Auteur : Arlia Eien
Titre : Sonna Kotoba de Kokoro Tozashite
Rating : M
Genre : Hurt/Comfort, Amitié ou Romance selon l'interprétation de chacun.
Disclaimer : Gundam Wing, son histoire et ses personnages ne m'appartiennent pas. De plus, je ne gagne pas d'argent avec ce texte.
Note :
(1) Il s'agit d'un repost d'une fanfiction que j'ai écrite originellement en 2007 et retravaillée en 2010. Le style changeant de trop et le nombre de chapitres augmentant, je l'avais ensuite supprimée pour la retravailler à mon aise, voici le résultat – encore perfectible.
(2) Sonna Kotoba de Kokoro Tozashite est un morceau de phrase issu de la character song Ore dake kotoba de Heero Yuy, tous droits réservés. Je vous en propose une traduction en sous-titre.
(3) Comme indiqué, cette histoire est un Hurt/Comfort, comme dans un Angst les personnages sont donc amenés à trinquer. Attention, le rating n'est pas là pour rien ! Après il n'y a ici aucune scène explicite de sexe ou de violence (qui correspondrait à un rating Ma).
Sonna Kotoba de Kokoro Tozashite
J'ai enfermé mon cœur dans des mots
Chapitre 10
Duo était rentré chez lui, seul, avec les idées noires et le cœur lourd. Une fois sorti de la pièce et la porte refermée, G l'avait abreuvé de remarques déplaisantes auxquelles le natté n'avait par habitude pas prêté oreille attentive. Littéralement en rage, il avait fini sous la proie de l'agacement et de la culpabilité qui montait à chaque pas qui l'éloignait un peu plus d'Heero, par shooter de toutes ses forces dans une poubelle située dans un renfoncement.
La structure métallique était allée s'effondrer sur le sol dans un vacarme épouvantable qui fut suivi par un pesant silence. Néanmoins, Duo continua sa marche. Si jamais il s'arrêtait, il savait qu'il ferait aussitôt demi-tour et tenterait une action désespérée à base de menace d'arme à feu. Or il ne pouvait pas. Il ne devait pas. Il avait fait une promesse et n'avait d'autre choix que de la tenir malgré le nœud qui lui tordait un peu plus le ventre à chaque mètre parcouru.
Le silence n'avait pas duré longtemps, le Professeur G ayant fait une remarque cinglante sur la santé mentale de son pupille. Sur son visage étaient visibles la surprise et une vive interrogation que Duo n'avaient pas vues lorsqu'il s'était retourné pour le foudroyer du regard en grondant quelque chose ressemblant à « foutez-moi la paix ». Après cela, l'homme s'était tu et l'avait quitté, sa colère ou son air bouleversé devant l'avoir convaincu.
Heureusement, sur son chemin il ne croisa personne qui daigne faire attention à lui. D'ailleurs personne n'avait été remarquable à ses yeux.
Même s'il n'y avait pas pensé sur le moment, une fois sorti du bâtiment, il se félicita de n'avoir pas recroisé Trowa ou Quatre à l'intérieur. Les retrouver n'aurait rien changé. A coup sûr, vu son état émotionnel, Quatre ne l'aurait pas laissé repartir seul sans explications. Alors, au mieux, il les aurait inquiétés. Ce n'était pas dans sa personnalité de mentir, et en l'occurrence, il n'aurait pas été question de dire la vérité. Encore moins dans les locaux du Docteur J qui étaient truffés de caméras.
Le retour avait été affreusement long. Cette fois, il avait sauté par-dessus le portique du métro. Quelques personnes l'avaient regardé bizarrement, mais il n'en avait rien à faire. Il était resté debout dans la rame, le regard vide. L'espèce de boule qui se trouvait au niveau de son estomac lui coupait durablement l'appétit malgré l'heure et le fait qu'ils n'aient rien mangé au matin. Si Heero était physiquement dans ce genre d'état, il commençait à comprendre qu'il n'ait rien pu avaler.
Sentant presque des larmes lui monter au yeux, tel son sentiment de culpabilité qui croissait et était sur le point de déborder, il tâcha d'effacer de ses pensées le prémisse de ce qu'il devait se dérouler à l'instant même et pensa à sa mission, gardant son inquiétude pour Heero dans un coin de son cœur.
Après avoir claqué la porte, Duo s'avança dans l'entrée et arriva dans la pièce à vivre. Déposant le trousseau de clefs sur la table, son regard se posa sur l'ordinateur portable. L'appareil d'un gris clair laissait la lumière se refléter sur son couvercle. Sans s'en rendre compte, Maxwell y laissa glisser le bout de ses doigts.
Puis, cillant, il secoua la tête. Il ne devait pas se laisser aller de la sorte. La présence de cet objet comme de toutes les autres affaires d'Heero dans l'appartement était la promesse tacite de son retour.
Oui, Heero reviendrait. Quand et dans quel état, il tâcherait de ne pas l'imaginer à l'avance. Toutefois, le moins qu'il pouvait faire était de préparer leur futur travail pour que le jeune homme ne doive pas se tuer à la tâche comme il l'avait vu faire la fois précédente, et ce malgré son état.
Rassuré par la structure et le soutien que lui offrait sa résolution, il prit une chaise et alluma la machine.
Il était près de vingt et une heure quand Duo arrêta son travail. Se passant une main sur la nuque avant de replacer sa natte dans son dos, il récapitulait mentalement ce qu'il avait fait ces six dernières heures. Relecture de son rapport qu'il avait eu soin de détailler avec zèle, objectifs de la mission, il avait fini par écrire une synthèse du tout pour le clarifier à ses yeux mais surtout pour Heero. Il avait ensuite parcouru les messages de G qui comme il en avait l'habitude avait joint des stratégies, des plans et des adresses.
Même s'il ne s'en vanterait pas, il avait vérifié la véracité desdites informations par crainte que J n'y ait mis sa patte personnelle – la paranoïa d'Heero avait vraiment été contagieuse. Heureusement, ce n'était pas du tout le cas, les renseignements étaient fiables. Et il avait avancé le travail de telle façon qu'il ne restait que les décisions à prendre puis à appliquer.
Tout ce labeur avait au moins eu le mérite de lui occuper l'esprit, ce dont il avait eu affreusement besoin. Surtout qu'Heero ne rentrait toujours pas malgré les heures qui s'accumulaient. Dieu seul savait – J seul savait – ce qui avait pu lui arriver pendant ces neuf heures, et ça rendait le second pilote malade. Il avait néanmoins fini par se préparer un encas avec leurs dernières courses, trois heures auparavant, histoire de ne pas tomber en hypoglycémie.
Mais pour l'instant, Duo se sentait surtout exténué. Exténué d'une fatigue mentale très peu saine, mais ça, il ne savait rien y faire. Il avait donc pris la décision d'aller se coucher. Le temps restant à attendre le retour d'Heero passerait plus vite s'il dormait. Au moins, il ne verrait pas les minutes s'écouler avec lenteur que ce soit à sa montre, à l'horloge du four et à celle de l'ordinateur.
De toute façon, s'il était toujours sans nouvelles le lendemain matin, il recontacterait G et sans réponse de sa part débarquerait au quartier général du docteur. Il regrettait déjà trop d'avoir abandonné Heero. Parce que s'il était certain d'une chose, c'est qu'il s'en voudrait très longtemps d'avoir obéi au jeune homme.
Duo fronça les sourcils dans son sommeil. Il lui semblait avoir entendu un bruit de sonnette. En un instant, il réalisa que l'on avait bien sonné à la porte et devinait parfaitement de qui il pouvait s'agir. Envoyant voler les draps, il se leva et se dirigea vers la porte d'entrée d'un pas vif, allumant la lumière au passage, vêtu de son unique boxer, quand un second coup de sonnette retentit.
Arrivé devant la porte, il jeta un bref coup d'œil par le judas et reconnut immédiatement le jeune homme aux cheveux bruns qui se tenait à l'extérieur. Aussitôt, il entreprit de déverrouiller la porte et l'ouvrit en vitesse.
Heero qui était appuyé contre le chambranle de la porte, se redressa, soulagé, lorsque Duo lui ouvrit.
« Entre vite. » Invita calmement Duo en s'effaçant pour le laisser entrer. Il avait vraiment l'air éreinté, il ne valait mieux pas qu'il reste dehors. Surtout qu'il ignorait encore l'heure qu'il était. Il avait juste remarqué que la nuit était totalement noire en passant dans le salon.
Dès que le brun eut obéi, le natté referma la porte derrière lui. En un coup d'œil, il vit qu'Heero était en plus mauvais état que ce qu'il avait cru de prime abord. Yuy était pâle comme un mort, il semblait avoir du mal à rester debout sans appui et si aucune trace de coup n'était visible en raison de ses vêtements, personne n'aurait pu louper les bleus qui apparaissaient sur le haut de son bras gauche.
« 'Ro. »
Le premier pilote rouvrit les yeux qu'il avait inconsciemment fermés après s'être de nouveau appuyé contre le mur.
« Tu sauras aller t'allonger ? » Demanda doucement Duo, l'inquiétude remontant en flèche.
Ce n'était pas normal qu'il semble si faible. En même temps, il n'avait sans doute rien mangé depuis la veille au soir. Et en plus, il avait eu à rentrer seul, en pleine nuit, certainement en utilisant les transports en commun ou à pied. Jusqu'à quelle heure fonctionnaient ces satanés métros, déjà ?
« Hn. » Acquiesça finalement Heero en appuyant son onomatopée interprétable à souhait d'un hochement de tête affirmatif.
Baissant le regard, il plaça le bout de son pied sur l'arrière de sa chaussure pour la retirer. La basket glissa et son propriétaire la poussa du pied contre le long du mur, qu'elle ne soit pas en plein milieu du chemin, puis il entreprit d'enlever l'autre.
Heero frissonna. Si la contraction involontaire de ses muscles provoqua un pic de douleur, il commençait à apprécier la chaleur ambiante. Parcourant la pièce du regard, il put constater que Duo semblait chercher quelque chose, certainement dans leur trousse de secours.
N'ayant pas un a priori positif sur cet état de fait, il se rendit néanmoins dans la chambre. Bien que cela puisse paraitre profondément contradictoire puisqu'il n'avait presque pas été debout depuis le matin, il avait vraiment besoin de se coucher.
Une fois la lumière de la chambre allumée, chose que Duo avait omise de faire dans sa précipitation, le brun se dirigea vers le lit. Là, il prit appui sur la tête de lit, retint sa respiration un instant et enleva ses chaussettes, un pied après l'autre, d'un geste vif.
L'arrière de ses cuisses n'appréciant guère d'être tiré de la sorte, il reposa vite chacun de ses pieds au sol. Il ne pourrait sans doute pas se déshabiller plus par lui-même. Alors il se laissa tomber plus qu'il ne s'allongea à sa place, sur le côté gauche du lit.
Il détestait être à plat ventre. Surtout en ce moment. Mais malgré sa fatigue, Heero se doutait bien que c'était dans cette position que Duo voudrait qu'il soit au moins le temps de voir les dégâts.
De son côté, Duo soupira en jetant un coup d'œil à l'heure qu'il était. 1h05 du matin. Il aurait cru de prime abord avoir dormi plus que ça. Il secoua la tête pour chasser ses pensées parasites, et se rendit d'un bon pas vers la chambre, éteignant la lumière du séjour et emmenant la trousse de secours avec lui.
Une fois le seuil passé, il referma la porte derrière lui et posa son regard sur Heero. Il était étendu sur le lit, immobile, encore recouvert par ses vêtements. On aurait facilement pu croire qu'il s'était endormi comme ça, mais la contracture du haut du dos contredisait cette hypothèse. De même, Duo ne croyait pas une seule seconde qu'on puisse dormir en souffrant le martyre, car ça ne pouvait pas en être autrement.
Posant son matériel au bout du lit, il se dirigea vers le radiateur pour augmenter le chauffage de leur chambre. Comme la dernière fois, le natté espérait bien pouvoir le convaincre de dormir en étant le plus découvert possible. Puis, le voyant ainsi, Duo se dit que cette fois Heero serait bien incapable de se laver lui-même. Déjà qu'il en avait été à peine capable la dernière fois.
« 'Ro, tu veux que je te fasse ta toilette ? »
Ecarquillant les yeux dans l'oreiller, le jeune homme se figea un peu plus en comprenant ce que cela impliquait. Concentré sur les mouvements et le bruit des pas de l'autre pilote, il avait été surpris par la question qu'il aurait pu trouver mortifiante. Sans voix dans un premier temps, il finit par hocher ostensiblement la tête pour marquer son accord. …Qu'est-ce que cela changerait après tout ? Duo ne verrait rien de plus que lors des soins.
Au vu de son attitude passée, cette envie pouvait surprendre. Néanmoins, cette fois Heero avait vraiment besoin de l'intérêt de Duo, de ses attentions. Parce qu'il ne les avait pas tant détestées que ça et qu'il les avait même espérées toute la journée durant.
Aussitôt qu'il avait vu Heero acquiescer, Duo s'était rendu dans la salle de bain afin de remplir une bassine avec de l'eau chaude et de se laver les mains. Après avoir emporté son récipient dans la chambre, il fit un second aller-retour pour aller chercher une serviette qui par chance n'était pas trop rêche, ainsi qu'un gant de toilette.
Posant le tout sur le sol, il prit une grande inspiration avant de se redresser. Maintenant il atteignait le gros du problème : déshabiller son camarade. Et cela le stressait plus qu'on ne pouvait l'imaginer.
Rien à voir avec la façon dont les choses s'étaient déroulée la dernière fois. Du chemin avait été fait depuis, et Duo savait qu'Heero ne risquait pas de le repousser comme cela avait été le cas suite à sa première intervention. Rien à voir non plus avec ses sentiments à l'égard du pilote. Ce serait dur, mais il se sentait pleinement capable de conserver une attitude et des gestes rassurants. Ici, il craignait plus de lui faire mal. Mais cela restait un passage obligé, qu'il le veuille ou non.
Heureusement, Heero avait eu la très riche idée de ne pas coincer son débardeur vert dans son short contrairement à son habitude. Duo se saisit du bas du marcel et le décolla délicatement du dos svelte et musclé. Enfin, si ce qui apparaissait était toujours svelte, le dessin des muscles passait totalement inaperçu.
« Tu peux lever les bras, s'il te plait ? »
Comme il obéissait et que Duo finissait de relever le vêtement, une nouvelle boule se forma dans la gorge du pilote du Deathscythe. Finalement il commençait à comprendre la signification du mot « rien » pour Heero. Ravalant colère et chagrin, il fit passer l'encolure large du débardeur par la tête d'Heero, frôlant sa nuque, avant de faire glisser les bras pour le retirer totalement.
Une fois fait, le natté se mordit les lèvres. L'eau, il ne savait plus vraiment si c'était une bonne idée… En effet, le dos du brun était recouvert d'un nombre de raies qui lui paraissaient incalculables. Celles-ci s'étendaient de la ceinture du spandex jusqu'au bas des omoplates, dont la teinte allait du rouge sombre presque brun jusqu'à un violacé qui évoquait des hématomes. Le peu de peau non marquée était également rouge si pas bleuie par la violence des coups. D'ailleurs, il aurait même pu dire le peu de peau tout court. Sur la région lombaire, tout le côté gauche semblait mis à vif et plusieurs couches d'épiderme avaient disparu, arrachées. Le pire était que la zone était encore à moitié recouverte par le short en lycra.
Sans plus attendre, Duo stoppa sa contemplation morbide et glissa rapidement les doigts sous la ceinture du vêtement, la décollant immédiatement avant de le baisser délicatement le long du bassin, puis des cuisses. Une fois aux genoux, il retira ce dernier rempart d'un geste vif et posa un regard presque brouillé par le désespoir, la colère et la douleur qu'il ressentait à imaginer celle de l'adolescent.
Le reste des lombaires était dans un état similaire à ce qu'il venait de découvrir. Si le fessier semblait être en meilleur état puisque la peau n'avait pas été arrachée par les coups, la densité des raies sombres et sa couleur plus soutenue et tendant vraiment vers le violet contredisait avec force l'idée du « moins pire ». La cuisse gauche quant à elle ressemblait trait pour trait au haut du dos. La droite, déjà à vif était encore en plus mauvais état.
Duo se massa la tempe puis se frotta les yeux un instant pour se redonner une contenance avant de se concentrer sur sa tâche.
Glissant le gant dans l'eau, il l'essora légèrement avant de le passer sur sa main droite et commença aussitôt à humidifier la nuque du pilote du Wing Zero. Comme celui-ci ne réagit pas spécialement, le natté expira fortement avant de passer aux épaules. Il effectua quelques mouvements circulaires comme pour les dénouer. Redescendant le gant jusque dans la bassine, il prit une grande inspiration avant de passer aux parties blessées. Il n'allait pas pouvoir frotter, cela ferait bien trop mal au jeune homme. Autant mouiller le dos blessé et répartir l'eau en tamponnant.
Heero serra les dents lorsque Duo commença à toucher ses omoplates avec son gant humide. Même si la peau était râpée et non à vif, le contact avec son dos endolori était difficilement supportable. Mais il se rendait compte qu'il avait besoin de se nettoyer après ça. Il en avait même doublement besoin. A sa surprise, le châtain se remit à parler.
« Je me doute que tu aurais préféré tenter de te nettoyer par toi-même ou bien te faire couler un bon bain, mais là c'était vraiment pas possible… »
La phrase pouvait sembler bateau à souhait, néanmoins, elle prenait tout son sens pour celui à qui elle était adressée. Même si celui-ci n'était plus vraiment en état de saisir toutes les subtilités, le « excuse-moi de ne pas avoir respecté ta pudeur » était là.
« Aucune importance. » Marmonna le brun laissant par la même occasion échapper un gémissement lorsque Duo essora doucement puis passa son gant à la limite de ses lombaires à vif.
« Si, ça a son importance… 'Ro je veux éviter que tu te sentes trop mal à l'aise. » Insista Duo, ne sachant pas trop comment réagir ou aider son camarade.
Le brun cilla, la tête toujours calée contre l'oreiller. Depuis qu'il était rentré, Duo ne cessait de l'appeler par cette espèce de diminutif, « Ro », plutôt que par son nom de code. Et ça le troublait, cet usage systématique sans raison valable à ses yeux.
« C'est… c'est gentil, mais Dr. J ne me fournissait pas de baignoire. Et de toute façon… »
Il reprit brièvement son souffle pendant que Duo tamponnait l'intégralité de son dos de la serviette avec calme et sérieux.
« De toute façon, je ne vois pas comment de l'eau, même par centaines de litres, pourrait changer quoi que ce soit. » Bredouilla Heero en s'efforçant de parler distinctement et d'une seule traite malgré la douleur qui l'assaillait.
« Je… Tu as raison. » Répondit Duo remué par la réponse du brun.
Après quelques secondes en suspens, il continua.
« Enfin… Si tu veux quelque chose qui peut te soulager moralement ou physiquement, tu demandes. » Proposa-t-il gentiment.
« …J'ai connu plus spartiate. » Siffla Heero avant de se mordre la lèvre lorsque Duo commença à s'occuper de ses fesses qui avaient elles aussi bien plus pris que la fois précédente.
Duo tâcha de passer rapidement sur la zone. Après tout, Heero faisait ici preuve d'une assez grande tolérance à son égard, il en avait conscience. Puis il passa aux cuisses. A regarder de plus près, quelque chose lui semblait bizarre.
« 'Ro, tu peux écarter les jambes, s'il te plait ? » Demanda de nouveau le châtain, fronçant les sourcils et repoussant sa chevelure derrière son épaule qu'elle ne rencontre pas le corps endolori de son camarade.
Bien que le jeune homme ne semblât pas réagir, Duo perdit définitivement de ses couleurs et se sentit agité de légers tremblements. C'était bien du sang qu'il venait de voir, et il était certain qu'il ne venait pas des cuisses. Serrant d'abord le poing dans un geste vif, il retint difficilement les larmes de rage qui lui montaient aux yeux et laissa le gant retomber dans l'eau tiède de la bassine.
Ce sang, il savait très bien d'où il pouvait provenir. Il le savait pertinemment pour la simple et bonne raison qu'Heero lui avait lui-même dit, il y a quelques jours, ce qui était dans les habitudes des salopards avec qui il avait passé toute l'après-midi et toute la soirée.
Il y avait cru pourtant, il avait espéré… Espéré quoi ? Que J et l'autre fumier feraient preuve de mansuétude ? Heero était depuis le départ persuadé du contraire.
Et Duo se trouvait bête, très bête d'avoir espéré qu'on ne l'ait pas touché, d'avoir été rassuré par le silence d'Heero sur ce point-là. Mais Heero n'avait rien dit sur ce qu'il s'était passé à son retour. Alors Duo avait juste pris son rêve pour la réalité. C'était donc trop demandé au ciel que le jeune homme – certainement à ce jour la personne vivante à qui il tenait le plus – ne soit pas torturé et violé sans qu'il ne puisse rien faire pour l'empêcher ?
Il se demandait comment cela avait bien pu se passer. Mais en même temps, il n'osait pas le formuler : pire, il ne le voulait pas.
Parce qu'il ne voulait pas en entendre plus. Parce qu'il se sentait responsable, déjà trop responsable.
Et Heero n'en parlerait pas de lui-même, Duo le savait au fond de lui, il se sentirait trop humilié. Parler de faits datant de quelques années ou quelques heures n'avait rien à voir. Aucun d'eux deux n'aurait le même recul, surtout quand on voyait les présentes difficultés d'Heero. S'il savait ce qu'il avait subi, il s'en voudrait encore plus. C'était inutile et suffisant pour l'instant.
« S'il te plaît… » Répéta-t-il d'une voix plus brisée qu'il ne l'aurait cru, tout en sortant sa main et le gant de l'eau.
Cette fois Heero sembla céder et écarta suffisamment les jambes pour laisser à Duo la place de passer son gant humide, ce que Maxwell fit, la gorge serrée. Il commença par effacer les traces de sang séché avec autant de douceur qu'il en était capable, et de l'autre main, alla caresser la chevelure du jeune homme qui se crispait de plus en plus au fil des gestes.
En rinçant de nouveau son gant, le natté, le regard fixé sur l'eau qui se tintait de rouge à l'endroit où il essorait, se remémora la remarque qu'Heero avait faite sur l'eau. Amputé de ses illusions, celle-ci lui laissait un goût amer dans la bouche.
Comment de l'eau, même par centaines de litres, pourrait changer quoi que ce soit ? Duo n'était pas près de l'oublier. Parce que si en théorie cela rendait son action caduque, cela dénotait surtout une souffrance morale inavouée. Et c'était d'autant plus dur que le natté se sentait comme cette eau qui coule et n'efface rien, qui ne change rien à ce qui s'est passé.
Oui, sauf que lui, il tâcherait d'agir sur le futur que tout ça ne se produise plus jamais de son vivant, ni même après. De nouveau, il inspira à fond, et après une dernière caresse appuyée sur la nuque, il sortit la main de l'eau qui refroidissait et essora son gant avant d'aller tamponner l'endroit d'où provenait le sang.
Après un ou deux passages, Duo estima que le saignement s'était arrêté, et en expirant fortement, il entreprit alors de finir de nettoyer le jeune homme. Il s'occupa d'abord du bas des jambes, passant le gant sur le genou, puis sur le mollet, la cheville et le pied. Il avait pris sur lui de soulever la jambe afin de finir sa tâche. Enfin, avec l'accord tacite du brun qui s'était soulevé légèrement, il avait rincé puis séché le ventre, la poitrine et avait fini avec les bras qu'Heero déplia un à un avant de se remettre dans sa position originelle, la tête enfouie entre ses avant-bras croisés pour ne pas tirer sur son dos.
Duo, sur le point d'aller vider l'eau, observa Heero un court instant. Il ne lui dirait pas maintenant, mais au fond de lui il le trouvait incroyablement courageux. Ça renforçait encore plus son affection à son égard.
Une fois le rangement accompli, il alla se désinfecter les mains, et prépara une dose de morphine, la dernière qu'ils avaient en leur possession.
« Je vais te donner ce qu'il reste de morphine. Tu me… Merci. » Dit-il avec ce même ton qu'il utilisait depuis son retour, quand Heero lui tendit son bras.
Il chercha brièvement la veine, et quand il l'eut trouvée, injecta doucement le produit. Une fois fini, il repassa un petit morceau de coton sur le pli du coude pour le désinfecter et rendit son bras à Heero.
Le pilote du Deathscythe alla ensuite chercher une bande propre et de la gaze pour protéger la cuisse du jeune homme des frottements et d'une possible infection. Il accomplit sa tâche le plus soigneusement possible, et une fois le bandage terminé, se releva, se demandant ce qu'il pouvait faire.
Son regard se portant sur le dos de son camarade, il ferma brièvement les yeux. Il ne pouvait pas le laisser dans cet état-là, quasi à vif à certains endroits. Il s'accroupit devant la trousse de secours et en sortit la pommade pour les brûlures qu'il avait pris la peine d'emmener. Il était certain qu'il ferait mal au brun en la lui appliquant, mais il savait aussi que cela lui ferait du bien à moyen terme.
Se remettant à côté d'Heero, agenouillé sur le sol, Duo déboucha le tube avant d'en déposer une certaine quantité sur sa main.
« Il se peut que ça te brûle. » Informa-t-il à voix basse, sans obtenir de réponse d'Heero.
Retenant un soupir désolé, il commença à faire pénétrer le produit sur les omoplates du jeune homme qui ne moufta pas pour autant. Puis, il passa aux zones réellement abîmées.
Le silence pesant l'étourdissant, il se décida à faire la conversation en même temps qu'il étalait la crème pour la faire pénétrer légèrement, puis recommençant jusqu'à ce que la peau ne puisse plus s'en imprégner.
« J'ai commencé à travailler sur la mission, cet aprem'. » Dit-il d'un ton plus tendu que ce qu'il aurait voulu en remettant une noix de pommade sur ses doigts.
Le natté se mordilla brièvement la lèvre inférieure, ne sachant pas trop ce qu'il voulait dire en vérité, et finalement se contenta d'étaler la pommade sur les lombaires abîmées, faisant tressaillir Heero.
« Je t'ai écrit une version condensée de mon dossier, qu'on puisse régler les problèmes pratiques directement. »
Aussitôt que Duo eut parlé, il leva les yeux au ciel. C'était pas vrai. Il n'avait vraiment rien d'autre à dire ? Pourquoi il ne pouvait pas faire passer qu'il avait fait ça pour Heero ? Pour lui faciliter la vie les jours à venir. Qu'il n'avait pensé qu'à lui et son bien-être quand il travaillait.
« Si tu veux, je me lave les mains et je t'apporte l'ordi que tu puisses compulser ? » Finit-il par proposer d'un ton peu sûr, Heero ne parlant plus depuis un petit moment. En même temps, il finit d'étaler la crème sur le fessier du brun.
Regardant le tube aplati sur plus de la moitié de sa longueur – il devrait en racheter prochainement – il ne s'aperçut pas du léger tressaillement du jeune homme, toujours couché à plat ventre sur le lit.
Puis, étonné de n'avoir eu aucune réponse à sa proposition, il se la remémora et cilla vivement en réalisant le sens de sa phrase. N'importe quoi. Comme si Heero pouvait être en état de travailler. Comme s'il pouvait avoir envie de travailler à deux heures du matin après la journée abominable qu'il venait de passer.
« Excuse-moi, je raconte n'importe quoi. » Commença-t-il en mettant une dernière noix de pommade sur la cuisse gauche du jeune homme.
En ayant définitivement fini, il se redressa et balança le maigre reste de pommade dans la trousse de secours à quelques mètres de là. Jetant un bref coup d'œil à Heero, il se rendit rapidement dans la salle de bain afin de se laver les mains.
Revenant dans la chambre, le pilote du Deathscythe se figea un court instant. C'était lui ou Heero avait bougé ? Tel qu'il était placé, son avant-bras gauche devait se trouver contre ses yeux. D'abord étonné, c'est après un nouveau léger sursaut du jeune homme qu'il comprit.
Touché au vif, il s'avança rapidement pour décoincer le drap qui était resté rabattu suite à son lever brutal. Puis il en recouvrit le jeune homme jusqu'aux épaules avant de s'asseoir de nouveau à même le sol. Là, d'une main tremblante, il commença à caresser la chevelure désordonnée. D'abord timide dans son geste, il appuya peu à peu ses attouchements jusqu'à laisser sa main reposer sur l'occiput et le masser légèrement.
Fermant les yeux quelques secondes pour ne pas se mettre à pleurer lui aussi, – car bien qu'il ait conservé un doute, le fait qu'Heero se laisse plus ou moins consoler était une preuve suffisante pour lui – Duo ne pouvait s'empêcher de s'en vouloir. Pourquoi ne pouvait-il pas s'empêcher de dire ou faire des conneries ?
Bien sûr, objectivement, il ne savait plus depuis de longues minutes ce qui traversait la tête de son camarade. Mais sincèrement, qu'est-ce qui pouvait bien le mettre dans un état pareil ? Est-ce qu'il lui avait fait mal ? Ou du moins, vraiment mal ? Est-ce qu'il avait dit quelque chose qu'il n'aurait surtout pas dû dire ?
Son regard descendit sur le bras gauche d'Heero. De près, on pouvait voir distinctement que les bleus avaient la forme de traces de doigts, comme si on lui avait serré très fortement le bras ou qu'on l'avait tiré sur une longue distance. Et rien qu'à voir ça, Duo était profondément dégouté. Quel genre de mec il fallait être pour agir comme ça ?
Et au fond de lui, il s'en voulait aussi de ne pas savoir réparer plus, ou réparer mieux ce qu'il s'était passé. Mais que pouvait-il faire de plus ? Prendre Heero dans ses bras et lui offrir des contacts physiques bien plus avancés que ce que le jeune homme semblait prêt à supporter ? Lui sortir de la psychologie à deux balles sur la maltraitance, la torture ou les abus sexuels ?
En vérité, Duo en aurait été incapable, même s'il l'avait voulu. Il était terroriste, avait pas mal de connaissances techniques et une enfance particulière. Il avait aussi des valeurs, que ce soit en termes de morale, d'humanité ou d'amitié. Mais il avait quinze ans, et comme tout le monde, il avait des idées préconçues. Lesquelles ne sont jamais justes et adaptées aux situations.
Sentant Heero moins tendu sous ses mains, il se releva sans brusquerie, et passa en silence de l'autre côté du lit afin de lui aussi se coucher. Tous deux avaient besoin de dormir, lui autant que le pilote du Wing. Éteignant la lumière, il s'allongea sur le côté droit et, se rapprochant un peu d'Heero, lui chuchota quelques paroles à l'oreille. Puis il reprit sa place pour se reposer encore quelques heures.
