Merci à Aucta Sinistra de m'avoir autorisée à traduire sa fic. Dans mon profil figure le lien jusqu'à son site où elle entrepose tous ses écrits, et tous valent le déplacement !

Merci infiniment à Zazaone de corriger ma traduction, qui sans elle serait beaucoup plus laborieuse ! Je suis désolée pour tout le travail que je te donne...

Merci enfin pour vos reviews et vos encouragements ! Cela me fait très plaisir, ainsi qu'à Aucta Sinistra à qui je traduis vos reviews (la pauvre, devoir supporter mon mauvais anglais...)


Chapitre 6

Snape entra dans le Grand Salon, là où se trouvait la seule cheminée connectée au réseau de cheminette. Il alla droit vers l'âtre et prit une poignée de poudre. Il jura, furieux de voir sa main trembler. Il jeta la poudre dans le foyer en disant :

- Dumbledore.

Après quelques instants, le visage du directeur de Poudlard apparut.

- Severus, que puis-je pour vous ?

- Je désirais simplement vous informer de mon retour à Poudlard.

Comme toujours, Dumbledore ne manifesta aucune surprise.

- Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, Severus. C'est trop tôt. Mes sources affirment que les envoyés de Lucius vous cherchent encore.

- Cela m'indiffère.

Snape commença à faire les cent pas devant la cheminée, comme un ours en cage.

- Pas moi, répliqua Dumbledore. Je ne veux pas vous abandonner aux laquais de Voldemort maintenant que lui-même a disparu.

- Alors autorisez que je me cache ailleurs, puisque vous tenez à une cachette.

- Qu'est-ce qui ne va pas avec votre adresse actuelle ?

- Ses occupants.

- Vous ne vous entendez pas avec Harry et ses camarades ?

Snape envisagea de mentir, mais Dumbledore connaissait les jeunes gens et, pire encore, connaissait Snape trop bien pour être dupe. Dumbledore inclina légèrement la tête et plissa les yeux comme s'il espérait lire ses pensées.

- Que cherchez-vous à fuir, Severus ?

Snape grinça des dents et attendit. Dumbledore attendit également. Tous les deux savaient fort bien lequel était le plus patient. Finalement, Snape admit :

- Pour poser cette question, vous devez connaître la réponse.

- Peut-être bien, sourit Dumbledore. Raison de plus…

- Pour que je parte.

- Pour que vous restiez, allais-je dire. Ce n'est pas un motif de fuite, mon ami. Fuir ne vous apportera rien.

- Rester ne m'apportera rien, le contredit Snape à voix basse.

- Ne croyez-vous pas que vous méritez mieux, après toutes ces années, que cette vie solitaire ?

- Vous parlez comme si vous imaginiez que j'aie la moindre chance pour…

- Pour que vos, hum, sentiments soient partagés ? Vous devriez pour le moins ne pas présumer qu'ils ne le sont pas, ou qu'ils ne le seront pas un jour.

- Vous avez tout manigancé, n'est-ce pas ? Espèce de…

- Voyons, voyons, Severus… Je ne veux que votre bien, comme vous le savez.

- De quel droit sauriez-vous ce qui est le mieux pour moi ?

- Je suspecte cependant que je le sais en cette circonstance …

Poings serrés et visage contracté, Snape lança :

- Je ne me laisserai pas humilier par un autre connard de Potter !

HPHPHPHP

A cet instant, Harry passait dans le hall et entendit Snape lancer :

- Vous avez tout manigancé, n'est-ce pas ?

Il s'arrêta. Il lui sembla ensuite reconnaître la voix de Dumbledore, que Snape avait sans doute contacté par cheminette. Il se rapprocha de la porte, curieux de savoir s'il y avait du nouveau sur les Mangemorts en fuite ou sur Drago. Puis la voix de Snape s'éleva, très distincte :

- Je ne me laisserai pas humilier par un autre connard de Potter.

Son cœur cessa de battre. Sa première impulsion fut d'entrer et de se défendre, mais il résista. Il s'était mis en tort en écoutant aux portes. Il ne se ridiculiserait pas davantage devant un homme qui, malgré ses dénégations, le détestait autant qu'il avait détesté son père. Frémissant, le ventre noué, il se dirigea vers les escaliers. Il manqua de bousculer Shelagh et Hermione.

- Harry ? Ca va ?

Il secoua la tête, sans les regarder. Hermione lui toucha le bras.

- Harry, qu'est-ce qu'il y a ?

Snape surgit de la bibliothèque et s'arrêta en avisant Harry et les deux jeunes filles.

- Potter ! lança-t-il avec irritation, regrettant son âpreté lorsqu'il vit la pâleur de Harry, mais trop tard. Je pars. Je rentre à Poudlard.

Hermione et Shelagh regardèrent alternativement les deux hommes, perplexes. Harry acquiesça.

- Je comprends, monsieur. Vous avez besoin de mon aide pour vos bagages ?

- Non, répondit Snape, frissonnant intérieurement à l'idée d'être seul avec Harry le temps nécessaire à tout emballer.

- Je suis désolé que votre séjour vous ait déplu à ce point, monsieur, dit Harry sans protester.

Il dut s'interrompre et inspira profondément. Snape le regarda avec surprise.

- Je suis désolé, reprit Harry en levant une main comme pour se protéger. Je vous laisse tranquille pendant vos préparatifs. Faites-moi savoir si vous avez besoin de quoi que ce soit.

Il se détourna vivement et monta l'escalier. Snape le suivit des yeux, la gorge nouée.

- Professeur…, commença Hermione avec nervosité.

Elle avait apparemment oublié qu'elle était autorisée à l'appeler par son prénom. Il lui jeta un regard vide. Il avait agi comme il le devait. Pourquoi alors se sentait-il au bord du malaise ?

Il s'assit précautionneusement sur un des bancs du hall. Shelagh se planta devant lui.

- Espèce de salaud ! Vous êtes vraiment obligé de le traiter comme ça tout le temps ?

- Non, Shelagh, intervint Hermione en lui saisissant le bras.

- Hermione, tu sais comme moi à quel point Harry fait des efforts, et ce gros con n'a rien à foutre de sa gentillesse ! Ca me donne envie de vomir !

Snape réalisa qu'il était agité de tremblements nerveux.

- Je vous prierais…, commença-t-il, mais elle lui coupa la parole.

- Ce que son père a fait n'a rien à voir avec lui, bon sang ! Il n'est pas son père ! Et il vous aime bien…

- Shelagh ! s'alarma Hermione.

- … et vous le traitez comme un moins que rien !

- Je vous prierais de vous taire, articula finalement Snape en se massant les tempes. Avant que je ne vous montre certains sorts que le ministère a le tort de ne pas vous enseigner.

Shelagh recula d'un pas, étouffant un juron. Après un instant de silence, Snape reprit la parole, sans lever les yeux.

- Avez-vous quelque chose à ajouter, miss Granger ?

- Qu'est-ce qui ne va pas, Severus ? s'enquit-elle timidement.

Il vit qu'elle semblait sincèrement inquiète pour lui. Comme une…, quel était le mot déjà ? pensa-t-il, sardonique : comme une amie. Ce qui n'allait pas ?

- Harry.

La surprise adoucit le visage de Hermione et il s'aperçut qu'il s'était davantage dévoilé qu'il n'en avait l'intention.

-Vous partez vraiment ? demanda-t-elle.

Il baissa les yeux sur ses mains, ou plutôt sur ses poings serrés, et tenta de répondre par l'affirmative. Brisant le silence, Hermione révéla :

- Il va souvent au dernier étage quand il est bouleversé. Peut-être voudriez-vous… ?

Il se leva. Sa jambe le faisait souffrir, ainsi que sa tête, sa poitrine, et autre chose encore qu'il refusait d'appeler son cœur. Il se dirigea vers l'escalier.

HPHPHPHP

Snape atteignit le dernier étage et fit une pause. Sa jambe avait mal vécu l'ascension. Il poursuivit son avancée en s'appuyant au mur. Harry était assis dans le renfoncement de la fenêtre et regardait dehors. Il se retourna et son visage reflétait sa peine. A cause de moi ? pensa Snape, désemparé.

Le professeur se laissa tomber sur le second siège dans l'encoignure et tendit doucement sa jambe.

- Vous allez bien ? s'inquiéta Harry.

Snape secoua la tête, frictionnant sa cuisse qui tremblait. Il lui était bien plus aisé de regarder son genou que le jeune homme en face de lui.

- Miss O'Bannon est très prompte à vous défendre.

- J'ignorais que j'avais besoin d'être défendu.

- Je me suis mal exprimé. Je veux dire qu'elle m'a reproché d'être insensible, cruel, méprisable…

- Arrêtez ! s'exclama Harry, enfouissant son visage dans ses mains.

- Je cherchais le qualificatif le plus approprié. Votre amie a un langage très imagé. Elle semble tenir beaucoup à vous, se força-t-il à ajouter.

Harry éluda le sujet d'un haussement d'épaules.

- Professeur. J'étais dans le hall quand vous parliez à Dumbledore. Je vous ai entendu.

- Vous ne pouvez vous empêcher de fureter ? lança Snape avec une violence qu'il regretta tout de suite.

- Si vous passiez près d'une porte, rétorqua calmement Harry, et que vous m'entendiez parler de vous, vous continueriez votre route ?

- Touché, admit Snape. Qu'avez-vous entendu ?

- Vous disiez que…, répondit Harry en baissant les yeux, les mains crispées. … que vous ne vouliez pas être humilié par un autre Potter.

Snape, alarmé, voulut l'interrompre. Il comprenait que Harry avait mal interprété ses paroles. Mais le jeune homme déglutit et continua, sans le regarder :

- Après ce qui s'est passé avec mon père, et après certaines choses que j'ai faites à Poudlard, je sais que vous avez des raisons de vous méfier. Mais je voudrais vous convaincre que je ne suis pas comme ça…

Il leva les yeux et montra son visage tendu et malheureux. Il se contraignit à ajouter :

- Je voudrais vous convaincre que je ne veux vous blesser en rien.

L'émotion de Snape se changea en crainte. Il faut que je disparaisse d'ici avant qu'il ne soit trop tard. Avant que je ne dise ou que je ne fasse quelque chose… Harry prit une profonde inspiration et se passa une main sur le visage, comme pour chasser une émotion pénible. Snape ne le quittait pas des yeux et son flegme vacillait. C'est moi qui provoque cela ?

- Je suis désolé que votre séjour ici vous ait tellement déplu, poursuivit Harry. Je regrette que vous ne supportiez pas ma présence plus longtemps. Mais je respecte votre choix. Avez-vous fait vos malles ?

- Monsieur Potter, je… Je ne voulais pas vous offenser, commença Snape en secouant le tête.

- Je ne suis pas offensé, sourit Harry, un peu amer. Offensé. Comme c'est ridicule…

- Vous devriez vous réjouir de mon départ. J'ai été odieux avec vous.

- Vous n'étiez pas odieux. Vous étiez vous-même.

- Vous n'êtes en rien fautif, plaida Snape, conscient que ses mots étaient inadéquats. Je n'ai rien à vous reprocher.

Il se fustigea intérieurement de ses réponses vagues. Que veux-tu faire, pauvre fou ? Si tu refuses de lui dire la vérité, il ne te reste que le mensonge.

- Alors vous ne partez pas à cause de moi ? interrogea Harry avec une lueur plus joyeuse dans le regard.

- Si, dans un sens.

La lueur s'éteignit et Harry baissa la tête. Snape retint une exclamation et se leva avec vivacité. Il n'arrivait pas à réfléchir si proche de Harry. La douleur se rappela à lui brutalement. Il fit un pas en arrière et sa jambe se déroba sous lui. Harry bondit, le rattrapa et le remit sur pied.

- Est-ce que ça va ?

Snape s'appuya sur lui, serrant les dents. Il prit conscience qu'une main le retenait fermement par la taille tandis que l'autre lui tapotait gentiment le dos.

- C'est un long chemin du hall au quatrième étage, expliqua Snape en posant doucement sa jambe blessée au sol malgré l'atroce douleur.

- Vous pouviez transplaner.

Snape ouvrit la bouche puis s'interrompit. Il avait failli laisser échapper ce qu'il ne voulait pas dire. Tu n'as pas pris autant sur toi pour flancher à la première tentation.

- Il me fallait le temps de la réflexion, expliqua-t-il enfin.

- Pourquoi ?

- Pour présenter mes excuses, admit Snape.

Admettre qu'il était en faute ne l'irritait pas autant qu'il aurait cru. Il jeta un coup d'œil à Harry.

- J'accepte vos excuses, s'empressa Harry.

- Vous êtes trop facile à vivre.

- Un de nous doit l'être. Vous ne voulez pas vous asseoir ? proposa Harry en l'aidant à regagner le renfoncement de la fenêtre.

- Je suis étonné que vous ne me laissiez pas choir, le défia Snape, plongeant son regard sombre dans le sien.

Il réalisa qu'il provoquait Harry. Tu es perdu.

- Vous n'arrivez pas à l'accepter, n'est-ce pas ? soupira Harry. Je ne veux ni vous faire de mal, ni vous humilier, ni vous faire du tort en quoi que ce soit.

- Alors que voulez-vous ?

Snape bénit son expérience d'espion qui lui permettait de garder un ton parfaitement neutre. Personne n'aurait pu deviner ce que lui coûtait cette question ni ce que lui coûterait la réponse. Harry prit une inspiration…

Un cri aigu s'éleva soudain.

- C'est l'alarme de magie noire, dit Harry.

Il entoura Snape de ses bras, à la grande surprise de celui-ci.

- Accrochez-vous, dit-il à son oreille.

Une seconde plus tard, ils avaient transplané dans le hall d'entrée. Le cri y était plus fort. Harry le lâcha mais garda le contact pour l'aider à regagner son équilibre. Leurs yeux se croisèrent puis Snape regarda derrière lui et lui fit signe de se retourner.

Harry se retourna vers le grand miroir qui trônait dans le hall d'entrée. Au lieu de son reflet, il vit les terres entourant Beech Hall, au sud du moulin et de la rivière. Dans le crépuscule, sept ombres avançaient sur le sentier, grandes et menaçantes.

- Des mangemorts, constata Snape avec irritation. Classicum mora.

L'alarme se tut.

- Comment ont-ils pu passer les barrières ? jeta Harry, consterné et incrédule.

- Qui est à la maison, ce soir ?

- Hermione et Shelagh. Ron et Ken sont à Londres.

- Allez rejoindre vos amies et dites-leur de prévenir le ministère. Puis qu'elles restent à l'abri.

Alors qu'il s'éloignait déjà, Harry s'arrêta pour regarder Snape, toujours figé devant le miroir.

- Nous aurons besoin de leur aide, protesta-t-il.

- Ils ne viennent pas pour elles, répondit Snape sans le regarder.

Ses lèvres bougèrent en silence quelques secondes. Harry savait à quoi il pensait. Le professeur cessa de marmonner et reprit à haute voix :

- Nous pouvons essayer de les retarder jusqu'à l'intervention des aurors.

- Fichtre non ! lança Harry, les doigts crispés de colère sur sa baguette. Ils vont entrer chez moi !

- Ou je pourrais servir d'appât.

- Fichtre non puissance deux !

Snape lui décocha un regard sarcastique.

- Je suis très touché. Au cas oùù votre attention vous ferait défaut, il y a dans cette maison trois vies innocentes.

- Vous voulez dire quatre vies ! répliqua Harry en le fusillant du regard. Je ne vous livrerai pas à ces salauds !

Il se dirigea vers l'escalier au moment où Shelagh et Hermione apparurent avec un « pop ».

- C'était quoi, ce cri affreux ? interrogea Shelagh.

- Des Mangemorts en visite.

Les jeunes filles saisirent leur baguette si promptement que Harry fut surpris. Snape s'approcha.

- Miss Granger, miss O'Bannon. Je vous suggère de repartir à l'étage et de prévenir le ministère sans tarder. Nous avons ici sept membres du fan-club de Voldemort. Monsieur Potter et moi les occuperons jusqu'à l'arrivée des renforts.

Il tapota sa baguette et Harry intercepta un éclair d'excitation dans ses yeux.

- A deux contre sept ? protesta Shelagh.

- Je souhaiterais que Potter ait le bon sens de vous suivre pour être seul contre sept, riposta Snape.

- Ne rêvez pas ! trancha Harry. Que faisons-nous ?

- Nous attendons. Nos chances sont meilleures à l'intérieur où nous sommes en terrain connu.

- Si seulement la maison nous aidait ! se lamenta Harry.

- Qui te dit que ce n'est pas le cas ? observa Hermione.

- Elle les a laissés franchir les barrières !

- Harry, continua Hermione, regarde le miroir.

Tous se retournèrent. L'image du miroir avait changé. Les jardins et les silhouettes des Mangemorts avaient disparu. A la place on reconnaissait la forme allongée de la serre.

- C'est là qu'ils vont, dit Harry, réfléchissant à haute voix. Ils veulent passer par la serre pour entrer dans la maison.

- Je crois que la maison veut nous transmettre un message, affirma Snape.

Comme si quelqu'un se promenait avec une caméra, le miroir montra l'intérieur de la maison : le hall, la porte de la bibliothèque, le long du corridor, jusqu'à une porte en chêne, d'aspect vermoulu et zébrée de marques comme si on avait tenté de la démolir à la hache.

- Où conduit cette porte ? interrogea Snape.

- Aucune idée. Je n'ai jamais vu cette porte auparavant, répondit Harry, désemparé, s'efforçant de résoudre l'énigme. Les Mangemorts se dirigent vers la serre qui communique avec la maison. Ils devinent que ce sera plus facile que par la porte d'entrée. Pourquoi est-ce qu'ils ne transplanent pas carrément dans le hall ? Après tout ils ont déjà franchi les barrières de protection !

- Peut-être que la maison ne les laisse pas faire cela, malgré son apparente soumission. Mais nous n'avons pas le temps de nous appesantir sur ce que nous montre le miroir, affirma Snape. Mesdemoiselles, je vous le demande pour la dernière fois : allez prévenir le ministère !

Hermione et Shelagh se ruèrent dans l'escalier. Snape se tourna ensuite vers Harry, qui sentit le frisson de la bataille imminente le traverser. Le temps d'une seconde, Snape sourit.

- Suivez-moi.

La baguette prête à frapper, il quitta le hall et Harry se précipita à sa suite.

HPHPHPHP

Les Mangemorts s'écartèrent les uns des autres en atteignant le perron de la maison. Sans bruit ni mouvements brusques, ils s'éloignèrent en direction de la serre silencieuse, plongée dans la pénombre. Accolée à l'aide sud, la serre semblait très vulnérable avec ses simples vitres.

Les baguettes étaient visibles dans leurs mains et vibrèrent sous le sort lancé simultanément. La serre s'ouvrit dans une pluie de verre brisé. Les Mangemorts y pénétrèrent.

- Trouvez Snape et Potter, ordonna leur chef. Tuez les autres.

Les ombres avancèrent vers la porte menant à la maison.

La lumière jaillit soudain des appliques sur les murs. Les intrus se figèrent.

- Vous cherchez quelque chose ? lança Harry depuis le seuil.

Aussi inquiétants que des Détraqueurs, les Mangemorts glissèrent vers lui. Harry vit alors apparaître derrière eux, au beau milieu de la serre, la mystérieuse porte de chêne, toujours fermée.

- Je ne me souviens pas vous avoir invités, poursuivit Harry sans se laisser distraire. Alors je vous saurais gré de repartir.

Il serrait sa baguette. Le leader des Mangemorts se mit à rire et fit glisser sa capuche, révélant des yeux translucides et une chevelure argentée.

- Monsieur Malfoy, constata Harry sans surprise.

- Monsieur Potter, salua l'homme en retour. Enfin nous nous retrouvons. Mais cette fois, je ne viens pas pour vous. Si vous restez en-dehors de ça, peut-être continuerez-vous à vivre.

- Si vous avez la sagesse de faire demi-tour, riposta Harry avec un fin sourire, peut-être ne vous en empêcherais-je pas.

- Ne soyez pas stupide, siffla Lucius. Vous ne faites pas le poids contre nous tous.

Un ricanement, venu de l'autre bout de la serre, le fit se retourner. Snape surgit de derrière sa cachette.

- Il a tué ton maître, Lucius. Qu'est-ce qui te fait croire que tu peux quelque chose contre lui ?

Harry se retint de sourire. Les paroles de Snape le remplissaient de fierté bien qu'il se doutât que l'homme essayait uniquement d'exaspérer Malfoy.

- Ah, Severus. Je suis charmé de te revoir.

Harry regardait alternativement Snape et les Mangemorts. Soudain il vit, stupéfait, la porte mystérieuse s'ouvrir derrière eux. Elle ne donnait sur rien, laissant seulement voir un rectangle sombre. Que manigançait la maison ?

L'un des Mangemorts se plaça devant Snape et ôta sa capuche.

- Professeur…, balbutia Drago.

Son expression était bouleversée, pitoyable. La baguette de Snape frémit et Harry lui-même s'interdit de flancher.

- Professeur, répéta Drago. Je vous en prie, aidez-moi.

Snape fit un pas vers lui en baissant instinctivement sa baguette. Drago brandit alors la sienne, le viasge défiguré par un haineux triomphe.

- Le salaud ! murmura Harry en pointant sa baguette en une fraction de seconde. Expelliarmus !

Drago fut projeté en arrière par la violence de l'attaque, sa baguette jetant déjà les étincelles vertes du sort qu'il s'apprêtait à lancer. Il atterrit près d'un plant de lavande. Harry vit Snape regarder Drago avec des sentiments mélangés.

Le sort jeté par Lucius prit Harry par surprise. Il lui sembla recevoir un coup de marteau dans l'estomac et il percuta le mur derrière lui. Avec grâce, Lucius se tourna ensuite vers Snape alors que celui-ci se précipitait vers Harry.

- Avada

- Non ! hurla Harry, déjà debout, se jetant en avant. Repercussio !

Snape vit Harry voler en arrière, enveloppé d'une lumière verte. Il entendit une voix crier « Non ! » Peut-être était-ce la sienne.

Le garçon heurta le mur de nouveau et glissa au sol, comme désarticulé.

Un rictus sur le visage, Snape se retourna vivement et leva sa baguette pour envoyer Lucius en enfer. Il vit alors, incrédule, les Mangemorts être aspirés par la porte de chêne. Les voix de Lucius et de ses sbires se mélangèrent, envahies par la peur et l'incompréhension, alors qu'ils étaient attirés irrésistiblement. Une lumière rouge s'alluma, éclairant les sept hommes avachis sur le sol de pierre. Puis la lumière s'éteignit et la porte se referma violemment.

Snape baissa sa baguette, sa rage retombée. Il tremblait malgré lui en se tournant vers Harry.

HPHPHPHP

Hermione s'immobilisa sur le pas de la porte et scruta l'intérieur de la serre. Ses yeux tombèrent sur Harry. Elle pâlit.

- Harry ! Que s'est-il passé ?

- Je ne sais pas, répondit Snape en s'agenouillant près du jeune homme inerte. Derrière la porte… La maison les retient prisonniers.

- Les aurors sont là, annonça Hermione en s'approchant. Est-ce qu'il est… ?

- Il n'oserait foutrement pas ! grogna Snape, livide.

Il toucha le cou de Harry.

- Il est vivant.

Soulagée, Hermione fit un pas en avant puis s'arrêta, réfléchissant à toute allure, pendant que Snape se penchait sur Harry.

- Je vais, euh, parler aux envoyés du ministère, bafouilla-t-elle en faisant demi-tour.

Snape ne lui lança pas un regard.

Après s'être assuré que Harry n'avait rien de cassé, Snape le saisit par les épaules.

- Harry…, appela-t-il en le secouant. Réveillez-vous.

Harry ne bougea pas. Snape le secoua de plus belle.

- Bon Dieu, réveillez-vous ! Vous n'allez pas me faire ça !

Harry bougea imperceptiblement et laissa échapper un faible soupir. Snape le serra dans ses bras, mu par un violent soulagement. Il le relâcha presque aussitôt et l'installa en position assise. Harry cligna les yeux, regarda la serre autour de lui avant de revenir sur Snape.

- Vous, ça va ? J'ai vu Malefoy…

Il tendit une main tremblante pour lui toucher le torse. Abasourdi, Snape retint un rire.

- Moi ? Je ne suis pas celui qui s'est jeté devant un sort mortel. Petit idiot.

Il remit Harry sur pied et lui tendit sa baguette. Harry chancela.

- Vous êtes sûr que ça va ? répéta Harry. Est-ce que… vous m'avez pris dans vos bras ? J'en ai eu l'impression.

- Certainement pas, protesta Snape, les joues rougies.

- Ah… J'avais pourtant cru.

- Ridicule. Un moment de délire, sans doute… Les envoyés du ministère sont en chemin. Etes-vous assez en forme pour les affronter ?

Harry inspira profondément et acquiesça. Hermione réapparut près de la porte.

- Ils sont là.

Les deux hommes tressaillirent. Snape lâcha le bras de Harry sur-le-champ. Celui-ci rougit violemment.

- Qui ça ? interrogea-t-il, mais Hermione ne s'était pas attardée.

- Le Ministre en personne, à mon avis, répondit Snape. Si votre maison surprotectrice ne leur a pas déjà réglé leur compte, Lucius et ses recrues sont bons pour Azkaban.

- La maison ? Quoi, ils sont là-dedans ? dit Harry en désignant la porte, et Snape hocha la tête.

- La maison les a délibérément laissés entrer, semble-t-il, dans le but de les capturer.

- Je n'en reviens pas… Je suppose que je ferais mieux d'aller voir Fudge.

- Je suppose, approuva Snape, tendant la main pour repousser une boucle brune sur le front de Harry. Vous recevrez un second Ordre de Merlin. Et dire que vous aspiriez à la tranquillité !

Harry réalisa que sa bouche était entrouverte. Snape n'avait que frôlé son visage et pourtant son cœur battait la chamade.

- Severus…

Snape fit un pas en arrière, le visage crispé.

- Rassemblez vos forces, Potter. Vous avez un nouvel exploit inexplicable à expliquer aux autorités.

Il tourna les talons et regagna la maison par le corridor. Avec un temps de retard, Harry courut derrière lui mais Snape avait déjà disparu. Cornelius Fudge, Arthur Weasley et une poignée d'aurors se tenaient dans le hall. Shelagh était assise entre Ron et Ken, lesquels arboraient un air penaud. Tous le regardèrent avec un air impatient.

Harry soupira, regrettant déjà sa tranquillité. Il avait sincèrement apprécié de ne plus être le centre de l'attention générale depuis la disparition de Voldemort.

- Harry, lança Hermione en s'approchant, tu vas bien ?

Il acquiesça. Elle prit alors son bras et l'entraîna vers le ministre, tout en lui glissant à l'oreille :

- Alors ?

-Alors quoi ?

- Est-ce qu'il t'a… ? demanda-t-elle en souriant.

- Quoi donc ?

- Si tu ne veux rien me dire, je comprendrais, ajouta Hermione avec un sourire plus prononcé.

- Te dire quoi ?

Il rougit en réalisant enfin à quoi elle songeait. Cornelius Fudge et sa suite vinrent à lui avec une kyrielle de questions et il dut prendre le temps de leur répondre. La tâche fut plus longue qu'il n'aurait voulu, en raison des exclamations de Ron et de l'énervement général.

Harry les mena finalement à la porte mystérieuse. Il avait prévenu qu'il ne savait absolument pas comment l'ouvrir.

Il n'eut même pas à essayer. La porte s'ouvrit d'elle-même, révélant sept Mangemorts contorsionnés sur le sol de cette curieuse Salle sur Demande. Les secrétaires de Fudge constatèrent qu'ils n'étaient qu'inconscients et les firent prudemment léviter tandis que le ministre terminait son interrogatoire.

Se demandant où Hermione avait disparu, Harry acheva son récit tout en les poussant discrètement vers la sortie. Fudge eut en effet l'air surpris de se trouver sur le pas de la porte. Arthur Weasley sourit largement à Harry, étreignit brièvement son fils et leur souhaita une bonne nuit, contraignant ainsi Fudge à l'imiter.

- Quelle maison étonnante ! fut le dernier commentaire du ministre.

Une fois la porte refermée, Harry soupira de soulagement et scruta le hall enfin silencieux. Ron intervint alors, par une remarque que Harry attendait :

- Ce n'est pas sympa de ta part de t'amuser sans nous !

Il inclut Ken dans son commentaire en lui tapotant l'épaule. Celui-ci secoua la tête.

- Sans moi, merci. Tout le monde va bien ?

- Hermione et moi, oui, répondit Shelagh. Nous étions reléguées à l'étage pendant que les vrais hommes faisaient tout le boulot.

- Voyons Shelagh, soupira Harry. Il fallait bien prévenir le ministère.

- Je me suis follement amusée, répliqua Shelagh, sarcastique. D'ailleurs, je n'en peux plus. Je vais me coucher.

- La porte a disparu, annonça Hermione en revenant.

Harry était à la fois abasourdi et émerveillé.

- Je ne savais pas de quoi cette maison était capable !

- Sinon tu ne l'aurais pas traitée de tous les noms ? Au fait, si tu cherches Severus…

- Pourquoi le chercherai-je ? mentit Harry. Il termine ses bagages. Pour partir le plus loin possible de moi.

- Il est dans la bibliothèque, acheva Hermione. Il boit.

- Que boit-il ?

- Va donc lui poser la question.

- Je suis la dernière personne qu'il ait envie de voir.

- Idiot ! jeta-t-elle, les yeux au ciel. Si tu avais vu son expression quand il t'a cru mort…

- Ah ? balbutia Harry, agité soudain d'un fol espoir.

- Au nom des Fondateurs, va le voir et parle-lui !

Hermione le poussa vers la porte.

(à suivre)


J'oubliais... La prochaine fois, ce sera le dernier chapitre ! Un lemon pour la route, ça vous dirait ?