Et c'est parti pour le second chapitre un jour en avance. Je suis super excitée par cette fiction, j'aimerai tellement aller plus vite pour arriver aux chapitres les plus intéressants, mais chaque chose en son temps. Je suis ravie de voir que le prologue vous a plu et je remercie les personnes qui ont pris la peine de laisser une review (je suis enchantée de retrouver certaines de mes lectrices et excitée d'en rencontrer de nouvelles). Dans ce chapitre, on en découvre un peu plus sur la condition d'Hermione et la signification du titre de la fiction.
Swangranger : double merci pour ta double review ahah. Pour ce qui est d'Hermione et Livia, on en saura plus au fur et à mesure que la fiction avancera, mais voici déjà quelques détails sur Hermione. Je suis ravie que l'Ange de Noël t'ai plu mais maintenant j'ai la pression haha.
Elisendre : Merci ! Je suis ravie que ça t'ai plu, voici le second chapitre.
Leolili : Oh merci ! Je suis ravie que le journal de Drago t'ai plu, je l'ai rajouté au dernier moment, je n'étais pas sûre que ça plaise. Livia est un prénom que j'aime beaucoup ! Mais tu commences à me connaître, et j'ai préparé tout un tas de surprises pour vous. Pour le titre, on en apprend un peu plus dans ce chapitre.
Elsar : En effet, avec un seul chapitre il est difficile de se faire une idée, mais merci pour ton compliment.
Miss Lolote : Je vois que tu es une habituée de mes histoires haha. Merci pour tes mots touchants, voici la suite j'espère qu'elle te plaira.
JudorangeHp : Merci ! Pour Hermione, on en apprendra au fur et à mesure ! Mais promis, vous saurez tout. J'aime aussi l'idée qu'Hermione ne soit pas le premier amour de Drago (mais le dernier).
Math'L : Je suis ravie de te retrouver ici ! Les histoires d'amour sont toujours de belles histoires non ? Parfois tristes, parfois drôle, mais toujours belles ! Merci pour ton joli commentaire !
Ayano : Mais oui, on en saura plus sur Livia ! C'est l'épouse de Drago après tout. Oui, il y aura des OCs, je vous laisse les découvre au fil de l'histoire et j'espère qu'ils vous plairont autant que ceux de la Couleur de l'Equinoxe (désolée pour Cassie !). Merci pour ton commentaire !
Bonne lecture !
Le Square Grimaud était très silencieux ce matin-là. Les quelques résidents permanents dormaient encore, et seule Molly Weasley qui s'activait déjà dans la cuisine venait déranger l'apaisante quiétude qui berçait le quartier général de l'Ordre. Comme tous les matins, elle préparait un petit déjeuner digne d'un régiment, prenant soin d'offrir à chacun le petit déjeuner de ses rêves. Harry et Ginny aimaient leurs œufs brouillés, Ron, en revanche préférait les omelettes, quant à Georges, il avait horreur de ça, alors il prendrait du bacon et des toasts beurrés.
Molly jeta un coup d'œil à sa montre tout en versant du jus d'orange fraîchement pressé dans une carafe. Elle en versa dans un verre qu'elle déposa à côté d'une tasse de thé fumant et de trois toasts beurrés sur un petit plateau d'argent. Visiblement, elle attendait qu'il fût l'heure pour elle de le porter à son heureux destinataire, qui n'était autre qu'Hermione Granger.
Cette dernière était réveillée depuis plus d'une heure déjà, mais avant de pouvoir se délecter d'un petit déjeuner, elle devait s'atteler à ses séances de kinésithérapie. Au premier étage, dans sa chambre aux allures hospitalières, Hermione souffrait. Le Dr. Apollyon lui massait douloureusement les jambes afin de s'assurer que le sang y circulait bien. C'était un rituel pénible mais qu'Hermione avait appris à accepter depuis un an déjà.
—C'est bientôt fini, Hermione.
Le médecin était un homme doux et paisible qui prenait toujours la peine d'expliquer à Hermione ce qu'il faisait. C'était un trentenaire franco-britannique aux traits méditerranéens, qui portait le prénom d'Ange. Et Ô combien ce prénom lui seyait à la perfection. L'auréole mise à part, il n'y avait en cet homme rien de mauvais, et il semblait être né pour faire le bien autour de lui.
Hermione était assise sur son lit et attendait patiemment que cette séance de torture se termine. Ses yeux rivés vers la fenêtre de sa chambre, elle regardait d'un air distrait la neige qui tombait à gros flocons depuis déjà trois jours. L'hiver était arrivé plus tôt que prévu cette année-là, et il semblait qu'ils fêteraient Halloween sous un épais manteau de neige.
Quand Ange eut terminé de lui masser les dix orteils, il aida Hermione à s'installer dans son fauteuil roulant. Car c'était dans cette chaise qu'elle se déplaçait à présent. Depuis son séjour dans les cachots du manoir Jedusor, Hermione avait d'énormes problèmes de motricité. Elle pouvait marcher, mais elle s'épuisait vite, et les médecins lui avaient conseillé de rester assise autant que possible, jusqu'à ce que son corps se décide à se remettre en marche. Car c'était un traumatisme uniquement psychologique qui entravait la volonté d'Hermione à se mouvoir par elle-même. Ce n'était d'ailleurs pas son seul blocage…
Trois petits coups discrets retentirent sur la porte en bois, et Molly entra de son pas pressé, un plateau à la main. Chaque matin, elle prenait la peine de monter son petit déjeuner à Hermione, car elle savait que cette dernière n'aimait pas le brouhaha qui régnait toujours dans la cuisine. Hermione s'était éloignée du reste du monde. Recluse dans sa chambre, elle acceptait volontiers la visite de ses amis, mais préférait se terrer au premier étage que d'affronter le regard des autres.
Molly déposa le plateau sur la table de chevet d'Hermione et s'approcha d'elle, avec un sourire maternel.
—Tiens ma chérie, tu vas te régaler, c'est ton thé préféré.
Elle prit la main d'Hermione dans la sienne, et la serra doucement. Elle n'attendait pas de réponse. Ni qui que ce soit d'ailleurs, car depuis un an à présent, Hermione ne parlait plus. Personne n'avait entendu le son de sa voix depuis son retour à Square Grimaud. Tout le monde s'en était inquiété et Harry et Ron s'étaient démenés pour que les plus grands mages guérisseurs viennent l'ausculter et lui fassent retrouver la parole. Mais tous essuyèrent des échecs. Ce fut le Dr. Apollyon qui comprit que le mutisme d'Hermione n'était pas dû à un sortilège mais bien à un blocage psychologique. Tout comme ses problèmes de motricité.
Il avait donc été convenu d'agir avec elle comme chacun l'avait toujours fait, de lui parler, même s'il ne fallait pas attendre de réponse. Le cerveau d'Hermione, quant à lui, marchait toujours aussi bien. Elle comprenait tout ce qui se passait autour d'elle et entendait les mots de ses amis. Elle passait d'ailleurs la majeure partie de son temps à lire tout ce qui pouvait lui tomber entre les mains.
Hermione serra chaleureusement la main de Molly pour la remercier, et la regarda quitter la chambre, la laissant à nouveau seule avec le Dr. Ange. Celui-ci s'était assis dans un fauteuil près de celui d'Hermione et gribouillait des notes dans son carnet. Il n'était jamais intrusif dans les interactions sociales d'Hermione et se faisait très discret quand quelqu'un de son entourage entrait dans la petite chambre.
—Il faudrait que tu marches un peu aujourd'hui. Pas longtemps, juste assez pour que tes muscles se souviennent qu'ils existent.
Il eut un petit sourire absolument charmant tandis qu'Hermione lui lançait une œillade désapprobatrice. Elle-même ne parvenait pas à comprendre pourquoi ses jambes ne lui répondaient plus aussi bien qu'avant, quant à sa voix… son absence totale restait un grand mystère. Mais au fond, elle savait que le jour où elle retrouverait l'usage de la parole, les choses seraient différentes. Il faudrait qu'elle parle, qu'elle raconte ce qu'elle avait vécu dans les sous-sols de Voldemort. Et alors, le regard de ses amis changerait sûrement, la compassion qu'ils ressentaient jusqu'alors se muerait en pitié, et c'était ce qu'Hermione redoutait le plus.
On lui avait raconté ce qui s'était passé. Comment Drago l'avait sortie de là, et puis la mort de Livia. Cette nouvelle avait atrocement touché Hermione, qui n'avait jamais été proche de la femme de Drago mais qui se sentait responsable. S'il n'était pas venu la sauver, jamais la couverture de Drago n'aurait été mise à mal, et on n'aurait pas assassiné Livia pour le punir de sa traitrise.
Et puis on lui avait dit que Drago était parti. Personne n'avait eu de ses nouvelles en douze mois, pas même Blaise ou Pansy, qui étaient pourtant ses meilleurs amis. On savait qu'il ne voulait pas qu'on le cherche, alors personne ne s'était lancé à sa poursuite. Pourtant, son absence avait laissé un vide au quartier général de l'Ordre, et on regrettait qu'il ne fût plus là pour donner son avis, parfois tranchant, sur toutes les manœuvres entreprises par la résistance.
Ce matin-là, cependant, serait bien différent des précédents. Mais personne ne le savait encore.
Le petit déjeuner dans la cuisine du Square Grimaud était toujours bruyant. Les bruits de couverts, les verres cassés, les « tu peux me passer la confiture ? » et les « hey, bien dormi ? » ponctuaient ce moment convivial. Depuis qu'Hermione était revenue, et qu'il était hors de question de la laisser vivre seule, Harry, Ginny, Ron et Georges avaient emménagé de manière définitive dans l'ancienne maison des Blacks, rejoignant ainsi Remus et Teddy. Bien sûr, Harry aurait préféré rester avec Ginny dans leur appartement à Londres, mais la grossesse de Ginny avait précipité les choses : il ne voulait pas qu'elle se retrouve seule à la maison s'il devait s'absenter plusieurs jours. Les Weasley avaient quant à eux conservé le Terrier tandis que Minerva McGonagall résidait dans son cottage dans les Highlands écossais.
Les autres membres du Phénix avaient tous des maisons respectives, mais chacun allait et venait à Square Grimaud, faisait de la demeure de Sirius, un véritable lieu de rassemblement. Parfois, Fleur et Bill venaient dîner avec eux, ainsi que Blaise et Pansy. Tous étaient les bienvenus à cette table qui faisait office de table à manger, de table de réunion et parfois même de table de jeux.
—Passe-moi le beurre, Ginny, grogna Ron en direction de sa sœur.
—On dit s'il te plait, Weasley.
Cette voix, à la fois lointaine et familière eut pour effet de faire taire toute l'assemblée. Tous les regards se tournèrent vers l'entrée de la cuisine, et se posèrent sur ce qui aurait pu être le fantôme de Drago Malefoy. Encore plus pâle qu'à son habitude, le teint de Drago était cireux. Ses joues semblaient plus creuses aussi, mais il était difficile de s'en rendre compte car une épaisse barbe les recouvrait désormais.
Il portait un blouson de cuir marron usé et un bonnet de laine. Ses bottes et sa besace lui donnaient l'allure d'un aventurier. Harry avait l'impression d'avoir Indiana Jones sous ses yeux, mais n'y fit aucune allusion, car seule Hermione aurait été en mesure de comprendre.
Il fallut un moment à chacun pour réaliser que Drago se trouvait bien là. Ce fut Ginny qui réagit la première en faisant tomber sa tasse de thé sur le sol. Elle se leva en faisant attention à son ventre rebondi et se précipita vers lui. Comme par un automatisme bien rôdé, Drago ouvrit les bras et Ginny s'y jeta en hurlant de joie. C'était ce qui faisait tout le charme de la fille Weasley. Aucune pudeur, aucune retenue, quand il s'agissait d'exprimer une émotion, Ginny le faisait toujours dans l'explosion et l'effusion de sentiments. Elle se jeta au cou de Drago et le serra dans ses bras si fort, que Drago se sentit suffoquer.
—Doucement, fillette.
La voix rauque de Drago arracha un sourire à Ginny. Cela faisait une éternité qu'elle ne l'avait pas entendu l'appeler fillette. Elle s'écarta doucement pour le regarder avec le regard soucieux d'une sœur – après tout, elle avait déjà six frères, alors un de plus – et lui lança avec humeur :
—Tu as l'air d'un clochard.
—Et toi, tu es énorme.
Les deux se regardèrent longuement avant d'éclater de rire.
—Ne parle pas à ma femme comme ça, Malefoy !
Harry s'était à son tour approché et quand Ginny lui eut laissé la place, il passa un bras autour des épaules de Drago et le serra brièvement dans ses bras. Tout le monde suivit le mouvement, et bientôt, Drago se vit passer de bras en bras.
—Bienvenue à la maison, Drago, murmura Remus Lupin en posant une main chaleureuse sur son épaule.
Enfin, ce fut au tour de Mrs. Weasley qui mit un terme à ces retrouvailles émouvantes avec sa sempiternelle phrase :
—Oh Drago, tu as tellement maigri…Viens manger un bout.
Mais personne ne s'inquiétait vraiment de savoir que Drago avait maigri, car le plus important, c'était qu'il était revenu. On le fit s'asseoir à la table et Molly lui servit un café serré et des toasts de confiture.
—Depuis quand tu es revenu ? demanda Ron en lui tendant le sucrier.
—Hier soir. J'ai dormi chez Pansy et Blaise.
Drago déposa deux morceaux de sucre au fond de son café et tourna méthodiquement la cuillère dans sa tasse. Personne semblait oser le déranger, comme s'ils ne croyaient pas vraiment à son retour. Et d'ailleurs, ce retour était-il vraiment définitif ?
—Où étais-tu passé ? demanda enfin Ginny pour briser le silence.
—Un peu partout, j'imagine, répondit Drago en haussant les épaules.
—Et qu'est-ce que tu as fait ?
—J'ai cherché, Ginny. Et si je suis revenu, c'est que j'ai peut-être trouvé.
—Trouvé quoi ? demandèrent Ron et Harry d'une même voix.
Drago se pencha lentement sur le côté et sembla fouiller dans sa besace de cuire. Il en sortit un gros volume dont le titre était écrit en ce qui semblait être de l'hébreu.
—Le livre des Âmes, murmura Remus.
—Tu comprends l'hébreu ? demanda Harry surpris.
—J'ai quelques bases. Mais ce livre est célèbre dans le monde des forces occultes. Et il l'est notamment parce qu'il est censé avoir disparu.
—Et bien je l'ai retrouvé, répliqua Drago.
—De toute évidence. La question est : qu'est-ce que tu penses trouver dedans ?
Drago ne prit pas la peine de répondre. Au lieu de cela, il ouvrit le vieux manuscrit à la page qu'il avait pris soin de corner, et posa son doigt sur un passage écrit en hébreu. Coincé entre les deux pages cependant, un petit morceau de parchemin semblait être la traduction du paragraphe.
« Si dans notre monde, la magie coule dans les veines de chaque sorcier, il existe des dons qui dépassent le simple entendement. Ainsi, la métamorphomagie reste par exemple l'un des dons restés encore inexpliqués. Au-delà de cela cependant, il existe des forces plus intrigantes encore qu'elles en restent jusqu'ici trop mystiques pour être assimilées.
La légende dit qu'une entité magique dont l'apparence semble trop floue pour être décrite, existerait parmi les sorciers. Une entité aux pouvoirs si puissants qu'ils pourraient diviser l'âme des hommes, ou même, la ressouder…On appelle cette entité, le Marchand d'Âme. »
Drago leva les yeux de son livre pour regarder Harry. Celui-ci avait compris. Il savait où il voulait en venir.
—Ce pourrait être la solution pour tuer le Seigneur des Ténèbres, Potter.
—On a déjà la solution, trouver tous les Horcruxes et les détruire.
—On les a déjà tous trouvé, fit remarquer Ron. Enfin, on sait où ils sont et sous quelle forme. On a détruit ceux qu'on pouvait détruire, mais le serpent…
—Il est en permanence avec son maître, on ne parviendra jamais à tuer Nagini, ajouta Drago. C'est pour ça qu'il faut trouver le Marchand d'Âme. Cette magie ressoudera l'âme de Voldemort et il n'y aura plus que lui à tuer. Qu'un seul morceau de lui, et non sept comme on l'a toujours pensé jusqu'à maintenant.
—C'est une légende, murmura Harry.
—Les légendes naissent bien quelque part. Ca nous coûte quoi d'essayer ?
—Ca nous coûte du temps, de l'énergie et peut-être même des vies.
—Ca vaut le coup d'essayer, non ?
Harry semblait peser le pour et le contre. Mais Drago commençait à bien le connaître, et il savait qu'il ne prendre pas de décision sans en parler d'abord avec ses deux acolytes. Cela avait toujours fonctionné comme ça. Depuis qu'Harry avait pris la tête de l'Ordre du Phénix, Ron et Hermione étaient devenus ses bras droits, et jamais Potter ne prenait de décision sans les avoir consulté au préalable.
Drago jeta un coup d'œil à Ron puis chercha Hermione du regard. Elle n'était pas là. Surpris, il ne fit aucune réflexion, mais se demanda ce qui pouvait être assez important pour qu'Hermione Granger déserte l'institution du petit déjeuner en famille.
—Bon, laisse-moi le temps d'y réfléchir.
Drago acquiesça.
—Tu ne repars pas, n'est-ce pas ? demanda Ginny d'une petite voix inquiète.
—Non, fillette. D'ailleurs je me demandais si la maison de la très noble famille Black aurait une chambre pour moi.
—Tu n'as que l'embarras du choix, répliqua Ginny. Tu n'auras qu'à choisir celle qui te convient le mieux.
Finalement, Drago choisit une chambre au second étage. Elle n'était pas très grande mais elle avait l'avantage d'avoir sa salle de bain privée et Drago aimait la vue qu'il avait par la fenêtre. Il y installa les quelques affaires qu'il avait avec l'aide de Ginny. Celle-ci s'affaira à changer les draps et à mettre des oreillers plus moelleux.
—Tu devrais me laisser faire ça, grogna Drago en lui prenait la taie d'oreiller des mains.
—Je suis enceinte, pas en sucre.
—Je sais. C'est pour quand ?
—Pour janvier, répondit Ginny rayonnante. Une petite fille.
—Une autre fillette ? Pauvre Potter.
Ginny lui donna un coup dans l'épaule avant de s'asseoir sur le lit pour le regarder ranger ses vêtements dans la commode.
—Je n'ai pas vu Hermione, au petit déjeuner… commença-t-il d'une voix incertaine.
Ginny ne répondit pas immédiatement. Drago se retourna pour la regarder, et vit que ses yeux brillaient. De larmes, sans doute. Il s'approchement doucement et s'assit à côté d'elle.
—Est-ce que…
—Non, ça va. Elle va bien. C'est juste que… Elle n'est plus la même depuis que tu l'as arraché aux griffes de Voldemort.
—Plus la même ?
—Elle… Elle ne parle plus.
Drago resta bouche bée face à une telle révélation.
—Elle a été mutilée ? Sa langue, je veux dire, elle…
—Non, non. Physiquement, elle va bien, mais psychologiquement, elle fait un blocage. Elle ne parle plus et a du mal à se déplacer seule. Les médicomages disent qu'il n'y a rien de magique ni de physique à tout ça, que c'est le traumatisme et qu'il n'y a rien à faire.
—Alors elle ne parlera plus jamais ?
—On ne sait pas, peut être que si, peut être que non. Ça ne dépend que d'elle.
—Je suis désolé, Ginny, murmura Drago en posant une main sur celle de son amie.
—Tu n'as pas à l'être. Elle ne parle peut-être plus, mais elle est vivante, et c'est à toi qu'on le doit. On ne te remerciera jamais assez, Drago.
—Ne dis pas ça, répliqua l'intéressé, gêné.
Ginny lui adressa malgré tout un sourire reconnaissant, et finit par se lever. Elle quitta la chambre de Drago, le laissant terminer ses derniers aménagements. Etrangement, il se sentait chez lui. En allant chez Pansy, la veille au soir, il était passé devant son ancienne maison, celle qu'il partageait avec Livia, mais il n'avait pas trouvé la force d'y entrer à nouveau.
Même si une année s'était écoulée, il ne voulait pas prendre le risque d'éveiller de vieux souvenirs, de sentir son odeur ou de voir son visage poupin sur les photos du mariage encadrées dans le salon. Il avait fui à tout prix, et avait préféré dormir chez Pansy. Et à présent qu'il avait une chambre à lui au Square Grimaud, il se sentait plus serein. L'idée même de devoir dormir chez lui, lui donnait la nausée.
Sans s'en rendre vraiment compte, Drago s'endormit plusieurs heures sur son lit moelleux et tiède. Quand il se réveilla, le soleil était bien haut dans le ciel, et une délicieuse odeur de ragout s'infiltrait dans toutes les pièces du Manoir. Ce serait bientôt l'heure du déjeuner.
Drago se redressa et alla se rafraîchir dans la salle de bain. Il peinait encore à reconnaître son visage amaigri et barbu. Il se passa de l'eau sur le front et quand il retourna dans la chambre tout en s'épongeant le visage, son regard fut attiré par quelque chose qui bougeait dehors. En s'approchant de la fenêtre, il vit une silhouette frêle aux boucles brunes qui marchait d'un pas lent dans la neige. A côté, un homme l'aidait à tenir debout.
Par curiosité ou peut-être par culpabilité, Drago décida de rejoindre Hermione. Il enfila son blouson et descendit les escaliers quatre à quatre. Au rez-de-chaussée, une porte donnait sur la cour extérieure de la maison des Blacks. Quand il l'ouvrit, une brise glaciale vint ébouriffer les cheveux de Drago et quelques flocons de neige pénétrèrent à l'intérieur. Il se hâta de sortir et de refermer derrière lui, avant de rejoindre d'un pas vif le duo qui avançait devant lui.
—Oui c'est bien, Hermione. A ton rythme, un pied devant l'autre.
Ce devait être le médecin, songea Drago. Sa blouse blanche et son petit air supérieur ne laissaient que peu de doute quant à son statut. Drago n'avait jamais aimé les médecins, selon lui, les guérisseurs pensaient toujours mieux savoir que tout le monde, mais finalement ne parvenaient à soigner personne. Les infirmiers, quant à eux, étaient plus humbles et tout aussi qualifiés.
Comme si elle avait senti sa présence – ou tout du moins une présence – Hermione s'arrêta dans ses efforts et tourna doucement sur elle-même. Son médecin sembla surpris mais ne la retint pas. Bientôt, les yeux mordorés d'Hermione rencontrèrent ceux, mornes et inquiets de Drago. C'était une rencontre inattendue, pourtant, quelque chose d'infime et d'invisible semblait les relier de manière indélébile.
—Salut, murmura Drago à voix basse.
Il savait qu'Hermione ne répondrait pas, mais il vit dans ses yeux que si elle l'avait pu, elle aussi lui aurait dit bonjour. C'était une étrange sensation que de se sentir communiquer autrement que par la parole.
—Elle ne vous répondra pas, Hermione est mutique, déclara le médecin en regardant Drago de haut en bas.
—Je sais, répliqua Drago en s'approchant. Je suis Drago Malefoy, et vous êtes ?
—Je sais qui vous êtes. Je suis le Docteur Ange Apollyon.
Ange ? C'était à se demander où les parents avaient la tête, parfois. Ce type n'avait rien d'un ange. Ils ne prirent pas la peine de se serrer la main. Drago n'avait pas vraiment aimé la façon qu'il avait eu de dire qu'il savait qui il était. Il ne s'attarda pas longtemps sur Apollyon et braqua à nouveau ses yeux clairs sur Hermione. Il n'avait pas pensé à ce qu'il allait lui dire. Il n'avait pas non plus pensé qu'elle ne lui répondrait pas.
La relation qu'ils entretenaient depuis que Drago était entré dans l'Ordre du Phénix était assez étrange. Leur haine réciproque s'était tarie, mais ils n'avaient jamais développé de réelle complicité, comme cela avait pu être le cas avec Ginny. Pourtant, il n'avait pas hésité une seule seconde à lui venir en aide quand elle avait été kidnappée par les mangemorts. Leurs regards se croisèrent à nouveau et ce fut finalement Hermione qui fit le premier pas.
Elle s'avança difficilement jusqu'à lui et posa une main reconnaissante sur le bras de Drago. Elle n'avait absolument rien dit et pourtant, c'était comme si tous ses mots se reflétaient dans ses yeux. Elle le remerciait de l'avoir sauvé. Derrière ce regard de remerciement cependant, on pouvait lire beaucoup de compassion et Drago ne tarda pas à comprendre que cette pitié était sans doute provoquée par la mort de Livia.
Il aurait aimé lui dire que ce n'était pas de sa faute, qu'il avait joué avec le feu et que de toute façon il n'aurait pas pu la laisser entre les griffes de Voldemort, mais ses mots restèrent bloqués dans sa gorge. Parce qu'au fond, il ne pouvait s'empêcher de penser que c'était de sa faute à lui. Pas à Hermione, juste à lui.
—Bien, nous allons rentrer.
Ce fut le médicomage qui mit un terme à cette conversation silencieuse. Hermione détourna les yeux et se laissa guider par Apollyon. Drago, quant à lui, resta là, totalement immobile. Le soleil avait à nouveau disparu et la neige recommençait à tomber à gros flocons. Ce temps était totalement imprévisible, autant que la vie pouvait l'être en ce moment.
Enfonçant les poings dans ses poches, Drago leva les yeux au ciel et regarda pendant de longues minutes la neige tourbillonner au-dessus de sa tête. S'il avait su, quelques mois plus tôt, qu'il se trouverait ici même, il n'y aurait pas cru. Il était parti avec l'idée de ne jamais revenir. Mais il ne fallait jamais dire jamais. Et voilà que sa soif de vengeance avait repris le dessus. Tuer Voldemort était désormais plus qu'une mission, c'était une nécessité pour lui. Il vengerait sa mère et sa femme, c'était tout ce qui comptait. Mais si au passage, il trouvait le moyen de rassembler son âme brisée, il ne raterait pas l'opportunité de se reconstruire. C'était peut-être dangereux, mais l'unique chose sur laquelle il comptait à présent, c'était cette mystérieuse entité magique, le marchand d'âme.
Il devait être là depuis plus d'une demie heure quand une main vint se poser sur son épaule. C'était celle de Potter.
—On va déjeuner, tu viens ?
—Oui, j'arrive.
Les deux hommes se regardèrent longuement. Harry était sur le point de tourner les talons quand Drago l'interpella.
—Il n'y a rien à faire ? Pour Hermione je veux dire.
Harry haussa les épaules.
—Ils disent que non, qu'elle reparlera quand elle se sentira prête.
—Donc vous ne savez pas ce qui s'est passé ?
—Non, souffla Harry.
—Pourquoi pas la légilimencie ?
C'était comme une évidence pour Drago et il ne pouvait pas croire que les médecins ni même Weasley ou Potter n'y aient pas pensé avant lui. Harry eut un petit sourire triste.
—On lui a proposé, mais elle refuse. Je crois qu'elle ne veut pas qu'on sache vraiment ce qui s'est passé. On sait qu'elle en a bavé, c'est tout. Je respecte ça.
—Le respect, cracha Drago. Si ça peut l'aider, on ne…
—Non, le coupa Harry. Peut-être que ça l'aiderait, mais peut-être aussi que ça la replongerait dans ce cauchemar. Dans le doute, nous préférons la laisser tranquille. Et garder espoir.
Drago eut un rictus amer. L'espoir. C'était tout ce à quoi il pouvait se raccrocher. Pourtant, personne ne savait vraiment à quoi ça ressemblait. On s'y suspendait comme à la vie, et parfois on disait que ça faisait des miracles. Pourtant, cela faisait trop longtemps qu'il n'y en avait pas eu.
Et voilà. Comme vous l'aurez compris, on se situe plus d'un an après le prologue. On découvre donc ce qu'il est advenu d'Hermione (ce n'est pas tout rose pour elle, la pauvre) mais aussi pour les autres (Ginny enceinte, si si !). L'histoire de Drago reste encore trouble. On découvre aussi mon tout premier OC, Ange Apollyon. J'espère que ce chapitre vous a plu, il en dévoile aussi un peu plus sur le titre de la fiction, mais vous me connaissez, vous en saurez plus, plus tard ! Je vous dis à bientôt et en attendant, portez-vous bien !
