Toujours un grand merci à Aucta Sinistra pour avoir écrit cette fic que j'adore et pour son autorisation à la traduire; ainsi qu'à Zazaone pour sa relecture talentueuse !
Merci infiniment à ceux qui lisent et à ceux qui ont la gentillesse de laisser des reviews si encourageantes ! (c'est vrai que ce n'est pas de la tarte, de traduire...) Est-ce que les anonymes pourraient laisser un mail où je pourrais les remercier directement ? Pour les reviews signées, j'utilise le système Reply. Merci à tous !
Chapitre 4
Un après-midi, Hermione se rendit au moulin alors que les deux sorciers préparaient une nouvelle potion contre les nuisibles.
- Désolée de vous interrompre, dit-elle en brandissant un paquet marron. Cela vient de Poudlard par hibou et c'est pour vous, Severus.
Snape se leva de la table de travail, prit le paquet qu'il défit rapidement.
- Merci, Hermione. Je crois que c'est… Ah.
Apparut un livre relié de couleur sombre.
- C'est l'ouvrage sur les maléfices de douleur dont nous parlions l'autre soir.
Il le tendit à Hermione qui écarquilla les yeux.
- Fantastique ! Je vais le lire tout de suite ! Merci de vous vous en être souvenu, Severus.
Elle serra le livre contre sa poitrine avec un large sourire.
- Je vous laisse travailler.
Harry la regarda partir puis retourna à sa potion. Il resta immobile un moment, incapable de se rappeler ce qu'il devait faire.
- Quelque chose ne va pas, monsieur Potter ?
- Non, rien.
- Mauvaise réponse.
- Vous… Vous l'avez appelée Hermione.
- J'ai cru comprendre qu'elle s'appelle ainsi.
- Et vous la laissez vous appeler par votre prénom !
- Rien ne vous échappe.
Harry rougit sous le sarcasme. Il savait bien qu'il avait l'air ridicule, mais jamais il n'aurait imaginé entendre Hermione appeler Severus par son prénom, et réciproquement. L'image qu'il avait de Snape s'en trouvait complètement bousculée.
Ils travaillèrent en silence quelques instants. Puis, étonnamment, Snape aborda de nouveau le sujet.
- Cela vous dérange-t-il ?
- Non, répondit Harry après une seconde de réflexion.
- Alors ?
- Alors vous ne m'avez pas donné, à moi, l'autorisation utiliser votre prénom !
Il se sentit devenir cramoisi. Mais Dieu soit loué, Snape ne le tourna pas en dérision.
- Pour votre information, la requête de l'appeler par son prénom vient de votre amie, ce qui a conduit à la réciproque de ma part. Vous seriez familier de ce rituel de courtoisie si vous n'aviez pas été élevé par des chacals. D'autre part, vous n'avez pas exprimé le souhait que nos rapports deviennent moins formels.
- Pris en faute encore, marmonna Harry.
- Qu'avez-vous dit, monsieur Potter ? s'enquit Snape avec une telle intonation que Harry sut qu'il l'avait parfaitement entendu.
- J'aimerais que vous m'appeliez Harry.
Snape lui tendit deux poignées d'une substance légère et piquante.
- Soyez assez aimable pour écraser ceci en poudre, Harry.
Harry sourit en versant l'ingrédient dans un bol.
- Si je ne me trompe pas, continua Snape, votre problème de souris-couineuses sera réglé.
- Merci, professeur.
Harry n'allait pas commettre l'erreur de croire que son invitation était réciproque. Il attendrait.
HPHPHPHP
Trois jours plus tard, Ron fit irruption dans l'arrière-cour où Harry coupait du bois.
- Harry, je peux te parler une minute ?
Harry s'arrêta, baissa la hache et ôta son T-shirt. Il faisait déjà chaud ce matin-là et il était au travail depuis un moment. Ron lui adressa une grimace ironique alors qu'il s'essuyait le front.
- Pourquoi ne demandes-tu pas à Dobby…
- Quoi donc ?
- Non, rien, répondit Ron en souriant.
Harry laissa tomber le T-shirt sur le sol et cligna des yeux ; ses cils étaient humides de transpiration.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? insista-t-il.
- Je me demandais pourquoi tu t'occupes du bois toi-même. Mais je crois que je sais…
Il prit une pose d'athlète grec, bras pliés, poings serrés et muscles saillants. Harry rougit.
- Oh, ferme-là. Je le fais parce que j'ai besoin d'exercice, c'est tout.
- Bien sûr, Monsieur Univers, se moqua Ron, tournant son profil comme un champion de body-building en démonstration.
- Abruti. Tu es venu me voir pour que je te décapite à la hache ou tu voulais dire un truc intelligent, pour une fois ?
Ron parut perdre tout entrain, regarda autour de lui et se rapprocha de Harry.
- Je voulais te parler de Snape et… de Hermione, bafouilla-t-il.
- Quoi ? Qu'est-ce qu'ils ont ? demanda Harry en plissant les paupières.
- Tu crois qu'ils…
- Eh bien quoi ?
- Tu sais bien ! lança Ron, un regard anxieux sur ses arrières. Ils passent un temps fou dans la bibliothèque, à lire et à parler. Je les ai même entendus rire ! Je n'imaginais même pas que Snape savait rire.
- Ah…
Harry fit semblant de comprendre enfin ce que Ron suggérait. En vérité, il s'était déjà posé la question lui aussi.
- Tu crois qu'ils… euh, sont attirés l'un par l'autre, articula-t-il.
- Eh bien…, commença Ron, mal à l'aise. C'est peut-être un connard graisseux, mais niveau intelligence, il rivalise avec Hermione.
- Contrairement à toi et moi ! Ron, va poser la question à Hermione ! Vous sortez plus ou moins ensemble depuis trois ans, maintenant. Si tu l'aimes, dis-le lui. Tu verras bien si elle partage tes sentiments.
- Elle sait très bien que je l'aime, bougonna Ron.
- Tu le lui as dit ?
- Pas la peine, elle devrait…
- Ron. Va le lui dire. Au cas où, justement, elle serait attirée par Severus.
- Severus ! Maintenant, toi aussi, tu vas t'y mettre ? Ne me dis pas que toi aussi…
- Ne sois pas stupide ! lança Harry, embarrassé. Hermione doit savoir ce que tu ressens pour elle, là est la question !
Il tâcha de se rappeler les paroles de Hermione à propos de Cho. Elles remontaient à une éternité. Depuis qu'il avait réalisé qu'il préférait les hommes, Harry ne s'était plus préoccupé de la complexité de l'âme féminine. Et dès qu'il avait compris quel homme précisément il préférait, il avait jeté aux orties toutes les théories sur l'amour.
- Hermione sera probablement flattée par ta jalousie.
- Tu es malade ? Tu veux que je lui dise que je suis jaloux de Snape ?
- Comme tu voudras, répliqua Harry en haussant les épaules. Mais ne viens pas pleurer si elle épouse Snape parce que tu n'as pas eu le cran de te déclarer.
Ron blêmit.
- Epouser Snape ?!
- Je plaisante, Ron. Ne sois pas si borné. Va la voir.
Ron battit en retraite, marmottant dans sa barbe pendant que Harry reprenait sa hache. Celui-ci se demanda pourquoi il était si simple de donner aux autres des conseils qu'il était trop timoré pour suivre lui-même.
HPHPHPHP
Harry prit une douche après avoir coupé le bois et se rendit dans la bibliothèque. Il s'efforçait de lire « L'histoire de la magie », pour acquérir laborieusement les notions qu'il devrait déjà connaître s'il avait été élevé dans une famille de sorciers.
Au lieu de chacals.
Il en sourit.
Il posa le lourd volume sur ses genoux. Il entendit alors la porte s'ouvrir et remonta ses lunettes pour découvrir Snape, immobile sur le pas de la porte, la main sur le chambranle.
- Bonjour ! lui lança Harry.
- Bonjour.
La réponse était prudente, comme si Snape n'avait jamais échangé de salutations auparavant. Harry se demanda combien de secondes s'écouleraient avant que le premier sarcasme ne sorte.
- Je ne veux pas vous déranger, dit Snape, sans entrer ni se retirer.
- Vous n'avez pas besoin d'être dans la même pièce que moi pour ça, monsieur. Entrez donc.
La surprise et la suspicion se succédèrent sur le visage de Snape. Finalement celui-ci entra, ferma la porte et s'approcha pour voir ce que Harry lisait.
- J'essaie de rattraper vingt ans de travail en retard, expliqua Harry en s'étirant car il avait tendance à se voûter en lisant.
- Vous…, commença Snape avant de s'arrêter si brusquement que Harry pensa qu'il s'était sûrement mordu la langue.
- Quoi ?
- Vous vous débrouillez bien, eu égard à l'handicap de votre manque d'éducation.
Harry ouvrit de grands yeux et le fixa si longuement que Snape se raidit avec ennui.
- Vous jouez l'effarement, comme si vous n'aviez jamais entendu un mot aimable de ma part.
- Je ne joue pas, répliqua Harry et Snape se raidit davantage. Je plaisante, monsieur. Mais vous me complimentez si rarement !
- Ce n'était pas un compliment. Juste une observation.
- Bien sûr, monsieur ! sourit Harry.
Il regarda Snape boitiller jusqu'aux étagères et se demanda avec étonnement s'il venait bien d'avoir un semblant de conversation amicale avec lui. Il retourna à son « Histoire de la magie », lut et relut les trois mêmes mots : « Fondé en 1007 » pendant au moins dix minutes. Il lança un regard furtif à Snape, assis à présent près de la fenêtre, un livre à la main.
- Professeur ? Puis-je vous poser une question ?
- Puisque vous la poserez de toute manière quelque soit ma réponse, pourquoi ne pas laisser de côté la fausse courtoisie ?
- Pardonnez-moi si je vous ennuie, dit Harry après un silence.
Il se demanda pourquoi une marque d'amical intérêt devenait pour Snape de la curiosité impertinente. Snape ne posait presque jamais, ni à lui ni à personne, de questions personnelles. Peut-être avait-il été élevé ainsi. A moins que toutes ces années en tant qu'espion ne l'aient rendu méfiant…
Cette idée lui trottant dans la tête, Harry considéra Snape avec curiosité. Ce tempérament aigri pouvait être attribué, au moins partiellement, au rôle que Snape avait dû jouer si longtemps. Toutes les fois où il avait songé aux dangers que courait Snape, il n'avait jamais envisagé les conséquences pour son cœur et son âme. Si on acceptait le principe que l'homme était pourvu des deux.
- Ne restez pas planté là à me regarder, lança sèchement Snape. Si vous voulez poser une question, faites-le !
Harry secoua la tête.
- Je vous prie de m'excuser. Je ne veux pas être indiscret. C'est vrai que vous piquez ma curiosité mais je vais vous laisser tranquille.
Il eut un faible sourire et reprit son livre. A présent, c'était au tour deSnape de ne pas le quitter des yeux. Harry sentait le poids de son regard comme une marque brûlante sur sa joue.
- Monsieur Potter…
- Harry, répliqua-t-il sans lever les yeux.
- Harry...
Harry le regarda, souriant.
- C'est moi qui vous prie de m'excuser, continua l'homme sans le regarder. Je suis peu accoutumé aux conversations anodines.
- Est-ce que les questions vous mettent mal à l'aise parce que vous étiez un espion ? Ou c'est juste que vous n'aimez pas parler de vous ?
- Cela fait deux questions, remarqua Snape.
- Aucune des deux n'est celle que je voulais vous poser à l'origine ! répliqua Harry. Je ne m'excuserai plus de vous interroger. Vous êtes parfaitement capable de m'ignorer ou de me dire que ça ne me regarde pas. Je veux juste vous assurer que je me pose des questions par intérêt sincère, non par indiscrétion. Si ça ne vous paraît pas la même chose.
- La pensée que vous me portez un quelconque intérêt est étrangement perturbante, murmura Snape en tournant une page de son livre, sans l'avoir lu.
- Pourquoi donc ? Je vous connais depuis neuf ans et je ne sais rien de vous. Quand nous étions à Poudlard, c'était compréhensible. Pour un tas de raisons. Mais maintenant… Si vous ne voulez pas aborder certains sujets, vous pouvez me le dire. Je sais que vous êtes ici contre votre gré, alors je ne m'attends pas à ce que vous soyez très amical. Mais je ne peux pas m'empêcher d'être curieux.
- Quelle était votre première question ? demanda Snape d'un ton qui donna à Harry la distincte impression d'être un enfant bavard.
- Ah bon, vous n'avez pas l'intention de répondre aux deux autres ? taquina Harry. Je me demandais simplement à quoi ressemble votre maison ?
- C'était donc cela ? demanda Snape, déconcerté.
Harry acquiesça.
- Je viens juste d'avoir une maison à moi, pour la première fois. Alors ça m'a fait penser… Vous semblez avoir l'habitude des grands manoirs.
Snape sourit, narquois.
- Votre maison est petite à côté des grands manoirs, Harry.
- J'ai visité des dizaines de ces résidences démesurées. Vous savez, du marbre partout, de hauts plafonds, des arches, l'écho qui vous poursuit et la sensation de froid. Cela me semblait ridicule. Un régiment entier peut y tenir, alors qu'il n'y a que moi…, conclut Harry en frissonnant, se rappelant d'avoir ressenti un grand vide et une grande solitude.
- J'ai été élevé dans une maison telle que vous la décrivez.
Harry l'avait soupçonné. Ressortirait-il vivant de cette pièce s'il osait poser une autre question ? Pourquoi Snape était-il devenu professeur si sa famille était riche ? A la place, il demanda crânement :
- Vous aimiez cette maison ?
Les yeux de Snape devinrent étrangement fixes.
- Non.
La gorge un peu serrée, Harry changea de sujet.
- Vous ne posez jamais de questions sur moi. Suis-je si transparent ? Ou suis-je quelqu'un de très ennuyeux ?
Une cloche retentit dans la maison et la voix de Hermione, semblant venir de nulle part, s'éleva :
- Le déjeuner est servi, mademoiselle et messieurs. Tout le monde à table ! Avant que la maison décide de le changer en compost ou quelque chose de ce genre…
- Sauvez par le gong ! plaisanta Harry.
- Vous figurez-vous que je redoute de vous faire de la peine ? demanda Snape, la bouche tordue en un demi-sourire.
Pour une raison mystérieuse, Harry comprit que Snape le taquinait en retour et qu'il ne parlait pas méchamment. Quoique cela ne l'empêchait pas d'être absolument sincère.
- Je ne suis pas si naïf, grommela Harry.
- Il y a bien une question que je me pose, avoua tranquillement Snape. Rarement. Très rarement.
- Si vous voulez vous donner la peine de la poser…
- Pourquoi avez-vous quitté l'Ordre ? demanda Snape avec son rictus amusé.
Harry hocha la tête, nullement surpris. Beaucoup se le demandaient aussi. La réponse était simple, peut-être trop. Elle laissait toujours les gens sceptiques. Les yeux de Snape étaient braqués sur lui, indéchiffrables.
- Parce que j'en avais marre de jouer au con avec la mort pour être le héros du peuple, asséna froidement Harry.
L'expression de Snape s'adoucit un instant.
- C'est bien ce que je pensais.
Il posa son livre et se leva péniblement de son siège en grimaçant. Harry le suivit, le plaisir et l'étonnement papillonnant dans sa poitrine. Il était presque sûr d'avoir vu un sourire sincère dans l'expression fugace de l'homme.
Je crois vraiment que tu as besoin de sortir de cette maison, se reprocha-t-il intérieurement en sentant une chaleur l'envahir inconfortablement. Il n'avait jamais eu une vie sexuelle débridée. Avoir Snape sous son toit depuis deux semaines le rendait fou. Fais un tour, engage un escort boy, fais quelque chose ! Et arrête de le mater dans son jean ! Seigneur, pourquoi porte-t-il des fringues moldues tout le temps ? Snape était vêtu de la tête aux pieds, des manches longues au un col montant (le tout de couleur noire). Mais l'ensemble était forcément plus révélateur que sa robe de sorcier. Harry trouvait que sa tenue laissait juste la part nécessaire à l'imagination, celle-ci ne demandant qu'à se laisser aller…
Grands dieux. Tu as besoin de t'éloigner d'ici.
Mais il n'en avait aucune envie.
HPHPHPHP
Le matin suivant, la maison enferma Harry et Hermione dans la bibliothèque et les bombarda de livres, jusqu'à ce qu'ils réussissent à s'en protéger magiquement. Les livres tombèrent un à un comme des oiseaux abattus en plein vol. Les deux jeunes gens n'avaient plus qu'à les remettre à leur place, alors que la maison grognait de frustration autour d'eux.
- Harry ? commença Hermione en posant les grimoires sur les sortilèges, un peu abîmés, sur l'étagère.
- Hm ? fit-il en empilant « L'Encyclopédie de la Magie Noire », avant de lancer Wingardium leviosa.
- Pourquoi est-ce que Ron est si désagréable avec Severus ?
Les livres suspendus en l'air se mirent à tanguer. Harry se ressaisit et répondit :
- Il est jaloux.
- Quel nigaud, grogna Hermione en repoussant ses cheveux.
- Pour être franc… Tu passes beaucoup de temps avec Snape.
Comme Ken. Tout le monde sauf moi. Pourquoi me déteste-t-il tellement ? Harry ravala son amertume en attendant la réponse de Hermione.
- Parce qu'il en connaît un rayon en Magie Noire. J'apprends autant avec lui qu'avec mes instructeurs. Si Ron n'était pas aussi borné, il pourrait se joindre à nous. Ce n'est pas comme si nous fermions la porte à clé en disant aux autres de ne pas nous déranger ! En plus, il fait la lecture à Ken tous les soirs ! conclut-elle en rangeant les livres avec brusquerie.
Je sais, songea Harry, surpris de se sentir blessé. Il reposa les volumes de l'Encyclopédie et les aligna correctement.
- Severus est agréable, ajouta Hermione, quand il ne cherche pas à terroriser les élèves ou à les mettre en retenue.
- Severus est agréable ? répéta Harry en se forçant à sourire. Et tu t'étonnes que Ron croit que vous entretenez une liaison torride ?
- Ce n'est rien de ce genre ! protesta Hermione en rougissant. Agréable n'est même pas le mot juste. Tu vois ce que je veux dire. Il est même attirant, dans le genre ténébreux…
- Hermione ! l'interrompit Harry, inquiet.
- Mais même s'il m'intéressait, même si je n'étais pas, pour une raison qui m'échappe, amoureuse de ce crétin congénital et irrécupérable de Ron Weasley… Et tu n'as pas intérêt à lui répéter ça !
Harry leva les mains en signe de soumission.
- Même s'il n'y avait pas tout ça, Severus ne s'intéresse pas à moi, conclut Hermione.
Elle n'avait pas l'air désappointée par cette affirmation. Harry jugea que c'était bon signe.
- Tu en es sûre ?
- Je ne suis pas son genre.
- Intelligente, sérieuse et jolie, ce n'est pas son genre ?
Hermione lui adressa un sourire éclatant.
- Tu es trop mignon ! Mais… ne souffle pas un mot de ce que je vais te dire à qui que ce soit, commença-t-elle, menaçante.
- Okay, okay. Deux menaces de mort en une seule journée, Hermione, tu exagères…
- Oh, je ne te tuerais pas. Je n'en aurais pas besoin. Severus le fera !
- Quoi ? Qu'est-ce que tu sais ? chuchota Harry en se rapprochant.
- Ilaimeleshommes.
- Hein ?
- Il. Aime. Les. Hommes, articula-t-elle doucement.
- Quoi ? s'écria Harry, stupéfait.
- Harry ! l'intima-t-elle au silence avec force gestes furieux, tout en regardant frénétiquement autour d'elle.
- Désolé, chuchota-t-il. Je ne… Bref. Il t'a dit ça ?
- Nous avons parlé de beaucoup de choses, expliqua-t-elle en le toisant sévèrement, ce qui la faisait ressembler à McGonagall. Je suis très honorée qu'il m'ait fait confiance avec une information aussi personnelle.
Harry n'en revenait pas.
Il est gay.
- Alors pourquoi me le répètes-tu ?
Snape est gay.
- Oh, franchement ! Les garçons ! Réfléchis, tu veux bien ? lâcha-t-elle en levant les yeux au ciel.
Elle s'éloigna pour ramasser d'autres livres tandis que Harry continuait de ranger l'étagère, l'esprit ailleurs.
HPHPHPHP
- Harry ! appela Shelagh. Un hibou pour toi!
Harry lâcha la dernière bûche de bois dans le panier et suivit la voix de Shelagh jusqu'au jardin. Il ne cessait de manier la hache, ces temps-ci. Pas pour se muscler, malgré ce que Ron prétendait ; la proximité de Snape lui donnait un excès d'énergie qu'il devait évacuer s'il voulait dormir.
Si on pouvait brancher sur prise la frustration sexuelle, je pourrais éclairer une ville entière, songea-t-il en traversant la pelouse. Au moins, la maison aurait une réserve de bois pour l'hiver prochain. Il soupira.
Snape est gay.
Ouais, mais ça ne veut pas dire qu'il voudrait de toi.
Harry soupira de nouveau, songeant que la pelouse avait besoin d'être tondue.
Il rejoignit Shelagh. Le hibou était reparti et elle tenait un parchemin.
- Ca vient de Poudlard, dit-elle en le lui tendant.
- Merci, Shelagh.
Il attendit qu'elle se soit un peu éloignée puis il ouvrit le message. Celui-ci venait de Dumbledore. Harry le parcourut rapidement et poussa un cri de triomphe.
- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Shelagh en se rapprochant.
Harry le relut avec un grand sourire puis leva les yeux vers elle.
- Dumbledore annonce que les Mangemorts Crabbe, Goyle et Dolohov ont été arrêtés !
- Fantastique !
- Je dois prévenir Snape.
Harry se mit à courir dans l'allée qui menait au moulin. Il flanqua un grand coup de poing dans la porte qui s'ouvrit avec fracas et heurta le mur.
- Professeur !
Il repéra Snape dans le coin au moment où il se tournait vers lui. Il vit aussi le grand récipient de verre, plein à ras bord d'une potion bouillonnante… qui commença à osciller sur son socle.
Comme dans un film au ralenti, Snape se retourna vers la potion. Harry se rua vers lui.
- Attention !
- Non ! hurla Snape.
Il saisit Harry par le bras au moment où le jeune homme atteignait le récipient. Celui-ci toucha le mur et explosa, projetant un liquide vert et brûlant. Harry trébucha. Snape le poussa brutalement sur le côté, alors que la potion se déversait en fumant sur le sol.
- Aequaro, dit Snape en pointant sa baguette.
Avec un sifflement, le liquide se transforma en traînée de grumeaux verdâtres. La fumée continua de flotter, remplissant la pièce d'une odeur nauséabonde.
- Professeur ? balbutia Harry. Vous allez bien ?
Snape se redressa, visiblement indemne. Harry soupira de soulagement avant de réaliser sa stupidité avec horreur.
- Potter ! gronda Snape, le tirant férocement par le bras.
Harry, tremblant, vit les volutes de fumée s'élever de son T-shirt. Il n'avait même pas vu que la potion l'avait éclaboussé. Snape lui releva vivement la manche, souleva son bras puis le lâcha avec un bref soupir en voyant la peau intacte.
Le calme précédant la tempête ne dura qu'une seconde et Snape poussa Harry dehors, à l'air libre. Harry prit une grande bouffée d'air.
- Après toutes ces années, vous ne savez toujours pas qu'il ne faut jamais surprendre quelqu'un dans la préparation d'une potion ? Vous avez déjà oublié les erreurs multiples de Londubat et leurs conséquences dangereuses ?
- Je… Pardon, monsieur. Je n'ai pas…
Réfléchi, une fois de plus. Harry fit une grimace.
- Que croyez-vous que je fais ici tous les jours ? De la gymnastique suédoise ?
Snape fit une pause, apparemment pour contrôler sa colère. Le voir devenir sarcastique n'était pas une amélioration aux yeux de Harry.
- Et dire que vous êtes le prétendu Sauveur du Monde ! Et si vous utilisiez le cerveau que vous possédez théoriquement ?
Harry, figé, laissa Snape retourner dans le moulin. Malgré la dureté de ses paroles, l'homme avait raison. Est-ce qu'un jour Harry réfléchirait avant d'agir ? Il avait bien failli causer leur perte, cette fois-ci…
Shelagh lui toucha le bras. Il sursauta. Il avait oublié sa présence.
- C'est un connard qui n'en vaut pas la peine, avança-t-elle pour lui remonter le moral.
- Non, tu te trompes ! répliqua abruptement Harry.
Il se reprit et secoua la tête.
- Peu importe. C'est rien.
Il fit demi-tour et se dirigea vers la maison. Les yeux écarquillés, Shelagh le suivit et le rattrapa alors qu'il atteignait l'allée principale.
- Harry…
Il secoua la tête de nouveau, sans interrompre sa marche. Shelagh se mit en face de lui pour l'arrêter. Il la regarda sans la voir, quelques secondes, puis il revint à la réalité et soupira.
- Excuse-moi. Je ne voulais pas te parler sur ce ton.
- Harry, mon Dieu…, commença-t-elle, éberluée. Tu es amoureux de lui ?
- Qu'est-ce que tu racontes ? dit-il, feignant l'étonnement.
- Je suis désolée, Harry. Je ne savais pas. Excuse-moi.
Il avait l'air prêt à protester mais sembla soudain se résigner.
- Peu importe. Cela ne change rien.
- Alors c'est vrai. Oh, Harry…
Elle se sentait très mal. Elle avait conscience de la manière dont elle traitait Snape, de la manière dont Snape traitait Harry… Elle sentit que ses yeux la piquaient.
- Je suis vraiment désolée…
Impulsivement, elle le prit dans ses bras. Il la laissa faire et, après un moment, lui rendit son étreinte.
Elle recula pour le regarder. Il était calme mais visiblement malheureux.
- Je suis désolée, répéta-t-elle. Tu mérites tellement mieux.
La colère se ralluma dans les yeux de Harry et elle se hâta d'expliquer :
- Je veux dire que tu mérites d'être aimé en retour, si c'est lui que tu veux. Il devrait voir que tu es un garçon formidable. Moi, je le vois.
Elle posa un baiser léger sur ses lèvres. Il rougit de surprise et elle réalisa tristement qu'il avait été trop préoccupé pour remarquer ses sentiments.
- Shelagh…
- Tout va bien, Harry. Crois-moi, je comprends. J'espère qu'il changera, pour ton bien.
- Je n'ai pas envie d'en parler, d'accord ?
- Bien sûr.
Elle lui donna un autre baiser fugace et lui sourit.
- Rentrons à la maison. Allons nous occuper du dîner, avant que la Bitch ne décide de l'empoisonner ou Dieu sait quoi.
Il se laissa entraîner. Aucun d'eux ne vit Snape, au bout de l'allée, qui les regardait.
(à suivre)
