Voici la suite, en espérant qu'elle réponde à vos attentes.
Guest, pas d'inquiétude, cette fic est déjà écrite entièrement, la fin sera bien postée ;) Merci pour ta review.
Et merci à toutes les quatre pour vos gentils messages, qui demeurent une éternelle source de motivation ;)
Avant dernier chapitre déjà, je vous dis donc à très bientôt pour la fin.
Chapitre 5.
Si son staff avait soupçonné quelque chose concernant sa relation avec Mike, il y avait fort à parier que cette même équipe se doute de ce qu'il se tramait désormais, elle se fit néanmoins plus discrète et c'était aussi bien, Benjamin ne se sentait pas le courage de faire face à de la pitié.
Sa conversation avec son compagnon, ou maintenant ex compagnon devait-il se forcer à se rappeler bien souvent, remontait à des jours et il était incapable d'y faire face. D'autant que la présence quasi quotidienne de Mike à ses côtés n'aidait pas. S'ils étaient heureusement capables de travailler ensemble – Benjamin n'aurait pas supporté demander sa mutation et ne plus le voir, mais si c'était dur c'était tout ce qui lui restait désormais – ils étaient devenus terriblement distants. Ils avaient repris le vouvoiement de rigueur et Mike lui donnait à nouveau du Monsieur, y compris lorsqu'ils étaient seuls.
Mais le plus difficile était probablement le soir venu, quand il était seul dans sa chambre alors qu'en d'autres temps Mike l'aurait rejoint. Tout lui manquait, autant leurs conversations que leurs moments d'intimité, les baisers de Mike et sa façon bien particulière de le regarder, comme s'il était la huitième merveille du monde. Souvent Benjamin imaginait ces regards destinés à quelqu'un d'autre et se retrouvait incapable de respirer, avec l'envie de tout casser autour de lui, pour essayer de se sentir à nouveau vivant au moins pour quelques instants.
Si Mike semblait aussi affecté que lui, il ne faisait en tout cas aucun geste vers une potentielle réconciliation. Il avait pris sa décision et s'y tenait. Benjamin le détestait pour cela, lui qui avait espéré le voir changer d'avis à terme, l'une des raisons pour lesquelles il avait su éviter d'être trop insistant lors de la rupture.
En tout cas, lui savait que c'était le mauvais choix et essayer parfois d'aguicher l'agent ou au moins lui faire comprendre qu'il était partant pour reprendre là où ils en étaient restés. Mike demeurait cependant distant face à toutes ses tentatives, qu'il finit par espacer, pour préserver au moins sa fierté.
Ce jour-là il était à son bureau, venant tout juste d'en terminer avec un entretien en compagnie de son vice-Président et attendant la réunion suivante. Il avait pu gagner quelques minutes dans son emploi du temps surchargé, ce qui lui avait permis de rappeler son ancien patron, qui avait cherché à le joindre la veille. De fait, les nouvelles quant à son avenir une fois hors de ces murs étaient plutôt bonnes. Il s'était vu proposer l'équivalent de son ancien poste, avec en prime la possibilité d'organiser des conférences sur la politique intérieur du pays. Un challenge excitant, qu'il avait cependant hésité un temps à relever. A présent qu'il n'avait plus d'attaches, il ne voyait plus ce qui le retenait de foncer. Il ne s'était de toute façon jamais vu autrement qu'en enseignant, il avait rarement trouvé plus stimulant.
Pourtant, tels des nuages menaçants dans un ciel d'azur, le fantôme de Mike plombait ce qui aurait dû être positif. Parce que sans son compagnon à ses côtés, il ne voyait matière à se réjouir de rien. C'était frustrant. Il avait tellement hâte de pouvoir laisser cette peine derrière lui, quoi que pas certain que cela arrive jamais.
Penser à son futur l'aidait à relativiser. Quand il y songeait de façon posée, surtout maintenant qu'il s'habituait à la douleur lancinante de l'abandon, la côtoyant quotidiennement telle une amie bien cruelle, il admettait qu'à terme ne plus être avec Mike faciliterait pas mal de choses. Pas certain qu'il obtienne ce poste prestigieux qu'on venait de lui proposer s'il avait un compagnon dans les bagages, même si on invoquerait un autre raison. Et puis, il était enfin capable d'admettre que le bilan de sa présidence lui importait. Mike avait raison, finir sur un échec par un limogeage en règle n'était pas la solution, ce qui semblait inévitable quand ils étaient ensemble. L'Amérique était prête pour un président noir, peut-être même une femme, mais un homo c'était une autre paire de manche.
Sacrifier certains de ses désirs pour son métier, ce n'était certainement pas une première. C'était d'autant plus important cette fois. Actuellement il s'employait faire passer une loi facilitant l'accès à l'éducation supérieure, créant un système de bourses qui permettrait à ce que ces études poussées ne soit plus réservées à l'élite. Cela demandait des fonds importants, qu'il rognait ailleurs. Il n'avait pas que des amis à cause de cela. La disgrâce serait du pain béni pour ces opposants, qui sauteraient sur l'occasion pour jeter aux oubliettes chaque loi qu'il avait défendu avec passion. Et ce projet n'était pas le premier. C'était pour cela qu'il voulait qu'on se souvienne de lui ensuite, et non pas comme le premier Président en activité à fréquenter un homme. Tant pis si cette ambition risquait bien de gâcher le reste de sa vie.
Dans ces conditions, il commençait à pardonner à Mike pour sa décision, bien que le côtoyer demeure toujours aussi cruel.
ooOoo
Mike jouait distraitement avec son verre de vin pratiquement vide, tout en essayant de s'intéresser aux propos de son interlocuteur. Dès qu'il relâchait ses efforts, son attention se portait sur tout et n'importe quoi, dans le meilleur des cas.
Quoi que sans prétention, le restaurant choisi par l'autre homme était plutôt agréable. Décoration soignée, personnel compétent et souriant. La nourriture était excellente mais moins que le vin, dont il n'était pas à son premier verre. Mike savait d'expérience que l'alcool pouvait aider à sauver une soirée.
Paul, un collègue du temps où il travaillait pour le Trésor, l'avait contacté la semaine précédente, ne lui cachant pas que sa démarche avait été motivée par l'annonce de son divorce. Voilà qui confirmait le pouvoir des potins en tout genre, si même des gens avec qui il n'était plus guère en contact finissaient par avoir les détails de sa vie privée.
Très vite au fil des appels, il s'était avéré que son ami était très intéressé pour devenir justement plus qu'un ami. Mike, flatté, avait fini par accepter cette invitation à dîner, non sans se demander comment Paul s'était douté qu'il était bi. C'était une question qu'il n'avait pourtant pas encore réussi à amener sur le tapis, laissant plutôt l'autre parler, et celui-ci semblait justement inépuisable à ce sujet. Mais c'était aussi bien, de longs silences gênés n'auraient fait que confirmer à Mike qu'il ne passait décidément pas une bonne soirée.
Son rencard n'y était pour rien. Paul était en effet de compagnie agréable, avait de la répartie et une culture qu'il étalait sans prétention, équilibre difficilement atteignable. Il était même plutôt séduisant. C'était ces détails, déjà connus de Mike, qui l'avaient poussé à accepter cette sortie.
Ça et surtout le désir de se changer les idées. Parce qu'à présent qu'il n'avait plus que son travail pour occuper son temps, les soirées en solitaire étaient terriblement longues. Ressasser son manque de Benjamin était une activité trop douloureuse pour continuer à s'y consacrer avec autant de régularité.
Fréquenter quelqu'un avait semblé une bonne idée pour oublier son ancien compagnon, malgré les journées inévitablement passées à ses côtés. Une façon aussi bonne qu'une autre de passer à autre chose.
Malheureusement, à mesure que la soirée avançait, Mike était obligé de constater que ce plan pathétique avait totalement échoué. Parce que justement, il n'avait de cesse de penser à Benjamin, se faisait l'impression de le trahir en sortant avec quelqu'un d'autre. Une soirée au restaurant en toute simplicité, voilà quelque chose qu'il aurait voulu faire avec lui. Ils auraient parlé, ri, flirté. Puis ils auraient fini au lit, faisant l'amour avant de s'endormir blottis l'un contre l'autre. La vie normale en somme.
Mais c'était justement parce qu'avec Benjamin il n'y avait pas de vie normale possible que leur rupture demeurait la meilleure solution. Dommage qu'y faire face soit si difficile. Plus que tout ce que Mike aurait pu imaginer. Il avait surmonté d'autres ruptures où seul son égo souffrait. Il s'en était rapidement remis à chaque fois. Alors que cette fois… Cela faisait des semaines qu'il vivait en reclus avec pour seule activité de panser ses blessures. Et ce soir, pour sa première tentative de recommencer à vivre, c'était un échec cuisant.
Il en était à se dire qu'il suffisait d'un seul mot de la part de Ben pour qu'il vienne ramper à ses pieds, le suppliant de le reprendre. Mais le Président demeurait désormais distant lorsqu'ils étaient ensemble, ne lui parlant que dans le cadre du travail le reste du temps. Un temps il avait eu sa chance, mais il n'avait su la saisir, puis Benjamin avait donné l'impression de passer à autre chose. Ça aurait dû être une victoire… Et pourtant c'était depuis lors qu'il souffrait d'autant plus.
Qu'il soit celui des deux qui avait le plus de mal à s'en remettre, alors même qu'il était celui qui les avait menés là, était douloureusement ironique. Encore que, il n'aurait pu souhaiter meilleur dénouement pour Benjamin.
Se forçant pour la énième fois depuis le début de la soirée à se sortir Ben de la tête, il tenta d'entretenir une conversation normale avec Paul durant les minutes suivantes, mais le cœur n'y était définitivement pas. Il s'en voulait. Pour Paul bien sûr, qui faisait les frais d'une situation à laquelle il était étranger. Mais également de se montrer aussi faible. Voilà ce qu'on récoltait à tomber amoureux, songea-t-il avec amertume. Ce n'était jamais bon, il y avait bien trop à perdre. C'était ce soir d'autant plus absurde qu'il avait pris seul la décision de cette rupture qu'il était désormais incapable d'assumer.
Un temps il fut tenté de proposer à son compagnon du moment de passer la nuit ensemble. S'abrutir dans l'extase pour ne plus avoir à penser. Mais il se retint au dernier moment. A quoi bon faire semblant ? Ça n'aurait été juste pour aucune des parties concernées. Et puis il n'était pas certain d'être capable de faire ce qui se faisait à deux dans un lit. Pas sans Benjamin. Plus jamais sans Benjamin. Comme si sans lui il n'était plus tout à fait un homme.
Au moment de se séparer devant l'établissement après avoir partagé la note, alors qu'il était encore tôt mais c'était certainement mieux ainsi, Paul, comme s'il ne s'était rendu compte de rien, proposa qu'ils se revoient. Mike voulu gagner du temps, refuser sans paraître trop catégorique. Non pas pour conserver une porte de sortie lorsqu'il aurait été prêt, mais bien pour préserver celui qui ne savait pas dans quoi il avait mis les pieds.
- Il me faut un peu de temps, éluda-t-il. C'est un peu trop compliqué dans ma vie pour le moment.
L'autre accepta sans broncher. Un homme bien décidément, dont il se serait volontiers satisfait en d'autres temps. Tout était plus facile alors. Il rentra plutôt chez lui se complaindre dans ses souvenirs, comme tous les soirs. Rassurant quelque part. Peut-être même que ça finirait par le rendre un jour heureux.
ooOoo
Assis sur le canapé, à la main un bol de glace totalement oublié, Benjamin souriait en fixant son fils, installé près de lui. Connor était amoureux. Voilà une nouvelle à laquelle le Président ne s'était pas attendue, mais qui n'aurait pu le rendre plus heureux. Au moins un Asher serait épanoui. Quoi qu'à la réflexion, le jeune homme ne semblait pas spécialement joyeux. Il avait annoncé la nouvelle sur un ton monocorde et pas l'ombre d'un sourire sur les lèvres. A présent, que sa glace fondait lentement dans un bol qu'il serrait entre ses deux mains à le briser, Connor gardait la tête baissée, les yeux fixés sur ses pieds.
- C'est plutôt une bonne nouvelle, non ? tenta son père, essayant d'y mettre toute la bonne humeur qu'il manquait à son interlocuteur.
- En fait non. Parce que ça ne pourra pas se faire.
- Quoi ? Quel genre de fille pourrait ne pas vouloir de toi ?
- Elle veut de moi, mais c'est… compliqué…
C'en était trop pour Benjamin ! Ses propres tourments, il pouvait les mettre de côté, mais son fils méritait le meilleur et il refusait que ce ne soit pas le cas en cet instant. Alors il arrangerait cette situation, mais pour cela il devait comprendre ce qu'il se tramait.
- Raconte-moi, dit-il dans ce but.
Ce n'était pas forcément évident pour un tout jeune homme d'aborder ce genre de sujets intimes avec son père, mais Benjamin pouvait se vanter avoir toujours eu une relation particulière avec son fils, à plus forte raison qu'il n'y avait plus qu'eux deux. Aussi ne fut-il guère surpris, quoi que prenant malgré tout la peine de s'en réjouir, en voyant Connor hocher la tête tout en passant une langue nerveuse sur ses lèvres.
- C'est une fille bien, commença-t-il lentement. Et elle est belle… Elle m'a plu tout de suite. On a passé du temps ensemble, dit-il pudiquement, Ben n'étant cependant guère naïf pour ne pas comprendre ce que signifiait cette précision. Mais j'ai préféré ne pas donner suite.
- Mais pourquoi ? s'étonna sincèrement Benjamin. Cette décision a pourtant l'air de te rendre tellement malheureux.
Baissant une nouvelle fois la tête, le jeune homme s'écarta légèrement.
- C'est à cause de toi, dit-il dans un souffle, si bas que son père cru avoir mal compris.
- Moi ? Je ne me serais jamais permis de te demander de faire quoi que ce soit pouvant aller à l'encontre de tes désirs.
Benjamin s'était tendu sans même s'en rendre compte. Il n'aimait décidément pas le tour que prenait cette conversation. Il ne se sentait pas prêt à faire face à ce qu'il allait immanquablement apprendre, pas alors qu'il avait encore le cœur en charpie.
- Justement ! reprit Connor, avec cette fois un peu plus d'assurance. Je te connais, tu ne me l'aurais jamais demandé. C'est pour ça que je l'ai fait. Pour te protéger.
Benjamin bondit sur ses pieds en entendant cela et tourna le dos à son fils, ne voulant pas qu'il le voit aussi bouleversé. Il se força à rester immobile tout en essayant de se calmer, réalisant seulement toute l'ampleur du mal qu'il faisait à ses proches sans même s'en rendre compte. Il était le chef du monde libre nom de dieu ! Et voilà que les deux êtres qu'il aimait le plus se sentaient obligés de le protéger sans même lui demander son avis. Cela aurait pourtant dû être l'inverse !
- Connor, je me fous de la couleur de sa peau, de sa religion ou de n'importe quel autre détail qui aurait pu te laisser croire qu'elle pourrait être un problème. Si tu l'aimes…
- Laisse-moi finir papa. C'est l'assistante de l'un de mes profs, ma tutrice… Elle va avoir trente ans. Et j'ai… j'ai paniqué, parce que si ça se sait, c'est sur toi que tout le monde va tomber. Tes détracteurs…
- J'emmerde mes détracteurs ! grogna Benjamin, qui en avait marre d'entendre toujours cette même excuse qui empêchait son entourage et lui-même de vivre. Fils, si tu aimes cette femme, rien ni personne, et certainement pas moi, ne peut te demander de renoncer à elle. Reste discret avec elle si tu veux, mais ne gâche pas ce que vous avez.
C'était un discours qui lui apparaissait douloureusement familier. A croire qu'il y avait quelque malédiction familiale derrière tout cela. A lui faire regretter d'avoir choisi une carrière publique, exposée, si cela devait les entraver à ce point.
- Mais toi ? tenta le jeune homme.
- Laisse-moi gérer ça, d'accord ? Je suis adulte, je peux faire face. Et je ne veux que ton bonheur. C'est bon pour toi ?
Il se retourna à temps pour voir Connor hocher doucement la tête.
- Viens là, dit-il en souriant.
Connor se leva et se serra contre lui. Même s'ils n'étaient pas là pour lui, Benjamin se sentit incroyablement réconforté par cette étreinte. Il avait perdu l'homme qu'il aimait, à cet instant il ne voyait que les contraintes de son métier, mais au moins se souvenait-il enfin que Connor, lui, serait toujours là. Cela aurait dû être l'inverse bien sûr, pourtant c'était bien son fils qui était son roc. Et grâce à lui, il voyait enfin la possibilité de garder la tête hors de l'eau.
- Tu mérites d'être heureux Connor, dit-il lorsqu'ils s'écartèrent l'un de l'autre. C'est ce que ta mère voulait pour toi.
- Tu sais, c'est pareil pour toi papa.
- Moi ? Mais je suis heureux.
Semblant apaisé, le jeune homme reprit sa place sur le canapé en riant doucement.
- Alors cette tête de chien battu que tu as depuis que je suis là, c'est pour la blague ?
- J'ai quelques soucis, rien de plus, marmonna l'aîné en haussant les épaules.
- Ne me sors pas l'excuse de ton travail. On sait tous les deux que c'est faux.
- Connor, il n'y a rien, je t'assure !
- Et Mike, il en dit quoi ?
A l'évocation de cet homme qui occupait encore un peu trop ses pensées à son goût, Benjamin se figea, le souffle court. Voilà une conversation qu'il ne voulait pas avoir, et encore moins avec son fils de surcroît.
- Qu'est-ce que vient faire Mike dans le fait que je sois heureux ou pas ?
Il fallait noyer le poisson et vite, sans montrer combien il souffrait de devoir prononcer ce prénom.
- Parce que tu crois que je suis totalement idiot, mon cher père ?
- Mais comment est-ce que…
- Je n'ai rien fait d'autre qu'appliquer ce que tu me répètes depuis que je suis gosse. Tu te souviens ? "Observe ! C'est ta meilleure arme contre les autres. Quoi qu'ils veuillent te cacher, tu en aura un bon aperçu en les observant."
- Ce n'était pas censé s'appliquer à moi, nota Benjamin, tout de même impressionné. Ecoute, quoi que tu penses qu'il se soit passé entre Mike et moi, c'est fini. Et c'est aussi bien comme ça.
- Pourquoi ?
- Je ne suis pas sûr que tu aies besoin de le savoir.
- Pourquoi ? répéta Connor.
Benjamin secoua la tête et sentit toutes ses barrières céder. Bien sûr qu'il n'avait pas à aborder ce sujet avec son fils, mais pouvoir en parler, juste quelques minutes, il en avait tellement besoin.
- A ton avis ? murmura-t-il en s'asseyant à ses côtés. Si toi tu as peur du scandale à cause de ta relation, imagine ma situation. C'était la meilleure des choses à faire.
- Mais tu l'aimes, s'insurgea Connor.
- Ça n'aura pas suffi pour le garder près de moi.
- Alors c'est lui qui t'a quitté ?
Benjamin lui était reconnaissant de ne plus prononcer son nom. Cela l'apaisait au moins un peu malgré les circonstances.
- Je ne lui en veux pas, mentit-il, essayant par là même de se convaincre lui-même. Il a fait ce qui était le mieux, ce que je n'aurais pas eu le courage de faire.
- C'est stupide ! s'écria le jeune homme. Après le discours que tu m'as tenu, ce renoncement de ta part est hypocrite ! Ce qui est valable pour moi devrait l'être pour toi aussi.
- C'est trop compliqué…
Le Président fut incapable de continuer et se contenta de fixer sa jambe, qui s'agitait compulsivement. Connor s'approcha et posa une main réconfortante sur son bras.
- Toi aussi tu as le droit d'être heureux, papa. Après tout ce que tu as déjà traversé…
- J'ai pas l'impression qu'on m'en laissera l'opportunité.
- Ça ne devrait regarder que toi.
- Si seulement c'était aussi facile…
- Ça l'est. Tu sais quoi ? Moi je vais retourner vers Sasha…
- C'est comme ça qu'elle s'appelle ?
- Oui, mais ne change pas de sujet. Toi pendant ce temps tu essayes de rattraper le coup avec lui. Je ne parle pas de mariage ou d'une quelconque officialisation, mais juste de votre vie privée. Ça ne regarde personne d'autre que vous.
Avec les mots de son fils, cela semblait terriblement simple, Benjamin savait pourtant qu'en réalité cela ne l'était pas, mais il commençait à envisager la possibilité de pouvoir se battre malgré tout. Il fallait qu'il parle à Mike, qu'il plaide sa cause, leur cause, au moins une fois encore.
Il remercia son fils et accepta son marché, même s'il n'avait aucune idée du moment où il serait capable de se jeter à l'eau.
ooOoo
Mike avait cherché le Président dans toute la résidence, sachant parfaitement qu'il ne pouvait être ailleurs à cette heure avancée de la soirée. Pourtant, Benjamin continuait à briller par son absence. L'agent, inquiet, devait se faire violence pour ne pas prévenir tous ses hommes et lancer des recherches à grande échelle. C'était une décision irrationnelle, mais malgré sa rupture avec Ben, il avait encore bien trop souvent une conduite tout particulièrement non professionnelle. Une part de lui était demeurée le compagnon concerné, même s'il n'avait plus rien d'un compagnon.
En cela tout autant que pour les raisons invoquées quand c'était arrivé, leur rupture avait été bénéfique. Pourtant Mike se prenait souvent à regretter cette séparation. Presque deux mois déjà qu'elle avait eu lieu et il continuait à se sentir vide, comme s'il lui manquait une partie de lui-même. Plus d'une fois il avait voulu aller trouver Benjamin et le supplier de vouloir encore de lui, effacer les mots prononcés ce soir fatidique et tout recommencer. Les moments passés à ses côtés avaient compté parmi les plus heureux.
A présent, il vivait dans un tout petit appartement sans âme, voyait sa fille une fois par semaine et continuait à se tuer au travail, malgré l'ambiance plus que tendue avec son ex amant. Des détails qui lui avaient paru insignifiants avant, mais maintenant que Benjamin n'était plus à ses côtés autrement que pour le travail, cela apparaissait insurmontable. La mascarade qu'était devenu son mariage en était presque à lui manquer désormais. Et c'était d'autant plus dur que chaque fois qu'il la voyait, Leah semblait pour sa part totalement épanouie. Au moins une qui avait su gérer leur après eux.
Il en était venu à détester cette nuit où il avait entendu Benjamin crier dans son sommeil pour la première fois. Peut-être que s'il n'avait pas pris conscience de sa souffrance, s'il ne s'était jamais senti le besoin de l'épauler, sa vie ne serait pas partie à vau-l'eau de cette façon.
Il était injuste pourtant. Malgré cette conclusion douce-amère, leur relation et globalement chacun de ses actes jusque-là avait fait du bien à Benjamin. Même s'il avait désormais le cœur brisé, il semblait ironiquement plus serein. Et puis se remettre d'une rupture n'était pas grand-chose au regard du traumatisme qui avait été le sien auparavant. C'était la seule chose qui parvenait à réconforter Mike toutes ces nuits où il ne parvenait à dormir.
C'était aussi à cause de ses insomnies qu'il traînait ici plus que de raison chaque soir, cavalant de pièce en pièce alors qu'il était minuit passé, que l'équipe de nuit avait pris le relai depuis bien longtemps. Il n'était cependant jamais tranquille tant qu'il n'avait pas vu Benjamin une dernière fois, ne s'était pas assuré qu'il allait bien. Or ce soir, ce dernier constat se faisait attendre. Le Président était tout bonnement introuvable.
En dernier recours et il ne sut pourquoi, Mike rejoignit l'extérieur et longea l'aile Ouest. Benjamin n'avait rien à faire dehors, mais puisqu'il n'était nulle part à l'intérieur… Quelle ne fut pas sa surprise alors de le découvrir allongé sur l'herbe, perdu dans la contemplation du ciel.
Sans même réfléchir à ce qu'il faisait, si c'était la bonne attitude à adopter était donné leur passé récent, Mike alla le rejoindre.
Dès qu'il fut debout à ses côtés, Benjamin posa un regard lointain sur lui. L'agent réalisa qu'il le trouvait particulièrement beau à cet instant. Peut-être à cause de l'éclairage discret de l'extérieur, dont la lumière était plus douce, peut-être à cause de son air indéchiffrable, mystérieux, ou plus probablement sa mise peu soignée. Mike ne l'aimait pas spécialement en costume, non pas qu'il ne le trouve pas attirant quelque soit sa tenue, mais c'était définitivement habillé de cette manière décontractée qu'il avait sa préférence. Ce soir le tee-shirt de son équipe de foot favorite, son jean délavé et surtout ses pieds nus, faisaient des merveilles sur Mike. C'était dans ces moments-là que tenir ses bonnes résolutions à l'égard de cet homme lui en coûtait énormément. La raison pour laquelle il ne pouvait l'ignorer et repartir de là où il venait.
Il soutint son regard en silence, jusqu'à ce que Benjamin reporte finalement son attention sur la voûte étoilée, sans esquisser le moindre geste pour se lever. L'agent en était à se demander quoi faire, quoi dire à la limite, pour ne pas avoir l'air totalement idiot à rester planté ainsi, mais son compagnon se décida à le devancer en prenant enfin la parole.
- Ça faisait longtemps que je n'avais pas vu un ciel aussi dégagé, autant d'étoiles, ailleurs qu'à Camp David, murmura Benjamin d'un ton lointain. C'est magnifique.
Mike se contenta de hausser les épaules. Il se fichait bien de ce genre de scène pour l'instant. Parce qu'à vrai dire, il avait un spectacle autrement plus attirant devant les yeux, constata-t-il douloureusement en continuant à fixer l'autre homme.
Il ne devait cependant pas se laisser aller, se souvint-il en secouant la tête. Alors il oublia momentanément l'amant meurtri et délaissé, uniquement par sa seule faute, pour reprendre ce rôle de garde du corps, qui lui avait convenu à la perfection pendant des années.
- Vous ne devriez pas rester ici Monsieur.
Asher eut un petit rire sans joie.
- Pourquoi ? Peur que j'attrape froid ? Ou que quelqu'un ait l'idée de venir bombarder cet endroit exact ? Pour ce que tu en as à fiche…
- Au contraire, votre sécurité m'importe Monsieur.
- Et arrête avec ton Monsieur ! Putain Mike, tu as eu ma queue dans la bouche, on a baisé ensemble si souvent que j'en ai perdu le compte ! Tu m'as mis les larmes aux yeux à force de plaisir, tu as gémi mon prénom en jouissant… Et maintenant tu me redonnes du Monsieur ? Enfin, c'est quoi ton problème ?
Le ton était dur, mordant, destiné à faire mal, pourtant Benjamin s'était à peine redressé, comme s'il était convaincu que c'était de toute façon perdu d'avance. Ce fut ce dernier détail qui blessa le plus Mike.
- J'agis au mieux, tenta-t-il.
- Tu parles !
Le Président soupira profondément, avant de s'allonger à nouveau. Quand il reprit la parole, il avait retrouvé son calme.
- Installe-toi près de moi Mike.
- Benjamin… Ben… ce n'est pas une bonne idée.
- C'est au contraire la meilleure que j'ai eu depuis que tu m'as quitté. J'ai des choses à te dire et je veux que tu écoutes. Ensuite tu partiras si tu le désires. Mais j'estime avoir gagné le droit de te parler.
Mike demeurait convaincu que c'était une erreur, il obtempéra pourtant.
Tout en s'allongeant, il ne put s'empêcher de songer à ce que penseraient ses hommes s'ils les voyaient ainsi. Il en serait quitte pour une nouvelle salve de ragots, alors même qu'il battait froid son patron depuis des semaines. Mais lorsqu'il sentit la main de Benjamin frôler la sienne, et qu'on ne lui dise pas que c'était par accident, il ne pensa plus qu'à ce contact subtil et se trouva apaisé pour la première fois depuis des semaines.
- Bien, je t'écoute, dit-il d'une voix plus calme qu'il ne l'avait espéré.
- Merci. J'ai beaucoup réfléchi ces derniers temps et j'ai compris que je n'aurais pas dû réagir comme je l'ai fait le soir où…
- Tu as été parfait au contraire, l'interrompit Mike, qui savait exactement à quoi il faisait référence.
- Bien sûr que non. Je t'ai laissé partir sans me battre, acceptant mon sort pour de mauvaises raisons. J'allais gâcher ma vie pour ne pas faire de vagues… Et tu sais le pire ? C'est que Connor allait faire la même chose, juste pour préserver ma réputation. Comme si elle valait autant de sacrifices.
Benjamin raconta les détails de sa conversation avec son fils, sa rupture avec son amie parce qu'elle n'entrait pas dans un moule convenable pour lui.
- Ça ne te rappelle rien ? grogna le Président. Elle a dix ans de plus que lui, tu es du même sexe que moi… Ce n'est pas ce qu'on attend des Asher, la Première famille doit montrer l'exemple, défendre des valeurs d'un autre temps… Au détriment de son bonheur. J'ai pas signé pour ça en prêtant serment. Alors j'ai convaincu Connor de faire marche arrière, de donner une chance à cette fille. Heureusement qu'il écoute encore les conseils de son père. Il vient de partir en stage d'été avec elle, à chaque fois que je l'ai au téléphone il a l'air plus heureux qu'il ne l'a jamais été.
Il s'interrompit un instant le temps de caresser les doigts de Mike qui étaient restés contre les siens. C'était doux, tendre et l'agent n'envisagea pas un instant de se défiler.
- Et tu sais à quoi j'ai pensé quand je lui faisais la morale ? Que j'étais quand même un foutu hypocrite. Je lui reprochais de faire exactement ce que j'avais fait avec toi. A croire qu'on est une belle bande de crétins dans la famille.
- Alors qu'est-ce que tu veux faire ?
Mike se sentait bouillir de l'intérieur, parce que cette conversation il la craignait depuis un moment, pourtant le calme ambiant l'apaisa et l'aida beaucoup.
- Te garder auprès de moi !
La réponse de Benjamin était ferme, n'appelait à aucune discussion, même si les deux hommes savaient que c'était inévitable d'en parler.
- Ben, j'aimerais te dire oui. Tu n'as pas idée combien j'aimerais te dire oui. Mais ça serait absurde. On en est au même point qu'avant. Si c'était la bonne décision à ce moment-là, il n'y a pas de raison que ça ait changé.
- On doit pouvoir trouver autre chose ! Parce que je refuse d'accepter cette défaite. Je te l'ai dit ce soir-là, je t'aime. Je pensais que ça me passerait mais c'est impossible. Et je sais que c'est pareil pour toi. C'était un peu plus facile quand Connor est revenu après ses examens, mais maintenant qu'il est reparti, que tu m'adresses à peine la parole, je me sens seul à en crever. Je ne veux plus ça ! J'aurais su m'effacer si tu étais passé à autre chose, mais on sait tous les deux que ce n'est pas le cas. Bon sang Mike, tu devrais être totalement de mon avis. C'est l'évidence toi et moi.
Ils restèrent un moment silencieux, laissant juste leurs doigts jouer ce ballet dont les corps étaient privés. Mais les mots avaient porté leur fruit. D'autant que Benjamin n'avait énoncé que des évidences et lui ne voulait rien d'autre que l'avoir à nouveau dans ses bras, faire partie de sa vie… Il voulait dire oui, il ne désirait que cela… Il n'en pouvait plus de sa raison qui était perpétuellement en contradiction avec son cœur. Cela aurait pu être supportable avec quelqu'un de fort en face de lui, mais Asher n'aidait certainement pas entre son petit air perpétuellement malheureux de ces dernières semaines et sa présente déclaration.
- J'ai envie de toi Ben, capitula-t-il enfin. De toutes les façons possibles. Je veux l'amant, le compagnon, l'ami… Et j'en crève moi aussi d'être loin de toi, mais c'est trop compliqué. Malgré toute notre bonne volonté, si on continue, on ira droit dans le mur.
- Je veux prendre le risque.
- Pas moi. Pas alors que tu vas inévitablement tout perdre.
- Mike…
- Je n'ai pas fini. Voilà ce que je pense. A présent à toi de me convaincre. Propose-moi des solutions, expose-moi ton plan, parce que si tu n'en avais pas un, nous n'aurions pas cette conversation. Je n'attends que de pouvoir te dire oui, alors prouve-moi que je n'ai plus aucune raison de te résister.
- Eh bien si tu dis oui, on pourra recommencer à faire l'amour n'importe quand. Je suis sûr que ça te manque.
- C'est un coup bas, s'amusa Mike. Bien sûr que ça me manque, mais ça n'aidera pas à résoudre quoi que ce soit.
- J'ai tenté, dit Benjamin avec un sourire mutin, pour te rappeler ce que tu as perdu. Mais sérieusement, on peut se faire plus discrets. Si on continue à s'ignorer comme on le fait en ce moment, à être distants, froids l'un envers l'autre quand on n'est pas seuls, personne ne se doutera de rien. J'imagine que là ils pensent tous qu'on a rompus.
- Mais on a rompu.
- Alors servons-en nous pour maintenir l'illusion, plaida le Président sans se démonter. Il nous reste à peine un an et demi à tenir, c'est tellement peu au regard de tout ce qu'on pourra avoir ensuite.
- Attendons ce temps-là avant de nous y remettre, proposa Mike, dont la part rationnelle préférait passer en revue toutes les options.
- Et faire ceinture dix-huit mois ? ironisa Benjamin. Je crois qu'on a passé l'âge de seulement l'envisager.
- Je cherche une solution, se défendit Mike. La meilleure pour tous les deux.
- La meilleure solution, la seule solution, c'est que toi et moi on reste ensemble. Tu m'as appris la vie à deux, tu n'as pas le droit de m'en priver aussi vite.
- Je veux seulement que tu sois heureux.
- Il n'y a qu'à tes côtés que j'y arriverais.
L'agent avait essayé, vraiment essayé, de tenir ses résolutions, d'agir de façon rationnelle et de prétendre envers et contre tout que cela ne l'affectait pas, pas vraiment. Mais ce soir, devant la détresse de son compagnon, devant sa propre frustration, les excuses ne tenaient plus. Il n'était pas heureux, Benjamin ne l'était pas davantage, alors continuer à faire semblant n'avait décidément plus le moindre intérêt. Si Ben avait été fort et résolu près de lui, ça aurait pu fonctionner, il aurait pu passer outre ses regrets, se sacrifier pour lui, parce que c'était son rôle. Là en revanche, avec Benjamin qui revenait, qui s'accrochait, c'était impossible de résister. Il le regretterait peut-être un jour, mais ce jour n'était pas venu. Ce soir il voulait garder la naïveté de croire que tout irait bien et que seul le meilleur les attendait, aussi puéril, dangereuse même, que soit cette conviction.
Incapable de trouver les mots justes, il se contenta d'entremêler ses doigts à ceux de son compagnon, scellant silencieusement la plus belle des promesses. Benjamin sembla le comprendre, comme à chaque fois, et soupira d'aise, ne rajoutant rien lui non plus. Ils restèrent un bon moment ainsi, sans bouger, savourant ce silence entre eux qui n'avait désormais plus rien de gênant. Ils ré-apprivoisaient leur intimité, leur proximité, et c'était juste comme respirer à nouveau après être resté trop longtemps en apnée.
- Si tu m'accompagnes à la résidence, ça paraîtrait suspect ? s'enquit Benjamin en se levant, combien de temps après, il n'en avait aucun idée.
- Probablement. Sauf si on fait en sorte qu'on nous entende parler boutique.
- Le discours de la société des arts ? proposa le Président en référence à l'une de ses prochaines apparitions publiques, sur laquelle travaillait déjà l'équipe de Mike.
- Le discours de la société des arts, acquiesça celui-ci.
On aurait dit deux gamins qui mettaient en place un mensonge leur permettant de faire le mur. C'était excitant quelque part, ce petit quelque chose qui n'appartenait qu'à eux. Autant voir le bon côté des choses après tout, puisqu'ils avaient décidé de se lancer.
ooOoo
Ils firent comme convenu, adoptant – sans le moindre mal, ce qui demeurait inquiétant – le ton froid qu'ils avaient l'un pour l'autre depuis plusieurs semaines. Un bien maigre sacrifice s'ils pouvaient ensuite être seuls sans éveiller les soupçons.
Quand ils se retrouvèrent face à face dans le petit salon coquet, Mike se sentit incroyablement mal à l'aise. Ce n'était pourtant pas la première fois et il gardait de bons souvenirs, de très bons souvenirs même, des moments passés ici. Ce soir pourtant, l'ambiance était pesante, malgré toute sa bonne volonté. Il avait fait le bon choix, il n'en doutait pas, quelque soit le prix à payer ensuite, mais n'en culpabilisait que davantage pour le temps perdu auprès de Benjamin par sa seule faute.
A cet instant il n'aurait pu être davantage partagé. Il voulait prendre ses jambes à son cou et se persuader que c'était pour le mieux. Il voulait serrer Benjamin dans ses bras et s'excuser pour l'avoir fait souffrir. Choix cornélien entre le cœur et la raison. Mais surtout, surtout, il voulait l'apaisement. Ne plus réfléchir, hésiter, se poser de questions. Agir sans songer à devoir le regretter ensuite. Peut-être sciemment, peut-être sans même en avoir conscience, ce fut Benjamin qui mit fin à son tourment d'un baiser. A peine un caresse sur ses lèvres, non dénuée d'hésitation, mais qui était surtout une promesse à la paix retrouvée. Mike soupira d'aise et réalisa que c'était là la clé. Qu'importe tout le reste, tant qu'ils étaient ensemble tout était au mieux.
L'échange gagna bien vite en intensité et ce qui était d'abord de tendres retrouvailles devint bien plus excitant. Les caresses avaient un goût de déjà vu rassurant et chacun savait très exactement quoi faire pour que la température monte de quelques degrés encore. Les boutons d'une chemise qui sautent, une boucle de ceinture qui s'ouvre, quelques mots murmurés qui n'avaient plus rien de tendres mais poussaient au contraire à toujours plus.
- La chambre…, grogna Benjamin entre deux baisers.
S'y rendre ne fut pas aisé tant ils se refusaient à se lâcher. Ils avaient tant souffert de l'absence de l'autre, alors s'éloigner maintenant n'était pas envisageable, même de quelques petits centimètres pour seulement marcher sans trébucher.
Dans la chambre, Mike s'empressa de déshabiller son amant, admirant chaque parcelle de peau à mesure qu'il la dénudait, ne réalisant que maintenant combien ce corps désirable lui avait manqué. A cet instant l'idée même d'avoir estimé pouvoir s'en passer était aberrante. Benjamin était son tout. Il avait mis longtemps à le comprendre, plus longtemps encore à l'accepter, désormais c'était une évidence contre laquelle il ne pouvait plus lutter, il ne le voulait même pas d'ailleurs. C'était bon d'être amoureux. De ne pas se contenter d'une relation purement physique ou d'un mariage qui ne tenait plus que par l'habitude. Aimer et l'être en retour, voilà le fondement de cette relation. Il ne désirait rien d'autre.
Il sourit en passant lentement les mains sur le corps offert, caressant une hanche, taquinant un téton, titillant le nombril, frôlant à peine le membre dressé.
- Je t'aime, dit-il dans un souffle, ne ressentant aucune gêne à cette déclaration pour la toute première fois. Tu m'as tellement manqué…
- J'avais peur de passer pour trop fleur bleue à te dire la même chose.
- Je crois qu'à ce stade on peut tout se dire, nota Mike, ne voyant aucun mal à faire preuve d'un romantisme éhonté pour quelques instants, pas avec lui.
- Bien, dans ce cas je me permets une doléance. Remets tes mains sur moi.
L'agent ne remarqua qu'à ce moment qu'il s'était éloigné, quoi qu'à peine. Il eut alors une moue amusée.
- J'ai mieux, dit-il. Assieds-toi.
Benjamin n'était pas du genre à se laisser faire de la sorte, aussi Mike fut-il satisfait de le voir obéir, s'installant au bord du lit.
- Ecarte les jambes.
Cette fois encore, aucune hésitation. Satisfait, Mike se laissa tomber à genoux, passant une langue gourmande sur ses lèvres en posant les mains sur les cuisses ouvertes.
La peau frissonna sous ses doigts, ce qui ne l'en excita que davantage, il aimait voir son amant aussi réactif, totalement à ce qu'il faisait. C'était toujours meilleur quand ils étaient totalement sur la même longueur d'ondes. Il releva les yeux vers Benjamin, se plongeant dans son regard, en constatant une fois de plus que dans ces moments intimes c'était un livre ouvert tant il était aisé de voir ce qu'il avait dans la tête. Tout l'inverse du reste du temps, où il avait appris à se dissimuler, condition sine qua non à la survie en politique. Mais justement, le Benjamin public n'était rien de plus qu'une image soigneusement travaillée. Mike était le seul à profiter de la version authentique. Un honneur qui n'aurait pu le rendre plus fier. La raison également pour laquelle Mike n'était pas grand-chose en face de lui. Et cet instant ne faisait pas exception.
Chaque fibre de son corps le désirait, voulait lui donner du plaisir et en recevoir tout autant. Et si ensuite il ne pouvait être plus épanoui dans le rôle du passif, d'ici là il voulait prendre les choses en main – littéralement quand il le fallait – pour faire monter le désir, qui exploserait ensuite, les comblant tout à fait. Et pour ce qu'il en voyait à présent, c'était justement tout ce qu'attendait Benjamin. Il allait être servi.
- Capote, grogna Mike, ne songeant pas à faire une phrase complète, préférant garder son énergie pour tout autre chose.
- Table de nuit. A leur place, répondit Benjamin d'un ton pas plus aisé. Je les ai pas touché depuis que tu…
- Bien. Ça m'aurait emmerdé de savoir qu'il y avait eu quelqu'un d'autre.
- Tu parles ! Qui d'autre s'accommoderait du bazar que j'ai à offrir ? Et puis honnêtement, tu imagines quelqu'un tenir la comparaison après toi ?
- C'est bon pour l'égo, fanfaronna Mike en tendant le bras vers le premier tiroir de la table de nuit.
- Frime pas trop. Je te rappelle que je vis en vase clos, j'ai pas vraiment matière à comparer.
L'agent eut un petit rire devant cette tentative pathétique de contredire les propos précédents. C'était touchant.
- Et toi ? s'enquit Asher.
- Quoi, moi ?
Mike, qui ouvrait la pochette argentée, s'apprêtait à rappeler que le moment était particulièrement mal choisi pour tenir ce genre de conversation de salon, qu'ils avaient bien mieux à faire, mais la voix de son compagnon l'arrêta. Benjamin semblait avoir besoin d'être rassuré et c'était bien le moins qu'il puisse faire étant donné le mal qu'il avait provoqué. Alors il interrompit sa tâche et le fixa d'un regard bienveillant pour l'inviter à continuer. Benjamin, visiblement nerveux, se mordit la lèvre avant de reprendre.
- J'ai l'air idiot de ramener le sujet alors que j'ai très envie que tu continues, mais j'ai besoin de savoir. Est-ce que tu as vu quelqu'un ces dernières semaines ?
Mike n'aurait pu être plus ravi qu'il n'y ait justement rien eu de sérieux, parce qu'une confirmation, de même qu'un mensonge, aurait eu un effet désastreux.
- A part un dîner foireux plus pour passer le temps, dont je te parlerai plus tard, je n'ai vu qu'une adorable petite brune.
Blague stupide qu'il regretta immédiatement, aussi s'empressa-t-il de préciser.
- Lynne.
La mine soulagée de Benjamin était si belle à voir que pour un peu il serait retombé amoureux de lui.
- Je crois, ou en tout cas je l'espère, qu'il n'y aura plus jamais personne d'autre, rajouta-t-il en posant la main sur la cuisse de son amant.
- C'est atrocement romantique, souffla Benjamin, mais j'adore ça.
- A ton service.
Benjamin se pencha vers lui et ils échangèrent un baiser, la conclusion parfaite à cette conversation à cœur ouvert, certes imprévue, mais qui s'était avérée plus qu'utile.
- Mike ?
- Mmm ?
- On pourrait peut-être rependre maintenant, qu'est-ce que tu en penses ? interrogea Benjamin avec un signe de tête vers le préservatif encore à moitié emballé.
- Oui, je suis un homme d'action plutôt qu'un romantique, il est temps que te le rappelle.
- Comme si je risquais de l'oublier. Mais Mike ? J'aime aussi quand tu es romantique.
- Alors profite, parce que ce soir je l'ai été pour une année entière.
- Un véritable homme des cavernes, dit Benjamin en riant doucement.
La seconde suivante il retrouva son sérieux ainsi que le silence tandis que son compagnon lui enfilait la protection à grand renforts de gestes habiles.
Quand enfin il le prit en bouche, Benjamin eut un sifflement satisfait, puis il arqua le dos, s'enfonçant davantage entre les lèvres accueillantes. Mike essaya d'oublier la fine barrière de latex pour ne se concentrer que sur ses sensations. Son propre plaisir d'être tout à fait à sa place, les gémissements de son amant, qui peinait à rester immobile, et surtout la chaleur dans son ventre qui de répandait partout, jusque dans son propre membre, dangereusement à l'étroit dans son pantalon désormais. Il prit cependant son temps pour sucer le sexe dur, savourant l'excitation qui montait lentement, l'anticipation de ce qu'il y aurait ensuite.
Il en était à envisager se toucher pour faire ainsi baisser un peu la tension, quand il sentit la main de Benjamin saisir ses cheveux sans ménagement. Il savait ce que cela signifiait. Lorsque l'autre homme n'était plus capable de parler, c'était comme ça qu'il se faisait comprendre, ce qui ne signifiait qu'une chose, qu'il n'allait pas tarder à jouir et lui laissait prendre la décision. Plus d'une fois Mike allait jusqu'au bout dans une situation similaire, d'autant qu'ensuite Benjamin n'était pas avare en caresses pour lui rendre la pareille.
Mais pas ce soir. L'agent avait autre chose en tête, quelque chose qui demandait plus de temps. Ce soir il voulait en profiter le plus longtemps possible. Alors il se retira, s'amusant du grognement de frustration d'Asher. Il était frustré lui aussi, mais ça n'en serait que meilleur ensuite de cette façon.
- Tu me tortures, soupira Benjamin, dont l'expression prouvait cependant qu'il appréciait un tel traitement.
- J'en ai pas fini avec toi, le rassura Mike.
Il se releva avec un sourire mutin et entreprit de se déshabiller à son tour. Il aurait pu faire ça vite et s'offrir tout aussi rapidement à Benjamin, qui ne semblait attendre que cela. Mais une fois encore il avait envie de faire traîner les choses. Il s'était passé de ça si longtemps qu'il n'était plus à quelques minutes près. Dans ces moments-là, Ben était tout à lui, alors autant en profiter. Et puis, c'était beau de voir son amant le dévorer du regard en suivant chacun de ses gestes, qu'il tentait de rendre langoureux.
- C'est rassurant de savoir qu'une autre carrière te tend les bras, s'amusa Benjamin, quoi que d'une voix plus rauque que d'habitude.
Mike eut un rire léger tandis que, torse-nu, il s'attaquait à sa ceinture.
- Ancien chef de la sécurité présidentielle reconvertit en strip-teaseur, ça ferait un CV original, confirma-t-il. J'espère que tu as prévu le pourboire pour le spectacle.
- Mike… Pourquoi chaque conversation avec toi doit virer au malsain ?
- C'est plus amusant comme ça, tu ne crois pas ?
- Et si je te dis que pour l'instant j'ai autre chose en tête que m'amuser ?
- Tu es trop impatient beau gosse.
Il accéléra néanmoins la cadence, sachant parfaitement depuis le temps quand il devait arrêter ses petits jeux.
Quand il en eut enfin terminé, il tendit le tube de lubrifiant à Benjamin, toujours assis, avant de venir s'installer sur ses cuisses, ses jambes entourant son bassin, grognant tandis que leurs érections se touchaient. C'était là une position qu'ils n'avaient jamais essayée, Mike y voyait l'occasion rêvée de garder un minimum le contrôle des choses malgré son rôle de passif. Il pensait trouver là le compromis idéal pour l'homme d'action qu'il était, comme il aimait à le rappeler bien souvent. Benjamin ne fit aucun commentaire, préférant l'embrasser dans le cou tout en ouvrant le tube de gel.
Mike en aurait ronronné de plaisir quand il sentit un doigt titiller son intimité. Voilà très exactement pourquoi il aimait ce rôle, détail qui avait surpris plus d'un de ses amants. Avec quelqu'un d'expérimenté, et à ce niveau Benjamin était loin de démériter, il se voyait offrir un monde de sensations qui le laissait comblé. Il feula en bougeant le bassin pour intensifier le contact.
- Fais vite, grogna-t-il.
Pour toute réponse, Benjamin accéléra effectivement, mais s'appliquant cependant, tandis que la température grimpait inexorablement.
- Ben…
Il s'agissait davantage d'une supplique que de l'ordre qu'il aurait voulu donner. L'interpellé n'eut cependant pas besoin de plus pour s'arrêter.
- Qu'est-ce que tu veux ? s'enquit tendrement Benjamin.
- A ton avis ?
- Dis-le quand même !
- Oh Ben…
Mike avait horreur de se montrer faible, alors réclamer… ça allait un peu à l'encontre de ses principes, mais lorsque son amant mordilla sa mâchoire, il décida d'envoyer sa fierté se faire voir ailleurs.
- Baise-moi ! dit-il dans un souffle.
- Tu sais y mettre les formes, c'est le moins qu'on puisse dire.
La remarque ne fit sourire personne, ils n'en étaient plus là. Benjamin recouvrit le préservatif de lubrifiant et aida son compagnon à s'installer, s'empalant lentement sur la hampe tendue.
C'était parfait, pensa Mike quand l'autre fut tout entier en lui. Son cœur battait à tout rompre, sa respiration était difficile et son ventre se contractait d'un plaisir qui allait crescendo. Il se concentra sur le membre en lui, sur les lèvres qui ne quittait pas son visage, et oublia tout le reste. Il n'y avait plus que Benjamin et lui, comme il en avait rêvé durant toutes ces nuits loin de lui. Dans ses bras il se sentait aussi vulnérable qu'un lapin pris dans les phares d'une voiture tant il lui semblait ne plus rien contrôler, mais cela ne le dérangeait pas autant que cela aurait dû, justement parce que c'était Benjamin.
Partageant un baiser, qui n'avait plus grand-chose de tendre, ils se mirent en mouvement, trouvant rapidement leur rythme. C'était lent, enivrant… Mike perdait peu à peu la tête et se prit à espérer que ça n'en finisse jamais. Les mains de Benjamin étaient partout sur lui, caressant chacun de ses points sensibles. Mieux, Benjamin était partout sur lui, en lui, sa peau chaude heurtant la sienne, son souffle caressant son cou, son sexe heurtant sa prostate… C'était meilleur que tout ce qu'il avait espéré pour se réconcilier. Que ce soit lent, tranquille, n'en était que plus excitant encore. L'orgasme n'était pas leur priorité pour l'instant, ils se contentaient de savourer leur lien retrouvé. C'était terriblement entêtant.
Soudain Benjamin s'immobilisa et se contenta de le fixer avec tellement d'amour que Mike sentit son cœur se serrer. Ajouté au plaisir de l'étreinte, ce regard était la sensation de trop et il en fut plus touché qu'il ne l'avouerait jamais. Dans ces yeux empreints d'une tendresse insondable, il se voyait beau, désirable, il se sentait aimé comme il n'avait pas souvenir de l'avoir déjà été.
- Mike…
La voix, timide, avait quelque chose de touchant. Cela suffit à Banning, qui n'avait nul besoin de déclaration, ce soir les actes suffisaient pour partager tout ce qu'ils éprouvaient.
- Je sais, dit-il doucement en serrant la main de son amant dans la sienne. Pour moi aussi Ben…
C'était tellement incongru ce moment de félicité dans leur position. Benjamin était en lui, sa peau moite caressant la sienne, mais pour quelques secondes il n'y avait que l'amour, dans ce qu'il avait de plus beau.
Mike passa les mains autour du cou de son homme et l'embrassa, faisant de son mieux pour lui transmettre chacune des émotions contradictoires qui l'animaient. Un bon résumé de leur relation en somme, où le cœur et la raison s'affrontaient en permanence pour le plus précieux des résultats.
Un gémissement fut poussé, Mike n'aurait su dire de qui il venait, et l'atmosphère changea. Le désir physique reprenant à nouveau le dessus, sans que ce ne soit frustrant pour autant. C'était leur moment et il n'aurait pu être plus parfait.
- Mike, je voudrais…
A nouveau le ton était assuré, empreint d'une envie irrépressible. Banning retrouvait l'amant entreprenant et il adorait ça, aussi l'incita-t-il à continuer d'un regard équivoque.
- C'est bon comme ça mais…, reprit le Président. Je voudrais que tu te mettes à quatre pattes.
Oh ! Celle-là il ne l'avait pas vu venir. C'en était donc fini de son impression, aussi fugace soit-elle, de contrôler les choses. D'autant que dans la position envisagée, il ne pourrait plus voir le visage de son compagnon. Mais comment aurait-il pu le lui refuser, alors même que, désormais il appelait la jouissance de tous ses vœux ?
Il se retira en frissonnant et fit comme demandé. Les premières fois, quand il était jeune et sans guère d'expérience, il avait trouvé humiliant de se faire prendre ainsi par derrière. Mais il devait désormais admettre que le plaisir n'en était que meilleur, surtout avec un amant aussi soucieux de son plaisir que l'était Benjamin.
Déjà celui-ci était contre lui, son corps recouvrant le sien à la perfection. Il reprit sa place en lui et Mike fut comblé de toutes les façons possibles après la sensation désagréable de vide éprouvée tandis qu'il se tournait.
Benjamin agrippa ses hanches et entama un rythme régulier et profond. Mike ferma les yeux et ses doigts agrippèrent le drap, le serrant un peu plus fort à chaque poussée.
- C'est bon, approuva Ben dans un souffle, lâchant une de ses hanches pour saisir son épaule, enfonçant ses doigts si fort qu'il y laisserait des marques.
Mike hocha vaguement la tête sans un mot. Il ne pouvait plus parler, il pouvait à peine respirer. C'était trop… Trop de plaisir, trop de sensations, de sollicitations, pour savoir où donner de la tête. Pourtant, il ne voulait pas que ça s'arrête. Le souffle chaud de Benjamin sur sa nuque et le son de leur deux corps claquant l'un contre l'autre… Il n'en avait plus pour longtemps et n'avait nulle intention de le cacher. Il gémit sans retenue aucune en enjoignant son amant d'aller plus vite, plus fort, en quelques mots maladroits à peine murmurés. Il n'avait de toute façon aucun doute quant à la capacité de Ben à le comprendre, il le comprenait toujours. Celui-ci effectivement, pesant davantage de son poids sur lui, comme Mike aimait, en accélérant la cadence. L'agent, désireux de ne plus perdre un instant, passa la main sur sa propre érection. Au fait du plaisir, il se caressa à peine avant de jouir violemment, se répandant sur les draps.
Benjamin fit quelques mouvements supplémentaires, puis mordit son omoplate avec force quand l'orgasme le saisit à son tour. Puis il resta un moment contre lui, en lui, tremblant et reprenant laborieusement son souffle. Mike trouvait le silence assourdissant après les cris précédents, mais c'était toujours ainsi, son compagnon prenant son temps pour revenir à lui. Comme pour savourer comme il se devait les dernières brides de l'extase.
Enfin, Benjamin se retira et se débarrassa de son préservatif en l'abandonnant à même le sol, et étreignit Mike qui se retourna avec une grimace. Il avait beau être habitué, il avait toujours mal après une séance pareille, mais c'était cela aussi qu'il aimait, alors il encaissait. Benjamin ne fit pas de remarque à ce sujet, ils en avaient déjà assez parlé, et se contenta de l'embrasser. Le premier baiser après le sexe était un savant mélange entre passion et tendresse, une promesse implicite pour bien de choses à venir. Puis, toujours sans un mot, le Président défit le lit. Comprenant son intention, Mike recula.
- C'est pas une bonne idée Ben. Il vaut mieux que je file.
- Pas tout de suite. S'il te plaît.
- C'est avec ce genre de négligences que les rumeurs avaient commencé la dernière fois, plaida Mike.
Pourtant il avait déjà capitulé, il ne discutait que pour la forme. Comment aurait-il pu refuser une telle proposition ?
- Demain on fera mine de s'engueuler devant quelques témoins et ça passera crème, dit Benjamin en le serrant contre lui.
Ils s'allongèrent ensemble, nouant leurs jambes et Mike eut un soupir de frustration.
- Ce genre de mascarade risque de nous desservir, remarqua-t-il. J'engueule le Président et je ne me fais pas virer ? Je couche avec lui, c'est forcé.
- Tu cogites trop. Et ne me refais pas le coup de vouloir arrêter les frais.
- Pourquoi ? Tu n'as pas aimé nos retrouvailles ?
Benjamin secoua la tête en levant les yeux au ciel, mais il ne dit rien, se contentant d'enfouir son visage dans le cou de Mike, inspirant profondément. L'agent caressa lentement son dos en un geste qui se voulait apaisant.
- Et puis, continua Mike, taquin, je préfère t'entendre crier comme ça plutôt que quand tu faisais tes cauchemars.
- Je n'en fais plus depuis nous deux.
- Alors j'ai presque tout bon, en dehors de cette rupture provisoire.
- Ça m'a manqué, de ne pas être aimé, confia Asher après un moment.
- J'ai jamais cessé de t'aimer, corrigea Mike. Pourquoi tu crois que je te fuyais le plus possible ? Pour éviter de tomber à genoux et faire mon mea culpa. Pardonne-moi.
- Il n'y a rien à pardonner, Mike. Tu as fait ce qui te semblait le mieux. C'était idiot, mais je ne t'en veux pas. Pas maintenant que tu es là.
Il se blottit un peu plus contre lui avant de reprendre.
- J'ai peur pour la suite, murmura-t-il. Mais ça n'empêche que je ne veux pas perdre ce qu'on a.
- Moi non plus, quelqu'en soit les conséquences.
Pour la première fois, il était pleinement serein en prononçant ces mots. Ce qu'ils avaient était précieux, c'était cela qu'il fallait protéger envers et contre tout. Qu'importe le reste. Il était en paix avec cela.
- Dix-huit mois, hein ? rit subitement Benjamin. On n'aura même pas tenu dix-huit sans se sauter dessus.
- La faute à qui ? Tu es trop tentant.
Cette connivence retrouvée confirmait qu'ils étaient sur le bon chemin.
TBC…
