Voici la seconde partie de Beech Hall ! Désolée pour le retard...
Disclaimer: le monde d'Harry POtter appartient à JKR et la fic a été écrite par Aucta Sinistra. Je n'en suis que l'insignifiante traductrice.
Notes: Merci à ma beta-reader Zazaone pour la qualité de ses corrections ! Elle est tellement douée qu'elle est irremplaçable... Vous êtes prévenus, si elle tombe malade, j'arrête de poster , na !
Chapitre 2
Trois heures plus tard, Harry frappa à la porte des appartements de Snape.
- Entrez, Potter.
Snape se tenait derrière son bureau. D'un sort, il rétrécissait ses livres et les plaçait dans un coffre. Harry le regarda un moment.
- Je suis désolé si cette idée vous déplaît, dit-il. Dumbledore m'a demandé une faveur et je suis content de pouvoir être utile. Mais si vous trouvez que c'est trop dur…
- Etre contraint de me cacher de Lucius Malefoy et de ses laquais serait très dur dans n'importe quel lieu, monsieur Potter, dit Snape, jetant une pile de livres dans le coffre avec humeur. Bien que je confesse ma surprise à vous voir si désireux de supporter ma présence, je peux vous assurer que votre demeure ne sera pas plus désagréable que n'importe quelle autre.
- Merci, monsieur. Enfin, si j'ose dire…
Harry comprenait que la colère de Snape, qu'il exprimait dans un ton sec et des mouvements brusques, était dirigée contre la notion même de cachette. Non contre la nature de cette cachette.
- Le directeur m'a dit que vous aviez des difficultés avec votre maison, continua Snape avec prudence, comme s'il avait conscience de s'aventurer en terrain glissant. Je pourrais vous aider, pour vous dédommager de ma présence.
Choisissant ses mots, Harry répliqua :
- Vous êtes mon invité, professeur. Les invités n'ont pas à dédommager de leur présence.
Il réalisa qu'il avait parlé froidement. Cette idée l'offensait beaucoup. L'expression de Snape, avant qu'il ne se détourne, lui sembla approbatrice.
- Mais si vous voulez m'aider pour ne pas périr d'ennui pendant vos vacances, poursuivit Harry, j'apprécierais beaucoup.
- Je ne suis nullement expert dans l'art d'exorciser les maisons. Cependant… (Snape baissa le couvercle du coffre et s'assit gauchement sur le bord du bureau, sans sa grâce coutumière) Quelles sont les manifestations gênantes ?
Harry dévida sa liste et vit le sourire de Snape s'agrandir au fur et à mesure.
- … Et des gnomes dans le jardin, conclut Harry, souriant aussi malgré lui. C'est facile pour vous de rire !
- Espériez-vous une paisible retraite à la campagne de Potter ? demanda Snape. Les plaisirs du farniente après la fin de Voldemort ?
- Vous allez être un nuisible vous aussi, n'est-ce pas ? marmonna Harry. Exactement ce qu'il me fallait : des souris-couineuses dans mes murs et Snape sous mon toit.
Snape eut un sourire en coin et prit un parchemin. Il trempa sa plume dans l'encre et se mit à écrire avec célérité. Harry s'approcha pour regarder par-dessus son épaule la liste des potions. Snape garda le silence.
Cette proximité pacifique rappela à Harry les mois où ils travaillaient ensemble, après l'obtention de ses Aspics. Il s'était entraîné dur pour affronter Voldemort. A sa propre surprise, il s'était épanoui – si toutefois on pouvait employer ce mot dans un contexte aussi violent – sous le tutorat intensif de Dumbledore et de Snape. Bien que Dumbledore ne soit jamais cruel ni sarcastique, il était aussi avare d'éloges que Snape. Il suffisait d'un simple « Bien joué » de la part des deux hommes pour que Harry ait chaud au cœur.
A présent, penché vers Snape, il se rappelait la seconde chose qu'il avait apprise durant cette période ; cela le fit sourire. Elle ne l'avait pas rendu particulièrement heureux mais elle lui avait donné chaud également…
Cela avait été pour lui une sacrée surprise, de voir que son corps réagissait à proximité de Snape, comme il le faisait maintenant. Il était indéniable que l'homme avait du charisme. Ce fut seulement après la fin de ses études que Harry prit conscience qu'il ressentait bien plus qu'une gêne intimidée en sa présence. Il comprit pleinement, lors d'un entraînement au duel. Il se tenait près de Snape (comme en ce moment) pour le questionner sur le but de plusieurs sorts virtuellement impardonnables ; Snape lui avait donné des explications, avec son air impatient habituel, et Harry avait senti son odeur, mélange de fumées, d'épices et de pouvoir… La tête tournée, le corps contracté, tout ce qu'il voulait (comme en ce moment) était de s'approcher plus près encore et de se plonger dans ce feu sombre…
Snape cessa d'écrire, la main crispée, et Harry recula quelque peu, tentant de reprendre pied dans la réalité.
- Voudriez-vous ne pas faire cela, je vous prie ? dit Snape doucement.
Harry s'écarta un peu tout en gardant les yeux sur son profil sévère. Ne pas faire quoi ? Vous allonger sur le bureau et…
- Pardon ? articula-t-il, savourant la pensée, bien que fugace et grotesque, que sa présence puisse affecter Snape également.
- Cessez de respirer dans mon oreille. C'est très… perturbant.
- Excusez-moi.
Snape repoussa ses cheveux en arrière, tic que Harry avait toujours trouvé charmant, ou du moins étrangement peu adapté à sa personnalité, et recommença à écrire.
- J'ai cru comprendre que je ne serai pas votre seul hôte, remarqua-t-il.
- En effet. Il y a Hermione, Ron et deux aurors. Enfin, une auror, Shelagh O'Bannon, et Ken Torrey.
- Je me souviens de lui. Un bon élève.
Les yeux de Harry s'écarquillèrent. De la part de Snape, c'était un grand compliment.
- Ce qui lui est arrivé est fort malheureux.
Harry approuva d'un son de gorge.
- Il ne peut plus être auror et le ministère lui verse une pension, précisa-t-il. Il passe son temps à faire des recherches. Il espère trouver un sortilège ou une potion qui lui rende la vue.
- Je sais que les « experts » de Sainte-Mangouste considèrent son cas comme désespéré, en raison du maléfice qu'il a reçu.
La manière dont Snape prononça le mot experts fit rougir Harry, même s'il n'était expert en rien et nullement concerné par la critique implicite.
- C'est vrai. Mais bon… il n'a rien de plus urgent à faire. Il m'aide avec la maison, aussi. Je l'aime bien.
Il réalisa que son ton était presque agressif. La bouche de Snape se releva légèrement en un demi-sourire mais il continua d'écrire. Quand il eut terminé, les deux hommes réunirent les fioles et les bocaux que Snape prenait dans son abondante réserve personnelle.
- Je peux vous aider dans certains domaines, reprit Snape, tout en prélevant des ingrédients sur les étagères et en les tendant à Harry. Les nuisibles, par exemple ; peut-être les bruits. Quant au reste… Je ne suis pas spécialiste en maisons irascibles.
Harry, déposant délicatement les potions dans une mallette, l'assura :
- Je serais reconnaissant pour toute l'aide que vous pourrez m'apporter, professeur.
- Puis-je vous poser une question ?
Harry se tourna vers lui, surpris.
- Pourquoi avez-vous acheté cette maison ?
- Parce que je voulais un endroit à moi. Une maison de sorciers. Un endroit qui m'appartienne et où je me sentirai chez moi.
- Je croyais que Black vous avait légué…
Snape s'interrompit avec un tact inattendu.
- Il l'a fait. Mais je ne pouvais pas vivre là-bas. L'Ordre l'utilise toujours et en outre… Ce n'est pas un lieu accueillant. C'est trop amer.
Snape n'ajouta rien mais Harry lut, ou cru lire, de la compréhension dans ses yeux.
- Au moins la Bitch n'a rien de personnel contre moi, continua Harry. Elle détesterait quiconque l'aurait achetée.
- Faites attention, Potter. Votre quête du côté sombre se voit toujours.
- Le plus drôle, c'est que je l'aime quand même. Même si la Bitch veut me tuer.
- La maison essaie de vous tuer ?
- Non. Désolé, je plaisantais. Ce sont plutôt des mauvais tours et des ennuis en cascade. Mais je veux à tout prix que cette baraque…
- Vous aime ? ironisa Snape.
Harry sourit, conscient de l'analogie. Il se demanda si Snape la voyait aussi.
- Qu'elle m'accepte, en tout cas.
- Vous et vos missions impossibles.
Harry se retint de rire.
- J'ai quand même réussi la dernière.
Snape eut un très léger sourire.
- Aidez-moi à finir ça. Nous avons encore beaucoup de potions à emballer.
Snape avait disparu dans le fond de son bureau pendant que Harry finissait de ranger. Quand le jeune homme eut refermé le coffre, il vit Snape revenir vers lui.
Dans des vêtements moldus.
Harry ne pouvait le quitter des yeux.
Snape eut un rictus et observa sa tenue.
- Quelque chose ne va pas ?
Harry secoua négativement la tête.
- Vous… Vous portez un jean.
Un jean noir, une chemise noire et une veste de cuir noir.
Le rictus sur le visage de Snape s'élargit.
- Vous m'avez averti que nous ne pouvions pas transplaner directement à Beech Hall. Il existe un risque que les villageois nous voient. Il me semble donc raisonnable d'éviter d'attirer l'attention. Pensiez-vous hors de mes compétences de maîtriser un art aussi complexe que l'habillement moldu ?
Harry ferma enfin la bouche.
- Non ! C'est juste que…
- Vous n'avez pas réfléchi.
Ce n'était même pas une question et Harry manquait d'audace pour nier l'évidence.
- Vous devriez prévenir qu'il s'agit de votre réponse standard en toutes circonstances, Potter. Cela vous éviterait l'humiliation de devoir la réaffirmer à chaque occasion.
- Depuis quand voulez-vous m'éviter une humiliation ? marmonna Harry.
Il donna un coup sur le coffre pour s'assurer qu'il était bien fermé. C'était évidemment inutile mais parfois, se disait Harry, cela faisait du bien de donner un coup à n'importe quoi.
Snape ricana silencieusement, lévita le coffre et boitilla hors du bureau. Harry le suivit, tâchant de se remettre d'avoir vu Snape en tenue moldue. La transformation était spectaculaire, pour parler par euphémisme. Dans sa robe de sorcier drapée autour de lui, Snape était l'incarnation de l'autorité. Dans des vêtements simples et ajustés, il redevenait seulement un homme. Harry voyait la courbe de ses épaules, son dos, la forme de ses cuisses, le jeu de ses muscles alors qu'il tentait de dissimuler qu'il boitait.
Harry déglutit, secoua la tête et suivit respectueusement son ancien professeur et futur hôte.
Tout en marchant sur le chemin bordé d'arbres qui menait à la maison, Harry ne pouvait s'empêcher de sourire. Il en était venu à aimer sincèrement Beech Hall : les arbres, les pelouses, les collines, la rivière et son vieux moulin, même la Bitch elle-même. Il était heureux de rentrer, impatient et un peu nerveux de montrer sa maison à Snape.
Il monta les marches du perron. La maison et les terres qui l'entouraient étaient bardées de défenses, toutes reliées à Harry. Aucun sorcier ou sorcière ne pouvait, à moins d'être invité, s'approcher à moins d'un kilomètre sans déclencher les alarmes.
Harry appuya les paumes contre la porte, conscient de la présence silencieuse et expectative de Snape derrière lui. S'il te plaît, ouvre-toi. Je t'en supplie, ne me fiche pas la honte devant lui dès le début. La majestueuse porte de bois sculpté tourna sur ses gonds, révélant un hall lumineux. Confondu, Harry se retourna et fit entrer son invité.
Snape déposa précautionneusement les malles flottant derrière lui sur le dallage. Il regarda autour de lui.
- Ravissant, observa-t-il.
Harry se rengorgea avant de se rappeler qu'il n'était pour rien dans la beauté des lieux.
- Vous logerez dans l'aile ouest. C'est la partie la plus ancienne, avec vue sur la rivière et le moulin. Les autres et moi sommes dans l'aile est, donc vous serez tranquille. Vous pourrez utiliser le moulin pour… Pour ce qu'il vous plaira. Vos expériences. Enfin, si vous voulez. ( Snape le regarda avec une certaine surprise.) Pour que vous ne sombriez pas dans l'ennui, poursuivit Harry. Ou pour préparer les potions contre les nuisibles.
Il sourit et vit son amusement se refléter sur les lèvres de Snape.
- Le moulin est grand et propre, poursuivit Harry. Il fonctionne toujours mais il y a une pièce fermée, avec l'eau courante, une longue table et plein d'étagères. Je n'ai pas encore décidé de son utilisation alors le moulin est à vous, si vous voulez.
Surpris, Snape concéda :
- C'est très aimable de votre part, monsieur Potter.
L'horloge sonna. La dernière fois que Harry l'avait entendue, elle avait livré passage à une demi-douzaine de chauves-souris fantômes. Cette fois, elle se comporta correctement.
- Je vous conduis jusqu'à votre chambre, reprit Harry. Dobby et Sobby serviront le dîner bientôt.
Il lévita les bagages et monta lentement l'escalier. Il avait mal au cœur de voir Snape souffrir à chaque marche, bien que l'homme tentait de le cacher. Harry se maudit d'avoir acheté une demure pourvue d'escaliers, puis se moqua de lui-même intérieurement. Qu'est-ce que tu veux ? Le porter toi-même dans l'escalier, pauvre idiot ?
- Sobby ? interrogea Snape.
- Vous devez la connaître sous le nom de Winky. C'était l'elfe de Barty Croupton. Quand Dobby est venu travailler ici, elle était si bouleversée – plus que d'habitude – et elle voulait tellement… euh, appartenir à quelqu'un, disons. J'ai pensé la consoler en lui donnant un peu de travail dans un manoir sorcier. Elle retrouve ses habitudes. Et si je suis son…
- Son maître ? compléta Snape, amusé.
- Eh bien, au moins elle ne sera pas maltraitée.
Ils étaient parvenus au premier étage et Snape regardait autour de lui.
- Apparemment, vous avez pris l'habitude de recueillir les égarés, monsieur Potter.
- On dirait, confirma Harry dans un sourire. Par ici, monsieur.
Ils traversèrent plusieurs corridors jusqu'à la suite des invités. Harry eut une pensée reconnaissante envers la conscience professionnelle de Dobby, qui mettait un point d'honneur à tenir toutes les pièces propres et prêtes à servir. Pour une raison mystérieuse, la Bitch le laissait faire sans lui mettre de bâtons dans les roues.
Harry ouvrit une porte et mena Snape jusqu'au petit salon.
- La chambre est par là, précisa-t-il en indiquant un petit corridor, et la salle de bains est en suivant. Je crois que tout… Attendez une minute.
Il se rendit précipitamment dans la chambre, vérifiant que tout était prêt puis passa la tête dans la salle de bains. La dernière invitée en date, Shelagh, avait eu la mauvaise surprise de trouver le fantôme d'un précédent propriétaire, mort noyé dans sa baignoire, accompagné d'une puanteur cadavérique très réaliste. Bien que Snape soit habitué aux fantômes, Harry était désireux que tout soit aussi plaisant que possible. Un rapide coup d'œil ne révéla rien d'anormal. Harry fit demi-tour.
Snape avait déposé ses malles sur le sol. Il se tenait à la fenêtre, observant le paysage. Harry laissa échapper un soupir de contentement.
- Faites comme chez vous, monsieur.
- Merci, fit Snape en lui jetant un bref regard.
Il retourna son attention vers la fenêtre. Harry prit son courage à deux mains.
- Puis-je vous demander votre avis sur quelque chose ?
- Faites, dit Snape, l'air amusé.
- Est-ce que l'Ordre… Je veux dire ses membres… Est-ce qu'ils sont fâchés contre moi parce que je les ai quittés ?
A ces mots, Snape se retourna pour lui faire face.
- J'ai interrogé quelques personnes, continua Harry. Mais je ne suis pas sûre qu'elles m'aient dit la vérité. La manière dont je suis parti, en leur laissant sur les bras les derniers Mangemorts en cavale… Je me demandais si certains m'en voulaient.
Il se força à ajouter :
- Si vous m'en vouliez.
- Je ne peux parler qu'en mon nom, dit Snape.
- Ca me va. J'ai envie de savoir ce que vous pensez. Suis-je un trouillard ou un lâcheur ? Est-ce que…
Il s'interrompit avant de dire : « Est-ce que c'est pour cela que vous me détestez toujours ? » La seule perspective de prononcer ces mots le rendait malade. De toute façon, il ne voulait pas aborder ce délicat sujet maintenant ; s'il l'abordait un jour.
- Après tout ce que vous avez fait, dit Snape en choisissant ses mots, il serait fort présomptueux pour quiconque de critiquer ce que vous n'avez pas fait.
- Ce n'est pas une réponse, se plaignit Harry. J'ai demandé si vous me considériez comme un trouillard ou un lâcheur.
- Non. Absolument pas.
Harry le jaugea du regard avant de réaliser l'ironie de la situation. Pour une fois, c'était à lui de défier Snape des yeux. L'homme soutint son regard calmement, attendant d'autres questions. Finalement, il leva un sourcil. Harry eut un rire sans joie.
- Pourriez-vous développer un peu, monsieur ? J'ai l'impression que vous ne me dites pas tout. Cela ne vous ressemble pas.
- Vous auriez dû vous soucier de mon avis avant de prendre votre décision, si cela vous importait tant.
- Je suis assez grand pour prendre mes décisions tout seul, répliqua Harry en croisant les bras sur sa poitrine. Mais ce que pensent certaines personnes est important pour moi. Et vous en faites partie.
- Oh, c'est trop d'émotion ! ironisa Snape en s'asseyant maladroitement sur le siège près de la fenêtre.
Harry se raidit et s'apprêta à sortir.
- Je suis désolé. Vous êtes fatigué et je vous dérange. Je vais…
- Je croyais que vous étiez pressé de connaître mon opinion sur vous.
- C'est le cas, dit Harry en s'arrêtant net ; il s'assura que sa voix était neutre, adulte.
- Comme j'ignorais vos raisons, j'hésitais à faire des suppositions…
- Depuis quand ? le coupa Harry. Vous m'avez haï dès l'instant où vous m'avez vu, à cause de mon père. Si ce n'est pas une supposition…
- Ne nous écartons pas du sujet, l'interrompit Snape avec sécheresse. Comme je le disais, je ne voulais pas émettre de suppositions sur vos motivations. Vous étiez le seul à pouvoir tuer Voldemort et vous l'avez fait. Par ce geste, vous avez accompli ce que beaucoup croyaient impossible. Vous n'êtes pas, cependant, la seule personne capable de traquer les Mangemorts en fuite. Si vous l'étiez, je suis persuadé que vous n'auriez pas choisi de vous réfugier à la campagne dans un manoir Serpentard au mauvais caractère. (Il eut un rictus moqueur) Les Gryffondors ont le sens du devoir poussé jusqu'au sacrifice.
Harry pesa les paroles qu'il venait d'entendre.
- J'ai l'impression que vous ne me blâmez pas.
- C'est bien ce que j'ai dit.
Harry sentit brusquement qu'il arborait un grand sourire et vit les yeux de Snape s'arrondir de surprise.
- Comment se fait-il, s'enquit Snape, que vous vous inquiétiez un tant soit peu de mon opinion ?
Toujours souriant, Harry se dirigea vers la porte.
- C'est étrange, n'est-ce pas ? Je vous laisse vous installer, monsieur. Dobby viendra vous chercher pour le dîner.
HPHPHPHP
Harry entra dans la salle à manger et vit que tous étaient là, excepté Snape. Il avait l'opportunité de les prévenir.
Ils étaient assis à une des extrémités de la longue table. Malgré la majesté du lieu, Harry avait rapidement banni toute formalité. Il s'approcha et les autres se tournèrent pour le regarder. Ken, pour sa part, se tourna dans sa direction, ses yeux vides à demi baissés. Hermione occupait le siège à droite du sien, puis venait Ron ; Shelagh occupait le siège à sa gauche, puis il y avait Ken. Ses deux plus proches amis et deux personnes devenues chères ces derniers mois. Ils constituaient presque une famille aux yeux de Harry.
Comme la Bitch constituait presque un foyer ?
Harry sourit.
- J'ai l'impression d'être Dumbledore.
Ron, Hermione et Ken se mirent à rire. Shelagh, qui ne connaissait le directeur que de nom, sourit poliment.
- Les amis, nous avons un nouvel invité.
Il entendit la porte s'ouvrir derrière lui et la voix de Dobby s'élever, toujours aussi aiguë : « Par ici, professeur. »
Sans savoir pourquoi il se donnait cette peine, Harry se retourna pour sourire à Snape alors qu'il boitait jusqu'à la table. Puis il regarda ses amis : Ron avait la bouche ouverte ; Hermione ouvrait de grands yeux ; Shelagh connaissait le nom de Snape et sa réputation mais son expression était juste intriguée. Pour Ken, Harry ajouta :
- Le professeur Snape restera ici quelques temps. La plupart d'entre vous le connaissent, n'est-ce pas ?
Snape se tenait à côté de Harry.
- Miss Granger. Monsieur Weasley. Enchanté de faire votre connaissance, miss O'Bannon, ajouta-t-il à l'intention de Shelagh.
- Enchantée de vous connaître, monsieur, répondit-elle en inclinant la tête.
Puis Snape posa les yeux sur Ken. Il parut brièvement songeur puis il se dirigea vers lui et prit la main de Ken pour la serrer fermement. Ron et Shelagh arrondirent les yeux de surprise.
- Professeur, sourit Ken, cela fait longtemps. Comment allez-vous ?
- J'ai connu des jours meilleurs, monsieur Torrey.
- Moi aussi, monsieur, répondit Ken avec le même sourire. Cela me fait plaisir de vous voir. Si vous voyez ce que je veux dire.
- Je sais ce que vous voulez dire, répondit Snape.
Sa voix était presque amicale. Harry songea qu'il pouvait être très chaleureux lorsqu'il ne cherchait pas à intimider ses interlocuteurs ou à les insulter.
- Vous pouvez vous asseoir, annonça-t-il à la cantonade, étrangement guindé, étrangement comme un certain directeur d'école, une nouvelle fois.
- Prenez ma place, professeur, dit Hermione en laissant le siège à la droite de Harry.
- Merci, miss Granger, dit Snape en levant un sourcil.
Il attendit que Hermione soit assise à la droite de Ron avant de prendre place à son tour. Harry lui trouva l'air épuisé.
D'ordinaire, la conversation était générale et animée, mais la présence de Snape y mettait clairement un frein. Harry s'amusa intérieurement de constater qu'ils faisaient tous des efforts pour bien se tenir, hormis Hermione, qui avait en toutes circonstances des manières irréprochables. Après un moment, grâce aux efforts méritoires de Ken et de Hermione, ils réussirent à échanger quelques paroles et même à arracher une ou deux phrases courtoises à Snape. Harry sentit qu'il se décrispait peu à peu au fil du repas, troublé seulement par l'explosion du bouquet qui trônait au milieu de la table. Alors que le dessert venait d'être servi, les fleurs et les feuilles se dispersèrent dans la pièce, accompagnées d'un sinistre rire fantômatique.
Passée la première surprise, tout le monde prit l'incident à la légère. Snape eut même un demi-sourire en ôtant les pétales de sa crème brûlée tandis que Harry, contrit, annonça :
- Bienvenu à Beech Hall, professeur
(à suivre)
