Auteur : Arlia Eien

Titre : Sonna Kotoba de Kokoro Tozashite

Rating : M

Genre : Hurt/Comfort, Amitié ou Romance selon l'interprétation de chacun.

Disclaimer : Gundam Wing, son histoire et ses personnages ne m'appartiennent pas. De plus, je ne gagne pas d'argent avec ce texte.

Note :

(1) Il s'agit d'un repost d'une fanfiction que j'ai écrite originellement en 2007 et retravaillée en 2010. Le style changeant de trop et le nombre de chapitres augmentant, je l'avais ensuite supprimée pour la retravailler à mon aise, voici le résultat – encore perfectible.

(2) Sonna Kotoba de Kokoro Tozashite est un morceau de phrase issu de la character song Ore dake kotoba de Heero Yuy, tous droits réservés. Je vous en propose une traduction en sous-titre.

(3) Comme indiqué, cette histoire est un Hurt/Comfort, comme dans un Angst les personnages sont donc amenés à trinquer. Attention, le rating n'est pas là pour rien ! Après il n'y a ici aucune scène explicite de sexe ou de violence (qui correspondrait à un rating Ma).


Sonna Kotoba de Kokoro Tozashite

J'ai enfermé mon cœur dans des mots


Chapitre 11


La nuit était totalement noire quand Duo ouvrit de nouveau les yeux. Il devait être tôt, mais ce n'était pas plus mal. Il prit une grande inspiration, puis il se redressa en prenant garde de ne pas trop faire bouger le matelas et ainsi réveiller celui qui dormait encore à ses côtés.

Le concerné devait dormir profondément, car il ne réagit pas du tout au changement de position du natté. Ce dernier frissonna légèrement une fois debout et, à pas de loup, se rendit dans la pièce principale afin de vérifier l'heure qu'il était. Il ne put retenir un soupir en voyant qu'il était cinq heures trente du matin. Si tôt que ça ? Néanmoins il ne se sentait pas fatigué, et au contraire, prêt à affronter la journée qui s'annonçait lourde en travail et autres occupations.

En effet, leur manque de matériel l'obligeait à se rendre le jour même dans une pharmacie s'il voulait pouvoir continuer à soulager partiellement son coéquipier dont l'état physique était à ses yeux inquiétant.

Pas que sa vie soit en danger… Ce genre d'inquiétudes était derrière lui. Mais comme quelqu'un sortant d'une séance de torture quelle qu'elle soit, il était fragilisé mentalement et physiquement. Du moins, de ce que Duo avait pu voir la nuit dernière.

N'hésitant plus à manipuler l'ordinateur, il s'installa à la table et alluma la machine. La première chose à faire aujourd'hui, c'était trouver une pharmacie ouverte en ce dimanche matin et la plus proche possible de leur planque.

Se frottant le haut du visage pendant de démarrage de l'ordinateur, il eut tôt fait d'ouvrir une session et de trouver l'adresse et l'itinéraire qu'il cherchait. Il prit ensuite le parti d'aller faire un brin de toilette puis de s'habiller.

Entrant silencieusement dans la chambre, il fit ce qu'il avait à faire puis se saisit à tâtons de la trousse de secours pour la ramener dans la pièce à vivre et connaître le nom de ce qu'il devrait demander en pharmacie.

Allumant enfin la lumière une fois la porte de la chambre repassée, il prit rapidement de quoi noter les références des produits dont il avait absolument besoin et agrémenta sa liste d'autres nécessités : des bandages, des antidouleurs plus légers, mais aussi une couverture de survie, tant qu'à faire. Mais pas une métallique comme celles qu'ils avaient en cas d'urgence dans leur Gundam, plus quelque chose en polyester ou en polaire.

Tout en prenant ses notes afin de ne rien oublier, Duo fronça les sourcils en réalisant qu'il risquait d'en avoir pour un moment et que laisser Heero seul ici sans aucune explication n'était pas forcément l'idée du siècle. Le natté décida donc de prendre un autre papier et d'écrire rapidement ce qu'il avait à dire.

Après s'être servi en moyen de paiement et transport dans les affaires de son camarade, Duo se rendit une dernière fois dans la chambre pour déposer sa note sur la seule table de nuit de la chambre, à côté de la fenêtre, et remonta le volet de façon à ce qu'Heero puisse percevoir la présence de son mot quand il se réveillerait.

Cette fois, il ne pouvait rien faire de plus. Vérifiant une nouvelle fois l'heure qui commençait à être décente, le pilote du Deathscythe Hell inspira un grand coup et sortit de l'appartement.


Une fois la porte d'entrée fermée, Heero se permit de bouger et remonta sa main droite sur son front. Il avait vu que Duo avait déposé quelque chose sur la table de nuit, mais de la même façon qu'il n'avait pas montré qu'il avait été réveillé par les mouvements du second pilote dans la chambre, il n'avait pour l'instant aucune envie de voir de quoi il s'agissait.

Expirant fortement, il se repositionna sur le matelas plus près de la fenêtre et se rendormit rapidement.

Quand il ouvrit de nouveau les yeux, les contours de la chambre se dessinaient dans la douce semi-lueur. Plus reposé que lors de son dernier réveil, il se frotta un peu les yeux et tendit l'oreille mais il n'entendit aucun signe d'agitation dans l'appartement. Apparemment, Duo n'était pas revenu de son excursion.

Se souvenant de l'objet déposé sur la table de nuit, il se redressa et vit qu'il s'agissait d'un papier plié en deux. Comme il faisait assez jour pour qu'il parvienne à déchiffrer même avec le volet qui filtrait la lumière, il tendit le bras pour s'en saisir et le lire, toujours en appui sur son coude gauche.


Je suis sorti acheter de la morphine et d'autres trucs dans une pharmacie.

Je t'ai piqué tes cartes. Normalement je serai de retour d'ici ce midi.

Repose-toi et prends soin de toi,

Duo


Étonné, plus par la forme que par le contenu, Heero cilla une ou deux fois avant de relire la note et surtout la phrase qui la finissait. Prends soin de toi…

Comme son dos le tirait, il se rallongea avec autant de douceur qu'il put sans quitter le papier des yeux. La veille au soir… cette nuit, il s'était vraiment senti mal dans sa peau. Malgré les attentions de Duo, son esprit était plus ou moins resté focalisé sur les évènements de la soirée.

Pas que ce soit inhabituel. Il avait conscience qu'il se mettait dans un tel état à chaque fois que ça arrivait, que le retour à la réalité prenait du temps. Le temps d'oublier, ou du moins de ne plus y penser, que les évènements cessent de tourner sans fin dans son esprit. Les marques imprimées sur son corps ainsi que la douleur qui vrillait ses nerfs mis à fleur de peau par de telles séances n'y étaient pas étrangères.

Il ne l'avait pas dit au natté – pourquoi faire ? – mais il avait été fameusement remué mentalement. Plus qu'il aurait dû. Plus que ce que Girard aurait pu supposer. Et cela lui avait fait vraiment du bien de revenir ici et que Duo se soit occupé de lui à son retour comme si c'était la chose la plus naturelle au monde. Comme si c'était sa première priorité.

En fait, là, maintenant, à son réveil, il se sentait plutôt bien. Ça pouvait sembler illogique, mais dormir, dans un endroit sûr, sans plus se poser de questions, lui avait été salutaire. Et il se sentait d'autant mieux que Duo se soucie à ce point de lui, et lui témoigne encore des attentions.

Il n'était pas encore certain du pourquoi des actions du châtain, encore moins si cela durerait, mais le principal était que Duo lui ait donné ce dont il avait besoin à ce moment précis, humainement parlant.

Soupirant, il redéposa la note là où il l'avait trouvée et se tourna de l'autre côté du lit. Ce n'était pas tout ça, mais il avait besoin de se rendre dans la salle de bain. Voyant que la serviette éponge que Duo avait utilisé la veille se trouvait toujours de son côté du lit, il s'en saisit, cela ferait tout à fait l'affaire.

Une fois qu'il eut fait ce qu'il avait à faire, il reposa la main sur la poignée et ouvrant la porte, sursauta en voyant Duo qui se trouvait à l'entrée de la chambre. Le natté regardait alentours comme s'il cherchait quelque chose.

« Ah, tu étais là ! » Lança Maxwell, visiblement soulagé. Apparemment, c'était lui qu'il cherchait.

Heero fronça des sourcils.

« Il est déjà midi ? » S'enquit-il, se souvenant du message que le second pilote lui avait laissé.

« Non, je suis juste revenu déposer des trucs. »

Heero ne répondit rien, mais le soulagement était là.

« Il est même pas dix heures, tu devrais te recoucher. » Remarqua le châtain en se grattant la tête, découvrant une espèce de paquet qu'il tenait sous son bras.

« C'est ce que je comptais faire. »

Le ton sincère soulagea Duo qui avait craint un moment que le jeune homme ne décide de rester debout. Pas qu'il n'en soit pas capable, mais le second pilote était plus rassuré de le savoir allongé à se reposer plutôt qu'à forcer pour maintenir des apparences.

« Oui, attends juste deux minutes, je voulais mettre ça dans le lit. » Sourit-il en montrant son paquet, une espèce de couverture fine.

Heero acquiesça et prit légèrement appui sur le chambranle de la porte en le regardant faire. Quelque part, ça lui faisait plaisir. Par l'attention en elle-même que c'était, mais aussi parce que Duo avait dû remarquer qu'il avait tendance à avoir froid après une… séance. Lui-même savait qu'il faisait souvent un peu de fièvre, en contrecoup. C'était à mettre sur le même niveau que son manque d'appétit. Il se rendait littéralement malade après, à maintenir les apparences et à conserver une certaine forme d'attitude pendant.

« Tu n'es pas revenu juste pour la monter. » Déclara-t-il au bout d'un moment quand Duo installait convenablement la couverture qui devait être en polaire.

« Non. En fait, j'ai pas pu avoir de morphine directement, alors j'ai fait l'aller-retour en attendant. »

Duo soupira intérieurement. Autant éviter de raconter le coup de fil à G pour avoir une ordonnance. Pas comme s'il en était fier. Vu son attitude de la veille, il s'était fait recevoir… À vrai dire, il s'y était attendu.

Heureusement pour lui, G avait surement déjà compris que quelque chose clochait. Son mentor avait donc accédé à sa demande et était allé « emprunter des papiers à J » afin de lui rédiger une ordonnance de morphine qu'il devait faxer sous peu à la pharmacie.

Il avala sa salive. Non, il valait mieux ne rien dire. En plus, peut-être que G avait fait le lien avec Heero. Parce qu'il avait été obligé de dire qu'il avait utilisé le flacon entier de la planque précédente qui était pourtant de bonne contenance. Et comme lui-même allait très bien la veille et que rien ne lui était arrivé depuis… Du moins, Duo n'espérait pas que le professeur ait compris où se situait le problème.

Dans tous les cas G ne s'était pas privé de le traiter de dealer, pour être à cours si rapidement. On avait vu pire vengeance. Se reprenant, il adressa un sourire à l'autre pilote avant de s'éloigner du lit.

« Faut que j'y retourne, la pharmacie est à une trotte de là. Repose-toi, hein, on bossera cet aprem'. » Dit rapidement Duo tout en se dirigeant de nouveau vers la sortie.

« Hn. » Se contenta d'acquiescer Heero tout en continuant de suivre le second pilote du regard.

« Je ramène aussi le repas. A tout'. » Ajouta finalement Maxwell en lui adressant un signe de la main avant de tirer la porte de la chambre derrière lui, suivi quelques instants plus tard du claquement de la porte d'entrée.


Bien qu'il n'ait plus tellement sommeil, Heero s'en tint à ce qu'il avait dit et redéposa la serviette là où il l'avait trouvée avant de se recoucher. A vrai dire, il appréciait le fait d'avoir le temps de se poser avant de commencer à travailler. La présente solitude et le calme qu'elle lui procurait lui faisaient également beaucoup de bien, surtout parce qu'elle était temporaire.

Une fois allongé, il se rapprocha de l'autre bord du lit, et, une fois installé aussi confortablement que son état physique le lui permettait, il ferma les yeux et entreprit de se vider la tête, repensant aux attentions de Duo à son égard. Oui, ça irait à présent. Sur ces pensées, il finit par se ré-assoupir.

Il rouvrit les yeux en entendant la porte d'entrée s'ouvrir. Se tendant légèrement, il attendit une quinzaine de secondes voir si Duo venait immédiatement le chercher pour manger. Mais comme le second pilote ne semblait pas l'appeler, il se leva et muni de la serviette décida qu'une douche lui ferait le plus grand bien.

Une fois qu'il eut fini de se laver et de s'essuyer plus doucement qu'il n'en avait l'habitude, Heero sortit de la salle de bain et ramassa ses affaires de la veille. Duo tiquerait sûrement, mais il n'avait pas envie de s'évertuer à chercher d'autres vêtements dans son sac. Pas comme si une autre tenue serait réellement plus confortable de toute façon. Il fut rapidement habillé et s'étonna du fait que le pilote du Deathscythe Hell ne soit toujours pas venu à sa rencontre. Il n'avait pas dit qu'il ramenait le repas ?

L'arrière de son corps réveillé par la douche le tirait et par endroit le brûlait désagréablement. Cependant, ça ne l'empêchait pas de se déplacer avec des gestes aussi vifs qu'habituellement. Ce n'était pas dans sa nature de faire des chichis.

Entrant dans la pièce à vivre, il ne put que hausser un sourcil en voyant Duo pester devant la plaque de cuisson. Le repas, ça n'allait pas être pour tout de suite.


« Dire que je voulais t'amener le déjeuner au lit… J'oublie de faire les courses et maintenant c'est toi qui te retrouve à faire la bouffe. » Bougonna Duo.

Heero quitta l'heure des yeux et ne put s'empêcher de lui lancer un regard amusé, un sourire narquois s'esquissant sur ses lèvres.

« Je préfère que tu les aies ratées. Cette idée était ridicule. »

Attentionnée, modéra-t-il mentalement, mais ridicule quand même. Il n'était pas mourant qu'on doive lui apporter à manger au lit. En comparaison, le petit-déjeuner passe encore. Bien que la semaine dernière ait été la première fois de sa vie, il savait que ça pouvait se faire au quotidien. Dans certains hôtels, déjà, mais aussi pour faire plaisir à quelqu'un qu'on aimait bien ou à un membre de sa famille. C'est pour cette raison qu'il avait laissé faire, même si, sur le coup, il n'ait sans doute pas paru très coopératif. S'il avait vraiment été contre, il aurait très bien pu dire non ou remballer Duo.

Pour ça, il préférait encore le massacre qu'il avait vu en entrant. En effet, en arrivant dans la pièce, il avait constaté l'objet du courroux de Maxwell. Pendant que lui-même réparait les dégâts, Duo lui avait avoué d'un air penaud que, trop pris par ses allers-retours à la pharmacie, il avait oublié qu'il devait rapporter un repas tout prêt puisqu'il avait fini de consommer leurs achats alimentaires la veille au soir. A court de provisions, Duo s'était alors rabattu sur le paquet de pâtes laissé par les précédents locataires, produit qu'il ne connaissait pas sous ce conditionnement. Le natté n'avait surveillé ni l'heure, ni l'état de la casserole, et était revenu vingt minutes plus tard en s'apercevant que l'eau débordait à gros bouillons. Ce qui avait été des pâtes sèches tout à fait normales était totalement colmaté et bien trop cuit au fond de la casserole.

S'il avait été d'un naturel plus expansif, Heero aurait sûrement ri du résultat abominable de la cuisine Maxwellienne. Mais au lieu de se moquer, Yuy l'avait rejoint et après l'avoir viré du coin cuisine, avait entrepris de décoller ce qui avait été des pâtes du fond de la casserole avant de les jeter à la poubelle sans état d'âme et de faire cuire ce qu'il restait dans le paquet malgré une faible protestation du natté.

Croisant les bras au-dessus de sa tête et détournant le regard, Duo décida de faire la conversation.

« Ça va au moins ? …Je veux dire, ça te tire pas trop ? » Duo lui aurait bien demandé s'il avait mal, mais connaissant l'énergumène, s'enquérir de douleur pure et dure ne servirait à rien.

« Je vais très bien. »

Duo grimaça légèrement en une moue assez comique.

« Mouais, si tu le dis. Je crois pas que j'irai très bien si j'étais à ta place. Selon la nana de la pharmacie tu devrais être à l'hosto vu les médocs que je lui demandais. Bon, l'hosto on sait bien que même si on voulait y aller vaudrait mieux pas, mais quand même quoi. »

Il décroisa ses mains et fit un vague signe comme pour indiquer qu'il repoussait l'idée avant de s'appuyer contre la table.

« Encore un peu et elle m'aurait enguirlandé parce que je m'occupais pas assez bien de toi. Elle a peut-être cru que je me faisais pas de bile. J'allais pas non plus lui demander de la morphine en tirant une gueule d'enterrement… »

Heero retint un soupir en dirigeant de nouveau son regard sur les pâtes. Il n'avait jamais spécialement apprécié les palabres sans fin dont Duo avait la spécialité. En même temps, en écoutant d'une oreille distraite l'avis fort étayé que Duo avait sur le prix des médicaments en général et des opioïdes en particulier, il réalisait que c'était la première fois depuis qu'il avait découvert son état dix jours auparavant que le natté se comportait naturellement avec lui.

Bientôt, le repas fut prêt et les deux pilotes purent passer à table.


Le déjeuner terminé, d'un commun accord, 01 et 02 s'étaient installés sur le canapé de la pièce à vivre afin de commencer à reprendre leur dossier de mission. Duo avait entrepris d'expliquer à son camarade le travail de dégrossissement qu'il avait effectué la veille. Vu que la mission avait été avalisée par leurs mentors, il n'était par exemple plus vraiment utile de parcourir les dossiers de preuves, enregistrements et autres documents renforçant les doutes initiaux du deuxième pilote.

Au bout d'une heure de lecture entrecoupée d'explications ponctuelles du natté, une sonnerie discrète se fit entendre, attirant l'attention des deux pilotes. Duo manipula sa montre et bipper pour constater que le Professeur G désirait qu'il l'appelle. Même s'il n'avait pas envie de parler au vieil homme au souvenir des deux derniers jours, il ne pouvait pas faire celui qui n'avait pas entendu. Ça pouvait concerner leur mission, ça n'aurait pas été sérieux.

« G. » Soupira-t-il en se levant. « Y en a sûrement pour pas longtemps. »

Heero reporta son regard sur l'écran, s'abstenant de tout commentaire. Il n'y avait de toute manière rien à dire.

Duo alla jusque dans l'entrée afin d'utiliser le téléphone sans fil de l'appartement. Il appuya sur quelques touches afin de faire passer l'appel en PCV. Au bout de quelques instants, il avait son service et put appeler G.

Ils discutèrent une ou deux minutes, G parlant d'informations qu'il allait leur envoyer et s'intéressant très brièvement à l'avancée de leur préparation avant de passer à ce qui l'intéressait réellement.

« Tu me passes ton coéquipier ? »

« Pour ? » Dit Duo d'un ton sec.

Au vu de la situation, il aurait volontiers fait barrage. Mais le Professeur G lui avait rendu un fier service au matin, alors il était difficile d'opposer un « non » définitif au vieil homme.

« Juste une question à lui poser. »

Bien qu'il n'aimât pas ce coup de fil, Duo s'approcha et tendit le combiné à Heero.

« Pour toi. » Dit-il d'une voix plate.

Aussitôt, Heero fronça les sourcils mais attrapa tout de même l'appareil.

« Que voulez-vous ? » Commença-t-il. Autant aller droit au but, l'air qu'arborait Duo ne lui inspirant pas confiance quant à cet appel.

« Comment vas-tu ? » Lui lança le Professeur G.

Il semblait qu'il n'avait pas pris ombrage de l'absence de salutations et avait répondu au contraire avec le même ton que celui utilisé par 01. Duo l'avait à l'évidence habitué à largement pire niveau courtoisie.

Sonné par la question qui n'avait évidemment rien à voir avec de la politesse, Heero ne répondit rien, craignant ce que le mentor de Duo avait pu inventer et surtout ce que le sien avait peut-être raconté.

« Je sais que ce que le petit m'a demandé était pour toi. Vu l'attitude du Dr. J à votre égard, je me doute aussi qu'il n'est pas étranger dans l'histoire. Est-ce qu'il y a besoin d'un délai pour mener la mission à bien ? » Explicita G.

« Ce ne sera pas utile. » Répondit aussitôt Heero.

Cette fois, les sentiments du professeur avaient transparu dans ses paroles. Il apparaissait clairement que celui-ci n'était pas heureux du fait que son collègue ait peut-être mis en danger la mission du binôme. Sans doute n'avait-il pas non plus apprécié que le Docteur J agisse derrière son dos et lui dissimule des informations.

Et en même temps, cela apprenait aussi à Heero que Duo avait dû avoir recours à lui pour la morphine. Cela expliquait mieux l'aller-retour du pilote ce matin et lui faisait réaliser que Duo s'était vraiment démené pour lui.

La surprise et la défiance commençaient à se lire sur le visage du brun. Il avait du mal à comprendre ce soudain intérêt du Professeur G. Pire, il commençait vraiment à craindre un coup fourré.

Il devrait faire très attention à ce qu'il allait dire. Ne tenant pas à ce que le professeur puisse adresser des reproches supplémentaires à ceux auxquels aurait sans doute déjà droit Dr. J. Peu importe ce qu'il lui avait fait subir, sa loyauté n'était pas sujet à caution et il n'était pas question qu'il se plaigne de quoi que ce soit ou montre une faiblesse au Professeur G.

« Bien. Je ne te demanderai pas ce qui t'est arrivé, tout simplement parce que je m'en fiche. Par contre… Il faut que je sache si le « pourquoi » est lié à mon pilote. »

La question semblait intrusive, mais elle rassura quelque peu Heero. Ce n'était « que » ça. Si le Professeur G était attaché à la sécurité de son pilote, il était logique qu'il s'enquiert des sentiments du Docteur J à son égard. Le docteur commandait les opérations à venir, et s'il décidait de trahir un de leurs éléments, les conséquences pour la personne en question pourraient être graves.

Il expira discrètement avant de répondre d'une voix neutre.

« Oui. »

« Ça ne date pas de la dernière mission, hein ? »

La conversation mettant décidément Heero mal à l'aise – bienheureux serait celui capable de ne pas l'être – le jeune homme se décida à donner ce qu'il voulait au vieil homme. Même s'il aurait voulu éviter que le natté entende ça, ils n'allaient pas tourner autour du pot indéfiniment. Puis avec un peu de chance, peut-être que Duo ne relèverait pas.

« Dr. J n'a pas apprécié que je le secoure lors de la phase trois de la mission de leveling. »

Il vit du coin de l'œil que Duo qui tournait en rond s'était figé derrière lui. Bon. Pour la discrétion c'était foutu.

G ricana dans l'appareil. La superficialité du motif ne l'étonnait pas, en fait. Son collègue se faisait facilement des films à partir d'éléments objectivement neutres.

« D'accord. Je couvrirai ses arrières si nécessaire. Ça doit te rassurer si tu t'inquiètes pour lui. …oh, et bon rétablissement. » Sourit-il narquoisement dans le combiné, toujours un peu amusé malgré son agacement évident concernant la situation.

Heero se contenta de raccrocher et de fermer les yeux. Puis il tourna la tête et les rouvrit sur un regard violet pénétrant.

« La phase trois de la dernière mission, c'est ce qu'on a fait en binôme il y a dix jours. »

« Hn. » Marmonna Heero, n'ayant pas envie de s'appesantir sur le sujet.

Il comptait se lever pour reposer le téléphone, mais Duo, affecté par ce qu'il venait d'entendre, s'agaça du mutisme de son camarade et lui bloqua le passage sans s'en apercevoir.

« Tu parles à G et pas à moi ?! Alors que tout ce qui t'est arrivé est ma faute… »

« Non. » Coupa aussitôt Heero. « J'ai pris une décision en connaissance de cause lors de cette mission. C'était assimilable à une erreur, ce qui m'est arrivé était donc mérité et j'en ai assumé les conséquences. Tu n'as rien à voir là-dedans. »

Ce fut la phrase de trop et Duo sortit vraiment de ses gonds.

« Mérité ? Mais t'es bouché ma parole ! Personne mérite d'être battu comme ça ! Personne mérite de se faire violer ! Encore moins pour des motifs aussi… aussi cons ! Puis si tu savais, il ne fallait pas le faire d'abord, merde ! J'aurais pu m'en sortir ! Pourquoi tu m'as aidé si tu savais que ça te créerait des ennuis ?! » S'énerva Duo, au final bien plus fâché contre lui-même que contre le jeune homme.

L'explosion de colère surprit Heero qui cilla avant de reprendre d'un ton calme. Il ne tranquilliserait pas l'autre pilote en criant lui aussi. Puis au fond, même si sa façon de dire ce qu'il venait de dire n'était pas adéquate, il se sentait lucide. En tout cas assez pour sentir que Duo n'était pas vraiment en colère après sa personne et qu'il n'était pas nécessaire de relever certaines choses.

« Tu crois vraiment que tu aurais compris pourquoi je ne venais pas t'aider alors que je le pouvais ? Tu aurais fait ça, toi ? C'est une attitude normale à tes yeux ? » Déclara-t-il d'une voix claire, tâchant d'apaiser le second pilote avec un discours qui lui parlerait.

Il savait que Duo aurait fait la même chose pour lui à situation inversée. Il fallait seulement que le jeune homme en prenne conscience.

« Si tu étais certain que ça arriverait, même, tu n'aurais pas dû le faire. » Répondit Duo, un ton plus bas et détournant le regard, preuve que les dernières paroles avaient fait mouche.

« Comment voulais-tu que je te laisse tomber ? Je m'en serais voulu. » Dit doucement le brun.

« Mais ! Heero… » Cilla Duo, fixant de nouveau son coéquipier en comprenant le sens que pouvaient avoir ces paroles. S'il ne savait pas exactement quelle opinion le brun pouvait avoir de lui, la dernière phrase démontrait un fort attachement à son égard et l'entendre l'exprimer était complètement inattendu.

Heero ne répondit rien. De toute façon, si c'était à refaire, il le referait sans hésiter. Quelles que soient les conséquences. Lui ne risquait pas la mort, quoi que Duo pense. Le reste, peu importe combien c'était douloureux à tous les points de vues, il pouvait s'en accommoder. Jamais plus il ne ferait de pari sur la vie d'un de ses coéquipiers en mission. Encore moins sur celle de Maxwell. Mais ça, il ne le dirait pas, Duo trouverait sans doute moyen de l'enguirlander. Et comme ça ne le ferait pas changer d'avis, autant s'épargner une prise de tête.

Après un court silence pendant lequel le châtain se reprit, il s'agaça de nouveau.

« Puis, pourquoi il te demande ça l'autre, d'abord ?! » Renchérit-il, en revenant à G qu'il avait au final trouvé aussi culotté que lui-même dans ses grands jours.

« Pour pouvoir te protéger. » Répondit Heero, toujours aussi calme.

Duo fronça les sourcils et se mordilla la lèvre avant de soupirer d'impuissance. Il venait en quelque sorte de réaliser qu'il était peut-être plus en danger qu'il ne le pensait. Si G partageait la paranoïa d'Heero sans que ceux-ci se soient contactés avant aujourd'hui, peut-être bien que J pouvait vraiment être dangereux.

Le second pilote rouvrit les yeux qu'il avait inconsciemment fermés. Peu importe. Dans l'absolu, ça ne changeait rien. Il était résistant et ferait véritablement attention à ses ordres et consignes venant de leurs supérieurs désormais. Mais il ne laisserait pas Heero pour autant. Il se laissa lui aussi tomber sur le canapé avant de reprendre la parole, plus calme.

« Désolé. J'aurais pas dû te parler comme ça. C'est le fait que tu soutiennes que c'était mérité. Je peux pas accepter ça. Ce que tu as subi c'est juste de la torture. »

Heero fit un vague signe pour lui signaler qu'il n'y avait rien à pardonner.

« Peut-être. Seulement, je n'ai rien connu d'autre. C'est la normalité pour moi, aussi aberrant que cela te semble. » Dit Heero, retenant une grimace alors qu'il se levait à son tour pour aller reposer le téléphone.

Un bref silence se fit avant que Maxwell ne reprenne la parole.

« Si tu n'as rien connu d'autre, on peut s'arranger. Si tu penses avoir besoin d'une bonne fessée pour être efficace, je te la mets. Je n'ai pas envie que tu prennes des coups pour quelque motif que ce soit, mais entre ces salauds et moi, je préfère te donner moi-même ce dont tu as besoin. » Dit sérieusement Duo, le regard fuyant.

Aussitôt le brun écarquilla les yeux comme des soucoupes devant l'énormité de ce qu'il venait d'entendre. Il était en train de revenir de l'entrée, mais il n'était quand même pas si loin. Il n'avait pas pu mal entendre. Il retint un rougissement alors qu'il essayait de s'imaginer la scène avant de se stopper net. Duo sous-entendait quoi au juste ? Qu'il avait tellement pris l'habitude des coups qu'il aimait ça maintenant ?

« Duo… Je ne prends pas mon pied quand on me frappe. » Rétorqua-t-il dans le doute, tout en se rasseyant délicatement. Le châtain ne croyait pas qu'il appréciait ça tout de même ?

« Bien sûr que non. » Le rassura immédiatement le pilote du Deathscythe, le regard toujours fuyant. « Mais tu me fais comprendre que tu marches à ça. Alors je te propose une solution. Pourquoi tu as obéi à J, sinon ? Il te manquait ? Tu voulais fêter des retrouvailles avec Girard, peut-être ? » Répondit ironiquement le natté en jetant un coup d'œil au premier pilote.

Voyant de nouveau les yeux bleus se voiler à l'entente du dernier nom, Duo regretta de suite son comportement. A quoi ça lui servait de dire ça ? Il se rendait compte qu'il évacuait le stress de l'attente de la veille sur Heero. Et ça lui semblait nul. Le pilote du Wing Zero n'avait rien fait pour mériter ça, surtout après ce qu'il avait dérouillé à cause de lui.

« Ce n'est pas si facile. » Siffla Heero.

Ce à quoi Duo ne répondit rien. Se contentant d'une main appuyée sur l'avant-bras du jeune homme. En fait, il venait juste de réaliser pleinement les liens d'autorité qu'il y avait entre Heero et les gens qui s'étaient « occupé » de lui lors de ses années d'entraînement. Et si cela le rendait triste et malade, il commençait à concevoir le pourquoi de son obéissance.