Auteur : Arlia Eien
Titre : Sonna Kotoba de Kokoro Tozashite
Rating : M
Genre : Hurt/Comfort, Amitié ou Romance selon l'interprétation de chacun.
Disclaimer : Gundam Wing, son histoire et ses personnages ne m'appartiennent pas. De plus, je ne gagne pas d'argent avec ce texte.
Note :
(1) Il s'agit d'un repost d'une fanfiction que j'ai écrite originellement en 2007 et retravaillée en 2010. Le style changeant de trop et le nombre de chapitres augmentant, je l'avais ensuite supprimée pour la retravailler à mon aise, voici le résultat – encore perfectible.
(2) Sonna Kotoba de Kokoro Tozashite est un morceau de phrase issu de la character song Ore dake kotoba de Heero Yuy, tous droits réservés. Je vous en propose une traduction en sous-titre.
(3) Comme indiqué, cette histoire est un Hurt/Comfort, comme dans un Angst les personnages sont donc amenés à trinquer. Attention, le rating n'est pas là pour rien ! Après il n'y a ici aucune scène explicite de sexe ou de violence (qui correspondrait à un rating Ma).
Sonna Kotoba de Kokoro Tozashite
J'ai enfermé mon cœur dans des mots
Chapitre 5
Aussitôt, Heero se recula, se débarrassant conjointement du bras du natté. Et, sentant le sang lui monter aux joues, il se tourna pour reprendre le contrôle de lui-même.
Duo eut un instant peur qu'il n'aille droit vers la sortie, mais fut rassuré en le voyant rester sur place. Il tendit un bras vers lui avant de le laisser retomber le long de son corps.
« Dis, tu veux bien me montrer ta blessure ? Je t'aiderai à te soigner. » Proposa-t-il d'un ton qu'il voulait assez enjoué, cachant par là même le côté dramatique de ce qui venait d'être mis à jour une poignée de secondes auparavant.
Son camarade, d'abord sans réaction, haussa ensuite les épaules avant de partir en direction de la chambre d'un pas mesuré.
« Heu, où tu vas ? »
« Me doucher. »
« Ça veut dire que tu as prévu de rester avec moi ? »
Du salon, Maxwell n'entendit qu'un vague « hn » en réponse à sa question. Il sourit à la réponse qui n'était pas aussi claire que cinq minutes auparavant. Soudain, il fronça les sourcils. C'était lui ou Yuy avait totalement évincé le problème de sa jambe boiteuse ?
Illico, il partit d'un pas vif vers la chambre dont la porte était grande ouverte, puis vers leur salle de bain attenante qui, elle, avait une porte hermétiquement close. En temps normal, il aurait certainement pénétré dans la pièce comme s'il l'avait sue vide. Après tout, ils étaient deux garçons. Néanmoins, il se souvenait du fait que le brun avait une pudeur contrairement à lui. Ainsi, il stoppa sa main qui était en suspension au-dessus de la poignée pour toquer à la porte.
Malheureusement, il ne fut pas bien récompensé de sa prévenance, recueillant en tout et pour tout un « quoi ? » peu aimable. Soupirant, légèrement amusé, il décida de rafraîchir la mémoire au premier pilote.
« Et ta jambe ? »
« C'est simplement de l'échauffement… » Tenta Heero, ne souhaitant pas être de nouveau touché comme cela avait été le cas ces jours derniers. Surtout dans l'immédiat, après l'échange qu'il venait d'avoir avec Duo.
Soit, il n'y avait pas eu de débordement mais ce n'est pas parce que quelque chose se déroule sans anicroche que l'on doit forcément le reproduire.
« Heero, arrête de cacher et minimiser tes blessures comme ça. Je ne suis pas un ennemi. Je ne vais pas non plus te considérer comme faible et incapable de remplir une mission parce que tu es blessé. Tu viens de me prouver le contraire en plus. » Réprimanda Duo se doutant que le premier pilote lui racontait n'importe quoi. Pour qu'il boitille, il fallait que ce soit un minimum important. La seule fois où il l'avait vu marcher avec difficulté était quand il s'était fracturé le fémur.
« Ce n'est rien, je m'en occuperai seul. » Répondit 01 tout en se déshabillant. Quand il passa son débardeur par-dessus sa tête, il souffla. En plus ses fringues puaient, il était bon pour les laver alors qu'il ne les avait même pas portées la journée entière.
« Ton dos aussi, c'était rien ! Alors sois gentil et montre-moi quand tu auras fini. »
« Hn. »
Sur ce, Duo retourna dans leur salon chercher la trousse de secours qu'il avait agrémentée des tubes de pommade ainsi que du peu de morphine et de seringues qu'il leur restait. Il en aurait besoin.
Le brun, qui quant à lui avait entrepris de retirer son short, fronça les sourcils. Depuis la fin de la mission, il sentait bien comme une sorte de tiraillement ou de brûlure sur l'arrière de sa cuisse droite – d'où sa marche précautionneuse qui avait alarmé Duo – mais il ne s'en était pas formalisé.
Le problème était que le tissu semblait coller à sa peau. Déjà que l'épiderme était resté sensible à la suite des coups… Alors, en l'occurrence, il hésitait sur ce qu'il devait faire.
Finalement, il décida de l'enlever d'un coup, il aurait moins mal. Serrant les dents, il eut du mal à garder le silence. Cette fois, il n'avait peut-être pas pris la bonne décision, vu comment ça le lançait. Soupirant silencieusement, il décida de prendre la douche qu'il avait prévue, ça ne pourrait que lui faire du bien après tout.
Duo, assis sur le lit, la trousse de secours posée à ses côtés, regardait la porte de la salle de bain. Pas qu'Heero soit long. Enfin si, en fait. Quoiqu'il n'en sache rien. D'habitude, il ne l'attendait pas à la sortie de la douche, alors en vrai, il n'en savait rien.
Machinalement, il passa la main sur la poche droite de son pantalon. Il faudrait qu'il arrête s'il ne voulait pas que le premier pilote se doute immédiatement de quelque chose. En effet, en passant devant l'entrée, il avait réalisé qu'Heero n'ayant jamais promis qu'il n'irait pas à sa « convocation », il valait mieux qu'il agisse immédiatement. Il avait donc tiré les verrous, fermé la porte à double tour et pris le trousseau de clefs sur lui, au cas où.
Soudain, la porte s'ouvrit légèrement sans qu'Heero ne sorte. Prenant à juste titre ce geste comme une invitation, le natté se leva et, se tenant à la lisière de la mince ouverture, prit la parole.
« Dis, je peux entrer ? »
« Hn. »
Ne se le faisant pas dire deux fois, le natté pénétra dans la pièce et vit le brun, une serviette de taille moyenne sur les hanches, en train de rincer ce qui devait être ses affaires dans le lavabo. Finalement, il ne s'était pas monté la tête pour rien ! Si Heero avait fait de la lessive après sa douche, il était normal qu'il l'ait trouvé long.
Le laissant terminer, Duo posa son regard sur le dos d'Heero. Il était toujours couvert de marques. Certes, il y avait moins de marques rouges à certains endroits et la plupart des hématomes avaient disparus. Il n'empêche qu'il trouvait ça totalement démotivant. Quoique démotivant n'était sans doute pas le terme exact, on pouvait plutôt dire que ça l'attristait. Et il avait vraiment le cœur lourd en réalisant que la prédiction d'Heero au sujet des marques était vraie. Une semaine au moins, qu'il avait dit. On en était à cinq jours, et s'il avait découvert cela aujourd'hui, il aurait sans aucun doute peiné à croire que cela avait été fait le vendredi précédent.
Heero, que le regard fixé sur lui mettait mal à l'aise, prit la parole tout en finissant d'essorer son short qu'il balança négligemment sur un support en plastique servant certainement de séchoir.
« Tu voulais ? »
Aussitôt, Duo sortit de sa contemplation et, clignant des paupières, se reprit rapidement. S'il espérait vouloir soigner son camarade, il ne fallait pas qu'il reste planté comme un imbécile.
« Que tu me montres ta jambe. »
Un bref soupir se fit entendre, suivi d'un regard porté brièvement vers le plafond blanc de la salle de bain.
Duo, anticipant un refus, reprit la parole, empêchant par la même occasion le premier pilote de répondre.
« Ecoute, je peux comprendre que tu n'aies pas envie que je te soigne, mais ce sera bien plus pratique si c'est moi qui le fais. Toi, ça se trouve, tu ne peux même pas voir. »
Malgré son argumentation qu'il jugeait pourtant convaincante, Heero sortit de la pièce sans lui jeter le moindre regard. Peu heureux de voir le brun l'évincer de la sorte, il fronça les sourcils et lui emboita le pas. Puis, voyant le jeune homme se coucher à plat ventre sur le lit, calant sa tête sur ses avant-bras, il resta sur le pas de la porte les bras ballants, comme hébété.
« Qu'est-ce que tu fais ? »
« C'est bien toi qui me harangue pour voir ma jambe, non ? »
Duo cilla et se reprit tout aussitôt, souriant légèrement. Il ne comprenait pas pourquoi Heero avait changé d'avis, mais à vrai dire le pourquoi lui importait peu. Il se serait mal vu essayer de le forcer physiquement à lui montrer sa blessure. Il aurait pu essayer bien sûr, mais il ne pensait pas qu'il aurait réussi et ce n'était pas la meilleure chose à faire s'il comptait apprivoiser le jeune homme.
Aussitôt, Duo rejoignit le lit et s'asseyant sur le bord se pencha pour ouvrir la boîte qu'il avait apportée. Il se redressa puis s'avança sur l'édredon pour avoir un meilleur accès à la jambe blessée. Une fois fait, il releva le pan droit de la serviette de sorte à enfin pouvoir découvrir la blessure censée être un simple échauffement selon les critères d'Heero.
Sentant ce dernier se contracter brièvement, il arrêta un instant le mouvement. Mais, comme Heero ne dit rien, il continua néanmoins et découvrit toute une surface rouge vif parsemée de quelques cloques au centre. Loin d'une simple irritation, il y avait une sorte de brûlure qui suintait au niveau de certaines bulles.
« Et merde ! Manquait plus que ça… Mais comment t'as fait pour te faire ça, bon sang ?! »
« Je ne s… sais pas. » Bredouilla le brun alors que Duo commençait à tamponner sa cuisse à l'aide d'une compresse qu'il s'était empressé de saisir, puisque le truc exsudait.
« T'as mal au moins ? » Interrogea-t-il à brûle pourpoint.
« Hn… » Admit le premier pilote au bout d'une courte hésitation.
« Beaucoup ? »
« C'est supportable. »
« Yuy, je te demande pas si tu supportes, je te demande si tes nerfs fonctionnent ! Je ne peux pas sentir à ta place. Y a des cloques donc ça peut être important ! » Pesta le natté, entre l'inquiétude et l'agacement en l'entendant nier en bloc toute sensation de souffrance intense.
« Hum… »
Duo souffla pour évacuer les sentiments négatifs qu'il éprouvait et continua à nettoyer la cuisse en faisant attention aux cloques. Déjà qu'il avait surement enlevé le short brutalement alors qu'il n'aurait pas dû, perçant par la même occasion certaines bulles. Au vu de la nature de la blessure, ce n'était pas la peine d'en rajouter.
« Tu sais vraiment pas comment tu t'es fait ça ? » S'enquit Duo une fois qu'il se fut calmé un minimum.
« Non. C'est le frottement. » Dit Heero pendant que le châtain faisait pénétrer de la crème de type Biafine sur la blessure.
« Le frottement ? »
« Hn… »
« Le lycra c'était pas le mieux vu comment ta peau est abîmée, surtout pour la mission… J'aurai dû te prêter un de mes pantalons. » Se reprocha-t-il à voix haute, repoussant de sa main libre une mèche gênante de son visage à l'arrière de l'oreille.
Il allait falloir faire un bandage. Même si ce n'était pas toujours recommandé pour des plaies de ce type, Heero voudrait logiquement s'habiller. En plus, au vu de l'emplacement, il serait en appui sur cette nouvelle blessure dès qu'il serait en station assise.
« Non. »
« Mais si, j'aurais pu y penser quand même, que ça te ferait ça avec le frottement et l'humidité, on transpire toujours quand on pilote. »
« Je n'ai pas le droit de porter autre chose lors des missions. »
« Hein ? » Lâcha Duo s'interrompant dans le bandage de la jambe.
« Ça aurait donné un motif à Dr. J pour me punir. Je n'avais pas besoin de ça. »
S'il était parfois habillé autrement hors combinaisons, c'était pour la seule et unique raison qu'il avait la certitude que le docteur ne pourrait pas vérifier. Mais ça, il ne le dirait pas à Duo.
« Ni d'une blessure à la jambe. » Reprit le natté sur un ton de reproche.
Duo soupira. Ça ne servait sans doute à rien de le sermonner. Après tout, si Heero s'était laissé faire, c'était certainement parce qu'il avait vraiment mal et qu'il avait compris qu'au vu de la nature et le positionnement de la brûlure, il avait besoin de soins et qu'il ne pourrait pas se les administrer seul. Le natté se mordilla la lèvre inférieure. En plus il était venu de lui-même, le rabrouer n'était absolument pas une bonne technique pour l'inciter à se laisser faire une fois prochaine.
« Ça va mieux ? » Demanda-t-il gentiment et sans arrière-pensée.
Heero écarquilla un peu les yeux, étonné par la question. Qu'est-ce que ça changeait qu'il se sente bien ou non ? Il haussa donc légèrement les épaules pour faire comprendre à Duo son incompréhension doublée d'un fatalisme sous-jacent, sans avoir à s'ouvrir pour autant.
A vrai dire, depuis leur retour de mission et l'analyse un peu trop correcte de Duo à propos de son état psychologique, il n'osait plus trop s'exprimer autrement que par des gestes ou des phrases neutres et qui collaient bien à l'idée que Dr. J avait d'un soldat.
Il s'était en quelque sorte senti mis à nu sous les quelques mots que Duo avait pourtant lâché sans tout savoir. « Ça ne peut pas te détruire, c'est fait depuis bien longtemps. » Cette phrase avait fait remonter divers souvenirs. Souvenirs qu'il préférait tenir à l'écart au fond de son âme. Puis en même temps, il s'était senti un peu comme… compris. Alors que le natté ne savait rien, ou pas grand-chose.
Au fond de lui, il sentait que s'il révélait des choses à Duo ce n'est pas lui qui serait jugé en tant que soldat ou humain, mais plutôt les faits et surtout ceux qui l'avaient entouré. Parce qu'il avait bien compris que Maxwell ne portait guère le Docteur J dans son cœur, ce qui avait, d'ailleurs, toujours été réciproque.
« Enfin, faudrait quand même éviter que ça se propage. »
Heero fronça les sourcils. De quoi parlait-il ? C'était une brûlure qu'il avait, pas un champignon… La suite de la déclaration de Duo l'aiguilla.
« Tu serais d'accord pour que je te mette de la crème que tu ne te retrouves pas couvert de plaies ? »
« Non. »
« Ce serait plus prudent. Comment tu feras si tu récoltes d'autres brûlures ? »
Heero se tourna sur le côté avant de se redresser d'un bras et de se lever. Une fois debout, il se contenta de hausser les épaules.
« Je ne vais pas perdre mon temps à soigner des blessures hypothétiques. »
Cette réponse ne plut pas au natté qui fronça les sourcils mais ne dit rien, ne voulant pas se mettre le jeune homme à dos. Il n'empêche qu'il ne voyait pas cela d'un bon œil. Il valait mieux prévenir que guérir. Surtout que cette fois il n'y avait aucune mission à préparer. Il garda son air contrarié tout en rangeant la pommade à sa place dans la boîte métallique. Oui, il laisserait à Heero son excuse de perte de temps. Mais au demeurant, lui voyait bien que ce n'était qu'une façade. Après tout, n'allaient-ils pas passer trois jours à se tourner les pouces ?
Pendant ce temps, Heero avait pris le chemin du salon où étaient restées ses affaires, et, arrivant au niveau de l'entrée de l'appartement, se stoppa net. Il était certain que quelque chose clochait. Rapidement, il s'aperçut que les clefs qui pendaient sur le crochet métallique du mur la dernière fois qu'il était passé à cet endroit-là étaient désormais absentes.
Il fronça aussitôt les sourcils et déposa alors son regard sur la porte située plus loin sur sa droite, dans la petite alcôve comparable à une entrée. Les deux verrous qui entouraient la serrure étaient tous les deux tirés, le métal barrant naturellement le côté de la porte et en plus descendant et montant respectivement le long du blindage. Bien qu'aucun signe distinctif ne lui permette de le vérifier, il était persuadé que la serrure était fermée à double tour.
Duo qui l'avait suivi, l'observait depuis l'embrasure menant à la chambre. Voyant sa réaction, il tâchait de savoir quelle humeur allait prédominer maintenant qu'il avait remarqué sa piètre tentative. Le natté ne savait vraiment pas ce que cela pouvait donner.
Un élan de mauvaise humeur peut-être. A moins qu'il ne se vexe au vu de la manœuvre possessive et surement déplacée à ses yeux. Ou peut-être allait-il partir dans un rire hystérique devant sa stupidité. Parce que les verrous ne servaient à bloquer le passage que si l'on était de l'autre côté de la porte, évidemment. Ou alors, il allait lui faire une remarque logique et matérialiste en signalant qu'il pouvait forcer la porte, prendre les clefs à Duo ou même sauter par la fenêtre même si le petit appartement était situé au septième étage – il avait déjà fait mieux, ou pire, selon le point de vue adopté.
Duo avala sa salive en le voyant cesser sa contemplation. Mais contrairement à ses attentes, il vit seulement Heero se diriger tranquillement vers son sac et le fouiller pour y récupérer du linge propre. Il secoua la tête, se sentant stupide. Peu importe ce qu'Heero pensait, il était évident que sa préoccupation première serait de se vêtir.
Il retint un rire nerveux, jugeant ses craintes premières parfaitement ridicules. Il aurait dû y réfléchir deux secondes. Heero ne se serait pas précipité vers la fenêtre avec seulement une serviette sur les hanches pour sauter de leur septième étage et aller voir J au pas de course.
Le voyant choisir un débardeur vert et un short en lycra répliques de ceux qui séchaient dans la salle de bain, il eut un bref regard réprobateur. Apparemment, il n'avait pas peur des brûlures ! A moins qu'il soit tout simplement négligent. Après tout ce n'était pas étonnant, vu sa façon de gérer sa santé en général et ses blessures en particulier. Il avait dû être élevé dans ce genre d'optique tordue. Il grimaça inconsciemment. Plus ça allait, plus il détestait J. Il ferait peut-être mieux d'arrêter de réfléchir, sinon il y aurait un mort lors de la réunion stratégique à laquelle ils étaient convoqués trois jours plus tard. Ce serait quand même dommage que le vieux débris qui lui servait de mentor soit endeuillé…
« Tu rêves. »
Duo cligna plusieurs fois des paupières, surpris par la proximité d'Heero qui était à moins d'un mètre, bras croisés sur le torse.
« Si tu veux m'empêcher de sortir, tu te trompes de porte. »
« Hein ? Heu ! Oui. »
Aussitôt Duo se poussa, appuyant négligemment son dos sur le chambranle de la porte menant à la chambre.
Dès qu'il eut libéré une partie de l'espace, Heero s'engouffra dans la pièce avant de poursuivre dans la salle de bain, qu'il puisse s'habiller tranquille.
Ne sachant pas trop quoi dire pour réalimenter la conversation, Duo décida de réitérer sa proposition.
« Tu es sûr de ne pas vouloir de pommade sur tes marques ? Juste de quoi hydrater, pas de médocs ! » Lança-t-il, se disant que c'était peut-être l'aspect médical de l'acte qui déplaisait au pilote.
Il finissait à peine sa phrase que le brun ressortait vêtu de la salle d'eau.
« Plus tard. »
« Tu sais… »
Duo, qui s'apprêtait à le morigéner bien qu'il se soit promis de ne pas le faire peu avant, se coupa net et ses yeux s'écarquillèrent à l'entente de la réponse inattendue.
« Plus tard ? »
« … »
« Plus tard quand ? » Répéta-t-il stupidement, réalisant sans trop y croire que non seulement Heero venait de lui donner son accord, mais qu'en plus, à la façon dont il l'avait formulé, il acceptait qu'il fasse usage de médicaments adaptés et non pas d'une crème pour le corps basique comme il venait pourtant de lui proposer.
Un simple haussement d'épaules lui répondit. Il aurait bien essayé de décrypter l'expression d'Heero même si sa dernière tentative avait été un échec total, mais celui-ci lui tournait le dos. En plus, à vrai dire, il ne comprenait toujours pas bien le calme apparent de Heero Il se détacha du mur sur lequel il était resté appuyé, soudain plus éveillé.
« Pas après que tu te sois fait tabasser, j'espère ! »
« Je n'irai pas. »
« Hein ? » S'étonna de nouveau Maxwell.
« Je n'irai pas. »
Cette fois, Duo était totalement paumé. Heero avait été convaincu par deux verrous tirés ? Il avait sans doute loupé un épisode, perdu dans ses pensées comme il l'avait été.
« Heu, y a une raison ? » Finit-il par demander, ne trouvant pas de réponse satisfaisante par lui-même.
« Tu ne veux pas que j'y aille. »
Cette fois, Duo éclata d'un rire nerveux, déclenchant la perplexité d'Heero qui se retourna pour l'observer.
« Quoi ? »
« Excuse-moi » Lança-t-il entre deux éclats de rire. « Mais j'ai du mal à croire que tu te sois convaincu en si peu de temps. »
« Contrairement à ce que tu sembles croire, je n'ai pas envie d'y aller. »
Duo hocha la tête, calmé, appréciant ce genre de remarques qu'il trouvait tout à fait naturelle. Un léger sourire sur le visage, il se gratta le dessus de la tête, se demandant tout de même pourquoi Heero l'avait mêlé à sa décision de ne pas y aller. Réfléchissant de nouveau, une question lui vint à l'esprit.
« Dis, J ne risque pas… »
Si Heero s'était senti si empressé d'y aller, il y avait peut-être des raisons, en fait.
« Est-ce qu'il risque de me faire rechercher ? » Formula Heero qui avait anticipé la question en constatant la stupéfaction de Duo à l'instant.
De ce qu'il avait constaté, le natté avait toujours essayé de le comprendre et avait tendance à poser des questions s'il ne savait pas – peut-être même par intérêt pour sa personne. Il était donc logique que cette fois ne déroge pas à la règle. Bien qu'il n'en eut pas totalement conscience, au bout de plusieurs journées pendant lesquelles Duo avait été particulièrement attentif à lui, Heero s'était en quelque sorte habitué à cette façon de faire, la supportait mieux, et réagissait en conséquence de lui-même.
« Par exemple. » Acquiesça Duo.
« Aujourd'hui, aucune chance. Dr. J m'attend et il n'est pas au courant de tes planques. »
« Et demain ? »
« J'irai demain. » Conclut Heero en reprenant la direction de la pièce à vivre.
Voyant l'expression de Duo se teinter peu à peu d'inquiétude, voire d'une certaine déception, il se stoppa et décida de s'expliquer, mal à l'aise au vu des sentiments négatifs qu'il influait au natté sans le vouloir. Il avait toujours eu du mal à supporter le fait de décevoir les gens, et en particulier ses supérieurs hiérarchiques ou plus grossièrement les personnes qui comptaient sur lui. A force de fréquenter les autres pilotes au vu des missions communes, c'était à croire que ce comportement commençait à s'appliquer à eux également.
« Si je n'y vais pas demain, on me tombera dessus samedi. »
« Parce que si tu y vas demain, on ne te tombera pas dessus, peut-être ? C'était pourtant pour ça qu'on te convoquait, non ? » Reprit Duo, ne voyant pas la différence.
« Je ne veux pas que ça arrive samedi. » Evinça partiellement Heero.
« Pourquoi ? »
Cette fois il n'eut aucune réponse, le brun se contentant de hausser les épaules, les yeux clos. A vrai dire, c'est vrai que sa question était bête. Les quatre pilotes seraient présents pour la réunion du samedi. Sans doute qu'Heero cherchait à éloigner au maximum les deux évènements. Embarrassé et ne sachant pas trop quoi dire, il décida d'abandonner le sujet pour le moment. De toute façon, il avait d'autres préoccupations.
« On n'a rien à manger pour ce soir. Tu as de l'argent sur toi ? » Tous ayant sauté le repas de midi au vu de la mission, il devenait urgent de se procurer de la nourriture.
Heero soupira silencieusement puis acquiesça et se dirigea de nouveau du côté de la table pour aller fouiller dans son sac. Il le saisit pour le poser sur le meuble à côté de son ordinateur portable et en sortit une petite pochette contenant différent papiers. De là où il était, Duo entrevit plusieurs passeports états-uniens et colons ainsi qu'une carte d'identité européenne qu'Heero déposa sur la table, s'arrêtant sur un boîtier fin argenté qu'il ouvrit d'un geste où transparaissait l'habitude. Il parcourut du bout des doigts les différentes cartes qu'il contenait avant d'en saisir une correspondant à une grande banque américaine et de la lancer d'un geste vif à Duo.
« Quatre, cinq, six, neuf. » Récita-t-il à l'adresse du natté qui avait rattrapé la carte, les yeux grands ouverts, ne s'attendant pas à cette réaction précise.
« C'est quoi ça ? »
« Une carte de crédit. »
« Merci, j'ai vu. Pourquoi me la donner, tu n'as pas peur que je te la vide ? » Vu comment J semblait l'estimer il ne serait guère étonnant qu'on l'ait décrit comme un voleur – ce qu'il était effectivement en certaines circonstances.
« J'en ai d'autres. » Répondit simplement le premier pilote en rangeant ses affaires dans son sac de sport noir qu'il reposa au sol et poussa un peu plus loin avant de s'asseoir devant son portable et de commencer à pianoter.
Duo pensa que ce n'était pas une excuse avant de réaliser autre chose.
« Attends, tu ne viens pas avec moi ? »
« Je serai là à ton retour. Si tu n'as pas confiance, commande. » Trancha Heero en finissant sa manipulation. Du moins, il semblait avoir fini puisqu'il avait cessé de marteler le clavier pour parcourir ce qui devait être affiché à l'écran.
Le natté cilla, un peu inquiet malgré tout.
« Non, j'ai besoin de prendre l'air. A tout de suite ! »
Dans l'heure qui suivait, Duo était revenu à leur appartement. Ils avaient la chance d'avoir un centre commercial de taille moyenne à une dizaine de minutes à pied de leur immeuble, véritable luxe vu qu'ils logeaient dans un quartier résidentiel.
Maxwell avait pu s'apercevoir de cet énorme avantage qui favoriserait leur approvisionnement en nourriture comme en matériel, lors de sa sortie de fin d'après-midi. Il avait parcouru le quartier de long en large pour voir de ses yeux l'ambiance et le type de personnes qu'on pouvait y rencontrer, choses qui ne figuraient jamais dans les descriptifs des locations qui leur servaient de planques.
Il avait ainsi pu constater que leur appartement donnait dans une rue adjacente à la route principale et devait par conséquent être plus calme et discret que les lofts avec terrasse qui bordaient la quatre voies. La population était globalement constituée de travailleurs de classe moyenne. Il avait aperçu à la bouche de métro quelques personnes avec des mallettes qui s'assortissaient bien avec les immeubles de standing. Ça changeait énormément de la précédente planque qui lui avait semblée plus rurale, petite maison mal isolée et au parquet grinçant perdue dans un champ à deux cents mètres de la forêt.
De plus, pas une trace d'OZ, de la Romefeller ou de n'importe force armée. A voir ces gens rentrant tranquillement de leur travail de bureaucrate, c'était à croire qu'il n'y avait jamais eu de guerre et que la mission de la mi-journée n'avait été qu'un mauvais rêve.
Enfin, au cours de sa balade instructive, il avait fini par découvrir ce centre commercial qui leur faciliterait grandement la vie. N'appréciant pas ce genre d'endroit outre mesure, il s'était arrêté dans le premier magasin de vente à emporter qu'il avait trouvé : un traiteur asiatique, et avait rapidement opté pour des nouilles chinoises, un classique qui avait des chances de plaire à Heero.
Il était rentré en début de soirée, un sac à la main, et conformément à ce que Heero lui avait affirmé, il l'avait retrouvé au salon toujours à pianoter devant son ordinateur. Ignorant totalement ce que le jeune homme avait pu faire sur sa machine, il le vit néanmoins stopper brusquement une manipulation quelconque. Drôle de réaction. Duo haussa les épaules, ce n'était pas lui qui s'en soucierait outre mesure, ni qui commencerait à l'espionner. Heero était toujours là, c'était ça qui était important.
« Salut ! » Il fouilla dans ses poches pour mettre la main sur la carte de crédit. « Tiens, merci. » Poursuivit-il en tendant l'objet à Yuy.
« Hn. »
Pas plus bavard qu'à son départ en tout cas… Quoique maintenant qu'il y regardait bien, il lui trouvait un air soucieux qu'il n'aimait pas vraiment.
« Un souci ? »
Heero releva le regard vers lui, quittant pour la première fois sa machine des yeux depuis le retour de Duo. Il hésita quelques secondes sur la réponse qu'il allait donner, puis se ravisa et se contenta d'arborer un air qu'il voulait neutre. Duo, lui, trouva qu'il semblait surtout désabusé et, fronçant les sourcils, s'inquiéta.
« Quoi ? J t'a envoyé un nouveau mail ? »
Ça ne pouvait pas concerner leurs camarades, sinon il l'aurait informé de suite. Ça concernait donc le côté « privé ».
Heero cligna rapidement des paupières devant la répartie qu'il jugea surprenante. Qu'est-ce qui avait pu lui faire penser ça ?
« Non. » Se contenta-t-il de répondre, ne voyant pas ce qu'il pouvait ajouter.
Pour Duo, le message renvoyé était tout autre. Ok, Heero ne voulait pas en parler. Autant passer à un autre sujet, que tous deux se changent les idées.
« Sympa comme quartier, je crois pas avoir déjà eu une planque dans un coin comme ça. D'ailleurs, je comprends pas bien pourquoi G m'a attribué ça. Ce que j'ai dépend souvent des installations des Sweepers. »
« Ce n'est pas le Pr. G qui te l'a attribué, tu avais un studio sur le port. »
« Hein ? Tu veux dire que c'est un « cadeau » de J ? Attends, tu as dit qu'il était pas au courant de mes planques… »
« C'est vrai. J'ai pris la liberté de te réserver ça. »
Duo cligna des paupières.
« Bah, merci alors ! »
Heero haussa légèrement les épaules faisant mine de ne pas accorder d'importance à la reconnaissance de Duo. Néanmoins, il était satisfait de voir que son attention avait été appréciée à sa juste valeur.
Puis, sentant l'odeur de la nourriture encore tiède, il déplaça son ordinateur de façon à libérer la majeure partie de la table. Une nouvelle fois, l'épreuve d'un dîner en tête à tête se présentait à lui. Heureusement, il l'abordait avec sérénité : leur mission l'avait considérablement creusé, pour cette fois il ne devrait pas se forcer.
