Ce chapitre va donc traiter du marchand d'âme, il faut bien avancer un peu dans cette histoire, et surtout, traiter de la relation dramione qui évolue peu à peu. Chaque chose en son temps cependant, mais j'espère que cette petite mise en bouche vous plaira.

Je suis contente de voir que les deux chapitres par semaine vous plaisent, mais j'ai été un peu déçue de voir que tout le monde ne prend pas le temps de commenter. Enfin bon, je remercie les fidèles lectrices qui me donnent leur avis, vous êtes des amours !

JudorangeHp : Je vous avais dit que je posterai deux fois par semaine ! En effet, le précédent chapitre n'était pas là pour avancer dans l'histoire, quoi que, mais il était nécessaire. Tu as cerné Ange, on dirait haha, mais tout n'est pas tout noir ou tout blanc. Merci en tout cas de prendre la peine de commenter à chaque fois.

Leolili : Stresser ? Mais non voyons, il ne faut pas. Je vois que tu te poses pas mal de question, et tu es sur le bonne piste, mais je n'en dis pas plus et te laisse découvrir l'histoire. Je suis contente que ça t'ai plu et c'est moi qui te remercie de commenter à chaque fois.

Lili Orya : Je suis contente qu'il t'ai plu ! Voici le cinquième chapitre.

Swangranger : Ahah Ron est drôle quand même, il restera l'un de mes personnages préférés, il manque parfois de tact, mais il a un grand cœur ! Ah, dis donc tu te poses des questions un peu tordues haha, je ne dis rien, je te laisse découvrir petit à petit. Merci de commenter aussi régulièrement.

Bonne lecture !


Ginny n'avait pas vraiment retrouvé le sourire, depuis leur rencontre avec la diseuse de bonne aventure. Pour ne pas inquiéter Harry, elle tentait de sourire, mais ses yeux trahissaient une inquiétude latente qui la rongeait de l'intérieur. Tout le monde avait essayé de lui changer les idées, Molly en lui faisant son plat préféré, Harry en lui offrait des fleurs et en ayant tout un tas de petites attentions à son égard. Ron et Georges passaient leur temps à faire des blagues stupides, mais il semblait qu'ils avaient perdu leur première fan, leur petite sœur. Même Hermione, pourtant murée dans son silence, adressait des sourires rayonnants à sa meilleure amie, et passait beaucoup de temps avec elle.

Drago, quant à lui, ne savait pas vraiment comment réagir. Il avait peur que sa présence rappelle à Ginny que nul n'était à l'abris, que même avec les meilleures protections, Livia s'était faite tuer. Pourtant, à chaque fois qu'ils se croisaient au détour d'un couloir de la vieille maison des Blacks, elle avait toujours un sourire sincère, un geste amical qui signifiait beaucoup, et soulageait, le temps de quelques minutes, l'âme tourmentée de Drago.

Le temps était à nouveau gris, et la neige tombait à gros flocons nuit et jour. On annonçait une tempête de neige pour le jour de noël, et dans le monde sorcier comme moldu, chacun faisait des provisions pour parer à ce cyclone neigeux. Drago, quant à lui, tournait en rond. Il commençait à s'ennuyer au quartier général. Il avait demandé à Harry de le mettre sur une affaire, peu importait la quelle, une disparition, des objets ensorcelés, mais le survivant avait préféré le gardé à l'écart, affirmant qu'il valait mieux pour tout le monde que personne ne sache qu'il était de retour.

Parfois, Blaise et Pansy venaient lui rendre visite, mais eux-mêmes avaient leurs occupations. Ils n'étaient pas des membres à part entière de l'Ordre, mais servaient d'indicateurs précis, en effet Pansy travaillait pour Gringotts et côtoyait donc tous les sorciers de près, quant à Blaise, il était rédacteur du principal concurrent de la Gazette du Sorcier : La Revue Ensorcelée.

Drago avait convié ses deux meilleurs amis à venir dîner au quartier général ce soir-là et la tablée était plus grande que d'habitude. Comme toujours, le repas était délicieux, et l'ambiance joyeuse. Après des années à se disputer et à se haïr, les trois Serpentard avaient finalement tissé des liens avec les autres membres du phénix.

—McGonagall pense sérieusement à nous faire intervenir à Poudlard pour prouver qu'une amitié inter-maison est possible, s'exclama Ron avec un sourire amusé.

Chacun y alla de son petit commentaire.

—On n'est pas vraiment ami Weasley, grogna Pansy en levant les yeux au ciel.

—C'est parce qu'elle est amoureuse de toi, Ron, sourit Blaise en évitant le coup de poing que Pansy voulut abattre sur son avant-bras.

—Et puis l'amitié inter-maison existe depuis toujours, déclara Georges. Mais les Serpentard sont trop cons pour le voir.

Les trois Serpentard s'érigèrent en grands défenseurs de la maison de Salazar, tandis que tous les autres Griffondor maintinrent leur position, affirmant qu'ils avaient toujours été amis avec les autres maisons. Ce fut dans ce brouhaha incessant que le professeur McGonagall fit son entrée.

Drago ne l'avait pas souvent vue depuis son retour. Elle passait beaucoup de temps à Poudlard, où elle était désormais directrice, mais ce soir-là, c'était celui des vacances scolaires. Elle avait renvoyé tous ses élèves par le Poudlard Express, et viendrait donc célébrer noël ici, au Square Grimmaurd, avant de retrouver sa horde d'adolescents.

—Tiens, quand on parle du loup, marmonna Georges.

Minerva lui lança un regard noir qui signifiait clairement qu'elle l'avait entendu, avant de s'installer à la table. Elle portait dans ses bras une grande bassine de pierre gravée que tout le monde aurait reconnu entre mille : la pensine d'Albus Dumbledore. Les sourires disparurent immédiatement des visages, et soudain, une certaine tension vint flotter au-dessus de leur tête.

Lentement et avec minutie, Minerva posa la pensine sur la table et sortit un petit flacon de sa poche.

—Un souvenir du professeur Dumbledore ? demanda Harry, curieux.

—Non, un souvenir de Merlin.

Drago ouvrit des yeux ronds. Il ignorait qu'il était possible de se procurer des souvenirs de Merlin, lui-même. En y repensant, Dumbledore avait dû se les procurer il y avait fort longtemps, mais c'était toujours très intimidant de savoir que dans ce minuscule flacon, il y avait un souvenir qui avait appartenu au plus grand mage de tous les temps.

—J'ai passé les trois dernières semaines à regarder tous les souvenirs qu'avait Albus. Aucune trace du marchand d'âme, sauf dans celui-ci, expliqua-t-elle en montrant le petit filament argenté qui semblait flotter dans la fiole. On ne peut pas tous entrer dans la pensine. Potter ?

—J'y vais, murmura l'intéressé. Malefoy, tu viens aussi.

Drago acquiesça et se leva pour rejoindre Potter. Tous deux regardèrent la pensine sans vraiment savoir à quoi s'attendre. A quoi pouvait bien ressembler un souvenir de Merlin ? Quand McGonagall versa le contenu de la petite fiole dans la pensine et Drago et Harry plongèrent tête la première dans les souvenirs, d'abord brumeux, de Merlin.

C'était la première fois que Drago entrait dans une pensine. Il s'agissait d'un objet très rare que seuls les plus grands sorciers pouvaient se procurer. Il savait que Voldemort en possédait une, mais il ne l'avait jamais vu, et encore moins l'un de ses précieux souvenirs.

Drago se sentit d'abord aspirer dans un grand tourbillon de couleurs, avant d'atterrir brutalement dans une pièce ronde et lumineuse. L'endroit ressemblait à la tour d'un château aménagée en bureau. En fait, cela ressemblait, à s'y méprendre, au bureau de Dumbledore, à l'époque où il dirigeait Poudlard. La pièce était cependant plus petite, et par la fenêtre, ce n'était pas le stade de Quidditch que l'on apercevait, mais une grande forêt qui s'étendait à perte de vue.

Drago jeta un coup d'œil alentour. La décoration était spartiate. Des grandes bibliothèques en bois étaient pleines à craquer de livres tous plus volumineux les uns que les autres. Le bureau et la chaise de bois rappelait des meubles du moyen-âge, et il ne fut pas bien difficile de comprendre qu'ils avaient remonté le temps de plusieurs siècles.

—En quelle année on est, à ton avis ? demanda-t-il à Harry qui regardait lui aussi tout autour de lui.

—Je crois que c'est le 5ème siècle après Jésus-Christ, quelque chose comme ça, je ne me souviens plus des cours de Binns.

Drago eut un petit sourire, mais n'ajouta rien. Lui-même ne savait pas en quelle année ils se trouvaient, alors inutile de fanfaronner. Ils restèrent là de longues minutes, à guetter le moindre bruit, jusqu'à entendre, enfin, des pas derrière la porte. Harry attrapa Drago par l'épaule et ils se placèrent tous les deux dans un coin de la pièce, pour mieux assister à ce qui allait suivre.

Ce fut un homme d'une quarantaine d'années qui entra dans la pièce. Il avait les cheveux légèrement grisonnant, une barbe de quelques jours et des cernes sous les yeux. Il portait une longue robe de sorcier d'un tissu noble, et tenait dans sa main une baguette qui ressemblait à celle de Dumbledore, la Baguette de Sureau.

L'homme s'installa à son bureau, mais au lieu d'y travailler comme les deux garçons s'y étaient attendus, il croisa les bras en regardant par la fenêtre. Il semblait attendre quelque chose.

—C'est lui Merlin ? demanda Drago, curieux.

Harry haussa les épaules. Ce ne pouvait être que lui, puisqu'il s'agissait de l'un de ses souvenirs, mais il fallait reconnaître qu'ils ne s'étaient pas attendus à ça. Pour Drago, Merlin ressemblait beaucoup à Dumbledore : longue barbe argentée, sourire bienveillant, cheveux blancs et lunettes demi-lunes. Naïvement, il n'avait jamais pensé que Merlin fut autre chose qu'un vieillard, dans sa vie de sorcier.

Il était sur le point de faire une remarque, quand soudain, le vent se leva. C'était étrange, ils étaient à l'intérieur, pourtant, les feuilles se mirent à trembler sur le bureau de Merlin, et une brise fraîche les fit tous frissonner. Et puis, soudain, une jeune femme sortit du néant. Cela ne ressemblait pas à du transplannage, songea Drago, mais plutôt à une apparition divine, comme si le vent l'avait amenée jusqu'ici.

Merlin ne sursauta même pas. Il se leva et s'approcha de la jeune femme. Drago et Harry prirent tous deux le temps de la détailler. Elle était un peu plus jeune que Merlin, mais elle semblait avoir vécu mille vies. La maturité dans ses yeux saphir bordés de longs cils, son port de tête altier, sa bouche pleine et rouge lui donnaient l'allure d'une reine. C'était peut-être ce qu'elle était, pensa Drago. Sa longue robe blanche et vaporeuse donnait l'impression d'un nuage qui l'enveloppait, quant à ses cheveux d'or, ils lui faisaient un halo angélique. Elle était magnifique. Peut-être un peu trop pour être vraie.

—Dame Viviane, murmura Merlin en s'emparant de sa main sur laquelle il déposa un baisemain. Je guettai votre venue par-delà Brocéliande.

Il montra la forêt du doigt avant d'inviter la jeune femme à s'asseoir en face de lui.

—Ils sont à ma recherche, Merlin, soupira Viviane.

Sa voix était aussi douce et apaisante que le clapotis de l'eau dans une rivière. Drago s'était presqu'attendu à l'entendre chanter. Et puis, il comprit. Cette impression de commander aux éléments, sa voix aussi douce que de l'eau qui coule, sa robe qui faisait un nuage autour d'elle. Viviane était aussi connue, dans le monde sorcier, sous le nom de Dame du Lac.

—Le Roi Arthur ne veut pas m'écouter, répondit Merlin. J'ai tenté de le convaincre que ce n'était pas la solution, mais sa quête du Graal l'aveugle.

—Je ne pourrai pas me cacher longtemps.

—Donnez-lui ce qu'il veut, Dame Viviane, et vous n'aurez plus à craindre sa lame.

—Je ne crains la lame de personne, répliqua l'intéressée avec un ton de défi. Et je ne m'abaisse pas aux demandes humaines. Je dois rester neutre, quoi qu'il m'en coûte. Le travail de l'âme ne doit souffrir aucune subjectivité.

Merlin soupira à son tour. Il passa une main dans ses cheveux, et soudain, il donna l'impression d'avoir plus de cent ans. Peut-être était-il centenaire après tout, mais que la magie l'avait bien conservé.

—Je ne diviserai pas son âme, Merlin. Une âme magique aurait grand mal à s'en remettre, alors je n'imagine même pas une âme non-magique, comme la sienne. Aussi grand soit Arthur, il n'en reste pas moins dépourvu de pouvoir. Je lui ai déjà fait don d'Excalibur, je ne peux pas mieux faire.

—Je sais. Mais il ne pensait pas que sa quête du Graal soit si longue. En divisant son âme, en plusieurs morceaux, il pense acquérir l'immortalité.

—Il se trompe. Cela ne fera que le tuer à petit feu, je le sais mieux que quiconque, Merlin. Après tout, je suis le marchand d'âme…

—Bien sûr, bien sûr, Dame Viviane, je n'oserai vous contredire.

—Je suis la neutralité, les marchands d'âme ne vivent que pour cela. Ma mère et ma grand-mère avant moi n'ont jamais dérogé à la règle, et moi non plus. Et il en sera de même pour ma fille, et sa fille après elle. C'est la loi de la nature.

Drago jeta un coup d'œil à Harry. Il était sur le point de dire quelque chose quand soudain, un crochet invisible vint accrocher son nombril, et en quelques secondes, ils se retrouvèrent de nouveau dans la cuisine de la maison des Blacks. Il fallut un moment à Drago pour retrouver ses esprits et mettre de l'ordre dans ses pensées.

—Alors ? demanda Ron, impatient.

Harry leur raconta tout ce qu'ils avaient vus.

—Le marchand d'âme est une personne, alors ? On pensait que c'était une entité magique, une boule d'énergie ou bien un objet, mais c'est une personne, éluda Lupin d'un air songeur.

—Et surtout, il s'agit d'une femme. Apparemment, le don se passe de mère en fille, ajouta Drago.

—Ça ne nous aide pas vraiment, si ? demanda Ron. Je veux dire, c'est comme chercher une aiguille dans une motte de foin.

Personne ne le dit, mais tout le monde pensait la même chose que Ron. Parfois, il valait mieux ne pas savoir. Maintenant qu'ils savaient, ils avaient de quoi être découragés.

—On trouvera, dit Harry en tentant de se convaincre lui-même. On a toujours réussi non ?

—En fait non, fit remarquer Georges. On n'a pas réussi à tuer Nagini et encore moi Voldemort…

—Pas encore, souligna Harry. Merci, Minerva, c'est quand même une aide précieuse.

—C'est normal, Potter. J'espère que nous parviendrons.

Quand il alla se coucher, ce soir-là, Drago ne savait pas vraiment quoi penser de ce qui s'était passé, et de ce qu'il avait vu dans le souvenir de Merlin. Il n'avait rien dit, mais la Dame du Lac semblait claire sur un point : elle prônait la neutralité. Elle ne voulait pas interférer, mais dans ce cas, à quel moment pouvait-elle agir ? Il se demanda si tuer Voldemort était un motif assez neutre pour elle.

De toute façon, cela ne servait à rien de s'en inquiéter pour l'instant, car ils n'étaient pas près de trouver le Marchand d'Âme. Il était déçu. Il avait mis beaucoup d'espoir dans ce souvenir.

Le lendemain matin, Drago passa de nombreuses heures dans la bibliothèque. Hermione était là aussi, elle lisait d'un air serein tous les livres qui lui passaient sous la main. Elle semblait cependant se concentrer sur les livres qui traitaient de près ou de loin de la magie de l'âme.

—Ah, vous êtes là !

Drago leva le nez de son livre pour jeter un bref coup d'œil à Potter.

—Ca va être l'heure, Hermione.

Puis se tournant vers Drago.

—Je ne peux pas accompagner Hermione chez le psychomage, est-ce que tu penses que tu pourrais le faire ?

—Je croyais qu'Apollyon vivait ici, grogna Drago.

—Oui, mais Hermione voit toutes les semaines un psychomage à Sainte Mangouste.

Tiens donc, Apollyon n'était pas assez bon psychologue pour qu'Hermione n'ait besoin que de lui ? Drago eut un petit sourire mauvais, avant d'acquiescer en direction d'Harry.

—Ce n'est pas dangereux ? Enfin, on ne sait pas qui traîne à Sainte Mangouste.

—C'est pour ça que vous prendrez la poudre de cheminette jusqu'à son bureau. Le Dr. Pomfresh est l'un de nos meilleurs médecins.

—Pomfresh ?

—Ouais, le mari de l'infirmière, répondit Harry sans que Drago n'ait eu à poser la question.

—On est parti alors.

Drago n'avait plus pris de poudre de cheminette depuis des années. En fait, il ne se souvint pas en avoir pris depuis qu'il savait transplanner. Quand il entra dans l'âtre de cheminée, Harry lui ordonna de bien tenir Hermione, dont les jambes étaient encore parfois un peu fragiles, et bientôt, tous deux furent engloutis par le néant et l'odeur de la cendre froide.

Contrairement à ce qu'il pensait, ils n'arrivèrent pas dans une petite salle d'attendre, mais dans le bureau du psychomage lui-même. Drago jeta un coup d'œil à son reflet dans la fenêtre pour s'assurer qu'il n'était pas recouvert de suie, avant de tendre la main au médecin.

—Enchanté, je suis Drago Malefoy.

—On m'a beaucoup parlé de vous, Mr. Malefoy, sourit le vieil homme.

—Prenez place, je vous prie.

Drago fit asseoir Hermione avant de lancer un regard interrogateur au médecin.

—Moi aussi ?

—Vous aussi, répondit-il calmement.

Drago ne s'était pas attendu à cela. Potter ne lui avait jamais parlé d'une séance de psychologie à deux. Il était venu amener Hermione, mais c'était tout, il avait pour objectif d'attendre dans la salle d'attente et de la ramener dès que la séance serait terminée.

—On m'a dit que vous étiez celui qui avait sauvé Hermione ?

—Ouais, marmonna Drago qui s'était finalement assis à côté d'Hermione.

Il jeta un coup d'œil à cette dernière, qui le regardait de ses grands yeux mordorés. Elle le scrutait et le détaillait en silence, un petit sourire au bout des lèvres. Drago ne parvint pas à se soustraire à ce regard presqu'hypnotisant. Leurs yeux rivés l'un sur l'autre, ils donnaient l'air de communiquer. Pourtant Drago ne pouvait qu'imaginer ce qu'Hermione lui disait, car bien sûr, aucun son ne sortait de ses lèvres rouges.

Cet échange dura quelques secondes, peut-être même quelques minutes, puis fut interrompu par le bruit de la plume du médecin sur son parchemin. Qu'est-ce qu'il pouvait bien écrire ? Ils n'avaient encore rien dit. D'ailleurs, en y réfléchissant, Drago se demanda ce qui pouvait se passer dans ce genre de séance. Hermione ne parlait pas, alors que pouvait bien faire le psychomage pour l'aider ?

—C'est une connexion très forte qu'il y a entre vous, expliqua Pomfresh de sa voix légèrement rauque. Vous avez tous les deux perdu quelque chose, ce jour-là, n'est- ce pas ?

—Pas quelque chose, lâcha sèchement Drago. Quelqu'un.

—Oui, bien sûr, Mr. Potter m'a informé que votre femme est décédée ce jour-là.

Drago avait beau savoir qu'il disait la vérité, l'entendre de la bouche d'un parfait inconnu avec tant de désinvolture lui serra le cœur.

—Vous avez perdu votre moitié, et Hermione s'est perdue elle-même. Elle a perdu sa voix, l'usage de son corps. Elle travaille pour se reconquérir, comme vous travaillez pour dépasser votre souffrance. Et c'est là qu'est naît cette connexion. Vous vous comprenez par un seul regard, comme deux âmes sœurs.

Drago se leva brusquement en abattant violemment son poing sur la table.

—J'ai perdu mon âme sœur, vous entendez ? Et Hermione a perdu sa voix, alors faites votre job et aidez ceux qui en ont besoin. Je vous attends dans le couloir.

Il tourna les talons et, sans vraiment s'en rendre compte, posa une main amicale sur l'épaule d'Hermione. Comme pour lui signifier qu'il n'en avait pas après elle, mais qu'il n'était pas là pour une psychanalyse à deux noises, et qu'il préférait l'attendre plus loin. A leurs yeux, ce n'était qu'un geste chaleureux partagé par deux personnes en souffrance, mais aux yeux du psychomage, c'était la preuve physique qu'il existait un lien entre les deux sorciers. Ce besoin de se toucher, de se regarder et de sentir la présence de l'autre était la preuve irréfutable qu'ils avaient besoin l'un de l'autre pour panser la plaie béante qui les assaillait.

La séance dura plus d'une heure, et quand Hermione en ressortit, elle n'avait pas l'air en très bon état. Par pudeur, Drago ne demanda pas ce qu'il s'était passé, et de toute façon, comment aurait-elle pu y répondre ? Il se contenta de passer une main dans son dos et de la ramener jusqu'au quartier général. En silence, comme toujours.

—Ca s'est bien passé ? demanda Harry quand ils rejoignirent les autres pour le déjeuner.

—Très bien, grinça Drago avec humeur. La prochaine fois, envoie quelqu'un d'autre, je n'aime pas tellement qu'on essaye de m'analyser contre mon gré.

Harry ne répondit rien. Drago aida Hermione à s'asseoir mais ne s'installa pas lui-même à la table. Après avoir salué tout le monde, il quitta la pièce et s'engouffra dans le couloir humide qui menait jusqu'au hall d'entrée. Il avait besoin de prendre l'air et de faire quelque chose qu'il n'avait jamais fait jusqu'à présent.

Le cimetière était désert. Il faut dire qu'il neigeait énormément, et les gens avaient déserté les lieux extérieurs pour rester calfeutrés chez eux, autour d'un thé fumant et d'une bouillotte brûlante. Drago préférait cela. Pudique, il n'aurait pas supporté de sentir le regard des autres sur sa nuque, pendant qu'il s'agenouillait près de la tombe gravée au nom de Livia Malefoy, épouse bien aimée, fille dévouée.

Il n'avait pas eu trop de mal à la trouver. La pierre de marbre noir s'érigeait au milieu de toute cette neige blanche comme une rose au milieu d'un champ de pâquerettes. En s'approchant, Drago fut surpris de la découvrir ornée de fleurs. Des centaines de fleurs multicolore, qui survivaient, sans doute magiquement, au froid glacial de l'hiver. Des roses rouges, des roses blanches, des jonquilles, des tulipes, des violettes, des marguerites, il y en avait pour tous les goûts. De toutes les pierres, c'était celle de Livia qui était la plus ornée.

Drago réalisa qu'il n'avait même pas pris sa baguette, et encore moins de bouquet de fleurs.

—Salut, murmura-t-il, en enfonçant les mains dans ses poches.

Il avait froid, il n'avait pas pris la peine de se couvrir davantage. Mais cela importait peu. Le froid anesthésiait son cœur sanglant, ralentissait son palpitant souffrant. Il n'avait pas vraiment prévu de discours. Il n'avait pas même prévenu de venir. Quand il avait assisté à l'enterrement, Drago s'était même promis de ne jamais revenir. Mais il avait failli à sa promesse.

—J'avais dit que je ne viendrai pas, tu te souviens ? Je suis venu quand même. Et j'ai même pas de fleurs à t'offrir.

Il se sentait ridicule. Il parlait à une pierre. Mais il en avait besoin, terriblement besoin.

—Je suis parti, et je suis revenu. Je ne sais même pas pourquoi. Tu es morte. Définitivement… morte.

Sa voix se brisa et avec, tout le masque qu'il s'était forgé. Sans crier gare, Drago tomba à genoux devant ce qui lui restait de son épouse. La neige crissa sous son poids, et bientôt son pantalon devint humide. Mais il s'en fichait, parce que le froid et la douleur, c'était tout ce qui le faisait se sentir vivant.

—Tu me manques, Liv'… Tellement.

Des larmes sillonnaient à présent ses joues. Elles naissaient dans l'abysse de ses yeux gris et mourraient dans sa barbe broussailleuse.

—J'avais dit que je ne pleurerai plus. J'ai déjà trop pleuré Livia. J'ai pleuré quand tu as été enlevée, et j'ai pleuré quand tu es morte. J'ai pleuré quand on t'a enterré. Je suis fatigué de pleurer. Mais pire encore, je suis fatigué de survivre.

La rage s'était mêlé à la douleur. Il abattit un poing désespéré sur le neige, et entendit soudainement un bruit de verre brisé. Surpris, il leva sa main qu'il découvrit ensanglantée, et poussa de son autre main la neige qui avait recouvert une photo. C'était une photo de Livia, dans sa robe de mariée. Rayonnante, sa couronne de fleurs légèrement de travers sur sa chevelure d'or.

Drago s'empara du cadre cassé de ses mains tremblantes et regarda un long moment son épouse lui sourire et lui faire des signes de la main.

—T'avais pas le droit de partir. Je… Je…

Un sanglot eut raison de sa phrase et Drago se contenta de fermer les yeux. Tant de souvenirs heureux lui revenaient en mémoire, il aurait pu rester là des heures, peut-être même toute une vie, à vivre dans les souvenirs.

—Je t'aime, tellement, Liv'.

Drago n'était pas de ces hommes à s'épancher sur ses sentiments. Le nombre de fois où il avait dit à Livia qu'il l'aimait pouvait se compter sur les doigts d'une seule main, mais il espérait que son épouse l'avait toujours su sincère. Il regrettait de ne pas lui avoir dit plus souvent, peut être que cela aurait changé les choses ? Peut-être qu'il se sentirait moins coupable ?

Il resta des heures entières, assis dans la neige, à pleurer celle pour qui il aurait tout donné. Ses pleurs intarissables commençaient à lui brûler les joues, tant leur chaleur contrastait avec le froid de l'hiver. Puis la nuit commença à tomber, et Drago décida qu'il était temps de rentrer.

Il regarda une dernière fois la tombe de Livia, et tourna les talons sans se retourner. Quand il arriva à l'entrée du cimetière, un vieil homme était en train de déblayer la neige sur les tombes les plus ensevelie. Le fossoyeur leva la tête quand Drago passa et lui dit de sa voix basse :

—C'est la plus belle des tombes, m'sieur. Toujours fleurie, depuis plus d'un an.

Drago lui jeta un bref coup d'œil avant de détourner les yeux pour regarder, au loin, le marbre noir qui contrastait avec la poudreuse.

—Qui vient la fleurir ? demanda-t-il finalement.

—Une petite dame. Pas très causante, mais elle vient toujours avec des centaines de fleurs, chaque semaine, qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il neige.

—Vous connaissez son nom ?

—Non, m'sieur.

Drago n'ajouta rien. Cette personne pouvait être presque tout le monde. La mère de Livia, sa sœur, ou peut-être même des amies. Au fond de lui, qui que cela pouvait-être, il lui était reconnaissant. Drago n'avait pas rempli son rôle d'époux protecteur, et à présent, il ne venait pas fleurir la tombe de sa femme, mais quelqu'un le faisait pour lui. Il était fier de savoir que la dernière demeure de Livia était la plus belle de toute.

En quittant ce cimetière, Drago réalisa à quel point la souffrance ne s'était pas atténuée. Le temps n'y ferait jamais rien, il avait fini par s'en convaincre. Cependant, s'il était sûr d'une chose, c'était de son amour pour elle. Le psychomage s'était lourdement trompé, son âme sœur ne s'appelait pas Hermione. Son âme-sœur gisait six pieds sous terre, enseveli par la neige et les centaines de fleurs aux nuances arlequines.


Et voilà, c'est terminé pour le cinquième chapitre. J'espère qu'il vous a plu. On en apprend plus sur le marchand d'âme, et on avance un peu dans la relation d'Hermione et de Drago. D'ailleurs, sans dévoiler l'intrigue, sachez que le choix des mots est très important. Voilà je n'en dis pas plus.

J'espère que vous serez nombreuses à lire et à commenter ce chapitre que j'ai beaucoup aimé écrire. N'hésitez pas à me poser vos questions ou vos remarques s'il y en a, je suis preneuse. Je posterai le prochain chapitre mercredi ou jeudi prochain.

En attendant, portez-vous bien !