Auteur : Arlia Eien

Titre : Sonna Kotoba de Kokoro Tozashite

Rating : M

Genre : Hurt/Comfort, Amitié ou Romance selon l'interprétation de chacun.

Disclaimer : Gundam Wing, son histoire et ses personnages ne m'appartiennent pas. De plus, je ne gagne pas d'argent avec ce texte.

Note :

(1) Il s'agit d'un repost d'une fanfiction que j'ai écrite originellement en 2007 et retravaillée en 2010. Le style changeant de trop et le nombre de chapitres augmentant, je l'avais ensuite supprimée pour la retravailler à mon aise, voici le résultat – encore perfectible.

(2) Sonna Kotoba de Kokoro Tozashite est un morceau de phrase issu de la character song Ore dake kotoba de Heero Yuy, tous droits réservés. Je vous en propose une traduction en sous-titre.

(3) Comme indiqué, cette histoire est un Hurt/Comfort, comme dans un Angst les personnages sont donc amenés à trinquer. Attention, le rating n'est pas là pour rien ! Après il n'y a ici aucune scène explicite de sexe ou de violence (qui correspondrait à un rating Ma).


Sonna Kotoba de Kokoro Tozashite

J'ai enfermé mon cœur dans des mots


Chapitre 8


Le brun baissa les yeux, pas certain de comprendre ce que le natté venait de dire.

« … »

« Heero, ce n'est pas la peine de te détruire moralement pour des souvenirs. Des souvenirs très douloureux et qui t'influenceront à jamais, soit, mais des souvenirs. C'est le passé. Tu n'y peux rien si tu as été entre les mains de tels malades, car il faut vraiment pas être bien pour violer un gosse de onze ans… Pour abuser de quelqu'un tout court d'ailleurs. » Dit fermement mais avec une grande douceur le châtain.

Une goutte d'eau tomba sur le torse de Maxwell.

« Ça va ? »

« Hn. Transpiration. »

Duo leva la main et frôla la joue humide. Bien qu'ils soient dans le noir, il hocha la tête avant de quitter la joue dans une caresse. Il pouvait comprendre la gêne d'Heero, alors autant rentrer dans son jeu. Pas la peine de le mettre mal à l'aise, il devait faire preuve de compréhension.

« Oui, tu dois avoir raison. »

Ces mots furent suivis d'un nouveau silence. Contrairement aux fois précédentes, ce ne fut pas Duo qui le rompit, souhaitant laisser à Heero le temps dont il avait besoin pour se recomposer.

« Pourquoi tu fais semblant de me croire quand je mens ? » Demanda Heero.

Il avait pleinement conscience que Duo n'était pas dupe. Il avait adopté exactement le même ton que quand il était venu le chercher dans le salon de leur ancienne planque, quand il avait prétexté ne pas réussir à dormir à cause de la mission.

« Pourquoi tu mens ? » Répondit immédiatement Duo, sans qu'il n'eut besoin de réfléchir.

« … »

« C'est bien pour te protéger, non ? Si tu fais ça, c'est que tu en as besoin. Du moment que ça a cette utilité-là, je peux comprendre et jouer le jeu. » Expliqua-t-il gentiment.

Yuy hocha la tête machinalement. Puis, se recouchant, il se rapprocha du natté et cala son visage contre son épaule. Pas pour pleurer. Il avait déjà versé trop de larmes à son goût. Plus pour profiter du contact. Et puis aussi pour se prouver que même s'il avait tendance à raconter n'importe quoi quand il se sentait gêné, il avait confiance en Duo. Assez pour dire la vérité avec des gestes, en tout cas.

Dès qu'il fut appuyé, une main tiède vint à la rencontre de sa chevelure désordonnée, la caressant puis la massant légèrement dans un contact plus appuyé qu'un frôlement. Un « je suis là » muet.

« Tu ne sais pas ce qu'on peut ressentir après presque huit heures de torture. »

« Je peux toujours imaginer. Je suis sans doute en dessous de la réalité, mais j'imagine, tu sais. Tu ne parles pas dans le vide. » Répondit doucement Duo, heureux de le voir de nouveau tranquille et prêt à l'écouter sans prendre ses paroles comme une agression.

« Hn… Tu entendais quoi par 'Je t'aime' ? » Interrogea alors Heero.

Il n'avait pas oublié la phrase qui l'avait calmé instantanément tellement cela l'avait surpris, intrigué. C'était comme si Duo avait d'un coup changé de sujet, en choisissant un au hasard, et même si ces paroles pouvaient lui faire de l'effet, il ne savait pas quel crédit leur donner.

« Que je t'aime, Heero. Je tiens vraiment à toi et j'aime bien prendre soin de toi. » Dit Duo avec une simplicité qui laissa le brun sans voix.

Lui s'attendait à ce que le natté lui dise qu'il avait menti, ou bien qu'il tente de s'imposer en lui vantant la grandeur et la force de son supposé amour. Mais non. Loin d'une envolée lyrique, le jeune homme s'était contenté de répéter sa déclaration en y ajoutant quelques éléments indifférents qu'il fallait apparemment comprendre comme la définition de l'affection que lui portait le pilote du Deathscythe.

Il n'empêche, qu'après coup, la phrase l'interrogeait vraiment. Bien qu'il ait très peu fréquenté de personnes de son âge avant ses coéquipiers, Heero n'était pas complètement ignorant des relations humaines. Il savait en tout cas que ce genre de paroles se disaient très peu entre amis, et encore moins entre garçons. Il se demandait s'il fallait prendre ces paroles comme une espèce de déclaration amoureuse. Pour le coup, le brun espérait bien que non, d'une part parce que Duo ne l'avait pas du tout défini comme ça, mais surtout parce qu'il devrait alors se poser des questions sur le désir sexuel qu'il pouvait déclencher chez le natté. Et il n'avait vraiment, vraiment, pas besoin de ça pour l'instant.

Ne voyant rien venir de la part d'Heero qui paraissait soucieux, Duo reprit la parole :

« Dernière question et je te laisse tranquille. Quand l'autre connard décide de te faire punir maintenant, c'est… comme tu viens de me décrire ? » Dit-il difficilement en réalisant l'ampleur de tout ce que Heero avait évoqué ; et que si le jeune homme répondait par l'affirmative, ça voulait dire qu'il avait supporté toutes ces choses inqualifiables moins d'une semaine auparavant et qu'il comptait de nouveau subir ceci le matin même… !

« C'était exceptionnel. Il se contente de corrections comme tu as vu la dernière fois. Ça va plus loin de temps en temps, mais c'est toujours cet homme dont j'ai vérifié la présence sur l'ordinateur hier qui se charge des cas « exceptionnels ». Même si Dr. J ordonne seulement les coups, j'ai droit au reste en plus lorsqu'il s'agit de lui… Il attendait d'avoir l'autorisation de toute façon pour passer à l'action. S'il avait pu me sauter d'emblée il ne se serait pas privé… C'est censé être mieux quand la personne qui le fait aime ce qu'elle fait. » Au ton employé, on sentait qu'Heero répétait – avec une certaine rancœur – cette phrase toute faite qu'il avait sans doute beaucoup entendue les années passées.

Ça signifiait quoi, d'ailleurs ? Se demanda Duo. Qu'on pilotait mieux quand on aimait ça, certainement. Mais aussi et surtout qu'il fallait aimer tuer pour tuer correctement ? Heero avait certainement eu des problèmes à cause de cela, et on avait dû lui rabâcher les oreilles avec cette phrase vu la façon dont il l'avait dite.

Si détruire des MS ne posait aucun problème apparent au pilote du Wing Zero, Duo se souvenait bien de l'incident Noventa. Il n'avait pas osé aller trop vers lui à ce moment-là. Ils se connaissaient si peu. Bien sûr, il l'avait sollicité et soutenu quand ils avaient été dans la même école ensuite ; mais cela avait été insuffisant. Après, cela n'excusait pas son positionnement d'alors, mais Duo avait conscience qu'Heero n'aurait sans doute rien accepté de plus de sa part à l'époque. Dans tous les cas, il était indiscutable à ses yeux qu'Heero n'aimait pas tuer. Cela le laissait indifférent dans le cas d'ennemis mais dans le cas d'alliés ou de civils… Heero le vivait mal, il l'avait constaté.

« Tu n'as jamais pensé à te rebeller ? » Formula-t-il à voix haute.

« Pourquoi ils étaient sept à ton avis ? » Répondit Heero en jetant un bref coup d'œil à Duo, l'air un peu honteux de devoir lui avouer cela.

Le soldat parfait n'était pas si parfait que ça. Même pas foutu d'obéir aux ordres des supérieurs, il y avait de quoi rire. Il en était de même pour les punitions, un soldat dit parfait n'avait normalement pas à être puni.

« Tu n'as vraiment pas eu de chance de tomber sur des salauds pareils. » Dit Duo en serrant brièvement le jeune homme un peu plus fort contre lui. En aucun cas, il ne devait culpabiliser d'avoir eu l'intelligence d'essayer se protéger.

« Ça aurait pu être pire. » Défendit Heero qui avait froncé les sourcils au mot « salaud », le niveau de langage utilisé par Duo pour qualifier l'intégralité de ses proches le faisant à l'évidence tiquer. Et puis, ce n'était un peu fort comme terme ?

« Hein ? » S'étonna Duo, ne comprenant pas la réaction du jeune homme.

« Il aurait pu m'attirer dans un réseau de prostitution par exemple, mais je suis devenu pilote, on ne m'a pas menti. » Exposa-t-il en se détendant légèrement dans les bras de Duo. Pas de quoi faire tout un plat de sa situation et se montrer plus outré que nécessaire. Cela aurait pu être bien pire, et puis c'était en grande partie sa faute à lui aussi…

« Heero… » Lança Duo la gorge nouée.

C'est vrai, comment pouvait-il voir du positif là-dedans ?

« Tu n'avais pas à supporter tout ça pour une putain de formation, j'ai commencé il y a trois ans, moi. Et Quatre i peine deux ans. » Expliqua Duo en retenant son envie de témoigner d'autres signes d'affection à Heero. Cela pourrait être mal pris. C'est vrai, il ne valait mieux pas être trop entreprenant, ou du moins paraître intéressé au vu de ce qu'il savait maintenant qu'il avait subi. A vrai dire, il comprenait mieux certaines des réactions du jeune homme lorsqu'il avait découvert les traces de coups et voulu l'aider à se doucher.

« Je ne regrette pas. Je ne sais pas ce que je serai devenu si j'avais refusé. Et cela aurait pu être bien pire. » Dit simplement le brun en fermant les yeux.

Après un silence calme, Heero reprit la parole et rouvrit les paupières, les gardant mi-closes.

« Je dois toujours aller voir Dr. J. »

« Tu ne dois rien du tout. »

« Je ne veux pas que ça arrive en votre présence. » Explicita le premier pilote. Avoir donné autant de détails, s'être confié sur certains points, l'aidait à exprimer directement sa pensée.

« Il n'oserait pas. » Affirma Duo pour qui cette possibilité paraissait complètement inconcevable.

« Tu n'en sais rien. » Répliqua Heero d'un ton qui laissait entendre qu'il savait de quoi il parlait.

« Il l'a déjà fait ? »

Duo reçut pour unique réponse un hochement de tête contre son buste. Pas besoin de creuser, il avait compris.

« Ça n'arrivera pas. H et G manipulent les gens, mais ils sont contre l'utilisation des coups sur leurs collègues. Au minimum, ils demanderaient à ce que J règle ses affaires ailleurs. Puis tu crois qu'on laisserait quelqu'un s'attaquer à toi sans lever le petit doigt ? Quatre et Trowa ne laisseraient personne te toucher contre ton gré sans rien dire. » Exposa Duo du ton le plus ferme et rassurant qu'il put trouver.

« …Et toi ? »

« Moi, vu ce que je sais, on a même pas intérêt à t'approcher pendant la réunion. »

Le ton bas et ferme, plein de menaces contenues, surprit Heero. Il avait demandé plus par rhétorique qu'autre chose, hormis, c'est vrai, une légère curiosité. Il n'avait pas besoin de protection. Il était en vie, bon pilote, résistant et rudement dangereux en mission. Objectivement, on ne pouvait pas se dire au premier abord qu'il était quelqu'un qui nécessitait une protection constante. Duo et Quatre donnaient eux plus facilement cette impression. Néanmoins, il ne fut pas vexé par la remarque de Duo. Il savait qu'il aurait pu l'être, car quelques mois auparavant l'attitude du natté lui tapait parfois lourdement sur le système. Il avait eu du mal à intégrer le fait qu'on puisse s'inquiéter pour lui.

Et là, le ton employé par le pilote du Deathscythe Hell puait la protection à plein nez sans qu'au fond cela ne le dérange. Il ne savait que trop bien qu'il en avait besoin par moment, ces derniers jours. Il se surprenait d'ailleurs à apprécier maintenant ce qui l'avait tant agacé au départ. Peut-être le fait que Duo n'ait plus jamais renié ses capacités après le vol des pièces de son Gundam.

« Tu pourrais faire pression sur J. » Proposa Duo toujours dans son optique d'éviter une punition lourde, et à ses yeux totalement absurde, à son camarade.

Heero cligna des paupières à l'entente de la déclaration. Il ne voyait pas bien ce que l'autre pilote voulait dire. Ce dernier continua de lui-même.

« Ce qu'on t'a fait est totalement illégal. Si tu avais des preuves de ce qui t'est arrivé tu pourrais facilement les traîner en justice. »

« Je ne veux pas m'exposer de la sorte ! » Rétorqua violemment Heero, se tendant de nouveau par la même occasion.

Tout sauf ça. A quoi bon se montrer tel un animal de foire au milieu de personnes qui ne croiraient pas le dixième de ce qu'il pourrait dire ? Parce que si Duo le croyait c'était bien parce qu'il avait la preuve sous les yeux. …ou bien c'est qu'il avait à gagner en considérant ses paroles comme vraies.

C'était sans compter leur propre situation. Car en parlant d'illégalité, que vaudraient la parole et les plaintes de terroristes responsables de centaines voire de milliers de morts ? Au mieux, on prendrait ces déclarations comme des excuses pour justifier leurs actes. Or, ça n'avait rien à voir. Absolument rien. Si Heero ne connaissait pas les motifs exacts des autres pilotes, lui agissait par conviction et certainement pas à cause de son vécu ou d'on ne sait quoi. Bien sûr, on pouvait considérer au vu de son âge qu'il avait été manipulé. Mais encore une fois, il s'estimait assez intelligent et conscient des choses, il avait eu suffisamment de cours, eu accès à suffisamment de ressources, vécu à suffisamment d'endroits, pour savoir que l'Alliance terrestre avait vraiment nui aux Colonies, jeunes pays nouvellement créés.

Ces considérations étaient bien sûr très loin de celles de Duo Maxwell. Lui réfléchissait presque depuis le début en termes de droit et d'humanité, valeurs ancrées en lui lors de son séjour à l'église Maxwell. Il était évident que Duo ne voyait pas Heero par rapport à ses actes lors de cette guerre mais en tant qu'être humain, en tant qu'ami, comme il le lui l'avait dit. Et cela changeait complètement la vision qu'ils pouvaient avoir des choses.

« Je n'ai pas dit de le faire, juste le menacer. » Rassura Duo sans démordre de son idée, caressant doucement le cou du jeune homme. Non pas dans un but persuasif mais pour le détendre, il avait bien vu que l'idée précédente déplaisait au plus haut point à l'autre pilote.

« Je me ferai attraper et on me dissuaderait de parler… je n'ai aucune preuve. Et je ne suis pas à l'abri d'un sabotage de sa part pour me mettre volontairement en difficulté sur le front. » Avoua le brun tranquillisé par les caresses rassurantes que le châtain lui prodiguait.

Duo se tendit rien qu'à l'idée. Vu ce qu'Heero lui avait dit à propos des missions qu'il effectuait plus jeune, il comprenait et commençait à adhérer à sa légère paranoïa.

« Tu es sûr qu'il n'y a aucune preuve ? Tu as peut-être des cicatrices ? » Essaya-t-il. Même si l'idée que le jeune homme ait des marques indélébiles de ce qui lui était arrivé sur le corps le dégoûtait encore plus de J, cela pourrait être un début. Une saloperie qui reviendrait en pleine face au docteur.

« Rien d'exploitable. »

Duo serra la mâchoire aussi fort qu'il put. S'il répondait ça, c'est qu'il en avait. En même temps, il continuait de caresser les courtes mèches brunes. Il ne faudrait pas qu'Heero le croit dégoûté s'il cessait son toucher. Il était conscient que chaque geste pouvait être interprété n'importe comment à cet instant.

« Si seulement il y avait eu des enregistrements ce serait facile. » Soupira Duo à haute voix, en songeant à la caméra de surveillance postée à l'entrée du bâtiment.

Son espoir fut très vite renseigné, Heero se crispant de nouveau assez violemment avant d'essayer de s'écarter du natté. Duo le retint calmement avant de le rassurer.

« D'accord. Il y a des preuves, mais tu n'en veux pas. »

Il ajouta l'information dans un coin de sa tête. Sa main descendit sur le bas des cervicales du jeune homme qu'il trouva très tendues, il exerça quelques pressions pour essayer de le détendre un peu. Il était impossible d'être si tendu sans en souffrir musculairement parlant.

En même temps, il essayait de reconstituer le puzzle dans sa tête. Pour qu'Heero réagisse de cette façon, ça ne pouvait pas être bénin. Peut-être que c'était Girard ou J lui-même qui tenait la caméra. A moins que ça ne soit un système de caméra de surveillance similaire à celle qu'il avait déjà vue quelques jours auparavant. Il fronça les sourcils. Seulement c'était une caméra fixe, ça restait assez improbable. Quoique, si ça se passait toujours dans les mêmes pièces, J en avait peut-être installé des plus perfectionnées qu'il manipulait à distance selon son bon vouloir.

Vu la réaction d'Heero, il se demandait aussi s'il n'y avait pas plus, le mot « vidéo » semblant lui évoquer des mauvais souvenirs. Peut-être que le docteur avait déjà organisé des représentations. Si ce connard n'avait pas hésité à faire punir son soldat devant public pourquoi se serait-il privé de mettre un DVD dans le but d'humilier le jeune homme ou de faire plaisir à ses troupes ? A moins qu'il n'en ait fait commerce. Ça expliquerait pourquoi le scientifique avait tant d'argent alors que les quatre autres avaient été soutenus par des fonds privés tels que ceux des Sweepers ou de la famille Winner.

« Mais ça ne règle pas ton problème dans l'immédiat. » Reprit-il. « Tu pourrais éviter J, ne plus avoir de contact avec lui, seulement des messages transmis par un autre ingénieur ou un pilote. Qu'on nous fasse envoyer les conclusions de la réunion par mail. On se fiche de notre avis de toute façon ce sont des sales manipulateurs tous autant qu'ils sont. »

« La fuite. » Résuma Heero l'air pensif. Il ne semblait ni pour ni contre, mais Duo sentait que son avis allait flancher… pas dans le bon sens malheureusement.


Rien de plus n'était sorti de leur conversation. Il fallait avouer que le pilote du Wing Zero était bel et bien maintenu dans une sorte de carcan inconfortable dans lequel le seul choix qui paraissait raisonnable était l'obéissance.

Les deux garçons s'étaient relevés en milieu de matinée et Duo s'était préparé un petit déjeuner frugal du fait qu'ils n'aient rien dans les placards à part un paquet de café entamé et un autre de pâtes laissés par les précédents occupants. En même temps, il avait parcouru ses journaux et avait pu constater avec soulagement que les journalistes s'étaient contentés de photos de leur travail, appelé pour l'occasion « désastre », et de leurs Gundams. C'était là une véritable bonne nouvelle qui leur permettrait de sortir en toute tranquillité s'ils le désiraient.

Heero, après avoir fait une toilette rapide, avait passé les vêtements de la veille au soir, puis s'était installé devant son ordinateur portable dans la même attitude que l'après-midi précédent.

Vers onze heures, après s'être lui aussi débarbouillé et changé, Duo alla le voir.

« Tu viens faire un tour avec moi ? »

Heero le regarda un court moment comme pour le jauger avant de retourner à son écran qui malgré les actualisations ne variait pas d'un iota.

« Non. »

« Qu'est-ce que tu as de si important à faire ? » Interrogea le natté en jetant un œil à la page affichée. Pour une fois que le premier pilote le laissait regarder ce qu'il faisait sans avoir un air suspicieux ou autre, autant en profiter.

Un navigateur web était ouvert, donnant sur une adresse compliquée qui lui était totalement inconnue. Il ne reconnaissait même pas le protocole de transfert. Par contre, il comprit tout de suite ce dont il s'agissait en voyant une sorte d'agenda en ligne qui donnait les positions et occupations de tous les personnels de J – il s'en rendit compte car parmi la demi-douzaine de noms qu'Heero avait mis en avant, il y avait un « Girard ».

Yuy avait bien suivi le regard de son camarade et attendait maintenant sa réaction.

« Pratique. » Commenta-t-il, surprenant le brun qui s'attendait plutôt à une remarque sur sa paranoïa.

« … »

« Mais je ne suis pas sûr que ce soit très utile maintenant. »

« Je ne veux pas qu'on me trouve. » Explicita Heero.

Après tout, Duo n'avait peut-être pas très bien compris sa motivation.

« Et s'il se passe quelque chose de bizarre, tu vas crécher ailleurs ? »

« Je prendrai les devants. » Répondit Yuy en fronçant les sourcils, n'appréciant pas plus que tout à l'heure que soit évoquée une solution apparentée à de la fuite.

Duo leva les yeux au ciel, c'était trop beau.

« Si on te cherche, c'est ici qu'on ira en premier. Viens avec moi, ça te changera les idées. » Insista-t-il. Ça ne pourrait que faire du bien au brun de prendre l'air et de sortir de devant son écran.

« Pourquoi faire ? »

« Mieux connaître le coin ! »

« J'ai grandi ici. » Avoua Heero.

Il détourna son regard du natté sur l'ordinateur pour actualiser de nouveau d'une manière qui sembla bien compliquée au second pilote. Il devait sûrement prendre des précautions pour ne pas être repéré.

« Sérieux ? Tu pourras me montrer des trucs alors ! »

« …j'étais toujours bouclé dans les immeubles de Dr. J » Répondit-il, un ton plus bas, comme s'il venait juste de réaliser qu'il n'avait rien à montrer ni aucune connaissance particulière du pays ni même de la ville dans lesquels ils résidaient actuellement malgré les années qu'il y avait passées.

« Alors c'est l'occasion ou jamais de découvrir le quartier. » Renchérit Duo sans se démonter.

« Tu veux faire quoi ? » S'enquit Heero, déstabilisé par ce qui venait d'être évoqué. Au final, il ne voyait pas pourquoi il tenait tant à rester ici à ne rien faire hormis se stresser en examinant les bases de données du Docteur J.

« Manger dehors. Faire les courses. Passer dans une laverie pour mes fringues, je n'ai pas ton courage… ! » Soupira-t-il.

D'un autre côté, il se doutait que le travail d'Heero était moins fastidieux que celui qu'il devrait lui fournir dans pareille situation. Le coton et le polyester ne supportaient pas aussi bien les lavages à la main sans repassage que le lycra du cycliste noir. Le débardeur étant déjà bien déformé, aucun doute qu'il n'était plus à ça près.

Heero se mordilla la lèvre inférieure, hésitant vraiment entre accepter et refuser l'invitation. D'un côté, il avait envie de faire plaisir à Duo pour le soutien qu'il lui avait encore apporté le matin même. Mais en même temps, il sentait que ce n'était pas sa place. Une petite voix lui signalait également qu'il aurait dû se poser des questions sur les réelles motivations de Maxwell – après tout il voulait sortir avec lui, grande nouveauté – mais Heero n'en avait que faire. Ça aurait même pu le flatter qu'on le juge sortable s'il n'était pas si inquiet au sujet de Dr. J.

« Tu vas pas rester à ruminer. Puis j'ai pas envie de te laisser seul. » Admit finalement le natté en grimaçant légèrement avant de se gratter le crâne de la main droite.

Heero y réfléchit encore quelques instants avant de répondre.

« D'accord. »


Après avoir enfilé des tenues discrètes, à savoir col de prêtre dissimulé sous sa veste pour Duo et un jean et un pull donnés en juillet dernier par Trowa pour Heero, les deux garçons avaient quitté l'appartement.

Ils étaient d'abord passés à la laverie automatique où Duo avait pu s'occuper de ses vêtements, passant même un coup de fer à repasser rapide sur chemises et pantalons. Heero l'avait regardé faire patiemment, appuyé contre la machine qu'avait utilisée Maxwell, bras réunis contre son buste. Il n'avait semblé ni prendre plaisir à l'activité ni vraiment s'ennuyer dans ce type de lieu qu'il ne connaissait guère – on lui avait appris à faire sa lessive à la main pour qu'il n'en dépende justement pas – spectateur discret perdu dans ses pensées.

Une fois cette tâche terminée, ils avaient entrepris de trouver un endroit pour manger et avaient fini dans une chaine de fast-food ; nouveauté supplémentaire pour Yuy qui était plus habitué en temps de guerre aux rations militaires ou repas préparés que l'on réchauffait le moment venu. Il n'avait d'ailleurs pas trouvé cela génial comme concept. Non pas à cause de la nourriture, certes grasse mais très mangeable ; mais plus à cause de la foule et du bruit alentours.

En finissant son demi-litre de soda caféiné, il n'avait pu s'empêcher d'observer les tables voisines et de s'étonner qu'on leur prête si peu attention. Bien sûr, il y avait dans la salle plein d'autres jeunes gens qui mangeaient et parlaient bruyamment. On pouvait même dire que le contenu de la salle était très hétéroclite. Mais il ne s'imaginait pas faire ça en Europe où la Romefeller était bien plus implantée, ou bien dans les Colonies, celles-ci étant surveillées de très près et où la population n'avait pas le cœur à se détendre de la sorte. Ils se seraient fait repérer si on ne les avait pas directement reconnus.

Mais pas là. Et il comprenait maintenant mieux l'envie de Duo de sortir de la sorte. Son sentiment de sécurité dans ce coin du monde malgré leurs récentes actions d'envergure.

Ils allèrent enfin au centre commercial découvert la veille par le natté avant de se décider à rentrer. Ils en ressortirent chacun avec un sac contenant leurs achats alimentaires pour les deux jours à venir et de quoi renouveler leurs effets personnels et nécessaires de toilette.


Leur après-midi fut calme. Après avoir rangé leurs nouvelles possessions, Duo n'avait pas laissé le temps à Heero de reprendre son occupation stressante et malsaine – limite morbide – et restant tout de même sur le sujet qui intéressait le premier pilote, l'avait interrogé sur le bâtiment de J.

Il avait ainsi appris que tout le pack de buildings appartenait au docteur et qu'en plus de la trentaine d'étages apparents il en existait une dizaine de souterrains – officiellement des parkings. Le tout était desservi par des ascenseurs à cartes magnétiques, chaque pass permettant l'accès à certains étages suivant les autorisations données par J. Selon Heero, la réunion se passerait sûrement dans les premiers étages donc il n'y aurait pas à se soucier de cette sécurité.

Pour s'y rendre, ils seraient obligés de prendre les transports en commun. Deux métros plus précisément. Une heure de parcours ce n'était pas le pied. Même s'il s'agissait d'un moyen de transport rapide, une voiture aurait été la bienvenue. Néanmoins, Duo s'estima heureux de ne pas avoir été dans son studio près du port, le trajet aurait encore été bien plus long et pénible !

Ensuite, le natté avait enfin permis à son camarade de faire sa vérification. Malgré la complexité de la page à obtenir, Heero y parvint en moins de cinq minutes. Dès qu'elle fut affichée à l'écran, Duo put voir les épaules du jeune homme se contracter fortement, il lui semblait même qu'il avait un peu baissé la tête.

« Un problème ? » Intervint aussitôt Duo, ne désirant pas attendre de voir si Heero allait de nouveau vouloir quitter l'appartement.

« Non. »

« Raconte pas n'importe quoi, j'ai bien vu que ça allait pas. » Insista le natté, pour bien lui montrer qu'il était là et disposé à l'écouter et chercher une solution si besoin.

Après tout ce qui avait été dit au matin, Duo espérait sincèrement qu'Heero le considérait dorénavant comme un interlocuteur de confiance et qu'il s'ouvrirait plutôt que de garder les choses pour lui. Bien sûr, il ne fallait pas s'attendre à un changement majeur immédiatement. Heero avait vraisemblablement l'habitude de gérer ses problèmes seul, il faudrait du temps pour qu'il l'intègre vraiment dans l'équation. Et en plus de cela, Duo devrait continuer à se montrer suffisamment disponible et fiable pour conserver la confiance du jeune homme.

« C'est la vérité, rien n'a bougé. » Exposa succinctement Heero.

« Ce qui veut dire ? »

« On m'attend. » Admit Yuy d'une voix contrôlée.

« Tu n'es pas forcé d'y aller. » Essaya de rappeler Duo, sans succès, son vis-à-vis reprenant quasi-aussitôt la parole.

« Je n'ai pas le droit de ne pas me présenter samedi. »

« Personne ne t'en voudra si… »

« Dr. J m'en veut suffisamment comme cela. Je ne veux pas risquer pire. » Coupa le premier pilote le visage fermé.

« Pire ? Attends ! Ça ne peut pas être pire. » S'alarma Duo. Il avait déjà été fortement marqué par l'horreur de ce qu'il avait appris au matin. La dernière phrase d'Heero lui faisait réaliser qu'il ne savait peut-être pas encore tout.

« Tu n'en sais rien. »

« Heero… » Soupira Duo d'un ton désolé. On avait dû fameusement le terroriser pour qu'il réagisse comme cela. Qu'est-ce qu'on pouvait vous promettre de pire qu'une tournante de plusieurs heures précédée d'une bastonnade ?

« J'irai samedi. Ce sera pire si j'y vais demain. Dr. J prendrait ça comme une provocation. » Réfléchit Heero à voix haute, à la fois pour essayer de se donner une ligne de conduite logique et mettre Duo au courant de son plan pour le lendemain.

« On n'est pas forcés d'y aller, je ne te laisserai pas tout seul. G nous enverra nos missions par mail. » Intervint Duo, tâchant de trouver une solution.

« On ne peut pas se le permettre. Dr. J est capable de glisser des erreurs et de nous mettre en danger en guise de représailles. Je ne veux pas qu'il t'arrive quelque chose. »

« Pardon ? »

Cette fois Duo était perdu, qu'est-ce que sa sécurité venait faire dans la conversation ? Et en quoi sa sécurité travaillait Heero ? Le jeune homme aurait mieux fait de s'en faire pour ses fesses à lui avant de penser aux autres.

« Je ne veux pas qu'il t'arrive quelque chose. » Répéta le brun sans se rendre compte du trouble que sa phrase provoquait chez Maxwell.

Sentant le regard incompréhensif posé sur lui, il développa sa pensée.

« Si toi non plus tu n'y vas pas, pour Dr. J ça voudra dire qu'au mieux tu me couvres, au pire que c'est toi l'instigateur de notre désertion. »

« Heero, les deux sont vrais. Et franchement ça m'est égal tout ça. Je sais gérer ma propre sécurité. Puis si je suis avec Quatre ou Trowa ils ne pourront pas se permettre ce genre de bêtises. »

Heero sentit son ventre se nouer à l'hypothèse. Cela lui rappelait clairement sa crainte d'être affecté avec un des deux autres lors d'un binôme en mission. Ça risquait bien d'arriver si Dr. J estimait que 02 avait une mauvaise influence sur lui et que cela impactait son efficacité en mission. Comment expliquerait-il son état physique ? Malgré les tentatives de Duo, il ne doutait pas une seconde de l'endroit où il serait dans un peu plus de trente-six heures.

« Tu ne mérites pas d'avoir des ennuis par ma faute. » Reprit-il d'un ton où l'on sentait poindre les regrets.

« Aucune chance qu'il m'arrive quoi que ce soit ! »

« Je n'en suis pas si sûr. » Rétorqua Heero d'un ton calme, très déconcertant pour Duo. Il semblait plus que certain de ce qu'il avançait et le natté se mettait à douter peu à peu de ses dires.

Finalement Duo soupira. Il ne trouvait pas moyen d'éviter ce qui se profilait à l'horizon et il l'appréhendait. De plus en plus. Une pirouette ne suffirait pas, il le sentait bien. Mais comment préparer quelque chose alors qu'il n'avait presque aucune carte en main ? Bien sûr il les jouerait, mais il craignait vraiment que ça ne suffise pas.


La soirée était passée très lentement pour les deux garçons. Chacun était perdu dans ses pensées, l'un à la recherche de solutions quelles qu'elles soient, l'autre rédigeant une liste mentale de scénarios catastrophes.

Ils mangèrent en silence après avoir regardé le journal télévisé que Duo avait mis autant pour son intérêt premier que pour meubler le lourd silence que tous deux subissaient. Heero n'avait jamais été un grand bavard, mais en état de stress avancé c'était quelque chose ! De plus, le natté ne savait plus quoi dire pour faire avancer le schmilblick. Il se sentait trop concerné pour tenter de passer à un autre sujet de conversation qui aurait sans doute été superficiel comparativement avec ce qu'ils vivaient. Comparativement à ce que Heero vivait, ressentait.

Compte tenu de leur réveil matinal et de leur journée bien remplie, ils décidèrent de nouveau de se coucher tôt pour récupérer.

En voyant Heero se préparer puis se mettre au lit, après lui, dans son coin, le second pilote ne put plus tenir. S'il savait se taire quand il sentait que le moment était parfois très mal venu – enfin surtout quand cela concernait son camarade – ne rien faire, il ne pourrait jamais.

Une fois la lumière éteinte, il tendit le bras vers le brun comme pour l'inviter à rentrer en contact physique avec lui. C'était presque sans espoir, mais qu'avait-il d'autre à proposer pour l'instant à part un peu de chaleur humaine qu'il savait appréciée d'Heero dans certains contextes ?

Au moment où il allait retirer sa main intouchée en retenant un soupir découragé, il sentit son coéquipier se retourner puis venir appuyer sa tête non loin de son épaule. Son soupir se mua en soupir de soulagement. Peut-être n'était-ce pas si désespéré que ça après tout ?