L'Expérimentation
Résumé : Naruto va apprendre avec le temps que de n'être qu'un sujet d'expérimentation dans la vie de la personne que l'on aime peut faire mal, très mal. UA. SasuNaruSasu.
Disclaimer : Aucun personnage ne m'appartient…
Note : Désole pour le retard. J'espère que vous ne serez pas déçu par ce chapitre, même si je sais déjà que beaucoup aurait préféré que Sasuke souffre plus.
Voici donc le très attendu face à face entre Sasuke et Naruto !
Merci à Momo06, Niak, Katakumime, Who known me, Noah, Lena73, Pauline, Loulyss et Kira Walker pour vos reviews !
Bonne lecture !
Chapitre 12 :
- Sasuke ?
Portant sa main à sa bouche qui venait juste d'être embrassé, Naruto comprit qu'il avait été dupé. Se dégageant totalement de l'homme, il courut vers la sortie. Il entendit son nom être crié, mais il ne se retourna pas. Avec agilité, il contourna les corps dansant sur la piste, essayant de ne heurter personne. Aux bruits de douleur qu'il entendait derrière lui, Sasuke le suivait et ne prenait pas autant de délicatesse avec les autres.
Alors qu'il avait enfin quitté la foule des danseurs et se dirigeait vers les vestiaires, une main agrippa son bras et le força à stopper sa course. Il n'avait pas besoin de se retourner pour savoir à qui appartenait la main.
Naruto, s'il te plait, je veux juste te parler un instant !
Le blond fut un moment pétrifié. C'était la première fois qu'il entendait Sasuke parlait avec tant de désespoir et de détresse dans la voix. Se retournant lentement, il croisa un regard plein de supplication. La colère qu'il ressentait quelques secondes plus tôt disparut. Sasuke avait l'air sincère et, étrangement, complétement perdu.
Stoppant son élan, il baissa la tête et acquiesça. Ils pouvaient bien parler un peu. Il savait qu'en revenant à Konoha, ils allaient finir par se revoir après tout. Alors, autant ne pas tourner autour du pot et mettre tout de suite tous les non-dits entre eux au clair. Car comme le docteur Shizune le lui avait souvent répété, s'il n'arrivait pas à oublier le brun, c'était parce qu'il n'y avait jamais eu de rupture réelle entre eux. Et c'était peut-être le moment de remédier à la situation.
Et puis, qui sait ? Peut-être qu'une fois qu'ils se seraient expliqués, ils pourraient redevenir amis. L'amitié de Sasuke avait toujours beaucoup compté pour Naruto et il espérait vraiment que tout ne soit pas irrémédiablement mort entre eux. Même si ce serait dur de le voir avec un autre au bout du bras, cela lui permettrait d'enfin mettre ses sentiments illusoires de côté et, au final, se trouver lui-même un nouvel amour.
Ensemble, ils allèrent au vestiaire récupérer leurs affaires. Alors qu'il cherchait son ticket dans la poche arrière de son jeans, deux mains attrapèrent son visage. Naruto sursauta, et releva ses yeux avec crainte. Sasuke le contemplait avec un sourire doux – un sourire comme le blond n'en n'avait jamais vu chez l'Uchiwa – les yeux brillants d'émotion. Les mains retraçaient tous les contours de son visage, suivaient les lignes de ses cicatrices, effleuraient l'arrête de son nez.
- Naruto, murmura Sasuke la voix un peu tremblante, collant son front contre le sien. C'est bien toi Naruto. Si tu savais comme tu m'as manqué.
Face à la sincérité des paroles, le blond sentit ses yeux le piquaient. Lui aussi lui avait manqué. Son sourire, ses yeux, ses rictus, ses pics, son sens de l'humeur acerbe, tout lui avait manqué.
Se séparant du brun, il se mit dos à lui, essuyant discrètement la larme qui lui avait échappé. Il ne s'attendait pas à ce que tant d'émotions l'envahissent d'un coup. Finalement, malgré tant d'années sans se voir ni se parler, Naruto n'était plus très sûr d'être prêt à faire face à Sasuke.
- J'ai… heu… Bafouilla le plus jeune en essayant de reprendre consistance. Je dois récupérer ma veste.
- D'accord.
Naruto donna machinalement son ticket au jeune homme qui s'occupait des vestiaires. Le réceptionniste le dévisagea un instant avant d'aller chercher le vêtement. Le blond ne fut alors pas certain si c'était parce que cela se voyait qu'il se retenait de pleurer ou parce que son visage était complétement rouge.
Sasuke récupéra à son tour son manteau et ils s'habillèrent en silence.
- Je connais un bar qui est encore ouvert à cette heure-ci, déclara le brun lorsqu'une bourrasque de vent les accueillit au dehors.
- On ne pourrait pas aller dans un endroit plus… tranquille ? Demanda timidement Naruto, le visage toujours baissé.
Il savait que sa future conversation avec Sasuke allait être assez dure et si jamais il devait craquer, il n'avait pas trop envie que des inconnus en soient témoin.
- Si tu n'as pas peur du froid, répondit l'autre après un instant de réflexion, on pourrait aller au parc près de chez toi ?
L'idée plaisait bien à Naruto. Le temps du trajet pourrait lui servir à se calmer et il serait suffisamment proche de chez Jiraya pour rentrer chez lui en tout sécurité si les choses ne se déroulaient pas bien. Il savait qu'il avait un mode autopilote qui lui permettait de retrouver la maison et de ne se cogner à rien même lorsqu'il avait la vue aveuglée par des larmes. Hochant la tête, ils prirent donc la direction du parc.
Ils marchaient côte à côte dans le silence. Il faisait froid. Il ne neigeait plus, mais l'air était toujours glacial, un nuage blanc sortant de leur bouche à chacune de leurs respirations. Les mains enfoncées dans les poches, un bonnet vissait sur la tête et une écharpe faisant trois fois le tour de son cou, Naruto tentait de toutes ses forces de ne pas claquer des dents. Il espérait que la marche allait vite le réchauffer, sinon il regrettait déjà son choix. Il y aurait eu du chauffage s'ils avaient été dans un bar…
Contrairement à lui qui avait perdu l'habitude des hivers rigoureux de Konoha, Sasuke avançait tranquillement à ses côtés. Il n'avait pas de bonnet sur la tête – sûrement de peur d'abimer sa coiffure, pensa intérieurement Naruto – seule une écharpe en laine lui enserrer le cou, finissant sa course dans son long manteau chic. Il avait des gants en cuir aux mains et cela devait lui suffire, puisque, à l'inverse du blond qui avait pourtant des moufles, il ne les mit pas un instant dans ses poches.
- Je connais un raccourci, affirma soudain le brun, brisant le silence entre eux.
Une main vint se placer dans le bas du dos de Naruto, le guidant au travers de petites rues qu'il n'aurait jamais pensé emprunter de lui-même. Sans jamais arrêter le contact entre eux, Sasuke le mena effectivement bien plus rapidement au parc que s'ils avaient continué à suivre l'artère principale de Konoha.
Se trouvant un banc, ils s'installèrent côte à côte. Lorsque son postérieur se posa sur le bois glacé du banc, Naruto cru qu'il allait hurler. Finalement, les hivers à dix degrés et ensoleillés de Kumo n'étaient pas si mal. Sasuke, avec son long manteau qui lui descendait presque jusqu'aux genoux, n'avait pas du tout de problème.
- Tu t'es coupé les cheveux ? Demanda soudain Sasuke en l'observant. Ça te va bien.
- C'est plus pratique et hygiénique, répondit simplement le blond.
Effectivement contrairement à ses années lycées où il avait des cheveux de plusieurs centimètres toujours décoiffés et ébouriffés sur la tête, Naruto avait à présent des cheveux rasés très court. Killer Bee, le serveur de l'Ichiraku avec qui il avait beaucoup sympathisé à Kumo, lui avait donné l'idée. C'était d'ailleurs lui qui les lui avait rasés les premiers mois jusqu'à ce que le blond y arrive seul. Naruto s'était depuis acheté une tondeuse et l'utiliser tous les mois. L'avantage - en dehors de ne pas laisser de cheveux dans l'assiette des clients - était qu'il n'avait plus besoin de se demander comment il allait se coiffer à chaque fois qu'il sortait.
- Alors, se lança timidement Naruto après un nouveau petit silence un peu gênant, tu travailles dans l'entreprise Uchiwa maintenant ?
- Oui depuis plus d'un an, au service vente et marketing.
Bon ok, Naruto le savait déjà puisque Itachi le lui avait dit lorsqu'ils s'étaient vus à Kumo. Seulement, il fallait bien commencer quelque part et il ne savait pas trop comment éclater l'abcès.
- Et ça te plaît ?
- Mis à part que j'ai la chance de croiser au moins dix fois par jour Itachi et mon père, répondit Sasuke avec une grimace, oui ça me plaît.
- Tu vas souvent dans ce genre de boite ?
C'était vrai qu'il aurait pu poser la question avec bien plus de tact, seulement Naruto avait un peu de mal à imaginer l'Uchiwa dans ce genre de soirée. Surtout qu'il était maintenant lui-même un habitué des lieux et qu'il ne l'y avait jamais vu. Et il trouvait vraiment étrange d'y avoir croisé son ancien camarade.
- Pas vraiment, non, affirma en riant le brun. En tout cas, plus depuis la fin de mes études.
- Ah ?
Se fût tout ce que trouva l'Uzumaki à dire. Il imaginait bien plus Sasuke à des galas et autres réceptions mondaines – comme la réception dans l'hôtel particulier où Naruto avait eu ses examens pratiques et où il avait revu l'Uchiwa – qu'à ce genre de boite – même si c'était la meilleure de la ville selon lui. Et il se demandait sincèrement comment ils avaient fait pour s'y croiser. C'était étrange comme coïncidence. Surtout à peine moins de quarante-huit heures après qu'ils se soient revus alors que cela faisait des mois qu'il était revenu à Konoha.
- Si ce n'était pour toi, je n'y aurai jamais remis les pieds.
Sasuke avait tourné son visage vers lui en disant cela, le regardant intensément. Naruto ne l'avait jamais vu ainsi, si sincère et, étrangement, ouvert. Comme si ses yeux cherchaient à atteindre son âme par leur force. Naruto n'en était que plus déboussolé.
- Comment ça ?
- C'est Ino qui m'a dit que je te trouverais sûrement là, confessa-t-il.
- Ino ? Ino Yamanaka ? S'exclama Naruto ahuri.
- Parce que tu en connais une autre ? Rigola l'Uchiwa.
- Depuis quand tu es ami avec Ino ? Interrogea le blond avec stupeur.
- J'ai toujours été en contact avec Ino. Un peu contre sa volonté, mais elle m'a toujours tenu au courant des grands évènements dans ta vie ces dernières années. Alors, crois-moi, quand je t'ai vu au gala hier, j'ai été plus que surpris. Heureusement qu'elle est à Suna, sinon je serais encore en train de lui hurler dessus.
Complétement paumé. La bouche ouverte et les sourcils froncés, Naruto avait l'impression d'être devant la télé, à regarder un épisode des feux de l'amour – série qu'il n'avait jamais regardé et qu'il détestait à cause des scénarios toujours trop complexes et poussés - et … en espagnole, langue qu'il ne maitrisait absolument pas.
Tout d'abord, depuis quand Sasuke et Ino était amis et se parlaient régulièrement ? Et plus particulièrement, ils avaient l'air de parler de lui et de sa vie. Ensuite, si tout cela était vrai, pourquoi est-ce qu'Ino ne lui avait rien dit ?
Mais surtout, pourquoi Sasuke était-il venu, comme il venait de l'avouer, exprès le retrouver ce soir ?
- Il y a tellement de choses que je regrette, continua l'Uchiwa en perdant son sourire, si tu savais, j'ai tellement de choses à me faire pardonner que je ne sais même pas par où commencer.
- Je ne comprends plus rien Sasuke, je n'ai rien à te pardonner, assura Naruto largué.
- Oh si, coupa-t-il avec sérieux. Si tu savais le nombre de fois où je me suis intérieurement giflé depuis ce jour où tu es parti. Ce jour où j'ai laissé mon égo et mon égoïsme faire la plus grosse erreur de ma vie.
- De quoi est-ce que tu parles ? Demanda l'Uzumaki de plus en plus perdu.
- Le jour où tu es parti de Konoha, développa Sasuke avec tristesse, il y a toutes ces années. Ino m'avait harcelé de messages. Sans réelle explication, elle m'avait ordonné d'être à la gare en me donnant un quai et une heure précise de départ de train.
Naruto ne l'avait jamais su. Ino ne lui avait jamais dit, ni avant ni après son départ, qu'elle avait informé Sasuke de tout cela.
- Seulement, Ino et moi, nous n'étions pas vraiment amis à l'époque. Et tu me connais ? Je déteste que l'on me dise ce que je dois faire. Alors oui, je suis venu, mais bien après l'heure indiqué. J'ai cru que c'était une de ses lubies, peut-être même un piège concernant Sakura. Je ne sais plus ce que j'ai pensé, tout ce dont je me rappelle c'est que j'ai fait exprès d'arriver en retard.
Naruto était scotché. Alors Sasuke aurait pu venir ce fameux jour sur le quai de la gare ? Cela expliquait au moins le comportement étrange d'Ino sur le moment. Ils auraient pu se dire au revoir ce jour-là, finir l'histoire qui n'avait même pas commencé entre eux. Seulement Sasuke avait fait son Sasuke. Naruto en aurait presque rit s'il n'était pas si choqué.
- Quand je suis enfin arrivé, Ino était en larmes. Ça m'a quand même inquiété. C'était Ino, et pour qu'Ino pleure, c'était que quelque chose de grave devait s'être passé. Elle m'a alors annoncé que tu étais parti. J'avoue que je n'ai pas tout de suite compris. Elle m'a hurlé que tu étais amoureux de moi et que je t'avais tellement fait souffrir que tu en étais tombé malade. Que tu partais pour te soigner. Et que tu ne reviendrais jamais. Que je t'avais perdu pour toujours.
Finalement, Naruto aurait préféré que Sasuke ignore totalement les messages d'Ino. Il craignait à présent la réaction du brun. Il venait lui-même de dire que la blonde lui avait parlé de ses sentiments et à priori, de sa dépression. Choses qu'il aurait préféré que l'Uchiwa ignore.
- Sa…
- Pourquoi ? Coupa Sasuke presque avec désespoir. Pourquoi tu ne m'as rien dit ? Pourquoi tu ne m'as pas dit que tu étais amoureux de moi ?
Pourquoi ? A ces mots Naruto se sentit replonger des années en arrière, dans sa propre chambre. Sur ce lit où ils venaient à peine de jouir ensemble. Il entendait encore ces mots qui avaient poignardé son cœur. Il pouvait encore sentir sa poitrine se contracté alors qu'il essayait de retenir ses larmes.
- Je n'ai pas pu, avoua simplement le blond en baissant les yeux.
- Si tu savais comme j'aurais été heureux de le savoir.
Ce n'était pas comme si Naruto n'avait jamais regretté n'avoir rien dit à Sasuke. Oh comme il aurait aimé lui dire qu'il l'aimait et entendre l'autre lui répondre que lui aussi. Seulement, ce n'était pas lui que Sasuke aimait et il ne voulait pas gâcher le peu d'amitié qu'il restait entre eux.
- Tu n'étais pas amoureux de moi, je ne voulais pas t'embêter avec ça, expliqua simplement Naruto d'une petite voix.
- Tu te trompes, souffla l'Uchiwa en haussant la voix légèrement. J'ai toujours eu et j'aurai toujours des sentiments pour toi. J'ai été attiré par toi dès l'instant où tu as mis un pied dans notre foutu classe au collège !
Naruto était perdu. Il n'avait pourtant pas imaginé toutes ses nuits qu'il avait passé à pleurer, entendant encore Sasuke lui dire qu'une fois à la fac, ils allaient tous deux fréquenter d'autres personnes et s'éloigner l'un de l'autre. Puis, quelques mois plus tard, lui avouer en aimer un autre.
- Mais pourtant, bafouilla Naruto désorienté, après KonohaPark, tu as dit que tu voulais sortir avec d'autres garçons.
- Je sais ce que j'ai dit, affirma Sasuke amer. J'ai toujours cru que tu étais hétérosexuel. J'avais parfaitement conscience de ressentir plus que de l'amitié pour toi et les filles ne m'ont jamais attiré, alors je savais que j'étais gay. Mais toi… Toi tu étais amoureux de Sakura. Et après, à l'université, j'ai vraiment cru que tu sortais avec Ino. J'ai été stupéfait d'apprendre qu'elle aimait les filles d'ailleurs…
Naruto imaginait bien le choc que c'était, d'apprendre qu'une des filles qui avait passait presque toutes ses années de collèges et lycée à lui courir après préférait en fait la gente féminine.
- Pour moi, tu étais attiré par les filles, pas par les garçons. Je n'étais qu'une sorte d'exception. Alors, j'avais l'impression de te pervertir à chaque fois que je posais la main sur toi. Je savais que j'étais important dans ta vie, tu disais tout le temps que j'étais ton meilleur ami.
Et c'était vrai. Sasuke avait vraiment été son meilleur ami. La personne qui le connaissait et peut-être même le comprenait le mieux. Il était réellement la personne la plus importante dans sa vie à cette époque.
Et Sasuke en avait parfaitement conscience. Alors son sentiment de culpabilité n'avait fait que grandir encore et encore avec le temps. Jusqu'au point où lui aussi s'était sentit piégé par cette relation malsaine qu'il avait lui-même contribué à créer.
- Au début, j'étais vraiment heureux que tu me laisses t'embrasser et te toucher. Parfois, lorsqu'on venait de finir et que je te serrais contre moi, j'aimais imaginer qu'on était un vrai couple toi et moi.
- Moi aussi, assura Naruto perdu dans les souvenirs du passé. Moi aussi j'aimais penser ça parfois.
Oui, pour tous les deux, ces quelques instants de tendresses avaient été les plus heureux de leur vie. Ils avaient une excuse pour câliner l'autre sans avoir besoin de se justifier. Juste sentir la chaleur de l'autre contre soi et profiter du moment, à songer à une vie qu'ils n'avaient pourtant pas. Au final, ils avaient eu le même rêve et n'avaient simplement jamais osé se l'avouer. Et Sasuke l'avait réalisé avec horreur assis dans sa voiture sur le parking de la gare, son visage baigné de larmes qu'il n'arrivait pas à retenir, face à tous les remords et le désespoir qu'il ressentait à l'idée d'avoir lui-même empêché ce rêve d'exister. Et ce, par pur couardise.
- Alors je regrette vraiment d'avoir trop réfléchi il y a toutes ces années, confessa le brun avec amertume. A l'époque, j'avais l'impression de te forcer la main. A chaque fois que je rentrais chez moi, je m'en voulais d'exercer une sorte de chantage sur toi. Je sais que tu ne le voyais pas ça comme ça, mais j'ai parfaitement conscience d'avoir toujours eu de l'ascendant sur toi. Que tu me laissais avoir le dessus sur toi, volontairement. Et j'avais peur de nous mener tous les deux dans le mur. Alors j'ai pensé que l'université serait un bon moyen de nous distancer, d'arrêter progressivement notre relation. Et sur le coup, tu n'avais pas l'air de mal prendre la chose. Alors j'ai cru que tu serais heureux, voire soulagé, que j'arrête notre relation et que j'en commence une de mon côté avec un autre mec.
A la fin de leur dernière année de lycée, Sasuke avait passé de nombreuses nuits à réfléchir. A cogiter sur l'étrange relation qu'il y avait entre eux. A ce sentiment de culpabilité qui venait frapper à sa porte dès qu'il posait ses mains sur le blond. A chaque fois qu'il poussait un peu plus les choses entre eux et qu'il pouvait lire de l'hésitation dans le regard bleu devant lui.
Parfois, il se réveillait en sueur la nuit, après avoir rêvé qu'il faisait l'amour au blond pour ensuite retrouver son compagnon en larmes et en sang, parce que ce n'était pas ce que voulait Naruto. Parce que Naruto ne savait pas comment lui dire non et que Sasuke, incapable de le réaliser, ne voyait que ses désirs. Oui, il avait peur d'aller beaucoup trop loin un jour et de le violer.
Seulement, il ne savait pas comment s'arrêter. Dès qu'il voyait le blond, il ne voulait qu'une chose l'embrasser, le serrer contre lui et voir ses yeux se remplir de plaisir sous ses caresses. Et il pensait au plus profond de lui qu'il n'en était pas de même pour Naruto. Parce qu'il voyait parfaitement les moments de doutes du plus jeune lorsqu'il proposait quelque chose de nouveau ou les absences de celui-ci après qu'ils aient fini. Et la dernière chose qu'il voulait, c'était de faire du mal intentionnellement à son compagnon. Alors il avait bien réfléchi et avait décidé qu'il devait focaliser ses envies sur d'autres garçons. Qu'il ne pouvait plus être un poids pour Naruto. Qu'il n'avait pas le droit de lui imposer de relations sexuelles, alors qu'il savait parfaitement que l'autre n'était pas attiré par les hommes. Naruto était hétérosexuel, amoureux de Sakura depuis le collège. Que le blond voudrait sûrement se trouvait une petite-amie, une belle et gentille fille, une fois à l'université. Et pour que Naruto puisse se trouvait une copine, il fallait que Sasuke s'éloigne de lui. Il croyait sincèrement qu'il soulagerait le plus jeune en reportant ses désirs sexuels sur d'autres hommes.
- Je croyais vraiment que si je me concentrais sur un autre garçon, j'arriverais à te sortir suffisamment de ma tête pour te rendre ta liberté et avoir une vraie relation amicale avec toi.
Pouvoir donner à Naruto la vraie relation qu'il voulait vraiment de Sasuke. Être son meilleur ami. Juste son meilleur ami.
- Seulement, au final, j'étais tellement obsédé par toi que je n'ai toujours été attiré, et c'est toujours le cas, que par des hommes qui me faisaient penser à toi. En toute honnêteté, je n'ai même jamais réussi à bander pour un homme qui n'était pas blond.
Tandis que Sasuke riait de son histoire, Naruto sentait son visage lui chauffer. Il n'aurait jamais imaginé que le brun ait pu être, lui aussi, tourmenté par cette étrange relation, entre l'amitié et le coup d'un soir, qu'ils avaient à l'époque. Qu'il partageait avec lui cette même obsession. Que peut-être, lui aussi, ait pu l'aimer.
Il en avait presque la tête qui lui tournait tant il ressentait des sentiments contradictoires en lui.
Il avait lui-même tout fait pour que Sasuke n'apprenne jamais qu'il était gay et amoureux de lui. Il avait lui-même laissé croire le brun qu'il sortait avec Ino. Il s'en voulait d'avoir été si lâche et de n'avoir jamais dit la vérité. Peut-être que s'il avait seulement laissé entendre qu'il n'était pas aussi hétéro qu'il voulait le dire, Sasuke lui aurait avoué vouloir plus de lui que de l'amitié ou quelques heures passaient entre les mêmes draps. Et ils n'auraient pas eu autant à souffrir tous les deux.
- Pourtant, tous les hommes avec qui je couchais n'étaient pas toi. Et chaque fois que je m'en rendais compte, je réalisais que la relation que j'avais été vide et futile. Je n'ai jamais eu d'histoires qui ont tenu plus de deux mois. Ils n'étaient que des remplaçants, alors que c'est toi que j'ai toujours voulu avoir. Et c'est toujours le cas. Malgré toutes ses années, dès l'instant où je t'ai vu hier soir, j'ai senti mon cœur bondir dans ma poitrine. Je n'ai jamais cessé de t'aimer.
Sous l'aveu, Naruto laissa échapper un bruit plus proche du sanglot qu'autre chose. Sasuke venait de lui dire qu'il l'aimait. Qu'il l'avait toujours aimé et qu'il l'aimait encore. Il aurait voulu lui crier que lui aussi, mais sa gorge était tellement serrer qu'il n'arrivait plus à parler. Il avait l'impression d'être en plein rêve. Ces mots, depuis combien d'années rêvait-il d'entendre ces mots sortir de la bouche de l'Uchiwa ?
- Ne pleure pas, le réconforta le brun en essuyant les larmes qui glissaient sur ses joues. Je ne suis vraiment bon qu'à te rendre triste on dirait.
- Non, contredit avec force le blond. Ce sont… ce sont des larmes de joie.
Naruto n'arrivait pas à s'arrêter. Ça en était risible, il avait passé des années à pleurer en pensant que Sasuke ne l'aimait pas, et maintenant que l'autre lui avoué qu'il était amoureux de lui, il pleurait encore. Riant de sa propre bêtise, il tenta de se calmer.
Comprenant que le plus jeune avait besoin d'un peu de temps pour s'en remettre, Sasuke se rapprocha de lui et passa un bras autour de ses épaules. Comme ce simple contact leur avait manqué à tous les deux. D'instinct, Naruto vint se coller à lui, posant sa tête sur le haut de son manteau pourtant complétement glacée. Lentement ses larmes se tarirent.
- Je suis désolé, dit doucement Sasuke à son oreille. Par ma faute, tu as tellement souffert. Si j'avais été plus courageux, tu n'aurais pas eu à traverser tous ces instants difficiles.
- Non, murmura Naruto. Cela n'aurait rien changé. J'aurai fait tôt ou tard une dépression, mes sentiments pour toi n'ont fait qu'accélérer les choses.
- Comment ça ? Demanda Sasuke, un peu décontenancé par l'aveu. J'avais bien vu que quelque chose n'allait pas, seulement je pensais que c'était parce que les cours à la fac ne te plaisaient pas ou que tu n'arrivais pas à suivre. Tu allais parfaitement bien au lycée, tu souriais et riais tout le temps. Tu as toujours été comme une sorte de soleil. Et du jour au lendemain, tu as commencé à perdre ton sourire.
Sasuke avait remarqué que quelque chose n'allait pas lorsqu'ils étaient devenus étudiants. Il avait essayé de tirer les vers du nez au blond avec des boutades, mais l'autre ne lui avait jamais rien dit. Et Sasuke en était même venu à penser que le problème venait de lui. Que Naruto ne voulait plus qu'ils soient aussi proches et qu'il ne savait pas comment le lui dire. Alors le brun avait décidé de mettre son plan en action et s'était mis à regarder les mecs dans ses cours. Et lorsqu'il vit le regard de Deidara, plus qu'appréciateur, sur lui, il sut ce qu'il devait faire.
Au final, alors que lui commençait à sortir avec Deidara, Naruto se rapprochait beaucoup d'Ino. Et Sasuke avait juste pensé qu'il avait eu raison de laisser respirer le blond. Qu'il s'était lui-même trouvé une petite-amie et qu'ils allaient enfin pouvoir être de vrais amis. Il avait même essayé de lui présenter Deidara pour lui faire comprendre qu'il ne risquait vraiment plus rien à le côtoyer. Seulement il réalisait maintenant à quel point il s'était trompé.
Naruto, de son côté, réfléchissait à ce que le brun lui disait. Il avait donc remarqué un changement chez lui lorsque sa dépression avait commencé. Au moins, l'Uchiwa n'était pas aussi insensible et aveugle qu'il l'avait pensé sur le coup. Il s'en voulait presque d'avoir prêté tant d'indifférence au brun.
Par contre, il n'aurait jamais imaginé que Sasuke le voyait ainsi, si jovial et blagueur qu'il le comparerait à un soleil. L'analogie le faisait rire. Il avait vraiment été bon comédien alors.
- C'était des mensonges, répondit-il en se plongeant dans son passé. Je me suis toujours menti à moi-même, essayant de me faire croire que tout allait bien. Alors que cela n'a jamais été le cas.
Sasuke le fixait à présent avec incompréhension. Naruto soupira en baissant les yeux. Il n'avait jamais vraiment parlé de sa vie d'avant en détail avec lui. Il avait toujours arrangé la vérité pour se convaincre lui-même que rien ne l'avait jamais atteint, que rien ne l'atteindrait jamais. Et il en avait fait de même avec les gens autour de lui. Il avait réussi à persuader tout son entourage qu'il allait bien, enfouissant au plus profond de lui-même ses pires cauchemars.
- D'après le docteur Shizune, ma psychothérapeute à Kumo, expliqua-t-il sans oser croiser le regard du brun, j'étais une bombe à retardement qui allait, tôt ou tard, finir par sauter. On va dire que tu en as été l'allumette. Seulement, même si tous ces quiproquos entre nous n'avaient jamais existé et que l'on avait vraiment été un couple, j'aurai quand même fini par exploser. Et c'était bien mieux que cela soit arrivé à une époque où je pouvais m'éloigner de tout pour me recentrer sur moi-même. Les choses auraient été bien plus compliquées si cela m'était arrivé dans dix ans, lorsque j'aurai eu un emploi stable et une relation sérieuse. Le choc aurait peut-être été même pire si ma dépression avait eu pour conséquence de perdre un bon emploi et une relation importante.
Sasuke n'osait rien dire, de peur que l'autre arrête de parler. Il était perdu. Il avait toujours vu Naruto comme un roc inébranlable. Alors savoir qu'il avait toujours était sur le point de s'écrouler, le remuait intérieurement.
- Est-ce que… Est-ce que je t'ai déjà parlé de ma vie avant Konoha ? Questionna Naruto après un instant d'hésitation.
- Tu m'as dit que tu avais été placé à l'orphelinat de Suna après la mort de ta mère, répondit Sasuke. Puis que Jiraya t'avait adopté.
- Est-ce que tu te souviens de Nagato ? Continua-t-il à demander. Mon cousin.
- Oui, il fait des affaires avec Itachi depuis quelques années, confirma l'Uchiwa répondant sans le savoir à une question que Naruto se poser depuis la visite d'Itachi à Kumo.
- N'as-tu jamais trouvé étrange le fait que j'ai passé plusieurs années à l'orphelinat alors que j'avais une famille ?
Sasuke n'avait, en tout honnêteté, jamais fait le lien. Pour lui, Jiraya avait toujours été la seule famille vivante de Naruto. Il n'avait même jamais fait le rapprochement avec Nagato, alors que le blond lui avait bien dit que son cousin était, comme tous les autres membres du clan Uzumaki, roux. Il n'y avait que lui qui était une exception.
- En réalité, lorsque ma mère était en vie, nous vivions avec mes grands-parents. Et sa sœur, la mère de Nagato, habitait à peine quelques rues plus loin. Pourtant, j'ai été placé à l'orphelinat. A ton avis, pourquoi ?
Ce n'était pas une vraie question, Sasuke en avait pleinement conscience et écoutait avec attention ce que disait le blond.
- Ma mère avait une maladie incurable, continua Naruto. Lorsqu'elle a su qu'elle était enceinte de moi, elle a choisi d'arrêter son traitement. Elle ne l'a d'ailleurs pas reprit avant mon deuxième anniversaire.
- Tu me l'avais dit, coupa Sasuke plus pour lui-même que pour le blond.
- Mais savais-tu que si elle avait décidé de ne pas me mettre au monde et qu'elle avait continué son traitement, avec les progrès de la médecine, elle serait peut-être encore en vie aujourd'hui ?
A cette pensée, des larmes montèrent dans les yeux de Naruto. Malgré toutes les discutions avec le docteur Shizune, il se sentait toujours coupable vis-à-vis de la mort de sa mère. Il savait que ce n'était pas sa faute, la psychothérapeute le lui avait bien fait comprendre. Cependant, la pensée que s'il n'avait jamais existé, elle serait toujours en vie, ne l'avait jamais quitté.
- Ma tante et mes grands-parents lui en ont toujours voulu de m'avoir choisi au détriment de sa santé. Alors, lorsqu'elle est morte, ils ont laissé leur haine envers moi s'exprimer. Je n'ai pas eu le droit d'assister à son enterrement. Les meurtriers ne vont pas se recueillir sur les tombes de leur victime, disait ma tante. Monstre, assassin, c'était comme ça qu'ils m'appelaient. J'avais beau n'avoir que cinq ans, je comprenais parfaitement ces mots.
Naruto pouvait encore voir le visage déchiré de haine de sa tante lorsqu'elle le nommait ainsi. Il avait été étonné lorsqu'il l'avait revu quelques années plus tard. Dans ses souvenirs, elle était une femme de grande taille et stature, ses longs cheveux rouges volant autour d'elle comme les bras d'une pieuvre. Aujourd'hui, elle était une petite bonne femme, plutôt maigrichonne, au teint et cheveux terne et gris. Elle ne lui faisait plus peur, juste pitié.
- A l'époque, des rumeurs circulaient déjà sur l'orphelinat de Suna et un autre était en construction un peu plus loin. Pourtant, ma tante, avec l'aval de ma grand-mère, n'hésita pas un instant. A peine deux mois après le décès de ma mère, elle me laissait devant les grilles de l'orphelinat de Suna. Sans un mot. Sans un regard. Alors qu'elle savait. Elle savait que l'endroit était réputé pour les mauvais traitements infligés aux enfants, pour des accusations de négligence, de viol, de violence. Elle savait mais elle m'y a quand même laissé sans le moindre regret.
Sasuke déglutit. Il avait peur d'entendre la suite. Il n'avait jamais su que Naruto abritait tant de rancœur en lui, ni qu'il avait vécu pareils événements. Comment un enfant si jeune pouvait-il être abandonné dans un endroit si sordide ?
- Les autres enfants étaient au courant, sans que je ne leur aie même jamais adressé la parole, que ma tante m'avait laissée là parce que j'avais tué ma mère. La plupart des enfants qui étaient à l'orphelinat n'avaient soit plus aucune famille vivante, soit leur famille était dans l'incapacité de s'occuper d'eux dans l'immédiat - parce qu'en prison ou autre - mais ne tarderait pas à venir les chercher. Alors la venue d'un enfant abandonnait par sa propre famille faisait beaucoup jaser. Et la rumeur que j'étais un monstre qui avait tué sa propre mère se répandit bien vite. Je n'étais même pas là depuis une semaine que l'on m'emmenait déjà à l'hôpital. Un petit groupe de garçons avait décidé de me prendre pour cible et ils me poussèrent dans les escaliers. J'avais perdu connaissance, alors les éducateurs furent obligés de m'emmener à l'hôpital et on m'y détecta une commotion. Ils firent attention de ne plus me cogner la tête par la suite.
Les yeux dans le vague, Naruto était plongé dans ses souvenirs. Il revoyait encore le visage des six garçons. Celui de leur chef en particulier, un garçon brun plus que bien portant qui devait avoir au moins dix ans. Son rire cruel avait hanté les nuits du blond pendant des années, même après qu'il eut quitté l'orphelinat.
- J'avais tout le temps mal. Je ne me rappelle pas d'une seule nuit où une partie de mon corps ne me faisait pas souffrir, m'empêchant de dormir. Dès qu'ils me voyaient, ils me poussaient, me bousculaient, me faisaient tomber, me frappaient. A la cantine, si le personnel qui nous surveillait regardait ailleurs, ils venaient voler la nourriture posée sur mon plateau. Ou alors ils y mettaient de la terre ou des insectes. On nous forçait à finir nos assiettes même si on n'en aimait pas le contenu. Alors ça les faisait rire de me voir vomir après avoir été obligé de manger une soupe aux vers ou de la purée à la terre. Seulement un jour, ils sont allés plus loin.
Sasuke respirait fort. Buvant chacune des paroles du blond, il sentait la nausée l'envahir. Comment Naruto avait-il pu vivre pareille chose et personne n'avait rien fait pour l'aider ? Il avait peur d'entendre la suite, pourtant il le devait. Il devait savoir ce qui était arrivé à Naruto. Il le devait car il voulait pouvoir rebâtir son amitié avec le blond. Il le devait pour être capable de le comprendre et tout faire pour l'aider à se reconstruire et être heureux.
- Je ne sais pas comment, mais ils ont appris que mon anniversaire approchait. Alors, ils ont décidé de me faire un cadeau. J'avais pris l'habitude de rester en dernier dans le dortoir pour pouvoir m'habiller tranquillement sans leur moquerie. Du coup, j'arrivais systématiquement en retard au réfectoire, et si j'étais chanceux, ils avaient déjà fini de manger et je pouvais savourer tranquillement mon repas. Seulement ils avaient compris mon manège et l'utilisèrent contre moi. Alors que je sortais, en bon dernier, du dortoir, ils m'attendaient dans le couloir. Sans me laisser le temps de comprendre ce qui se passait, ils m'avaient attrapé et me plaqué contre un lit. En cours, on leur avait raconté la légende d'un démon mangeur de jeunes filles reconnaissable aux cicatrices sur son visage. Comme j'étais moi-même un démon, ils décidèrent qu'ils devaient me marquer comme celui de l'histoire pour que tout le monde sache ce que j'étais vraiment. Ils sortirent un morceau de verre qu'ils avaient dû ramasser je ne sais où, et lentement, chacun leur tour, ils me marquèrent le visage. C'était leur cadeau disaient-il en riant.
Sasuke laissa un cri d'effroi lui échapper. Il s'était souvent demandé d'où venaient les cicatrices sur les joues du blond. Il lui avait posé un jour la question, mais l'autre ne lui avait jamais répondu. Le cœur serrait dans sa poitrine, il était tiraillé entre l'envie de serrer Naruto contre lui et celui de retrouver ces fils de pute et leur faire regretter amèrement leur geste. Lui ne se contenterait pas de coupure sur leur visage, il était prêt à les défigurer avec ses poings.
- Pendant longtemps, je me réveillais en sursaut la nuit, les joues brûlantes et douloureuses. Même si les entailles étaient parfaitement cicatrisées, je pouvais encore sortir le verre s'enfonçait dans ma chair, coupant ma peau aussi facilement que du beurre.
Tout en disant cela, il porta une main à son visage. Enlevant sa moufle, il toucha sa peau, vérifiant qu'elle n'était pas poisseuse et recouverte de sang. Plus de quinze ans après, il sentait toujours sa peau se déchirait sous le tranchant du verre, la douleur irradiant dans tout son corps.
- Je suis resté toute la journée allongé sur ce lit. J'étais en état de choc je crois. Personne ne remarqua ma disparition, pas même mon instituteur alors que c'était un jour de classe. Ce ne fut que le soir au couché que l'on me retrouva. J'ai tout de suite été emmené à l'hôpital. Je ne m'en rappelle pas, on m'a juste rapporté que l'oreiller blanc où reposait ma tête était totalement rouge et que mon visage était complétement en sang. Je souffrais aussi d'hypothermie, n'ayant pas bougeait depuis le matin et les dortoirs n'étant pas chauffés la journée. Je suis resté plusieurs jours à l'hôpital. La police est même venue me voir, mais le directeur de l'orphelinat était là, et il m'avait interdit de donner le moindre nom. En échange, les garçons ne me touchèrent plus jamais. Ils se contentèrent juste de m'insulter dès qu'ils le pouvaient.
Naruto avait toujours sa main contre sa joue, ses doigts caressants distraitement une cicatrice. Sasuke le regardait comme hypnotiser. Il ne savait pas comment le blond n'avait pas fait pour devenir fou après ça. Comment il avait fait pour rester le bon et gentil ange qu'il était lorsqu'il l'avait rencontré au collège. Lui, aurait tout fait pour trouver un moyen de se venger, de leur faire aussi mal que ce qu'ils lui avaient fait subir.
- Ce jour-là, lorsque je suis retourné à l'orphelinat, j'ai voulu en finir. Je suis monté sur le toit et j'ai voulu sauter. Je détestais tellement ma vie que je voulais mourir. Je ne savais même pas que c'était le jour de mon propre anniversaire ! je voulais juste que tout s'arrête et pouvoir retrouver la chaleur et le réconfort des bras de ma mère. Seulement un adulte m'a trouvé et m'a sauvé. Il me cherchait pour m'annoncer que Jiraya était là et voulait me voir. Ce jour est assez flou dans ma tête, mais je me rappelle parfaitement du regard choqué de Jiraya en voyant mon visage. J'avais la tête entouré de pansements, je devais vraiment faire peur à voir.
Naruto avait longtemps cru avoir rêvé cette journée. N'être jamais monté sur le toit pour sauter. Ne jamais avoir voulu mourir. Il préférait croire que la journée avait débuté avec l'arrivée de Jiraya. Le traumatisme de savoir qu'il avait été prêt à mourir ce jour-là était trop grand pour lui, alors il l'avait simplement occulté de sa mémoire, le rangeant très très loin au fond de lui.
- Veux-tu que je te dise quelle fut la pire séance que j'ai eue avec ma psychothérapeute ? Demanda Naruto avec un léger sourire triste.
Sasuke répondit en hochant la tête. Tant que Naruto voudrait lui parler, il l'écouterait. Même si ce qu'il disait lui faisait aussi mal qu'un coup de poing dans l'estomac.
Il aurait tellement voulu pouvoir remonter dans le temps pour pouvoir empêcher tout cela d'arriver au blond. Comme il aurait souhaité avoir connu plus tôt Naruto pour pouvoir le protéger de tout ce qui lui était arrivé dans cet orphelinat sordide.
- Un jour, elle m'a fait assoir face à elle et a sorti un grand miroir de derrière son bureau. Elle l'a posé devant moi et m'a forcé à regarder mon reflet, raconta le blond se souvenant parfaitement de l'épreuve que cela avait été pour lui. Elle m'a ensuite demandé de lui décrire ce que je voyais. Et tu sais ce que je voyais ?
Naruto pouvait encore voir son propre reflet dans le miroir. Ce reflet qu'il avait, par tous les moyens, cherché à éviter pendant tant d'années.
- Un enfant terrifié. Un enfant défiguré. Marqué à vie. Je n'ai toujours vu qu'elles, mes cicatrices, à chaque fois que je me regardais dans un miroir. J'avais toujours essayé d'éviter de croiser un miroir par le passé, mais le docteur Shizune m'a obligé à rester devant pendant une bonne heure. Je n'avais même pas réalisé que cela faisait des années que je n'avais pas plongé mes yeux dans ceux de mon reflet.
Sasuke avait remarqué l'aversion du blond pour les miroirs. Il s'était d'ailleurs moqué plusieurs fois de lui à ce sujet, parce que du coup, Naruto n'était jamais coiffé correctement. Le brun n'avait jamais compris pourquoi l'autre n'aimait pas ce regardé. Parce qu'à ses yeux, Naruto avait toujours été l'un des plus beaux garçons qu'il n'avait jamais croisé dans sa vie.
- Monstre. Abomination. Mocheté. C'est comme cela que les autres enfants m'appelaient, continua le blond. Je n'étais plus Naruto, je n'étais plus qu'une créature hideuse et déformée. Je me rappelle de ma rentrée des classes au collège de Suna. Le professeur croyait que je m'étais dessiné des moustaches sur les joues. Il m'a forcé à me frotter le visage avec un mouchoir et quand il a vu que cela ne partait pas, et venu lui-même me frictionner. J'avais les joues rouges, presque en sang, lorsqu'il a enfin compris que c'était des cicatrices. Tous les autres enfants riaient. Ils savaient tous que c'était des marques et non pas du stylo mais personne n'a rien dit. Ils ont laissé l'enseignant m'humilier. Ils aimaient ça de toute façon. Ils n'avaient plus droit de me toucher physiquement, alors ils le faisaient autrement et l'humiliation était leur préférée. Je n'ai plus jamais osé regarder le professeur dans les yeux et j'ai été plus que ravi lorsque j'ai su que Jiraya allait enfin pouvoir m'emmener avec lui à Konoha. J'avais tout de même peur que l'expérience se réitère. Mais étrangement, personne n'a jamais rien dit sur mon apparence et j'ai repoussé tous ses épisodes au plus profond de ma tête. Seulement, je n'ai jamais oublié. Et à chaque fois que je me regardais dans un miroir, j'entendais leurs voix me traiter de monstre, de démon, d'horreur. Et je ne voyais que mes cicatrices. Ces affreuses lignes qui me défiguraient.
Naruto s'était toujours trouvé laid. Il n'avait d'ailleurs jamais compris comment Sasuke, un être si beau, avait pu supporter d'avoir quelqu'un d'aussi moche que lui à ses côtés. C'était d'ailleurs ce qui avait renforcé sa conviction que l'autre ne l'aimait pas, ne se servant de lui que pour expérimenter le sexe.
Le docteur Shizune avait été très dur ce jour-là avec lui, le forçant a vraiment se regarder dans le miroir, décrivant ce qu'il voyait vraiment et non pas ce que les autres avaient un jour dit de lui. Les cicatrices s'étaient affinées avec le temps, disparaissant presque. Il ne l'avait même pas réalisé, se souvenant juste des grosses lignes de plusieurs millimètres d'épaisseur qui lui barraient le visage en six endroits. Il avait perdu ses joues d'enfants, ses pommettes devenant seyantes et hautes. Il avait un adulte devant lui, non plus un enfant apeuré. Il avait de grands yeux bleus qui pouvaient être qualifiés de jolis. Dans l'ensemble, il ne se trouvait pas laid. Pas quelconque non plus. Cependant, il n'arrivait pas à se trouver lui-même beau. Le médecin avait été content de son introspection, lui disant que son estime remonterait lentement avec quelques exercices simples et quotidiens. Depuis, il avait ordre de regarder droit devant lui lorsqu'il était face à un miroir. Interdiction d'avoir les yeux scotchés au lavabo lorsqu'il se brossait les yeux, par exemple. Il devait passer au moins dix minutes par jour devant un miroir et essayer de se faire trois compliments. Au début, il complimentait ses cheveux et ses yeux. Puis sa belle peau douce et lisse. Puis il avait fini par se regarder dans son ensemble et se complimentait maintenant lui. Complimentant son travail, ses tenus, ses petites batailles gagnées sur la vie. Et une fois, il s'était avoué être fier de lui-même et se trouvait mignon. C'était un début et la psychothérapeute avait été ravie de l'apprendre. Petit à petit, il allait mieux.
- Avec le temps, j'avais réussi à me persuader que toutes ces années à l'orphelinat n'étaient qu'une illusion. Que c'était le fruit d'un cauchemar particulièrement réaliste. Et j'ai fait comme si j'allais bien. Pourtant, au fond de moi, toutes les incertitudes, toutes les peurs que j'avais gagnées à l'orphelinat ne m'avaient jamais quitté. Elles étaient toujours là, me faisant vaciller parfois. Alors je me mentais. Je me persuadais moi-même que tout allait bien. Alors que j'étais, en réalité, envahi de doutes. Est-ce que Jiraya m'aimait vraiment ou avait-il juste pitié de moi ? N'avait-il pas peur de vivre avec un monstre qui avait tué sa propre mère ? Et ma mère, que pensait-elle de son fils de là-haut ? De ce froussard qui avait laissé des enfants le battre et le défigurer, se contentant de pleurer et de se pisser dessus au lieu de les repousser ? Et cette dame qui ne cessait de me dévisager ce matin dans la rue, était-elle choquée et dégoutée par mes cicatrices ? Avait-elle du se forcer à passer à côté d'un être aussi laid que moi ?
Sasuke fixait Naruto, médusé. Il n'avait jamais soupçonné que de telles souffrances vivaient dans le blond. Ino avait raison, il n'avait été qu'un égoïste, ne pensant qu'à lui, ne réfléchissant pas aux sentiments de Naruto, ni aux conséquences de ses actes et paroles. Le blond ne lui avait jamais paru si faible et si fort en même temps. Il aurait voulu le prendre dans ses bras, lui dire qu'il l'aiderait à chasser ses fantômes et lui confier qu'il était si fier du travail sur lui-même qu'il avait fait toutes ses années à Kumo. Mais il n'en avait pas le droit. Pas tant que Naruto ne l'ait autorisé à entrer à nouveau dans sa vie, il ne ferait rien pour le déstabiliser. Après tout, peut-être qu'il lui racontait tout ça pour lui faire comprendre à quel point il avait merdé avec lui et qu'ils ne pourraient plus jamais être quelque chose, pas même des amis. Son bras toujours autour du blond, il se contenta d'exprimer ses émotions en serrant plus fort le tissu de la veste sous ses doigts.
- Il m'a fallu beaucoup de temps pour m'accepter et pour vaincre mes peurs et mes incertitudes. La phase dite de l'honnêteté de ma thérapie a été particulièrement difficile, parce que je devais voir toutes les personnes qui comptaient pour moi et leur confiaient mes craintes vis-à-vis d'elles. Je n'avais jamais vu Jiraya pleurer avant. Crois-moi, cela m'a fait un choc de le voir ainsi. Il y a toujours eu pas mal de non-dits entre nous, mais tout est arrangé maintenant. Nous nous sommes beaucoup rapprochés et je n'hésite plus à présent. Si j'ai le moindre doute, nous nous asseyons à une table et nous en parlons. On le fait encore pas mal. Parfois, il me pose des questions sur mon enfance et parfois, c'est moi qui ressens le besoin de m'exprimer sur un souvenir. Je crois que je dois être le seul garçon sur cette terre à ne pas avoir de secret pour son grand-père ! Je lui ai même dit pour toi.
- C'est vrai ? S'étonna Sasuke en se dégagea du blond pour pouvoir le regarder dans les yeux. Il l'a bien prit ?
- En fait, il s'en était toujours douté, alors oui, déclara Naruto en rigolant, il l'a plutôt bien pris. Il m'a même félicité pour mes goûts en matière de garçon. A priori, tu dois être l'équivalent d'une belle brune à forte poitrine en version garçon.
- Quel compliment ! Ria à son tour Sasuke en secouant la tête de dérision.
- N'est-ce pas ? Accorda le blond avec humour.
Voir Naruto rire réchauffa le cœur de Sasuke. Il avait toujours été une sorte d'astre lumineux pour lui, capable d'illuminer son quotidien d'un simple regard, alors le voir à nouveau resplendissant le comblait de joie.
- Maintenant c'est ton tour, continua le blond. Je dois finir d'être honnête avec toi. Pour que nous puissions avancer, tous les deux.
- Naruto, voulu intervenir l'Uchiwa.
- Non, coupa Naruto. Tu parleras après m'avoir écouté. S'il te plait.
Soupirant face à la tête de mule qu'était toujours l'Uzumaki, Sasuke acquiesça. Il avait tout de même peur d'entendre la suite. Naruto comptait beaucoup pour lui et il craignait que tout soit irrémédiablement cassé entre eux. Néanmoins, il ferait tout pour essayer d'arranger les choses. Même si Naruto ne l'aimait plus, il essaierait de tout faire pour le garder dans sa vie, même en tant que simple ami. Vivre ces dernières années sans lui avait vraiment été très dur.
- J'étais vraiment heureux lorsque l'on a commencé à se rapprocher tous les deux, débuta le blond. Je ne saurais dire pourquoi, peut-être parce que tu ne m'as jamais regardé comme les autres enfants, avec dégout ou peur, j'en sais rien. Mais tu as toujours été à part pour moi. Tu étais une sorte de modèle. Une perfection à atteindre. Et en même temps, je te jalousais. Tu étais tous ce que je n'étais pas : beau, intelligent, intéressant. Pourtant, tu reconnaissais mon existence. Acceptant mes chalenges débiles, les relevant tous avec plaisir. C'est vrai que tu n'as jamais été tendre avec moi, mais tu n'en étais pas méchant ou cruel pour autant. Je me rappelle d'une fois où je suis tombé en classe. Alors que tous les autres riaient, tu t'es agenouillé devant moi, et même si tu me traitais d'imbécile et de maladroit, tu as quand même vérifié que je ne m'étais pas fait mal. Tu as été le seul. Tu as toujours été le seul à te soucier réellement de ma petite personne, et sans jamais rien me demander en retour. Et crois-moi, cela signifiait énormément pour moi.
Naruto laissa une larme s'échappait. Sasuke avait toujours compté plus qu'aucune autre personne pour lui, représentant tant de choses que ça en était difficile de mettre des mots dessus pour lui expliquer pourquoi.
- Lorsqu'on a eu cet exposé à faire ensemble et que tu m'as avoué tes problèmes avec ta famille et leur tradition idiote, j'étais super heureux. Tu me faisais confiance au point de me relever tes pires secrets. Cela représentait beaucoup pour moi. C'est pour ça que j'ai cherché un moyen d'arranger ta situation, c'était ma manière de te rendre service et en même temps de me rapprocher de toi. J'ai toujours aimé parlé avec toi. A chaque fois que tu me racontais ta vie, même si c'était loin d'être amusant, je buvais tes paroles. Je me rends compte aujourd'hui à quel point j'étais déjà obsédé par toi. Tu étais l'être le plus important dans ma vie. Alors lorsque tu as suggéré cette expérimentation, j'ai accepté. Parce qu'au fond de moi, j'étais content que tu veuilles encore partager plus avec moi. J'étais excité par l'idée d'être encore plus proche de toi. Il m'a fallu du temps, mais j'ai fini par réaliser que si j'aimais tant ta présence et passer du temps avec toi, ce n'était pas parce que tu étais juste mon meilleur ami. J'étais amoureux de toi. J'aimais tout chez toi, même tes défauts, même ta perversité. Plus tu voulais de moi, plus j'étais heureux. Seulement, j'ai fini par me poser des questions. A douter de toi. Et de moi. Comment est-ce qu'un garçon si beau et qui a le monde à ses pieds pouvait se contenter d'un être aussi insignifiant et repoussant que moi ? Et j'ai commencé à avoir peur. Je savais que j'étais amoureux de toi et pour moi, il était impossible que ce soit réciproque. Et après notre retour de KonohaPark, lorsque tu as sous-entendu que tu voulais sortir avec d'autres garçons, mes soupçons ont été confirmés. Et d'une certaine façon, cela m'a fait perdre pied. Je voulais tant continuer à être avec toi, te toucher, t'embrasser. Seulement, j'étais amoureux de toi, et c'était douloureux de songer au fait que toi, tu ne l'étais pas. J'ai pensé t'avouer mes sentiments, mais j'avais peur que tu ne veuilles plus jamais de moi après ça. Que tu rejettes jusqu'à notre amitié. Que tu me vois alors comme l'être hideux et insipide que je croyais être. J'étais complétement perdu. Je ne savais plus où j'allais. Puis je t'ai vu. A la soirée de ton école où tu m'avais trainé, je t'ai vu. Tu embrassais ce garçon. Tu le laissais te toucher. Et j'ai cru mourir. Peut-être que d'une certaine manière, quelque chose est effectivement mort en moi à ce moment-là.
- Tu nous avais vus ? Répéta Sasuke sous le choc.
Certes il avait voulu s'éloigner de Naruto en sortant avec d'autres garçons, seulement il ne voulait pas non plus le jeter au visage du blond. Et maintenant qu'il savait que Naruto état amoureux de lui, il imaginait le mal que cette vision avait dû lui causer.
- Je t'en ai voulu au début. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Si tout ceci n'était pas arrivé, je n'aurai peut-être jamais connu le docteur Shizune. Elle a changé ma vie, tu sais ? On a tous les deux fait des erreurs par le passé. Je ne t'en veux plus aujourd'hui. Tu as été la personne qui m'a apporté le plus de bonheur dans la vie après tout. Je ne pourrais jamais te détester pour ça. Le premier à m'accepter et à vouloir de moi. Tu as été mon premier amour aussi, alors même si on n'a jamais été un vrai couple, ça marque quand même.
Naruto riait. Il parlait avec un sourire, essayant de faire bonne figure.
Sasuke, lui, ne riait pas. C'était son tour d'être envahi par la peur et le doute. Même s'il était prêt à accepter que le blond ne veuille que de l'amitié entre eux, il savait au fond de lui qu'abandonner ses sentiments pour Naruto serait douloureux. Il l'aimait vraiment et se détestait d'avoir tout gâcher entre eux.
- Tu parles au passé, affirma soudain le brun avec tristesse.
- Quoi ?
- Depuis tout à l'heure, tu parles au passé, expliqua Sasuke avec douleur. Lorsque tu parles de ton amour pour moi.
Ils se fixèrent droit dans les yeux, chacun pouvant lire les émotions de l'autre. Sasuke semblait au bord du désespoir, son souffle rapide et chaud sortant de sa bouche dans de longs nuages blancs.
- Pitié, supplia le brun. Dis-moi que ce n'est pas trop tard. Que je peux me racheter. Que tu m'aimes encore.
Une larme glissa sur le visage de Sasuke. Naruto suivi sa course jusqu'aux lèvres du brun. C'était la première fois qu'il le voyait pleurer. Qu'il le voyait montrer tant de faiblesse. Et cela lui fit mal au cœur. Approchant sa main glacée, il essuya la joue mouillée.
- Malgré tout ma volonté et après des années de thérapies, je suis toujours incapable de ne pas t'aimer.
- Merci mon dieu !
Fermant les yeux de bonheur, d'autres goûtes salés roulèrent sur la peau de Sasuke. Pleurant à son tour, Naruto les essuya, un sourire doux et paisible sur les lèvres.
Soudain, respirant un grand coup pour ravaler ses larmes, l'Uchiwa se leva. Le blond avait certes dit qu'il l'aimait toujours, seulement il fallait maintenant qu'il lui prouve qu'il était digne de son amour et qu'il ne referait plus jamais les mêmes erreurs.
Pris au dépourvu, Naruto le regarda se mettre lentement à genoux devant lui, emprisonnant sa main dans la sienne.
- Naruto Uzumaki, commença-t-il de manière très formelle. Je sais que je t'ai fait énormément souffrir par le passé. Mais je te promets que je vais tout faire pour me racheter. Je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour te rendre heureux et tout faire pour que tu n'aies plus jamais à revivre tous ces mois d'errance. Je sais que tu dois sans doute beaucoup aimer ton docteur Shizune, mais je te promets de tout faire pour que tu ne ressentes plus jamais le besoin de devoir lui parler. Je veux devenir ton confident. La personne en qui tu as le plus confiance. La personne qui te connaît le mieux. Je suis prêt à tout entendre, comme je suis prêt à te dire tout de moi. Je ne veux plus vivre un seul jour de ma vie loin de toi. Je ne me suis jamais senti aussi vide et seul que depuis le jour où tu es parti. Je veux construire un avenir avec toi. Et pour cela, je te promets de t'aimer tous les jours un peu plus, te respecter, et dévouer ma vie à ton bonheur. Tu es l'être le plus beau, le plus gentil, le plus formidable que je n'ai jamais connu. Alors si tu veux bien m'accorder une nouvelle chance, je te promets que je ferais tout pour racheter mes erreurs passées. Je t'aime. Je t'ai toujours aimé. Je t'ai aimé dès l'instant où je t'ai vu. Tu es la seule et unique personne que je n'ai jamais aimée de toute ma vie. Si notre pays acceptait les mariages pour les personnes de même sexe, je te demanderai ta main pour te le prouver et te garder pour toujours à mes côtés et montrer au monde à quel point je t'aime de la manière la plus officielle qui soit. En attendant de pouvoir changer la loi pour toi, je n'ai que des mots à t'offrir. Et chacun de mes mots sont vrais et sincères. Je t'aime Naruto Uzumaki. Et je ne veux plus jamais vivre une seule journée sans toi à mes côtés.
Pas un instant Sasuke n'avait détaché ses yeux des siens. Naruto avait le souffle coupé. Il avait ressenti dans ses tripes la puissance et la sincérité de chacun des mots prononcés. Il avait tant de fois rêvé d'entendre ces mots sortir de la bouche du brun. Pourtant l'instant dépassait tous ses fantasmes les plus fous. Sasuke était prêt à changer les lois justes pour être avec lui. Et Naruto était sûr qu'il ne ferait. L'intensité de l'instant le frappa et il ne put se retenir. Sautant dans les bras du brun, ils tombèrent tous deux couchés sur le sol. Éclatant en sanglot, le blond enfui sa tête dans le cou de l'autre homme, le serrant de toutes ses forces contre lui.
Un peu surpris de la réaction, Sasuke passa à son tour ses bras autour de Naruto, caressa lentement son dos pour qu'il se calme. Le sol était dur et froid, mais il ne dit rien, savourant juste le fait d'avoir à nouveau le blond contre lui.
Naruto finit par relever son visage, des larmes continuant de retracer les contours de son visage. Il n'avait toujours pas répondu verbalement à l'Uchiwa.
- Tu es si beau, dit soudain Sasuke en venant effacer ses larmes d'un geste de la main.
Comme fasciné par le brun sous lui, Naruto admira un instant la beauté de l'homme. Sasuke lui adressa un sourire tendre avant d'embrasser le bout de son nez. Sortant de sa torpeur, le blond réalisa alors la position dans laquelle ils étaient.
- Je suis désolé, s'empressa-t-il de dire en se relevant et en aidant le brun à en faire de même. Tu ne t'aie pas fait mal ? En plus je me suis étalé complétement sur toi, j'ai dû t'écraser. Tu aurais dû me dire que…
- Non, tu es plutôt léger au contraire, coupa Sasuke avec un petit rire. J'étais trop heureux de t'avoir contre moi pour me soucier de quoique ce soit d'autre.
Le rouge aux joues, Naruto regarda Sasuke épousseter la poussière sur sa veste. Lui aussi avait apprécié de pouvoir à nouveau le serrer contre lui. Mordillant un instant sa bouche, il hésita. Il avait envie de prolonger le contact encore un peu. Sur un coup de tête, il fit s'assoir le brun sur le banc en appuyant sur ses épaules et au lieu de se remettre à côté de lui, grimpa à califourchon sur ses cuisses pour le prendre à nouveau contre lui et nicher sa tête dans son cou.
Sasuke se laissa faire, fou de joie face à l'initiative de Naruto. Malgré le froid de l'hiver, son cœur ne lui avait jamais paru aussi chaud. Il avait réfléchi chaque mot qu'il avait dit. Il avait passé tant d'années à regretter de n'avoir jamais dit ses sentiments au blond et de l'avoir blessé puis laissé partir, qu'il pensait chacune de ses paroles. Il aimait Naruto du plus profond de son âme et ferait tout pour leur construire un avenir radieux et remplis de bonheur. Il avait appris de ses erreurs et ferait tout pour ne plus jamais en refaire.
- Je t'aime.
Ce n'était qu'un murmure, à peine plus fort que le vent. Seulement Sasuke l'avait parfaitement entendu lorsque le blond le susurra à son oreille. Souriant de joie, il resserra encore son étreinte sur le corps de son amour.
- Est-ce que je peux t'embrasser ? Demanda Sasuke après quelques minutes à profiter du moment.
Naruto se redressa. Il ne pleurait plus. Ses yeux étaient toujours un peu rouges mais ses joues étaient sèches. Plongeant son regard dans celui de l'Uchiwa, il se tortura la lèvre inférieure.
Il avait envie de l'embrasser. Oui, il en avait vraiment envie. Seulement, il voulait prendre son temps cette fois. Il voulait profiter de chaque instant avec le brun et avait peur de tout précipiter. Ils avaient déjà expérimenté le sexe par le passé, maintenant il voulait juste se concentrer sur les sentiments.
- On n'est pas obligé de le faire ce soir, murmura Sasuke en posant son front contre le sien en voyant son trouble. On va aller à ton rythme. Si tu trouves que je vais trop vite, je veux que tu me le dises. Ne me cache rien. Cela ne m'énervera pas. Par contre, si tu te forces à faire quelque chose, là je me mettrai en colère. Compris ?
Souriant, il hocha la tête. Sasuke avait toujours su interpréter ses pensées. Cela le faisait rire dans leur jeunesse. Il était heureux de voir que le brun y arrivait encore.
Lentement, rassurer par ces paroles, Naruto posa un chaste baiser sur la bouche de la personne qu'il aimait depuis tant d'années.
Sasuke fut surpris, mais n'en laissa rien paraitre. Il savait qu'il faudrait du temps pour reconstruire le lien entre eux. Et il comptait tout faire pour qu'il soit encore plus fort et inébranlable qu'avant. Frottant son nez avec celui de l'Uzumaki, il remarqua comme celui-ci était froid. Enlevant l'un de ses gants, il posa sa main sur la joue du blond.
- Tu es glacé, affirma-t-il. Il se fait tard, on devrait rentrer. J'ai fait quelques recherches sur ton école et il ne vaudrait mieux pas que tu tombes malade. Même avec un certificat médical, être absent n'y est pas bien vu.
Naruto fut étonné que le brun ait fait de telles recherches, seulement cela lui ressemblait tellement qu'il gloussa un moment. Certaines choses ne changeaient pas et cette normalité lui faisait du bien.
- Les examens ont pris fin hier, expliqua Naruto. Alors je n'ai pas cours pendant une semaine.
- Ce n'est pas une raison pour attraper froid, contra Sasuke en lui tapotant légèrement le front. Rentrons.
Ils se levèrent de leur banc presque à regret. Naruto n'avait jamais remis sa moufle et le voyant, Sasuke attrapa sa main pour la serrer. Leurs peaux étaient gelées, mais ils ne se lâchèrent pas pour autant.
Les rues étaient désertes et silencieuses. Seul le bruit de leurs pas résonnait. Ils arrivèrent vite devant la maison de Jiraya, trop vite à leur goût.
- Tu devrais te dépêcher de rentrer chez toi, chuchota Naruto en prenant encore une fois le brun contre lui. Contrairement à moi, je suis sûr que beaucoup de travail t'attend la semaine prochaine.
- Je vais prendre un taxi, ne t'inquiète pas.
- Un taxi ? répéta le blond surpris. Tu n'habites plus chez tes parents ?
- Pas vraiment, répondit Sasuke avec une grimace.
- Où est-ce que tu vis alors ? Demanda l'Uzumaki curieux.
- J'ai un appartement un peu plus loin, répondit le brun, fuyant clairement son regard.
Dès qu'il l'avait pu, Sasuke s'était trouvé un appartement pour s'éloigner le plus possible de ses parents. Il ne supportait plus de vivre avec des personnes qui essayaient de régenter tous les aspects de sa vie sans même chercher à savoir ce que lui voulait. Il n'avait jamais eu de lien fort, comme celui entre Naruto et Jiraya, entre ses parents et lui, alors il était normal que le blond n'ait pas réalisé que certaines choses avaient pu changer maintenant qu'ils étaient adultes.
- Où ça plus loin ? Voulu savoir le plus jeune septique.
- Juste un peu plus loin…
- Sasuke, insista Naruto.
- Prêt du quartier des affaires du nord, soupira le brun.
Il savait qu'il avait fait une gaffe en disant qu'il prendrait un taxi. Il connaissait suffisamment Naruto pour savoir qu'il allait culpabiliser pour l'avoir fait autant marcher loin de chez lui. Seulement, il était bien trop heureux de pouvoir à nouveau passer du temps avec lui pour se concentrer sur de si petits détails. Ils s'étaient enfin retrouvés, c'était l'essentiel pour lui.
- Mais c'est à l'opposé d'ici ! Réalisa le blond.
- Ce n'est pas grave, affirma Sasuke, je vais retourner sur l'artère principale et j'y prendrai un taxi. A cette heure-ci, ils attendent les sortis des boites et des bars, j'en trouverai un facilement.
- Tu vas mourir de froid en attendant ! Il te faudra presque vingt minutes même en marchant vite pour y aller.
- Ce n'est pas grave, répéta le brun. Je le referai encore pour passer juste cinq minutes de plus avec toi.
Contemplant le visage sincère et heureux du brun, Naruto eut une idée qui lui traversa la tête. Il en avait envie. Seulement, il avait peur que l'autre l'interprète différemment.
- Tu peux rester dormir, se lança-t-il le rouge aux joues. Mais juste dormir.
L'ajout fit beaucoup rire Sasuke. Vexé que le brun se moque de lui, Naruto se dégagea de ses bras et se dirigea vers la porte d'entrée. Alors qu'il cherchait ses clés, deux bras vinrent l'enserrer par derrière et il sentit un souffle chaud contre sa nuque.
- Pardon, murmura Sasuke qui n'avait pourtant pas vraiment l'air désolé. Ça me fait tellement plaisir de te retrouver que je n'ai pas réussi à me maitriser. Si l'offre tient toujours, j'accepte avec plaisir.
Jetant un regard par-dessus son épaule, Naruto soupira avant de se remettre à la conquête de ses clés. Ils entrèrent et le blond prit leurs manteaux pour les accrocher. Après un détour par la cuisine pour chercher une bouteille d'eau, ils montrèrent dans la chambre du plus jeune en essayant de faire le moins de bruit possible. Jiraya avait certes le sommeil lourd, seulement il ne voulait pas que le vieil homme se réveille et croit que Naruto avait ramené quelqu'un avec lui de sa sortie de boite. Ce n'était pas faux, cependant il savait d'avance que le romancier allait imaginer tout un tas de choses plus perverses les unes que les autres et il ne voulait pas en entendre parler au petit-déjeuner.
Lorsque Naruto alluma la lumière de sa lampe de chevet, Sasuke fut stupéfait de voir les changements dans la chambre où il avait passé tant d'heures quelques années plus tôt.
- J'ai eu envie d'un changement de déco, expliqua simplement Naruto en buvant une gorgée d'eau avant de tendre la bouteille à Sasuke.
Se désaltérant à son tour, Sasuke admira une nouvelle fois la pièce. Elle faisait plus adulte, mais il subsistait des touches qui rappelaient que c'était malgré tout la chambre de Naruto.
Ils se déshabillèrent sans un mot, un peu gêné de revoir la peau de l'autre après si longtemps. Sasuke hésita clairement à enlever sa chemise. Il avait l'habitude de dormir torse nu, seulement il ne voulait pas faire quoique ce soit qui pourrait mettre Naruto mal à l'aise. Le voyant avec sa chemise entrouverte, le blond vint lui tirer sur une manche, donnant silencieusement son accord, avant de retirer son propre haut.
Ils n'avaient toujours rien dit, mais le silence n'était pas pesant. Ils prirent tous deux places dans le lit, l'un en face de l'autre, laissant leur peau nu se toucher sagement à certains endroits.
- Bonne nuit, chuchota le blond avant de tendre le bras pour éteindre la lumière.
- Bonne nuit Naruto, répondit Sasuke en prenant sa main.
Cela leur fit étrange à tout deux de dormir ensemble dans le même lit. Ils avaient l'habitude de partager un lit par le passé. Seulement, c'était surtout parce que le brun n'avait plus de force après qu'ils aient fait une activité des plus intenses. Rougissant aux souvenirs de ce qu'ils avaient fait dans cette même chambre, Naruto eut un petit sourire. Il sentit Sasuke lui serrer un peu plus fort la main comme s'il avait pensé à la même chose.
Détachant son poignet, le blond se rapprocha, venant coller sa tête au torse en face de lui, passant une main sur ses côtes. Sasuke en profita pour lui aussi s'ajuster et glissa un bras dans son dos.
- Je t'aime, murmura Sasuke en embrassant une dernière fois son front.
Heureux et comblés, ils s'endormirent rapidement, entourés par la chaleur de la personne qu'ils aimaient le plus en ce monde.
A suivre…
J'avoue, après relecture je suis moi-même un peu déçue par ce chapitre, que je trouve, au final, un peu trop mielleux. Je regrette un peu d'être allée trop vite et de ne pas les avoir fait être amis un petit moment avant de s'avouer leur sentiment. A la base, cette histoire devait être oneshot et j'avais vraiment envie de vite en finir quand je suis arrivée à cette partie (j'avais surtout peur de manquer de motivation et ne jamais la finir si je ne me dépêchais pas). Maintenant que je ne suis plus dans le même esprit que lorsque je l'ai écrit (c'était i mois quand même) je sais que j'aurai pu mieux faire. Seulement, je ne peux pas réécrire ce chapitre en les faisant aller plus doucement dans leur relation sans réécrire les suivant vu ce qui s'y passe. D'un autre côté, je me dis que cela peut toujours me servir pour une future fic - c'est quand même la 1ère histoire longue que j'écris depuis des années (j'ai un peu abandonné l'écriture lorsque je suis rentrée dans le monde du travail malheureusement) donc c'est une sorte de fic essai - j'ai pas mal d'idées d'histoires donc je pourrai toujours écrire une autre histoire d'amour qui tourne mal entre Sasuke et Naruto, et cette fois, je ferai bien plus galéré Sasuke s'il veut récupérer notre petit blond. Et en bonus avec Yahiko qui viendrait jouer le rival (voire plus) pour le cœur de Naru. A ce propos, je commence à écrire la partie où justement Sasuke essai de récupérer l'amour de Naruto dans Instinct Animal et là je compte le faire ramer bien plus, donc promis dans l'histoire suivante ça ira moins vite et je serais plus sadique avec Sasuke.
Dites-moi quand même si les explications de Sasuke vous satisfaits ou pas.
Il reste maintenant 4 chapitres + 1 épilogue à cette histoire. Tout ce que je peux vous dire sur la suite, c'est que malgré tout, Naruto n'a pas tout pardonné à Sasuke et a encore de nombreux doutes. Donc pas de sexe tout de suite (oui il y aura un lemon NaruSasu et un SasuNaru avant la fin)
Dans le prochain chapitre : petit-déjeuner avec Jiraya ^^ ben oui, il y avait pas pensé le Naruto en invitant Sasuke à dormir avec lui !
A la semaine prochaine !
