Auteur : Arlia Eien
Titre : Sonna Kotoba de Kokoro Tozashite
Rating : M
Genre : Hurt/Comfort, Amitié ou Romance selon l'interprétation de chacun.
Disclaimer : Gundam Wing, son histoire et ses personnages ne m'appartiennent pas. De plus, je ne gagne pas d'argent avec ce texte.
Note :
(1) Il s'agit d'un repost d'une fanfiction que j'ai écrite originellement en 2007 et retravaillée en 2010. Le style changeant de trop et le nombre de chapitres augmentant, je l'avais ensuite supprimée pour la retravailler à mon aise, voici le résultat – encore perfectible.
(2) Sonna Kotoba de Kokoro Tozashite est un morceau de phrase issu de la character song Ore dake kotoba de Heero Yuy, tous droits réservés. Je vous en propose une traduction en sous-titre.
(3) Comme indiqué, cette histoire est un Hurt/Comfort, comme dans un Angst les personnages sont donc amenés à trinquer. Attention, le rating n'est pas là pour rien ! Après il n'y a ici aucune scène explicite de sexe ou de violence (qui correspondrait à un rating Ma).
Sonna Kotoba de Kokoro Tozashite
J'ai enfermé mon cœur dans des mots
Chapitre 9
Le vendredi passa aussi lentement que la veille au soir. Heureusement que Duo avait prévu de lire ses journaux pour s'occuper. Sans quoi, il ne savait pas à quoi il aurait pu passer la journée. Sans rien pour se changer les idées, il n'aurait certainement fait qu'accumuler le stress, comme Heero. Duo avait senti la tension qui habitait son camarade augmenter exponentiellement au fur et à mesure du temps qui s'écoulait. Lui qui avait cru le voir stressé pile poil une semaine auparavant quand il avait découvert les balafres présentes sur son dos ! En fait, il était encore dans une version qualifiable de « cool ».
Dire que cela faisait seulement une semaine qu'il savait. Le natté avait l'impression qu'un mois entier s'était écoulé, de la même façon qu'il avait l'impression d'être en guerre depuis plusieurs années et non depuis un peu plus de huit mois.
Il n'avait pas réussi à voir de nouveau le dos ou même sa cuisse blessée pour juger de l'état de la peau. Il avait pourtant là une bonne excuse. Toutefois, il était intimement persuadé qu'il restait encore des stigmates de la correction qu'avait reçue le brun.
La nuit ne fut d'ailleurs pas meilleure. Il sembla à Duo qu'Heero mit un long moment à s'endormir. En tout cas, cette nuit là ce fut le natté qui fut le premier à céder au sommeil.
Sans qu'un réveil n'ait besoin de sonner une seule fois, les deux garçons se réveillèrent tôt en ce samedi matin. Aucun d'eux n'était capable d'oublier qu'ils étaient convoqués à une réunion à dix heures. Heero se leva dans l'obscurité ambiante pour se rendre dans la salle de bain. Malgré l'absence de lumière, sa démarche paraissait clairement mécanique.
Duo prit un air désolé. Le jeune homme avait accumulé les marques de stress apparent. Sans cesse tendu, l'air concentré et pris dans ses pensées à la fois. Lorsqu'il sortait de cet état de raide apathie c'était par un mouvement brusque. Et le silence, que le silence avait été pesant ! Le natté n'avait pas su quoi dire pour le faire parler. Il avait par contre cherché mille et une solutions qui s'étaient toutes révélées plus irréalistes les unes que les autres. Néanmoins toutes finissaient par se rejoindre en une pensée commune : Heero ne devait pas aller là-bas.
La lumière de la salle de bain filtrait doucement sous la porte close, mince trait lumineux qui captivait Duo autant que son problème. Au bout d'un court moment, le rai s'élargit en un quart de cercle, illuminant le sol clair de la chambre. Le second pilote cligna plusieurs fois des paupières avant de se redresser. C'était son tour de prendre la salle de bain, mais avant ça il voulait discuter avec Heero. Cette histoire l'ébranlait, il allait finir par en prendre un sérieux coup au moral lui aussi.
« Heero. »
En entendant son nom de code, 01 qui avait passé son presque éternel ensemble spandex et débardeur, sortit de la pièce pour voir ce que lui voulait l'autre pilote.
« On ne doit pas aller à cette réunion. Je sens que ça va mal se finir. » Commença Duo, la gorge nouée.
« Qu'est-ce que tu veux dire ? » S'enquit-il en se tendant, ne sachant pas ce que 02 avait pu s'imaginer dont il ne lui aurait pas parlé.
Au fond de lui, il espérait vraiment que le natté ne s'était pas fait un plan qui le mettrait en danger ou qui empirerait sa propre situation qui allait être suffisamment pénible comme ça.
« Je ne veux pas que tu sois frappé ou violé. Avant, pendant ou après je m'en fiche. Ça ne doit pas arriver. »
Le brun qui avait avalé sa salive à l'entente du « pendant », reprit la parole en tâchant de dissimuler son regard troublé par l'hypothèse dont il craignait tant la réalisation.
« Moi non plus, mais c'est ce qui arrivera. » Esquiva Heero pour tenter de mettre un terme à cette discussion qui commençait à le mettre vraiment mal à l'aise. Il n'avait pas besoin de se rendre à la réunion en étant déjà dans un état émotionnel instable. Cela ne ferait qu'empirer les choses.
« Heero, on peut rester ici ou aller ailleurs si tu préfères. S'il te plait, je ne veux pas qu'on te fasse de mal. » Insista Duo sans se rendre compte de l'effet qu'avaient ses paroles sur le premier pilote.
« Alors ne sois pas cruel et arrête d'insister. » Finit par trancher 01 en se remettant en mouvement.
Maxwell se décomposa en réalisant combien son attitude tiraillait Heero. Le jeune homme devait crever d'envie de lui dire « oui » et de s'éviter une punition imméritée sinon totalement illogique. Insister encore et encore devait certainement lui remettre un peu plus les pieds sur terre à chaque phrase. A ses yeux – mais certes pas à ceux de Duo – il devait lui proposer avec obstination un rêve inaccessible.
« Excuse, c'est juste que… je comprends pas que tu y ailles de ton plein gré. » Avoua-t-il en le suivant des yeux, des regrets dans la voix.
« J'ai mes raisons. »
« Qui sont ? » Ajouta Duo pour au moins comprendre les motivations du jeune homme.
« C'est mieux ainsi. » Souffla Heero, en se posant sur le lit, dos à l'autre pilote, pour enfiler une paire de chaussettes. Ses baskets, quant à elles, étaient du côté de l'entrée de l'appartement.
« Mieux pour qui ? Pas pour toi en tout cas. »
« C'est mieux pour tout le monde. On est en guerre, il faut bien que quelqu'un prenne les décisions pour le groupe. Ce n'est pas en discutant des décisions ou des sanctions que l'on arrange les choses. »
Le bien commun… Comme si c'était une excuse, une trop bonne excuse. Un mot vint à l'esprit de Duo : « abnégation ». Mais à cet instant, ce mot si beau sur le papier le dégoûtait au plus haut point. Maxwell aurait largement préféré un Heero un tantinet égoïste. D'un autre côté, un Heero égoïste n'aurait pas été celui qu'il avait appris à apprécier au fil de leurs rencontres parfois entrecoupées de longues semaines.
Duo lui aurait bien dit qu'il l'aimait. Il le ressentait tellement comme ça à cet instant… Néanmoins, il était certain que le pilote ne comprendrait pas le pourquoi d'une telle marque d'affection. Et puis il n'allait pas encourager un comportement qu'il désapprouvait égoïstement.
En plus, Heero n'avait sans doute déjà pas véritablement compris ses motivations la dernière fois. Lui dire ça avait alors semblé à Duo la façon la plus simple et directe de lui faire comprendre qu'il y avait des gens qui l'appréciaient, qui tenaient à lui et qui souhaitaient agir en conséquences. Si pas « des gens », au moins lui-même.
« Si je peux, j'essayerai de te sortir de là avant que ça n'arrive. Je ne te laisserai pas seul, sauf si tu me le demandes. Je ferai tout pour ne pas t'abandonner, je te le promets. » Proposa-t-il à la place.
Heero écarquilla un peu les yeux avant de ciller plusieurs fois sous le coup de l'étonnement. Il avait du mal à comprendre ce qui semblait tellement toucher Duo. Il n'empêche que cela faisait vraiment plaisir de se sentir soutenu, épaulé. En même temps, il pressentait que cet intérêt qu'on lui portait lui ferait autant de mal que de bien. Comment ne pas espérer quand on vous offrait l'ombre d'une solution envisageable ?
Pendant qu'il finissait de se préparer, Duo prit à son tour la salle de bain. Une fois la douche enclenchée, Heero se permit de soupirer. Un vrai soupir. De ceux qu'on émet quand on sait pertinemment qu'on va droit dans le mur et qu'il n'y a plus rien à y faire.
Au moins, peut-être que Duo accepterait de l'avoir à ses côtés, voire de le soigner, s'il tenait autant à lui qu'il voulait le lui faire croire. Et cette pensée calmait intérieurement Heero. S'il n'aurait aucun allié sur place, au moins il ne serait pas tout seul une fois son calvaire fini. Cela le rassurait. Parce qu'au fond, ce qui avait le plus rythmé son entraînement était cette sensation constante de solitude qui dévorait de l'intérieur, rajoutant encore une souffrance psychique supplémentaire.
Même s'il était de bonne heure, quand Duo fut prêt, les deux garçons partirent de l'appartement. Heero y avait laissé la totalité de ses affaires tout comme Duo qui avait fermé la porte à clef en sortant. Heero avait sur lui une carte magnétique permettant de passer les portiques des métros de la ville, ce qui était plus discret que de sauter tous deux au-dessus du tourniquet – l'idée initiale de Maxwell.
Si l'heure matinale aurait pu justifier que les rames soient bondées, le début de week-end leur avait permis de voyager tranquillement et même de s'asseoir une fois passé la correspondance. Le métro ressemblait à n'importe quel autre. Conçu plusieurs siècles auparavant, des rénovations régulières et une baisse notable des usagers après la dépopulation de cet endroit des États-Unis grâce à la colonisation spatiale rendaient les trajets très supportables.
Les deux pilotes étaient restés silencieux, les lieux publics leur intimant ce genre de discrétion. Si Duo avait observé les autres passagers, travailleurs, touristes ou promeneurs, Heero s'était contenté de fixer les murs sombres pourvus de lumières d'appoint par la vitre sale et rayée, petites lueurs éclairant le tunnel à intervalles réguliers.
En une petite heure, ils étaient arrivés à destination. Comme aucun d'eux ne désirait arriver en avance, ils avaient parcouru le reste du chemin sans se dépêcher. La station de métro n'était pas vraiment proche de la rue sans commerces ni animations dans laquelle ils devaient se rendre.
Bien qu'il soit déjà venu, Duo redécouvrait le quartier qui n'avait pas du tout la même apparence de jour comme de nuit. Si le soir ils avaient un certain standing, de jour les bâtiments ressemblaient à de simples bureaux. Loin d'être dernier cri, la plupart semblait même avoir besoin d'un ravalement.
Bientôt, le bloc appartenant au Docteur J apparut devant eux, se distinguant par son aspect un peu plus pimpant. On ne pouvait pas les louper, les bâtiments étaient tous reliés entre eux malgré un découpage certain à intervalles réguliers là où l'on trouvait une porte de garage ou une entrée piétonne. Ils s'étiraient du croisement de la trois voies jusqu'à une sorte de ruelle presque trois cents mètres plus loin.
Duo reconnut l'endroit où Heero avait garé sa moto la semaine passée et où il l'avait attendu un long moment. Le natté se demanda vaguement pourquoi Heero avait laissé le véhicule dehors tandis qu'ils passaient devant une des portes de garage. Celle-là devait être assez large pour laisser passer un trente-trois tonnes. Un trente-trois tonnes chargé d'un Gundam, même.
Une fois arrivés au niveau de l'entrée piétonne de la ruelle, Duo eut la surprise de la voir non-gardée.
« Il n'y a personne. » Ne put-il s'empêcher de souffler.
« Ce ne sont que des bureaux administratifs, il n'y a rien à surveiller en apparence. » Répondit Heero à voix basse tout en haussant les épaules.
A défaut de personnel, il y avait un digicode et une sorte de bouton au-dessus duquel Heero passa une autre carte magnétique après avoir composé un numéro, leur ouvrant l'accès. Un léger déclic se fit entendre, les invitant à entrer.
Un vaste hall carrelé se présentait devant eux, pas vraiment ce que Duo avait en tête. Ou du moins, ça ne ressemblait guère à des bureaux. Une vingtaine de mètres à droite, un escalier montait dans le bâtiment. Devant eux se dessinait une double porte semblant donner sur une salle spacieuse au vu du volume l'entourant. A gauche, le hall se poursuivait, longeant la baie vitrée et semblait donner sur d'autres salles et escaliers.
Heero se dirigea automatiquement vers la gauche. Duo eut juste le temps d'apercevoir un système d'ascenseurs sécurisé à côté de l'escalier de droite, qu'il devait courir après Heero qui ne semblait pas l'attendre.
Dans le hall, à une cinquantaine de mètres de là, un système identique au premier que Duo avait vu se dressait, suivi par un autre à égale distance près de la fin du hall. De là où il était, le natté pouvait voir deux autres doubles portes tout au fond de la salle et une sorte de renfoncement sur leur droite.
Comme Heero appelait l'ascenseur à l'aide de cette même carte magnétique blanche lignée bleue que Maxwell n'avait jamais vue avant ce jour, ce dernier décida de prendre la parole.
« Tu sais où aller ? »
« Hn. »
Bon, ok, la question était stupide. Heero semblait connaître le bâtiment comme sa poche et possédait les outils pour s'y déplacer.
« Où va-t-on, alors ? » Interrogea Duo en continuant à regarder alentours, pour ne pas rester passif.
« Dans le bureau professionnel de Dr. J. »
« Ok. »
Un ding et le bruit d'une porte métallique coulissant lui firent tourner la tête vers l'ascenseur qui les attendait. Heero composa le quinze avant d'appuyer sur un bouton pour refermer les portes.
Duo fronça les sourcils en voyant les numéros proposés. Ils allaient du zéro au cinq, puis passaient du dix au quinze en omettant le treize – stigmates d'un pays superstitieux – avant de reprendre en continu du vingt au trente.
« Ascenseur public. » Souffla Heero en regardant droit devant lui.
« Hein ? »
« Les premiers étages affichés sont ceux du personnel courant, ceux qui sont absents sont réservés au personnel accrédité. À partir du vingtième, ce ne sont que des appartements en location. »
Duo cilla, surpris de la confidence.
« Et tu n'es pas accrédité ? »
Heero haussa un sourcil.
« Mon pass fonctionne pour tous les étages, mais ce n'est pas le cas des deux autres. »
« Ils ont un pass ? » Répéta 02 avec suspicion. Parce qu'évidemment, lui n'en avait pas. Pas qu'il s'en plaigne, il n'en avait strictement rien à faire dans l'absolu.
« Non, ils ont dû prendre un ascenseur sans carte. À l'entrée principale. »
« Et on est pas passés par là-bas… »
« …parce que de jour cette entrée est déserte et que je n'ai aucune envie de croiser certaines personnes. »
« … »
Duo ne dit rien, il venait de trop bien réaliser de qui il pouvait s'agir. Du dénommé Girard sans doute, ou alors l'autre type, Dexter. Ces deux-là devaient bien faire partie du personnel de surveillance de l'entrée principale.
Une boule se forma dans sa gorge. Finalement, c'était bien qu'ils ne les aient pas croisés parce qu'il ignorait totalement la réaction qu'il aurait pu avoir sinon.
« Ça ne rallonge pas le chemin. » Reprit Heero, qui se sentait mal à l'aise de l'absence de commentaire de l'autre pilote.
« Hum ? »
« On sera tout près du bureau de Dr. J. » Précisa-t-il.
« T'inquiète. » Rassura immédiatement Duo en faisant un vague signe de la main. Concrètement, il était à mille lieues de s'en faire pour un détail aussi insignifiant.
De plus, à ses yeux, Heero avait eu bien raison de passer par un endroit par lequel personne ne risquait de les alpaguer. Comme ça au moins, aucun d'eux deux n'avait eu à subir de remarque ou n'avait été pris à parti, prenant ainsi le risque de les mettre en retard.
Un nouveau ding et la porte de l'ascenseur s'ouvrit. Les deux pilotes en sortirent, Heero en premier. Il se mit sur le côté et attendit Duo un bref instant avant de se remettre en route.
Cette fois, le sol était recouvert de lino de couleur neutre. Sur les murs peints en blanc, des portes se détachaient à intervalles réguliers. Toutes étaient fermées et pourvues du système de sécurité commun au bâtiment.
A voir les diodes de ces serrures électroniques clignoter en rouge à chaque seconde, Duo se dit que l'étage était mieux protégé que n'importe quelle base d'OZ. Ce qui en soit n'était pas vraiment un compliment.
Au bout de quelques instants, une alcôve commença à se dessiner sur leur droite. A côté de la porte qui semblait blindée, se trouvait une sorte de meuble ayant fonction de boîte aux lettres. Parce que J acceptait les doléances ?
Comme Heero s'arrêta, Duo en fit de même, lui lançant un regard interrogatif.
« Si tu continues à marcher le long du couloir, tu trouveras un ascenseur sans système de sécurité. Tu devras le prendre pour sortir. »
Ayant sciemment évité l'accueil, il devait pourtant bien expliquer à Duo comment ressortir du bâtiment. C'était le minimum.
« Attends, tu n'as pas besoin de m'expliquer puisque… » Coupa Duo avant que les mots ne meurent dans sa gorge.
« Si. »
« On repartira ensemble. On doit repartir ensemble. »
Heero ferma les yeux et haussa les épaules. Avant que Duo n'ait pu renchérir, la porte était déverrouillée et le brun la franchissait, son air habituel plaqué sur le visage. Sauf que cette fois, Duo était complètement conscient que cette apparence était artificielle.
Une fois rentrés, ils avaient été accueillis par leurs cinq mentors respectifs. Le Professeur G, le seul à avoir salué leur entrée, avait lancé un « Pile à l'heure ! » tout en lançant un regard goguenard au Docteur J qui avait dû faire une remarque quelconque à ce sujet, à moins que le professeur n'ait pris au sérieux le message d'Heero.
Quatre et Trowa étant arrivés deux minutes auparavant, Winner et Maxwell eurent juste le temps d'échanger un sourire – forcé pour ce dernier – en guise de bonjour que la réunion commençait.
Il y eut une synthèse de leur action depuis que les ingénieurs avaient par une sorte de miracle réussi à s'échapper de la base lunaire d'OZ, puis des remarques sur l'avancée technologique de leurs ennemis dont les cinq scientifiques étaient totalement responsables, ainsi que de la leur.
Un résumé de la situation à Sank et en Europe en général fut demandé à 01 et 04, ce que Quatre fournit de bonne grâce et d'une façon qui sembla convenir à tous. On ne s'appesantit pas sur la collaboration d'Heero avec les partisans de Treize Khushrenada ; au vu de la défaite de ces derniers il n'y avait plus grand-chose à dire. Encore que, le Professeur G et l'Instructeur H s'intéressèrent à l'Epyon créé des propres mains de Khushrenada. Cependant le Docteur J y avait mis un terme : l'analyse qu'avait faite Heero dans un rapport était en sa possession et à leur disposition.
L'ancienne situation de Duo sur L2 avait été expédiée encore plus rapidement, malgré l'incident avec Trent et les indépendantistes locaux. On retint juste sa suspicion largement documentée de la présence d'un trafic de pièces détachées de Mobiles Doll qui fournirait leurs ennemis sur la colonie.
Trowa, quant à lui, se remettant avec plus ou moins de succès de son amnésie, on ne lui demanda rien du tout.
Les incidents récents et la destruction de L5, justifièrent en grande partie l'absence de Wufei qui avait par ailleurs fort à faire sur le continent asiatique. Il n'était de toute façon un secret pour personne que Maître O n'avait aucune autorité véritable sur le Chinois qui savait se rendre utile et œuvrer pour leur cause de la façon dont il l'entendait.
Enfin, on parla de la véritable actualité : leurs récentes actions sur le continent américain. Le renfermement du Docteur J qui cessa définitivement de sourire à cette occasion passa inaperçu aux yeux de tous sauf les deux derniers arrivants. Si Heero fit mine de rien, l'inquiétude de Duo monta d'un cran, bien qu'il tentât de le cacher.
Au cours de l'analyse et des remarques des uns et des autres, le natté ne pouvait s'empêcher de mettre en parallèle de ces phrases l'état dans lequel avait été Heero à ces instants x précis. Physiquement, il le savait, ou du moins connaissait l'étendue des dégâts. Mentalement, il ne pouvait pas prétendre le savoir, parce que le brun ne communiquait pas, qu'il ne s'ouvrait pas. Et malheureusement, Duo pouvait le comprendre.
Ce n'est que presque au bout de deux heures qu'on leur donna enfin leurs ordres de missions. Au final la décision attendue par tous avait été prise : les Gundams retournaient dans l'espace, et par conséquent, leurs propriétaires. Il avait été convenu qu'ils partiraient au compte-goutte.
D'abord Wufei, suivi rapidement par Trowa et Quatre qui avaient des points de chute assurés dans les colonies spatiales et pourraient préparer leurs différentes missions de là-bas. Celles-ci consisteraient à combattre les divisions d'OZ et à protéger L3 et L4 pour que le drame de L5 ne se reproduise pas, L4 avait d'ailleurs déjà assez souffert.
Heero et Duo suivraient quelques jours plus tard sur L1 dans le but d'entamer une mission d'espionnage sur un réseau de pièces de Mobiles Dolls provenant de L2. Tout cela, bien sûr, servant ensuite à la Romefeller.
Les deux pilotes avaient été jugés les plus aptes à la remplir : Duo connaissant l'existence du trafic pour l'avoir remarqué lui-même depuis sa petite colonie du point L2 sur laquelle il logeait avant de redescendre sur Terre ; et Heero étant le meilleur dans tout ce qui concernait le piratage informatique, ces capacités serviraient pour obtenir les dates de livraisons et autres détails des commandes qui leur étaient absolument nécessaires.
Les scientifiques, eux, resteraient sur Terre sous couverture. Ils sentaient venir un soi-disant complot venant des Colonies qui viserait à les faire tomber puis capturer. Leur but serait d'effectivement se faire emprisonner pour mieux infiltrer et manipuler l'ennemi.
L'information laissa les pilotes de marbre. Tous, même Trowa, se souvenaient du dernier plan de ce genre et aucun n'en gardait un souvenir agréable. L'emprisonnement, les quelques tortures, les manipulations pour récupérer leurs données… C'était à se demander qui leurs mentors cherchaient à berner.
Devant cet édifiant silence, le Docteur J décida de conclure.
« Bien. Des questions ? »
« Oui, qui devra protéger L2 ? » S'enquit Quatre qui s'était, tout comme ses camarades, posé la question.
« D'après nos informations, elle ne nécessite pas autant de surveillance que L3 et L4. 01 et 02 s'occuperont de ces questions en temps utile puisqu'ils seront à proximité immédiate sur L1. » Répondit le Professeur G ce qui calma en grande partie les esprits, le scientifique étant au même titre que Duo le premier concerné par le sort des Colonies du point L2.
« D'autres questions ? » Se borna à dire le docteur d'un ton qui semblait sous-entendre que la précédente était superficielle sinon stupide.
Cette fois le silence lui répondit.
« Très bien, vous pouvez donc disposer. » Conclut le Docteur J en fixant Maxwell pour la première fois depuis son entrée dans la pièce.
Ils étaient sur le point de partir tous les quatre, puisqu'Heero à qui on avait rien demandé faisait mine de les suivre, quand son mentor reprit la parole.
« 01, tu restes. J'ai une affaire à régler avec toi. »
Au vu de la remarque, Barton et Winner haussèrent respectivement sourcils et épaules avant de sortir de la pièce. Maxwell, lui, stoppa son geste.
« Il ne peut pas rester, on doit compulser le dossier ensemble pour la mission » Dit Duo qui était en quelque sorte soulagé d'un poids au vu de l'attribution de ladite mission.
Si jamais Heero avait dû travailler seul ou avec un des deux autres il n'aurait pas pu prendre sa défense, essayer de l'extirper de la poigne mentale de J.
« Travaille seul. 01 te rattrapera sans problème. » Trancha le Docteur J pour que le second pilote se dépêche de déguerpir. Au vu des récents évènements, l'avoir sous les yeux pendant la réunion l'avait déjà assez agacé comme cela.
« C'est moi qui ai fait le dossier. C'est Heero qui va devoir travailler » Rappela le natté. Encore une fois, le travail devait être trop bon aux yeux du docteur pour que ce soit lui qui ait pu le faire.
J l'ignora et d'un bref signe de sa main valide lui fit signe de les laisser.
« Si vous espérez qu'on commence la mission dans trois jours, vous feriez bien de nous laisser préparer notre travail correctement. » Siffla alors Maxwell d'un ton cassant, n'acceptant pas d'être snobé, surtout à cet instant précis.
Le Professeur G, qui contrairement aux autres mentors ricanant dans leur coin, suivait la discussion, leur fit signe de monter sans lui au laboratoire situé dans les hauts étages.
« Il n'a pas tort. Parlez à votre pilote maintenant, qu'ils repartent ensemble. Il ne faut pas prendre le risque de compromettre bêtement une mission. »
Les traits de J se figèrent un peu plus à l'entente de la phrase. Si l'on avait pu voir ses yeux, ils auraient certainement foudroyé les occupants de la pièce. Pour l'instant il fixait Heero, rageant intérieurement contre lui qui était resté immobile et silencieux, son seul changement de position étant la direction de son regard qui suivait les interlocuteurs au fur et à mesure. Un peu comme s'il suivait un match de tennis et attendait de voir qui serait le vainqueur pour le suivre.
Voyant son comparse toujours muet, G reprit la parole s'adressant aux pilotes.
« Vous devez partir lundi, c'est cela ? Le Docteur J ne devrait pas avoir besoin de 01 trop longtemps. Vous pourrez travailler ensemble demain. » Proposa le professeur, supposant que son collègue avait besoin de l'adolescent pour régler le souci en informatique dont il leur avait parlé. Hors programmation d'armure mobile, aucun d'entre eux n'était vraiment doué.
« Il y a deux cents pages à compulser et toute la logistique à faire. » Le ton de Duo, toujours sec, surprit tout le monde sauf Heero qui le regardait présentement.
Le jeune homme comprenait la manœuvre même s'il ne savait pas vraiment s'il l'appréciait ou non, s'il devait se sentir reconnaissant. A la fois, la tentative de Duo lui réchauffait le cœur mais lui inspirait aussi une certaine crainte.
L'éventuel public était parti, des mots plus explicites pouvaient sortir de part et d'autres. Et ça, il le craignait vraiment. Parce qu'il ignorait le tour que prendrait l'humeur de Dr. J s'il s'apercevait que Duo savait parfaitement pourquoi il voulait garder son pilote sur place et en privé. Et même si le natté était au courant de sa situation et qu'il se fichait de l'avis du Professeur G qu'il ne connaissait pas sur le sujet, il appréhendait le fait que Dr. J devienne explicite. Trop explicite. Il n'était pas certain de son ressenti, mais même si ça ne changerait rien, il le ressentirait comme une humiliation de plus, une sorte de trahison.
Pendant ce temps-là, G tentait de raisonner son pilote.
« …Duo, un à deux jours vous suffiront. J'ai joint des stratégies et adresses dans le mail que l'on vous a envoyé à tous les deux. »
Lequel Duo se rembrunit, sachant qu'il perdait des arguments.
Heero vit du coin de l'œil Dr. J se diriger vers son bureau puis tapoter les doigts de sa main valide sur la surface lisse en signe d'impatience. Il semblait pressé que son collègue les débarrasse de son enquiquineur de pilote.
Yuy cilla en apercevant le système d'appel à seulement quelques centimètres de la main du docteur. Sans aucun doute qu'à la première pression Girard accourrait. Il sentit une boule d'angoisse se former dans son estomac. Et si Dr. J appuyait alors que les deux autres étaient encore là ? Le brun savait pertinemment que de sa part le docteur n'aurait déjà pas supporté qu'il s'adresse à lui sans autorisation. De nouveau, il commençait à s'en faire pour la sécurité de Duo.
« …on te certifie que tu récupéreras ton binôme demain matin. Et puis c'est ton dossier. Tu pourras facilement le briefer oralement s'il n'a pas le temps de tout lire. »
A présent le châtain se mordillait la lèvre inférieure. Il se sentait un peu bloqué. Que dire sans mettre Heero plus en danger ? Sans perdre son prétexte ?
« Vas-y, Duo. »
La voix claire surprit tout le monde. N'aimant pas être le centre d'attention, surtout si près d'un moment qui, il le savait, ne serait pas agréable pour lui, Heero reprit brièvement la parole.
« Je te rejoindrai dès que je pourrai. » Compléta-t-il en déplaçant ses yeux vers la porte, signe discret pour enjoindre le second pilote à sortir.
A la surprise des deux mentors, Duo, le visage sombre, hocha la tête comme à regrets avant de se déplacer pour sortir, laissant le Professeur G passablement ébahi par ce qu'il prenait pour un prodige plutôt fameux. Inconsciemment, il suivit le natté dans le couloir. Il pourrait de toute façon rejoindre les autres via un autre ascenseur.
Une minute de silence passa entre J et son pilote. Le premier foudroyant le second du regard, la colère se mêlait à l'incompréhension. Soudain, un bruit sourd, comme celui de la chute d'un objet leur parvint depuis le couloir par lequel Duo et le Pr. G étaient sortis, leurs deux regards se dirigeant naturellement vers la porte. Le docteur renifla avec dédain quand Heero restait toujours silencieux.
Alors il appuya sur le bouton de son interphone.
