Bonjour les amis. Voici le dernier chapitre de cette petite fic. ça me fait tout drôle de dire ça avec le temps que j'ai passé en sa compagnie... c'est comme un enfant que je laisserais partir loin de moi... Pardon, je m'égare^^ Je vous retrouve très vite pour un bref épilogue ceci dit, parce que je voulais apporter une conclusion digne de ce nom. Je vous dit donc à très vite et merci pour votre soutient mes chères revieweuses qui avaient été une telle source de motivation :)
Guest, merci! Ravi de ne pas t'avoir déçu. Quant à la possibilité de retrouver ce couple pour une autre fic, c'est très tentant en effet, mais pour l'instant je n'ai pas l'ombre d'une idée. Peut-être qu'un re visionnage des films pourra aider ;)
Chapitre 6.
Assis à l'arrière du véhicule officiel, Benjamin relisait son discours une dernière fois, tenant à être le mieux préparé. Parler en public était un exercice auquel il se prêtait quasi quotidiennement, ce qui ne l'empêchait d'avoir le trac à chaque fois, raison pour laquelle il préférait ne jamais rien laisser au hasard.
Il tourna la tête vers Mike, assis à ses côtés, et lui sourit. Sa présence permanente près de lui faisait des miracles quand la nervosité montait. Son compagnon hocha la tête d'un air entendu, comme s'il savait exactement ce qu'il avait en tête. C'était le seul geste qu'il s'autoriserait à son égard tant qu'ils ne seraient pas seuls. Depuis qu'ils avaient recommencé à se fréquenter, autrement que professionnellement, quelques mois auparavant, ils étaient plus discrets que jamais. Mike déléguait parfois sa protection, lui n'hésitait pas à simuler la froideur quand ils étaient entourés et bien sûr ils passaient moins de temps ensemble en dehors de leur obligations.
Ces détails, et quelques autres du même acabit, étaient frustrants pour ce couple qui se construisait à peine, mais c'était un sacrifice nécessaire. Les rumeurs les concernant n'avaient pas repris, c'était là l'essentiel. Ils se rattraperaient en quittant la Maison Blanche, échéance qui approchait à grands pas.
Cette perspective n'effrayait plus Benjamin le moins du monde, d'autant qu'avec ce qu'il s'apprêtait à faire aujourd'hui, il allait laisser une trace. Il n'en était pas peu fier. S'il parvenait à changer les choses une seule fois, alors ces huit années n'auraient pas été vaines. Bien sûr, il y avait bien d'autres injustices à réparer, bien d'autres gens à aider, mais contrairement à ce qu'il avait pensé en prenant ses fonctions, c'était un travail de trop longue haleine pour un seul homme. Il devrait faire confiance à ses successeurs. Il défrichait le terrain depuis un moment pour améliorer l'accès aux études supérieures pour tous, si son parti remportait les prochaines élections, le projet prendrait de l'ampleur.
Sa victoire d'aujourd'hui était tout autre et au moins aussi importante. A plus forte raison que la pression de certains lobbys avait été étouffante, mais il avait tenu bon.
L'environnement lui avait toujours tenu à cœur. Il était père, il tenait à préserver la planète pour son fils, ses petits-enfants à venir et tous les enfants. Si ses prédécesseurs n'avaient eu que des mots pour agir, reculant toujours l'échéance au point que cela devenait dramatique, pour ne pas dire irréversible, lui voulait des actes et avait fait ce qu'il fallait pour cela. Il avait pris de vraies mesures et même si les effets seraient longs à se faire sentir, c'était un pas de géant pour son pays qui se posait comme un leader dans tant de domaines. D'autres mesures devraient suivre, mais avait le soutien des Américains et d'autres pays qui n'avaient pas hésité à le suivre, il avait la naïveté de croire que ce qu'il mettait en place ne serait qu'un début.
Aujourd'hui, après un discours où il rendrait ses intentions publiques, il signerait un traité avec d'autres chefs d'Etats motivés comme lui. Il veillerait ensuite à ce que les diverses décisions soient appliquées dans les plus brefs délais. C'était un projet stimulant, qui lui rappelait agréablement pourquoi il était entré en politique. La volonté de changer les choses. Comme Mike le lui avait fait remarquer, c'était peut-être pour cela, pour accomplir ce genre de choses, qu'il était toujours en vie alors que tant d'hommes avaient péri pour lui. C'était un peu poussé comme point de vue, mais puisqu'il en était enfin à oublier lentement sa culpabilité, il avait aimé l'idée. Avec son air de ne pas y toucher, son compagnon faisait des merveilles sur lui, ce qui était plus rassurant quant à leur avenir, qu'il n'envisageait autrement qu'en commun désormais.
Abandonnant à nouveau son discours, il constata que Mike semblait nerveux lui aussi. C'était à peine perceptible, mais Benjamin pouvait se targuer de le connaître mieux que quiconque et remarquer immédiatement ce genre de changements dans son comportement.
- On dirait que vous êtes inquiet Mike, dit-il d'un ton qu'il espérait égal.
Ils revenaient spontanément au vouvoiement quand ils n'étaient pas seuls et ne s'en formalisaient même plus. C'était presque devenu comme un jeu entre eux. Autant trouver après tout un bon côté à chaque chose.
Mike lui sourit, mais il vit bien que le cœur n'y était pas.
- Appelez ça l'instinct ou un excès de zèle, mais je ne sens pas cette sortie.
- Elle est importante pourtant.
- Je sais. Et je suis d'accord. Mais vous auriez pu faire une allocution télé. Alors que là… vous allez être planté immobile sur cette estrade, à la vue de tous, et étant donné la taille du speech que vous tenez entre vos mains, ça va durer un moment. Avec tous les risques que cela comporte… Oui, je suis inquiet Monsieur.
- Mike, ça se passera bien. J'ai pensé, avec la bénédiction de mon équipe, que faire ça dehors, vu le thème, aurait plus de résonnance. Et j'ai besoin du soutien de nos concitoyens, qui à terme devront mettre la main à la pâte, alors les inclure en leur permettant d'assister à ce qui se passe aujourd'hui fera d'autant mieux passer le message. Et puis, je vous fais entièrement confiance pour ce qui est de ma sécurité. Si ça peut vous rassurer, j'ai enfilé mon gilet pare-balles selon vos conseils. D'ailleurs, c'est totalement inconfortable ce truc…
- Si on vous tire dans la tête, il ne sera pas d'une grande utilité.
- Vous savez remonter le moral Mike, merci, ironisa le Président.
Il jeta un bref regard aux deux agents à l'avant de la voiture et lorsqu'il eut la confirmation qu'ils ne s'occupaient pas d'eux, il s'autorisa à serrer brièvement la main de Mike, posée sur le siège entre eux. Banning sursauta à ce contact imprévu, mais son bref hochement de tête confirma qu'il avait reçu le message.
Benjamin préféra ensuite garder le silence. Il était touché par l'attitude de son compagnon et pas franchement rassuré de le savoir dans ses petits souliers, mais il l'avait dit, il lui faisait confiance. Alors il préférait se concentrer sur son travail à lui, ce qu'il pouvait maîtriser. Il ne pouvait pas gérer les états d'âmes de Mike en plus des siennes.
ooOoo
Les lieux étaient effectivement intimidants et les mots de Mike tournaient en boucle dans la tête de Benjamin tandis qu'il attendait au bas des marches pour monter sur la scène, installées pour l'occasion au bord du Potomac. Et tout autour c'était noir de monde. Les gens s'étaient déplacés en nombre, il était content pour cela, ravi du soutient qu'on lui offrait encore. Concernant la logistique, les hommes du Secret Service étaient partout, sécurisant, observant… Avec Mike près de lui en prime, le Président se sentait en sécurité. Ne lui restait plus qu'à gérer la tension qui grimpait en flèche.
Mike parla brièvement dans le micro qu'il portait à son poignet puis vint vers lui.
- C'est bon, on va y aller Monsieur, le ton employé avait retrouvé son assurance à présent qu'il n'aurait pu être davantage dans son élément. Je veille sur vos arrières, rajouta-t-il tout près de son oreille.
- Intéressant, habituellement c'est plutôt moi qui m'occupe de tes arrières, souffla Benjamin pour n'être entendu que de lui.
La grimace que fit Mike l'amusa au plus haut point, mais il ne lui laissa pas le temps de répondre, commençant à gravir les quelques marches.
Sur la scène, c'était un cirque sans nom. Entre les flashes qui l'aveuglaient, les exclamations de la foule en contrebas, Benjamin n'avait aucune idée de ce qui se passait. La seule chose qui ne pouvait lui échapper, c'était la présence de Mike derrière lui, alors il se contenta de lui faire confiance pour gérer et lui alla plutôt serrer la main des divers chefs d'Etats présents. Après avoir échangé quelques mots avec le premier ministre britannique, seul rescapé avec lui du massacre de Londres, ce qui avait créé certains liens, Benjamin se dirigea vers le micro.
Prononçant ce discours qu'il maîtrisait parfaitement, se permettant mêmes quelques improvisations, il ne prit pas garde à l'agitation qui éclata dans le public et aux agents qui se mirent en mouvement. Il ne remarqua finalement que Mike, visage fermé, qui se précipitait vers lui.
Quand le coup de feu claqua, Asher eut un cri de surprise, n'ayant pas le temps de paniquer, et il atterrit douloureusement au sol au même instant, Mike s'écrasant sur lui sans ménagement. Tout autour d'eux, c'était le branle-bas de combat, mais Benjamin se sentait étrangement calme, comme s'il vivait tout cela de loin. La faute à l'habitude peut-être, aussi moche que cela puisse apparaître.
Mais le répit fut de courte durée lorsqu'il réalisa que Mike ne réagissait pas à ses sollicitations alors qu'il l'interrogeait sur ce qu'il se passait et lui assurait qu'il allait bien. Mike demeurait allégé sur lui, sans réaction, inconscient.
Benjamin avait connu bien des horreurs dans sa vie. Deux prises d'otages, la mort de sa femme sous ses yeux et bien d'autres choses qu'il ne souhaitait à personne de voir, mais rien ne fut comparable à ces quelques secondes d'angoisse quand il comprit qu'il avait peut-être perdu Mike. Celui-ci le lui avait dit voilà un moment, presque dans une autre vie, il était prêt à se sacrifier pour lui. A l'époque ce n'était que des mots tant l'agent semblait doué et invulnérable, Benjamin n'y avait plus vraiment pensé ensuite. Aujourd'hui en revanche, cela devenait douloureusement concret. On avait tiré sur lui et c'est Mike qui avait été blessé. Mike qui était mort peut-être… Il refusait cette perspective ! Ça ne pouvait pas être vrai !
Mais tandis qu'il secouait son compagnon, il fut entraîné en arrière, traîné comme un gamin qui aurait été incapable de marcher seul jusqu'à la voiture la plus proche, qui démarra en trombe. Il était sauf, éloigné de la folie ambiante, mais l'angoisse demeurait.
Il ne s'était passé que quelques secondes entre le coup de feu et son évacuation des lieux. Quelques secondes qui l'avaient plongé dans la peur la plus absolue. Mais quand il interrogea les gardes du corps qui l'avaient suivi dans le véhicule blindé qui roulait déjà à vive allure, personne ne put rien lui apprendre concernant le sort de Mike.
Alors il se repassa encore et encore ces brefs instants pour essayer de comprendre, de savoir. Il n'avait pas vu de sang, ce qui était rassurant. Et Mike était fort, pas du genre à être stoppé aussi facilement. C'était à souhaiter en tout cas, aussi désespéré que cela paraisse.
Benjamin s'était remis d'un veuvage, cela avait été long, mais il avait fini par faire son deuil, avait repris sa vie. Cette fois il n'y arriverait pas. Il ne sombrait pas dans l'exagération, portée par l'adrénaline qui courrait encore dans ses veines. C'était simplement une certitude. Comment s'en remettre s'il fallait cacher sa douleur, dissimuler le vrai lien qui l'unissait à son chef de la sécurité ? Impossible. Pas plus qu'il n'était envisageable de surmonter la disparition d'un être tant aimé. Margareth avait été plus une meilleure amie qu'une âme sœur, même si Benjamin avait eu une profonde affection pour elle avec les années. Mike en revanche…
Cela avait pris du temps, cela avait même été sacrément inattendu, mais Mike s'était peu à peu imposé comme l'être central de son existence, celui sans lequel il ne pouvait plus fonctionner. Mike était celui qui lui avait permis de panser son cœur lourdement malmené, celui qui avait su l'attendre, s'imposer, jusqu'à devenir indispensable. Et même si rien dans leur vie à deux n'était facile ou tout simplement routinier, c'était justement leur vie. Leurs rendez-vous nocturnes étaient sa carotte pour tenir la journée, leurs rares réveils ensemble sa bouffée d'oxygène. Leurs joutes verbales, leurs corps à corps langoureux, leurs joggings matinaux, leur prises de tête parfois… Autant de détails qui offraient une stabilité dans un rythme d'enfer et un quotidien parfois délicat. Sans lui, Benjamin savait ne pas pouvoir fonctionner.
C'était pourtant une perspective qui semblait devoir être prise en compte ce soir. Mais putain, il était terrifié à cette idée. Et les embardées de son chauffeur, les éclats de voix de sa garde rapprochée, n'étaient que des détails contribuant à le rapprocher du néant. Alors il ferma les yeux, fit le vide dans son esprit et se concentra sur l'idée de ne pas sombrer. Juste un objectif sur lequel focaliser toute son attention pour cesser de se torturer.
ooOoo
Les abords de l'hôpital grouillaient de monde, journalistes et policiers mêlés. Les uns se perdaient en conjectures pour garder l'antenne jusqu'à une annonce officielle de la part de la Maison Blanche, les autres tentaient de maintenir un minimum d'ordre dans ce qui était un fouillis qui n'était pas sans rappeler les terribles heures qui avaient suivis l'attaque des Nord-Coréens, quand tous attendaient des nouvelles de leur Président.
Venir ici, alors que rien n'avait été sécurisé, avait semblé être une mauvaise idée pour tous, mais Benjamin avait résisté jusqu'à avoir le dernier mot. Il était encore le patron après tout, il pouvait bien taper du poing, quitte à se montrer irresponsable, au moins une fois.
La voiture officielle s'était engouffrée dans le parking souterrain habituellement réservé aux ambulances, de telle sorte que la présence ici du chef d'Etat demeure encore secrète. Avec quelques agents, celui-ci s'était engouffré dans un ascenseur et se laissait à présent guider dans les couloirs immaculés.
Arrivé devant la chambre, il dut hausser la voix une nouvelle fois pour obtenir d'y entrer seul, rappelant qu'il ne venait pas rendre visite à un dangereux terroriste.
Ouvrant enfin la porte, il entra péniblement, sentant ses jambes prêtes à se dérober à tout moment tant il était angoissé. On lui avait assuré qu'il allait bien, qu'il s'en était tiré quasiment indemne, mais tant qu'il ne l'avait pas vu il se refusait au soulagement.
Et tout à coup, enfin, Mike fut devant lui. Assis au bord du lit, torse-nu, semblant impatient de sortir de là. Le Président eut un soupir de soulagement qui dut s'entendre jusque dans le couloir. Son compagnon posa un regard surpris sur lui, ne s'étant certainement pas attendu à le voir débarquer ici.
- C'est pas vraiment la procédure en cas de tentative d'assassinat de te pointer dans l'hôpital le plus proche, lâcha-t-il d'un ton bourru.
- Ce n'est pas la procédure non plus de coucher avec mon chef de la sécurité, ironisa Benjamin en venant s'asseoir à ses côtés. Je ne suis plus à une contradiction près. Ton ventre…, rajouta-t-il avec inquiétude en fixant le bleu s'étendant sur tout le flanc gauche de Banning.
Celui-ci recula légèrement avec un petit sifflement tandis que Benjamin avait levé la main pour le toucher.
- Pas touche, ça fait un mal de chien. J'attends qu'on vienne me faire un bandage, quoi que je doute qu'il me soulagera, avant de pouvoir sortir. Le gilet pare-balles m'a sauvé la vie, mais n'a pas épargné mes côtes. Trois sont cassées.
- Tu souffres beaucoup ? s'enquit Benjamin avec une grimace.
- Seulement quand je respire ou que je bouge.
- Mike, je suis désolé.
- Eh, s'écria l'interpellé en prenant sa main dans la sienne. Mieux valait mon kevlar que ta tête. Je t'avais bien dit qu'une balle qui te serait destinée me trouverait sur sa route.
Il parlait d'un ton léger, sa façon efficace quoi que maladroite de faire baisser la tension entre eux.
- Tu m'as fait tellement peur.
Mike eut un beau sourire à cette déclaration, flatté à n'en pas douter. Tant mieux, c'était l'effet voulu. Sans répondre, il l'attira à lui et l'embrassa doucement. Comme chaque fois dans ces moments d'intimité, Benjamin sentit son cœur s'accélérer. C'était très certainement la preuve la plus infaillible de son amour, même s'il refusait d'en parler. Il y avait encore certains aspects dont il refusait de parler.
- Je t'abandonnerai pas, murmura ensuite Mike tout contre ses lèvres. Ok ?
- Ok.
Il se garda bien de rappeler que Margareth avait parfois dit la même chose, pour le résultat qu'ils connaissaient tous les deux. C'était une promesse puéril et sans fondement à laquelle il était pourtant bon de croire.
Ils restèrent un moment enlacé, Benjamin prenant garde à ne pas se laisser tout à fait aller et risquer de faire mal à son amant. Rapidement pourtant, la réalité les rattrapa, d'autant qu'ils savaient l'un comme l'autre que Benjamin ne pourrait pas justifier d'être resté longtemps ici.
- Tu as conscience qu'avec un tueur aux trousses, je ne vais plus te lâcher d'une semelle ? Tu vas m'avoir sur le dos non-stop.
- Encore une fois, habituellement c'est plutôt le contraire, dit Benjamin avec un petit rire. Mais bien que la perspective ne soit pas pour me déplaire, c'est inutile.
- Inutile ?
- Le tueur a déjà été arrêté. Il a agi depuis la foule, il a immédiatement été repéré et immobilisé par des civils avant que tes hommes ne le cueillent. Vous avez tous fait un beau boulot.
- Comme toujours, se vanta Mike. Vous connaissez déjà son mobile ?
- Il a perdu son frère en Irak. Il rumine ça depuis des années, jusqu'à voir en moi le coupable idéal.
- Alors que c'est Bush qui a envoyé les troupes en Irak…
- J'ai pas arrangé grand-chose après lui.
- Tu vas pas l'excuser quand même ! s'offusqua Mike en se redressant si brusquement qu'il eut une grimace de douleur.
- Bien sûr que non. Mais une part de moi le comprend. A la mort de Maggie, moi aussi j'ai eu besoin de faire porter le chapeau à quelqu'un, que dans le fond je savais totalement innocent. Toi en l'occurrence.
- Tu n'as pas essayé de me tuer pour autant.
- Je te l'ai dit, je ne l'excuse pas. Pas alors que j'ai failli te perdre à cause de lui. Mais je suis forcément touché par son histoire.
- Tu es trop gentil.
- Ça t'arrange bien parfois. Mike, il faut que j'y aille. Que je m'inquiète pour toi c'est compréhensible. Que je reste dans cette chambre une éternité, un peu moins. Il y a cinq hommes qui m'attendent derrière cette porte et qui…
- Je ne te retiens pas, s'amusa Mike. C'est toi qui n'as pas encore bougé.
Effectivement. Malgré son beau discours, de surcroît totalement légitime, Benjamin sentait son cœur se serrer à l'idée de devoir s'en aller, de s'éloigner de lui. Ce n'était jamais facile, mais après l'heure d'angoisse qu'il venait de passer dans l'incertitude, c'était pire que jamais. Heureusement Mike, même s'il n'était pas plus content que lui, parvenait à prendre les choses avec bienveillance, au moins en apparence, c'était son moteur. Il secoua la tête en se mordant la lèvre. Dira qu'au départ entre eux ça ne devait être que récréatif… Cela aurait été plus simple que cela reste ainsi. Pourtant il ne regrettait rien.
- Je t'aime, dit-il en se levant enfin.
- Si je te dis que moi, ça fait réchauffé, non ?
- On s'en fiche.
Romantique, mais pas trop. Cela leur correspondait si bien.
- Ben, le rappela son amant alors qu'il arrivait à la porte. Je suis désolée pour ton discours, ton traité…
- Ce n'est que partie remise. En ce moment j'ai autre chose en tête.
Une fois encore, il fut reconnaissant à Mike pour ce semblant de normalité. Tout paraissait tellement plus simple ainsi.
ooOoo
Bien calé contre ses oreilles, Mike fixait sans le voir le mur en face de lui et, le téléphone calé contre l'oreille, il écoutait Benjamin lui raconter sa journée avec force de détails. Plus que les propos eux-mêmes – la vie d'un président n'avait pas grand-chose d'excitante la plupart du temps – c'était surtout la voix de son compagnon qui apaisait l'agent.
Ils ne s'étaient pas vus depuis près de deux semaines, alors ces coups de fils réguliers étaient devenus tout son univers pour Mike, qui n'était guère actif à cause de ses côtes encore terriblement douloureuses.
Au repos forcé, il rongeait son frein dans son petit appartement, dont il n'était guère capable de sortir pour l'instant. L'homme de terrain et le sportif qu'il était avait le plus grand mal avec cet état de fait proche de l'impuissance. Heureusement Benjamin avait compris son désarroi et l'appelait chaque soir sans faute quand il avait fini sa journée. Mike avait d'ailleurs compris que c'était devenu tout aussi vital pour son compagnon que pour lui et il appréciait ce détail. Il n'aurait pas supporté d'être amoureux si la dépendance n'avait pas été réciproque.
- Bonne journée alors, dit-il quand l'autre homme se fut interrompu.
- Il y en a parfois, mais c'est plus rare quand je ne t'ai pas dans les pattes.
Malgré leur manque respectif de l'autre, ils arrivaient encore à se taquiner, c'était un détail que n'aurait pu davantage savourer Mike.
- Et toi ? s'enquit le Président.
- Bof. J'ai appelé mon père, mais il est si taciturne que ça n'a été l'affaire que de quelques minutes. Depuis la mort de ma mère j'ai l'impression qu'il se referme totalement sur lui-même. Mais chaque fois que j'essaie d'aller le voir, c'est à peine s'il me laisse entrer.
- Il a besoin de temps. Pas que tu t'inquiètes en revanche.
- C'est plus facile quand j'ai de quoi m'occuper l'esprit. Je lis. Je regarde la télé. Il y a tellement de programmes absurdes que j'ai l'impression de perdre des points de QI rien qu'à m'asseoir sur le canapé.
Le petit rire qui lui parvint dans le combiné lui fit oublier tout l'ennui éprouvé les dernières heures.
- Demain j'aimerais essayer de passer te voir.
- Mike… J'apprécierais vraiment, mais tu es en arrêt maladie. Il n'y a pas un endroit en ce moment où tu as moins ta place qu'ici.
- Je sais, ça va faire jaser. Mais j'ai appris par un de mes collègues qu'ils ont mis en place une cagnotte pour le mariage de Mary. Ma participation pourrait être la raison officielle de ma visite. Si je te croise ensuite au détour d'un couloir, ça ne pourra être qu'un heureux hasard.
- Fais comme tu veux, dit Benjamin d'une voix douce. Je n'ai pas la prétention de t'en empêcher, ni même t'empêcher de faire n'importe quoi, d'autant que ça me ferait plaisir de te voir.
- On pourrait même trouver un petit coin tranquille…, continua Mike, joueur.
- Ton médecin ne t'a pas interdit toute activité physique ? Je pense que ça faisait référence entre autre à toi et moi dans un coin tranquille.
Le ton était amusé, mais Mike y décela clairement une touche de déception. Pour cela encore, ils étaient bien deux à être frustrés.
- Ça me manque, lança-t-il avec un soupçon de douleur. Tu me manques.
- Tu me manques aussi Mike. Mais on savait que ça arriverait.
- Quoi ? Que je me fesse tirer dessus pour sauver tes miches ?
- Aussi, s'amusa Ben. Mais je pensais surtout au fait qu'on serait séparés tôt ou tard quelques temps. Rien ne justifie qu'on se voit officiellement en ce moment donc…
- Je sais.
Ils gardèrent un moment le silence, parce que c'était toujours plus facile que de longues déclarations, surtout quand ils n'étaient pas face à face. Rien de gênant cependant et Mike aimait juste l'entendre respirer, le savoir en sécurité, au calme, même si loin de lui.
- Mike ?
Son prénom, prononcé avec un soupçon d'hésitation, le sortit de ses pensées, le faisant se redresser un peu, lui arrachant au passage une grimace de douleur.
- Toujours là, souffla-t-il, satisfait d'avoir contenu son gémissement alors que tout son flanc le faisait à nouveau souffrir.
Benjamin avait raison de ne pas vouloir de lui là-bas, physiquement il n'était pas encore prêt. C'est une précision qu'il garda cependant pour lui.
- J'ai pensé à quelque chose ces derniers jours, reprit Ben sans relever sa faiblesse, qu'il avait pourtant certainement perçue. Toi et moi, j'ai l'impression que c'est sacrément sérieux.
- Tu as réalisé ça seulement ces derniers jours ? Tu es en train de me vexer, le taquina Mike, impatient cependant d'entendre la suite.
- Justement, ça pourrait devenir encore plus sérieux.
Mike sourit, satisfait du tour que prenait cette conversation. S'il avait mis longtemps à être à l'aise avec ses sentiments pour cet homme, il était désormais pour tout ce qui pourrait faire avancer leur couple. Il le disait rarement, mais il lui paraissait évident à présent qu'ils allaient faire un bon bout de chemin tous les deux. Il était content que cela soit réciproque.
Il n'ignorait pas que Ben soit aussi peu à l'aise que lui pour tout ce qui concernait l'intimité. Il lui était donc reconnaissant d'amener ainsi le sujet sur le tapis. Il l'imaginait, installé au lit, une pile de dossiers en attente à côté de lui, triturant nerveusement le drap de sa main libre tout en cherchant le moyen d'aborder ce qui lui tenait à cœur. Cette image plus que tout autre lui fit regretter de ne pas être auprès de lui.
Loin de toutes ses considérations, Benjamin continuait à parler, donnant l'impression d'avoir répété plus d'une fois pour s'entraîner.
- On n'a jamais parlé d'exclusivité, mais j'imagine que tu ne vas pas voir ailleurs plus que moi. Donc je me disais… j'aimerais beaucoup… on pourrait se passer des préservatifs dorénavant. Ça rendrait notre relation plus unique, plus précieuse.
- Eh ! Ça serait extra ! confirma vivement Mike. J'avoue que j'y aie pensé plus d'une fois dans le feu de l'action. T'avoir en moi, sans cette petite barrière, je trouve ça super excitant.
Il entendit nettement le petit soupir de soulagement et ne put s'empêcher d'être un peu frustré à l'idée que Ben ait pensé qu'il lui refuserait cette faveur. Il savait pourtant trop bien que c'était ainsi que son compagnon fonctionnait. Benjamin semblait souvent croire que ses sentiments n'étaient pas totalement réciproques, de même que sa vision de leur futur commun. Comme s'il attendait sans fin cette tuile qu'il pensait devoir inévitablement se prendre en pleine figure tôt ou tard.
Mike passait son temps à le rassurer de quelques gestes, des preuves d'amour, qu'il pensait pourtant aller de soi. Il aurait préféré que son compagnon manque moins de confiance en lui dans ce domaine, mais il appréciait cependant ce rôle qui le faisait se sentir irremplaçable.
- Bien, se contenta de dire Ben.
Mike savait qu'il aurait voulu le remercier, en dire bien plus, mais qu'il se retenait par pudeur. C'était aussi bien, surtout par téléphone, où une certaine distance demeurait de mise malgré leurs efforts.
- J'ai ma visite médicale annuelle à Bethesda à la fin de la semaine, reprit le Président, alors…
- J'irai faire mes tests avant qu'on se revoit, acquiesça Mike.
Avant qu'on se revoit. Dit comme ça, cela paraissait facile. Mais Mike avait l'impression que cela allait encore durer une éternité. Or après une demande aussi intime de la part de son amant, il ne voulait rien d'autre que le serrer dans ses bras, l'embrasser… et savourer l'absence de protection qui était donc enfin d'actualité.
Il respira lentement, se forçant à se rappeler que ce n'était que partie remise. Benjamin l'attendait, pensait à lui, avait toujours une attention pour lui malgré la distance, il n'avait donc pas lieu de se plaindre.
Les minutes suivantes, ils se contentèrent d'échanger des banalités, désireux, quoi que sans le dire ouvertement, de faire baisser la tension.
Quand ce fut fait, Mike se sentit à nouveau serein, ne resta que l'homme qui aimait profiter de chaque opportunité. Il s'allongea un peu plus confortablement, ravi de constater que lorsqu'il était immobile il ne souffrait plus, c'était un progrès encourageant.
- Qu'est-ce que tu portes ? demanda-t-il en espérant que le ton sexy s'entendait dans le combiné.
- Sérieux ? s'amusa Benjamin. Tu veux jouer à ça maintenant ? Je dois te rappeler les conseils de ton médecin ?
- Arrête, j'ai pas prévu de quitter mon lit, c'est là tout l'intérêt de la chose, ni me prêter à des positions dignes d'un contorsionniste. Je veux juste faire en sorte qu'on prenne un peu de bon temps malgré l'éloignement, comme on l'a fait à bien d'autres occasions. Et ne viens pas me dire que tu n'aimes pas ça.
Le soupir profond qu'il entendit au bout du fil lui indiqua qu'il avait gagné. C'était presque trop facile.
- Qu'est-ce que tu portes ? répéta-t-il donc.
- Je suis au lit, alors à ton avis ?
- Ben, s'il te plaît, mets-y du tien. C'est important pour moi.
Ok, le ton était plus implorant que prévu et ce qui aurait dû être un jeu prenait un peu trop d'ampleur, mais c'était souvent le cas à mesure que les sentiments gagnaient en intensité. Heureusement, comme toujours également, il pouvait compter sur Benjamin.
- Un tee-shirt et un caleçon, répondit enfin celui-ci. Mais pas n'importe quel tee-shirt, c'est celui que tu as oublié un jour chez moi. Que je ne t'ai jamais rendu malgré tes demandes.
- Pas très sexy…
- C'est toi qui voulais savoir. Et puis, il a encore ton odeur, quand tu es pas là c'est tout ce qui importe.
Mike eut un soupir, sentant l'atmosphère changer. Benjamin se montrait trop vulnérable pour ce qu'il avait prévu. Il ignorait s'il devait s'en réjouir ou en être frustré.
- Ben, je voulais qu'on s'envoie en l'air par téléphone. Et toi, tu me sors ça… Là j'ai juste envie de te prendre dans mes bras.
- Pardon. C'est parce que tu me manques, de toutes les manières possibles.
Que voilà une belle déclaration ! Qui ne pouvait signifier qu'une chose, que Ben se sentait plus seul que prévu pour se mettre à nu de la sorte. La propre solitude de Mike n'aurait pu s'intensifier davantage à ce constat. Il ferma les yeux, n'ayant aucun mal à se représenter son compagnon, allongé seul, et sut quoi faire.
- Ferme les yeux, dit-il.
- C'est fait.
- Bien. Et maintenant, imagine que je suis dans le lit avec toi. Je passe un bras autour de tes épaules et t'attire plus près. Tu enfouis ton visage dans mon cou et je t'entends inspirer profondément.
- Tu sens bon, dit Benjamin d'une voix lointaine. Je me sens bien contre toi. Comme si rien ne pouvait jamais nous séparer.
- Rien ne nous séparera.
La conversation continua ainsi, entre mots tendre et réconfort. Ce soir il n'y aurait pas de propos salaces, de propositions indécentes. Pas d'érection à soulager, de respirations lourdes dans les combinés et d'orgasmes simultanés. Ce soir il n'y avait que Mike, son cœur battant un peu trop vite, chaviré par la voix tendre à son oreille, et la sensation que rien ne serait plus jamais comme avant. Il aimait Ben, de toutes les façons qui soient. Il n'y avait pas que l'amant, le patron… Ce n'était pas qu'une relation clandestine à l'avenir incertain. Parce que Benjamin était son tout et ce soir, alors qu'il était allongé seul, si loin de lui et en même temps si proche, il n'avait plus peur de se l'avouer.
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Benjamin se sentait exaspéré tandis qu'il quittait son bureau à la suite de son équipe chargée des relations publiques. Ce qui aurait dû être une réunion de routine avait viré à la foire d'empoigne. Et s'il avait tenu bon et défendu ses positions, il était en colère d'avoir dû en arriver là, ce qui témoignait une fois de plus que sa vie, et celle de ses proches, ne lui appartenait plus vraiment.
Pourtant au départ la journée s'annonçait bonne. Ce soir Connor devait venir dîner avec la fameuse Sasha, désireux de la lui présenter à présent que tout c'était arrangé entre eux. Benjamin était plus qu'heureux de cette opportunité, mais bien moins que savoir son fils comblé. Il recevait Connor et celle qu'il aimait, pour lui il n'y avait pas matière à débattre. Mais c'était sans compter sur son équipe et le talent de celle-ci pour s'immiscer dans tout ce qui n'aurait pas dû les regarder dans un monde parfait.
Voilà ainsi le sujet de la réunion qui venait de se terminer. Ils avaient tenté de lui faire annuler cette soirée, avançant même que peut-être il pouvait parler à Connor et tenter de lui faire renoncer à cette relation qui deviendrait problématique dès lors qu'elle deviendrait publique. Exactement comme le jeune homme l'avait prévu à l'époque où il avait rompu. Benjamin bien sûr avait tenu bon, comme s'il était envisageable en tant que père aimant qu'il pense seulement à sacrifier le bonheur de son fils.
Il était cependant affecté d'avoir dû défendre ainsi un point de vue qui semblait pourtant aller de soi. C'était frustrant de ne pouvoir faire ses propres choix sans avoir à les défendre ensuite.
Le message pourtant était passé, en témoignait le regard honteux que lui avait adressé son chef de cabinet avant de disparaître dans son bureau. Ben savait pourtant qu'ils ne faisaient pas cela pour lui nuire, mais au contraire bien pour défendre ses intérêts. C'était la situation en elle-même qu'il avait en horreur.
Et dire qu'il avait parfois, l'espace de quelques brèves réconfortantes secondes, quand la pression était trop important, la naïveté de croire que peut-être, le monde accepterait sa relation avec Mike. Absurde ! Quand l'histoire même de son fils était sujet à caution…. Non pas qu'il envisage d'assumer cette part tellement personnelle de lui en rendant publique sa liaison, mais c'était toujours bon de rêver.
Tout aurait été tellement plus simple ainsi. Encore convalescent, Mike serait resté se reposer ici, lui pouvant passer quelques instants à ses côtés à volonté. Et il aurait été présent à l'arrivée de Connor, faisant partie de leur famille comme il se devait. Ces pensées d'une vie simple et normale lui revenaient souvent à mesure que ses sentiments grandissaient. Il était pourtant suffisamment adulte pour admettre qu'il n'avait pas de raison de trop se plaindre. Mike était dans sa vie, c'était bien là l'essentiel. Le reste viendrait en temps voulu, ne lui restait qu'à être patient. C'était comme l'absence de Mike entre ces murs depuis quelques semaines, bientôt elle serait derrière eux. Cela faisait bien des concessions, bien de la patience, mais ça en valait le prix au regard de ce qu'il avait, de ce qu'il avait failli perdre.
Et soudain, bien que perdu dans ses pensées, il le vit ! A l'autre bout du couloir, en pleine conversation avec quelques collègues, riant aux éclats, Mike était là. Un jean et un banal sweat-shirt sur le dos, témoignant qu'il n'avait pas repris le travail sans le lui dire mais qu'il était simplement en visite, les joues mangées par une barbe qu'il n'avait pas dû raser depuis des jours, les cheveux élégamment ébouriffés… Il était à couper le souffle. Benjamin eut le plus grand mal à retenir le frisson qui menaçait de le secouer tandis qu'il éprouvait un douloureux mélange d'amour et d'excitation se répandre en lui. Cela faisait des semaines qu'il lui manquait, que leurs échanges téléphoniques quotidiens le frustraient presque autant qu'ils lui faisaient du bien, alors le voir si près, tout en sachant qu'il ne pourrait jamais s'approcher autant qu'il l'aurait voulu, lui fit prendre conscience de tout ce qui lui manquait.
Il voulait Mike dans ses bras, ses draps… dans sa vie. Il le voulait à en avoir le souffle coupé. Pourtant il ne pouvait que le regarder, lui parler peut-être, mais ne pourrait espérer obtenir davantage aujourd'hui. Voilà bien qui résumait la frustration de sa vie. L'envie de toujours plus tout en faisant mine de rien.
Quand Mike se tourna vers lui, il fut peiné de voir le bras crispé contre son ventre, témoin de la souffrance qui devait encore être la sienne, à plus forte raison avec l'effort qui avait dû lui en coûter pour venir ici. Pourtant son compagnon ne semblait pas s'en formaliser, lui adressant le plus beau des sourires tandis que Benjamin marchait vers lui.
- Bonjour Monsieur, dit-il d'une voix égale, mais que Ben sentit frustrée, probablement autant qu'il l'était lui-même.
- Mike, content de vous voir debout.
- Plus de peur que de mal finalement. D'ici quinze jours je serai de retour pour de bon.
- Voilà une bonne nouvelle.
Les propos étaient anodins, prononcés de façon monocorde, donnant parfaitement le change pour les quelques personnes se trouvant autour d'eux. Mais leurs regards qui ne se lâchaient pas… Ils brûlaient de tout ce que les lèvres ne pouvaient prononcer. Dans ses yeux, Benjamin lisait tout ce qu'il avait besoin, envie, de savoir et il voyait combien c'était réciproque. L'instant n'aurait pu être plus parfait étant donné les circonstances. La frustration était de toute façon devenue une compagne depuis qu'ils se fréquentaient, ils savaient s'en accommoder et se satisfaire de ce qui n'aurait pas suffi à tous les autres. C'était leur force, ce qui leur permettait de tenir et de rendre les moments d'intimité plus intenses.
Pourtant, tout en parlant, Benjamin ne cessait de chercher une excuse à avancer pour entraîner son amant, ne serait-ce que quelques minutes, dans son bureau. Juste le temps d'un baiser, de serrer sa main dans la sienne. Il se serait contenté de si peu. Les arguments lui manquaient pourtant, tandis qu'une petite voix dans sa tête répétait en boucle que c'était mieux ainsi, qu'ils avaient bien assez pris de risque par le passé pour ne pas tenter le diable une nouvelle fois.
Avant qu'il ne puisse la faire taire, son assistante les avait rejoints, n'hésitant pas à interrompre les deux hommes, mais après tout c'était justement son rôle, et elle régla définitivement la question pour lui.
- Monsieur, l'Attorney General vous attend pour votre entretien. Et dans quinze minutes vous devez recevoir les lobbyistes. Vous avez insisté pour que je ne vous laisse pas prendre de retard aujourd'hui, pour éviter ensuite de faire attendre Connor.
- Très bien, j'arrive, dit-il avec un soupir.
Près de lui, Mike n'avait pas bougé, le fixant avec compréhension.
- Mike, ravi de vous avoir vu. Prenez soin de vous d'ici votre retour.
Une formule de politesse parfaite, qui justifiait parfaitement la poignée de main qui s'ensuivit. Celle-ci fut un peu plus longue qu'elle n'aurait dû et si ce n'était pas aussi satisfaisant qu'un baiser, ce qui se transforma en une brève caresse au moment de se séparer, n'aurait pu davantage émoustiller Benjamin. Il avait eu son contact, voilà qui compensait la frustration des derniers jours, en attendant mieux.
Un dernier regard et il s'éloigna, un sourire sur les lèvres mais le cœur gros, même s'il parvenait encore et toujours à donner le change.
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Mike quitta le ring à la suite de Benjamin. Celui-ci avait fait installer ce ring dans la salle de gym de la Maison Blanche à son arrivée. La boxe l'aidait à se vider la tête et Mike était rapidement devenu son partenaire attitré. Partenaire d'entraînement à qui il venait de mettre une sacrée dérouillée, probablement pour la première fois en six ans.
- Jubile pas trop, plaida Mike, la jouant faussement affecté. Je te rappelle que je suis convalescent.
Il conclut sa phrase en portant la main à ses côtes avec un regard qui se voulait douloureux.
- C'est pas ce que tu disais cette nuit, rétorqua Benjamin, qui ne se faisait plus avoir depuis un moment. Si tu as repris le travail, j'ose espérer pour ma sécurité que tu es totalement remis.
- Si je dis que je t'ai laissé gagner ça fonctionne mieux ?
Avant de répondre, Benjamin éclata de rire.
- Je veux bien te laisser le bénéfice du doute, capitula-t-il.
Mike apprécia qu'il ménage son égo, lui-même était suffisamment frustré de ne pas avoir encore retrouvé toutes ses capacités. La tentative d'assassinat contre Benjamin remontait à près de deux mois et cela ne faisait que quelques jours que lui avait obtenu de son médecin l'autorisation de reprendre le travail ou une quelconque autre activité. Ce repos forcé lui avait non seulement mis le moral à zéro mais lui avait également fait perdre son endurance. Aujourd'hui sur ce ring s'il s'était éclaté, il avait surtout constaté qu'il n'était pas au top de sa forme. Il se rassurait en se rappelant que c'était provisoire et que Benjamin avait été une bonne raison de traverser cet enfer.
Benjamin qui avait pris chaque jour de ses nouvelles à défaut de pouvoir le voir. Il avait bien trouvé à l'une ou l'autre reprise une excuse pour se rendre à la Maison Blanche, mais un arrêt de travail n'était pas l'idéal pour venir sans provoquer des interrogations de la part de ses collègues. Alors il avait rongé son frein. N'en appréciant que davantage les retrouvailles de la veille.
Confirmant que la frustration ressentie avait été réciproque, de même que le plaisir d'être à nouveau ensemble à loisir, Benjamin s'empressa de le prendre dans ses bras. Au moins cette séparation forcée leur avait permis de parler, se confier, et faire gagner en intensité leur relation. A présent Mike savait qu'ils n'allaient peut-être pas droit dans le mur en fin de compte, mais qu'au contraire ce qu'ils avaient n'aurait pu être plus fort. C'était désormais un sentiment qu'il savait savourer à sa juste valeur.
- Tu m'as manqué, souffla le Président à son oreille avant d'en mordiller le lobe.
Mike frissonna à ce contact. Il le connaissait décidément bien être capable de savoir exactement comment faire monter la température.
Qu'importe la sueur, qu'importe la journée de travail qui était censée commencer, Benjamin semblait avoir envie de lui et faisait tout pour le lui prouver.
- On pourrait passer sous la douche avant, tu ne penses pas ? demanda Mike.
- Pas le temps, grogna Benjamin. Je te veux.
La voix était tellement sourde, marquée de désir, que Mike ne put que capituler. Ce n'était pas un grand sacrifice pour lui de surcroît.
L'embrassant enfin, Benjamin se pressa contre lui, lui montrant qu'il était déjà dur. Mike sourit dans leur baiser, satisfait de la tournure que prenaient les choses. Qu'importe qu'ils soient encore au beau milieu de la salle de sport, il se fichait même à cet instant que n'importe qui puisse débarquer à tout moment. Il connaissait ses hommes, c'était de toute façon improbable. Et s'il était maladivement prudent la plupart du temps, par moment il n'en pouvait plus, perdant tout discernement, c'était dangereux sans doute mais nécessaire pour sa santé mentale. C'était justement l'un de ces moments, alors il décrocha totalement.
Il gémit quand son amant glissa sa main dans son short, mais se tendit lorsque celle-ci fut sur ses fesses, un doigt joueur s'insinuant entre elles.
- Ça va pas le faire comme ça, marmonna-t-il. Tu y as été un peu trop fort hier soir.
Benjamin s'empressa de retirer sa main en rougissant et Mike le trouva adorable à réagir de la sorte. Mais effectivement la veille, le plaisir de pouvoir passer une soirée ensemble après des semaines, avec un Mike remis, ils avaient fait preuve d'une fougue bienvenue sur le moment. C'était également la première fois qu'ils pouvaient se passer de préservatif comme convenu, ce qui devait se fêter selon eux. Quand Benjamin avait fait cette demande ô combien important pour un couple, Mike s'y était prêté bien volontiers, heureux de tout ce que cela signifiait. A présent ils étaient presque un couple quelconque, même si rien ne serait tout à fait normal tant que Ben serait le Président. L'échéance approchant cependant, c'était agréable de se diriger tranquillement vers une vie personnelle stimulante, franchissant une à une chaque étape avec un plaisir égal. Et rien de mieux pour cela qu'une complicité sans faille.
Il déposa un baiser sur les lèvres de Benjamin, avant de saisir son tee-shirt humide pour le rapprocher de lui.
- Je disais pas ça pour te repousser. On a bien d'autres alternatives.
Benjamin sourit et le serra dans ses bras.
Entre baisers et caresses, le désir augmenta rapidement et chacun se retrouva la main dans le sous-vêtement de l'autre, leurs deux corps se frottant de concert. Mike, savourant la caresse sur son sexe tout autant qu'il aimait celle qu'il donnait, enfouit son visage dans le cou de son compagnon, inspirant fort pour s'imprégner de son odeur, ce qui avait toujours un effet stimulant sur lui. Benjamin sentait la sueur et le savon, mais surtout il sentait Benjamin, fragrance virile qui n'était pas étrangère à la plupart de ses orgasmes.
Et aujourd'hui il avait l'impression qu'il y viendrait vite, tant tellement de sentiments se mélangeaient en lui. Il ne s'était guère étendu sur le sujet, tout simplement parce que c'était encore quelque chose avec lequel il était mal à l'aise, mais cet attentat récent contre Benjamin, même s'il avait échoué, l'avait profondément ébranlé. Ce n'était certes pas la première fois qu'il lui sauvait la vie, mais avant il ne protégeait qu'un patron, un ami. Cette fois il s'était agi de l'homme dont il était tombé amoureux. Cela lui avait brutalement rappelé que rien n'était éternel, et certainement pas eux. Il n'allait pas tomber en dépression à ce constat ou maintenir désormais les sentiments à distance. Il n'en avait qu'une faim plus féroce de profiter de chaque moment, profiter de son amant, de son amour… Etre avec lui aussi longtemps et intensément qu'il le pourrait, il ne voulait rien d'autre.
- Eh, t'es encore avec moi ? demanda tout à coup Benjamin.
Mike se rendit alors compte que sa main était immobile et qu'il n'était plus gère coopératif, trop perdu dans ses pensées.
- Désolé. C'est toi qui me rends dingue, donna-t-il comme justification en secouant la tête pour se reprendre.
Ce qui n'était d'ailleurs que trop vrai. La réponse parut satisfaire Benjamin, qui pinça sa hanche de sa main libre. Mike inspira plus fort tandis qu'une vague de plaisir inondait ses veines. Il reprit sa caresse avec un zèle nouveau. Autant faire passer tous ses sentiments dans ce geste puisque les mots venaient trop rarement.
Les baisers s'approfondirent, les respirations se firent haletantes, se répondant dans un parfait ensemble et les deux hommes jouirent simultanément, se retenant maladroitement l'un à l'autre pour ne pas s'écrouler par terre.
- Putain, grogna Mike, le cœur battant la chamade.
Rien de plus. Quoi rajouter d'autre de toute façon ? Il était chaque fois surpris de la violence de son plaisir quand il était avec cet homme, qui savait le rendre fou sans avoir besoin de rien d'autres que ses mains, sa langue. Une relation aussi naturelle n'aurait pas mérité de rester cachée. Il n'envisageait malheureusement pas autre chose pour l'instant. Il faisait donc de son mieux pour que chaque moment à deux soit suffisamment exceptionnel pour que le manque de normalité ne puisse rien gâcher.
Mike fit donc ce qu'il faisait de mieux. Il profita comme toujours de chacun des détails au demeurant quelconque mais qui définissait leur vie à deux. Pas de Président, pas de garde du corps, pas de menace autant sur leur intimité que leur vie. Juste deux hommes comme les autres.
Il savoura leurs gestes maladroits pour réajuster leurs vêtements malgré l'inconfort de leurs sous-vêtements souillés puis leur arrêt à la cuisine pour partager une bouteille d'eau. Ils allèrent ensuite à la salle de bain pour une douche qu'ils choisirent sagement de prendre séparément. Benjamin s'habilla à l'autre bout de la pièce surchauffée, s'amusant de l'entendre chantonner sous le jet d'eau, faisant de même coup des plans pour leur soirée, même si elle serait très probablement écourtée, comme c'était souvent le cas.
Et quand Mike l'abandonna un peu plus tard devant la porte de son bureau, se faisant violence pour ne pas l'embrasser, il avait le sentiment du devoir accompli. Des mois plus tôt, il avait repêché Benjamin quand il était au plus bas, lui avait redonné le sourire, l'avait délivré de ses démons et avait pansé son propre cœur au passage. Ils en étaient sortis plus forts, plus heureux et l'avenir apparaissait plein de promesses. C'était un chapitre de leur vie qu'il était fier d'avoir contribué à écrire, impatient de passer au suivant, impatient de toujours plus.
TBC…
