Les yeux écarquillés d'horreur, Ladybug restait le regard rivé sur le yo-yo qui se trouvait toujours immobile au-dessus d'elle.
Non. Non, non non non.
Il fallait qu'il se passe quelque chose.
Chat Noir et elle ne pouvaient PAS rester coincés ici, pas après tous ces efforts. C'était trop cruel.
Luttant contre une violente nausée qui lui tordait à présent les entrailles, Ladybug se mordit l'intérieur de la joue avec tant de force qu'elle ne tarda guère à sentir un goût métallique de sang se répandre dans sa bouche. Son cœur lui donnait l'impression de se décrocher de sa poitrine et elle se savait maintenant au bord des larmes.
Ce n'était pas possible.
La jeune fille continuait à fixer son arme avec un désespoir impuissant quand soudain, quelque chose attira son attention. Fronçant les sourcils, elle observa son yo-yo avec un intérêt renouvelé. Il était toujours suspendu dans les airs mais il lui semblait à présent qu'il avait commencé à tourner sur lui-même, de façon presque imperceptible. C'était un mouvement si lent que Ladybug cru un instant que son esprit lui jouait des tours, mais une exclamation étouffée de Chat Noir lui confirma rapidement que la subtile rotation de son arme ne sortait pas de son imagination.
Bientôt, le doute ne fut définitivement plus permis. Le yo-yo de Ladybug accéléra, tournant plus vite, de plus en plus vite, jusqu'à ce qu'il soit finalement impossible d'en distinguer le moindre de détail.
Plus de poids noirs, plus de contours précis.
Juste une masse indistincte qui tourbillonnait sur elle-même au-dessus de la tête des deux adolescents.
Le yo-yo se mit à émettre un vrombissement sourd, qui résonna jusque dans les os de Chat Noir et Ladybug. Ce son oppressant se transforma rapidement en un sifflement suraigu, accompagné d'une lumière si vive que Ladybug dû fermer les yeux pour ne pas se retrouver aveuglée. L'instant d'après, l'adolescente fut contrainte de lâcher la main de Chat Noir pour se boucher les oreilles, afin d'échapper au bruit strident qui lui perçait les tympans.
Soudain, alors que le volume sonore atteignait une intensité presque insoutenable, une brusque secousse projeta Ladybug à terre. La jeune fille tendit instinctivement les mains pour tenter d'amortir le choc, mais ne put s'empêcher de laisser échapper une exclamation de douleur en heurtant brutalement le sol.
Etourdie, Ladybug resta un instant immobile. Finalement, au bout de quelques longues secondes, elle se rassit péniblement. Paupières toujours closes, elle tentait à présent de retenir une nouvelle sensation de nausée qui s'emparait d'elle. Elle ressentait une migraine si violente qu'elle avait l'impression que son crâne allait se fendre en deux, tandis qu'un bourdonnement sourd résonnait dans ses oreilles.
Quelque chose était manifestement allé de travers.
Alors qu'elle tâtonnait maladroitement autour d'elle afin de trouver un point d'appui pour finir de se relever, Ladybug nota soudain que ces rumeurs étranges qu'elle entendait avaient quelque chose de curieusement familier.
C'était un bruit semblable à un grondement diffus, parfois accompagné de vrombissements plus distincts.
Un bruit de… moteurs ?
N'osant y croire, l'héroïne ouvrit lentement les paupières.
Ladybug fut aussitôt saisie par une violente sensation de vertige. Devant elle, le paysage tanguait tellement que l'adolescente était tout à fait incapable de dire ce qu'elle avait exactement sous les yeux. Elle ne distinguait que des formes péniblement identifiables, qui ondulaient et tournoyaient sans cesses. La tête lui tournait de plus en plus, au point qu'elle avait à présent la sensation de se trouver sur le pont d'un bateau en pleine tempête.
Serrant désespérément les poings, Ladybug de lentes et profondes inspirations pour tenter de maîtriser son malaise naissant. Il fallut quelques instants à la jeune fille prit pour que sa vision ne se stabilise enfin et pour que ses haut-le-cœur ne s'atténuent, mais lorsque ce fut chose faite, l'adolescente sentit des larmes perler au coin de ses yeux sous l'effet de l'émotion.
Elle se trouvait actuellement perchée au sommet d'un immeuble et le paysage qui s'étalait devant elle lui était extraordinairement, merveilleusement familier.
Partout où se posait son regard, elle pouvait apercevoir des toits d'ardoise caressés par les rayons du soleil levant, d'innombrables cheminées ou des avenues parcourues par d'interminables files de voitures. Au loin, un gigantesque fleuve serpentait paresseusement au milieu de la cité, ses eaux miroitant doucement sous les rayons de l'astre du jour.
Mais ce qui bouleversait le plus Ladybug était sans le moindre doute la silhouette élancée de la Tour Eiffel, qui se découpait majestueusement à l'horizon.
Aucun doute n'était possible.
Elle était de retour à Paris.
Portant une main tremblante à sa hanche, Ladybug s'empara de son yo-yo avant de l'ouvrir d'un geste sec pour faire apparaître l'écran qui y était dissimulé. La jeune fille n'ignorait pas que l'appareil était pourvu des mêmes fonctionnalités qu'un téléphone portable et qu'il était parfaitement capable de lui indiquer avec précision l'heure et la date du jour.
Elle savait où elle était, restait à savoir quand.
Le cœur battant à tout rompre, Ladybug pianota fébrilement sur une série de boutons. Lorsque la date s'afficha enfin sous ses yeux, l'adolescente se sentit submergée par une telle vague de soulagement qu'elle faillit en fondre en larmes.
Non seulement elle était à Paris, mais elle était en plus à son époque. Quelques heures à peine s'étaient écoulées depuis sa disparition, la plaçant ainsi à l'aube du lendemain de sa première rencontre avec Khepp. Tentant de contenir les violentes émotions qui déferlaient à présent au creux de sa poitrine, Ladybug se força à regarder calmement les alentours. D'après ce qu'elle reconnaissait, elle se trouvait à quelques pâtés de maisons à peine de l'endroit où son adversaire l'avait attaquée.
Pour un voyage de plusieurs milliers d'années et encore plus de kilomètres, la marge d'erreur était plus qu'enthousiasmante.
L'adolescente jeta un nouveau coup d'œil aux environs et lorsqu'elle constata qu'elle était à l'abri des regards indiscrets, elle se détransforma sans perdre une seconde de plus.
- Tikki ! s'exclama-t-elle avec des sanglots dans la voix, tout en tendant les mains vers la petite boule rouge qui s'échappait de ses boucles d'oreille. « On est rentrées ! On est bel et bien rentrées ! »
- « Marinette ! », s'écria aussitôt sa minuscule amie en se blottissant contre elle. « Tu as réussi ! C'est merveilleux ! »
- « Ce n'était pas un rêve, pas vrai ? », reprit la jeune fille avec émotion. « Khepp, l'Egypte, Adrien… Tout était bien réel ? »
Marinette avait la conviction que l'épreuve qu'elle venait de traverser ne pouvait pas être uniquement le fruit de son imagination. L'odeur poussiéreuse de Thèbes, les fruits gorgés de sucre de cette Egypte d'un autre âge, la douleur qu'elle avait ressentie en affrontant Khepp… toutes ces sensations avaient été trop concrètes pour qu'elle puisse douter de leur véracité.
Mais quelque part, une part d'elle-même doutait encore que de pareilles choses aient pu se produire.
Tout ceci était tellement absurde que Marinette ressentait soudain le besoin viscéral de s'assurer que son voyage dans le temps n'était pas juste une cruelle altération de ses souvenirs. C'était une chose que d'être désorientée par ce qui était sans doute l'expérience la plus angoissante de son existence, mais cela aurait certainement été encore plus perturbant de l'être par quelque chose qui n'avait jamais eu lieu.
Pour aussi douloureuse qu'ait été cette épreuve, il fallait qu'elle ait été vraie.
- « Absolument », lui répondit Tikki avec une profonde conviction. « Nous avons bien été en Egypte Antique, je n'ai aucun doute là-dessus. »
Marinette laissa échapper un soupir soulagé, quand soudain, le sourire qui commençait à se dessiner sur ses lèvres se figea. Tout n'était pas totalement revenu en ordre. Il manquait encore quelque chose. Quelqu'un.
La jeune fille tourna la tête de tous les côtés, réalisant avec une horreur croissante que Tikki et elle se trouvaient seules sur le toit où elles étaient réapparues.
Aucune trace de Chat Noir, ni de Plagg.
- « Adrien ! » s'exclama Marinette d'une voix paniquée, tout en continuant de chercher frénétiquement son coéquipier du regard. « Je ne vois pas Adrien ! Tikki, qu'est-ce qu'il s'est passé ? Où est-il ? »
Tikki se plaça face à elle, la forçant à la regarder droit dans les yeux.
- « Marinette, respire. Il est ici et il va bien, j'en suis sûre », affirma le kwami avec une tranquille assurance. « Je connais mon pouvoir, je ne peux pas me tromper. Mais pour l'instant il faut que tu te dépêches de rentrer chez toi », poursuivit-elle en indiquant une horloge lumineuse située en contrebas. « Il va bientôt être l'heure d'aller en cours et tes parents vont s'inquiéter s'ils ne te voient pas ce matin. »
- « Mais… Mais Adrien… », balbutia Marinette, à présent au bord des larmes. « Il faut… Il faut que je le retrouve… »
- « Ne t'inquiète pas », répéta Tikki avec un sourire encourageant. « Va retrouver tes parents. Tu verras bientôt Adrien, je te le promets. Il est revenu à Paris avec nous. »
A contrecœur, la jeune fille obtempéra. Elle se retransforma avant de s'élancer par-dessus les toits de Paris, sans pour autant réussir à s'empêcher de se sentir rongée d'inquiétude pour Adrien. Dès qu'elle en avait la possibilité, elle ouvrait son yo-yo pour guetter l'apparition de Chat Noir sur son radar, mais en vain.
Cela ne voulait rien dire, se répétait elle sans relâche. Il pouvait très bien s'être détransformé après qu'ils aient regagné leur époque, devenant ainsi indétectable pour elle. Mais l'angoisse de la jeune fille croissait à chaque seconde, la glaçant jusqu'au plus profond de ses os. Elle n'avait qu'une hâte : gagner son école pour enfin s'assurer qu'Adrien avait lui aussi bel et bien regagné leur époque.
Au bout de plusieurs minutes, Ladybug atterrit sur la terrasse située au sommet de son immeuble. Elle ouvrit rapidement la trappe qui donnait sur sa chambre, avant de s'y glisser pour se laisser tomber souplement sur son lit. Le son strident de son réveil résonnait dans toute la pièce et en se penchant pour l'éteindre, l'adolescente constata que la matinée était bien plus avancée que ce qu'elle ne l'avait cru.
- « Oh non », murmura-t-elle en se détransformant, avant de dévaler précipitamment les escaliers de sa mezzanine.
- « Dépêche-toi ! », l'encouragea Tikki en voletant à ses côtés. « Tu vas être en retard ! »
Marinette se rua dans sa salle de bain, trop pressée pour prendre le temps de réfléchir et de savourer le fait d'être enfin de retour chez elle.
Vite, vite, il fallait qu'elle fasse vite.
Elle en ressorti quelques minutes plus tard, fraîchement lavée, coiffée et maquillée. Elle traversa de nouveau sa chambre telle une tornade, se précipitant vers son placard pour passer une charmante petite robe bleue, avant de s'emparer de son sac et de quitter la pièce en courant.
Bien que le fait de tenir une boulangerie leur impose de commencer à travailler de très bonne heure, les parents de Marinette avaient toujours mit un point d'honneur à ce qu'au moins l'un d'entre eux soit présent dans leur appartement pour le réveil de leur fille. Ainsi, lorsque Marinette surgit brusquement dans la cuisine familiale, elle y fut aussitôt accueillie par le sourire chaleureux de sa mère.
- « Bonjour, ma chérie », lui lança joyeusement cette dernière, tout en posant un grand verre de jus d'orange sur la table. « J'étais sur le point de monter te réveiller. »
Marinette se figea aussitôt. La simple vue de sa mère fit déferler en elle des émotions si violentes qu'elle en eu presque le vertige. Du soulagement, de la nostalgie, de la joie, et une vague d'amour tellement immense qu'elle en avait le souffle coupé.
Sa mère.
Enfin.
- « Marinette ? », articula doucement Sabine, jetant un regard inquiet à sa fille. « Est-ce que tout va bien ? »
Marinette ouvrit la bouche pour tenter de répondre, mais ses paroles s'étranglèrent dans sa gorge.
Le fait de retrouver sa mère après avoir traversé tant d'épreuves lui faisait brutalement prendre conscience qu'elle avait failli la perdre à tout jamais. Bien sûr, alors qu'elle était prisonnière de cette Egypte d'un autre âge, l'adolescente s'était toujours raccrochée à l'infime espoir de pouvoir un jour revoir ses parents. Mais en dépit de tous ses efforts, elle n'avait jamais réussi à se débarrasser totalement de cette peur atroce d'avoir définitivement perdu sa famille.
Et là, alors que sa mère s'approchait doucement d'elle, dans cet appartement où elle avait toujours vécu, Marinette réalisait que son cauchemar était en train de prendre fin.
Elle était de retour.
- « Marinette ? », répéta Sabine en posant délicatement une main sur son épaule, avec autant de précaution que si elle avait tenté d'apprivoiser un oiseau effrayé.
Comme mue par un ressort, l'adolescente se jeta aussitôt dans ses bras pour la serrer de toutes ses forces contre elle. Tremblant de tous ses membres et n'osant prononcer un mot de peur de fondre aussitôt en larmes, Marinette enfouit son visage dans le creux du cou de Sabine. Elle fut aussitôt assaillie par une senteur familière. Un doux parfum de fleurs, de pain frais, accompagné d'une odeur qu'elle reconnaitrait entre mille.
L'odeur de sa mère qui, plus que toute autre chose au monde, lui prouvait qu'elle était enfin, enfin rentrée chez elle.
Et à cet instant précis, les dernières résistances de Marinette cédèrent.
Elle éclata en sanglots. Les émotions qu'elle avait jusque-là désespérément tenté de maîtriser étaient bien trop vives pour être contenues et prenaient à présent le pas sur elle. Pleurant sans la moindre retenue, l'adolescente laissait ses larmes emmener avec elles toute la terreur, toute l'angoisse, toute la tension inhumaine qu'elle avait ressentie depuis l'instant où elle était arrivée en Egypte.
Marinette se blottit de plus belle contre sa mère, mains fébrilement crispées autour de ses épaules. Elle pouvait sentir la douceur de ses bras autour d'elle, les battements rassurants de son cœur et ce parfum qu'elle lui avait toujours connu.
Elle lui avait tellement manqué.
- « Marinette ? », demanda calmement Sabine, tout en passant ses mains dans les cheveux de sa fille d'un geste apaisant. « Ma chérie, qu'est-ce qu'il se passe ? »
- « U-Un c-cauchemar… », hoqueta l'adolescente entre ses larmes. « J-J'ai fait un horrible cauchemar... Papa et toi n'étiez p-plus là et j'ai… J'ai cru que je ne vous reverrai plus j-jamais. »
- « Oh, Marinette… », murmura sa mère en la serrant de plus belle contre elle.
Durant de longues minutes, Sabine Cheng garda sa fille pressée contre son cœur, la berçant doucement dans ses bras tout en lui murmurant des paroles de réconfort. Les épaules secouées par de lourds sanglots, Marinette savourait ses chaleureuses marques d'amour maternel qu'elle avait cru avoir perdu à jamais.
Puis, petit à petit, l'adolescente fini par retrouver son calme.
- « ça va aller ? », s'inquiéta Sabine en passant doucement sa main sur la joue encore humide de larmes de Marinette.
- « Oui, oui », lui assura cette dernière avec un faible sourire. « Ce… C'était juste un cauchemar. Ça va mieux maintenant. Merci. »
Sabine se pencha vers sa fille pour la serrer une fois de plus dans ses bras, avant de la laisser aller s'éclipser un instant dans sa salle de bain pour faire disparaitre les traces de sa crise de larmes. Quand Marinette fut de retour, Sabine l'accompagna dans l'escalier de leur immeuble, jusqu'à la porte donnant sur l'arrière-boutique de la boulangerie.
- « Attends-moi un instant », demanda-t-elle à sa fille en posant la main sur la poignée, avant de s'engouffrer dans le magasin.
Alors que sa mère disparaissait, Marinette sentit une odeur familière de farine et de pain frais s'échapper de la boutique de ses parents et dû battre violement des paupières pour tenter de faire refluer de nouvelles larmes.
A peine quelques secondes plus tard, Tom Dupain faisait son apparition dans l'encadrement de la porte. Sans dire un mot, il avança vers sa fille avant de la prendre dans ses bras, dans une étreinte digne de celle d'un ours. Le cœur battant à tout rompre sous le coup de l'émotion, Marinette se blottit contre lui, fermant instinctivement les yeux pour mieux profiter de cette chaleureuse démonstration d'affection que lui offrait son père.
Chez elle. Elle était enfin de retour chez elle.
Après avoir affirmé à ses parents inquiets qu'elle allait désormais parfaitement bien, Marinette fit route vers son lycée.
Une part d'elle-même se délectait du paysage qui s'étalait sous ses yeux et des sons familiers de la capitale, qui lui avaient tant manqués ces dernières semaines. Mais une autre lui rappelait insidieusement qu'elle ignorait toujours ce qu'il était advenu d'Adrien et qu'elle ne pourrait savourer son retour tant qu'elle n'aurait pas la certitude qu'il était bien lui aussi revenu à leur époque.
En dépit des assurances de Tikki, Marinette ne pouvait s'empêcher de sentir en profonde angoisse lui glacer les entrailles à mesure qu'elle approchait de son école. Et si quelque chose s'était mal passé pour son coéquipier ? S'il était resté coincé en Egypte, seul, sans espoir de retour ?
La simple idée qu'Adrien soit mort depuis déjà des millénaires lui brisait le cœur. La présence de son partenaire lui était aussi nécessaire que l'oxygène qu'elle respirait, et Marinette se sentait suffoquer à la pensée d'un monde où il n'existerait plus.
Il fallait qu'il soit là.
Se forçant à prendre de profondes inspirations pour lutter contre la sensation d'étouffement que lui causait sa panique croissante, Marinette traversa la cour du lycée d'un pas rapide. Lorsqu'elle arriva enfin devant sa salle de classe, la jeune fille prit une ultime bouffée d'air avant d'ouvrir la porte d'un geste décidé. Comme attirés par un aimant, ses yeux se posèrent aussitôt sur le garçon qui occupait presque toutes ses pensées depuis qu'il était apparu dans sa vie.
Adrien.
Elle aurait pu en pleurer de soulagement.
Une vague de pur bonheur déferla sur la jeune fille, qui dû faire appel à tout son sang-froid pour ne pas éclater de nouveau en sanglot tant elle était heureuse de retrouver son coéquipier. Mais par chance, sa précédente crise de larme avait eu l'effet d'une soupape sur son trop-plein d'émotions et elle réussit cette fois-ci à garder le contrôle de ses réactions.
Adrien était quant à lui aussi immobile que s'il avait été frappé par la foudre. Il serra les poings avec tant de force que ses phalanges en blanchirent, alors qu'il faisait manifestement appel à tout son sang-froid pour ne pas se précipiter vers Marinette. Respirant profondément, il jeta à la jeune fille un regard si intense, si chargé d'émotion, que l'adolescente eu toute les peines du monde à continuer d'agir de façon naturelle.
Mais personne ne devait deviner l'épreuve qu'ils venaient tous deux de traverser.
Tentant de contenir le large sourire qui tentait de se dessiner sur ses lèvres, Marinette adressa un signe de tête presque imperceptible à Adrien, avant de se diriger vers sa place pour s'asseoir aux côtés d'Alya.
Adrien et elle auraient tout le temps de se parler plus tard.
Durant l'heure de cours qui suivit, Marinette eut tout le loisir de découvrir les quelques effets secondaires que lui réservait son voyage dans le temps.
Le soulagement de la jeune fille était tel qu'elle ressentait de vifs élans d'affection pour les moindres choses lui rappelant qu'elle avait bel et bien réussi à regagner son époque, y compris les plus infimes ou les plus inattendues.
Jamais elle n'avait été aussi heureuse d'être en classe tant cette activité lui paraissait normale en comparaison de sa rocambolesque vie de ces dernières semaines et tant la présence de ses camarades la réconfortait. Elle avait du mal à se retenir de serrer Alya dans ses bras tellement sa meilleure amie lui avait manqué, ou de s'empêcher de se lever pour faire subir même sort à toutes les personnes présentes dans la salle. Le doux crissement des crayons sur le papier l'emplissait de joie, les mélodies que fredonnait distraitement Nino lui donnait envie de chanter son allégresse. Même la voix perçante de Chloé résonnait comme une douce musique à ses oreilles.
L'adolescente réalisa également rapidement que sa mémoire serait mise à rude épreuve quand sa meilleure amie lui rappela leur sortie prévue pour le week-end suivant.
- « Voyons, Marinette ! », soupira Alya avec un sourire amusé, voyant que son amie n'avait pas la moindre idée de ce dont elle parlait. « On avait dit qu'on irait au cinéma. Je t'en ai parlé hier ! »
Marinette eut toutes les peines du monde à se retenir d'éclater de rire. « Hier » était si loin pour elle ! Il lui fallait à présent tout redécouvrir après d'interminables semaines d'absence forcée, sachant que seulement une nuit s'était écoulée pour son entourage. Elle devait se souvenir de conversations datant d'avant son départ, se rappeler de son emploi du temps, reprendre des exercices restés interrompus...
Il lui faudrait clairement plusieurs jours, voire plusieurs semaines pour que les choses reviennent parfaitement à la normale.
Mais c'était un bien faible prix à payer pour être rentrée chez elle, et Marinette était prête à endurer cent fois ces petits désagréments tant elle était heureuse d'avoir enfin retrouvé son foyer.
Le premier cours de la matinée prit fin une heure plus tard, offrant une brève pause aux élèves. Adrien jeta un rapide coup d'œil à Marinette par-dessus son épaule, avant de se tourner ostensiblement vers son meilleur ami.
- « Je reviens », lança-t-il à Nino d'une voix un peu plus forte que d'ordinaire. « Je vais faire un tour à la bibliothèque. »
Marinette connaissait trop bien son coéquipier pour manquer ce signal. Ils n'avaient que trois ou quatre minutes de libre avant que leur professeur suivant n'arrive, mais ni l'un ni l'autre n'avaient la patience d'attendre plus longtemps.
- « Je vais aux toilettes ! », s'exclama-t-elle aussitôt, avant de sortir à la suite de son camarade de classe.
Elle avait à peine parcouru quelques mètres en dehors de la salle qu'elle aperçut Adrien, adossé à un mur. Le jeune homme se passait fébrilement la main sur la nuque, dans un geste qu'elle l'avait déjà vu faire un nombre incalculable de fois. Il releva la tête en la voyant arriver, puis prit une profonde inspiration lorsqu'elle s'arrêta devant lui.
- « Ok, je sais que ça peut paraitre bizarre », commença-t-il d'une voix tendue, « mais si je te dis 'Egypte', est-ce que ça te parle ? »
Marinette ne put s'empêcher de sourire devant son évidente nervosité. Elle tendit la main vers lui, faisant doucement courir ses doigts sur sa joue.
- « Oh, bien sûr, chaton », répondit-elle affectueusement.
Adrien laissait échapper un lourd soupir, comme s'il avait retenu sa respiration en attendant sa réponse. Puis un immense sourire se dessina sur ses lèvres, illuminant son visage tel un rayon de soleil. Il saisit Marinette dans ses bras, la serrant contre lui avec tant de force que la jeune fille en eut le souffle coupé.
- « On. A. Réussi ! », s'exclama-t-il d'une voix chantante, ponctuant chacun de ses mots par un rapide baiser sur les lèvres de Marinette. « On a réussi, ma Lady ! On est rentrés chez nous ! »
La jeune fille éclata de rire, tout en enroulant ses bras autour de la nuque d'Adrien pour l'embrasser en retour. Elle se sentait tellement heureuse, tellement légère, qu'elle se sentait prise par une délicieuse sensation de vertige. Mais pas par cette impression de malaise qui l'avait saisie quelques heures plus tôt, bien au contraire.
Non, là, Marinette avait plutôt la sensation de nager dans un tel océan de félicité qu'elle avait la certitude qu'elle ne regagnerait plus jamais terre.
Les deux adolescents étaient tellement soulagés de se savoir tous deux sains et sauf que leurs baisers étaient entrecoupés d'éclats de rire nerveux, qu'ils ne réussissaient à contenir qu'en s'embrassant de plus belle.
Marinette fit glisser ses doigts dans les boucles blondes de son coéquipier, tout en sentant ce dernier sourire sous ses lèvres. Adrien et elle s'étreignaient avec tant de force qu'elle pouvait sentir le cœur de son coéquipier battre contre sa poitrine, chacune de ses vigoureuses pulsations se confondant avec son propre pouls.
La jeune fille s'arracha soudain des lèvres d'Adrien pour enfouir son visage dans le creux de son cou. Elle aurait bien continué à l'embrasser pendant des heures entières, mais ils n'avaient malheureusement qu'une poignée de minutes devant eux. Fermant les yeux, elle respira avec délice son odeur, qui se mêlait à celle du savon qu'il avait utilisé le matin même et qui s'attardait encore sous sa peau.
Adrien était là.
Bel et bien là.
Paupières toujours closes, elle sentit Adrien poser son menton sur sa tête, juste avant que le jeune homme ne lève une main pour passer doucement ses doigts dans ses cheveux. Il resta un instant silencieux, avant de se dégager doucement pour plonger ses yeux d'un vert lumineux dans les siens.
- « Par contre, comment est-ce qu'on va expliquer ça aux autres ? » demanda-t-il d'une voix enrouée par l'émotion. « Nous deux », précisa-t-il alors que Marinette s'écartait de lui pour le dévisager en haussant un sourcil interrogateur. « Le fait qu'on sorte ensemble. Je n'ai pas envie de me cacher », poursuivit-il avec ferveur, « mais il va bien falloir qu'on trouve une histoire crédible. »
Marinette jaugea un instant son coéquipier du regard, avant de se dresser sur la pointe des pieds pour déposer un léger baiser sur ses lèvres.
- « Pour ça, laisse-moi faire », répliqua-t-elle un sourire espiègle. « J'ai un plan. »
Pfiouuuuu ! ça y est, Marinette et Adrien ont enfin regagné leur époque ! Et cette fic touche bientôt à sa fin, le prochain chapitre sera le dernier. En attendant, j'espère que celui-ci vous aura plu.
Merci de m'avoir lue jusqu'ici et à bientôt :) !
