Voici le second chapitre et pour moi c'est toujours un plaisir de retrouver ces deux personnages que j'adore.
Un grand merci Barjy et Cello-no-Tenshi pour vos reviews, ça fait chaud au cœur à un point que vous ne pouvez imaginer. Quand aux autres, n'hésitez pas à laisser un petit mot, j'y réponds avec le même plaisir que je vous lis et c'est l'occasion d'échanges souvent sympathiques :)
On passe cette fois aux choses sérieuses, avec un rating M tout à fait justifié^^ En espérant que vous apprécierez.
Chapitre 2.
Benjamin avançait dans les allées entretenues avec soin, tentant, sinon de semer, au moins de distancer les agents chargés de sa protection. Organiser cette sortie à la dernière minute avait été un cauchemar de logistique, à plus forte raison que celui qui gérait cela mieux que tout le monde était justement indisponible. C'était l'une des choses qui lui manqueraient le moins lorsqu'il aurait quitté la Maison Blanche. Cette escorte d'une douzaine d'agents qui l'accompagnait partout. Il n'était jamais tranquille, ni ne pouvait prévoir quoi que ce soit sans prévenir personne. Bien souvent il se faisait la réflexion qu'il se serait volontiers contenté de la présence seule de Mike, mais son staff n'en démordait pas. Et aujourd'hui plus que jamais, alors qu'il était dans un cimetière pour montrer son soutien à son ami, il avait l'impression que le cirque était de sortie en ville. Bonjour la discrétion !
Pourtant il tenait à être ici, même si c'était bref. Parce que jusque-là il n'avait pas fait grand-chose suite à ce deuil soudain qui avait frappé Mike. Envoyer un simple mail de condoléance avait été un parcours du combattant. Parce que chaque assistant, chaque secrétaire, lorsqu'il avait demandé l'adresse mail de Banning, s'était proposé de rédiger à sa place quelques mots. Il avait dû batailler pour le faire lui-même. Apparemment on l'estimait capable de diriger un pays, mais pas d'écrire seuls sa correspondance privée. Et quand il avait ensuite émis le souhait de se rendre à l'enterrement, on avait trouvé toute sorte d'objections pour le faire changer d'avis. Mais il avait négocié avec des chefs d'état retords, avait tenu la bride à des généraux qui n'en faisaient qu'à leur tête, imposer ce point de vue n'avait été qu'un bras de fer de plus, or il commençait à être bon à ce petit jeu. Il n'aurait de toute façon pas fait marche arrière, c'était bien trop important pour lui.
Le lendemain après leur dîner, qu'il avait trouvé plus réussi que prévu, parvenant à se mettre à nu comme il ne l'avait plus fait depuis qu'il était veuf, Benjamin avait été désappointé de ne pas voir Banning prendre son service. Entre deux réunions, et même pendant parfois, ce qui témoignait de l'attachement qu'il ne pouvait nier à son égard, il s'était interrogé sur sa conduite de la veille, cherchant le détail qui aurait pu faire fuir son ami. Ce fut finalement la mine grave de certains membres de son équipe, tandis qu'ils parlaient entre eux à voix basse, qui lui avait permis d'envisager une autre explication. Il s'était donc décidé à interroger son assistante, qui lui avait appris que Mike venait de perdre sa mère.
Benjamin s'était senti tout bête à s'être imaginé responsable de ne pas l'avoir à ses côtés, alors même que son ami traversait un moment difficile. N'osant l'appeler et bafouiller quelques formules toutes faites qui seraient plus embarrassantes qu'autre chose étant donné les récents évènements entre eux, il avait dû faire des pieds et des mains pour pouvoir envoyer un simple mail. Qu'il avait recommencé plus de fois qu'il n'avait pu le compter, soit dit en passant. Il n'avait obtenu aucune réponse mais ne s'en était certainement pas formalisé. C'était au contraire ce qui l'avait incité à venir aujourd'hui, parce qu'imaginer Mike, qui était si présent pour lui, seul pour traverser cela, ou en tout cas sans lui à ses côtés, était trop douloureux. Qu'il ne soit qu'un soutient lointain, à peine une présence banale, importait peu, il voulait juste être là, même si cela ne comptait pas réellement.
Alors il était là, restant en retrait de l'assistance accablée, pour ne pas leur imposer les agents qui ne le lâchaient pas, fixant son regard sur Mike, qui n'avait jamais semblé aussi grave, lèvres pincées, yeux humides, comme s'il portait toute la misère humaine sur ses épaules. Près de lui, Leah remplissait dignement son rôle d'épouse, lui tenant la main, cette même main qui avait étreint celle de Benjamin quelques jours auparavant seulement. Un instant celui-ci ressenti l'envie d'être à la place de la jeune femme, près de Mike dans cette épreuve, mais également dans la vie quotidienne, réconfortant, écoutant, comme l'autre homme l'avait fait pour lui récemment.
Il se força pourtant à se sortir très vite cette idée de la tête, si habituellement elle était déjà déplacée, à cet instant, dans ce contexte, c'était encore pire. D'autant que c'était une perte de temps, puisqu'il était incapable de faire face à ses sentiments, et pas seulement parce que Mike était marié, mais plus simplement parce que lui-même n'avait aucune idée de ce qu'il voulait. Après la mort de Margareth, il avait choisi de mettre sa vie privée de côté, une façon de protéger son cœur durement malmené. Pour son travail, c'était de toute façon le plus simple et puis il n'imaginait pas une seconde pouvoir trouver une nouvelle compagne aussi tolérantes quant à certaines de ses… tendances. S'oublier dans ces conditions était apparu comme la meilleure des solutions. Et cela s'était avéré ne pas lui en coûter énormément.
Aussi, ce qu'il éprouvait pour Mike ces derniers mois était déstabilisant. Il avait oublié ce que cela signifiait d'être attiré, séduit, par quelqu'un. A plus forte raison par un homme qu'il connaissait depuis tant d'années. Pourtant c'était ainsi. Même maintenant, accablé de tristesse, Banning restait terriblement attirant.
Le Président se força à détourner le regard, se refusant à se montrer trop insistant dans son examen de son ami, voulant tout sauf être surpris. Il promena plutôt les yeux sur son environnement. Il n'aimait pas cette lumière rendue trop vive à cause du soleil. A ses yeux un enterrement ne devait pas avoir lieu une journée ensoleillée. C'était indécent pour les personnes touchées par le drame, qui se voyaient cruellement rappeler que la vie réservait encore de belles journées, à un moment où l'avenir semblait bien morose.
C'était là un avis purement personnel et Benjamin avait été soulagé qu'il pleuve pour les funérailles de Margareth. Il avait eu l'impression alors que cette journée de cauchemar avait été presque supportable. Et détail non négligeable, il avait pu se dissimuler sous son parapluie, n'ayant ainsi pas à affronter le regard de l'assistance.
Pour sa part, Mike à cet instant y faisait face courageusement et il le respectait pour cela.
Près de lui, l'assistante d'Asher, qui avait tenu à l'accompagner, se rapprocha sensiblement.
- Monsieur, il faut y aller. Le premier ministre canadien sera là d'ici une heure.
L'interpellé hocha la tête en étouffant un soupir. Quelque soit le moment, ses fonctions avaient le don de se rappeler à lui, ne lui laissant guère de répit. En général il appréciait cela, c'était pratique pour éviter de s'apitoyer sur son sort. Aujourd'hui c'était plutôt une corvée, tant il aurait voulu rester auprès de Mike, même si tout ici démontrait que ce n'était pas son rôle.
Il lança un dernier regard à son ami et fut heureux de le voir lever les yeux vers lui. C'était ce qu'il avait secrètement espéré en venant ici, que le principal intéressé remarque sa présence et n'ait aucun doute quant à son soutient dans ce moment délicat. Mike lui adressa un sourire triste, auquel il répondit par un bref hochement de tête. Puis il se força à suivre son équipe, qui déjà s'agitait.
Dans la soirée, quand il eut l'occasion de consulter rapidement sa messagerie privée, un luxe qu'il s'autorisait rarement tant sa vie privée était désormais proche du néant, ce fut pour constater que Mike venait de répondre à son mail. Juste un simple "Merci", mais qui avait plus de sens que tous les longs discours. Benjamin fixa longtemps l'écran, un sourire heureux sur les lèvres.
ooOoo
Quelques jours plus tard, Mike reprit le travail. Il n'en pouvait plus de rester à la maison à ressasser sa peine et voulait s'occuper. Son père était rentré chez lui, avec la promesse de venir le voir rapidement, et la présence quasi-constante de Leah commençait à l'étouffer. Non pas qu'il lui reproche quoi que ce soit d'ailleurs, elle venait d'être un soutien inestimable, mais au fond de lui, il avait eu l'impression qu'elle forçait, qu'elle faisait ce qu'elle avait à faire en tant qu'épouse, qu'elle jouait un rôle. Il lui en était reconnaissant, tout en trouvant cela injuste autant pour l'un que pour l'autre, à l'image de leur mariage depuis un bon moment déjà. Bien avant son attirance pour Benjamin, bien avant la naissance de Lynne. Acheter une maison, faire un enfant… Des étapes naturelles pour un couple, qu'ils avaient franchi en pensant que cela aiderait à arranger les choses entre eux. Chacun se persuadait depuis lors que cela fonctionnait, mais maintenir cette illusion leur en coûtait de plus en plus.
Pour cette raison parmi tant d'autres, ce n'était pas bien difficile de se consacrer dorénavant à son travail et par extension à Asher. Des grandes décisions devraient être prises rapidement avec Leah, il lui fallait une bonne dose de courage pour seulement l'envisager, un courage dont il se sentait démuni à l'heure actuelle. Aussi était-il heureux de reprendre le collier, un moyen de se sortir ses interrogations de la tête. D'autant qu'il avait hâte de retrouver Benjamin.
Il n'en avait parlé à qui que ce soit, mais l'avoir vu pendant l'enterrement l'avait touché. Qu'il se soit donné la peine de se déplacer au milieu d'une journée très certainement chargée était une attention que Mike trouvait importante. Ainsi, ils étaient sur un pied d'égalité, toujours là l'un pour l'autre, même brièvement. Voilà qui le réconfortait dans l'idée que ses sentiments étaient peut-être bien réciproques. Ce qui était totalement terrifiant quant à ce qui pourrait se passer. Pourtant il n'envisageait plus de reculer.
Dans ce but, dès qu'il arriva il fila vers le bureau de Benjamin. Sa secrétaire l'accueillit avec un sourire triste.
- Toutes mes condoléances Michael.
C'était bien la seule à lui donner du Michael, mais c'était justement ce qu'il appréciait. Proche de la retraite, suivant Asher depuis son entrée en politique, elle traitait chaque personne pénétrant dans son bureau comme si elle était unique. Entre cette tendance et le dévouement sans faille dont elle faisait preuve à l'égard de son patron, c'était une femme pour laquelle Mike avait énormément d'estime. Benjamin avait eu le nez creux concernant son entourage.
- Merci Madame Waterston, ça me touche.
- Je suis sûre que personne n'aurait trouvé à y redire si vous vous étiez accordé quelques jours supplémentaires.
- Vous me connaissez voyons, c'est ici que je suis chez moi, il n'y a nulle part ailleurs où j'irais mieux.
Ce qui n'était que trop vrai, alors même que son foyer était ailleurs pourtant. C'était cependant un détail sur lequel il s'était arrêté suffisamment souvent pour ne pas avoir envie de recommencer à cet instant. Il indiqua plutôt d'un signe du pouce la porte close derrière laquelle se trouvait le bureau ovale.
- Il est là ? s'enquit-il.
- Il était là avant même que j'arrive. Il va se tuer à la tâche, dit-elle avec un soupir sincèrement préoccupé. Mais il sera content de vous voir.
Assis derrière son bureau, lunettes sur le nez, Asher était au téléphone quand Mike entra dans la pièce. Il le salua d'un geste de la main alors qu'un mince sourire naissait sur ses lèvres.
- Deux minutes, articula-t-il silencieusement en lui faisant signe d'entrer.
Pas spécialement pressé de toute façon, Mike attendit tout en observant son ami. Les cheveux ébouriffés, la cravate desserrée, les yeux rougis, malgré l'heure bien matinale Benjamin semblait déjà épuisé, ce qui en disait certainement long sur la nuit qu'il venait à nouveau de passer. Décidément, Mike n'aimait pas ça. Pourtant à son arrivée il avait vu son regard s'éclairer, confirmant ainsi qu'il était à sa place à ses côtés.
Asher raccrocha enfin et se leva en retirant ses lunettes.
- Désolé, dit-il, c'était plus long que prévu. Le gouverneur du Kansas fait face à un scandale sordide et voudrait mon soutient.
- Celui qui avait demandé votre démission à la mort de Margareth ? interrogea Mike en fronçant les sourcils.
- Oui. L'audace de certains me surprend moi aussi, nota Benjamin avec un petit rire, avant de redevenir sérieux presque immédiatement. Je ne pensais pas vous voir ici aussi rapidement.
- Comme à peu près toutes les personnes que j'aie croisées depuis mon arrivée.
- A juste titre. Je sais que c'est dur à imaginer, mais on s'en sort parfaitement sans vous, ironisa le Président. Blague à part, vous devriez un peu vous occuper de vous.
- Je vais bien, Monsieur. Et je vous assure que je suis exactement là où je dois être. Je n'avais pas envie de rester chez moi à ruminer. Vous êtes bien placé pour comprendre cette nécessité à se remettre au travail.
- Si vous en êtes certain… Vous êtes évidemment le bienvenu. On s'en sortait mais… disons que vous m'avez tout de même manqué. Ce que je nierai avoir dit, même sous la torture.
Mike rit de bon cœur, se voyant du même coup confirmé qu'il avait eu raison de venir.
- Benjamin, je tenais à vous remercier pour votre présence à l'enterrement.
- J'aurais voulu rester plus longtemps, mais j'ai beau être le patron ici, j'ai des collaborateurs tenaces qu'il est difficile de faire plier.
- Peu importe. J'ai apprécié l'intention. Mon père également.
- Ce n'est pas grand-chose au regard de ce que vous faites pour moi au quotidien. Et je ne parle pas sur un plan professionnel bien sûr.
Mike baissa les yeux, se demandant où ils allaient. Il y avait clairement quelque chose entre eux, mais entendre Benjamin parler ainsi rendait tout plus tangible, comme si ce que lui soupçonnait était bel et bien inévitable. S'il avait cherché à provoquer quelque chose de ce genre, il ne pouvait pourtant pas s'empêcher de se demander à présent si cela avait été une si bonne idée. Pas le concernant, lui n'avait aucun doute. Il était attiré par cet homme et prêt à prendre tous les risques pour lui. Mais Benjamin ? Celui-ci était si vulnérable, savait-il ce qu'il voulait réellement ? Méritait-il d'être entraîné sur une voie sans retour possible ensuite ? Mike ne voulait pas être celui qui l'entraînerait là-dedans, il lui avait fait assez de mal dans le passé.
Ce fut finalement Benjamin lui-même qui régla la question. Comblant les quelques centimètres qui les séparaient tandis que Mike, surpris, relevait la tête, il se planta devant lui, sembla n'hésiter qu'une seconde puis posa ses lèvres sur celles de Mike. Ce dernier, s'il fut étonné, agréablement étonné, se contenta de fermer les yeux tout en retenant difficilement le gémissement de satisfaction qui monta en lui. Le baiser ne dura que quelques instants, mais effaça jusqu'à ses derniers doutes. Plus d'interrogations à avoir, ils étaient définitivement en phase, voulaient la même chose.
En se reculant ensuite, Benjamin lui sourit timidement, l'air tout à coup gêné.
- Ok, dit-il, en passant rapidement la langue sur sa lèvre inférieure. Histoire que ce soit clair, je n'ai pas la moindre idée de la raison pour laquelle j'ai fait ça.
Mike eut un petit rire nerveux, la seule chose qu'il trouva pour faire baisser la tension entre eux. Puis il leva la main, la porta à la joue de son ami, qu'il caressa brièvement. Ce fut lui cette fois qui initia le second baiser. Les deux hommes s'étreignirent tandis que leurs langues se mêlaient.
- Comme ça on est quitte, s'amusa l'agent en s'éloignant lorsque la voix de Madame Waterston raisonna dans l'interphone. Vous êtes occupé, on se verra plus tard.
- Merci Mike, fut tout ce qu'il entendit tandis qu'il quittait la pièce.
ooOoo
Le lendemain, alors que le soleil tapait déjà fort de bon matin, Benjamin, avec l'impression qu'il allait y laisser sa peau, tentait tant bien que mal de garder le rythme et suivre Mike, qui courrait quelques mètres devant lui, se retournant régulièrement pour l'encourager d'un ton moqueur. Benjamin aimait son jogging matinal, l'une des rares habitudes qu'il avait conservée depuis son arrivée à la Maison Blanche, mais aujourd'hui cela s'apparentait davantage à de la torture. Outre la chaleur ambiante, il payait surtout ses récentes mauvaises habitudes alimentaires – il n'avait pas fait un repas correct depuis son dîner sans fioriture avec Mike – et son manque de sommeil. Ses cauchemars l'avaient laissé tranquille ces dernières nuits, ce qui était au moins un net progrès. Ce qui l'aurait été davantage si autre chose ne l'avait tenu éveillé et rien de vraiment plus confortable en prime. La nuit dernière, outre ses drôles de sentiments comme toujours ces derniers temps, il avait ressassé sans fin les évènements de la matinée, s'interrogeant notamment sur les raison qui l'avaient poussé à embrasser Mike. La réflexion avait été longue, il n'avait pas de réponse pour autant.
Seule consolation au milieu de tous ses doutes, la réaction de Mike. Celui-ci, non seulement ne l'avait pas rejeté, mais en avait rajouté une couche en l'embrassant à son tour. Pas que cela règle le problème d'ailleurs. Benjamin aurait presque préféré un rejet en bonne et due forme. Il aurait repris sa vie, pour peu qu'il en ait encore une, se serait replongé dans le travail et serait resté fidèle à la mémoire de Maggie. Alors que si Mike partageait son attirance…
Benjamin n'était pas du genre à jouer les martyrs, mais il doutait pouvoir prétendre à une vie normale, une relation satisfaisante. Pas avec sa culpabilité permanente. Il se sentait responsable de tant de morts, il devait payer pour cela. Quelle meilleure façon pour se faire qu'en cultivant sa frustration ? D'autant qu'il y était habitué. Il en pinçait pour Mike depuis… eh bien pratiquement depuis qu'ils travaillaient ensemble. C'était d'ailleurs l'une des raisons qui l'avait conforté dans son choix de le tenir éloigné à la mort de Margareth. Ainsi il échappait à une tentation quasi permanente. A mesure qu'il faisait son deuil, l'absence de son ami se faisait plus douloureuse, il appréciait ce sentiment.
Et puis en toute honnêteté, il ne pouvait s'offrir le luxe de tomber amoureux de Banning, pas avec la fonction qui était la sienne. Un Président homosexuel ? Et puis quoi encore ? Un Afro-américain, ça semblait naturel, une femme, ça viendrait tôt ou tard, les Américains étaient prêts, mais un homo… Bonjour le scandale. Il avait déjà assez de mal parfois à trouver un terrain d'entente avec certaines nation prétendument alliées, si ça vraie nature était révélée, il pouvait tout aussi bien démissionner dans la seconde, parce qu'il n'aurait plus beaucoup de crédibilité. Non pas qu'il soit d'accord avec cette idée, mais il ne pouvait pas y faire grand-chose.
Il ferait donc ce qu'il avait toujours fait le mieux, dissimuler sa véritable nature, ses vrais désirs, une routine depuis bien des années. Et tant pis si la présence permanente de Mike le mettait à la torture. Il était le Président nom de dieu, pas un petit puceau en chaleur, il ne pouvait se permettre de penser avec son cœur, ou toute autre partie de son anatomie moins avouable, pas le temps pour ça. Mike lui en voudrait probablement, à juste titre étant donné ce qu'il avait fait la veille, mais tout comme lui, il était adulte et responsable, il saurait lui faire entendre raison. Et dans le cas contraire… eh bien il ne donnerait pas cher de leur collaboration. Ce qu'il voulait éviter à tout prix, Mike ne méritait pas d'être relégué dans un bureau anonyme une seconde fois, d'autant qu'ils faisaient du trop bon travail ensemble.
Quelques mètres devant lui, Banning s'arrêta enfin, revenant vers lui, souriant, en sueur mais à peine essoufflé. Un bref instant, à peine une seconde avant de reprendre ce rôle qu'on attendait de sa part, Benjamin songea qu'il n'aimerait rien de plus que relever le défi de parvenir à l'essouffler d'une toute autre façon qu'en courant, parce que dans son fantasme ils avaient l'un et l'autre bien moins de vêtements et de monde autour d'eux. Voir Mike perdre enfin de sa superbe, l'entendre le supplier… Benjamin dut se mordre la lèvre pour se reprendre et éviter de s'exciter inutilement avec ce genre d'images.
- Commandant en chef des armées, mais incapable d'assurer sur quelques miles, pas de quoi montrer l'exemple, s'amusa Mike.
- Heureusement il y a une autre activité physique pour laquelle j'ai davantage d'endurance.
Les mots étaient sortis avant même qu'il les pense et le laissèrent mortifiés. Il serait peut-être bien utile que quelqu'un rédige ses discours pour sa vie privée également… Cependant une fois de plus la réaction de Mike, en plus de continuer à le surprendre, le mit à l'aise. Son ami en effet souriait un peu plus, le fixant de ses yeux pétillants.
- Je ne demande qu'à voir. Car après tout, je rester votre partenaire attitré, quelque soit le sport pratiqué.
Ils flirtaient, à quelques mètres seulement du reste de son équipe de sécurité, alors que Mike était marié et lui s'était promis de laisser cet aspect de sa vie loin derrière lui, remisée au placard. C'était dangereux, pour sa carrière, pour la famille de Mike, et pourtant il adorait ça et ne s'était pas senti à ce point excité depuis un bon moment.
Ils finirent le bref trajet jusqu'à la Maison Blanche en marchant. Normalement Mike aurait insisté pour que le Président remonte en voiture, qu'il ne s'expose pas inutilement s'il avait fini de courir, mais pas cette fois. C'était agréable de pouvoir continuer à bavarder sans oreilles indiscrètes qui traînaient.
La situation ceci dit aurait pu être encore plus parfaite sans la voiture qui les suivait de près et la dizaine d'agents qui les accompagnaient. Tous à une distance raisonnable, mais bien là quand même.
Benjamin ne pouvait s'empêcher de se demander s'il retrouverait jamais une vie normale, ce qui simplifierait quand même sacrément les choses. Mais il n'aurait alors plus eu que sa conscience pour l'empêcher de se jeter sur l'autre homme afin de l'embrasser brutalement. Pas sûr que cela l'aurait retenu tant il en avait envie depuis les baisers de la veille. C'était donc aussi bien ainsi.
Mais lorsqu'ils furent arrivés à destination, ses résolutions, aussi censées lui apparaissaient-elles, furent difficiles à tenir. Mike, les cheveux encore humides de sueur, son tee-shirt très près du corps, était un appel à la luxure.
- On se revoit d'ici une heure Monsieur. L'itinéraire est prêt pour aller à cette inauguration, mais je ne serais pas contre arriver en avance.
Pas surpris par ces changements de plans qui étaient dans ses habitudes, Benjamin étaient plutôt épaté par la capacité de son ami à se montrer à nouveau aussi professionnel en quelques instants. Une seconde plus tôt ils plaisantaient, tenaient des propos parfois plus qu'à double sens et voilà qu'il lui redonnait du Monsieur et parlait boutique. Cet homme était décidément unique. Tout autant d'ailleurs lorsqu'il s'évertuait chaque jour, après leur séance de sport, à repasser chez lui pour se doucher.
- Mike, franchement, pourquoi faire la route tous les jours ? Il y a tout ce qu'il faut à la résidence. Plusieurs salle de bain pour les invités alors que je ne reçois jamais personne… Ce serait bien que l'une d'entre elles servent.
Ce n'était décidément pas une bonne idée, il le savait pendant qu'il prononçait ces mots, il ne pouvait pourtant pas s'en empêcher. Qu'il soit damné, mais il en avait marre de réfléchir, se prendre la tête pour ce qui était pourtant censé être l'une des plus belles choses au monde.
Mike était manifestement de son avis, puisqu'il s'empressa d'accepter. Il se passerait ce qu'il se passerait et au diable le bon sens.
La résidence était le seul endroit de la Maison Banche où Benjamin avait un semblant d'intimité. Pas de caméras, aucun agent dans les pièces à vivre… c'était presque une vraie maison. Si seulement il n'y était pas aussi seul. Depuis le départ de son fils il ne se sentait plus à sa place nulle part.
Connor l'avait senti bien sûr et avait proposé de faire ses études sur place, rentrer chaque soir auprès de lui. Benjamin avait évidemment refusé. Comme il aurait voulu dire oui, mais il n'avait pas fait un enfant pour le garder à ses côtés. Connor devait vivre sa vie, tant pis si son père demeurait seul. Alors ils avaient fait au mieux et Benjamin ne regrettait rien. Bien au contraire, il était fier de son fils, sa plus belle réussite.
Il regrettait simplement parfois s'être oublié en court de route. Et surtout ne pas s'estimer en droit de réparer cette erreur pour une putain de culpabilité.
Un peu plus tard, après s'être lui-même douché et changé, Benjamin buvait un verre d'eau dans la petite cuisine, lorsque Mike le rejoignit, sexy en diable dans son costume ajusté.
- Ça aide d'être désorganisé, s'amusa le brun, ça faisait des jours que j'avais cherché mes costumes chez le teinturier et ils étaient restés dans la voiture.
- Rappelez-le à Leah la prochaine fois qu'elle vous le reprochera.
Mouais, parler de l'épouse de l'homme qu'il ne souhaitait rien de plus que séduire était une très mauvaise idée. Benjamin sentit le peu de motivation qu'il avait réussi à rassembler fondre comme neige au soleil. Il avait horreur de se sentir aussi lâche, ce n'était tellement pas son genre.
- Je ne suis pas là pour parler d'elle, intervint Mike.
Cette réflexion arrivait à point nommé. Etant donné les circonstances ça n'aurait pas dû être pris comme excuse, mais c'était le signe que définitivement Mike voulait la même chose. Pas qu'il en doute encore vraiment, mais un dernier coup de pied au cul ne faisait pas de mal.
Alors pour la première fois depuis des années, Benjamin ne pensa plus rationnellement et se montra égoïste, ne songeant qu'à lui, aussi parvint-il enfin à agir enfin. Il plaqua Mike contre le comptoir le plus proche et l'embrassa vivement, y mettant toute sa frustration, tout le désir qu'il le rongeait. Comme prévu, comme espéré surtout, son compagnon ne fut pas en reste, l'attirant plus près de lui, mêlant sa langue à la sienne, mordillant sa lèvre…Benjamin cette fois ne chercha même pas à retenir son gémissement de plaisir. Il aimait ça et il se sentait d'assurer, d'assumer.
Rapidement pourtant, l'éteinte ne lui suffit plus. Il avait mis si longtemps à se décider, à présent il lui semblait impossible de perdre davantage de temps. Il voulait Mike, tout entier, tout à lui. Alors il glissa les mains sous sa veste, tirant sur la chemise pour parvenir à toucher la peau en-dessous. Quand il atteignit son but, il sentit son cœur s'accélérer. Il ne pensait plus à rien en dehors de cet épiderme doux et chaud, qui frissonnait sous ses caresses.
Alors qu'il progressait sur les flancs, il lâcha la bouche de Mike, ses lèvres se perdant dans son cou, le suçant avec gourmandise. L'autre homme grogna son plaisir, mais lorsque le Président glissa un genou entre ses jambes qu'il força à s'écarter, il le repoussa gentiment.
- Doucement cow-boy ! dit-il d'un ton tendre qui démentait une intervention qui aurait pu sonner comme une sentence. Tu te décides après tout ce temps et subitement tu peux plus t'arrêter… Ben, je t'ai déjà dit à quel point tu étais une énigme pour moi ?
Benjamin baissa les yeux en secouant la tête. Entendre Mike le tutoyer, utiliser son surnom… ça effaçait presque sa déconvenue d'avoir été repoussé. Presque. Parce que Mike avait réussi à mettre le doigt là où ça fait mal.
- Je ne me comprends pas moi-même la plupart du temps, avoua-t-il à voix basse. Je sais juste que j'en avais terriblement envie, depuis un bon moment.
- Et ça me va parfaitement. Mais tu aurais pu agir plus tôt, j'avais pourtant tout fait pour montrer que j'étais pas contre. Pourquoi avoir hésité aussi longtemps ?
- J'ai mis du temps à comprendre les signaux. Et plus longtemps encore à comprendre ce que moi je voulais. Quant à se jeter à l'eau… Tu as conscience que si quelqu'un était entré ici il y quelques minutes, s'en était probablement fini autant de ma carrière que ton mariage ?
- Y a un moment que mon mariage est dans l'impasse. Concernant ta carrière, on fera ce qu'il faut pour être discrets.
Mike s'interrompit un instant pour le fixer intensément, comme s'il cherchait une réponse.
- Si c'est ce que tu veux, rajouta-t-il, incertain.
Benjamin se sentait dans la peau d'un gamin hésitant et il n'aimait pas cela. A plus forte raison qu'il n'était pas le seul impliqué sur ce coup, Mike ne méritait certainement pas sa tendance à faire un pas en avant puis deux en arrière.
- C'est ce que je veux !
Le ton ne laissait pas place au doute, mais cela aurait eu plus d'effet s'il n'avait pas détourné le regard au dernier moment.
- Mais, malgré le fait que tu étais à deux doigts de me déshabiller il y a pas cinq minutes, tu préfères qu'on y aille doucement, devina Mike.
Benjamin eut un petit rire pitoyable.
- Eh bien oui, on est déjà d'accord sur le fait que j'étais difficile à comprendre.
- Et tu viens de le confirmer. Je suis pas contre, j'aime relever les challenges.
Attirant Benjamin à lui, Mike leva son visage vers lui et joua du bout du pouce avec la fossette sur son menton, comme il rêvait de le faire depuis tellement longtemps, provoquant du même coup un petit sourire où pointait la satisfaction. Puis il déposa un baiser sur ses lèvres avant de s'éloigner.
- Je vous retrouve dans une demi-heure pour nous mettre en route, Monsieur.
Asher éclata de rire, appréciant l'initiative. Cet homme lui facilitait décidément grandement la tâche.
- Mike, si vous êtes libre ce soir, j'aimerais que vous dîniez avec moi. Je vous promets mieux que des sandwiches cette fois.
- Etant donné que vous avez votre chef personnel je ne me sens pas particulièrement honoré de l'initiative. Mais c'est entendu, je serai là.
Avec un clin d'œil, l'agent quitta la pièce. Benjamin se passa la main dans les cheveux, rajusta sa cravate et se mit en route à son tour pour affronter sa journée. Pour la première fois depuis un moment, il se sentait particulièrement léger, malgré le chemin qu'il lui restait encore à accomplir.
ooOoo
Pour ce second dîner informel, Benjamin conduisit Mike dans la cuisine privée de la résidence. Celui-ci apprécia l'attention, trouvant l'endroit intime, presque comme s'ils se trouvaient dans une maison lambda. Seule ombre au tableau, Benjamin semblait nerveux tandis qu'ils mangeaient. Alors comme à son habitude, Mike fit de son mieux pour l'apaiser.
- J'ai laissé entendre en arrivant que nous devions travailler sur toute la sécurité pour votre prochain voyage officiel à Londres. Etant donné ce qu'il s'est passé la dernière fois, c'est une excuse crédible et personne ne se posera de question quant à cette rencontre tardive.
- J'apprécie. L'essentiel c'est d'éviter à tout prix aux rumeurs de naître. Parce que si une seule personne soupçonne quoi que ce soit… Les ragots, même sans réel fondement, c'est comme un virus, ça se transmet aussi vite.
- On fera ce qu'il faut, assura Mike. D'ailleurs, histoire de rendre crédible mon excuse, il faudra vraiment qu'on se concentre sur ce prochain déplacement à Londres…
- Je n'ai pas la moindre envie d'y aller, soupira Benjamin. Pas que j'ai peur qu'on revive la même chose, mais ça risque de raviver des souvenirs douloureux…
- Alors n'y va pas. Tout le monde comprendrait que tu annules.
Benjamin secoua la tête d'un air pitoyable, tout en jouant avec sa fourchette.
- Mon équipe pense que ma présence à l'inauguration des bâtiments restaurés sera bien vue. Et puis… il serait temps que j'affronte mes démons.
Nous y voilà, songea Mike, en l'encourageant d'un signe de tête. Il y avait encore bien des choses à dire, une fois débarrassé de la corvée la suite coulerait certainement de source.
- Tu es le premier à qui je l'avoue, j'ai crevé de trouille là-bas, quand j'étais entre leurs mains, avec ce fanatique qui ne pensait qu'à m'exécuter devant tout le monde. Tout comme lorsque j'étais ici, dans le bunker, avec cet autre fou qui voulait raser tout le pays. Putain, à croire que j'attire les tarés sanguinaires. Et ils ont réussi à me traumatiser.
- C'est bien normal. C'était deux sacrés épreuves…
- Mais tu avais l'air tellement sûr de toi de ton côté, comme si c'était de la rigolade pour toi.
- C'est mon boulot. Je serais plutôt du genre à flipper si je devais prendre la parole devant le Sénat.
- C'est parfois presque aussi dangereux, s'amusa le Président avant de se murer dans le silence.
Mais Mike, non seulement n'était pas dupe, mais certainement pas du genre à renoncer facilement en prime.
- C'est pas tout, n'est-ce pas ? lança-t-il innocemment. Ta peur, compréhensive, n'est que la partie émergée de l'iceberg. Tout comme la mort de ta femme.
- Je ne t'ai pas fait venir pour une thérapie.
- Conseil d'ami si tu préfères. Allez Ben… J'ai envie de la bagatelle tout autant que toi, mais on sait tous les deux que tant que tu n'auras pas mis des mots sur tes angoisses, tu ne seras pas capable de te laisser aller. Et les cauchemars continueront.
- Qui te dit que j'en fais encore depuis la nuit où tu m'as surpris ?
La tentative était pitoyable, mais Mike admira la pirouette, quoi que sans s'en laisser conter.
- Mes hommes te sont peut-être dévoués, mais ce sont avant tout mes hommes. Ils me rapportent régulièrement tes habitudes nocturnes depuis que j'ai pensé à le leur demander. Alors je sais que rien ne change et à ce propos, j'apprécierais que tu arrêtes de leur demander de me mentir.
- Apparemment je me donne du mal pour rien à ce sujet. A se demander qui est le patron ici, tenta vainement de plaisanter Benjamin.
- Ils s'inquiètent pour toi. Tout comme moi.
- Exactement ce que je ne veux pas.
Benjamin s'interrompit un instant en soupirant avant de planter ses yeux dans ceux de l'autre homme, l'air tout à coup sûr de lui.
- Tu veux que je parle, alors je vais parler. Je vais même tout déballer. Mais ensuite… ensuite je veux que tu m'embrasses, parce que c'est la seule façon que j'aurais pour arrêter d'y penser.
- Marché conclu !
- Ouais, en même temps c'est pas comme si c'était un grand sacrifice que je te demandais.
- C'est ton idée, nota Mike en riant. Allez, je t'écoute.
C'était touchant de le voir ainsi dans ses petits souliers, alors même qu'habituellement il semblait si sûr de lui, réalisa Mike.
- Je n'arrête pas de penser à tous ses hommes, morts par ma faute.
- Oh Benjamin, on a déjà eu cette conversation. Ce sont les enfoirés qui nous ont attaqués qui sont les seuls responsables. Tu as beau être le Président, personne n'attend de ta part que tu contrôles tout.
- C'est ce que je devrais être capable de faire pourtant. Mais même si j'ai été dévasté par toutes les pertes civiles, autant ici même à Washington qu'à Londres, je sais que je n'y suis pas pour grand-chose. C'est plutôt à tous les agents qui sont morts en service pendant ces attaques que je songe.
- C'est donc ça… On sait tous, chacun d'entre nous, dans quoi on s'engage quand on met les pieds ici. On a signé pour ça.
- Mais tant de morts, juste pour moi… Quand on était à bord de Marine One au-dessus de Londres… C'est une scène qui revient régulièrement alors que j'essaie de m'endormir. Cette scène… Notre pilote a demandé au pilote de Marine Deux de se sacrifier pour protéger notre appareil et l'autre a juste répondu "Bien reçu" avant d'obtempérer, sans une once d'hésitation, comme si on lui avait demandé de passer le sel. Bien reçu, alors qu'il s'apprêtait à donner sa vie…
Benjamin eut un rire nerveux en secouant la tête.
- Et pourquoi ? Juste pour moi ? Je ne vois pas en quoi ma vie est plus importante que celle de ce pilote, de son copilote, de celle de Voight. C'était des maris, des pères, des fils, exactement comme moi.
- Mais toi tu n'es pas qu'un homme. Tu es un symbole pour des millions de nos concitoyens.
- Pourtant d'autres sont là pour prendre ma place. Si je n'étais pas revenu de Londres, Trumbull aurait été là, c'est pour ça que j'ai un vice-Président. Et il n'aurait certainement pas fait du mauvais travail, le pays aurait continué à tourner, même sans moi…
- C'est là que tu as tort. Les gens ont peur des terroristes et comptent sur leur gouvernement pour les protéger. Pour eux, c'est toi qui représente le gouvernement tout entier, alors si un de ces criminels devait t'avoir… imagine les conséquences, le chaos. Plus personne ne se sentirait en sécurité. Mes hommes et moi l'avons compris, c'est pourquoi notre sacrifice est un maigre prix à payer.
- Mais je n'arrive pas à vivre avec ça !
- C'est tout à ton honneur, pourtant tu ne pourras pas changer les choses. Alors autant apprendre à faire avec. Et avant que tu ne poses la question, je n'aurais aucune hésitation à me sacrifier pour toi, si nous devions y être confrontés.
Il conclut sa phrase d'un petit sourire goguenard qui fit lever les yeux au ciel à son interlocuteur.
- C'est pas drôle Mike. Surtout que tu dis ça avec tellement peu d'émotion. On parle de mourir, merde ! Vous êtes des robots, toi et tes hommes ?
- Je peux pas te répondre pour eux, ironisa Mike. Mais moi non, c'est certain, sinon je ne serais pas à ce point impatient qu'on en arrive aux baisers que tu as mentionnés tout à l'heure.
- Ne change pas de sujet. Tu n'as jamais peur ?
- Bien sûr que si j'ai peur. Mais j'essaie de ne pas y penser. Tout comme j'essaie de vivre avec ce qu'il s'est passé, avec les pertes subies. C'est une sacré discipline, mais j'ai été formé pour ça.
- J'aimerais que tu n'aies pas eu à le faire.
- Si on vivait dans un monde parfait…, soupira Mike avec un haussement d'épaules. Moi j'aimerais que tu n'aies pas à vivre ce genre de choses.
- Dans un monde parfait…, répéta Benjamin avec un petit sourire dépité. A ton tour à présent.
- A mon tour ?
- Eh bien oui. Je me suis confié et effectivement une part de moi est légèrement apaisée. Mais toi aussi tu as bien des choses à dire.
- Légèrement ?
- C'est mieux que rien. Mike, je suis sérieux, je n'ai aucune intention de lâcher le morceau. Tu es prêt à tromper Leah et je n'ai pas à te juger pour ça, mais j'ai besoin de comprendre. Tu as laissé entendre plus d'une fois que ton mariage avait des problèmes, alors j'ai besoin de savoir dans quoi je vais mettre les pieds.
Oui, c'était légitime, dut admettre Mike. Pas simple pour autant de mettre des mots sur sa situation quand lui-même avait déjà du mal à l'analyser. Mais justement, une petite réflexion à ce sujet ne ferait certainement pas de mal. Cependant, à ses yeux ce n'était ni le lieu ni le moment. Benjamin n'avait pas besoin d'entendre ça, pas alors que lui avait eu un mariage heureux jusqu'au drame.
- Tu ne comprendrais pas, dit-il donc. Je ne comprends pas moi-même où je vais avec Leah. Mais ce que je sais en revanche, c'est que ce soir, ici, avec toi, je suis exactement où je dois être. Le reste je ne veux pas y penser.
- Ça ne me suffit pas, déclara Benjamin en se levant. Je ne veux pas être celui qui risque de briser un couple, j'ai déjà suffisamment fait de mal autour de moi.
- Ne recommence pas avec ça ! s'emporta Mike en l'imitant. Tu as le droit d'être heureux. Et si je peux t'apporter ça, tu ne peux pas me repousser.
- J'ai tellement envie de ce que tu peux m'apporter. Envie de toi…
Mike contourna la table pour aller vers lui, avec la satisfaction de le voir gagner en assurance.
- Alors approche, on va remédier à ça.
Si le ton bourru aurait pu laisser croire qu'il lui accordait une faveur, Mike se sentait sur un petit nuage. Il en crevait d'envie depuis si longtemps maintenant. Et Benjamin était clairement dans les mêmes dispositions, parce qu'il ne lui fallut qu'un instant pour être dans ses bras. Et la tendresse n'avait pas sa place dans l'équation, Ben avait besoin d'être rassuré, d'être aimé, mais ne demanda pas une seconde à être traité comme une chose fragile.
Les baisers étaient sans concession, les dents mordant autant que les lèvres se cherchaient. Très vite les caresses devinrent aussi empressées et les deux hommes finirent comme au matin, Mike adossé au plan de travail, à se demander à quelle sauce il allait être mangé tant son compagnon y mettait de l'ardeur. Il avait pensé devoir prendre les devants, pour prouver à Benjamin que celui-ci était tout à fait en droit d'attendre un tel plaisir, mais c'était peine perdue. Asher prenait tout ce qu'il avait craint si longtemps se voir refuser. Il prit seul l'initiative d'ouvrir le pantalon de l'agent, qui grogna son assentiment quand une main assurée fut dans son sous-vêtement. Entre cette caresse et la bouche qui dévorait désormais son cou, c'était presque trop de sollicitations pour lui.
Très vite il ne fut plus lui-même en reste. S'il avait apprécié chez le Président l'absence de cravate et deux boutons savamment défaits sans pour autant ne rien dévoiler, il se fit un devoir d'ouvrir la chemise toute entière. Ses doigts découvrirent tranquillement un torse finement musclé puis un ventre plat, frissonnant sous ses caresses. Quelle pitié que personne n'ait eu le droit d'apprécier un tel corps si longtemps, mais lui n'allait certainement pas bouder sa chance.
Quand il eut découvert son ventre suffisamment à son goût, il dégrafa le pantalon de Benjamin. Celui-ci le mettait à la torture depuis un bon moment, il était bien décidé à lui rendre la pareille. Lorsque sa main toucha le membre dur, les souvenirs d'autres sexes, d'autres caresses, lui revinrent à l'esprit, lui rappelant du même coup combien tout ça lui avait terriblement manqué. Désireux de faire ce qu'il fallait, il raffermit sa poigne, allant et venant sur la colonne de chair, satisfait de voir Benjamin imiter son rythme sur sa propre érection. Les baisers échangés entre deux gémissements avaient quelque chose d'animal, à l'image de l'étreinte, qui aurait probablement mérité plus de temps.
Un instant Mike voulu proposer qu'ils aillent dans la chambre, qu'ils se montrent patients, profitent soigneusement de la soirée qui leur était donné. C'eut été plus romantique et Mike avait beau être homme à prendre ce qu'il désirait sans hésiter, il n'était pas contre une part de romantisme. Il n'en fit rien pourtant, sentant chez son compagnon une part d'urgence, une envie de plus, qu'à ce moment précis seule sa main semblait pouvoir combler.
Le corps tendu à l'extrême, Benjamin enfoui sa tête dans son épaule avec un geignement qui tenait davantage de la plainte à ce stade.
- Putain ! grogna-t-il.
Et il vint dans la main qui le serrait toujours. Mike, un sourire de fierté sur les lèvres, encore au fait de l'excitation pour sa part, donna un coup de bassin pour rappeler que la moitié du travail n'était pas achevé. Le Président eut un soupir paresseux puis reprit sa tâche. Il ne fallut guère que quelques mouvements du poignet pour que Mike jouisse à son tour. Seul le corps toujours pressé contre lui l'empêcha ensuite de s'effondrer tant il frissonnait. Il se sentait incroyablement bien, autant grâce au sentiment du devoir accompli que la propre sensation de paix qu'il éprouvait. Le poids qui pesait sur ses épaules depuis des semaines venait de s'envoler et il espérait qu'il en soit de même pour Ben. Cela avait été sa première motivation, même si son propre plaisir s'était ensuite affirmé.
- La prochaine fois, on ira dans ma chambre et on prendra notre temps. Mais là j'avais juste envie…, souffla Benjamin, presque sur un ton d'excuse.
- Arrête, c'était génial !
Et comme s'il avait eu besoin de ce dernier encouragement pour être tout à fait rassuré, Ben éclata de rire avant de chercher les lèvres de l'autre homme.
L'étreinte ensuite fut tendre et paresseuse, entre baisers et mots tendres. Puis ils se nettoyèrent rapidement et réajustèrent leurs vêtements. Se faisant, Benjamin ne perdit à aucun moment un sourire radieux, qui suffisait à Mike pour lui éviter toute culpabilité suite à ce qu'ils venaient de faire. Il se demandait cependant comment se déroulerait le reste de la soirée, à présent qu'ils avaient fait… ça et qu'il était acquit qu'ils ne passeraient pas la nuit ensemble.
Benjamin régla la question en retournant s'asseoir à table, leur servant les crèmes brûlées qui avaient attendu dans un coin jusque-là.
- La spécialité du chef, indiqua-t-il d'un air gourmand.
Le même air qu'il avait eu en le regardant un peu plus tôt, constata Mike avec une pointe de satisfaction.
Celui-ci vint s'asseoir, rapprochant sa chaise de celle de son compagnon. Se quittant à peine du regard, ils laissèrent leur main libre respective se caresser tandis qu'ils mangeaient tranquillement.
Mike en avait presque oublié l'endroit où ils se trouvaient, que ce n'était qu'une sorte de second rendez-vous. Il était dans un point fixe de son histoire, de sa vie, bien des choses arrivent, évoluent, changent, modifient les projets, mais certains évènements sont inévitables, doivent être vécus pour ensuite tout changer. Cet instant précis était l'un de cela, une étape importante. Il était heureux de pouvoir en profiter en toute connaissance de cause.
- A quoi tu penses ? demanda Ben.
Désireux de conserver son jardin secret, surtout concernant des pensées aussi précoces au regard de la nouveauté de leur relation, Mike préféra se réfugier derrière le sarcasme, c'était après tout leur mode de conversation habituel et cela fonctionnait plutôt bien.
- J'étais en train de me dire qu'à manger tous les jours aussi bien, je comprends ton insistance à vouloir courir tous les matins.
- On peut dire ce qu'on veut, même dans mon métier l'apparence compte, s'amusa Benjamin.
Mike le jaugea en feignant la plus grande concentration avant de sourire pour confirmer qu'il appréciait ce qu'il voyait.
- Je serais toi, j'amenderais la constitution pour me présenter pour un troisième mandat. Parce que si l'apparence compte effectivement, je vois que tu as toutes tes chances.
Il redevint pourtant sérieux tandis qu'à l'inverse Benjamin éclatait de rire.
- Pas sûr de le vouloir dans ces conditions cependant.
Ce n'est qu'après que le Président sembla remarquer l'attitude de l'autre et l'interrogea d'un regard qu'il eut tout à coup inquiet.
- Je suis sûr qu'à cet instant précis, tu me caches volontairement le fait qu'en général tu ne prends même pas le temps de te mettre à table, expliqua Mike. Tu as perdu du poids ces derniers mois. Comme à l'époque qui a suivi le décès de Margareth. Je m'inquiétais quand je te voyais à la télé. Comme je m'inquiète à présent.
- Alors arrête ! Ça me touche, mais c'est tout à fait inutile. Je vais bien, j'arrive à fonctionner. J'ai jamais pensé à avaler le canon d'une arme ou à m'ouvrir les veines. Je gère. Et c'est d'un amant dont j'ai envie, certainement pas d'un psy.
- Je viens de te prouver que je pouvais faire un amant convenable, mais…
- Mais rien du tout. Tout à fait convenable et ça me suffit amplement.
Mike aurait voulu lui dire bien des choses, qu'il le comprenait, voulait le soutenir, le soulager… Mais il savait que Ben avait trop de pudeur pour l'écouter. Lui-même en avait probablement trop d'ailleurs pour prononcer ces mots, qui pourtant lui brûlaient cruellement les lèvres. Putain de fierté masculine ! Alors il se contenta plutôt de serrer plus fort la main dans la sienne en hochant la tête.
- Bien, dit-il dans un souffle.
La pression sur sa main confirma qu'il avait fait exactement ce que Benjamin attendait. C'était peut-être bien là la meilleure façon de l'aider finalement.
Ils finirent leur dessert en silence, Mike se faisant la réflexion que si son compagnon avait eu un boulot plus conventionnel, il aurait pu passer la nuit à ses côtés. Mais les nombreux agents gérant la sécurité de la résidence durant la nuit empêchaient cette option. Voilà quelque chose qui risquait de poser des problèmes prochainement, si les choses évoluaient comme il le souhaitait dans les semaines à venir. Il allait devoir se pencher là-dessus très vite et trouver la meilleure des solutions pour ne rien ébruiter sur leur intimité sans les frustrer pour autant, mais il le ferait seul. Benjamin avait assez de soucis de son côté, il préférait donc aborder le sujet avec lui lorsqu'il saurait quoi faire. L'aider discrètement, en restant dans l'ombre, voilà très exactement où était sa place, pour leur bien à tous deux.
Et puis, ils passaient présentement un bon moment, alors même si ça s'annonçait prise de tête pour d'autres soirées comme celle-ci, il était prêt à quelques sacrifices. Ce qui était tout aussi bien vu la suite du programme.
En effet le chef de cabinet de Benjamin entra brusquement dans la pièce, sans s'annoncer au préalable, laissant tout juste à Mike le temps de s'éloigner suffisamment pour ne pas éveiller les soupçons. Mais le nouvel arrivant semblait si agité que Mike doutait même qu'il aurait réalisé ce qui se tramait s'il les avait trouvé à s'embrasser. Il n'avait cependant aucune intention de prendre le moindre risque. Il vit Ben le remercier pour sa rapidité d'action d'un bref hochement de tête. Puis l'homme pétri de doutes disparu pour laisser place au Président, dont l'assurance n'était jamais remise en question. Un changement qui impressionnait toujours l'agent, le laissait admiratif et surtout certain que le pays n'aurait pu espérer meilleur leader.
- Martin, sérieusement, vous n'avez pas un appartement à quelques rues d'ici qui ne demande qu'à vous accueillir le soir ?
- Je dormirai dans deux ans, se justifia le jeune homme avec un sourire crispé. Monsieur, nous vous attendons en salle de crise. Il y a…
Il s'interrompit en reportant son attention sur Mike, hésitant sur la conduite à tenir devant une tierce personne. Toujours un homme de l'ombre, songea Mike avec une pointe de dépit. On n'hésitait pas à lui confier sa vie, mais il restait indigne à entendre le moindre secret, comme si on le croyait incapable de faire preuve de discrétion.
- Continuez Martin, l'encouragea Benjamin.
Voilà une entorse au protocole que Mike sut apprécier. Le président n'était pas homme à suivre bêtement les règles quand celles-ci apparaissaient inutiles.
- Il vient d'y avoir un attentat contre notre ambassade à Jakarta. Nous n'avons encore aucun détail quant au nombre de victimes, pas plus que de revendication quelle qu'elle soit mais une enquête est d'ores et déjà lancée.
- Bon sang ! grogna Benjamin en se levant. Mike, je…
- Je vous laisse travailler monsieur, acquiesça l'agent. Je file. Merci encore de m'avoir reçu.
Il prononça cette dernière phrase dans un souci de préserver les apparences, mais ne fut pas certain que Benjamin l'entendit seulement. Il avait bien assez de soucis pour l'instant. Alors Mike s'en alla, frustré de voir leur soirée finir de façon si brutale. Soucieux également de savoir l'autre homme parti sans nul doute pour une nuit blanche où ses nerfs seraient mis à rude épreuve plus d'une fois.
ooOoo
Lorsqu'il arriva chez lui, Mike fut surpris de trouver Leah encore debout malgré l'heure tardive, semblant l'attendre. Elle avait les yeux rouges de quelqu'un qui avait trop pleuré et immédiatement Mike pensa à leur fille.
- Lynne ? interrogea-t-il avec angoisse.
- Elle dort. Je suis contente qu'elle soit trop petite pour comprendre ce qu'il se passe.
Mike eut un soupir imperceptible, en partie rassuré après avoir imaginé le pire. Pourtant ce qui se tramait ne serait pas simple à gérer, comprit-il.
- Et qu'est-ce qu'il se passe ? demanda-t-il doucement, en s'installant près de la jeune femme sur le canapé qu'elle n'avait pas quitté.
Etait-il si peu discret qu'elle avait compris qu'il était allé voir ailleurs le jour même où il l'avait justement fait concrètement ? Voilà qui n'annonçait rien de bon auprès de ses collègues s'il était si transparent… Mais si c'était le cas, Leah aurait dû avoir l'air de le détester au moins un peu, n'est-ce pas ? En lieu et place, elle semblait plus simplement abattue.
- Si tu me poses cette question, c'est que j'ai fait le bon choix, dit-elle tristement. Je vais partir quelque temps chez ma mère avec le bébé. Je pense qu'on doit prendre un peu de distance, faire le point… Toi et moi, ce n'est plus ce que c'était et je ne suis pas sûre que ça vaille la peine de s'obstiner. Peut-être que si on se manque un peu, peut-être pas… Je ne sais plus.
- Mais…
- Laisse-moi finir Mike. Je ne te reproche rien, malgré tes absences de plus en plus répétées. Il n'y a pas si longtemps tu envisageais démissionner, trouver un poste plus tranquille. Aujourd'hui je me fais l'impression que tu es marié à Asher plutôt qu'à moi, vu le temps que tu passes là-bas. Mais au fond je me doutais que tu ne raccrocherais jamais, pas à la façon dont tu dépérissais dans ton travail de bureau. Je l'ai compris il y a longtemps et d'une certaine façon j'en ai pris mon parti.
- Mais tu n'es pas heureuse, constata Mike sur le ton de l'évidence.
Parce qu'il l'avait toujours su au fond. Il ne s'était persuadé du contraire que par confort et égoïsme. Acheter une maison, faire un bébé… des replâtrages de fortune, rien de plus… Et pendant ce temps Leah dépérissait tandis que lui-même draguait son patron.
- Pas plus que toi, fit remarquer la jeune femme.
Et c'était le cas, réalisa Mike. Sinon pourquoi rentrait-il chaque soir plus tard ? Et pourquoi surtout s'était-il donné comme mission de remonter le moral de Benjamin, alors que légitimement c'était plutôt de son épouse dont il aurait dû se préoccuper ?
Il se contenta cependant de hausser les épaules, incapable de répondre quoi que ce soit. Il devait déjà digérer ce qui lui apparaissait à présent comme une évidence avant de pouvoir seulement envisager mettre des mots dessus. C'était inutile de toute façon, Leah avait bien assez de choses à dire pour eux.
- Je crois que ça ne fonctionne pas, reprit-elle effectivement. On a essayé plusieurs fois. Se faisant, tu m'as offert le plus beau des cadeaux, notre fille… Mais j'ai l'impression qu'on se plante, comme si on était simplement encore ensemble par habitude, mais sans passion, sans… amour.
- Le pire dans tout ce que tu dis, c'est probablement que je suis d'accord avec toi.
- Bien, dit Leah avec un sourire triste. Ça facilitera les choses. Ceci dit je ne veux pas faire une croix aussi vite sur dix années de vie commune. Je vais partir chez ma mère avec la petite, que tu pourras venir voir aussi souvent que tu le voudras bien sûr. Prenons quelques semaines s'il le faut, réfléchissons, voyons où ça nous mène… On décidera ensuite ensemble de la meilleure façon d'agir.
- C'est la meilleure solution, confirma Mike. Je suis désolé Leah, continua-t-il en lui prenant la main. J'aurais voulu réussir à te combler.
- On a fait au mieux. Mais ça me rend triste.
Mike sentit qu'elle était sur le point de s'effondrer et s'empressa de la prendre dans ses bras.
Ils restèrent longtemps blottis l'un contre l'autre, parlant à peine, tentant chacun de son côté de faire son deuil de plusieurs années d'une relation qui avait tout de même apporté son lot de bonheur. Mike n'était pas dupe, et il soupçonnait que Leah pense la même chose, il y avait bien peu de chance que tout redevienne parfait après une simple pause. A plus forte raison que lui savait qu'il y avait Benjamin en prime dans l'équation. Il appréciait pourtant ne pas prendre une décision irrévocable aussi vite.
TBC…
