Auteur : Arlia Eien
Titre : Sonna Kotoba de Kokoro Tozashite
Rating : M
Genre : Hurt/Comfort, Amitié ou Romance selon l'interprétation de chacun.
Disclaimer : Gundam Wing, son histoire et ses personnages ne m'appartiennent pas. De plus, je ne gagne pas d'argent avec ce texte.
Note :
(1) Il s'agit d'un repost d'une fanfiction que j'ai écrite originellement en 2007 et retravaillée en 2010. Le style changeant de trop et le nombre de chapitres augmentant, je l'avais ensuite supprimée pour la retravailler à mon aise, voici le résultat – encore perfectible.
(2) Sonna Kotoba de Kokoro Tozashite est un morceau de phrase issu de la character song Ore dake kotoba de Heero Yuy, tous droits réservés. Je vous en propose une traduction en sous-titre.
(3) Comme indiqué, cette histoire est un Hurt/Comfort, comme dans un Angst les personnages sont donc amenés à trinquer. Attention, le rating n'est pas là pour rien ! Après il n'y a ici aucune scène explicite de sexe ou de violence (qui correspondrait à un rating Ma).
Sonna Kotoba de Kokoro Tozashite
J'ai enfermé mon cœur dans des mots
Chapitre 4
Plusieurs heures durant, Heero continua à préparer la mission. C'est un peu avant une heure du matin qu'il décida avoir assez avancé pour la journée et qu'il partit se coucher.
C'est vrai qu'il était fatigué. Peut-être aurait-il même dû aller au lit en même temps que Duo. Cependant, il se sentait encore coupable d'avoir perdu deux heures dans l'après-midi à dormir. Ce qui l'avait incité à repousser l'heure du coucher, d'une demi-heure, puis d'une heure, jusqu'à en être à deux heures et demi de rab.
On ne pouvait pas dire qu'il était surmené. A vrai dire c'était faux. Il avait passé une matinée calme, et sa pause incongrue avait au moins eu le bénéfice de le faire récupérer un peu. Mais il était habitué à travailler toute la journée ou presque en cas de mission, donc qu'étaient huit petites heures de travail, au fond ?
Soupirant imperceptiblement pour évacuer un peu de fatigue, il entreprit de monter les escaliers aussi rapidement qu'il put à la simple lueur de la plafonnière. Arrivé en haut, il entrouvrit la porte de sa chambre avant de tendre la main vers l'interrupteur.
Malgré ces quelques précautions, il perçut nettement un gémissement désapprobateur du natté qui, toujours endormi, s'était tourné de l'autre côté, gêné par la source lumineuse provenant du couloir qui était, elle, restée allumée.
D'une simple pression, il éteignit la lampe puis resta figé quelques secondes, espérant ne pas avoir réveillé son compagnon de chambre. 02 bougea une nouvelle fois de façon à être totalement sur le flanc droit avant de s'immobiliser pour de bon. Tant mieux.
Il entra silencieusement dans la pièce, sa main frôlant le mur de droite. Avançant d'un pas sûr, il rencontra tout d'abord le bureau dont il suivit le bord avant d'atteindre le montant de son lit. Heero se fixa quelques instants, sans trop savoir quoi faire.
Bien sûr, Duo lui avait certifié qu'il pouvait – voire devait – le réveiller pour qu'il le soigne. Mais Heero n'en avait pas vraiment envie, au fond. Peut-être qu'il serait soulagé physiquement, mais agir ainsi lui semblait terriblement gênant. Il n'était pas un gosse pour devoir réveiller quelqu'un au milieu de la nuit pour obtenir des soins quelconques.
Sur ces pensées, il décida de se coucher tel quel. Pas besoin d'un chaperon. Il commença par s'asseoir précautionneusement, avant de se pencher comme il put pour délacer ses baskets puis enlever ses chaussettes. Il garderait le reste. Enfin, il déborda le drap et la couverture et, donnant un petit coup au coussin pour le remettre en place, se glissa dans le lit.
Une heure passa. Heero ne dormait toujours pas.
Certes, il était fatigué, mais la douleur de son corps s'était très vite rappelée à son bon souvenir. Non pas qu'il l'ait oubliée, on faisait toujours en sorte qu'il s'en souvienne les jours suivants. Mais commencer par s'allonger sur le dos avait été une assez mauvaise idée…
En fait, il avait sursauté sous le brusque accès de douleur, et s'était aussitôt raisonnablement tourné sur le côté. Depuis il tournait d'un côté à l'autre, passant sur le ventre à chaque changement. Un seul appui sur son dos lui ayant suffi pour comprendre qu'il valait mieux abandonner l'idée.
Dans ses pensées, il se tourna de nouveau mécaniquement, ponctuant son changement de position d'une expiration agacée. En plus il avait froid.
De son côté, Duo tourna de façon à se retrouver sur le dos et, percevant le mouvement de son camarade de chambrée, ouvrit un œil. Le natté remonta une main vers son visage pour se frotter les yeux. Heero était là, et pourtant il n'avait pas souvenance de l'avoir entendu ou aidé à se soigner. Se redressant sur un coude, il chuchota.
« Heero ? »
Pas de réponse. Cela signifiait qu'il était bel et bien réveillé, sans quoi il aurait sans doute grogné après lui. De toute façon, il n'avait pas la respiration de quelqu'un d'endormi.
Duo soupira puis rejeta la couverture avant de se lever et d'aller allumer la lampe de chevet, moins violente que celle accrochée au plafond. Une fois fait, il alla s'asseoir par terre entre leurs deux lits. Pas la peine de rester debout, Heero n'avait pas besoin de se sentir dominé. Alors il reprit la parole un ton plus haut qu'auparavant.
« Tu t'es soigné ? »
Heero haussa les épaules. Il lui tournait actuellement le dos.
« Ok, donc je peux te donner une dose de morphine. »
S'appuyant sur sa main, il se releva pour aller vers le bureau où était resté ce qu'ils utilisaient. Apparemment Heero n'avait pas envie de parler, alors autant agir que tous deux puissent dormir. Ce faisant, il jeta un rapide coup d'œil au réveil de voyage posé négligemment sur le bureau : 2h07. Super. Il se reconcentra sur la courte seringue à usage unique qu'il finissait de monter.
« Tu passes ton bras ? » Demanda-t-il en finissant de remplir l'objet.
Heero serra les lèvres avant d'obéir. Même si ça ne lui plaisait pas du tout, il savait qu'il en avait besoin.
Duo croisa furtivement le regard bleu de son camarade avant de procéder à l'injection. N'ayant pas manqué le léger gonflement de ceux-ci, Maxwell en conclut que le jeune homme était bel et bien fatigué. Pourquoi ne l'avait-il pas simplement éveillé ?
« Tu sais, je t'avais dit que tu pouvais me réveiller. »
« Tu dormais profondément. » Répondit Heero sur le même ton que l'autre pilote.
Pas besoin d'en dire plus pour comprendre. Heero devait penser qu'il avait besoin de dormir pour les missions.
« Avec le retard de sommeil, je me serai rendormi facilement. » Duo secoua la tête et l'injection terminée, se rassit à même le sol, juste à côté du lit.
Il y eut de nouveau un blanc avant que le natté ne reprenne la conversation, légèrement mal à l'aise à cause du silence pesant. Soit, il était habitué aux ambiances calmes avec Heero, mais là chacun aurait pu ressentir le poids des non-dits.
« Dis, ça arrivait souvent ce genre de truc ? »
Sentant une tension supplémentaire émaner de son camarade, Duo le vit hausser brusquement les épaules.
« Excuse-moi. Ça ne me regarde pas, je suppose. C'est juste que… ça me semble tellement étrange. Je ne pensais pas qu'il puisse t'arriver ce genre de choses. »
« … »
« La curiosité est un vilain défaut qu'on dit, n'empêche que ça peut soulager de parler, ou de se sentir écouté… Je ne sais pas. En tout cas ça libère… Bref si tu as besoin d'une oreille, je suis là. »
Le châtain se mordilla la lèvre et, sans réponse du jeune homme, se releva silencieusement avant de se diriger de nouveau vers le bureau.
« Tu soulèves ton débardeur, s'il te plait ? Que je te mette de la pommade. »
« Non merci. »
Duo cilla en entendant la réponse donnée du tac au tac, à la fois satisfait et désemparé. Au moins, c'était la preuve qu'Heero l'avait écouté, qu'il le prenait au sérieux. Néanmoins, un refus de sa part à ce sujet était loin d'être une bonne nouvelle.
« Tu veux essayer de le faire toi-même ? »
Au vu du manque de réponse, il abandonna. À croire que ça devait aller comme ça.
« Alors bonne nuit, Heero. »
Puis, fatigué physiquement comme mentalement, Duo retourna se coucher, ré-éteignant la lumière au passage.
Malgré la morphine, le premier pilote ne trouvait toujours pas le sommeil. A son stress déjà important s'ajoutait maintenant l'attitude particulièrement précautionneuse et nuancée de 02. Lui qui avait l'habitude de foncer dans le tas, ses interrogations qui restaient distantes le mettaient mal à l'aise. Ne pas avoir anticipé une possible réaction amicale de la part de Duo la veille faisait qu'il n'était juste pas préparé, même maintenant, à recevoir des marques de sympathie. Encore moins à ce que Duo respecte son silence ou le fait qu'il refuse des soins. Bien qu'Heero ne lui en veuille pas, il avait conscience que le natté l'avait forcé à faire et à subir un certain nombre de choses, la veille. En faisant preuve d'un petit peu d'honnêteté intellectuelle, il devait admettre qu'il savait que Duo avait agi tout du long pour ce qu'il croyait être son bien. C'était d'ailleurs pour ça qu'il ne lui en tenait pas rancune. Il n'empêche que cela le déstabilisait, qu'on soit d'une certaine façon attentionné avec lui.
Sans compter : la mission à préparer, la présence dans la maison de Trowa qui ne le connaissait que trop bien après le temps passé ensemble à la suite de son autodestruction, l'empathie de Quatre qui risquait de l'alerter dès son retour s'il ne se blindait pas correctement en reprenant un contrôle correct de ses émotions. Au moins, la chance jouait de son côté puisque le retour de 04 avait été repoussé.
Des dizaines de questions diverses et variées tournaient sans relâche dans son cerveau, et si cela avait le don de le fatiguer, le manque cruel de réponses n'avait pour conséquence que de l'inquiéter encore un peu plus.
Finalement, au bout d'une petite heure à tourner dans le lit, Heero prit le parti de se relever. Quitte à faire une nuit blanche, autant que cela serve à quelque chose : il irait travailler. Il se leva donc et quitta la chambre pour retrouver la compagnie de son portable au salon.
Une demi-heure plus tard, Duo fronça les sourcils dans son sommeil, étonné et méfiant au vu de l'étrange silence régnant dans la chambre. Il était pourtant sûr qu'il n'aurait pas dû être seul. Réveillé par l'anormalité de la situation, il remonta son bras pour se frotter les yeux avant de soupirer. Son compagnon de chambrée devait être parti on ne sait où. Devant cette constatation qui aurait pu être assez alarmante, il garda néanmoins la tête froide. Heero devait être en bas et non pas en train de faire une bêtise. Même s'il n'allait pas spécialement bien, on était encore loin de l'abandon de planque en pleine nuit ou pire d'une tentative de suicide.
Sans prendre la peine de se couvrir malgré le froid ambiant, il descendit l'escalier silencieusement en se grattant la tête. Il commencerait par le salon puis la cuisine. Au pire, Heero était dans le garage ou aux Gundams. Mais si c'était le cas, il devrait prendre le temps de se vêtir, sortir en boxer en pleine nuit alors que la température extérieure était plus proche du zéro que des trente degrés n'étant guère conseillé pour rester en bonne santé.
Arrivé en bas, il vit une légère lumière provenant du salon. Apparemment sa première impression était la bonne, il n'aurait pas à aller gambader du côté de la forêt et à croiser les charmantes bestioles qui y vivaient.
Ne camouflant pas sa présence pour ne pas le surprendre, il se dirigea vers le premier pilote qui était de nouveau en train de travailler. Comme s'il n'en avait pas fait assez pour la journée. Une fois à sa hauteur, il prit le parti de s'asseoir sur l'accoudoir gauche du canapé.
« Ça va ? »
« … »
« Pourquoi tu t'es relevé ? Cauchemars ? »
« Non. »
« Tu as trop mal ? Je ne peux pas te redonner de morphine mais il reste la pommade. » Proposa Duo à voix basse en frottant un de ses bras dénudé pour tenter de le réchauffer.
« Ça va. »
« Alors qu'est-ce qui te tracasse que tu ne puisses pas dormir ? »
Lâchant son bras, il caressa plus qu'il ne passa les doigts dans la frange brune qui avait d'étranges reflets bleutés sous la lumière de l'ordinateur avant de la retirer comme à regret, sous le regard incompréhensif du premier pilote.
« Mission. »
« Ça ne t'a jamais empêché de dormir. »
Heero cligna les paupières, déstabilisé par le fait que Duo lise si facilement en lui. A moins qu'il ne le connaisse tout simplement mieux que ce qu'il croyait.
« Tu sais Heero, je ne vais pas commencer à te mépriser parce que je t'ai vu dans cet état-là. C'est déjà énorme que tu tiennes si bien le coup. Tu m'entendrais hurler si j'avais le dos dans cet état. Et quand je pense que ce n'est pas la première fois …J'ai mal pour toi. »
Ne voyant aucune réponse venir, Duo se redressa un peu pour pouvoir jeter un œil à l'écran de l'ordinateur et reprit.
« Bon ok, disons que c'est la mission. Tu veux que je fasse quoi pour t'aider à avancer ? »
Heero fronça les sourcils. « Disons ». Duo disait ça comme s'il n'y croyait pas une seconde, plus comme s'il essayait de lui faire plaisir. Il n'était tout de même pas si transparent.
« Non merci. »
Duo soupira. En plus il refusait sa proposition. Quoique, quelque part ça le soulageait de ne pas avoir à faire comme si de rien n'était, même si d'un autre côté ça lui coupait une voie d'accès au problème. Il réfléchit un instant, se demandant ce qu'il pourrait proposer pour faire avancer la situation, avant de reprendre la parole.
« D'accord. Je te demanderai pas de me dire ce qui ne va pas, dis-moi juste ce qu'il te faut. »
Cette fois-ci, Heero avait baissé la tête vers son écran comme s'il espérait que le natté s'en aille. Bon. Il était encore parti pour jouer aux devinettes ! Qu'est ce qui pouvait l'empêcher de dormir ?
« Je fais trop de bruit ? Si je ronfle t'as qu'à me pousser sur le côté, y a pas de souci. »
« Tu ne ronfles pas. »
« Ah… Tant mieux alors. »
Duo se gratta la tête avant de frotter de nouveau ses bras qui se couvraient peu à peu de chair de poule, puis il croisa les bras au niveau du haut de son torse quand il sentit ses tétons se dresser légèrement à cause de la fraîcheur ambiante.
Soudain, il cligna des paupières. Et si c'était tout simplement ça ?
« Tu as froid ? » Affirma-t-il plus qu'il n'interrogea.
« Pas plus que toi. »
Aussitôt qu'il eut fini sa phrase, Heero se mordit la lèvre. Pourquoi avait-il dit ça ?
Duo, lui, cligna simplement des paupières. Vu son manque de discrétion, il venait de taper juste. En plus, la réponse lui renvoyait une sorte d'écho de ce qui c'était passé la veille au soir. Son camarade n'avait eu absolument aucun problème de sommeil quand ils avaient dormi ensemble, résolvant le problème du climat humide et du chauffage défectueux. Ça les avait aussi sortis un peu plus concrètement de leur solitude devenue habituelle au fil des missions solo, entrecoupées de temps à autre par la présence éphémère d'un coéquipier.
Dans un élan de compréhension tacite, il déposa sa main tiède sur l'épaule fraîche d'Heero sans que le jeune homme ne le repousse. De par sa position, il vit sur l'écran que le premier pilote n'avait pas particulièrement avancé. Il était aussi fatigué, après tout.
« Tu éteins ? On va se coucher. » Dit Duo d'une voix plus calme et plus basse qu'auparavant.
Finalement plus détendus, les deux garçons étaient remontés dans leur chambre. Heero était particulièrement silencieux, effacé, Duo ne savait pas trop ; dans tous les cas il semblait plus à même de communiquer. Comme si leur confrontation dans le salon avait aidé Heero à faire le point, ou qu'il avait réussi à rassurer le premier pilote concernant une question qu'il n'avait pas formulée.
A tout hasard, il avait proposé au jeune homme un de ses boxers, qu'au moins la peau des cuisses puisse ne plus subir l'éternel frottement du lycra sur ses… marques. Et contre toute attente, le brun avait accepté.
Quelque part, dans des instants comme celui-ci, Heero lui évoquait certains des enfants qui avaient fait partie de la bande de Solo quand il vivait dans la rue. Non pas que l'attitude d'Heero lui semblât puérile, loin de là. Mais à travers les non-dits du jeune homme, il avait fini par percevoir une solitude inavouée et inavouable sans doute à ses yeux. Comme s'il croyait que s'il montrait ce qu'il ressentait, quelque nouveau malheur lui tomberait dessus.
Et ça le rendait touchant aux yeux de Duo. Vraiment. C'était un aspect totalement humain qui à la fois réchauffait le cœur et blessait le fond de l'âme. Après, ne reconnaît-on pas l'être humain dans sa souffrance et sa faiblesse avant tout ?
C'était limite ironique. Lui qui était si fatigué et qui ne rêvait que de dormir encore cinq minutes auparavant était en train d'analyser son camarade maintenant qu'ils étaient enfin au lit.
Il tourna la tête vers la gauche. Bien que l'obscurité soit complète, il sentait la présence du premier pilote qui était de dos, à ses côtés. Et ça le rassurait de l'avoir près de lui et non en bas dans leur salon glacial. Surtout qu'il savait qu'il était quelque peu fragilisé par les derniers évènements. Et mine de rien, ça le travaillait tout cela.
Duo laissa échapper un soupir.
« Je n'arrive pas à croire que ça pouvait t'arriver. »
Réalisant après coup qu'il avait parlé à voix haute, il fut d'autant plus surpris d'obtenir une réponse claire, Heero ayant refusé de répondre à cette même question un peu plus tôt.
« Pourquoi ? Je ne suis pas parfait. »
La voix était calme. Peut-être qu'elle laissait transparaître une partie de la fatigue sous-jacente, mais elle restait relativement claire, lucide. Naturellement, Duo reprit la conversation qu'il avait initiée sans trop le vouloir.
« Moi non plus. Mais c'est pas pour ça qu'on me tape dessus. »
« Qu'est-ce que ça aurait changé que tu saches ? »
« J'en sais rien. » Répondit Duo de but en blanc.
Heero ferma les yeux. Ça ne les avançait pas. A sa grande surprise, Duo reprit.
« Mais maintenant que je sais, je ne veux surtout pas que ça se reproduise. »
Le brun rouvrit les yeux, surpris par la déclaration. Puis, se remémorant les paroles de Dr. J le vendredi soir, il grimaça intérieurement. Que répondre à ça ? Il n'allait pas mentir à ce sujet.
« Ça se reproduira pourtant. »
« Comment ça ? »
Seul le silence lui répondant, Duo reprit la parole.
« Heero, y a pas de raison que ça se reproduise. »
« Si. »
« Dis, pourquoi on t'a fait ça vendredi ? »
Après une petite seconde d'arrêt, il reprit.
« Je sais, t'as peut-être pas envie d'en parler… Mais bon, il doit bien y avoir une raison. On fait pas ça à quelqu'un pour rien ! » Insista-t-il à mi-voix.
Prenant le silence qui suivit pour un assentiment, Duo poursuivit.
« Donc peu importe ce qu'on a pu te reprocher, si tu fais en sorte que ça ne se reproduise plus, on ne devrait plus te faire subir ça. »
« Ce n'est pas si simple. » Souffla Heero.
« Et pourquoi ? »
« Je… ça n'a pas été fait par la personne qu'il voulait. »
« Et ? » Reprit Duo en se redressant un peu sur un coude.
Il n'avait pas loupé l'hésitation d'Heero en début de phrase, et ce genre de chose était vraiment inhabituel de la part du pilote. Assez pour qu'il y soit attentif et réalise que le jeune homme devait vraiment être troublé ou mal à l'aise.
« Dr. J risque de tout faire recommencer. »
« Hein ! ? Sous prétexte que c'est pas la bonne personne qui t'a… heu… »
Une tonne de mots s'entrechoquaient dans son esprit, battu, frappé, puni… Il ne savait pas quoi choisir pour ne pas faire de mal à Heero avec un jugement hâtif ou un mot qu'il pourrait ressentir comme humiliant. Gêné, il changea l'axe de la conversation.
« Et pourquoi tu y retournerais ? C'est largement suffisant tout ça. On a besoin de toi en un seul morceau. »
« Je n'ai pas le choix, Duo. » Tenta Heero. Bizarrement, le « on » du natté avait presque sonné comme un « je », et au fond ça le perturbait.
« Mais si tu l'as, on viendra pas te chercher ici non plus. »
Au vu du nouveau silence, Maxwell sut qu'il était peut-être allé trop loin.
« Excuse-moi. C'est juste que… ça me fait de la peine de savoir que ça ait pu arriver. Et je sais que je ne sais presque rien, en fait… tout ce que je sais, c'est que tu as dû subir pas mal de choses pour en arriver là, pour ne même pas oser en parler. »
« J'ai toujours été comme ça. » Trancha Heero, tâchant de présenter les choses comme une vérité absolue pour éloigner Duo de la pente vers laquelle ils glissaient.
Il n'était juste pas prêt à se découvrir autant et à laisser le second pilote l'analyser de la sorte. Peu importe que ses conclusions soient justes.
« Je crois pas, non. Tu es trop prudent, trop refermé sur toi-même pour que ce soit inné. Et le peu de choses que tu me dis sur ce que t'a fait J me permet de croire qu'il n'est pas étranger à tout ça. »
« Tu ne sais rien de lui. »
« Explique-moi alors. Pourquoi il a voulu te faire subir ça en plein milieu de la guerre ? Pourquoi il voudrait vraiment tout recommencer ? On ne t'a pas raté, crois-moi. »
Il y eut un court silence avant qu'Heero ne réponde de nouveau.
« … Pas fait par la personne qu'il voulait. »
« Si tu n'es pas frappé par la bonne personne, il faut systématiquement recommencer ? » Dit Duo, horrifié. C'était vraiment vrai cette histoire ?
« Non, c'est parce qu'il s'agissait d'un assistant qui… enfin, il n'aime pas le faire. »
« Parce qu'il faut qu'ils aiment ce qu'ils fassent ? » Interrompit le natté, affligé.
« Ce sont des assistants chargés de la sécurité ou de la surveillance. Qu'ils aiment ce qu'ils fassent peut être utile. »
« Hein ! »
Duo ayant haussé le ton sous le coup de la surprise, il se reprit pour retrouver une intonation normale.
« Et c'est compris dans leur salaire ? » Lâcha-t-il sarcastiquement.
« … »
Se rendant compte qu'il était allé trop loin, il se reprit mais sans s'excuser cette fois. En effet, si la remarque était désobligeante, elle restait proche de ce que pensait Duo au fond de lui.
« Je me suis mal exprimé. Je voulais dire que je trouve aberrant que personne n'ait vraiment réagi mais que beaucoup aiment faire ça, c'est abominable. Ton Dr. J a vraiment de drôles de critères d'embauche. »
« Tu te trompes, ça m'aide plus qu'on ne dise rien. » Répondit doucement Heero sans se focaliser sur la dernière remarque de Duo.
En cet instant, il préférait largement se consacrer à la défense de Ben Harper plutôt que de s'appesantir sur le restant du personnel de sécurité du Docteur J. Dans l'absolu, moins il penserait à eux, mieux il se porterait.
« Tu m'excuseras, mais je ne vois pas en quoi. » Répliqua le natté sans comprendre.
« …Celui qui m'aide fait seulement ce qu'on lui ordonne, pas plus. Tous les autres font plus. Il se ferait virer sur-le-champ en lançant une polémique. » Lâcha Heero après un léger silence.
Duo acquiesça. Oui, il comprenait. Même si l'idée ne lui plaisait pas.
« Les autres te battent plus ? »
« C'est dans leur contrat d'être des hommes de main, d'obéir sans discuter, et occasionnellement de flanquer une correction à des contrevenants, ou de les torturer. Je fais partie de cette catégorie. »
« Et donc il y en a un qui fait moins… »
« Il fait uniquement ce qu'on lui demande, le strict minimum pour que Dr. J juge que c'est suffisant. Parfois il répare la casse après, qu'il la cause ou non. Il y a plus de travail quand il s'agit d'autres. »
« Comme j'ai pu le faire ? »
Heero haussa les épaules dans le noir.
« On n'a pas autant de matériel à portée de main dans nos QG. »
« Ok. »
Quelque part, Duo s'était senti obligé de répondre, de signifier à Heero qu'il avait compris ce qu'il lui avait confié. Et pourtant, il n'arrivait pas à éprouver une sympathie ou gratitude aussi minime soit-elle pour l'homme qu'Heero avait évoqué, sinon défendu.
Il garderait sûrement à jamais l'image de la peau rougie et recouverte de marques allant du rouge foncé au violet gravée dans sa mémoire. Même en sachant que le premier pilote avait de la sympathie pour l'homme qui l'avait battu de façon si cruelle, lui était certain qu'il ne pourrait jamais accepter, et encore moins pardonner, ce qui lui paraissait de la pure désinvolture.
Trois jours plus tard
L'importante mission avait été une réussite totale. Tout s'était déroulé parfaitement. Quatre, bien que fatigué car rentré à peine la veille, s'en était aussi bien sorti que ses trois coéquipiers. Les Mobiles Dolls étaient de vraies plaies, et la destruction de toutes les usines principales du continent avait assené un sacré coup à la Romefeller.
A la suite de la réussite commune, le groupe s'était scindé en deux, laissant Trowa et Quatre d'un côté et Duo et Heero de l'autre. Ils logeaient dans des nouvelles planques qui, cette fois, étaient établies directement sur la mégalopole. L'après-midi était donc bien entamée quand les deux premiers pilotes prirent possession des lieux.
« Il n'y a qu'un lit ? Comment ils ont calculé ça encore ? » Râla le natté en finissant de visiter leur nouvelle planque.
Déjà qu'en arrivant le quartier l'avait étonné par sa richesse apparente, voilà qu'ils se retrouvaient avec une belle planque mais qui aurait été ô combien plus agréable si elle avait conçue pour accueillir deux personnes au lieu d'une !
« Correctement, je ne suis pas censé rester. »
Heero, sans guère s'intéresser à la décoration ni même à la composition de l'appartement, s'était tout de suite installé à la table de la pièce à vivre après avoir branché son module portable.
« Qu'est-ce que tu dis ? » S'étonna Duo en quittant la chambre pour retourner dans la pièce principale.
« J'ai un message de Dr. J, il… veut me voir. » Avoua Heero le regard dans le vague, son expression était fermée et on pouvait presque sentir qu'il se retenait de baisser la tête ou de marquer plus visiblement ce qu'il ressentait.
« Tu ne vas nulle part. » Dit Maxwell d'un ton autoritaire en voyant son coéquipier se lever en fermant le couvercle de l'engin après un petit instant.
« Je n'ai pas le choix, Duo. Sinon ça sera pire ! » Affirma-t-il avant de commencer à fouiller dans son sac posé à deux pas de là.
« Et pourquoi maintenant ? Si ses prétextes sont bidons à ce vieux cinglé ! »
« Comment ça, bidons ? » Interrogea Heero en se figeant, une légère inquiétude transparaissant dans la voix.
C'est vrai, il n'avait jamais parlé de ça, même s'il l'avait un peu laissé sous-entendre. Se remettant en mouvement, il sortit une courte disquette d'une poche interne de son sac avant de revenir devant l'ordinateur et de le remettre sous tension.
« Je me souviens bien de l'erreur imaginaire que tu as commise la dernière fois. »
« … »
« Qu'est-ce que tu fais ? » Demanda Duo en se rapprochant à son tour de la table, se plaçant stratégiquement entre son camarade et la porte.
« Je vérifie une hypothèse. »
« Qui est ? »
« De savoir si la personne qu'il voulait la dernière fois est là. » Déclara le brun en réprimant un frisson.
Duo, s'en apercevant malgré tout, posa sa main quelques instants sur l'épaule largement dénudée par le débardeur vert. Il devait se geler dans cette tenue quand il se déplaçait en Gundam et crever de chaud en plein combat aussi.
« Vérifie si tu veux, mais il est hors de question que tu y ailles. Tu n'es pas guéri, loin de là. Et même guéri, tu n'as pas à aller te faire tabasser de ton plein gré. »
« Ce n'est pas le problème. »
« Heero, tu risques autre chose ? »
« Hn… »
Une page internet complexe s'afficha à l'écran, le pilote du Wing Zero lança une application qui sembla travailler quelques secondes avant qu'Heero ne recommence à manipuler l'appareil. La page hautement sécurisée s'afficha, les absences du personnel avec les motifs : congés, maladie, graves soucis personnels. Elle défila rapidement jusqu'à ce que le brun s'arrête sur un nom. Que Duo après un bref coup d'œil reconnut immédiatement : Girard. Néanmoins il ne dit rien pour ne pas gêner le jeune homme.
Voyant le résultat de sa recherche, Heero se résigna. De toute façon, il faudrait y passer un jour. Autant que ce soit maintenant, même si les conditions étaient très défavorables. Il se leva de nouveau, faisant tiquer Duo qui ne le quittait pas du regard, et se dirigea vers son sac dans lequel il préleva une carte magnétique.
« Où tu vas ? »
« Aux mêmes « bureaux » que la dernière fois. »
« Non. Tu es assez amoché comme ça. …Tu crois que je n'ai pas vu que tu souffres de la jambe droite ? » Rajouta Duo après coup, pensant qu'il pourrait être utile de signifier au pilote, qu'encore une fois, il n'était pas dupe.
Heero soupira, il avait vu ça aussi… Il se tourna pour rassurer 02.
« Ce n'est rien. C'est gentil, mais arrête d'insister, Duo. Tu vas finir par me créer des ennuis. »
« Reste ici, on ne viendra pas t'y chercher. »
« Au contraire. »
« Heero… Je ne sais pas ce qu'on va te faire, mais bon sang, je t'ai vu en meilleur état dans les geôles de OZ ! Il ne faut pas que tu y ailles. »
« Laisse-moi. Tout cela ne te regarde pas. »
« Si. Comment veux-tu t'en sortir en gardant tout pour toi comme ça ? Confie-toi. Si c'est parce que c'est moi, parle à quelqu'un d'autre, mais exprime-toi. »
Le brun jeta de nouveau un bref coup d'œil vers l'écran, puis il déconnecta sa disquette et ferma la page en cours.
« Non… Je te laisse l'ordinateur, il faut que j'y aille. »
« Attends, Heero… »
« Plus tard j'irai, pire ce sera. » Déclara le jeune homme en arrêtant une fois encore son geste.
« Mais… »
« Tu crois quoi ? Que ça me fait plaisir d'y aller ? Je fais ce que je dois, pas ce que je veux. Ça ne m'amuse pas, moi. Ne rend pas les choses plus difficiles ! »
Duo s'avança pour le prendre dans ses bras, étreinte qui engendra un court sursaut chez Heero. Aussitôt, le natté cessa son geste, se contentant de laisser reposer son bras en travers de l'épaule gauche du jeune homme.
« Je crois que tu es fatigué de tout ça. Je crois aussi que tu n'es pas la poupée de J et surtout, surtout, que tu devrais écouter ton cœur plutôt que ta tête. Tu vas te détruire à continuer comme ça. » Dit Duo avec une grande douceur.
« …Ça fait des années que l'on m'entraîne à être ça, une poupée sans cœur, ce n'est pas maintenant que ça va changer. Ça ne peut pas me détruire, puisque ça ne peut pas m'atteindre. » Exposa Heero avec constance.
« D'accord, c'est ce qu'on t'a forcé à devenir, mais tu en avais bien un de cœur avant. Il est devenu quoi, hein ? Tu ne peux pas supprimer ce que la nature t'a donné, ta nature humaine. » Continua le châtain frappant avec justesse la corde sensible qu'était l'humanité du brun.
« Non, j'ai isolé et enfermé. » Répliqua-t-il toujours dans un souffle et sans émotion apparente.
« Tu as raison… Ça ne peut pas te détruire, ça doit être fait depuis bien longtemps. » Lança Duo, triste à cette constatation, mais espérant toujours une réaction quelle qu'elle soit.
