La jeune héroïne de Paris n'avait jamais été du matin.
Et le fait de se retrouver coincée dans une Egypte d'un autre âge n'y avait manifestement rien changé.
Lorsque la vive lueur du jour força Ladybug à sortir du sommeil sans rêves dans lequel elle avait plongé, il lui fallut plusieurs longues minutes pour réaliser qu'elle était loin de se trouver dans sa douillette chambre parisienne. Tout comme il lui fallut encore plusieurs secondes pour réaliser que son regard embrumé de sommeil était à présent rivé sur le visage de Chat Noir, toujours allongé à ses côtés.
La main entrouverte de son coéquipier reposait à quelques centimètres de la sienne, doigts tournés vers elle, tandis que les paupières closes du jeune homme indiquaient sans le moindre doute que leur propriétaire était toujours paisiblement endormi. Avec sa respiration lente et régulière et le soleil d'Egypte qui jouait dans ses cheveux d'or, Chat Noir était l'image même d'une angélique quiétude.
Du moins, pour l'instant.
Car si Ladybug avait le réveil difficile, il en était hélas de même pour son cerveau. Avant que la moindre pensée cohérente ne traverse l'esprit encore engourdi de la jeune fille, la gorge de l'héroïne décida d'agir par elle-même. Les poumons de l'adolescente envoyèrent mécaniquement un puissant flux d'air dans ses cordes vocales, et ses lèvres s'entrouvrirent pour laisser échapper un perçant cri de surprise.
Chat Noir se réveilla avec un glapissement de stupeur, au moment même où Ladybug se remémorait enfin la raison de la présence de son coéquipier à ses côtés. Si le jeune héros n'avait pas été transformé, les choses en serait probablement restées là. Hélas, les fulgurants réflexes de Chat Noir étaient tels que l'adolescent sursauta violement dans les airs, avant de s'écraser fort peu gracieusement au sol.
Impuissante, Ladybug assista à l'inévitable chute de son coéquipier. Elle rentra instinctivement la tête dans ses épaules en entendant un bruit sourd accompagné d'un retentissant « Aouch ! », annonçant la lourde rencontre de Chat Noir avec le sol.
- « Je suis désolée ! » s'écria-t-elle aussitôt, avant de se ruer aux côtés de son partenaire. « J-Je suis… J'étais encore mal réveillée, et j'ai oublié que tu étais là. Je ne voulais pas te faire peur. »
Chat Noir se redressa sur un coude, tout en passant sa main libre sur l'arrière de son crâne.
- « J'adorerai pouvoir te dire que c'est un plaisir de se réveiller à tes côtés, ma Lady », répliqua-t-il avec une légère grimace, « Mais malheureusement, je crois que j'ai connu des débuts de journée plus agréables. »
Se confondant en excuses, Ladybug tendit la main vers son coéquipier pour l'aider à se relever.
L'héroïne se sentait rougir d'embarras sous son masque, mais heureusement, les yeux pétillant de malice de Chat Noir lui indiquaient qu'il ne lui tenait nullement rigueur de cette rude chute. Au contraire, il semblait être plus amusé qu'autre chose par la situation.
Le jeune homme ouvrit la bouche pour taquiner gentiment sa coéquipière sur son excessive façon de réveiller son entourage, avant d'être brusquement interrompu par un impérieux gargouillement d'estomac. Les héros de Paris échangèrent un regard interloqué, puis éclatèrent tous deux de rire.
- « Bon, on dirait qu'il est temps de petit-déjeuner », lança joyeusement Ladybug, tandis que Chat Noir hochait vigoureusement la tête pour marquer son approbation.
Les deux adolescents se mirent rapidement d'accord sur la marche à suivre. Chat Noir se tiendrait dos à la porte, permettant ainsi à sa coéquipière de se détransformer le temps d'aller chercher à manger. Le jeune homme pourrait profiter de ce laps de temps pour quitter son héroïque apparence à son tour, permettant ainsi à Plagg de regagner quelques forces.
Au grand désespoir de son kwami – et au grand soulagement de Chat Noir - , il avait rapidement été évident qu'il serait difficile de trouver du camembert à une pareille époque. Cette brutale prise de conscience avait presque réussi à arracher des larmes de détresse à Plagg, et Adrien s'était aussitôt mit en quête d'un substitut acceptable. C'est ainsi qu'il avait réussi à mettre la main sur de l'odorant poisson séché, dont il avait fait quelques réserves avant de quitter le temple.
Promettant à Chat Noir de frapper à la porte pour indiquer son retour, Ladybug quitta son héroïque apparence avant de sortir de la chambre. Dès que le son léger de ses pas se fut évanoui dans les couloirs, Adrien se détransforma à son tour.
- « J'ai faaaaaaaaaaaaaaaaaaimmmm ! », gémit immédiatement Plagg d'une voix plaintive, ses petites oreilles pendant lamentablement de part et d'autre de sa tête.
- « Une seconde », répliqua Adrien avec un sourire amusé.
L'adolescent plongea sa main dans la bourse de cuir qu'il portait accrochée à sa taille, avant d'en extraire habilement la nourriture que lui réclamait son kwami affamé. Ce dernier se rua si vite sur le poisson séché que lui tendait Adrien que le jeune homme aurait pu jurer que Plagg s'était téléporté, et pendant les quelques instants qui suivirent, le silence ne fut troublé que par de fort peu élégants bruits de mastication.
Une fois son repas englouti, Plagg se frotta machinalement le ventre pour marquer son contentement.
- « Ahhhh, ça ne vaut pas le camembert, mais ce n'est tout de même pas mal », s'exclama-t-il en claquant la langue avec satisfaction.
Adrien leva mécaniquement les yeux au ciel, dans une involontaire mais parfaite imitation des expressions désabusées de Ladybug.
Décidément, les étranges goûts alimentaires de son kwami lui échapperaient toujours.
Ignorant royalement la grimace qui avait échappé au jeune mannequin, Plagg s'éloigna de l'adolescent. Il s'approcha de la fenêtre pour admirer le paysage extérieur, tandis qu'Adrien le suivait pensivement du regard.
- « Dis, je peux te demander quelque chose ? », lança le jeune homme d'une voix hésitante.
- « Tu peux, mais je ne te garantis pas que tu auras une réponse », répondit son kwami de son habituelle voix hautaine.
Se mordant les lèvres pour retenir la remarque acide qui lui montait aux lèvres, Adrien se passa nerveusement la main sur l'arrière de la nuque.
- « Tout à l'heure », reprit-il finalement, « Quand… Quand tu as vu Ladybug. Enfin, quand tu as vu son visage, tu as éclaté de rire. Est-ce que je peux savoir pourquoi ? »
- « Hors de question », rétorqua Plagg d'un ton sans réplique.
Notant l'expression déconfite du jeune homme, le petit kwami voleta vers lui pour lui donner une petite tape apaisante sur l'épaule.
- « Hey, ne t'inquiètes pas », poursuivit-il d'une voix encourageante. « Elle est absolument ravissante. Quand tu la verras sans son masque, tu l'aimeras tout de suite. »
- « Je l'aime déjà, Plagg », répondit rêveusement Adrien, le regard perdu au loin. « Je l'aime déjà. »
Quelques dizaines de minutes plus tard, les deux héros désormais repus faisaient route vers le temple où était apparu Chat Noir. Le jeune homme savait faire preuve d'un sens de l'orientation aussi infaillible que celui de sa coéquipière, et il ne leur fallu guère longtemps pour atteindre leur destination.
Sur les indications du héros, tous deux atterrirent souplement devant un bâtiment d'une taille nettement plus imposante que ce à quoi Ladybug s'attendait, et dont l'entrée était bordée de deux immenses statues représentant de majestueux chats.
- « On est arrivés », lança fièrement Chat Noir, tout en désignant théâtralement l'imposant édifice.
- « J'aurais dû m'en douter », fit malicieusement remarquer Ladybug.
Alors que son coéquipier lui jetait un regard interloqué, elle fit un geste en direction des félines sculptures qui leur faisaient face.
- « Des chats, des chats, encore des chats », expliqua-t-elle avec un petit rire. « Cet endroit à l'air d'avoir était fait pour toi. »
- « Exactement », approuva Chat Noir avec une espiègle courbette. « Bienvenue dans mon royaume, ma Lady. »
Ladybug éclata de rire, avant d'emboiter le pas à son coéquipier quand celui-ci s'avança vers l'édifice.
Alors qu'ils passaient les portes du temple, la jeune fille ne put s'empêcher d'admirer les magnifiques bas-reliefs qui ornaient les murs. Ces gravures étaient non seulement impressionnantes, mais elles avaient été méticuleusement peintes de couleurs vives, transformant chaque plafond et chaque couloir en véritable œuvre d'art.
L'endroit était indéniablement superbe.
Cependant, tandis que les deux héros s'enfonçaient dans les entrailles du bâtiment, Ladybug prit soudainement conscience d'un fait qui lui avait jusque-là échappé. Au vu de l'imposante taille de l'édifice et de la richesse du décor, les lieux étaient étrangement moins peuplés qu'ils n'auraient certainement dû l'être.
Les couloirs qui auraient dû accueillir des dizaines fidèles manquaient cruellement de présence humaine, et la plupart des salles que traversèrent les jeunes héros semblaient elles aussi curieusement désertées.
Si les habituels visiteurs du temple manquaient manifestement à l'appel, le bâtiment n'était pas intégralement vide pour autant. Mais, ainsi que l'avait justement souligné Chat Noir, il régnait une indéniable tension parmi ses derniers occupants. Les différentes personnes que croisaient les jeunes héros se déplaçaient d'un pas nerveux, regardaient autour d'eux d'un air inquiet, ou discutaient par petit groupes à grand renfort de gestes fébriles.
Ou tout cela à la fois.
Dans l'ensemble, il régnait une agitation générale qui rappelait à Ladybug une fourmilière dans laquelle on aurait donné un violent coup de pied.
En dépit de l'atmosphère fiévreuse qui habitait les lieux, l'apparition des deux héros ne passa pas tout à fait inaperçue. Rapidement, Ladybug nota que les occupants du bâtiment leur jetaient des regards aussi interrogateurs que peu discrets, et cette attention inopportune la rendit nerveuse à son tour.
- « Ce prêtre t'a dit où le retrouver exactement ? » chuchota vivement la jeune fille à son partenaire. « Je pense que tu avais raison, il se passe quelque chose de bizarre ici. Et quoi que ce soit, je préfèrerai être sûre que ça ne représente pas de danger pour nous. »
- « Il m'a juste dit de revenir le voir aujourd'hui », répliqua Chat Noir sur le même ton. « Je ne connais même pas son nom, j'espère vraiment qu'il est toujours dans les parages », marmonna-t-il en dévisageant chacune des personnes dont ils croisaient la route.
Soudain, le jeune homme pila si brusquement que sa partenaire manqua de se cogner contre lui.
Suivant le regard de Chat Noir, Ladybug aperçut un petit homme replet, au crâne chauve, qui se tenait debout à quelques mètres d'eux. Ses riches atours indiquaient sans le moindre doute qu'il s'agissait là d'un personnage haut placé, et sa posture débordait d'une paisible confiance en soi.
Se sentant probablement observé, ce nouveau venu leva ses yeux cernés de khôl vers les deux adolescents, puis son visage s'illumina dès l'instant où son regard croisa celui de Chat Noir. Abandonnant les personnes avec qui il était en train de discuter, l'homme s'approcha du jeune héros, d'un pas étrangement rapide pour quelqu'un de sa corpulence.
- « Ah, mon garçon ! », s'exclama-t-il en ouvrant théâtralement les bras en un geste de bienvenue. « Je suis content de te revoir. »
Alors qu'il arrivait au niveau des deux adolescents, ses petits yeux noirs et vifs se posèrent sur Ladybug. Il haussa aussitôt un sourcil intrigué, tout en dévisageant la jeune fille avec une attention presque insoutenable.
- « B-Bonjour… », bredouilla nerveusement Ladybug. « Enchantée de vous rencontrer. »
L'examen scrutateur auquel le soumettait le prêtre la mettait mal à l'aise.
Cet homme avait beau avoir d'affables manières, elle savait qu'il était loin d'être aussi inoffensif que ce qu'il semblait être. Il avait réussi à démasquer son coéquipier d'un simple coup d'œil, et au vu de la façon dont il l'observait à présent, Ladybug n'avait aucun doute quant au fait que ce mystérieux prêtre savait qu'elle avait elle aussi prit la place de son antique alter-ego.
- « Enchanté également », répondit l'homme avec un chaleureux sourire. « Je vois que ton ami n'est finalement pas venu ici tout seul », poursuivit-il en désignant Chat Noir de la main, confirmant ainsi les soupçons de la jeune fille.
En réponse, cette dernière hocha silencieusement la tête en signe d'approbation, ce qui parut satisfaire le prêtre.
- « Suivez-moi », leur proposa-t-il, tout en les invitant à le suivre d'un geste de la main. « Je connais un endroit où nous pourrons discuter tranquillement. »
Ladybug et Chat Noir accompagnèrent leur hôte jusqu'à une petite cour bordée de hautes colonnes, située au cœur même du temple. En dépit de l'heure matinale, les températures commençaient déjà à s'élever de façon non négligeable, et Ladybug fut soulagée que le prêtre leur propose de s'arrêter à l'ombre d'un haut mur plutôt que sous d'écrasants rayons de soleil.
- « Voilà », lança-t-il avec satisfaction. « Ici, personne ne devrait nous entendre. »
Se tournant vers les deux jeunes héros, il inclina respectueusement la tête dans leur direction.
- « Je m'appelle Paneb », se présenta-t-il enfin, « Et vous êtes ici dans le temple de Bastet. »
- « Bastet ? » releva Ladybug, tandis qu'un large sourire se dessinait sur le visage de son coéquipier.
- « La déesse à tête de chat », répondit aussitôt le jeune homme.
- « C'est exact », approuva Paneb, tandis que Ladybug haussait un sourcil circonspect. « Bastet, fille du glorieux Dieu soleil Rê, Déesse de la musique et de la joie, protectrice des foyers et des naissances. », déclara-t-il pompeusement. « Ce temple lui est consacré, et nombreux sont ceux qui la vénèrent ici. Enfin, qui la vénéraient, devrais-je dire », se reprit-il avec un soupir presque inaudible.
Paneb avait tenté de prononcer cette dernière phrase d'un ton léger, mais Ladybug et Chat Noir ne manquèrent pas de noter la tension qui se dissimulait dans sa voix. Sans mot dire, les jeunes héros échangèrent un regard soucieux.
Tous deux avaient déjà noté la palpable fébrilité des personnes qu'ils avaient croisées ici, et les paroles de leur hôte ne faisaient que confirmer leur impression qu'une grave crise secouait actuellement le temple de Bastet et ceux qui y officiaient.
- « Je suis désolé de ne pas pouvoir vous accueillir dans de meilleures circonstances », reprit le prêtre d'une voix douce, mais toujours teintée d'une indéniable inquiétude. « Les temps sont troublés, et les fondations mêmes de notre société s'ébranlent. »
Chat Noir haussa un sourcil intrigué, tandis qu'une expression perplexe se peignait sur les traits de Ladybug. Paneb passa une main lasse sur son visage, avant de laisser échapper un profond soupir.
- « Notre pharaon, le grand Akhenaton, a décidé d'imposer le culte du Dieu unique Aton à toute l'Egypte », expliqua finalement le prêtre. « Il a déclaré toutes les autres religions hérétiques. Auparavant, ces lieux étaient pleins de vie », continua-t-il en désignant la cour d'un geste de la main, tandis que ses traits se crispaient de peine. « A présent, nous luttons pour survivre. Heureusement pour nous, le peuple et la plupart des soldats restent encore fidèles aux anciennes croyances, et pour l'instant, on nous laisse en paix. Mais il suffirait d'un mot du grand Akhenaton pour faire disparaitre définitivement notre ordre », conclu-t-il d'une voix dont il ne réussit pas à dissimuler totalement l'amertume.
Ladybug fronça légèrement les sourcils devant le discours du prêtre.
Le nom d'Akhenaton lui était familier, sans qu'elle sache dire exactement pourquoi. La jeune fille fouilla un instant dans ses souvenirs, en vain. En désespoir de cause, elle jeta un coup d'œil interrogateur à son coéquipier, mais ce dernier avait l'air tout aussi intrigué qu'elle. Le visage de Chat Noir indiquait la plus intense concentration, et quand il surprit le regard de sa partenaire, il secoua la tête de droite à gauche pour mieux marquer son ignorance.
Retenant un soupir, Ladybug se mordit machinalement la lèvre inférieure.
Chat Noir et elle avaient probablement déjà entendu parler de ce pharaon lors d'un quelconque cours d'histoire, mais la jeune héroïne était intimement persuadée que le nom « Akhenaton » avait également été prononcé face à elle dans d'autres circonstances.
Hélas pour elle, sa mémoire lui faisait pour l'instant défaut.
- « Bref », reprit soudain le prêtre, l'interrompant dans ses pensées. « Nous avons d'autres choses à discuter. Vous n'êtes pas ceux que vous semblez être. », lança-t-il d'une voix qui ne laissait pas laisser planer le moindre doute. « J'ignore d'où et quand vous venez, mais cet endroit et cette époque ne sont pas les vôtres. »
Ladybug tressaillit, surprise autant par brusque le changement de sujet que par la paisible assurance qui se dégageait de l'homme. Légèrement sur la défensive, elle se rapprocha instinctivement de Chat Noir.
- « C'est exact », approuva-t-elle avec méfiance. « Comment le savez-vous ? »
- « Oh, disons juste que je le sais », répliqua Paneb avec un sourire qui se voulait rassurant. « Je le sens, pour être plus précis. Je pourrais vous expliquer pourquoi et comment plus en détail, mais ça serait probablement une perte de temps », éluda-t-il en secouant évasivement les doigts. « Et quoi qu'il en soit, le garçon dont tu as pris la place est mon propre apprenti », conclut-il en posant paternellement la main sur l'épaule de Chat Noir. « J'aurais nécessairement fini par remarquer quelque chose. »
- « J-Je… Je suis vraiment navré », répondit Chat Noir, tout en se passant nerveusement la main dans les cheveux. « Je n'ai jamais voulu… »
Sa voix mourut, le jeune homme se trouvant soudain à cours de mots pour exprimer à quel point il se sentait désolé de s'être ainsi emparé de la vie de son alter-ego du passé.
- « Je ne t'en tiens pas personnellement rigueur », répondit Paneb d'une voix rassurante, tout en exerçant une légère pression sur l'épaule de Chat Noir. « Je suis bien placé pour savoir que la vie des héros est loin d'être la plus tranquille qu'il soit, et que les imprévus font partie du quotidien. Même si là, j'avoue tout de même que c'est une première », ajouta-t-il en haussant un sourcil. « Et ça fait pourtant des années que je veille sur ce garçon. »
- « Donc vous savez qui il est ? » s'exclama Chat Noir, surpris. « Sous le masque, je veux dire ? »
Lâchant enfin le jeune héros, Paneb approuva d'un bref signe de tête.
- « Oui », répondit-il calmement. « Je sais qui il est, je sais que vous tirez vos pouvoir de miraculous, et je suis au courant de l'existence des kwamis. Je connais même ce cher Plagg », conclut-il avec un petit sourire amusé.
Abasourdis, les deux héros restèrent un instant incapables de prononcer la moindre parole. Leurs gorges étaient nouées de stupeur, et leurs yeux étaient si comiquement écarquillés qu'ils auraient presque pu en rire s'ils n'avaient pas été si secoués par les quelques mots que venaient de prononcer Paneb.
L'homme qui leur faisait face savait pour les miraculous.
Il connaissait le nom du kwami de Chat Noir. D'après ses dires, il l'avait même déjà rencontré.
- « Mais que… Mais comment… », balbutia péniblement Chat Noir, cherchant encore à assimiler cette nouvelle information.
- « Mais enfin, qui êtes-vous ? », renchéri Ladybug, tout en scrutant le prêtre avec une intensité presque insoutenable.
Le sourire de Paneb se fit plus large encore, puis l'homme se fendit d'une légère courbette en direction des deux jeunes héros.
- « Je suis un humble prêtre de Bastet », répondit-il avec un certain flegme, que contredisait l'éclat malicieux de ses yeux noirs. « Et je suis également un Gardien. »
Ignorant les exclamations de surprise qui franchirent aussitôt les lèvres de ses interlocuteurs, Paneb poursuivit son récit.
D'une voix posée, il expliqua aux deux adolescents que dans la mesure du possible, lui et ses pairs essayait de maintenir une règle simple : un Gardien pour un Héros. Plus précisément, chaque porteur de miraculous se voyait assigner un Gardien, qui aurait pour lui un rôle de témoin et de guide.
Quelques années auparavant, c'était à Paneb qu'était revenue la tâche ardue de trouver quelqu'un qui serait digne de la bague du Chat Noir. C'est ainsi qu'il avait rencontré l'adolescent qui allait un jour devenir le héros de cette époque, et qu'il avait décelé en lui un incroyable potentiel. Puis, dès l'instant où les Gardiens avaient convenu que ce garçon avait bel et bien toutes les capacités nécessaires pour hériter du précieux bijou, Paneb avait encadré ce nouveau héros. Il l'avait formé, soutenu, prenant autant de soin à retranscrire ses exploits qu'à l'aider à développer ses nouveaux pouvoir.
Le jeune homme n'avait par ailleurs pas failli à ses attentes.
Celui qui s'était préalablement baptisé « Le Chat » avait été d'une efficacité et d'une intégrité remarquable, et son nom avait rapidement été sur toutes les lèvres. Sa réputation avait fini par être telle qu'il avait été remarqué par la Déesse Bastet elle-même, qui lui avait fait l'honneur de le renommer « Fils de Bastet ».
Loin d'être un simple titre honorifique, ce nouveau nom était la preuve d'une divine reconnaissance, et n'avait fait qu'accroître le prestige du jeune héros.
- « Et pour la porteuse de mes boucles d'oreilles ? », murmura machinalement Ladybug, ne pouvant s'empêcher de ressentir de la curiosité quant à la vie de son alter-ego des temps passés.
Avec un sourire contrit, Paneb lui avoua que le cas de La Coccinelle différait légèrement de celui du Fils de Bastet.
La jeune fille n'était devenue héroïne que récemment, et peinait encore à se faire un nom parmi le peuple de Thèbes. Comble de malchance, sa précédente Gardienne, faible et âgée, avait été emportée par une mauvaise fièvre quelques semaines auparavant. Sa remplaçante était actuellement en formation auprès d'autres Gardiens, mais en attendant, l'héroïne était principalement livrée à elle-même pour ce qui concernait l'apprentissage de son rôle et de ses pouvoirs.
- « Comme quoi, il y a des choses qui ne changent pas quelle que soit l'époque », commenta Ladybug en levant les yeux au ciel. « On dirait que toutes les porteuses des boucles d'oreille de la Coccinelle sont vouées à être catapultées comme héroïnes et à se débrouiller avec les moyens du bord. »
- « Et tu es la preuve vivante qu'il est possible de s'en sortir brillamment malgré ça », compléta Chat Noir avec un malicieux clin d'œil.
Alors que Paneb les observait avec un sourire indulgent, la jeune fille fronça soudain les sourcils.
- « Mais du coup, vous êtes à la fois prêtre ET Gardien ? », lança-t-elle à l'attention de son hôte. « ça ne pose pas de problème ? »
- « Notre Déesse est bienveillante et compréhensive », répliqua Paneb avec une légère courbette. « Elle veille sur les siens, qu'ils soient chats, héros, ou encore des dieux mineurs comme les kwamis. »
Alors que Chat Noir étouffait un léger rire en imaginant la tête que ferait Plagg s'il devait s'entendre qualifier de simple « dieu mineur », Ladybug poursuivit implacablement son interrogatoire.
- « Et en ce qui nous concerne, Chat Noir et moi ? », reprit-elle « Est-ce que vous connaissez un moyen de nous renvoyer chez nous ? »
- « J'ai bien peur que non », répondit Paneb en secouant tristement la tête. « Je ne suis qu'un Gardien parmi tant d'autres. Ma tâche est uniquement de veiller sur le porteur de la bague de Chat Noir, et j'ignore ce qui a pu vous amener ici. »
Ladybug se figea brusquement, gagnée par une soudaine sensation de nausée qui lui nouait inexorablement les entrailles.
Une impasse, encore ?
Le visage tordu par une déception qu'il ne cherchait nullement à masquer, Chat Noir se tourna vers Paneb.
- « Mais vous aviez dit que vous pourriez m'aider », gronda sourdement le jeune héros, d'une voix où la rage se disputait à un profond désespoir. « Nous aider. »
- « Bien sûr », approuva Paneb en levant les mains d'un geste apaisant. « Je ne sais pas comment vous permettre de regagner votre foyer. En revanche, je connais quelqu'un qui aura certainement des réponses à vos questions. »
Le prêtre marqua une légère pause, avant de conclure d'un ton solennel :
- « Je peux vous mettre en contact avec le Grand Gardien. »
Note :
Bonjour tout le monde ! Désolée pour le retard dans la publication de mes chapitres (j'avais prévu de poster celui-ci et le chapitre 4 de "Pour cette fois" le week-end dernier) et pour l'absence de réactivité pour répondre aux reviews/MP, j'ai été malade puis pas dispo puis re-malade ^^'. Mais maintenant ça va mieux, donc les affaires reprennent tranquillement ! -J'espère-
Et note historique :
Le pharaon Akhenaton a réellement existé, et il est effectivement connu pour avoir tenté d'imposer une réforme religieuse (en cherchant à mettre en place le culte d'un dieu unique, dans une Egypte jusque-là polythéiste).
Merci de m'avoir lue :) !
