré par les fougères du jardin botanique. « Et si je te présentais quelqu'un ? » Elle revit ce petit sourire malicieux et sentit comme la première fois cette confusion indignée, et de la peur. Le regard de Christine, bleu, amusé. Son sourire, amical. Trop amical pour être simulé. Puis l'image se brouilla, et le visage contracté et torturé de McCoy s'imposa à elle. Aussitôt, Uhura bloqua ses pensées du mieux qu'elle put. Ce qu'elle avait appris au sujet du médecin était beaucoup trop personnel pour être divulgué à des personnes qui n'étaient pas concernées. Oh, elle savait que Spock et McCoy s'appréciaient, d'une certaine manière, mais elle voulait que son compagnon ne l'apprenne que parce que McCoy le lui aurait confié.
Spock perçut le blocage de la jeune femme comme un rejet. Doucement, il retira son esprit du sien puis arrêta la fusion télépathique avant de se redresser, droit et impassible, comme toujours. Nyota chassa les brumes persistantes en secouant la tête.

« Désolée, ce n'est pas que je veux te cacher des choses, mais...

- J'ai compris. Cela ne me concernait pas. »

Nyota hocha la tête, les lèvres pincées. Sa voix se fit plus hésitante et inquiète lorsqu'elle reprit :

« Tu as pu voir ce qui n'allait pas ?

- Je pense l'avoir aperçu. Bien entendu, une fusion mentale plus profonde et plus complète me permettrait de définir pleinement ce qui te préoccupe, mais je pense que cela suffit pour le moment.

- Je t'écoute. »

La jeune femme avait des palpitations. Elle ne savait pas vraiment si elle devait redouter ce qu'allait lui dire Spock ou non, mais la crainte était là tout de même. Elle sentit son ventre se tordre lorsque le Vulcain reprit la parole.

« Ce sont les mots de l'infirmière Chapel.

- Mais elle me conseillait seulement de parler à quelqu'un qui pourrait m'aider à... disons, mieux appréhender notre relation. »

Confusion. Encore de la confusion. Mais cette fois, elle commençait à voir où Spock voulait en venir. C'était une vérité qui la terrifiait, et elle voulait autant la saisir pour la comprendre, que la rejeter pour l'oublier.

« Je l'ai compris. Mais ses mots ont semé le doute dans ton esprit.

- Donc tu penses que je suis en train de me demander si je dois te quitter pour quelqu'un d'autre ?

- Non. J'en conclus que tu t'interroges si je suis la personne qu'il te faut à tes côtés. »

Uhura se figea, assaillie de toutes parts.

Il y avait la peur dérangeant que cette hypothèse soit vraie, la crainte qu'elle le devienne, le soulagement d'avoir trouvé ce qui la tracassait, et de la colère, contre elle-même, pour s'être autorisée à en arriver là.

Elle leva un visage désolé vers son compagnon et leva les mains pour saisir ses bras, comme une tentative désespérée de les amener vers elle. Mais Spock ne bougea pas, se contentant de poser sur elle un regard doux, deux orbes chauds. Même s'il ne la touchait pas, elle sentit son affection comme une vague étourdissante, et un sourire triste fleurit sur ses lèvres.

« Je suis désolée si ça te blesse.

- Ce n'est pas le cas. »

Ces quelques mots serrèrent le cœur de Nyota. L'affection était là, elle la sentait, palpable, dans son regard et dans sa manière de se courber vers elle, mais il ne la montrait pas délibérément et ne la disait pas non plus. Frustrée, elle tenta de la lui arracher :

« Et toi ? Qu'est-ce que tu veux ?

- Le principal est que tu ailles bien, Nyota. Si pour cela, nous devons nous séparer, alors je le ferais sans regret.

- Mais au fond, » dit-elle en glissant une main de son bras à son flanc, là où palpitait le cœur du Vulcain, « qu'est-ce que tu veux vraiment ? Tu n'as pas envie de me garder près de toi ?

- L'égoïsme est un trait de caractère humain. Il n'a pas lieu d'être ici, puisqu'il serait illogique de te forcer à rester avec moi si cela te rend malheureuse. »

Comme toujours, Spock était un ange. Mais Nyota était frustrée, bouillonnante d'impatience et d'envies retenues. Elle hocha lentement la tête en poussant un léger soupir, puis se hissa sur la pointe des pieds pour déposer un baiser sur sa mâchoire. Spock ne tressaillit pas, la laissant faire en silence.

Lorsqu'elle se fut reculée, il se redressa.

« Pour le moment, on reste comme ça », dit-elle en se tournant à moitié vers la porte. « J'ai besoin de réfléchir avant de prendre une décision.

- Comme il te plaira.

- Bonne soirée.

- Bonne soirée, Nyota. »

La jeune femme lui adressa un dernier regard chargé d'émotions contenues, puis elle ouvrit la porte et disparut dans le couloir.


Faits parodiques utilisés :
"Un Enseigne inconnu est téléporté avec l'équipe de reconnaissance et survit pour pouvoir raconter l'aventure."
"Scotty anticipe la situation et est capable de fournir un pic de performance avant que ce ne soit nécessaire."
"Un mystérieux et effrayant objet géant se dirige vers un autre monde que la Terre."
"L'Enterprise croise une planète du type Jardin d'Eden, où tout le monde est heureux tout le temps. En outre, tout se révèle être rapidement exactement comme il le semblait au début." (partie 2 et fin)
"Sulu and Chekov arrivent à faire quelque chose d'intéressant."


Et voilà !

J'espère que le chapitre vous a plu !

Bon, d'accord, je plaide coupable. Je pensais ne pas détailler et approfondir de relation amoureuse dans cette fiction, mais c'était trop tentant de parler de Nyota et Spock. Un couple qui n'est absolument pas logique, on est d'accord ? x) Comment ils ont fait pour se mettre ensemble ? Je ne comprends pas !
Bref, cela ne dit pas si je vais les laisser ensemble ou les séparer. Je n'ai encore rien décidé à ce sujet (bon, en fait si, mais je ne dirai rien ! :D).

Live Long And Prosper \V