Auteur : Arlia Eien
Titre : Sonna Kotoba de Kokoro Tozashite
Rating : M
Genre : Hurt/Comfort, Amitié ou Romance selon l'interprétation de chacun.
Disclaimer : Gundam Wing, son histoire et ses personnages ne m'appartiennent pas. De plus, je ne gagne pas d'argent avec ce texte.
Note :
(1) Il s'agit d'un repost d'une fanfiction que j'ai écrite originellement en 2007 et retravaillée en 2010. Le style changeant de trop et le nombre de chapitres augmentant, je l'avais ensuite supprimée pour la retravailler à mon aise, voici le résultat – encore perfectible.
(2) Sonna Kotoba de Kokoro Tozashite est un morceau de phrase issu de la character song Ore dake kotoba de Heero Yuy, tous droits réservés. Je vous en propose une traduction en sous-titre.
(3) Comme indiqué, cette histoire est un Hurt/Comfort, comme dans un Angst les personnages sont donc amenés à trinquer. Attention, le rating n'est pas là pour rien ! Après il n'y a ici aucune scène explicite de sexe ou de violence (qui correspondrait à un rating Ma).
Sonna Kotoba de Kokoro Tozashite
J'ai enfermé mon cœur dans des mots
Chapitre 6
Les deux pilotes avaient mangé rapidement ce qu'avait rapporté le natté après l'avoir fait réchauffer au micro-onde. Puis, la soirée étant déjà bien entamée, Heero s'était remis à son ordinateur – pour vérifier les mouvements sur sa carte de crédit ? – et Duo était allé zapper un peu devant le téléviseur où il put voir avec satisfaction les journalistes de tous les grands journaux télévisés se catastropher devant la perte irrémédiable des précieuses usines de Mobiles Dolls américaines comme s'il s'était agi d'un monument national et non d'installations de la Romefeller. N'importe quoi.
Il était ensuite passé sur une chaîne d'information en continu pour profiter des images de leurs Gundams et faire une sorte de débriefing plaisant, se comportant un peu comme le font les hommes quand ils regardent du sport à la télévision. Il ponctuait les commentaires de la présentatrice, une blonde selon lui engagée plus pour son physique que pour ses compétences, de ses propres interprétations évidemment bien plus justes et précises.
Néanmoins, au bout d'un moment Heero éteignit sa machine, fatigué par leur journée active. Surtout qu'il faudrait qu'il se lève tôt le lendemain, s'il ne voulait pas avoir à affronter Maxwell avant de se rendre à sa convocation.
« Je vais me coucher. » Prévint-il surtout pour savoir où il devait s'installer.
Duo, que son jeu commençait à lasser, détourna les yeux de l'écran pour parler à son coéquipier.
« Ok, pas de souci mec ! Prends un côté du lit, je te rejoins bientôt. »
« Hn. »
Se rappelant soudain quelque chose, Duo reprit la parole.
« Au fait, la pommade tu la veux maintenant ou ton « plus tard », il est encore plus tard ? »
Heero cilla. Il avait oublié cette phrase qu'il avait lancée au petit bonheur la chance, plus pour faire plaisir et être tranquille que par envie. Oui, il n'en avait même plus du tout envie maintenant, en admettant qu'il en ait eu envie à un instant quelconque, ce dont il doutait fortement. Duo continua sur sa lancée sans se rendre compte du trouble de son coéquipier.
« Faudrait peut-être vérifier ta blessure… Quoique non, une brûlure vaut mieux pas y toucher. J'espère qu'elle a pas fait de petits vu comment tu t'es habillé. » Lança-t-il d'un air pensif, espérant mieux faire passer son message s'il était déguisé sous forme d'humour.
Il sursauta en entendant le couvercle de l'ordinateur être rabattu brusquement. Heero, lui, fronça les sourcils et se leva pour prendre la direction de la chambre, en colère contre lui-même.
La dernière assertion de Duo venait de lui faire réaliser peu agréablement que ces jours-ci, il ne cessait de tout remettre au lendemain. Sa visite à Dr. J, cette pseudo promesse de se laisser soigner qui n'en était pas une… Promesse, ça sortait d'où encore ça ? En plus, il n'aurait même pas dû être ici.
C'était une chance que Duo ne lui ait pas fait remarquer que s'il comptait s'installer avec lui – vrai, puisqu'il avait apporté ses affaires dans cet appartement – il aurait mieux fait de choisir un trois pièces, vu que c'était lui qui s'était assuré de la réservation. Ou bien le natté faisait juste preuve d'un tact inhabituel venant de lui.
En effet, ce silence lui évitait d'avouer son manque cruel de volonté et de spécifier qu'il n'était qu'un invité comme l'appartement avait été à la base réservé pour l'utilisation exclusive de Maxwell. C'était en tout cas ce qu'il avait indiqué au Professeur G dans son message justifiant le changement de planque de 02. Ça et une expression arrogante pour signifier qu'il ne voulait en aucun cas que Duo soit en retard à la réunion du samedi à cause de la distance entre le port et les bâtiments du Docteur J.
Un prétexte qui manquait incroyablement de délicatesse, Duo n'avait jamais été en retard. C'était exactement le genre de critiques sans fondement que Dr. J savait faire à l'égard du pilote du Deathscythe Hell. Le Professeur G avait d'ailleurs dû mettre ça sur le compte du docteur sans chercher plus loin. Heero était bien placé pour savoir que le professeur, comme ses trois autres collègues, ne répétait pas le dixième de ce que déblatérait à tort Dr. J sur tout le monde – lui compris.
Il soupira silencieusement en appuyant sur le bouton commandant la fermeture du volet électrique de la chambre, à côté de la fenêtre.
C'était d'ailleurs un miracle qu'aucun échos de ce que pouvait dire Dr. J à son égard ne lui soit encore revenu aux oreilles. A croire que c'était lui qui manquait le plus de tact dans leur petite organisation. Se sentant reconnaissant de cet état de fait, cela le calma plus profondément qu'il ne l'avait cru et lui permit de sentir la présence de Duo qui venait d'arriver sur le pas de la porte.
Sitôt qu'il eut repéré Maxwell, celui-ci prit la parole, agissant comme s'il avait craint d'avoir une réaction vive s'il le surprenait.
« Si ça t'emmerde tant que ça que je te soigne, dis-le. Tu pourras toujours le faire tout seul ou ne rien faire du tout. » Il se gratta la tête et soupira.
Dans la pénombre de la chambre, Heero ne pouvait pas voir grand-chose. Néanmoins, il trouva au second pilote un air affecté qui lui déplut fortement.
Bien sûr que ça le gênait de se faire encore toucher, même si c'était par Duo, même s'il y avait une bonne raison pour ça. Mais d'un autre côté, que risquait-il vraiment objectivement parlant ? Pas grand-chose. Puis ça ne durerait pas des heures, juste quelques minutes désagréables à passer, qui si elles ne lui apportaient pas un mieux, restaient du moins inoffensives.
Satisfait de sa nouvelle résolution qui répondait correctement à l'engagement qu'il avait pris plus tôt dans l'après-midi – certes dans un moment d'égarement – Heero se dirigea vers le seuil de la porte et alluma la lumière, chose que Duo n'avait pas trouvée nécessaire, la lumière du salon éclairant partiellement la pièce.
Maintenant, il allait devoir signifier verbalement son changement d'opinion, parce que tout dans son attitude précédente contredisait une franche envie de recourir aux services de Duo.
Ce dernier, qui n'avait cessé de l'observer, cligna finalement des paupières en signe d'assentiment, comme s'il avait plus ou moins compris le dilemme de son camarade. Il fit alors demi-tour vers le salon et alla derrière le canapé, là où il avait redéposé leur amie la trousse de secours.
Pendant ce temps, Heero s'assit sur le côté droit du lit et enleva les chaussettes qu'il avait réenfilées pendant l'absence de Maxwell, marcher pieds nus sur le carrelage de la pièce à vivre ne faisant pas partie de ses activités favorites. Puis il commença par retirer son débardeur dont il n'aurait pas besoin cette nuit vu que Duo était au courant des stigmates qui persistaient sur son dos. Enfin, il se glissa sous les draps et finit de se déshabiller sommairement avant de se tourner sur le ventre. Au moins, on ne pourrait pas dire qu'il ne faisait pas d'efforts. Le natté aurait le loisir de lui tartiner le dos avec sa crème à base d'on ne savait pas trop quoi, de l'arnica peut-être ?
De retour un instant plus tard, Duo eut le plaisir de voir le brun plus calme que précédemment ; et surtout, en état d'être traité. Se laissant tomber à même le sol aux côtés du jeune homme, il baissa légèrement le drap sur les hanches avant d'ouvrir son tube et d'en mettre une quantité moyenne sur sa main.
« Je sais pas si c'est moi qui ai dit un truc ou si c'est de ne pas être allé voir J, mais faut pas te mettre dans des états pareils, tu sais. » Commença le châtain en commençant à imprégner le bas des omoplates.
« Je vais bien. »
« Tu donnes pas vraiment l'impression, Heero. Bon ok, tu semblais pas sur le point de péter un câble, mais c'est déstabilisant de te voir tergiverser comme ça. » Répondit Duo en remettant de la pommade sur la main pour passer au bas du dos.
« … »
« Te trompes pas, c'est pas une critique ! Mais tu devrais peut-être essayer de ralentir, de relativiser comme tu le fais en mission… Ça te ressemble pas d'avoir l'air si stressé. »
Ayant terminé le dos, il réappliqua de la crème sur ses doigts et passa la main sous les draps déclenchant une contraction de ses muscles au niveau des épaules comme à chaque fois qu'il l'avait touché à un endroit plus sensible. Pas la peine de le découvrir, il avait vu que le short trônait sur le sol. Du moins pour le moment, Heero le remettrait sans doute. Sachant d'avance qu'il ne pourrait rien mettre sur la cuisse droite qui était toujours bandée, il passa rapidement à la fesse puis à la cuisse gauche sur lesquelles comme sur le dos perduraient encore des aspérités là où le cuir de ce qui était certainement un fouet avait commencé à entailler la peau.
Duo se demanda si parmi elles certaines étaient plus anciennes ou si d'autres étaient dissimulées par les actuelles encore trop présentes. C'était certainement le cas. Lui n'avait jamais goûté à pareil instrument – même quand il avait été entre les mains d'OZ, c'était dire – et ce n'était pas du tout dans ses projets à court comme à long terme.
Il ne put que ressentir une sorte d'admiration pour Heero en réalisant que le jeune homme n'avait laissé échapper aucun gémissement ou autre son assimilable à une expression de douleur. Peut-être bien qu'il n'avait plus aussi mal. A moins que ça ne soit la force de l'habitude. Étouffant un soupir, il frôla d'une vague caresse l'arrière de la tête du brun.
« C'est bon ! J'ai fini, tu peux te rhabiller. » Dit-il d'un ton plus enthousiaste que précédemment.
« Hn. » Marmonna Heero en repassant sur le côté.
Charmante réponse…
« Tu pourrais me prêter un boxer, s'il te plait ? »
Duo cilla puis sourit.
« Bonne initiative ! Y a aucun souci. »
Il balança son tube dans la trousse de secours et, sortant rapidement, alla chercher un sous-vêtement dans son propre sac. Une fois revenu dans la chambre, il le lança à Heero qui le récupéra d'une main.
« Tiens ! Noir, comme ça tu seras pas dépaysé. » Lâcha-t-il ponctuant sa phrase d'un clin d'œil.
Sur ce, il avait quitté la chambre pour ranger la pièce adjacente et éteindre la télévision. Lui aussi était fatigué, après coup. Et puis, il aurait bien aimé se lever tôt le lendemain pour acheter la presse du jour histoire de s'occuper mais aussi et surtout pour voir quels étaient les projets de leurs adversaires. Quelle propagande ils faisaient circuler pour couvrir leurs arrières, et plus spécialement s'ils avaient décidé de refaire un coup de pub en ressortant la charmante photographie qu'ils avaient faite lors de sa capture en août dernier. Parce que si c'était le cas, il devrait de nouveau se dissimuler pour sortir, s'il sortait.
Décidant de remettre à plus tard de telles considérations purement hypothétiques, il se rendit de nouveau dans la chambre pour aller se coucher. Il se dirigea vers le côté du lit que lui avait laissé Heero et remarqua qu'il s'agissait du gauche, côté fenêtre. Il se laissa alors tomber sur le matelas et se déshabilla à son tour, rangeant ses affaires aussi soigneusement que l'avait fait Heero, c'est-à-dire en les jetant au sol.
En pivotant pour se glisser sous les draps, il nota que le lit était plus grand qu'il ne l'aurait cru au premier abord. Loin d'être un simple lit conçu pour une personne, celui-ci était plus large, peut-être un cent vingt centimètres au lieu d'un quatre-vingt-dix. Laissant cet état de fait de côté, Duo éteignit la lumière via le second interrupteur situé au-dessus du lit et se laissa tomber sur le dos avant de s'endormir quelques minutes plus tard.
Seulement, ce n'était pas chose aussi facile pour Heero. Certes, il avait accumulé la fatigue ces derniers temps, mais son agitation mentale de l'après-midi et de la dernière heure en particulier ne lui facilitait pas la tâche.
Il trouvait tellement étrange d'être ici. A la base, il n'aurait jamais pensé voir cet appartement autrement qu'en photo. Le brun avait supposé avec justesse qu'au vu de la façon dont l'avait renvoyé Dr. J la fois dernière, il y aurait une deuxième séance. Et il avait conclu que la meilleure solution pour calmer le docteur serait de s'y rendre sans tarder une fois le mail reçu – ou même avant, s'il s'en était senti le courage.
Néanmoins, il ne l'avait pas fait et il se retrouvait coincé ici puisqu'il n'était plus question de rester dans les bâtiments de Dr. J. Ceux-ci servaient de base générale au scientifique depuis des années, il avait même une chambre là-bas. Du moins, il en avait eu une. Et si Dr. J avait réutilisé la pièce, les étages supérieurs qui servaient de couverture comportaient assez de logements de fonction et autres appartements en location pour qu'il y demeure trois jours durant.
Du côté gauche sur lequel il était installé, Heero passa sur le ventre avant de s'appuyer de l'autre côté. Il n'osait toujours pas s'installer trop longtemps sur le dos. Déjà entre le temps de mission et l'après-midi, il avait passé la majeure partie de son temps assis. Puis il devait avouer que l'arrière de son corps était resté sensible plus longtemps qu'il ne le pensait de prime abord.
Un frisson le parcourant, il entreprit de remonter sur son épaule le drap qui avait glissé lors du changement de position. Désagréable après-midi qu'il venait de passer en y repensant. Beaucoup trop stressante à son goût. Malgré ce qu'il avait dit à Duo, il n'avait absolument aucune certitude que Dr. J ne le ferait pas chercher. Si le Professeur G pensait bel et bien que le changement de planque perpétué par Yuy venait de l'initiative de son collègue, il était certain qu'il ne verrait aucun inconvénient à le renseigner sur l'adresse de son pupille qui était dorénavant la sienne également.
Ainsi, il avait passé les heures suivant son retour de mission sur les bases de données de Dr. J pour vérifier qu'il n'y ait pas de changements dans les affectations ou aucune absence de dernière minute injustifiée. Il avait aussi pris garde de rédiger un rapport qu'il n'avait pas envoyé de peur que le docteur n'en fasse déduire son adresse par une personne plus calée en informatique que lui-même qui s'en tenait à la robotique, la mécanique, la physique et la médecine, ce qui était déjà pas mal.
De même, malgré son appréhension et son absence d'envie somme toute normale, il savait pertinemment qu'il devait absolument s'y rendre avant leur réunion du samedi. Parce que s'il n'y allait pas, rien ne lui certifiait que Dr. J ne déciderait pas de le faire punir d'abord et d'organiser la réunion ensuite. Après tout, c'était chez lui que cela se déroulait, et il devait considérer que 01 lui avait sapé son autorité une fois de trop pour qu'il ne laisse pas libre cours à sa rage. Et que seul Duo soit au courant – ce que Dr. J ignorait – ne changerait rien à l'affaire.
Il était on ne peut plus capable d'ordonner que cela se tienne séance tenante et considérerait la présence de témoins comme un vrai plus. Et ça, Heero ne le voulait pas. Surtout pas. Dr. J, il en avait l'habitude : il était toujours présent, du moins les premières minutes. Les quatre autres mentors, cela lui ficherait un sacré coup à l'égo mais il pourrait s'en remettre – il s'en était déjà remis. Mais les autres pilotes… Même avec Wufei absent… Rien que penser à cette éventualité le rendait malade. Travailler avec eux, combattre avec eux en réalisant un peu plus à chaque seconde qu'ils savaient, qu'ils l'avaient vu en telle situation… Il ne pourrait jamais.
Il perdrait l'admiration et le respect que lui portait Trowa, le peu de distance et de reconnaissance de ses compétences qu'il avait réussi avec grand mal à imposer à Quatre. Et Duo… Le brun était persuadé qu'en pareille situation le natté ne saurait pas rester de marbre. Il ne saurait pas s'abstenir et ne rien faire. Or, vu le nombre de subalternes que Dr. J avait à disposition, une réaction de sa part, même si elle lui ferait du bien, ne ferait qu'empirer les choses. Au mieux Duo se ferait virer de la pièce, au pire il aurait également sa part – ce qui heureusement restait improbable car le Professeur G s'en mêlerait alors.
Mais cela aggraverait la situation. Et Yuy ne voulait revivre certains évènements sous aucun prétexte. Le miracle « Ben Harper » n'arriverait pas une seconde fois. D'ailleurs, l'homme qui l'avait toujours aidé dans la mesure du possible s'était vu octroyer une semaine de congé en remerciement de ses « bons états de service » et des « heures supplémentaires effectuées le 8 novembre AC195 ».
Non. Heero voyait déjà le tableau s'il n'obéissait pas en temps et en heure. Les regards incompréhensifs de Trowa, remplis d'interrogations informulées. Les pseudo-tentatives de consolation de Quatre, qui ressortirait pour l'occasion son maternage et ses conseils. La culpabilité de Duo qui savait que cela aurait pu arriver. Le chagrin qu'il aurait sûrement d'avoir vu ça et de n'avoir rien pu faire. Ou au contraire un éloignement. Peut-être que ça guérirait le natté de qu'il éprouvait à son égard.
Et tout cela, Heero n'en voulait pas. Il n'en voulait surtout pas. Et il ne comptait pas courir le risque. Parce qu'il était certain qu'aucune des autres personnes présentes ce jour-là ne serait capable d'avoir la même réaction équilibrée que Duo et que ce dernier en ressortirait trop fragilisé pour l'aider à gérer ses relations avec l'extérieur.
Bien sûr, ça blesserait sans doute Duo qu'il y aille de lui-même. Mais s'il partait lors d'une absence du châtain, la douleur serait sans doute moindre. Ce que détestait avant tout le natté c'était être impuissant. Une erreur passerait plus facilement. Et si plus tard il expliquait le pourquoi au second pilote, il serait sûrement pardonné pour son agissement.
Après avoir tergiversé de la sorte, Heero ne fut pas long à s'endormir. La nuit passa tranquillement, sombre et silencieuse. Le calme ambiant de la résidence était uniquement brisé par le bruit des quelques voitures qui passaient dans la rue principale, et le matin arriva bientôt.
Quand Duo se réveilla, il faisait encore noir dehors. Les volets étant hermétiquement clos, il s'en aperçut en se rendant dans la pièce principale. La baie vitrée laissait voir le même spectacle que la veille au soir, la fraîcheur de la nouvelle journée qui s'annonçait en plus.
Maxwell se gratta la tête et bailla. Il serait volontiers resté un peu au lit, mais son corps l'avait réveillé à raison : s'il voulait récupérer les coupures de presse désirées, mieux valait qu'il descende tôt avant que tout n'ait disparu entre les mains des employés de bureau. Le natté n'avait pas vu de librairie mais bien un kiosque à journaux à côté de la bouche de métro, d'où ses craintes quelques peu fondées.
Se frottant la tête, il retourna silencieusement dans la chambre chercher ses vêtements sales qui feraient l'affaire vu l'utilisation à laquelle il les destinait. Puis, n'ayant pas plus d'argent que la veille, il alla de nouveau chercher la carte qu'Heero lui avait prêtée. Il retirerait de l'argent liquide afin de payer sa lecture.
Une grosse demi-heure plus tard, ce fut au tour d'Heero de s'éveiller. L'esprit encore légèrement embrumé par le sommeil, il mit un petit moment avant de s'apercevoir qu'aucun bruit ne provenait de l'appartement. Duo n'étant pas au lit, il était vraisemblablement sorti.
Se remémorant son projet de la veille au soir, il se dépêcha alors de sortir du lit et de se vêtir. C'était l'occasion ou jamais. Se rendant au salon, il s'arrêta pour prendre quelques affaires : une simple pièce d'identité au cas où, et une carte magnétique pour le métro. En se redressant, il vit l'heure sur le four, les chiffres verts indiquaient 7h03. Parfait.
S'il arrivait assez tôt, il pourrait peut-être même justifier son retard de façon crédible. Prétexter une panne matérielle. Un problème de connexion dû à un coup lors du combat, par exemple. Ou un problème d'étanchéité qui avait humidifié le module portable, puisque leurs Gundams étaient dissimulés dans la baie à un kilomètre au sud du port.
De toute façon, il aurait le temps de chercher en route. Avec les deux changements à faire et la foule qui utiliserait les transports à cette heure matinale, Heero supposait en avoir pour une bonne heure de transport. Rangeant ses cartes à l'arrière de son short, Yuy sortit de la chambre en refermant la porte, position dans laquelle il l'avait trouvée.
Duo n'était pas sorti éternellement. Comme leur planque était située au septième étage, il était bien plus logique pour le natté d'emprunter l'ascenseur. Surtout si comme sa carte de crédit manquante le lui indiquait, 02 était sorti faire des courses.
Ne perdant pas plus de temps, il alla dans l'alcôve servant d'entrée et actionna la poignée. Aussitôt la porte pivota sur ses gonds libérant le passage, le premier pilote la claqua derrière lui, se coupant une éventuelle retraite, et enfin entreprit de descendre l'escalier d'un pas vif.
Duo remontait à l'appartement les bras chargés de journaux. Il était content de lui, ayant pu se trouver deux éditions coloniales, perles qui avaient justifié son lever matinal. Ayant brièvement sympathisé avec le vendeur, un homme entre deux âges, celui-ci lui avait donné des informations concernant les boutiques et commodités des environs.
Jetant un coup œil à sa droite, il vit qu'il était au quatrième palier, plus de la moitié de fait ! Soudain, il entendit un bruit de pas rapide et régulier quelques étages au-dessus de lui. Apparemment, il n'était pas le seul à emprunter les escaliers. C'est un étage plus haut qu'il croisa son voisin. S'apprêtant à saluer l'inconnu, il ouvrit de grands yeux en le reconnaissant.
« Heero ?! Mais qu'est-ce que tu fais ici… »
Voyant que le brun ne semblait pas vouloir s'arrêter, il jeta ses journaux de l'autre côté de l'escalier pour lui bloquer le passage. Pas la peine de lui demander où il comptait aller, le message semblait clair.
Sans lui laisser le temps de trouver une solution pour continuer à descendre sans se casser la figure, Duo franchit la faible distance qui les séparait, lui saisit le coude et entraina un Heero étrangement placide pour qu'ils gravissent ensemble la quarantaine de marches qui les séparaient de la planque.
Une fois sur le seuil, il ouvrit la porte grâce à sa clef, poussa Yuy dans l'ouverture et lui claqua la porte au nez non sans lui lancer auparavant un « Et tu ne sautes pas par la fenêtre ! » impérieux.
Le premier pilote qui s'était efforcé à rester calme ne put s'empêcher de faire la moue, plissant une paupière et haussant le sourcil opposé. Sauter par la fenêtre ? Pourquoi faire ? Il y avait une porte et il comptait bien l'utiliser une fois que Duo l'aurait rouverte et après lui avoir exposé ses motivations. Parce qu'apparemment, il ne pourrait pas y couper.
Il ne fut pas long à attendre, après quelques minutes à peine le natté était de retour. Heero entendit la clef tourner dans la serrure et Maxwell entra en refermant la porte sur lui. Puis jetant de nouveau son gros tas de papier au sol, sur sa droite, il croisa les bras et toisa le brun, ne sachant quoi penser exactement ni comment réagir.
Au bout d'un court instant de silence, Duo décida de le rompre.
« On peut savoir ce que tu fais ? Je m'absente à peine quelques minutes et je te retrouve dehors. »
« Je ne t'ai rien promis pour aujourd'hui. » Répondit Heero sans se départir de son calme.
Il ne réalisait sans doute pas combien cette attitude à jouer sur les mots pouvait être puérile et déstabilisante pour Duo. Certes, Heero n'avait rien promis. Mais Maxwell lui avait fait confiance, a priori. Il ne s'était pas attendu à ce genre de réaction qu'il aurait pu vivre comme une trahison ou un échec qui l'aurait fait culpabiliser s'ils ne s'étaient pas croisés dans les escaliers.
« Je croyais que tu n'avais pas envie d'y aller. » Répliqua Duo d'un ton sec, accusant le coup des dernières paroles de Yuy.
Percevant l'humeur de Duo et la discussion qu'il sentait venir s'approcher à grands pas, Heero décida de se reculer puis d'aller s'asseoir à la table de la pièce principale pour montrer au natté qu'il ne comptait pas partir comme un sauvage au premier signe de faiblesse. Au fond de lui, il espérait que Duo lui fasse assez confiance pour le croire sincère et le rejoindre parce qu'il avait conscience que jusqu'à présent il n'avait pas joué franc jeu avec sa tentative de fuite avortée.
Heureusement, le second pilote, bien que toujours soupçonneux à son égard, sembla comprendre aisément ce qu'il voulait puisqu'il le rejoignit, s'emparant d'une chaise qu'il déposa à un mètre d'Heero, entre ce dernier et la porte, preuve de son mécontentement en plus de l'expression fermée de son visage.
« En y allant maintenant, j'ai encore une chance que Dr. J excuse mon retard. » Finit par exposer Heero, tâchant d'être aussi sincère que la situation le lui permettait. Duo lui prêtant une oreille attentive, il lui devait bien ça.
« Ah ? Parce qu'il t'a envoyé un mail d'autorisation peut-être ? » Rétorqua ironiquement Maxwell d'une façon qui laissait paraître sa mauvaise humeur.
« Je peux encore inventer une histoire crédible pour excuser mon retard. » Explicita Heero en détournant rapidement ses yeux vers le four pour voir l'heure qu'il était avant de regarder de nouveau le châtain.
Il n'était pas sûr que cette justification soit bonne aux yeux de 02, celui-ci n'étant pas réputé pour aimer le mensonge et ses dérivés. Et qu'il s'agisse du Docteur J ne rendrait pas forcément son intention meilleure.
Néanmoins, à sa grande surprise, il vit Duo soupirer et fermer rapidement les paupières, changeant au passage de position sur sa chaise. Ce dernier rouvrit les yeux et reprit la parole.
« Je vois pas ce qui a changé depuis hier. »
« Je ne veux pas que ça arrive samedi. » Répéta Heero.
« Ouais, tu m'as déjà dit ça. » Soupira de nouveau le natté, ne sachant toujours pas comment comprendre exactement cette réponse.
« Si tu veux, une fois terminé, je pourrais revenir ici. Sauf si tu ne le souhaites pas. Alors je resterai là-bas ou bien j'irai ailleurs. Ne te sens pas forcé de m'inviter sous prétexte que… » Enchaîna Heero, pour faire avancer la discussion, le temps jouant contre lui.
« Hein ! Non mais attends… T'as pas bien compris, j'ai aucune envie que ce qui s'est passé vendredi se reproduise ! » Réagit Duo, cessant définitivement de faire la tête. Peu importe son ressenti concernant l'attitude d'Heero, les faits dont il était question étaient trop graves, pouvaient avoir trop de conséquences pour qu'il reste bloqué sur les évènements du matin plutôt que sur leur sécurité.
« Moi non plus. Mais ça va arriver un jour, et plus j'attendrai, pire ce sera. »
« Non. C'est pas justifié ! » Se borna Duo en reprenant un air agacé.
En entendant cela, le brun soupira et détourna le regard mais du côté de la fenêtre cette fois. Le ciel commençait vaguement à s'éclaircir, les nuages prenant des teintes rouges et parme au lointain. Il fut tiré de sa contemplation désabusée par le bruit d'un bâillement retenu. Tournant la tête, il aperçut Duo qui s'étirait, penchant sa tête d'un côté puis de l'autre.
Cela donna envie à Heero de soupirer à son tour. Plus il restait, et plus lui semblait difficile l'idée de se lever et de prendre les transports un long moment pour se rendre à la « convocation » du docteur.
« Tu ne sais pas ce dont il est capable si je n'obéis pas. » Statua-t-il, ne voyant plus quoi dire pour convaincre Duo, pour rester lui-même convaincu qu'obéir était la meilleure des solutions.
A l'entente de la phrase, Duo cilla. C'est vrai, il ne savait pas. Mais plus le temps passait, plus il en avait envie. Il se doutait que ce récit ne serait guère agréable pour les partis concernés, mais il aurait au moins l'avantage de libérer Heero d'un certain poids. Il en était persuadé. Il n'avait qu'un besoin : être soulagé au moins en partie de ses angoisses, et le faire parler semblait être un bon moyen à Duo.
« Dis, je suis fatigué. Ça te dirait de venir t'allonger avec moi ? On pourrait continuer à parler dans la chambre. »
Heero jaugea un instant la proposition, puis comme elle lui semblait fondée, acquiesça brièvement. La volonté de sortir s'étant de toute façon intégralement évaporée.
