Note : Bonjour à tous !
Comme je l'avais annoncé dans le chapitre précédent, et comme vous avez dû le voir, j'espace la publication des chapitres. Si je peux rester sur un rythme de deux sorties par semaine, ce sera le mercredi et le dimanche ; sinon uniquement le dimanche.
Par contre, je serai quasi sans ordinateur et sans internet pendant deux semaines et demi. Comme je ne peux pas (manque de temps) écrire 5 chapitre d'avance en une semaine, il n'y aura qu'un chapitre par semaine du 18 septembre au 5 octobre, et je le posterai le week-end. En espérant avoir un accès à internet à ce moment-là :D
Je vais arrêter de dire "ce chapitre est un peu plus long que le précédent !" parce que c'est encore le cas là et que ça le sera possiblement par la suite aussi :') J'espère que ça vous plaira !
Bonne lecture !
Chapitre 6 : Se baigner dans les étoiles pour oublier
A cause du détour sur Qo'noS, l'Enterprise avait maintenant plus d'une journée de vol avant d'atteindre l'avant-poste scientifique Azure X, et l'équipage, encore que toujours disponible et à l'affût du moindre incident, profita du temps qui lui était donné pour vaquer à diverses activités. Ainsi, les gymnases et les salons étaient pleins, bruissant du murmure des conversations, de quelques éclats de rire, et du crissement des chaussures de sport sur les revêtements de sol. Seule l'une des piscines, plus précisément la dernière du pont T, était occupée par un seul homme.
Bien qu'étant peu utilisée, la salle était haute, avec un plafond en voûte supporté par une armature de métal propre aux étages les plus bas (on en retrouvait une semblable en salle des machines), des murs blancs percés de casiers et de caissons de rangement, et une immense baie d'observation qui se prolongeait sous l'eau. Autour du bassin, un carrelage brossé et stérilisé assurait adhérence et propreté.
Kirk avait enfilé son maillot de bain réglementaire et profitait de ne pas être indispensable sur la passerelle (Sana avait pris les commandes à la fin du quart de nuit) pour faire quelques longueurs. Nager n'était pas l'une de ses activités favorites, loin de là, mais il savait apprécier le sentiment apaisant que cela lui procurait, surtout après une journée mouvementée comme l'avait été la veille. Entre la matinée bureaucratique, l'après-midi d'incident extraterrestre et la soirée klingonne, il avait donné ! Même s'il aimait l'action, un peu de calme ne lui déplaisait pas.
Tandis qu'il crevait la surface de l'eau après un plongeon souple, il repensa aux Klingons qui avaient été des hôtes irréprochables, puis à la fin de soirée passée en compagnie de Bones. La satisfaction d'avoir pu obtenir ses confidences n'était pas partie, et Jim attendait avec impatience le moment où il aurait le temps et la tranquillité d'écouter l'enregistrement qu'il lui avait envoyé. L'amitié de Leonard lui était précieuse. C'était son meilleur ami, pour ainsi dire.
Lassé de faire des allers-retours dans le bassin, Jim arrêta sa nage, ajusta ses lunettes de bain sur ses yeux, puis pris sa respiration avant de plonger, tourné vers l'immensité sombre et silencieuse de l'espace. Les étoiles s'étiraient sous l'effet de la distorsion, mais un sentiment étourdissant de vertige le pris tout de même et, grisé, il s'approcha de la vitre jusqu'à la toucher de ses doigts. Elle était froide et lisse. Lâchant une grappe de bulles, il se pencha, comme pour essayer de voir ce qui défilait sous le ventre du vaisseau, mais l'univers était toujours isotrope et identique quelle que soit la direction dans laquelle il regardait, aussi il regagna la surface et se laissa porter par l'eau.
Alors qu'il s'amusait à recracher de petits jets semblables à ceux des fontaines, la porte de la salle s'ouvrit sur un spectacle inattendu et intéressant. Jim retira ses lunettes en haussant les sourcils, un sourire franchement amusé sur les lèvres. Il avisa alors d'un œil malicieux et presque moqueur le peignoir bleu noué autour du corps blanchâtre de son Premier Officier, et les très légères verdeurs sur ses pommettes.
« Un petit bain, Spock ?
- Je pensais ajouter à mes capacités physiques la natation.
- Bien sûr, » répondit Jim d'un ton ironique en se rapprochant. « C'est vrai qu'on est parfaitement susceptible de tomber sur de la flotte dans l'esp– Quoi ? Attendez… »
Le jeune homme sortit du bassin en s'appuyant sur le rebord, s'ébroua rapidement, puis rejoignit son second, qui gardait une position raide, le regard braqué sur l'univers, droit devant lui.
« Vous ne savez pas nager ?
- L'eau est rare sur Vulcain, Capitaine. »
Jim le regarda avec des yeux ronds et la bouche entrouverte. Il ne savait pas nager ! Jim avait trouvé quelque chose que Spock ne savait pas faire ! C'était totalement imprévu, mais tellement satisfaisant qu'il en aurait sauté de joie. Il ne le fit pourtant pas, bien conscient que cela risquait de blesser son ami.
« Mais pourquoi maintenant ?
- Il me semblait nécessaire d'apprendre au plus vite. En outre, vous êtes la seule personne à qui je peux confier cette… faiblesse manifeste. »
Whoa. Ça faisait beaucoup de confidence et de confiance en deux jours. Jim en était ému, si ce n'était le regard affectueux que lui lançait le Vulcain qui lui retourna les tripes. Invoquant fierté et honneur (et un peu de bêtise, il n'était pas James Tiberius Kirk pour rien), il bomba le torse.
« Laissez-moi faire, Spock ! Je vais vous apprendre. Par contre… vous préférez commencer avec une bouée ou des brassards ? »
L'officier scientifique-en-chef lui balança quelque chose qui ressemblait à un regard torve, mais ce fut trop fugace pour que Jim en soit certain.
« J'apprends vite, Capitaine.
- Oui, mais vous êtes un Vulcain. Vous êtes plus lourd.
- Je pense néanmoins savoir utiliser suffisamment mes capacités motrices de façon à me maintenir à la surface.
- Comme vous voudrez, » termina Kirk en haussant les épaules.
Jim se détourna, ajusta ses lunettes, puis retourna dans l'eau en attendant que Spock se prépare à le rejoindre. Lorsqu'il se retourna, il put assister avec amusement à une scène qu'il ne pensait jamais voir.
Spock s'était approché des casiers pour y laisser son peignoir mais, visiblement très pudique, il semblait avoir du mal à se faire à l'idée de devoir découvrir son corps. Ses sourcils étaient froncés et son regard fixe, comme lorsqu'il était concentré sur un problème mathématique ; il avait courbé la nuque, et ses doigts étaient crispés sur les pans de son habit. Se disant que c'était une difficulté pour lui de se montrer presque nu à quelqu'un qui n'était pas Nyota (du moins, c'était ce qu'il présumait), Jim revint vers lui en quelques brassées.
« Vous savez, si vous le gardez, il va vous alourdir. »
Spock ne répondit pas, mais il pinça les lèvres jusqu'à ce qu'elles ne forment plus qu'une sorte de ligne. Qu'il se déshabille semblait insurmontable ! Pourquoi était-il venu ?
« Allez, Spock, on est entre gars ! » insista-t-il.
Le Vulcain hocha lentement la tête, le rejoignant visiblement sur le fait qu'il n'avait pas à hésiter ainsi puis, subitement décidé, il dénoua la ceinture et retira le tissus éponge. Le corps qu'il découvrit semblait être sculpté dans de la pierre : dur, robuste, à la blancheur d'albâtre des statues ; la poitrine était large, la taille mince, et sous la peau, la bosselure de la musculature de Spock était parfaitement visible.
Le regard baissé sur le sol comme s'il évitait celui de Jim, l'officier en second de l'Enterprise se dirigea vers l'échelle d'un pas gauche et emprunté. Oh, le bleu de son maillot lui allait aussi bien que celui de son uniforme habituel, et Jim était certain qu'une bonne partie de l'équipage féminin aurait apprécié de le voir ainsi, mais l'air embarrassé de Spock était toujours présent dans ses yeux et dans la courbure raide de sa bouche. Revenu près du bord pour proposer une aide silencieuse, Jim le vit agripper prudemment les anses de l'échelle, se retourner, et descendre les deux premières marches jusqu'à ce que ses pieds soient immergés. Là, Spock se figea, et le capitaine était certain d'avoir vu un frisson remonter le long de sa colonne vertébrale.
« L'eau est peut-être un peu froide pour vous, » dit-il pensivement.
« Je vais bien, Capitaine.
- Ordinateur, quelle est la température de l'eau ?
- Vingt-et-un virgule trois degrés centigrade, » répondit une voix mécanique après un bref instant de contrôle.
« Augmentez à–
- Jim.
- –trente-deux degrés. Oui ? »
Kirk leva les yeux vers son second et affronta un regard désapprobateur, bien que le visage qui le portait soit toujours aussi calme et maîtrisé. L'ordinateur pris note de sa demande et, bientôt, il put sentir que le bassin se réchauffait.
« Je vais bien, » répéta Spock. « Mes barrières mentales me permettent de faire abstraction de la température, autrement, il me serait impossible de vivre sur le vaisseau.
- C'est vrai, » concéda Jim en se disant que ce devait être particulièrement pénible d'avoir froid en permanence. « Mais ça ne coûte rien, allez. Et je peux pour ma part supporter une eau un peu plus chaude.
- Au contraire, Capitaine. Faire chauffer un tel volume d'eau demande une grande quantité d'énergie qui–
- Ça va, ça va, Spock ! » le coupa le plus jeune en tapant le rebord humide de la piscine d'un geste agacé (se faire reprendre systématiquement donnait du fil à retordre à sa patience !). « J'ai compris. Vous entrez, maintenant ? »
Le Vulcain hocha la tête, puis sembla retenir sa respiration avant de descendre le reste des marches. Une fois entièrement dans l'eau, il resta fermement agrippé à l'échelle le temps d'observer la flottaison de son corps puis, voyant qu'il n'y avait aucun résultat satisfaisant (au contraire de Jim qui effleurait la surface sans effectuer le moindre effort), tenta quelques mouvements maladroits. Il agita les jambes en une parodie un peu ridicule de battements, ce qui n'eut pour résultat que de le faire couler, sur place. Heureusement, son sang-froid lui permis de garder le contrôle de la situation, et il s'appuya au fond de la piscine pour se propulser avec force vers le haut. Là, il attrapa au vol le rebord du bassin et remarqua, avec un air légèrement indigné, le rire tonitruant de Jim, qui se tenait les côtes, non loin de lui.
« Puis-je savoir ce qui provoque chez vous cette hilarité, Capitaine ?
- Hahaha ! Vous !
- Je vous demande pardon ?
- Oh, bon sang ! Vous avez eu l'air d'un chiot en train de se noyer, puis vous avez surgi comme une torpille, et maintenant, vous êtes complètement décoiffé ! Désolé, Spock, mais c'était vraiment trop drôle ! »
Le Vulcain ne répondit pas, et du coin de l'œil, Jim remarqua le regard bas et les légères verdeurs sur les joues de son Premier Officier, et il comprit alors qu'il était vexé, sinon qu'il avait honte de ce qu'il venait de se produire. Cette hypothèse s'avéra lorsque l'officier scientifique passa une main bougonne dans ses cheveux pour les arranger. Kirk s'efforça alors de retrouver son calme, et il le rejoignit avec un sourire d'excuse.
« Pardon. Je vais vous aider. »
Spock se tourna vers lui sans dire un mot, attentif.
« Alors, d'abord, apprendre à flotter. Euh... allongez-vous sur le ventre. Et lâchez le bord, je vais vous tenir.
- Je ne préférerais pas, » prononça le Vulcain sur un ton un peu dur.
Il obéit néanmoins et, faisant bien comprendre à Jim qu'il ne voulait aucun contact physique, il essaya de se maintenir à la surface. Par sécurité (et un peu par réflexe), Jim avait tout de même placé une main sous son ventre et même si plusieurs centimètres d'eau le séparait de son ami, la chaleur qu'irradiait celui-ci était aisément perceptible. Il se demanda brièvement comment faisait Uhura pour pouvoir dormir avec lui sans mourir de chaud. Oui, comment faisait-elle ?
Spock semblait avoir pigé le truc. Le visage à moitié immergé, les bras écartés, il parvenait à ne pas couler malgré son corps plus dense que celui des Humains. Il se mit à tenter quelques mouvements de quelque chose qui ressemblait à de la brasse, et Jim le suivit pour rester auprès de lui, au cas où. Mais, au moment de reprendre son souffle, Le Vulcain était trop raide pour pouvoir lever suffisamment le visage, ce qui fit qu'il dû se redresser pour se mettre à la verticale, et les doigts de Kirk effleurèrent malencontreusement son buste.
Une sorte de décharge électrique parcourut les nerfs du capitaine à ce contact, remontant jusque dans son épaule, et Jim retira vivement sa main, surpris et incrédule. Qu'est-ce que c'était ? Un effet des capacités télépathiques de Spock ? Il lança un regard confus à son Premier Officier qui, de façon très curieuse, le lui renvoya.
« Euh… » fit-il en se reculant. « Vous venez de lire dans mes pensées, là ? »
Spock s'agrippa au rebord de la piscine pour ne pas couler.
« Les Vulcains sont télépathes par le toucher, Capitaine.
- Okay, donc vous l'avez carrément fait. C'était super bizarre. Ne recommencez pas.
- Le fait que je possède la capacité de lire dans votre esprit ne signifie pas qu'il me soit donné de faire une telle chose avec ce type de contact. En outre, si cela peut vous rassurer, je n'ai rien perçu d'assez précis pour que cela soit considéré comme de la télépathie, au sens où vous l'entendez.
- Mais vous avez vu quelque chose.
- Affirmatif. Néanmoins, il ne s'agit que d'un vague aperçu de ce que vous avez ressenti sur l'instant. »
Kirk fut soulagé de l'entendre. Il n'avait rien de vraiment personnel à cacher à son officier en second qu'il ne savait déjà, mais il préférait être le seul lecteur et maître de ses pensées.
Ce petit moment de curiosité étant passé, il reprit la leçon de natation, et Spock se montra particulièrement farouche au moindre frôlement ou contact supposé.
oOo
La cafétéria des sous-officiers du pont G était la plus grande, la mieux équipée et, grâce à son emplacement proche des laboratoires, du complexe de sécurité et de l'infirmerie, la plus utilisée. A toute heure de la journée, du personnel venait s'y restaurer, faisant la queue devant les synthétiseurs avant de se répartir sur la vingtaine de tables alignées. C'était un lieu où le rouge, le bleu et l'or se mélangeaient plus que nulle part ailleurs, dans de grandes conversations animées, de partages de ragots, et de plaisanteries joyeuses. Bien sûr, tout le monde ne pouvait s'apprécier, c'était impossible avec un équipage de cette ampleur, mais les officiers supérieurs de l'Enterprise et les chefs de section pouvaient se targuer d'avoir réussi la mission difficile de la cohabitation.
Janice Rand était une jeune femme diplômée de la filière administrative de l'école des sous-officiers de Starfleet. Là où ses camarades avaient étudiés les langages scientifique ou mécanique, elle s'était intéressée aux discours bureaucratiques, à la gestion du personnel et aux ressources humaines. En fin de formation, après deux ans d'études intensives (contre quatre pour les cadets officiers), elle avait pu choisir avec grande fierté une affectation sur l'Enterprise. C'était une destination très prisée, surtout peu de temps avant le départ pour la mission quinquennale, mais elle avait été retenue et on lui avait aussitôt proposé un poste d'assistante. Oh, bien que la dénomination soit peu reluisante, elle savait que sa position était enviée, car elle avait la chance de travailler directement sous les ordres du Capitaine Kirk et du Commandeur Spock, deux très hautes autorités que la plupart des sous-officiers ne faisaient que croiser à l'improviste dans les couloirs.
Son travail consistait à recevoir les relevés d'ingénierie et les résultats d'expertise des laboratoires, constituer des dossiers, et rassembler les demandes de permission, tout cela dans le but de les présenter à ses supérieurs pour qu'ils les lisent et les signent. L'ordinateur et le padd étaient ses outils de travail, et ses jambes son véhicule, car elle ne comptait plus le nombre de fois qu'elle devait chaque jour quitter sa cabine pour rejoindre la passerelle.
Blonde aux yeux bleus, elle faisait partie de ces personnes au physique avantageux discret qui restait malheureusement éternellement seuls. Pour autant, Janice n'était pas sur l'Enterprise pour flirter (même si quelques personnes avaient eu grâce à ses yeux durant ces trois années de mission), mais bien pour explorer et découvrir l'univers à travers les documents qui passaient entre ses mains, et elle ne cessait d'être émerveillée par ce qu'elle voyait. Bien sûr, le voyage n'était pas sans sacrifice, car elle avait dû laisser des parents, un frère et deux sœurs sur Terre ainsi que de nombreux amis, et s'était lancée sur la voie du mal de l'espace, de la solitude et du froid en connaissance de cause. Trois ans étaient passés, elle en avait à présent vingt-sept.
Janice posa son plateau à une place vide, entre un mécanicien en bleu de travail (rouge, en l'occurrence) et un membre de l'équipe de cartographie spatiale qu'elle ne connaissait que de vue. Le premier était Rigélien, une espèce proche des Vulcains et des Romuliens, à ceci près que son sang n'était pas vert mais bleu clair, ce qui donnait à sa peau une teinte pâle et translucide qui n'était pas sans rappeler les teintes de la glace. Le second était autant Humain que Janice, mais il présentait les particularités physiques d'un peuple originaire d'Inde ou des pays alentour. Ils la saluèrent poliment d'un signe de tête avant de revenir à leur repas.
La jeune femme leur répondit en s'asseyant, avant de retirer la sacoche qu'elle portait en bandoulière et qui contenait une quinzaine de padds nouvelle génération (elle les adorait et essayait de les utiliser autant que possible) et seulement deux anciens, lourds et sacrément encombrants. En remuant machinalement son café, elle farfouilla dans sa besace et sortit l'un des nouveaux appareils, qui était à peine plus volumineux qu'un communicateur, puis elle tira sur les deux parties latérales pour l'ouvrir, et l'écran holographique digital s'étendit dans l'encadrement. Janice le cala entre le rebord de son plateau et son assiette, et se mit à pianoter d'une main pour accéder à l'interface de partage subspatial. Aussi appelé interspace, il ne s'agissait ni plus ni moins que d'un réseau internet modernisé, rendu accessible dans presque tout l'espace de la Fédération grâce à des relais. Une avancée révolutionnaire, quand on savait que la précédente génération de vaisseaux de la flotte avait dû faire face au silence de Starfleet lorsqu'ils partaient aux confins de la galaxie. Les délais d'envoi et de réponse des messages étaient alors beaucoup trop longs, cela demandait trop d'énergie de les expulser à grande vitesse et les vaisseaux étaient beaucoup moins autonomes qu'à présent. Mais les progrès technologiques avaient pallié à ce problème de taille et maintenant, des balises ou des centres de relais se chargeaient d'acheminer les communications depuis les systèmes planétaires les plus éloignés de la Terre. Cela valait aussi bien pour les appels personnels, les ordres des états-majors de Starfleet, que pour interspace. Et la jeune femme savait à quel point cela leur facilitait la tâche, à tous ! Même elle, à son niveau, ne pouvait que profiter de cette révolution : les documents signés par ses supérieurs n'avaient pas à attendre un retour sur Terre pour être traités et, d'ailleurs, c'était bien grâce à cela que la mission quinquennale était possible.
Janice accéda en quelques instants aux journaux d'informations qui, depuis qu'ils n'étaient plus télévisés, avaient connu un véritable essor sur la toile, et lut les résumés de ce qu'il s'était passé dans un espace plus proche du siège de la Fédération. La Terre Unie se portait toujours aussi bien, sans conflit mené par une quelconque volonté de soumettre une race supposément inférieur comme il fut jadis, sans argent pour motiver l'expansion d'industries douteuses, sans religion, sans politique. Il n'y avait plus qu'une planète, un peuple unifié vivant chaque jour pour son prochain et pour permettre le futur de l'exploration spatiale.
Oh, c'était une façon de voir les choses assez idyllique, mais il n'y avait pas de mensonge dans cette image de l'unification terrienne. Le résultat était là : cela faisait plusieurs siècles que les guerres avaient été bannies, quelles qu'elles soient.
Tandis qu'elle prenait son petit déjeuner, Janice reporta ce qui lui semblait important dans un bloc-mémoire, dans le but d'en notifier le capitaine, qui demandait un rapport rapide tous les matins sur les événements de la veille. Une fois sa tâche faite, elle referma le padd, le rangea dans son sac, puis termina son repas, avant de se lever pour partir. Le mécanicien rigélien et le cartographe étaient déjà partis.
Remettant sa précieuse sacoche à son épaule, Janice quitta la cafétéria et se dirigea vers le turbolift le plus proche afin de rejoindre la passerelle. Elle croisa quelques membres de l'équipage de l'Excalibur, qu'elle salua poliment, puis quitta l'élévateur une fois arrivée. L'activité y était bien plus calme que pouvait le supposer la plupart des sous-officiers (surtout ceux qui n'y avaient jamais mis les pieds) : personne n'était en train d'appuyer hystériquement sur la gâchette des phaseurs, personne ne criait dans un intercom, et surtout, personne n'était en train de débattre avec un ordinateur récalcitrant qui se contentait de répondre par formules mathématiques. Bon, celui-là était une légende, mais il en fallait bien pour distraire un équipage !
Professionnelle jusque dans sa posture, Janice embrassa la scène du regard, remarqua le teint pâle et les cheveux dorés de Sana, puis s'approcha de l'aide de camp placé près de l'entrée du turbolift.
« Bonjour, Lieutenant, » dit-elle. « Je ne vois pas le Capitaine Kirk ni Monsieur Spock, où puis-je les trouver ?
- Le capitaine est à la piscine. Le commandeur, je ne sais pas. Au labo, peut-être, » répondit-il platement en haussant les épaules.
La jeune femme hocha la tête en le remerciant, et elle commençait à envisager la possibilité de retourner à sa cabine pour commencer son travail de la journée, quand les portes de l'ascenseur se rouvrirent, sur Kirk et son officier en second. Le capitaine rejoignit Sana, dont il écouta le rapport avant de la relever, puis il s'installa sur le fauteuil ; Spock reprit sa place à son poste en silence. Janice s'approcha alors du commandant de l'Enterprise et se mit à sortir un nombre impressionnant de padds de sa sacoche.
« Bonjour Monsieur, j'ai à vous faire signer deux rapports d'ingénierie, trois expertises des laboratoires de biochimie, d'astrochimie, et d'anthropologie, le compte-rendu de réparation du générateur auxiliaire, et quatre résultats d'analyse : un de l'atelier des nanotechnologies, deux de l'atelier d'ingénierie et un de l'atelier d'adaptation subspatiale.
- J'en mourais d'envie, » répondit-il avec un ton sarcastique.
Personne n'ignorait que Kirk détestait particulièrement la paperasse, mais il faisait toujours son travail avec sérieux. Il lisait attentivement les relevés et les documents, en retenait le contenu même s'il ne comprenait parfois pas tous les termes, puis les visait et passait à autre chose, les informations bien ancrées dans sa tête. Plusieurs fois, il avait montré qu'il avait été très attentif à ces rapports matinaux, car il lui était arrivé de parvenir à sauver tout son équipage seulement au souvenir qu'un atelier ou un laboratoire avait développé un machin ou fabriqué un truc qui pouvait lui être utile. Cela ne faisait que croître l'estime qu'avait Janice pour son supérieur.
Quand celui-ci eut terminé de lire et de signer chacun des rapports, la jeune assistante rangea le tout dans sa besace, puis sortit celui où elle avait enregistré les informations matinales.
« Hier soir à dix-neuf heures, heure locale, l'Empereur Verka de Romulus a reçu une partie du Haut-Conseil vulcain afin de convenir d'une paix durable. Le Président de la Fédération s'est prononcé à ce sujet et a dit, je cite : ''Cette action est pleine d'espoir. Ce n'est pas seulement deux peuples qui s'acceptent tels qu'ils sont, mais c'est aussi un premier pas vers ce qui sera la Fédération de demain. Je vois en cela une alliance, un partage équitable entre le peuple Romulien et nous et, seul l'avenir nous le dira, peut-être même l'entrée de Romulus dans la Fédération.''
- Très intéressant, » commenta le capitaine en jetant un regard à son Premier Officier.
« A vingt-trois heures vingt, méridien de Starfleet, » continua Janice, « le Capitaine Karrakta, commandant l'USS Liberty, a essuyé une violente attaque klingonne dans l'espace de la Fédération, alors qu'il transportait sur la planète Ektius IV trente hautes autorités des peuples Andorien, Tellarite, Katellan, Caitian et Orion.
- Ce qui nous conforte dans l'idée qu'il ne faut pas parler de notre escapade sur Qo'noS, » dit Kirk avec un air soucieux.
Lui autant que les autres étaient conscients que cela remettait en cause la sincérité apparente des Klingons lors de leur visite. De remise en question en remise en question, bientôt, ils n'allaient plus savoir quoi penser ! Il valait donc mieux garder le silence pour l'instant.
« L'attaque a fait plus d'une cinquantaine de blessés, équipage et invités confondus, mais heureusement, il n'y a pas de mort à déplorer. L'USS Liberty est actuellement en sécurité à la base stellaire Ivoris le temps des soins et des réparations, avant de reprendre la route vers Ektius.
- Voilà une base que j'aimerais visiter un jour ! » lança Kirk avec un sourire amusé, dans l'idée de détendre l'atmosphère qui s'était alourdie à la mention de l'attaque. « Le joyau de la Fédération, si ce n'est l'Enterprise. Continuez, Miss Rand.
- A deux heures quarante-deux, méridien de Starfleet, la sonde Taurus Aster est parvenue à entrer dans la Nébuleuse du Crabe malgré son important champ électromagnétique et à récolter des données sur les jets d'émission synchrotron du pulsar. C'est encore en cours d'analyse, mais il faut s'attendre à des découvertes majeures dans les prochaines heures. »
Janice vit le Commandeur Spock frémir à ces mots et regarder fixement, comme fasciné, le padd qu'elle avait entre les mains. La jeune femme se fit alors la réflexion qu'il aurait pu donner cher pour être celui qui décortiquerait ces données. Elle reprit, pour la dernière fois :
« Enfin, à huit heures treize, heure locale, le Commodore Barnelly a célébré l'entrée de la planète Albireo Beta Cygni III dans la Fédération. Elle portera maintenant le nom de Kcastah et son peuple principal sera appelé Kcastaen. Ils apportent à la Fédération notamment leur utilisation des pulsars à la manière des phares et, grâce à leur technologie, tous ceux qui ont été découvert à ce jour seront bientôt enregistrés, ce qui permettra, à terme, une meilleure spatiolocalisation, plus rapide, plus fiable, et moins gourmande en énergie.
- On aurait dû savoir ça avant d'aller sur Qo'noS, » plaisanta Kirk en lançant un regard amusé à son officier en second. « Merci, Second-maître. »
Janice lui adressa un signe de tête poli en réponse, puis elle se retourna et quitta la passerelle. Du travail l'attendait dans sa cabine, car après avoir fait signer tous ces rapports au capitaine, elle devait encore les envoyer aux services intéressés, voire même au commandement de Starfleet, et prendre en compte les nouveaux. Comme chaque jour, elle allait être bien occupée.
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La journée avançait à une lenteur d'escargot.
Déjà, les voyages n'étaient pas ce qu'il y avait de plus passionnant, à part lorsque vous étiez un scientifique le nez collé à la console des sondes, mais quand il s'agissait de rattraper du temps perdu pour rejoindre un avant-poste scientifique, cela avait de quoi faire soupirer les deux tiers de l'équipage. Donc à peu près toute la population du personnel tactique et d'ingénierie.
Kirk ne dérogeait pas à la règle, et cette fois, regarder l'espace bouillassé par la distorsion ne l'emballait pas vraiment. Aussi, un peu après sa quarante-septième tentative de réprimer un soupir en l'espace de deux heures, il décida d'aller s'occuper à quelque chose de plus concret : manger. Selon son estimation, Spock aurait dû être revenu depuis exactement trois minutes et dix-huit secondes, et il n'était jamais en retard. Un peu curieux, il n'attendit pas pour se lever de son fauteuil, laisser les commandes à son aide de camp, et disparaître dans le turbolift.
oOo
La cafétéria des officiers du pont E était bien différente de celle des sous-officiers du pont G. Plutôt tranquille, plus petite et moins animée, elle était généralement le théâtre de briefings de dernière minute ou de passation de consignes au moment du changement de quart.
Là, dans un coin, Spock était en train de terminer calmement son repas, réfléchissant aux tâches qu'il avait effectuées dans la matinée, envisageant celles qui viendraient dans l'après-midi, puis considérant l'arrivée de l'Enterprise sur Azure X et ce que cela impliquerait. Le ravitaillement avait été fait à Xobos, il n'était donc pas nécessaire de remplir les réservoirs à l'avant-poste, qui n'était d'ailleurs certainement pas équipé pour cela ; aussi leur séjour sur la base ne se résumerait qu'à des salutations cordiales, des échanges d'informations (Spock attendait cette partie-là avec impatience puisque Azure X étudiait la tumultueuse Nébuleuse de Nyie, et cela serait pour lui le seul moyen d'oublier qu'il ne pourrait pas analyser les données de la sonde Taurus Aster), peut-être quelques réparations, et une ou deux réunions.
Il allait entamer son dessert, une chose délicieuse que faisaient les Humains et qui s'appelait ''la compote de pommes'' quand le Commandeur Sana déposa son plateau en face de lui. L'officier scientifique haussa un sourcil et l'avisa d'un regard dubitatif et méfiant lorsqu'elle s'assit.
« Commandeur Sana, » salua-t-il froidement.
« Commandeur Spock, » répondit-elle sur le même ton.
Une atmosphère glaciale commença à s'étendre entre les deux Vulcains, tellement palpable que, bientôt, l'espace autour d'eux se vida et ils se retrouvèrent seuls à leur table. Comme s'ils avaient saisi ce qu'il se passait là, les officiers qui venaient se restaurer évitaient la zone, ce qui donna lieu à une scène inédite. Que l'entendement commun leur dicte qu'une conversation entre deux Vulcains ne devait pas être humainement supportable, ou que leur instinct les convainque qu'il valait mieux ne pas approcher d'un affrontement entre un demi-Vulcain et une Vulcaine émotionnellement instable, le résultat était le même. Les équipages de l'Enterprise et de l'Excalibur se tenaient à l'écart de leurs officiers supérieurs.
Tandis qu'il mangeait, Spock se demanda ce qui avait poussé la capitaine à l'approcher, alors qu'ils s'étaient tacitement mis d'accord sur leur rivalité, chacun se supposant supérieur à l'autre, soit par la pureté du sang, soit par les capacités logiques. Poussé à bout par l'incompréhension (oh, cela ne se vit pas, son émotion ne ressemblait qu'à une vague contrariété), il reposa sa cuillère.
« Commandeur Sana, puis-je vous demander pour quelle raison êtes-vous venue prendre votre repas à cette table, et en particulier en face de moi ?
- Il me semblait logique d'enterrer la hache de guerre, » répondit simplement la Vulcaine, sur un ton tout aussi maîtrisé et plat que celui de son homologue.
Spock fronça les sourcils, les lèvres pincées.
« Je ne saisis pas ce qu'un outil d'abattage forestier terrien–
- C'est une expression, Commandeur, » le coupa Sana en levant brièvement (très brièvement) les yeux au ciel. « Cela signifie que je souhaite oublier nos différends pour instaurer une relation cordiale entre nous. »
L'officier en second de l'Enterprise ne répondit pas immédiatement, préférant observer son interlocutrice pour voir si elle était sérieuse ou non.
Sana se tenait droite, les épaules peut-être un peu trop carrées pour paraître parfaitement à l'aise, mais elle n'était pas menaçante. Ses yeux bleus semblaient sincères, tout comme l'infime trace de sourire sur ses lèvres, et son expression ne contenait qu'un peu d'appréhension. Contrairement à l'idée qu'il s'en était faite, la Vulcaine savait contrôler ses émotions, ce n'était que ses barrières mentales qui étaient moins solides, et donc susceptibles de s'écrouler à tout moment. Spock avait dû mal à se l'avouer, mais cela l'effrayait, car cela lui renvoyait l'image de sa propre part humaine.
« Il n'est pas nécessaire que nous nous acceptions pour travailler correctement, » répondit-il en reprenant son dessert.
« En effet, mais je pense qu'une franche collaboration nous serait plus profitable qu'un rapport hypocrite. »
Les yeux de l'officier scientifique s'étrécirent d'agacement. Etait-elle en train de l'accuser d'être faux et sournois ?
« L'hypocrisie est un comportement humain, Commandeur, » rétorqua Spock en levant le menton dans l'intention de la surplomber, et donc de la dominer. « Les Vulcains ne mentent pas. Cependant, il peut s'avérer utile de ne pas montrer d'animosité dans une relation temporaire supposément bénéfique.
- Vous m'arrachez les mots de la bouche, Commandeur. »
Puis, voyant que Spock ne comprenait pas l'expression :
« Peu importe. Je vous rejoins sur l'idée qu'il serait préférable que nous ne nous montrions pas hostiles à une collaboration lorsque cela est nécessaire. J'admets que sur Qo'noS, nos capacités ont été amoindries par notre rivalité, et il m'apparaît essentiel de tout faire pour que cela ne se reproduise pas. En outre, j'ai conscience que nous ne sommes, ni vous, ni moi, de vrais Vulcains. Vous êtes à moitié humain, et j'ai grandi sur Terre. Aucun de nous ne peut se vanter d'être infaillible.
- Certes, » répondit Spock entre ses dents, particulièrement vexé.
« Pourquoi donc nous opposons-nous ? Nous devrions plutôt nous serrer les coudes. Nous entraider, si vous préférez.
- J'entrevois au moins une chose qui nous oppose : j'ai été élevé comme un Vulcain, vous comme une Humaine. »
Sana tint le regard de Spock pendant quelques instants, guerrière, et bien que son interlocuteur ait fermement marqué et imposé sa supériorité, elle ne se démonta pas et l'affronta avec courage. Presque une minute fut écoulée quand elle bougea, et sa position changea subtilement. Ses épaules s'abaissèrent, son visage se détendit et son regard se teinta d'émotions qu'elle s'efforça de contenir. Un peu de peine, de souffrance, et de pitié.
« Commandeur, » reprit-elle doucement. « Vous me rejetez comme vous rejetez la part humaine qui est en vous, sans savoir ce que j'ai vécu. Votre histoire est triste et révoltante, la mienne ne l'est pas moins. Ne condamnez pas ce que je suis seulement parce que je porte une étiquette qui vous déplaît. »
Spock ne broncha pas, se contentant de darder sur elle un regard dur et réprobateur. Sana poussa un petit soupir en réponse, puis hocha lentement la tête.
« Bien. Je ne pensais pas devoir essayer de vous attendrir avec mon vécu, mais il semble nécessaire que je le fasse pour que vous me compreniez.
« Comme vous le savez, je suis née à Tahrkama, mais mes parents ont rapidement déménagé à Shi-Kahr pour leurs professions. Mon père était astrochimiste, ma mère professeure de mathématiques appliquées à l'Académie des Sciences de Vulcain. Issue d'une telle famille, tout me disposait à accéder à des écoles prestigieuses et à obtenir les meilleurs enseignements. Malheureusement, je suis née avec une légère pathologie qui m'a empêchée, enfant, de comprendre et d'acquérir la logique essentielle à tout Vulcain. »
Spock pencha la tête sur le côté, subitement plus intéressé par le discours de la jeune femme.
« Vous y étiez réfractaire ?
- Malgré tous mes efforts, mon esprit ne voulait pas se plier à la logique. Je vous laisse imaginer ce que cela a impliqué. »
L'officier scientifique fronça les sourcils. Oh, c'était facile : si un tel enfant était né dans une famille simple, les parents l'auraient accepté et auraient tout fait pour que cette pathologie soit soignée, ou au moins amoindrie par des exercices spécialisés ; mais dans une famille aussi proche des hautes sphères de Vulcain comme l'avaient été les parents de Sana, il était plus que probable que la question ait été considérée autrement. L'enfant attirait le déshonneur, il fallait donc s'en débarrasser. C'était la conclusion logique à cette situation.
Spock opina du chef pour montrer qu'il avait saisi. Sana reprit son récit :
« J'ai alors été confiée à un vaisseau marchand de la Fédération, qui m'a amenée au Siège. Là, l'un des services de la Fédération a débattu pendant plusieurs heures de ce qu'ils allaient faire de moi, puis ils ont décidé de me placer dans la Pension Moncrieff, en Ecosse.
- Où vous avez pu grandir en paix et sans être contrainte de vous plier à la logique vulcaine. »
Sana leva un regard empli de colère et de ressentiment réprimés.
« Vous êtes-vous renseignés sur la Pension Moncrieff, Commandeur ?
- Non.
- Je vous laisse le soin de regarder par vous-même, mais pour le dire simplement, ce n'était pas un endroit agréable. Il m'est rapidement apparu que si je voulais partir, il fallait que je me construise des barrières psychiques solides. Puis, comme je me suis passionnée pour l'espace pendant mon adolescence, j'ai étudié pour pouvoir me présenter aux concours de Starfleet. »
Le Premier Officier de l'Enterprise ne le dit pas, mais il était à présent pleinement conscient des gros efforts qu'avaient dû fournir Sana pour parvenir à intégrer l'école des officiers de Starfleet, et davantage encore pour en sortir en tête de liste, tout cela en considérant son handicap. Il commença alors à ressentir un peu de sympathie pour elle, ou du moins la forme logique qui s'en rapprochait le plus, car il s'identifiait, au moins un peu, à ce qu'elle avait vécu. Lui n'avait pas été séparé précocement de ses parents, mais il avait affronté les regards et les moqueries de ses camarades de classe, et le regard critique et incompris de son propre peuple quand il avait refusé d'intégrer l'Académie des Sciences de Vulcain. A lui aussi, on lui avait dit qu'il avait un handicap, et lui aussi s'était réfugié dans les étoiles pour se trouver une place et une famille. Il ne pouvait que comprendre.
« Je vous concède la relation cordiale que vous demandez, Commandeur.
- Merci, Monsieur Spock. »
L'abolition du grade surprit l'officier scientifique qui fronça les sourcils. Une relation cordiale n'exigeait pas cela et, même s'il était courant d'employer ''Monsieur'' sur les bâtiments de Starfleet, rien ne justifiait réellement son utilisation, là, dans cette situation. En l'observant mieux, Spock décela dans la posture de la capitaine une certaine raideur, mais elle ne semblait pas avoir de rapport avec la conversation. C'était plus lointain, comme une tension perpétuelle, une préoccupation profonde, qui rongeait la roseur de ses joues et le bleu de ses yeux.
« Tout va bien, Commandeur ? » ne put-il s'empêcher de demander.
« Pour le moment, oui, » répondit-elle en évitant son regard.
Spock la regarda d'un air perplexe, ce qui força la Vulcaine à relever la tête et à le regarder dans les yeux. Elle sembla hésiter, plusieurs fois, puis elle reprit, d'une voix basse légèrement tremblante :
« Mais c'est une question de jours, sinon d'heures. Et... »
Elle se mordit la lèvre, fuit son regard, le baissa, puis le ramena vers lui. Son contrôle sur ses émotions semblait s'effriter petit à petit. Spock vit en cela de l'embarras, de l'incertitude, et beaucoup d'appréhension.
« En vérité, c'est un peu pour cela que je voulais me réconcilier avec vous. Vous êtes, si je puis m'exprimer ainsi, mon seul espoir. »
Spock ne répondit pas que l'espoir était un sentiment humain. Il ne dit pas non plus qu'il ne comprenait pas et que cela ne le concernait pas, car c'était faux. Il avait parfaitement saisi le sous-entendu caché dans les mots et l'émotion de Sana et, s'il avait été entièrement humain (ou s'il avait été complètement honnête), il aurait avoué que cela lui avait glacé le sang. Parce que c'était redoutable, inéluctable, et mortel. C'était biologique, instinctif.
C'était une rage brûlante, brutale et venimeuse.
C'était une fièvre de sang.
Pas de fait parodique utilisé dans ce chapitre !
A noter que je vais remplacer les dénominations des grades des sous-officiers par celles des grades de la marine. "Sergent" devient donc "Second-maître".
J'ai bien apprécié écrire ce chapitre, surtout que ça m'a permis de dire que Jim et Spock avaient Janice (on la voit dans la série originale), que l'Enterprise avait un complexe aquatique et plusieurs salles de restauration (et plein de choses encore mais j'en parlerai plus tard).
Voilà ! J'espère que vous avez aimé ! Rendez-vous dans le chapitre 7 pour savoir ce qu'il va advenir de Sana, et si Spock va accepter de l'aider !
PS : Je viens de remarquer que tous les points-virgules avaient sauté en important les fichiers. Je les ai remis ici, et je vais m'occuper des fichiers précédents. Désolée pour le dérangement .
