Note : Tada ! :D Chapitre 8, un beau bébé de plus 9500 mots !

Comme j'ai dû finir ce chapitre un peu precipitamment avant de partir pour mon voyage, il se peut qu'il soit moins abouti que les précédents, et qu'il reste quelques fautes de frappe, puisque je n'ai pas eu le temps de tout relire à fond. J'espère qu'il vous plaira quand même :D Bonne lecture !


Chapitre 8 : Le chant éphémère des étoiles

Suite à cela, M'Benga avait fait passer un examen complet au Commandeur Sana, afin de conjecturer le temps qu'ils avaient devant eux avant que son organisme soit vaincu par la fièvre. Heureusement, et cela le rassura, ils avaient un délai d'une dizaine de jours. Il convint donc avec la Vulcaine qu'elle avait le droit d'arpenter le vaisseau tant qu'elle pouvait se contrôler, mais qu'elle devrait être consignée dans ses quartiers au moindre signe de faiblesse ou au premier coup de sang. Les premiers jours du Pon Farr étaient loin d'être les plus terribles, de ce qu'en savait le médecin, et il ne pouvait l'emprisonner dans une cabine au risque de la voir devenir folle ; aussi il trouvait que c'était un compromis valable.

Quand les deux Vulcains furent partis, Geoffrey rangea ses affaires, salua McCoy, qui avait pris la relève pour la nuit (et qui avait l'air soucieux, mais Geoffrey en avait assez avec ses propres problèmes), et quitta l'infirmerie, bien décidé à manger un morceau avant de rejoindre son lit.

En quittant la passerelle, Kirk avait laissé comme à son habitude les commandes à Sulu, et il eut beau chercher et consulter l'ordinateur, il ne put trouver son Premier Officier ; son agacement arrivant à son apogée au moment où il croisa M'Benga devant l'infirmerie, pour apprendre que le Vulcain était parti un peu plus tôt, certainement en direction de ses quartiers. Et là, il se faisait tard, et Jim savait que Spock avait toujours besoin d'être seul un moment, pour faire un truc comme de la méditation, ou quelque chose du genre, aussi il abandonna l'idée de lui parler et rejoignit sa propre cabine, particulièrement frustré.

Puis la nuit passa assez calmement.

Rien ne survint durant le voyage, et ce fut avec une certaine joie que le capitaine apprit à son retour sur le fauteuil de commandement le lendemain matin qu'il ne restait que deux heures de vol. La journée de la veille avait été tellement longue et ennuyeuse qu'il se demandait s'il savait encore ce qu'était être occupé (il plaisantait, bien sûr). Et même s'il n'aimait vraiment pas rendre visite à des scientifiques isolés sur un avant-poste éloigné, il avouait qu'il était cette fois plutôt heureux de d'arrêter l'Enterprise et de rencontrer du monde.

Ainsi, en milieu de matinée, le vaisseau accosta, et le ponton n'était pas encore complètement raccordé, que Kirk se trouvait déjà devant la porte, près à sortir. Spock se tenait juste derrière lui, ainsi qu'une petite délégation réunissant les officiers principaux de l'Enterprise qui étaient de service à ce moment-là. Le Commandeur Sana et le Lieutenant Uhura étaient donc de la partie.

Lorsque la porte s'ouvrit, Jim s'engouffra dans le couloir de raccordement d'un pas rapide, suivi par sa petite équipe, et se pressa de rejoindre la partie principale de l'avant-poste, où il serait accueilli par les résidents. Mais bien sûr, comme personne n'avait été prévenu de leur arrivée, et que le centre de commande n'avait pas encore relayé l'information, ils ne trouvèrent personne dans le hall, et l'enthousiasme de Kirk retomba comme un soufflé. C'était une grande salle d'attente vraiment pas laide pour une station de cette taille et à une telle distance de la Terre, et les canapés avaient plutôt l'air confortables, mais Jim savait que ça ne se faisait pas de s'installer lorsqu'il s'imposait quelque part. Même si l'envie de montrer son mécontentement était grande. Heureusement, il n'eut à patienter que quelques minutes, car un homme arriva dans la pièce en traînant ce qui semblait être un chariot de nettoyage, et Kirk se demanda dans quel trou de l'espace profond ils étaient tombés pour que le ménage ne soit pas fait par des robots ou des androïdes. Il ne fit néanmoins pas part de son incrédulité et s'adressa le plus poliment possible à l'arrivant pour lui demander de rameuter fissa les dirigeants de l'avant-poste ; regarder le bonhomme trottiner vers le turbolift fut presque assez satisfaisant pour faire passer la vexation de ne pas avoir été accueilli comme il se devait.

Puis, enfin, un homme en fin de quarantaine apparut, la bedaine engoncée dans un uniforme réglementaire gris-bleu visiblement tout juste mis (si on se fiait au col de travers) et la démarche pataude de celui qui est resté longtemps assis sans bouger. Il se dirigea vers le petit groupe avec un empressement freiné par sa corpulence puis, un poil essoufflé, tailla un salut militaire rouillé devant Kirk.

« Bienvenue sur l'avant-poste Azure X, Capitaine, » le salua-t-il d'une voix aigrelette. « Je suis le Major Garrerio, l'adjoint au commandant de la station. Nous n'étions pas avertis de votre venue…

- Il semble que vos équipements ne vous permettent plus d'envoyer ou de recevoir de message, » répondit Kirk d'un ton plus tranchant qu'il ne l'aurait voulu ; le principe était de renvoyer les politesses d'abord, Kirk, pas d'entrer dans le lard directement.

Garrerio ne sembla néanmoins pas s'en soucier car il les regarda avec un tel effarement que s'il avait simulé, on aurait pu le récompenser pour son jeu d'acteur. Non, en l'occurrence, il semblait parfaitement l'ignorer.

« Les rapports d'ingénierie n'ont rien dit. Vous êtes certain que…

- Absolument. La base stellaire XBS-34 ne reçoit plus vos relevés depuis quelques semaines.

- Ah… »

Le major regarda nerveusement autour de lui, comme s'il cherchait un appui, un soutien, quelque chose qui pourrait lui permettre de comprendre cette situation, pourquoi les relevés n'étaient pas partis et pourquoi ils n'étaient pas au courant de l'arrivée de l'Enterprise ; mais il ne trouva rien, sinon le vide de la salle d'attente et l'espace noir visible à travers les grandes fenêtres d'observation.

Spock contourna son capitaine et s'avança à la rencontre de Garrerio.

« Major, faites-vous régulièrement une maintenance de la balise-relai de communication ? »

L'homme, qui était bien moins grand que le Vulcain, leva un regard inquiet vers le Premier Officier de l'Enterprise.

« Euh, oui, tous les semestres.

- Il nous faudra les derniers rapports d'ingénierie, » reprit Kirk.

« Oui, bien sûr, Capitaine.

- Et j'aimerais rencontrer le commandant de la station, s'il daigne nous honorer de sa présence. »

Ce petit commentaire critique lui attira une œillade réprobatrice de la part de Spock, et Jim le lui renvoya avec un sourcil haussé. Non, vraiment, il détestait avoir l'impression de perdre son temps, et comprendre qu'un vaisseau aussi important que l'Enterprise avait été mobilisé pour diagnostiquer une panne de balise lui mettait les nerfs en pelote. Surtout si on se souvenait qu'ils avaient eu un incident tout aussi stupide avec une bobine indisponible dans les stocks de Starfleet depuis plus d'un siècle ! C'était clairement la goutte d'eau. Pitié, il voulait faire quelque chose d'intéressant !

Malgré son ton sec, Garrerio ne se rebiffa pas et, au contraire, hocha ostensiblement la tête.

« Bien sûr, Capitaine, tout ce que vous voudrez. Si vous voulez bien me suivre… »

Mais Kirk se tourna vers le groupe qui l'avait suivi et donna ses ordres avec un sérieux qui, même s'il ne lui était pas étranger, était bien plus autoritaire qu'à l'accoutumée.

« Lieutenant Uhura, Lieutenant Carley, avec le Maître Kfarr, vous vous occuperez de réparer les communications de l'avant-poste et de vérifier que la mémoire interne ne saturera pas quand tout reviendra à la normale. Lieutenant-Commandeur Ment, Lieutenant Rieva, vous pouvez retourner à bord. Commandeur Sana, nous ne nous attarderons pas ici, je vous laisse les commandes de l'Enterprise. Spock, vous venez avec moi. »

Chacune de ses demandes fut suivie d'une réponse positive, et l'équipe se disloqua, tant et si bien que, quelques instants plus tard, il ne restait plus que le capitaine et son second en présence de Garrerio. Celui-ci, devenu étrangement nerveux en voyant le professionnalisme de l'équipage de l'Enterprise, bafouilla plusieurs fois avant de les diriger vers le turbolift.

Quelque chose n'allait pas. Jim le sentait. Par expérience, il savait qu'un avant-poste éloigné placé dans la Zone Neutre qui n'envoyait plus de relevés était sous l'emprise de sérieux problèmes. La plupart du temps, cela devait être imputé aux scientifiques eux-mêmes, qui avaient fini par devenir fous à forcer de ne penser que sciences et observations, et de ne jamais voir quiconque d'autre que l'équipe de la station. Parfois, des extraterrestres étaient dans le coup, et selon la localisation de l'avant-poste, cela pouvait aussi bien être les Romuliens, les Klingons, que n'importe quelle autre espèce plus ou moins indépendante, belliqueuse ou curieuse.

Mais là, le sentiment était différent. Jim avait un mauvais pressentiment, la sensation que quelque chose allait arriver, quelque chose de vraiment mauvais, mais il n'arrivait pas à trouver le moindre indice qui pourrait confirmer cet instinct. Le Major semblait être un gars sympa, même s'il y avait un peu de laisser-aller, et pour ce qu'il en savait, le commandant de la station n'était rien de plus qu'un enfoiré sans considération pour ses visiteurs. Ou peut-être qu'il était réellement occupé, mais étrangement, Jim en doutait.

En quittant le turbolift, Spock dû voir l'air contrarié de son ami, car il laissa Garrerio prendre un peu d'avance avant de saisir Kirk par le coude, et de se pencher vers lui.

« Capitaine, vous semblez préoccupé, » chuchota-t-il à son oreille.

Le souffle chaud du Vulcain fit tressaillir Jim, qui ne fit qu'un léger pas de côté pour s'en écarter, tout en s'efforçant de ne pas paraître insultant pour Spock.

« C'est juste un mauvais pressentiment, » répondit-il à voix basse.

« Un pressentiment ? »

Jim savait que le concept d'impression, de sensation diffuse et toute autre chose du genre était inconcevable par les Vulcains, qui ne raisonnaient qu'en terme de logique et de démonstrations mathématiques, impliquant souvent les règlements, les lois, les probabilités d'échec et de réussite et, tout simplement, si agir était utile ou non. Jim le savait, mais il n'avait pas envie de débattre et de décrire précisément ce qu'il ressentait. Ou alors plus tard, lorsqu'ils seraient seuls et avec du temps devant eux pour parler. Il secoua donc la tête et lui indiqua qu'ils en parleraient ultérieurement.

Puis, ils rejoignirent Garrerio devant une porte qui, s'ils en croyaient la plaque fixée au mur, était le bureau du Commandeur Eloyar, commandant l'avant-poste. Le Major appuya sur le bouton d'appel, et le battant s'ouvrit un instant plus tard, sur une pièce de taille correcte (elle était à peu de chose près aussi grande qu'une cabine standard sur l'Enterprise) meublée d'un bureau et d'une table de réunion. Là, penché sur la surface en verre, un homme en bleu de travail trafiquait le boîtier de commande d'un socle en forme de palet avec un tournevis un peu usé, et laissait des traces de graisse et des morceaux tranchés de circuits électriques tout autour en un bazar relativement organisé. Curieusement, il s'agissait du Commandeur Eloyar, car Garrerio s'avança vers lui de quelques pas.

« Monsieur, nous avons reçu la visite d'un vaisseau de la Fédération. Voici, euh… »

Et Jim se rendit compte qu'il ne s'était pas présenté au Major. Un peu ennuyé par cet écart de conduite, il se plaça à côté de lui, avisant d'un œil intéressé les rouages précis de l'objet éventré que le commandant de la station était en train de disséquer.

« Je suis le Capitaine James T. Kirk de l'USS Enterprise, et voici mon Premier Officier, le Commandeur Spock, » dit-il poliment, espérant qu'Eloyar serait au moins assez bien élevé pour arrêter son activité et s'occuper d'eux.

Ce fut heureusement le cas, et Jim se demanda si son absence dans le hall n'était pas plutôt due au fait que le centre de commande de la station ne l'avait pas averti de leur arrivée (ce qui était possible, puisque même Garrerio avait été prévenu par l'homme de ménage) plutôt que par manque de correction ou par arrogance. L'homme, à peine plus grand que son adjoint, était mince et sec, même s'il était aussi visiblement bien plus âgé, et il portait sur son visage ridé le cliché des vieillards aigris par la vie. Il s'essuya sur un torchon crasseux et tendit une main encore plein de cambouis à Kirk, qui la serra en s'efforçant de ne pas paraître trop hésitant ou réticent.

« Bienvenue sur Azure X, Capitaine. Je suis le Commandeur Franck Eloyar. Pardonnez mon impolitesse, mais nous ne savions pas que–

- Peut-être un problème de balise, Commandeur, » le coupa Jim. « La base stellaire XBS-34 ne reçoit plus aucune communication de votre part depuis plusieurs semaines et nous sommes venus, en quelque sorte, pour enquêter. »

Le dire ainsi pouvait presque faire passer cette mission pour quelque chose de palpitant et d'intéressant, mais Jim n'était pas dupe. Sa journée s'annonçait morne et ennuyeuse. A moins que son pressentiment ne se confirme, ce qu'il espérait, un peu honteusement.

Pourtant, le Commandeur Eloyar se trouva être un homme charmant, car il leur proposa aimablement de l'attendre dans un salon voisin le temps qu'il soit plus présentable, puis il les rejoignit, fringant comme un jeune coq, et leur proposa des boissons. Et, Jim en fut le premier surpris, il prit même la peine de faire répliquer du thé vulcain pour Spock, qui accueillit l'attention avec un regard légèrement humide de reconnaissance.

Une fois leur tasse en main, Kirk expliqua plus en détail la raison de leur présence et ce que leur avaient dit les hautes autorités de Xobos durant la réunion, puis la discussion dériva sur divers sujets d'observation scientifiques. Ils abordèrent les particularités de la Nébuleuse Azure, ce qui intéressa particulièrement le Premier Officier, puis quelques anecdotes d'exploration, car Eloyar avait servi sur plusieurs vaisseaux avant d'être affecté sur la station.

Puis, après presque une heure d'échanges, le pas lourd de Garrerio se fit de nouveau entendre dans le couloir, et il apparut dans l'entrebâillement de la porte du salon où ils se trouvaient. Sa figure ronde était plissée par l'urgence et brillante de sueur. Il s'avança et tendit un padd à son supérieur.

« Pardonnez mon intrusion. Monsieur, la balise a été réparé, nous venons de recevoir ce message. »

Eloyar prit la tablette, l'alluma et lut attentivement ce qui était écrit.

« Commandeur Eloyar, par la présente, vous êtes conviés à participer au congrès scientifique de la base stellaire 234, dans le secteur Nequencia, qui se tiendra de 2262.59 à– Attendez, » s'arrêta-t-il. « Cette date, ce n'est pas demain ?

- Affirmatif, » confirma Spock.

« Nom de nom ! »

Eloyar poussa un soupir contrarié tandis qu'il continuait sa lecture en silence. Ce congrès était très important, car de nombreuses découvertes sur les nébuleuses allaient être montrées et expliquées, ce qui ne pouvait rendre le travail d'Azure X que plus passionnant. Malheureusement, avec la panne de la balise, il ne recevait le message qu'à l'instant, ce qui ne lui laissait que peu de temps pour se rendre sur cette base. Bien que celle-ci ne soit pas très éloignée, cela faisait une sacrée distance pour les petits vaisseaux de l'avant-poste, qui n'était pas équipés pour dépasser la distorsion trois.

Kirk dû sentir sa détresse car il reprit spontanément la parole :

« Commandeur. Si vous le souhaitez, l'Enterprise peut vous mener sur cette base. Nous n'avons pas d'autre mission en cours.

- Oh, je ne voudrais pas vous embêter, vous avez déjà fait du chemin pour venir jusqu'ici !

- Cela ne me dérange pas.

- Dans ce cas, merci d'avance pour votre aide. »

Eloyar adressa aux deux officiers supérieurs du vaisseau stellaire un sourire reconnaissant, puis il se leva et annonça qu'il allait préparer ses bagages. L'instant d'après, Kirk appelait la passerelle pour lui demander d'élaborer un plan de vol jusqu'à la base, et de rappeler l'équipe d'ingénierie si elle n'était pas encore remontée à bord. Enfin, il informa Garrerio qu'il regagnait l'Enterprise, et qu'Eloyar devrait en faire autant lorsqu'il serait prêt, puis il disparut dans les couloirs, Spock sur ses talons.

oOo

Quelques heures de trajet, en comparaison avec l'interminable journée d'ennui de la veille, semblait bien peu de chose. A l'heure du déjeuner, Jim guida son invité au mess des officiers et, trouvant en l'homme une personne aimable et intéressée, lui fit part des nombreuses capacités méconnues de l'Enterprise. Par exemple, peu de personnes savaient que la salle des fêtes pouvait être décorée afin de célébrer un mariage et que Jim, en tant que capitaine, était tout à fait habilité à officier la cérémonie ; ou encore, qu'une passerelle secondaire se situait à l'opposé de la principale, sous la soucoupe. Eloyar fut particulièrement surpris d'apprendre que bien que l'équipage atteigne facilement les quatre cents tête, l'Enterprise était capable de transporter près de mille personnes en cas d'urgence, la plupart des salles d'activité, des gymnases et des piscines pouvant être modifiés en dortoirs ; et il commenta, avec un sourire complice, que la Fédération était loin de surpasser cette impressionnante création qu'elle avait elle-même engendrée. Bien entendu, Jim lui tut l'incident de la bobine, qui aurait discrédité complètement sa chère Enterprise aux yeux de l'officier.

Après le repas, Kirk mena le Commandeur à ses quartiers puis, à la demande de Spock, retrouva ce dernier en salle de réunion. Alors que Jim pensait que cette entrevue serait plus personnelle que professionnelle (bêtement concerné par l'état préoccupé de son ami qu'il était), il lâcha un soupir consterné en voyant la demi-douzaine de padds ouverts et allumés devant son officier en second, et s'installa à côté de lui. Spock ne tarda pas à s'expliquer :

« Capitaine, j'ai bien pris note que vous aviez tout à l'heure, ce que vous autres humains appelez un ''mauvais pressentiment'', aussi j'ai pris la liberté de demander les rapports des examens médicaux effectués par les résidents de la station.

- Oh. »

C'était très inattendu, et plutôt touchant. Spock était un scientifique, et à ce titre, il avait des notions de médecine et de psychiatrie, tout comme Jim n'était pas complètement ignorant lorsqu'on lui parlait de cordrazine ou de dilithium ; mais c'était loin d'être son domaine de prédilection. Aussi, il avait agi dans l'intention de le réconforter, de l'aider de quelque manière que ce soit, sans l'avoir consulté avant, et c'était cette spontanéité qui fit incroyablement plaisir à Kirk ; si ce n'était que Spock avait pris en compte son état et ses doutes malgré leur illogisme. Il fut particulièrement difficile d'effacer le sourire stupide qui voulait se plaquer sur son visage, mais Jim parvint au moins à ne pas lui sauter au cou pour le remercier.

« Si j'en crois les résultats, et nos médecins pourront le confirmer au besoin, il semble qu'aucun des scientifiques postés sur Azure X ne présente, et ce depuis le début de la mission, de troubles psychiques, quelle qu'en soit la forme.

- En d'autres termes ? » fit Jim, légèrement suspicieux lorsque ''scientifiques'' et ''troubles psychiques'' étaient dans la même phrase. Il ne voulait pas sauter aux conclusions trop vite.

« Ils vont parfaitement bien.

- Ah ! Excellente nouvelle. »

Le soulagement de Kirk était mitigé, car s'il n'y avait aucun problème avec les résidents de la station, alors, d'où lui venait cette impression étrange que quelque chose n'allait pas ? Bien sûr, il était prêt à accepter que ce n'était rien de plus qu'une sensation futile qui n'avait aucun sens, mais la façon dont sa suspicion grandissait avec le temps lui convainquait que ce n'était pas encore terminé. Il devait donc rester sur ses gardes.

Jim fut tiré de ses pensées lorsque Spock amassa les padds, incontestablement dans l'intention de quitter la salle de réunion, mais cela ne fit qu'attirer son attention sur le fait, eh bien, que c'était un peu étrange que Spock l'ait appelé là alors qu'il aurait très bien pu lui donner cette information ailleurs, sur la passerelle ou dans sa cabine. Kirk ne put s'empêcher de regarder attentivement son officier en second lorsqu'il se dirigea vers la porte, et il remarqua ses épaules nouées et son dos raide. Oui, il était toujours préoccupé. Certain qu'une autre occasion ne se présenterait pas de sitôt, Jim se leva, le rattrapa et, faisant fi de tout ce qu'il savait sur la non-tactilité des Vulcains, l'attrapa par le bras pour le retourner vers lui. Spock fusilla du regard la main qui serrait son biceps, mais il ne dit rien, se contentant de poser sur le Terrien des yeux bien plus sombres que d'ordinaire, d'un noir opaque révolté. Kirk frissonna et le lâcha subitement, penaud.

« Désolé, Spock. Euh… vous semblez soucieux…

- Ce n'est rien qui doit vous inquiéter, Capitaine, » répondit le Vulcain d'un ton ferme, et Jim fut presque tenté de le laisser partir, mais non. Non. Ce qui tracassait Spock était forcément important, car Spock trouvait toujours des solutions aux problèmes, et que s'il n'y arrivait pas, c'était que les problèmes étaient insolubles ou vraiment énormes.

« Allez, dites-moi. Je peux peut-être vous aider ? Les amis servent à ça. Et je suis votre ami, non ?

- Vous l'êtes, » fit solennellement Spock en haussant légèrement un sourcil complice, et ses yeux, juste avant noirs et coléreux, portaient à présent une lueur de sourire, qui retourna l'estomac de Jim. Ceux qui disaient que les Vulcains n'étaient pas émotifs ne connaissaient pas Spock ! Ses yeux, surtout. Oh, oui, ses yeux. Toutes ses émotions y étaient visibles, et bien plus que chez la plupart des humains, comme s'il avait développé ce moyen de communication car il s'imposait un visage impassible en toutes circonstances. Jim s'en retrouvait étrangement chamboulé, et la façon dont les yeux de Spock, ces deux billes d'obsidienne, pouvaient se teinter d'affection et de respect quand elles se posaient sur lui en chassant toute émotion négative, la colère, la tristesse, la peur, valait bien plus que toute autre chose au monde. Même le commandement de l'Enterprise ?

Oui, peut-être même plus que le commandement de l'Enterprise.

Attendez… quoi ?

« Euh… a-alors, qu'est-ce qui vous préoccupe ? » bafouilla Kirk en essayant de ne pas être trop conscient du regard braqué sur lui.

« Il m'est difficile d'en parler, même à vous, » concéda à expliquer Spock. « C'est un sujet tabou chez les Vulcains, et je pense que le moyen le plus simple pour vous d'avoir des réponses est de vous adresser au Docteur M'Benga.

- Vous ne pouvez vraiment pas me dire ?

- Non. »

Spock pencha légèrement la tête vers lui sans le lâcher du regard, et Jim eut l'impression d'être avalé par ses yeux, et sa chaleur l'enveloppait, l'étouffait presque. Il en avait le souffle coupé.

« Je suis désolé, » dit doucement le Vulcain avant de se redresser puis de se retourner vers la porte. « Je serai sur la passerelle. »

Et il sortit. Jim eut l'impression soudaine qu'on l'avait cryogénisé. L'absence soudaine de Spock à ses côtés lui donnait la sensation d'avoir été jeté dans un bain d'eau glacé, et l'image persistante de son regard sur sa rétine provoquait des paires de taches claires un peu partout. Qu'est-ce qu'il se passait ?

Sortir de la salle de réunion maintenant était une mauvaise idée, il avait certainement l'air d'un chien fou, et ce n'était pas bon pour l'équipage de voir son commandant ainsi. D'accord, ça lui semblait être une décision rationnelle et logique, d'autant plus que Spock était parfaitement capable de diriger l'Enterprise.

Il se rassit à la table.

Spock.

Pourquoi lui faisait-il cet effet-là ? C'était différent de l'amitié, il en était certain. Ou alors c'était un autre niveau d'amitié qu'il n'avait encore jamais expérimenté. C'était un sentiment confus, une impression d'appartenir à un tout mais d'en être constamment séparé, Jim sentait qu'ils se complétaient parfaitement d'un point de vue professionnel, et malgré leurs différences, ils parvenaient à se comprendre d'un point de vue personnel. Spock était le meilleur Premier Officier et officier scientifique qu'il aurait pu imaginer, et un excellent ami. Bones était son meilleur ami, mais si on lui demandait de choisir entre l'un et l'autre, il se retrouverait bien embêté. Spock était… eh bien, en quelque sorte, plus qu'un ami. Et c'était vraiment bizarre.

Bon, après, il fallait clarifier les choses. Est-ce qu'il était amoureux de lui ? Non. Il ne ressentait pas les hypothétiques papillons dans le ventre, les sueurs, et il ne voyait pas des cœurs voler autour de Spock quand il le voyait. Est-ce qu'il avait envie de coucher avec lui ? Hum… ça se négociait. Jim avait une préférence pour les femmes, mais il n'était pas un hétéro pur et dur, et il aurait avoué (uniquement sous la torture, il ne fallait pas abuser) que le Vulcain avait un corps agréable à regarder. Mais de là à sauter le pas ? Non, non et re-non. Déjà, Spock avait Uhura, c'était un fait. Ensuite, Jim savait que mélanger relations professionnelles et personnelles n'était jamais une bonne chose, et si ça ne marchait pas entre eux, ça risquait d'affecter son commandement, son autorité et son efficacité.

Voilà. Les choses étaient mises au clair, mais ça n'empêchait pas qu'il se sentait vraiment étrange quand Spock le regardait. C'était comme s'il se sentait exister réellement quelque part, et que ce soit dans la conscience du Vulcain, c'était vraiment plaisant. Plaisant ? Oui, le mot convenait. Pour l'instant.

Jim se leva et se força à respirer lentement. Ça n'arrangeait rien d'avoir compris ça, mais au moins, il savait ce qu'il risquait s'il ne restait pas rationnel.

Oui, alors, sans parler du fait que l'aspect ''rationnel'' des choses venait plutôt de Spock en général, il y avait des risques ? Comme quoi ? Sauter sur son Premier Officier au milieu d'un couloir ? Ridicule. Il n'en était clairement pas encore là. Donc c'était rassurant, et c'était avec cette dernière pensée en tête que Jim quitta la salle de réunion pour regagner la passerelle, en ayant quand même l'impression d'avoir esquivé le sujet principal.

oOo

L'Enterprise quitta la distorsion à l'approche de la base stellaire peu après dix-huit heures (méridien de Starfleet), et ce qui apparut sur l'écran principal coupa le souffle à tous les officiers présents sur la passerelle.

La base était énorme. De la taille d'une planète, elle formait une sorte de toile complexe sphérique, un enchevêtrement de croisillons qui reliaient des pôles de l'ampleur d'une station stellaire lambda, et dessous, on pouvait voir la surface aride et brûlée par les éruptions volcaniques d'une planète stérile. La base 234 portait un autre nom, bien connu, et c'était en partie pour cette raison que Kirk n'avait pas hésité à y amener le Commandeur Eloyar. C'était Ivoris.

Tout le monde était surexcité à l'idée de pouvoir visiter un tel monstre, et le capitaine demanda aussitôt à faire la demande auprès du centre de commande pour pouvoir accoster. Cela leur fut autorisé mais, pour des raisons de sécurité et de gestion des foules, l'équipage de l'Enterprise ne pouvait quitter le vaisseau avant le lendemain, ce qui était aisément compréhensible pour une construction de cette taille. Seul Eloyar, intarissable de remerciements à Kirk pour son aide, rejoignit donc la base grâce au ponton de raccordement mis à leur disposition.

Spock, de son côté, semblait fasciné par la vue qu'offrait Ivoris depuis la passerelle, avec cette planète morte, sèche, rocailleuse et enflammée, au centre et, non loin, les langues orageuses et tumultueuses de la Nébuleuse Azure. Et les relevés de sa console accaparaient le reste de son attention. Jim trouvait l'expression de son Premier Officier très intéressante ; ses yeux brillaient à la manière de ceux d'un enfant à qui on propose une friandise, et ils sautillaient sans arrêt d'un point à un autre des écrans, comme s'ils ne voulaient rater aucune miette du spectacle scientifique qui s'opérait devant eux. Etonnamment, Le Vulcain avait l'air, à cet instant, particulièrement humain, et seul un observateur très attentif aurait remarqué que ses commissures étaient légèrement relevées en un sourire satisfait.

« Capitaine, » intervint l'officier des communications, et Jim fut brutalement sorti de sa contemplation, « la présence de la Nébuleuse brouille légèrement nos communications.

- Quels seront les désagréments ?

- Seulement du bruit parasite, et peut-être un délai entre la réception et l'émission. Rien de sérieux.

- Mais nous n'avons pas eu de problème lorsque nous étions sur Azure X, » fit remarquer Kirk.

« C'est à cause du champ électromagnétique d'Ivoris, » expliqua Spock en se tournant vers lui. « Il amplifie considérablement les ondes émises par la nébuleuse.

- Mais vous dites qu'il n'y aura pas de problème pour communiquer ?

- Non, Monsieur, » reprit l'officier des communications. « Rien de bien remarquable.

- Bon. Merci de m'avoir averti. »

Ce n'était qu'un détail. On l'avait extirpé de sa rêverie pour une broutille ! Ah, s'il n'était pas capitaine de navire, sûr qu'il aurait râlé. Mais Jim connaissait maintenant ses devoirs, et il savait qu'un commandant surpris à rêvasser n'était pas très bon pour l'exemple qu'il donnait à l'équipage. Néanmoins, problème il n'y avait pas, car personne ne l'avait remarqué, et car ils étaient amarrés à la plus grosse base stellaire de la Fédération.

Jim s'éjecta de son fauteuil avec la soudaine envie d'aller se détendre au carré des officiers. Sa présence n'était plus requise sur la passerelle, et il pouvait même autoriser à réduire l'équipe d'astreinte. Avant de sortir, il donna le commandement à son second et distribua quelques ordres, puis il se laissa emporter par le turbolift.

oOo

La première partie de la soirée s'était déroulée au carré. Jim avait bu quelques verres en compagnie d'un McCoy un peu grognon, puis il avait mangé, et à présent, il se trouvait dans le salon d'observation des officiers. Le quart de nuit avait commencé depuis plus d'une heure. Il avait ordonné (à défaut d'avoir réussi à convaincre) Leonard d'abandonner ses hyposprays à l'infirmier de service pour venir se divertir un peu, et il profitait maintenant de la quiétude de l'une des rares soirées libres qui lui étaient offertes depuis le début de la mission quinquennale. Un verre dans une main, confortablement installé sur l'une des banquettes du salon, il regardait l'espace et la Nébuleuse Azure, visibles à travers la baie d'observation. Sur le siège voisin, Leonard serrait les dents, raide et nerveux, le visage à moitié éclairé par les lueurs qui leurs venaient d'Ivoris.

« Sérieusement, Jim, c'est pas humain. Tu peux pas picoler ailleurs ?

- Il ne va rien t'arriver, Bones ! » lâcha le capitaine en sirotant l'alcool ambré. « On est protégé par un champ de force et vingt centimètres d'aluminium transparent.

- Oui, mais si ça cède, on gèle dans les dix secondes. »

Kirk lança un regard amusé à son ami puis le gratifia d'une tape amicale sur l'épaule, comme pour se faire pardonner de l'avoir attiré dans l'un des endroits où il ne mettait jamais les pieds. Il allait ajouter une plaisanterie pour le détendre, quand il vit un petit groupe s'approcher d'eux, et ce qu'il vit occulta tout ce qu'il avait en tête un peu plus tôt.

Sulu avait laissé pour quelques temps les commandes au co-pilote, le temps d'accompagner ses camarades officiers, en particulier Uhura, vêtue d'une jolie robe civile, de Spock, qui tenait contre son flanc un étrange objet, et de plusieurs autres. L'assemblée s'installa autour de Jim et de Bones dans un ensemble bruyant et décontracté, et Spock cala sur ses genoux ce qui ressemblait à un luth à neuf cordes.

« Vous savez jouer de la musique, Spock ?! » s'exclama Kirk en manquant de renverser son brandy sur le sol.

« En effet. La musique est une pratique qui permet d'allier la logique à des harmonies mélodiques. »

Autant dire que les Vulcains en étaient friands.

Une officière scientifique se leva, donna quelques indications au musicien, puis, tandis que le barman apportait sur un plateau une petite dizaine de verres, commença à raconter une histoire. Les accords joués par Spock donnaient plus de vie au récit et, petit à petit, une ambiance particulière s'étendit au-dessus du petit groupe. C'était intimiste, douillet comme un cocon, et Leonard se surprit à ne plus sentir le tiraillement de la peur lorsqu'il reprenait conscience de l'endroit où il était. Pourtant, la baie d'observation était face à lui, béante, froide et noire. Oui, mais entre eux, il y avait Uhura, sa présence agissant comme un écran, comme un bouclier chaleureux.

Il se redressa, un peu tendu, quand il se rendit compte qu'elle le regardait de côté, de ses grands yeux marron, francs et inquisiteurs, alors qu'elle était appuyée sur l'accoudoir du sofa, le menton dans la main. McCoy ne put en détourner le regard. Cette présence seule prenait tellement de place dans sa conscience, qu'il avait l'impression que le reste, Jim, les amis, le salon, l'espace même, n'existaient plus. Il n'y avait plus que Uhura, et ce regard qui le happait, qui le dévorait tout entier et l'asphyxiait.

Il reprit brutalement sa respiration lorsqu'elle se leva, l'histoire de la scientifique terminée. Nyota s'avança au centre de la petite assemblée, puis se pencha sur Spock pour lui murmurer les accords et le type de musique à jouer. Après quelques instants, et tandis que le Vulcain hochait la tête et déplaçait ses mains sur l'instrument, elle se redressa pour regarder tour à tour chaque visage levé vers elle. Elle termina par McCoy, qui sentit son cœur avoir une embardée inopinée.

Un béguin passager ? Vraiment ?

Elle resplendissait sous les lumières tamisées du salon, avec, en contre-jour, cet écrin noir piqueté d'étoiles, et les volutes ambrées de la nébuleuse.

« Je vais vous raconter l'histoire de Véga et d'Altaïr, » annonça-t-elle doucement. « Véga était une jolie comète rousse née dans une galaxie contenant des milliers et des milliers d'astres. Elle aimait sa vie là-bas : sa famille, ses amis, et même chaque personne qui l'entourait. Elle était connue pour être une grande rêveuse, car elle disait toujours qu'elle voulait voyager et découvrir le monde, aller aux confins de l'univers, rencontrer de nouveaux astres et comprendre leur façon de vivre et de voir les choses. Malheureusement, elle était encore trop jeune pour quitter sa maison, et son père refusait farouchement qu'elle s'éloigne trop, et Véga s'était résignée à passer sa vie dans sa galaxie. Mais, le temps passant, son envie de partir ne faiblissait pas. Au contraire, à force de voir toutes les merveilles qui l'attendaient, au loin, elle ne pouvait que rêver à son voyage. Alors, elle fit promettre à son père que, quand elle serait assez grande, il ne la retiendrait pas, et elle patienta. »

Tandis qu'elle parlait, Spock jouait une mélodie douce, des arpèges déliés, des notes piquées, légères, qui semblaient être le reflet des étoiles, au loin, qui scintillaient sur leur toile sombre ; et ses longs doigts pinçaient les cordes tendues du luth avec grâce et précision.

L'assemblée écoutait attentivement l'histoire de la jeune femme. Cela ressemblait aux contes que l'on racontait aux enfants, mais tous connaissaient suffisamment Uhura pour savoir qu'il y avait un message, ou que tout ne serait pas aussi beau que dans les contes. Leonard, lui, ne la quittait pas des yeux.

« Un jour, quelques semaines avant son départ, alors qu'elle regardait quelque chose au loin qui ressemblait à une fantastique supernova, elle entendit un bruit. Elle tendit l'oreille. »

Lentement, Uhura se pencha et s'assit sur le fauteuil derrière elle, captant toute l'attention de son public.

« Non, ce n'était pas un simple bruit, mais comme une sorte de mélodie. Une musique céleste qu'elle n'avait encore jamais entendue. Et quand elle ferma les yeux pour la laisser la toucher, elle entendit des paroles. C'était un chant, et voici à peu près ce qu'il disait. »

La musique jouée par Spock changea, s'éleva, pour devenir une part importante de l'histoire, un personnage entier ; et soudain, étonnant toute l'assemblée, la voix de Nyota s'accorda au-dessus en un chant étonnamment doux et juste :

« Je voudrais être dur et froid comme une pierre,

Noir comme le charbon, blanc comme le diamant,

Comme une poussière de fer, indépendant.

Je suis un joyau rare, je suis solitaire.

L'univers est trop noir, trop froid, trop silencieux,

Trop vaste, trop lointain. Le chant des galaxies

Ne m'atteint pas, nulle part, je suis seul ici.

Un joyau rare, solitaire, malheureux.

Dehors, loin, là-bas, j'écoute le vent souffler,

Vois les étoiles, les nébuleuses brûler,

Grandir, grossir, comme des toiles d'araignée,

Tandis que je reste solitaire à jamais. »

Les officiers rassemblés étaient parfaitement silencieux, accrochés aux paroles de la jeune femme, n'attendant que la suite, et parmi eux, un homme la regardait comme il ne l'avait encore jamais fait. Il était impressionné, fasciné, et cet aspect qu'il ne connaissait pas d'elle le séduisait chaque instant un peu plus.

Ce qui le troublait, plus que la nouveauté de cette chanson, était qu'il avait l'impression, non, c'était presque une certitude s'il en croyait les regards appuyés que Nyota lui lançait depuis le début, que c'était un message, que ce chant aurait pu être le sien, et que Véga aurait pu être Uhura, la comète rousse devenue une officière en uniforme rouge. Il n'aimait pas cette comparaison. C'était lui voler l'intimité de sa pathologie.

« Lorsqu'elle entendit ce chant, » reprit-elle, « Véga décida qu'il était temps de partir, et qu'avant d'explorer les moindres recoins de l'univers, elle rendrait visite à l'auteur de ce chant, qui semblait si seul et si triste, tout au fond du ciel. Elle convainquit son père, lui promettant qu'elle serait prudente, puis elle partit.

« Elle traversa toute sa galaxie, et une fois sortie, elle chercha sa direction. Mais le chant s'était arrêté, et elle ne recevait plus que le bruit habituel de l'espace, les conversations des planètes, les rires des étoiles, et les grondements des trous noirs. Mais elle n'avait pas dit son dernier mot, car elle avait repéré, de loin, un astre singulier. C'était une étoile à neutron, petite, mais incroyablement vive et lumineuse, et d'un bleu pâle qui semblait embraser toute sa portion du ciel. Véga n'était pas sûre, mais si elle croyait les paroles du chant, et si l'auteur était une étoile, il était possible que ce soit celle-ci, car il n'y avait personne autour d'elle, et elle n'appartenait à aucune galaxie. Alors elle se mit en chemin.

« A mesure qu'elle s'avançait, les astres devenaient moins nombreux, et l'espace était silencieux. Elle comprenait ce qu'avait pu ressentir le chanteur, dans un endroit aussi isolé, mais face à elle, elle ne voyait que la formidable lumière de cette étoile à neutron, qui, si on regardait bien, occultait en fait toutes les autres lumières. On ne pouvait que se sentir seul. Et là, soudain, le chant revint. »

Spock joua à nouveau la mélodie de la chanson, mais Nyota ne fredonna pas les paroles, pour continuer plutôt son histoire.

« La musique venait bien de cette étoile bleue, perdue dans sa propre lumière. Véga se précipita vers elle, bien décidée à l'aider, et quand elle arriva, elle s'immobilisa, surprise. Car autour de l'étoile ne gravitaient que deux planètes. La première était aride, chauffée, brûlée, et elle était couverte de roches dorées ; la deuxième était bien plus lointaine, plus froide, et elle portait le bleu tumultueux des océans. Véga s'approcha de l'étoile. Il s'appelait Altaïr.

- Pourquoi vous sentez-vous si seul ? lui demanda-t-elle.

- Parce que je le suis, répondit sinistrement Altaïr. Il n'y a personne autour, et je perçois à peine la lumière des galaxies les plus proches.

- Vous ne réalisez pas que vous êtes celui qui les occultez, répliqua Véga. Vous êtes trop lumineux.

Altaïr ne répondit pas. Il semblait blessé. Pas par les mots de Véga, mais parce qu'il comprenait que toute sa vie, il était condamné à ne pas voir les autres.

- Ne soyez pas triste, Altaïr, reprit-elle. Si vous ne pouvez voir les autres, il vous suffit de les entendre.

- Les entendre ? On n'entend rien, ici. L'espace est un enfer noir cerné par la mort et le silence. Altaïr évita le regard de Véga. L'espace m'effraie.

- Non. Si vous écoutez attentivement, vous entendrez le chant des étoiles, les rires des nébuleuses, et la musique des planètes. Alors vous n'aurez plus peur. Le silence n'existe pas dans l'espace, il vous suffit de le combler.

- Comment combler le silence éternel de ces espaces infinis ? Comment ? Altaïr semblait désespéré.

- La seule chose qu'on puisse lui opposer est la poésie, ou la musique. Chantez, vous chasserez le silence comme vous chassez l'obscurité grâce à votre lumière. Écoutez ce qu'il y a autour de vous. L'espace n'est pas un enfer, il est le berceau de notre existence, il est notre origine, et il a bien plus de choses à offrir que vous le pensez. De belles choses. L'univers est beau. Il mérite d'être aimé.

Altaïr écoutait attentivement la jeune comète, soudainement fasciné par son discours et la confiance aveugle qu'elle puisait dans sa façon de voir ce qui l'entourait. Alors il– »

McCoy se leva subitement, faisant sursauter l'assemblée, et la mélodie de Spock mourut. Tous les visages se tournèrent vers le médecin, qui regardait Nyota avec un mélange de colère, d'indignation et de honte. Les mâchoires serrées, il sembla sur le point de dire quelque chose, mais il fit volte-face et s'éloigna. Jim bondit de son siège.

« Bones ! »

Mais Leonard ne se retourna pas, il était déjà sorti.

oOo

Ses émotions prenaient largement le dessus sur tout le reste. Vous êtes trop émotif, avait dit Spock, un jour. Sans blague ! Il était humain, et les émotions étaient le nerf de ce qu'ils étaient. Sans émotion, ils ne pouvaient pas communiquer. Sans émotion, ils ne pouvaient pas se comprendre. Alors pourquoi avait-elle fait ça ? Leonard avait pensé qu'elle avait comprit ce que ça signifiait pour lui, pourquoi il ne voulait pas que les autres soient au courant, pourquoi il ne l'assumait pas lui-même. Il avait beau savoir que, tout autour de lui, chacun avait une peur, la sienne le rendait honteux. Avoir peur de l'espace et y passer sa vie, même en sachant qu'il y avait un compromis qui le faisait rester, ça paraissait fou et ridicule.

Elle l'avait regardé si intensément, avant de chanter, c'était à se demander si elle savait ce qui allait arriver. Peut-être qu'elle avait tout prévu ! Peut-être que c'était ce qu'elle voulait : le provoquer, le mettre face à sa propre peur et lui montrer à quel point il était un imbécile. Oh, il l'était, mais pour avoir placé sa confiance en elle, pour avoir cru qu'elle arriverait à l'aider. Et c'était quoi, ça ? L'espace est un enfer cerné par la mort et le silence. N'avait-il pas dit une fois quelque chose de similaire ? Les personnages de ce conte étaient trop représentatifs, c'était... révoltant.

McCoy faisait les cents pas dans sa cabine, incapable de se calmer. Il était en colère, et blessé d'avoir été ainsi exposé aux autres. En colère, oui, contre Uhura, mais surtout contre lui-même, pour avoir laissé voir sa faiblesse, et avoir permis d'être attaqué avec. Quel genre d'homme était-il pour–

« Docteur McCoy ? »

Leonard se figea dans sa lutte effrénée contre lui-même, le cœur battant, une langue de sueur froide lui léchant la nuque, les entrailles tordues. Cette voix, il ne la connaissait que trop bien. Et il ne voulait pas voir sa propriétaire, elle l'avait assez ridiculisé comme ça.

« Docteur ? Je sais que vous êtes là.

- Partez, » rétorqua-t-il entre ses dents. « Je ne veux pas vous voir.

- Laissez-moi m'expliquer, s'il vous plaît. »

Le médecin ne répondit pas, et se laissa tomber lourdement sur un fauteuil. Que pouvait-il faire quand elle le suppliait ainsi ? Elle ne l'avait pas supplié ? Ah, il avait cru.

Il se rendit alors compte qu'une bonne part de sa colère s'était soudainement dissipée, et qu'il ne restait plus que la blessure, béante, qui ne demandait qu'à être refermée. Par qui ? C'était une blessure sentimentale, émotionnelle, et être un chirurgien n'aidait pas, dans cette situation. Donc par qui ? Oh, il voyait parfaitement le tableau : le médecin esseulé se laissant soigner par la belle Uhura. Foutaises. Ce n'était pas pour lui. L'amour n'était pas pour lui, il avait vu comment ça s'était terminé, la première fois. Nyota était jeune, jolie, avec l'avenir devant elle, bercée de rêves et d'ambition ; et lui, lui n'était qu'un médecin vieillissant, grognon et aigri, qui se condamnait à vivre avec sa plus grande peur. Comment cela pouvait-il marcher ? Quel que soit le sens dans lequel il tournait la chose, il ne voyait pas de solution. Rien ne les liait. Rien de particulier.

Ah, bien entendu, il fallait que ses sentiments soient réciproques, ce qui n'était pas le cas, parce qu'elle avait Spock. Spock, qui était toujours là où elle était, physiquement et abstraitement, sa présence, son esprit, semblant la suivre et l'accompagner partout. Ils semblaient plus unis qu'une paire, ils étaient un ensemble. Comment diviser un tout ?

« Attends, ''mes sentiments'' ? » Quand est-ce que c'était devenu si clair ? La veille encore, il se convainquait que ce n'était qu'un coup de cœur éphémère, et là, c'était devenu concret, quelque chose d'assez fort pour le blesser. C'était... Il était pitoyable.

« Leonard, ouvrez. »

McCoy redressa la tête et regarda la porte. Visiblement, sa recommandation de l'appeler par son prénom n'était pas tombée dans l'oreille d'un sourd. Elle avait compris qu'une émotion couvait, que quelque chose grandissait en lui, et que pour l'atteindre, il fallait jouer avec. Le médecin eut un soupir sarcastique, puis il s'avachit dans son fauteuil, appuyé sur l'accoudoir, la mâchoire dans la main. Bien, elle avait gagné.

« Entrez. »

La porte s'ouvrit immédiatement après, sur Nyota. Elle était seule. Sa robe lui allait divinement bien, elle épousait les courbes de son corps, sa taille, ses hanches, sa poitrine, sans être vulgaire ou déplacée. Ce n'était qu'une robe, et sa changeait tout. Leonard leva un regard douloureux vers elle, sans bouger, un rictus crispé sur les lèvres. Il affrontait son bourreau, et quel malchance c'était qu'il soit si séduisant.

Uhura s'avança, la porte se referma derrière elle dans un souffle discret. Elle regarda le médecin, longuement, détailla les émotions visibles sur son visage, dans sa posture pensive, puis se glissa jusqu'au deuxième fauteuil, et s'y installa. McCoy n'avait pas bougé, se contentant de la suivre du regard, de voir qu'au fond de ses yeux marron, il y avait du regret.

« Je suis désolée, » fit-elle doucement. « Je ne pensais pas que... Je ne voulais pas vous offenser.

- Pourquoi vous avez fait ça ? » lâcha Leonard sans cesser de la fixer, dans une tentative de la troubler, pour se venger d'avoir été blessé.

Nyota hésita, sembla chercher ses mots, elle regarda de biais, à droite, puis à gauche, évitant délibérément son interlocuteur, puis elle baissa la tête, penaude.

« Je pensais que ça vous permettrait de comprendre que vous n'avez pas à avoir peur. J'espérais que vous apprendriez à voir la beauté de l'univers, en quelque sorte.

- Ça partait d'un bon sentiment, » comprit McCoy. « Mais quand j'ai dit que personne ne devait être au courant, ce n'était pas par caprice.

- Je sais, je... » Uhura bougea sur le fauteuil, mal à l'aise, et Leonard se sentit au moins un peu victorieux de cela. « Je l'ai compris tout à l'heure, lorsque vous êtes parti. Je suis désolée. »

En voyant son expression navrée, sincère, McCoy se reprocha presque de lui infliger cela mais il parvint à se convaincre que c'était une contre-attaque justifiée. Il l'observa encore longtemps, sans rien ajouter, appréciant, au moins un peu, la façon dont tout cela agissait sur l'esprit de la jeune femme. Elle qui était si directe évitait de le regarder ; elle qui était si vaillante baissait les yeux ; elle qui était si forte semblait à présent fragile et vulnérable. Pourquoi ?

« Pourquoi faire tout ça pour moi ? Nous n'avons jamais été réellement proches, » dit-il soudainement, et l'air perdu et vexé que lui lança Nyota fut un peu satisfaisant. Au moins, il n'était pas le seul à être victime de ce qu'il ressentait.

« Nous le sommes, » répliqua-t-elle tristement. « Certes, j'ai encore beaucoup de choses à apprendre sur vous, mais ça ne change rien à l'affection que je vous porte, Leonard. »

Oh, bon sang. Si elle commençait à dire de telles choses...

Elle avait dit ''affection'', pas ''amour''. Bien sûr, elle avait Spock. Oh, qu'il parte, ce satané Vulcain ! Qu'il les laisse tranquille ! McCoy en avait assez de l'avoir toujours là, dans ses pattes. Il voulait pouvoir approcher Nyota sans penser à lui, sans avoir à mettre leur respect mutuel entre celle qu'il désirait et lui-même.

Tiens, où était passée la colère, la blessure, l'indignation ? Oh, au diable tout cela, ce n'était pas important.

« Leonard, » l'appela-t-elle. Elle attendait une réponse.

McCoy se pencha en avant, son regard plongé dans le sien.

« Vous ne devriez pas dire de telles choses... Nyota. »

Il la vit frémir lorsqu'il prononça son prénom, et ses paupières battirent en un très léger mouvement de satisfaction, si ce n'était de l'extase. Cela le frappa, et il réalisa qu'il était au bord du précipice, et qu'il était sur le point de perdre pied.

Non, Leonard avait ses envies, mais il avait aussi un sens moral, et celui-ci refusait qu'il touche à une femme qui n'était pas sienne. Il n'avait pas le droit ; alors, par respect pour Uhura, pour Spock, et pour l'amitié et l'affection qu'il éprouvait pour eux, il se contraignit à regagner son fauteuil, sous l'œil médusé de Nyota.

« Réflexion faite, il vaudrait mieux que vous partiez, » dit-il avec douleur. « Je ne peux et je ne veux rien faire tant que vous êtes avec lui.

- Quoi ? » souffla-t-elle d'un air vexé.

« Partez, s'il vous plaît. »

Oui, c'était mieux ainsi. Il n'aurait pas à se sentir coupable envers Spock, il n'aurait pas à regretter si tout cela n'était, finalement, qu'éphémère, et cela lui laisserait le temps d'assimiler tout ce qu'il venait de se passer.

Uhura sembla en être arrivée à la même conclusion, car elle se leva lentement, passa devant lui en laissant sa main caresser son épaule, son bras, sa main, puis elle se dirigea vers la porte et, sans un regard en arrière, quitta la cabine.

oOo

Le lendemain matin, alors que l'équipage de repos commençait à quitter l'Enterprise pour rejoindre Ivoris, Uhura, de service sur la passerelle, reçut une transmission de la base.

Plus tôt, en rejoignant son poste, plusieurs officiers l'avaient questionnée sur le comportement étrange du médecin dans le salon d'observation, mais elle avait éludé en disant qu'ils n'avaient pu en parler et qu'elle ignorait pourquoi il avait réagi ainsi. Au moins, la peur de McCoy demeurait secrète.

Kirk, de son côté, avait compris ce qu'avait ressenti son ami en entendant l'histoire d'Uhura, et il avait même été plutôt étonné en voyant qu'il avait tenu jusqu'à la fin du récit. Il l'avait d'ailleurs croisé lorsqu'il était venu reprendre les commandes du vaisseau, mais il n'avait pas eu le cœur à l'interroger de si bonne heure. Ainsi, le sujet fut enterré, et l'activité de l'Enterprise reprenait normalement.

Du moins, jusqu'à la communication, car la base leur transmettait une demande urgente d'intervention médicale sur la planète morte. A cause du congrès, la plupart des meilleurs médecins et des scientifiques étaient pris, et il ne restait que les infirmiers ou les stagiaires, ce qui était loin d'être suffisant pour une mission aussi importante et dangereuse. Car la vie n'était plus possible à la surface. L'air était chargé de souffre et atteignait des températures loin d'être supportables pour l'être humain. La base tirait son énergie de celle de la planète, on savait pour quelle raison.

« Prévenez l'infirmerie, » ordonna Jim en quittant son fauteuil, « et demandez plus d'information sur cette intervention. »

Nyota acquiesça, et lui délivra, quelques instants plus tard, le message envoyé par l'équipe au sol. Sur l'écran principal, apparut le visage dissimulé par une protection thermique d'un homme. Ses traits paniqués se devinaient à travers la vitre teintée.

« Urgence ! Le Lieutenant Mraley a été touché par une coulée acide ! Sa combinaison a fondu sur les trois-quarts du bras, et la substance s'attaque à sa chair. Urgence ! Nous demandons une intervention immédiate ! Attention, ne nous téléportez pas. Je répète, ne nous téléportez pas, l'acide pourrait attaquer les circuits.

- Voilà une mission pour notre cher médecin-chef, » commenta Jim. « Alertez la salle de téléportation 4, et envoyez le message à McCoy.

- Oui, Monsieur. »

Kirk se pencha à côté de Spock sur la console scientifique pour voir le résultat des scanners. Ce n'était pas bon : la gravité de la planète changeait régulièrement, imposant à ceux qui y étaient de faire très attention lorsqu'ils se déplaçaient, au risque de tomber dans une crevasse ou d'être rattrapé par une coulée de lave. McCoy n'aurait pas beaucoup de temps pour secourir Mraley, mais Kirk lui faisait entièrement confiance.

Quelques minutes plus tard, il vit sur l'écran principal son meilleur ami, emmitouflé dans une épaisse combinaison contre les rayonnements thermiques et radioactifs, une épaisse sacoche de matériel en bandoulière, monter sur l'un des plots de la salle de téléportation. Son air renfrogné indiquait qu'il n'était pas très heureux de descendre compte tenu de ce qui l'attendait, mais il fit sans attendre signe à l'ingénieur, qui activa le processus. Chaque molécule, chaque atome, fut enregistré, puis dispersé, et le rayon de l'Enterprise se braqua vers la planète.

Et rien.

Sur la passerelle, Spock se rapprocha vivement de ses écrans, comme s'il ne croyait pas ce qu'il y voyait, et un voyant lumineux rouge s'alluma sur la console des communications.

« Capitaine, j'ai perdu le contact avec le Docteur McCoy ! » s'exclama Uhura d'une voix blanche.

Kirk se retourna vivement vers elle. Son mauvais pressentiment revenait.

« Rétablissez-le.

- J'essaie !

- Capitaine. »

C'était Spock. Son regard, d'un noir insondable, portait une émotion palpable qui ne lui était pas habituelle lorsqu'il était de service. Jim sentit son estomac se nouer.

« Je n'ai plus la balise du Docteur.

- Quoi ? » souffla Jim.

« Elle a disparu.

- C'est impossible ! Cherchez mieux.

- Les coordonnées de sa téléportation auraient dû le mener à quelques mètres de l'équipe au sol, et voyez par vous-même. »

Spock se déplaça pour permettre à son capitaine de regarder directement les écrans de la console. Sur la planète, il n'y avait pas trace de la balise du médecin-chef, ni même celle de la combinaison, du communicateur, ou du phaseur. C'était comme s'il s'était évaporé.

Comment était-ce possible ? Les coordonnées étaient correctes, les systèmes de téléportation avaient été vérifiés par Scotty quelques semaines plus tôt, et ils n'avaient pas essuyé de dégâts qui auraient pu mettre à mal les circuits et les processeurs. Où était l'erreur, alors ?

Jim ne voulait pas penser à ce qui avait pu arriver à son ami. Il n'y avait que l'urgence de trouver le problème, et de le réparer, de ramener McCoy. Il gardait son sang froid, mais la précipitation le poussait à chercher avec ses officiers le moindre indice pour comprendre ce qu'il s'était passé. Puis, alors qu'il pianotait lui-même sur la console d'ingénierie, les portes du turbolift s'ouvrit sur un responsable de la sécurité accompagné d'un homme de la base portant l'insigne des communications. Kirk ne leur adressa pas même un regard, trop concentré sur sa tâche.

« Capitaine, » dit malgré tout le chargé de l'ordre. « Cette personne dit qu'elle a un important message à vous délivrer.

- Faites-le transmettre par voie informatique, je l'écouterai plus tard, » répondit Jim sans interrompre son intense activité.

- Je le voudrais bien, Capitaine, » intervint l'homme de la base, « mais ce n'est pas un message numérique, et si vous acceptiez de regarder, vous comprendrez à quel point il est urgent. »

Le ton condescendant de l'intrus fit grincer des dents Kirk, qui accepta de suspendre ses recherches pour les remettre à l'ingénieur de service. Contrarié, presque affolé à l'idée que Leonard ait pu être désintégré dans l'espace, il se redressa et se tourna vers lui. L'homme lui tendit ce qui ressemblait à une enveloppe, tamponnée d'un gros « important » rouge.

« Du papier ? Personne n'utilise plus de papier, de nos jours, » grogna Kirk en la prenant d'un geste un peu sec et nerveux.

« Je sais, mais ce message est en notre possession depuis près de quatre siècles.

- Et il m'est adressé ? »

Kirk ne connaissait personne sur cette base, personne qui utilisait du papier, et encore moins quelqu'un qui aurait vécu quatre siècles plus tôt. Est-ce que ce n'était pas une simple coïncidence ?

Remettant entre les mains de ses officiers la recherche de la balise de Leonard, Jim décacheta l'enveloppe, remarquant au passage que sur l'envers, l'inscription « à remettre au capitaine de l'USS Enterprise à la date stellaire 2262.59 » avait été tracée avec une vieille encre à moitié effacée. C'était à n'y rien comprendre. Comment un autochtone aurait pu prévoir qu'il serait là, sur ce vaisseau, à cette date ? Oh, il suffisait de lire la lettre, bien sûr, mais Jim se perdait dans la confusion de la situation.

Il déplia la missive, plissa les yeux en s'efforçant de se réhabituer à lire une écriture manuscrite et, après quelques instants, fut capable de lire ce qui était inscrit, notamment le nom en bas de la feuille. La surprise l'ébranla tant et soudain, qu'il manqua de tomber à la renverse.

« C'est Bones ! »


Faits parodiques utilisés :

"L'Enterprise va faire une vérification d'un avant-poste éloigné de scientifiques qui vont parfaitement bien."

"L'Enterprise transporte un VIP extraterrestre d'un endroit à un autre sans incident majeur."

Les paroles de la chanson d'Altaïr sont inspirée de celles de Solitaire de Marina the Diamonds, et le conte, de Véga et Altaïr, les deux étoiles à l'origine de la tradition de Tanabata, un festival japonais.


Et voilà ! J'espère que ce long chapitre vous aura plu !

J'ai pas mal hésité à développer plus la relation entre Nyota et Bones, mais j'ai pensé que c'était mieux si, pour l'instant, rien de bien concret ne se soit passé entre eux.

Aussi, pour ceux qui ne sont pas fans de M/M, j'espère que la façon dont Jim commence à voir Spock ne vous dérangera pas :D Pour vous rassurer, normalement, cette fiction restera assez soft. Pas plus qu'un rating K ou T, je pense.

Qu'est-ce que vous en avez pensé ? :3

A bientôt !