J'avoue être un peu amère en postant ce chapitre, à plus forte raison vu le fandom, après ce qu'il s'est passé cette nuit aux Etats-Unis... Mais comme souvent, c'est justement dans l'écriture que je me réfugie, cette fois ne fait pas exception, et je crois savoir que c'est pareil pour beaucoup de monde ici.
Chère Barjy, ce chapitre est pour toi, la seule lectrice qui prend le temps de me donner ton avis, qui du coup me motive à continuer :) Merci.
Chapitre 3.
Quand il reprit son service quelques jours plus tard, Mike n'avait pas le moral. Il revenait de deux jours de repos, qui s'étaient avérés plutôt rudes pour les nerfs. Le lendemain de sa conversation avec Leah, il l'avait aidée à préparer quelques affaires avant qu'elle ne parte. Voir celle qu'il continuait à considérer comme la femme de sa vie s'éloigner, à plus forte raison avec leur fille, lui avait brisé le cœur. Il avait passé le reste de la journée à végéter et le lendemain n'avait pas été vraiment mieux. Il avait contribué à provoquer ce qui arrivait, ce n'était pas facile à vivre pour autant.
Et comble du désespoir, il n'avait eu aucune nouvelle de Benjamin. Une part de lui tentait de le raisonner. Etant donné les récents évènements, notamment à Jakarta, ce n'était guère étonnant qu'un chef d'Etat ait autre chose à faire que penser à sa vie privée. C'était prévisible, à craquer pour un homme avec de telles responsabilités, qu'il faudrait faire face à l'absence, aussi pesante soit-elle. Pourtant tout au fond de lui, Mike ne pouvait s'empêcher de douter. Non pas qu'ils en aient parlé, mais il espérait qu'il y aurait une suite à ce qui s'était passé dans la salle à manger, avec à la clé pourquoi pas une relation sur le long terme. Il avait eu l'impression que Ben était sur la même longueur d'ondes, mais loin de lui ensuite ce n'était plus apparu aussi évident. Peut-être que Asher avait eu ce qu'il voulait, un peu de réconfort, un petit coup vite fait pour faire baisser la tension, et le voilà passé à autre chose. Alors même que Mike ne s'était jamais senti une âme romantique, cette idée lui serrait désagréablement les tripes.
Aussi, à présent qu'il reprenait du service, s'il était ravi à la perspective de s'occuper enfin l'esprit, il n'était pas certain de savoir comment régir quand il serait en face de Benjamin. Mais avant cela, il avait justement à faire. Le gouverneur de Californie devait venir en fin d'après-midi. Mike venait de recevoir l'emploi du temps de celui-ci durant sa visite afin qu'il organise le planning des deux services de sécurité. Il connaissait bien l'agent en charge de l'équipe du gouverneur et appréciait de collaborer avec lui durant vingt-quatre heures. Même s'il ne soutenait pas ses indiscrétions, c'était grâce à lui qu'il avait su qu'Asher voyait dans le gouverneur le meilleur candidat possible pour l'investiture du parti, destiné à le remplacer à la fin de son mandat.
Tandis qu'il se remémorait à présent ce détail, il avait une sensation étrange. Il aimait l'idée que Benjamin n'en ai plus pour longtemps dans cet univers ampoulé. Ils n'en avaient jamais parlé, mais il supposait que son ami reprendrait son poste d'enseignant à l'université, il avait dit souvent que cela avait été ses plus belles années. Une vie enfin presque à nouveau normale, comme il le méritait. Mais l'agent ne pouvait s'empêcher de se demander s'il aurait sa place à ses côtés. C'était une question qui n'aurait pas dû le préoccuper, pas aussi tôt, pas avec un mariage qui serait peut-être quand même sauvé pourtant cela l'obsédait. Cet après, nébuleux, incertain, mais dans lequel il ne pouvait s'empêcher de mettre tellement d'espoir.
Fixant son ordinateur d'un regard vide, il sursauta quand une collègue entra dans le bureau. Lui habituellement toujours concentré quand il était ici se détesta pour cette réaction, mais afficha rapidement un air neutre en la saluant.
- Mary, votre ami a enfin fait sa demande en mariage ?
Non pas que ses collaborateurs soient du genre à confier leur problèmes personnelles au supérieur qu'il était, mais il avait depuis longtemps appris à laisser traîner ses oreilles, enregistrant ce qu'il fallait pour l'utiliser au bon moment, parce qu'il avait compris depuis un moment, peut-être bien sous l'insistance de Leah d'ailleurs, que la plupart des gens appréciaient qu'on se préoccupe d'eux.
Cela se vérifia cette fois encore au petit sourire qu'eut la jeune femme.
- Il aura mis le temps, mais c'est fait. On se marie en novembre.
- Félicitations !
- Merci Mike.
Le sourire était plus éclatant encore et Banning s'en félicita. La naïveté quant à l'avenir avait du bon. Celui lui manquait à la vérité.
- Le Président veut vous voir, dit-elle ensuite. Il y a un changement de planning à ce qu'il semblerait.
Ça c'était annoncé trop facile, songea Mike avec amertume au regard du travail déjà accompli, mais ce n'était pas non plus comme si c'était la première fois. Et puis c'était aussi bien en fait, autant retrouver Ben sur un terrain professionnel au cas où… eh bien au cas où tout n'allait pas dans le sens où il l'espérait.
Quand il entra dans le bureau ovale, il trouva le Président occupé à lire un dossier, un crayon à la main.
- Un instant Mike, dit-il sans lever la tête, avant de griffonner quelques mots sur la feuille devant lui.
Mike resta à l'entrée de la pièce, dos droit, en apparence aussi professionnel que d'habitude. En apparence seulement, parce que tandis qu'il gardait les yeux fixés sur les mains de l'autre homme, son esprit tournait à plein régime, songeant aux caresses que ces même doigts lui avaient prodiguées, au plaisir qu'il avait éprouvé… S'il avait déprimé sec ces deux derniers jours, ses fantasmes au moins lui avaient tenu compagne. Il n'avait pas encore vu grand-chose du corps de Benjamin, mais c'était justement ce qui l'excitait. Cette perspective d'avoir encore bien des choses à découvrir.
Parce qu'à présent qu'il était près de lui, même s'ils n'avaient pas encore parlé, il avait la sensation de s'être inquiété pour rien. Une sérénité apaisante mêlée cependant à une vague de désir, déferla en lui, lui arrachant un petit soupir qu'il parvint avec fierté à garder discret.
Enfin Benjamin abandonna sa lecture et leva la tête. La première chose que constata Mike fut son air las, sa mine fatiguée, que le Président s'empressa d'essayer de cacher sous un sourire de façade.
- Désolé, il fallait que je finisse de relire ça. C'est le projet de loi pour la réforme sur la santé que je vais présenter devant le Congrès le mois prochain. Je connais ces vieux briscards, il faut que j'en demande le moins possible sinon ça passera à la trappe. Bref, rien de neuf sous le soleil, conclut-il avec un soupire exagéré. Merci d'être venu Mike.
- Vous avez l'air fatigué Monsieur.
- Ce n'est pas qu'une impression. Les deux derniers jours ont été épiques. Mais la situation est stabilisée en Indonésie. Nos concitoyens sont rassurés, autant que possible en tout cas.
Mike hocha la tête. Il avait vu la diffusion du discours de son compagnon devant lequel il s'était surpris à sourire comme un bienheureux malgré le sérieux des propos. Lors de chaque allocution, Asher semblait spontané, malgré l'équipe qui venait de préparer son laïus, et surtout sincère, sûr de lui, c'était ce qui plaisait à ses partisans.
- Vous avez fait du bon travail, confirma l'agent.
- Bien que ça semble inutile. Mais je ne vous ai pas fait venir pour ça.
- Mary m'a parlé d'un changement de planning…
- Le gouverneur Sanderson a annulé sa venue. Un décès dans la famille d'après ce qu'on m'a dit.
- Désolé pour lui. Ainsi vous pourrez prendre un peu de temps pour vous reposer.
- Vous ne croyez pas si bien dire. Je sais que je vous prends de cours, mais nous allons partir à Camp David les trois prochains jours. J'ai besoin d'un peu de temps pour moi et mon équipe n'y voit pas d'inconvénient.
- C'est parfait ! Vous me connaissez, j'aime les déplacements prévus à la dernière minute, ça évite les fuites. Et il n'y a pas d'endroit plus sécurisé. Quand voulez-vous partir ?
- Ce soir. Je sais que ça va vous demander un peu d'organisation, mais…
- Nous serons prêts ! Mais pour ça il faut que j'aille préparer mon équipe. Si vous n'avez plus besoin de moi…
- Non, vous pouvez disposer. Merci Mike.
ooOoo
Camp David, la résidence de villégiature des chefs d'Etat américain, était retiré loin de tout et surtout ultra sécurisé. Des agents armés éraient postés à chaque point stratégique tandis qu'une équipe tout aussi entraînée restait en permanence autour de la maison. Au moins le Président pouvait-il évoluer sans garde rapproché, aussi bien à l'intérieur que l'extérieur. Une semi tranquillité dont Benjamin rêvait.
Il n'était pourtant pas venu souvent ici. Quelques week-ends avec femme et enfant, une ou deux rencontres informelles avec d'autres chefs de gouvernement, puis les vacances de Noël durant lesquelles il avait perdu Margareth. Depuis le drame il n'était revenu qu'une seule fois en compagnie de Connor. Cela avait ravivé bien trop de souvenirs douloureux à tous deux. Mais aujourd'hui, tandis qu'il défaisait sa valise – quel plaisir de pouvoir accomplir seul une tâche aussi commune – Benjamin sut que le moment était venu.
Cela avait été long, mais il avait fait son deuil. S'il ne pouvait oublier Margareth, et il ne le pourrait jamais, il était prêt à vivre à nouveau. Alors être ici avec Mike, même s'ils bénéficiaient d'une intimité toute relative, était de bon augure. Il y voyait un nouveau départ qui, même s'il ne se faisait pas dans des circonstances idéales, lui plaisait beaucoup. Ça et la perspective de souffler un peu. C'était la première fois qu'il s'autorisait ce luxe depuis si longtemps qu'il n'était même plus sûr de savoir comment faire pour se détendre.
Une fois installé, il resta un moment sur la terrasse, profitant de la fraîcheur et surtout du silence, tandis que le soleil déclinait lentement. Il aimait Washington, ville dans laquelle il vivait depuis son entrée en politique, tout comme il avait apprécié habiter dans le Massachussetts tandis qu'il était professeur d'Histoire puis directeur du département à l'université d'Harvard. Mais la campagne, la tranquillité, avaient toujours eu sa préférence. Contradictoire étant donné le genre de vie qu'il avait choisi. Ce soir, cette ambiance toute particulière était parfaite.
Durant la soirée, il dîna seul dans le salon, s'autorisant un verre de vin, ce qu'il ne faisait jamais en dehors des repas officiels, devant un épisode de Face Off, émission qu'il avait l'habitude de regarder avec sa femme quand son emploi du temps le lui permettait. Puis il se coucha tôt avec un livre qu'il avait commencé… mon dieu, il ne savait même plus quand. Pourtant, une fois allongé, confortablement calé dans ses oreillers, il était bien incapable de se concentrer sur sa lecture. Il n'avait de cesse de penser à Mike, qui, sans en faire trop, sans imposer une trop grande proximité, avait été une présence agréable toute la soirée. A présent cependant, il aurait apprécié un peu plus d'initiative de la part de l'agent. Il ne pouvait s'empêcher d'espérer que celui-ci ne débarque ici et lui fasse voir les étoiles. Le moment était idéal dans ce contexte léger et se laisser aller semblait facile, presque trop facile. Il ne pouvait pourtant perdre de vue qu'il y avait bien trop de choses en jeu pour agir sans réfléchir. Ils n'étaient plus des adolescents, ils avaient l'un et l'autre des responsabilités qu'il ne devait pas oublier, même si cela semblait un grand prix à payer. Mais peut-être justement que Mike avait plus de plomb dans la tête que lui et n'avait aucune intention de tenter une approche, quelle qu'elle soit.
Plus tard, tandis qu'il tentait de s'endormir, Benjamin dut admettre que passé la frustration, il était finalement content que Mike ne se soit pas montré. Déçu bien sûr, mais content. C'était le bon choix. Il n'avait aucune idée de ce que l'avenir leur réservait, mais il se refusait à agir sur un coup de tête. Ce qu'il s'était passé à Washington, dans sa cuisine, l'avait suffisamment chamboulé. Il en voulait plus évidemment, mais il voulait être sûr que cela se passe comme il fallait.
ooOoo
Le lendemain, après une partie de tennis que Mike remporta haut la main – mais n'était-il pas justement censé être au top de sa forme pour son métier au lieu de passer son temps entre bureau et salle de réunion, comme le rappela ensuite Ben, beau joueur – les deux hommes allèrent pêcher. C'est le Président qui avait insisté pour cette dernière activité. Il aimait le calme que cela lui procurait et l'idée d'attraper soi-même son propre repas avait un côté macho qui sait tout faire qui n'était pas pour lui déplaire, à plus forte raison qu'il était tellement habitué à avoir les meilleurs plats sans avoir à lever le petit doigt. Evidemment, en compagnie de Mike, à l'inverse des moments passés avec Connor, cela vira rapidement à la compétition bon enfant. L'ambiance était agréable, les blagues fusaient et Benjamin ne cessait de songer à la chance que ce devait être d'avoir cet homme dans sa vie. Il y avait pris goût lorsqu'il s'y était frotté et commençait sérieusement à songer que les risques pris pour une telle relation en vaudraient probablement la peine.
L'après-midi, tandis qu'ils faisaient une randonnée, Benjamin ne put résister à ses pulsions que grâce aux agents qui les suivaient à quelques dizaines de mètres de distance, cassant toute spontanéité qui aurait pu naître. C'était comme toujours une situation tout sauf romantique et sans eux il aurait difficilement résisté à son envie de prendre Mike contre l'arbre le plus proche. Rien de romantique là-dedans non plus d'ailleurs, mais le désir qui lui rongeait les reins lui faisait perdre tout envie de rester patient. Il n'en eut pourtant pas le choix. C'était bien là sa malédiction, toujours devoir faire preuve de bienséance, sembler réfléchir à chaque acte alors qu'il ne désirait rien de plus que pouvoir agir à l'instinct, sans songer aux conséquences.
Il ne dit pourtant rien durant les heures qui suivirent. Il ne pouvait l'envisager, préférant laisser l'initiative à Mike. Une façon de se rassurer. Mike justement dîna avec lui cette fois, mais ils ne firent que bavarder de tout et de rien. Benjamin aimait avoir un ami, aussi naïve que soit cette pensée. A Washington, dans la politique, chacun était là pour servir ses propres intérêts, les relations n'étaient pas sincères. Quand il était entré dans ce milieu, Benjamin n'avait pu compter que sur sa famille, dont il ne restait plus grand-chose désormais. Alors avoir Mike à ses côtés était important pour lui. Pouvoir être lui-même sans craindre d'être jugé, incompris, sans risquer que ça se retourne un jour contre lui… Voilà une authenticité qu'il avait longtemps craint ne plus jamais connaître. Pour cela, plus que le sexe qu'ils avaient connu, il tenait à cette relation.
Mais lorsqu'il rejoignit sa chambre, seul une fois de plus, si la veille cela lui était apparu comme le choix le plus censé, cette fois il se sentait le cœur gros. Toutes ces années, la solitude ne lui avait pas posé problème, parce qu'il ne songeait à aucun moment à une quelconque vie privée. Mais avoir entrevu cette intimité avec son ami lui rappelait cruellement tout ce qui lui manquait.
Assis sur le bord du lit, vêtu en tout et pour tout d'un caleçon et d'un tee-shirt qu'il avait enfilés au sortir de la douche, il était perdu dans ses pensées.
Pui soudain, alors qu'il s'y attendait le moins, il entendit trois coups volontaires frappés à la porte, qui lui arrachèrent un sourire satisfait.
- Entrez, invita-t-il, son cœur s'accélérant sensiblement.
Comme il n'osait plus l'espérer, le battant s'ouvrit sur Mike, yeux pétillants et mine réjouit, une bouteille et deux verres dans les mains.
- J'ai trouvé ceci dans la salle à manger, dit l'agent avec un sifflement admiratif en montrant la bouteille de bourbon. Tu sais te faire plaisir. Et je comprends pourquoi certaines décisions officielles prisent ici sont aussi discutables.
- On sait se détendre, admit Benjamin avec un rire, en l'invitant d'un geste à s'asseoir près de lui.
- C'est le moins qu'on puisse dire. Ça tombe bien, j'ai besoin de me détendre. Et comme j'ai horreur de boire seul…
- Tu as bien fait.
En silence, Mike leur servit à chacun une dose plus que généreuse, qu'ils goutèrent de concert après avoir trinqué.
- La soirée s'annonce mieux que prévu, lança Mike avec un claquement de langue de connaisseur.
- J'espère que tu ne parles pas que du bourbon.
- Ça c'est juste la mise en bouche, le rassura Mike avec un clin d'œil.
Entendant cela, Benjamin sentit toute la tension qui l'habitait depuis des jours le quitter d'un seul coup. Il avait douté, à présent il ne lui restait que le meilleur, d'autant plus qu'il savait se défendre plus qu'honorablement dans ce domaine. Il termina son verre d'un trait pour rassembler tout son courage, puis se leva. Sous le regard curieux de Mike, il alla verrouiller la porte avant de revenir sur ses pas. Sans l'ombre d'une hésitation, il tomba à genoux devant Mike, l'obligeant à ouvrir les jambes, et s'installa entre elles.
- Oh bordel…, grogna Mike lorsqu'il entreprit de dégrafer son pantalon.
Satisfait de son petit effet, Benjamin continua de plus belle, glissant la main dans le sous-vêtement. S'il avait beaucoup hésité ces derniers temps sur la conduite à tenir, à présent il avait l'intention de mener la danse et entendait bien que Mike y trouve son compte. Il caressa lentement le membre qui durcit entre ses doigts sans quitter l'autre homme des yeux, appréciant le voir perdre peu à peu de sa superbe, se mordant les lèvres entre deux gémissements appréciateurs.
Cela faisait un moment que Ben le soupçonnait. Mike, derrière son apparence assurance, ses qualités de meneur d'hommes capable de garder son sang-froid en toute circonstance, aimait à se laisser guider une fois dans un lit. Agréable constatation dont le Président entendait bien profiter comme il se devait.
Pourtant, alors qu'il s'apprêtait à le débarrasser de tout vêtement superflu en-dessous de la taille, son compagnon se redressa pour l'attraper par les épaules, le forçant à s'immobiliser. Le regard de Benjamin se fit interrogatif. Avait-il mal compris les signaux ? C'était ainsi que lui-même en avait envie, aussi ne s'était-il pas posé de question. Mais Mike avait bien l'air satisfait. En le regardant, Benjamin eut l'impression qu'ils étaient en phase. Et c'est finalement un baiser qu'il reçut plutôt qu'un refus, une raison parfaite à cette interruption en somme.
Le repoussant ensuite légèrement, l'agent se laissa glisser du matelas jusqu'à rejoindre son compagnon sur le sol.
- J'ai envie de toi, grogna Mike. Très envie.
Il s'était à peine tu que Benjamin captura ses lèvres. Il avait oublié combien c'était bon d'embrasser cet homme. En fait, il avait même oublié combien c'était bon d'embrasser quelqu'un tant il avait omis de se laisser aller ainsi ces dernières années. Alors il y mit tout son cœur, savourant le goût de son compagnon, la puissance de ses bras autour de lui. Il n'en oublia pas pour autant de continuer à prendre des initiatives, ouvrant notamment la chemise de l'autre homme pour caresser le torse qui se dévoilait peu à peu, appréciant le dessin des muscles fins.
Quand il s'écarta, à bout de souffle, Mike en profita pour reprendre la parole.
- Tu es sûr que c'est ce que tu veux ?
- Parce que toi tu aurais encore des doutes à ce sujet ?
- C'est simplement qu'ensuite, ça sera forcément différent entre nous, ne put retenir Mike.
- Plus qu'après ce qui s'est passé la dernière fois ? s'amusa Benjamin.
- Justement ! On ne pourra plus dire que c'était un coup unique, qui ne se reproduira plus. Il va y avoir des conséquences.
- On est suffisamment grands pour les assumer, non ?
- C'est ce que je voulais entendre.
S'interrompant enfin, Mike remua un instant en fouillant dans sa poche, jusqu'à en sortir un préservatif et un tube de lubrifiant.
- J'avais apporté les miens, optimiste comme tu le vois, mais j'ai trouvé ça dans l'une des salles de bain. A ton avis, c'est plutôt à Bush père ou fils ?
Benjamin éclata de rire avant d'esquisser une grimace dégoûtée.
- Continue sur cette lancée si tu veux me couper tous mes effets.
- Ok, j'insiste pas. De toute façon je ne peux pas imaginer les Républicains s'envoyer en l'air.
- Ça doit être pour ça que Barbara Bush a toujours eu cet air frustré. Et les Démocrates ?
- Kennedy, Clinton, toi… Tout de suite ça donne davantage envie…
- Tu me rassures, s'enthousiasma le Président en riant.
Voilà pourquoi il aimait être auprès de cet homme. Avec lui chaque conversation, chaque moment, même le plus intime, était l'occasion de s'amuser, sans la moindre pression. De cette façon, il n'éprouvait aucun stress, alors qu'habituellement il était tellement mal à l'aise au début d'une relation. Mike, par sa simplicité et son sens de l'humour particulier, rendait tout beaucoup plus simple.
Idée qu'il confirma quelques secondes plus tard en tendant le préservatif à un Benjamin plus que surpris.
- Jusque-là tu as été plutôt bon à diriger, j'aurais tort de te priver de ça.
Ok, aussi étonnant que soit cette découverte, voilà une grande source d'interrogation qui s'effaçait. Certes Benjamin n'avait pas eu d'homme depuis longtemps, mais il n'avait pas eu l'intention d'échanger sa place. Et voilà que ce qu'il avait cru voir se transformer en problème s'était résolu d'entrée de jeu grâce à cette réaction inattendue de la part de Mike. D'accord, c'était un cliché, mais un homme si viril, tellement masculin… Il ne l'avait pas imaginé un instant dans le rôle du passif. Cet homme décidément lui offrait surprise sur surprise.
- Etonné ? s'enquit justement Mike, qui semblait avoir suivi sur son visage tout le cheminement de sa pensée.
- Totalement, j'avoue.
- Je fais cet effet à chaque fois, s'amusa l'agent. Et si ça reste entre nous, c'est encore mieux.
- Dommage, rit Asher, moi qui avais l'intention de brandir un drapeau arc-en-ciel avant de tout raconter à tes hommes.
- Essaye et ils pourront agir aussi vite que possible, ils seront incapables de m'empêcher de t'étrangler.
- Ce qui serait contreproductif si tu veux que la performance de ce soir devienne une habitude.
- Pour ça il faudrait d'abord que tu fasses tes preuves beau gosse.
L'éclat de rire volontairement moqueur qui suivit fur interrompu par un baiser qui gagna très vite en intensité. Les caresses se succédèrent, les derniers vêtements tombèrent, et enfin les corps purent se découvrir. Les premiers mouvements furent maladroits, trop empressés, mais la douceur finit par prendre le dessus, irradiant les sens d'un désir tellement longtemps réprimé. Le silence, troublé seulement par les respirations haletantes, vola en éclat par deux cris quand le plaisir atteignit son paroxysme, presque de concert.
Ne resta ensuite que deux homme toujours allongés sur le tapis épais, membres emmêlés, doigts noués. Mike avait sur le visage ce petit air taquin qui plaisait tant à son amant, celui-ci redessinant lentement les traits de son visage de sa main libre. Ben avait aimé voir chaque expression déformer ses traits si parfaits tandis qu'il le prenait vivement, le revendiquant comme sien. En plus d'être un homme plein de surprises, Banning s'était avéré un amant généreux, n'hésitant pas à montrer ce qu'il éprouvait, alors il s'était fait un devoir de lui en offrir toujours plus.
A présent que la passion refluait, la tendresse était agréable également et Benjamin sentait qu'il devait en profiter tant que ça durerait. Il n'oubliait pas qu'ils n'étaient pas un couple tout à fait comme les autres, mais il ne voulait rien de plus que s'accrocher de toutes ses forces à ces quelques minutes de bonheur avant que la réalité, et avec elle toutes ses responsabilités, ne reprenne le dessus.
Ce fut Mike qui rompit le charme de ce moment privilégié. Après un dernier baiser, il se leva, rassemblant ses vêtements.
- Il faut que j'y aille. Je dois briefer l'équipe de nuit. Et puis… si je reste là davantage j'arriverais plus à décoller. On peut pas prendre le risque de s'endormir.
- Préserver les apparences, soupira Benjamin en se levant à son tour.
- On le savait avant, plaida Mike, dont le visage sombre montrait qu'il ne prenait aucun plaisir à cette fuite prématurée.
Il serra brièvement son compagnon dans ses bras, caressant ses lèvres des siennes.
- C'était parfait, dit-il, s'approchant de la porte tout en resserrant sommairement sa cravate. Il faudra juste que tu m'expliques à l'occasion pourquoi on l'a fait par terre alors que ton lit était à deux pas.
- On n'avait rien fait dans les règles jusque-là, autant continuer jusqu'au bout.
- Avec toi je veux bien transgresser toutes les règles.
Un dernier sourire, un dernier regard, et Benjamin fut à nouveau seul, frappé par le silence qui régnait tout à coup dans la pièce subitement trop froide.
ooOoo
A son retour de Camp David, Mike était évidemment rentré chez lui. Il n'en avait pourtant pas vu l'intérêt, ne se sentant pas le besoin de décompresser, pas plus qu'ayant une famille à retrouver. La maison était décidément terriblement vide sans ses deux petites femmes. Alors il avait erré un moment de pièce en pièce, avant d'entrer dans la chambre de Lynne. Assis dans le fauteuil que Leah avait installé dans un coin, il avait les yeux rivé sur le petit berceau vide depuis ce qui était probablement des heures. Si sa fille lui manquait à en crever, il était en revanche presque heureux d'être loin de sa femme. Il n'avait pas songé à elle une seule fois durant ce week-end et même à présent qu'il se sentait seul, il ne souffrait aucunement de son absence. La revoir le lendemain, puisqu'il avait convenu avec elle de passer du temps avec sa fille, permettrait de confirmer bien des choses quant à son état d'esprit actuel et en cela il avait hâte. Une façon de régler une bonne fois pour toute une situation compliquée. Alors même qu'une autre tout aussi difficile se présentait déjà.
Parce que si Leah ne lui manquait guère, concernant Benjamin en revanche c'était une toute autre histoire. La veille il s'était éclipsé un peu rapidement après avoir fait l'amour avec lui, autant parce qu'il avait effectivement encore un peu de travail avec son équipe que simplement pour échapper à une conversation qu'il craignait inévitable. Leur situation était bien trop précaire pour qu'ils se lancent tête baissée. Entre la carrière de l'un et le mariage de l'autre, il y avait bien trop de paramètres qui ne pouvaient être ignorés. Mais c'était pourtant une discussion qu'il retardait aux maximum tant elle l'angoissait. Pour l'instant leur relation, aussi dangereuse soit-elle, était simple. Deux hommes qui avaient envie l'un de l'autre. Rien de plus, rien de moins. Et c'était parfait ainsi.
Il était trop tôt pour le reste. On n'hypothéquait pas une carrière après deux rencards et à peine autant d'orgasmes. Ceci acté, cela restait d'autant plus frustrant de penser à Benjamin en permanence, anéantissant du même coup tous ses efforts pour se convaincre qu'il n'était pas devenu subitement le sens de son univers.
Dans ces conditions, la perspective de voir sa fille le lendemain offrait l'occasion rêvée de penser à autre chose. Et puis d'ailleurs, il était père avait tout, c'était un rôle qui devait passer avant celui d'amant. Lynne le méritait. Voilà la raison de sa présence actuelle dans la petite chambre pour enfant. Ici il se sentait bien, même s'il avait un trou au cœur à y être seul.
Perdu dans ses pensées, il fut surpris quand on sonna à la porte d'entrée. Let la surprise tout aussi violente encore quand il découvrit l'identité de son visiteur.
- Ben ? Qu'est-ce que tu fais là ?
- Tu me fais entrer ? s'enquit le Président en éludant la question.
- Bien sûr, mais…
Il avait à peine refermé la porte derrière eux, que Mike fut bien incapable de finir sa phrase. Poussé sans ménagement contre le mur, il se retrouva aux prise d'un compagnon plus qu'entreprenant. Benjamin se pressait contre lui tout en dévorant sa bouche de baisers voraces. Et ce ne fut que lorsqu'il fut torse-nu, débarrassé de son tee-shirt par quelques gestes empressés, que l'agent parvint à retrouver un semblant de raison.
- Ben… Benjamin… comment tu es venu là ?
Pas facile de construire une phrase avec deux mains qui venaient de se glisser dans son pantalon. Et l'autre homme était bien décidé à ne pas lui faciliter la tâche.
- En voiture, se contenta-t-il en effet de marmonner tout en continuant ses caresses.
- Mais depuis quand est-ce que tu te ballades comme ça en ville ? Il s'est passé quelque chose ?
Le ton était moins assuré qu'habituellement, mais au moins était-il parvenu à ne pas bégayer, constata Mike non sans fierté. Et cette fois cela sembla faire son petit effet. Certes avec un soupir tout de même exaspéré, Benjamin leva enfin la tête vers lui, plantant un regard assombri par le désir dans le sien. La patience n'était pas ce qui caractérisait son état d'esprit actuel, mais il était suffisamment intelligent pour comprendre qu'il lui fallait répondre maintenant pour ensuite avoir le champ libre pour ce qu'il avait en tête.
- Je vais bien Mike. Je ne suis pas en train de fuir une horde de terroristes assoiffés de sang… Ce n'est pas le garde du corps que je suis venu voir. Je suis juste un homme lambda qui veut passer du temps avec son amant.
Il avait à peine prononcé le dernier mot, que ses mains étaient à nouveau en action, caressant le sexe qui déjà se durcissait. Mike dut se mordre la lèvre pour ne pas gémir et rassembler tant bien que mal tous ses neurones pour poursuivre ce qui lui semblait être une conversation vitale.
- C'est de la folie d'être venu. Et si…
- Mike ! Plus tard, promis. Mais avant, où est la chambre ?
Ok, définitivement, avec un sujet aussi peu coopératif, ça ne valait pas la peine de tenter de parlementer. Mike préféra capituler, bien trop excité à présent pour pouvoir oublier l'érection qui lui faisait presque mal.
- A l'étage. Première porte à droite, indiqua-t-il avec un signe de tête vers l'escalier.
- Bien.
L'instant d'après il se retrouva seul, à moitié débraillé, le souffle court, son compagnon se hâtant vers l'étage mentionné. Ainsi Benjamin n'avait aucune intention de perde du temps… Dans une autre vie, Mike l'aurait justement fait attendre, se régalant de le torturer, mais ce soir au diable sa fierté, son envie était telle qu'il était prêt à suivre les lubies de l'homme qui l'obsédait trop pour son propre bien.
Quand il arriva à son tour dans sa chambre, s'étant débarrassé de ses chaussures en chemin, il eut le plus beau des spectacles sous les yeux. Probablement le plus émoustillant également. Debout près du lit, Benjamin finissait de retirer ses derniers vêtements. Et son membre tendu confirmait que l'envie était bel et bien la même des deux côtés.
- On est pressé ce soir, remarqua Mike, s'en amusant.
- Je viens de faire l'école buissonnière, mais je n'ai aucune garantie de combien de temps ça pourra durer, donc autant passer aux choses sérieuses tout de suite.
- Reçu cinq sur cinq !
Mike n'était pas du genre prude et n'avait certainement pas besoin qu'on lui conte fleurette pendant des heures. A vrai dire, la situation dans ce qu'elle avait d'urgent, était terriblement excitante.
Benjamin marcha vers lui et lui retira son pantalon et son sous-vêtement de quelques gestes qui n'auraient pu être plus empressés.
Puis, sans avoir à se concerter, les deux hommes s'allongèrent sur le matelas. Ou plutôt, Benjamin s'allongea sur Mike, son corps épousant le sien à la perfection. Sa bouche ne lâchait plus la sienne et déjà ses mains étaient en action. Caressant la peau frissonnante, pinçant un téton, griffant le ventre, les doigts du Président étaient partout avec une égale passion et Mike ne pouvait que gémir dans leur baiser, le corps tendu à se rompre, attendant toujours plus. Quand la main aguicheuse fut sur son sexe, il n'y tint plus et arqua le dos pour intensifier le contact. Là encore les doigts étaient partout, titillant le gland sensible, caressant le membre avec plus de vigueur, jusqu'à s'aventurer finalement jusqu'à l'intimité de l'autre homme, qui ne se crispa qu'un instant, suffisant pourtant pour stopper Benjamin, qui délaissa ses lèvres du même coup.
- Lubrifiant ? interrogea-t-il.
Mike fit un geste vers la commode à l'autre bout de la pièce. Pas l'endroit le plus pratique, constata-t-il tandis que son amant se levait, mais à sa décharge quand il avait fait ces achats quelques jours plus tôt, il n'avait pas songé un instant qu'ils en auraient l'utilité ici même.
Quand Benjamin revint vers lui, il avait un sourire appréciateur en regardant le préservatif qu'il avait trouvé au même endroit. Oui, Mike avait bien fait ses devoirs.
Celui-ci écarta davantage les jambes avec un soupir lascif lorsque l'autre homme reprit sa place tout contre lui. Il frissonna au contact du gel froid, mais la température ne tarda pas à remonter de quelques crans tandis qu'il devait lutter pour s'empêcher de bouger, dans l'espoir de plus de contact. Si Benjamin avait indiqué ne pas vouloir perdre son temps, il le prépara néanmoins consciencieusement. C'était un acte qui pouvait être mécanique, gênante même, mais Ben y mettait une sensualité telle qu'elle apparaissait comme une étape logique à l'acte lui-même. Il y allait avec une douceur proche de l'adoration, caressant les cuisses de l'autre main, donnant des baisers… Mike se sentait tellement désiré, un sentiment qu'il n'avait pas éprouvé depuis bien trop longtemps.
Quand Benjamin s'arrêta, il resta un moment immobile, à simplement le contempler, redessinant avec ses yeux chaque détail de son corps offert, avec dans le regard tellement d'amour que Mike aurait pu en être mal à l'aise avec n'importe qui d'autre. Auprès de lui cela semblait au contraire totalement naturel. Mieux, l'agent se voyait rappeler de la plus agréable façon combien c'était plaisant d'être ainsi désiré. Cette sensation d'être unique pour l'autre, c'était meilleur que le sexe lui-même.
Si cela n'avait pas été aussi prématuré, le moment aurait été idéal pour une déclaration d'amour. Mike était certain que Benjamin pensait la même chose, aussi se contentèrent-ils d'échanger un regard qui n'aurait pu être plus éloquent. La promesse silencieuse et partagée de bien des choses pour l'avenir.
Avec un sourire, Mike tendit le bras pour caresser le beau visage qui le surplombait. A ce contact, Benjamin ferma les yeux en se mordant la lèvre.
- Tu auras ma peau, articula-t-il ensuite avec tant de difficulté que le brun comprit qu'il avait vainement essayé de se taire.
Mais c'était aussi bien finalement, ainsi Mike n'avait-il définitivement pas l'impression d'être le seul pris au piège de cette relation qui s'avérait plus intense que prévue.
Quand son bras retomba sur le matelas, Benjamin sembla instantanément reprendre ses esprits, redevenant l'amant entreprenant. Il déchira l'emballage argenté avec les dents avant d'enfiler la protection en quelques gestes sûrs. Et Mike ne le lâcha pas du regard tout du long, tout son corps en demande anticipant ce qui allait immanquablement se passer.
Benjamin l'embrassa tandis qu'il entrait lentement en lui, en retour Mike le mordit plus qu'il ne répondit au baiser. Il noua les jambes aux hanches déjà en action et s'accrocha aux épaules, les blessant très probablement de ses ongles.
Commença un festival pour ses sens qui n'aurait pu être plus intense. Le frottement du drap dans son dos, le goût de Benjamin dans sa bouche, la caresse de son corps conte le sien, mettant à mal chacune de ses terminaisons nerveuses, c'était trop de sollicitations… Avec en prime le membre profondément enfoui en lui, qui le fouillait inexorablement... Chacun des mouvements de son amant semblait se répercuter partout à la fois, lui donnant l'impression de perdre pied encore et encore, s'enfonçant dans un abîme d'extase. Il eut un gémissement quand Ben heurta sa prostate. Rejetant la tête en arrière, à peine capable désormais de seulement respirer, Mike cria, se faisant l'impression de ne plus jamais pouvoir se concentrer sur autre chose que cette sensation. Pourtant très vite son érection déjà humide, prisonnière de leurs deux ventres unis, se rappela à lui, alors qu'approchait le point de non-retour. Il tenta bien de penser à autre chose, de retarder encore la vague qui menaçait de le submerger. Mais se faisant, il prit conscience des gémissements de son compagnon, qui raisonnaient telle une partition bien rodée. Cela fut trop. Ses mains dérivant jusqu'au creux des reins de Asher, les doigts s'accrochant à la peau moite, il jouit dans un cri, sa semence éclaboussant leurs deux corps toujours soudés de la plus belle des façons. Il n'en fallut guère plus à Benjamin, qui le rejoignit en tremblant.
La tension retomba d'un coup, les laissant immobiles l'un contre l'autre, cœurs cognant dans les poitrines et respirations approximatives. Ils demeurèrent longtemps ainsi, sans parler ni bouger.
Enfin, Benjamin se retira et se débarrassa du préservatif. Puis d'un même mouvement ils se glissèrent sous la couette. Mike songea vaguement qu'il aurait dû passer sous la douche pour effacer toute trace de son sperme sur son ventre, mais les deux bras qui l'étreignirent alors réglèrent la question. Il était dans un lit pour la toute première fois avec cet homme, alors il avait bien l'intention d'en profiter autant qu'il le pourrait. Il enfouit pour cela son visage dans le cou de son amant, savourant à plein poumon son odeur. Mélange de sexe, de sueur, d'eau de toilette haut de gamme, un parfum viril et masculin qui lui colla des papillons dans le ventre.
- Tu restes pour la nuit ? s'enquit-il en caressant du bout des doigts les flancs du Président.
Il avait essayé de poser la question d'un ton détaché, pour ne pas montrer combien cela lui importait. Pourtant son cœur s'emballa tandis qu'il attendait la réponse. Ce n'est qu'à ce moment précis, pendant ces quelques secondes d'incertitude, qu'il réalisa qu'il ne désirait rien d'autre que passer cette nuit puis toutes les suivantes avec Benjamin, se réveiller chaque matin à ses côtés.
- Ça devrait pouvoir se faire, répondit enfin l'interpellé d'une voix apaisante, comme si une fois de plus il avait compris tout ce qui se tramait sous la surface. Sauf urgence.
Bien. Voilà qui était parfait, se dit Mike. Il n'aurait rien voulu davantage que s'en contenter, mais une petite voix ô combien exaspérante ne cessait de lui souffler que c'était bien plus compliqué qu'il essayait de le croire. Inévitablement, elle finit par gagner. Fichue conscience !
- Et comment qui que ce soit pourra te joindre ? demanda-t-il donc, la mort dans l'âme de gâcher cette agréable légèreté. Je suppose que tu ne t'es pas vanté venir ici.
- Ça aurait fait mauvais genre, confirma Benjamin avec un petit rire.
Il redevint pourtant presque aussitôt sérieux avant de poursuivre, sachant lui aussi que rien n'était aussi simple qu'il essayait de s'en convaincre.
- J'ai mon portable bien sûr. L'agent qui m'a aidé à faire le mur donnera cette info en cas de besoin. Mais uniquement en dernier recours…
- L'agent qui t'a aidé ? Whitmore ? Celui qui est censé passer la nuit devant ta chambre, avec toi à l'intérieur ? s'offusqua Mike en se reculant légèrement.
- Je l'ai soudoyé, plaida Benjamin. Et je lui ai promis qu'il n'aurait à subir aucune retombée de ta part, rajouta-t-il avec un regard éloquent.
- C'est vrai qu'il est un exemple de professionnalisme, ironisa Mike. J'envisage même de lui remettre la médaille de l'employé du mois.
- Arrête, il n'a fait qu'obéir à son patron.
- C'est moi son patron !
- Techniquement c'est bien moi. Tu n'es que son supérieur direct.
- Et toi tu joues un peu trop sur les mots.
Mike était en colère, pourtant il voulait à tout prix la réprimer. Parce que Benjamin était adulte, capable de faire ses propres choix. Et surtout parce qu'il avait été heureux ce soir de le trouver sur le pas de sa porte. Il ne pouvait cependant laisser passer ça sans poser quelques questions, histoire de couper court à toute prochaine tentative d'évasion. S'il était ravi de cette visite surprise, il ne pouvait tolérer que le Président ne se mette à nouveau en danger en agissant sans réfléchir.
- Comment tu as fait pour sortir ? demanda-t-il donc.
- Tu plaisantes ? Tu pensais que je n'écoutais pas quand tu parlais à Connor de tous les passages secrets ? Cette bâtisse n'a pas plus de secrets pour moi qu'elle n'en a pour toi. Whitmore m'a accompagné jusqu'à la sortie de l'un d'eux et j'ai récupéré sa voiture. Maintenant il fait le pied de grue devant ma chambre, qu'il sait parfaitement vide. Il doit imaginer que j'ai rejoint une quelconque maîtresse…
- Pardon ? Sa voiture ? Tu t'es baladé dans toute la ville sans voiture blindée, sans vitre pare-balles ? C'est du suicide !
- Oui, parce que j'aurais été discret à conduire un véhicule officiel. Mike, il fait nuit, personne ne m'a vu. Tu crois vraiment qu'un tueur embusqué attend dans ta rue au cas où je me pointerais ? Je suis plus en sécurité ici que je ne le suis à la Maison Blanche justement parce que je ne suis pas censé y être. A présent, arrête de te prendre la tête et profitons juste de ces quelques heures de tranquillité. Ça n'arrivera pas tous les jours.
Disant cela, il avait agrippé Mike pour le forcer à s'allonger à nouveau, avant de se coucher sur lui, un sourire coquin sur les lèvres.
- On a mieux à faire que réfléchir à ma conduite de ce soir, aussi irresponsable soit-elle.
Benjamin conclut sa phrase de quelques baisers sur le torse de son amant.
- Au moins tu l'admets, constata Mike, goguenard. Franchement, je devrais t'attraper par la peau des fesses et te ramener aussi sec là-bas avant de te passer le savon du siècle… Si seulement ça ne me faisait pas autant d'effets de t'avoir dans mon lit.
- Pourquoi tu crois que j'ai pris le risque de venir ?
Nouvel échange de regards entendus puis ils ne prononcèrent plus un mot, se contentant de se câliner, échangeant quelques baisers et caresses avec langueur, comme s'ils avaient tout le temps du monde devant eux.
C'est finalement blottis l'un conte l'autre, les corps épuisés, que le sommeil les cueillit.
ooOoo
Le soleil inondait la pièce à travers les rideaux entrouverts quand Benjamin émergea. Il savoura un moment l'agréable torpeur de laquelle il émergeait lentement, tentant de se convaincre que rien ni personne ne l'attendait au dehors de cette chambre. Sa petite escapade aurait sans nul doute des conséquences, il les gérerait en temps voulu. Pour l'instant il avait juste besoin d'en profiter encore un peu. Il s'était oublié si longtemps qu'il se faisait enfin l'impression de revivre. Et quelle meilleure façon pour cela qu'en se réveillant auprès d'un homme ? A plus forte raison quand l'homme en question était Mike.
Se tournant sans faire de bruit, il posa les yeux sur son amant, qui dormait toujours. Malgré l'inconscience, il émanait de Mike une telle force tranquille. Ben s'était toujours senti en sécurité à ses côtés, y compris dans les pires moments. Une impression que l'autre ne le laisserait jamais tomber, quoi qu'il arrive. A présent c'était valable également de leur vie privée et Mike s'avérait une fois de plus aussi fiable que d'habitude. L'avenir avait beau être angoissant, à ses côtés il était convaincu que les difficultés ne seraient ensuite qu'un mauvais souvenir au regard des bonnes choses à venir.
Avec un soupir de satisfaction, le Président se perdit rapidement dans des pensées nettement moins sages, admirant le visage puis le torse dénudé de son amant, son regard s'arrêtant au drap qui couvrait la taille. Il avait aimé posséder ce corps, pouvoir l'embrasser, le toucher. Un corps ferme et tendre à la fois… Un corps d'homme, ce qui lui avait tant manqué ces vingt dernières années.
Il s'était découvert un penchant pour les hommes dès l'adolescence et avait vécu ses premières expériences à l'université. S'il avait bien eu l'un ou l'autre petite amie histoire de maintenir les apparences, quand il pensait au long terme il n'envisageait pas autre chose que faire sa vie avec un homme. Mais la carrière professionnelle s'en était mêlée. Diplômé en histoire américaine et en droit, il s'était vu offrir l'opportunité d'enseigner à Harvard. A partir de là, afin d'évoluer dans des sphères hautement conservatrices des années quatre-vingt-dix, il s'était fait d'autant plus discret sur sa vie privée. L'avenir avait alors semblé plus incertain mais il était jeune, avec la naïveté et la confiance qui allaient avec.
Margareth avait d'abord été une collègue puis une amie. Il avait compris presque immédiatement qu'elle en pinçait pour lui, mais ce n'était pas réciproque. Pas au début. Benjamin se contentait de la compagnie intéressante et la conversation stimulante qu'elle représentait. Intelligente et brillante, elle était passionnée de politique, un domaine qui lui plaisait également à lui de plus en plus. Ils s'étaient bien trouvés et ce fut sous son impulsion que Benjamin s'était finalement lancé dans cette carrière qui l'avait mené jusqu'à la Maison Blanche.
Faire de la jeune femme sa compagne officielle avait semblé aussi logique que naturel lors de sa toute première campagne et ils s'étaient lancés sans guère se poser de question.
Contre toute attente, avec le temps Ben était sincèrement tombé amoureux de celle que la sagesse lui avait poussé à épouser et n'avait pas eu de mal à s'imaginer vieillir à ses côtés. Ce qui était au départ apparu comme un mariage de raison, l'avait comblé au-delà de toute espérance. A plus forte raison avec l'arrivée de Connor, l'élément de sa vie dont il était le plus fier.
La mort de Margareth l'avait laissé sur le carreau, le privant non seulement d'une épouse aimante mais également de sa meilleure amie. Le choc passé, il s'était résigné à demeurer seul. Margareth avait été sa plus belle exception, il n'imaginait pas retrouver une telle harmonie avec une femme. Quant aux hommes… A son poste, c'était un luxe qu'il avait cru ne plus pouvoir se permettre.
Il avait épousé sa meilleure amie, cela semblait logique qu'à présent il fréquente celui qui était son plus proche ami. Mike se donnait corps et âme à lui, sans rien attendre en retour.
A présent il avait cet homme sexy en diable à ses côtés, pouvait profiter de lui à volonté… C'était si bon qu'il était prêt à renoncer à son job dans la seconde pour ne rien perdre. Une folie sans nul doute, mais Ben n'avait jamais été doué quand les sentiments étaient en jeu. Pire, son amant éveillait en lui une telle envie, qu'il avait tu de trop nombreuses années, qu'il lui semblait ne plus être capable d'un acte cohérent, comme s'il n'était qu'un corps en demande de toujours plus.
N'y tenant plus, il posa la main sur la joue de Mike, le caressant doucement. L'agent réagit immédiatement, bougeant la tête comme à la recherche de plus de contact, tout en laissant échapper un gémissement de satisfaction. Y voyant là une invitation, Benjamin s'allongea sur lui. Mike ouvrit à peine les yeux que déjà leurs lèvres se cherchaient avec avidité. Sans avoir à se consulter, ils trouvèrent les bons gestes, se caressant en prenant tout leur temps pour faire monter le désir. Les mains glissèrent de concert entre leurs deux corps frissonnants, jusqu'à toucher le point central de l'extase qui les prenait peu à peu. Se frottant l'un à l'autre, ils savourèrent les sensations qui affleuraient, jusqu'au moment où le plaisir les prit dans un parfait ensemble, les laissant pantelants et à bout de souffle.
- J'aime me réveiller à tes côtés, murmura le Président lorsqu'il en fut capable, sa main saisissant celle de son amant pour entremêler leurs doigts.
- Oui, je crois que tu as su le prouver, s'amusa Mike, qui ne pouvait détacher son regard de leurs mains unies à présent posées sur son torse.
- J'ai l'impression que je pourrais faire ça tous les jours. Plusieurs fois par jours, précisa Benjamin avec un clin d'œil.
- On fera ce qu'il faut pour ça. Mais tu as conscience que pour l'instant tu dois repartir ?
Asher eut un bref soupir de frustration. Bien sûr, il le savait aussi, ce qui ne le consolait pas pour autant. Dans une autre vie, il serait resté dans ce lit, auprès de cet homme, encore de longues heures, sans autre préoccupation qu'à se demander par quel moyen le combler encore et encore. C'était d'autant plus frustrant de savoir ce bonheur simple si près qu'il pouvait le toucher du doigt, sans pour autant s'en saisir.
- En plus, toi tu es de repos, constat-t-il avec amertume, comme si la perspective de ne pas l'avoir à proximité pour les prochaines heures était intolérable.
- Tu connais mon planning ?
- Je connais ton planning. Il faut bien que je me prépare à l'avance quand je dois gérer la frustration de t'avoir à mes côtés sans pouvoir te toucher.
- Alors ne pas m'avoir dans les pattes comme aujourd'hui doit te rassurer. Pas de frustration au moins.
- Tu parles, grogna Benjamin. C'est encore pire.
Il s'interrompit le temps de donner un baiser à son homme, avant de continuer sur un ton destiné à provoquer la pitié.
- Tu crois vraiment que la troisième guerre mondiale serait déclarée si je passais la journée avec toi ?
- Dixit celui qui vient de passer trois jour à Camp David à se reposer et s'envoyer en l'air. Pas sûr qu'on t'ait élu pour ça. Enfin, moi je me plains pas cependant.
- J'aurais au moins toujours ton soutient dans les sondages, plaisanta Benjamin, même si le cœur n'y était pas vraiment. Tu as raison bien sûr, je vais y aller. Mais une douche d'abord. Et interdiction de m'accompagner, sinon mes bonnes résolutions vont s'envoler. J'ai de toute façon tellement de réunions que je t'aurais à peine vu aujourd'hui.
- Sans regret alors. Moi je vais voir Lynne tout à l'heure.
- C'est bien, s'écria Benjamin avec une sincérité non feinte. C'est important que tu préserves ta famille.
Il s'interrompit un instant en esquissant une grimace, conscient des conséquences quant à ce qu'il s'apprêtait à dire. Il devait pourtant le faire, ne serait-ce que pour mériter Mike si celui-ci le choisissait lui. Mais également parce qu'il avait eu une famille et savait mieux que quiconque que rien ne comptait davantage.
- Mike, commença-t-il en tentant de dissimuler son manque d'assurance, si tu veux donner une seconde chance à ta femme, sauver ton couple… Je comprendrais. Nous deux c'est beau, ça m'apaise. Tu m'apportes plus que tu ne pourras jamais l'imaginer. Mais je saurais m'en passer s'il le fallait, je ne mérite pas que mon bienêtre passe au détriment de ta famille.
Alors qu'il s'apprêtait à se lever, Mike le rattrapa d'une poigne ferme.
- Pas de ça maintenant, plaida l'agent d'une voix douce en l'attirant à lui. Ce n'est de toute façon pas une compétition entre toi et Leah, ça ne l'a jamais été. Tu n'es pas responsable de son départ, nous avions des problèmes bien avant toi. C'est clair ?
- Je veux juste que tu sois sûr de toi, dit Benjamin en hochant la tête.
- Je le suis à peu près autant que toi.
Cette fois ce fut Mike qui initia le baiser, ce pourquoi Ben lui en sut gré. C'était fatiguant de toujours douter, s'interroger, alors quand son compagnon prenait les devants, il pouvait s'autoriser le droit de souffler, pour simplement profiter de ce qu'il avait.
Trop vite, il s'écarta cependant, délaissant cette étreinte qui était bien capable de mener à plus. Même si le cœur n'y était guère, il devait aller travailler, car malgré les émois de son cœur, trop de gens comptaient sur lui pour qu'il agisse sans conséquence.
- Il faut que j'y aille, dit-il à contrecœur.
Avec un soupir dépité, Mike acquiesça et se laissa tomber en arrière sur le matelas, sans pour autant quitter des yeux son compagnon, occupé à rassembler ses vêtements.
- Je serais curieux de savoir comment tu comptes rentrer incognito à cette heure-ci, dit-il d'un ton léger qui soulagea Benjamin.
- J'ai tout prévu, fanfaronna celui-ci, se sentant plus léger à mesure que la conversation redevenait bon enfant. Casquette et lunettes de soleil pour le trajet. Quant au reste, je doute que les gardes à l'entrée fassent des problèmes en me voyant.
- Tu vas les rendre fous en disparaissant comme tu l'as fait. La prochaine fois on fera plutôt l'inverse.
- Tu es le bienvenu dans mon lit quand tu veux beau gosse.
Sur ces bonnes paroles, il disparut dans la salle de bain, n'ayant rien raté pourtant du sourire rêveur qui venait d'apparaître sur les lèvres de Mike.
TBC…
