Auteur : Arlia Eien
Titre : Sonna Kotoba de Kokoro Tozashite
Rating : M
Genre : Hurt/Comfort, Amitié ou Romance selon l'interprétation de chacun.
Disclaimer : Gundam Wing, son histoire et ses personnages ne m'appartiennent pas. De plus, je ne gagne pas d'argent avec ce texte.
Note :
(1) Il s'agit d'un repost d'une fanfiction que j'ai écrite originellement en 2007 et retravaillée en 2010. Le style changeant de trop et le nombre de chapitres augmentant, je l'avais ensuite supprimée pour la retravailler à mon aise, voici le résultat – encore perfectible.
(2) Sonna Kotoba de Kokoro Tozashite est un morceau de phrase issu de la character song Ore dake kotoba de Heero Yuy, tous droits réservés. Je vous en propose une traduction en sous-titre.
(3) Comme indiqué, cette histoire est un Hurt/Comfort, comme dans un Angst les personnages sont donc amenés à trinquer. Attention, le rating n'est pas là pour rien ! Après il n'y a ici aucune scène explicite de sexe ou de violence (qui correspondrait à un rating Ma).
Sonna Kotoba de Kokoro Tozashite
J'ai enfermé mon cœur dans des mots
Chapitre 13
Leur départ s'était globalement bien passé. Ils avaient certes rencontré quelques problèmes au début, croisant des personnes qui naviguaient malgré l'heure de la nuit à laquelle ils étaient partis, mais leur couverture n'avait pas été mise à mal.
01, conformément à ses prévisions, n'avait manifesté aucune difficulté visible à piloter dans son état. Les destructions sur le continent avaient été d'une telle importance et suffisamment récentes pour qu'aucune force de Mobile Suit ou Mobile Doll n'ait été postée en surveillance où que ce soit sur leur itinéraire terrestre. En outre, le brouilleur de radar du Deathscythe Hell avait pleinement rempli son office.
Ils n'avaient malheureusement pas été aussi chanceux dans l'espace, tombant sur une petite force de surveillance quelques heures après leur sortie de l'atmosphère. Si la force n'avait heureusement pas eu le temps de prévenir qui que ce soit avant que les deux pilotes ne se chargent de sa destruction, les débris inhérents restaient une preuve flagrante de leur passage sur laquelle ils ne pouvaient absolument rien faire. Rejoindre L2 n'avait ensuite pas été une sinécure, la distance Terre-Lune restant ce qu'elle était, et L2 était située derrière le satellite naturel de la planète.
Le trajet, bien que très facile d'un point de vue pilotage, fut exténuant de par sa durée et par l'attention constante qui était nécessaire aux pilotes. S'ils eurent l'opportunité de grignoter quelques rations militaires, il était par contre hors de question de dormir. Finalement, ils rejoignirent les installations Sweeper dissimulées dans la périphérie industrielle de L2. Là-bas, un homme que Duo ne connaissait pas très bien personnellement mais qui avait toute la confiance d'Howard et du Professeur G les accueillit cordialement avec une petite équipe. Les Gundams purent être dissimulés en sûreté dans un entrepôt d'avant-guerre conçu afin de cacher des stocks de Gundanium aux autorités, rescapé des années consacrées à créer le Deathscythe. Puis on leur confia une navette dans laquelle ils avaient mis à disposition du matériel logistique afin qu'ils puissent s'installer sans avoir à faire d'achats qui auraient semblé étranges pour des gens de passage qui louaient une maison. On leur avait aussi préparé du matériel opérationnel dont ils pourraient avoir besoin pour leur mission, allant du système d'écoute aux explosifs.
Duo avait aussitôt proposé de piloter la navette, ce qu'Heero n'avait pas refusé, n'ayant pas l'envie irrépressible de le faire. Suffisamment en confiance, il avait fini, passé le décollage, par se détacher et rester debout la majeure partie du trajet, les bras et le menton appuyés contre le dossier du siège qu'il avait occupé, n'en pouvant juste plus d'avoir l'intégralité de ses blessures en contact direct avec des surfaces rigides. Surtout après la pression de plusieurs G qu'ils avaient naturellement subie pendant une dizaine de minutes en quittant l'atmosphère. Si Maxwell ne commenta pas son attitude, il lui avait jeté un rapide regard en le voyant faire et avait fait une note mentale pour piloter de la façon la plus souple possible, se doutant que si Heero agissait de façon aussi explicite, c'était qu'il était vraiment à bout.
Finalement, ils purent poser la navette à l'endroit prévu du spatioport, là où les attendait un autre contact Sweeper qui se contenta de leur fournir un véhicule discret pour transporter leurs affaires sur le court trajet qui mènerait jusqu'à la maison qu'ils avaient louée et qui garderait la navette à leur disposition.
Les deux pilotes rallièrent leur nouveau logement au beau milieu de la nuit. Une fois qu'ils eurent fait rapidement le tour des lieux, ils entreprirent de vider la voiture. Autant le faire dans le noir quand ils pourraient paraître les moins suspects possibles.
Cette fois, la petite maison de plain pied disposait de deux petites chambres, leur permettant non seulement de ne pas avoir à partager un lit, mais leur offrant également l'occasion d'avoir chacun un espace dédié et donc d'être un peu moins l'un sur l'autre.
Aussitôt qu'ils furent bouclés, Duo qui était préoccupé par l'état du premier pilote lui proposa directement de la morphine qu'il avait gardée à portée de main dans son sac personnel. Certes, on pouvait considérer qu'ils étaient en mission et non en récupération, mais on était cette fois sur une tâche de longue haleine pas sur une intervention musclée et imminente, et Maxwell espérait sincèrement qu'Heero accepterait un minimum d'antidouleurs.
S'il lui avait envoyé un regard qu'on aurait pu qualifier de surpris – le soulager était-elle vraiment la première préoccupation de Duo ? – Heero n'avait pas rechigné et accepté la proposition. Dans un premier temps, ils avaient ensuite préparé les lits dans le but d'aller se coucher. Si le natté avait enfin proposé d'une voix moins sûre d'appliquer de la pommade sur les traces de coups, Heero avait immédiatement refusé. Outre son envie très réduite de subir ce genre de soins, il n'avait pas oublié la réaction de Duo la dernière fois. Si assurément le pilote du Wing Zero n'était pas le plus psychologue de leur groupe, il s'était tout à fait aperçu du trouble et de la culpabilité de Duo le soir de leur départ. Et il n'était pas question qu'il affronte ça de nouveau. Il était plus simple pour tout le monde d'admettre que les deux corrections qu'il avait reçues n'étaient que les conséquences de ses propres actes. Dans tous les cas, lui ne le voyait pas autrement et il ne tenait pas à ce que Duo rumine ce genre de pensées plus qu'il ne l'avait déjà fait. Surtout qu'ils avaient maintenant du travail sur la planche.
Cinq jours plus tard, la mission sur L1 était maintenant presque terminée. Toutes les informations concernant les commandes et dirigeants du réseau avaient été récupérées. Ainsi, la mission telle que définie à la base avait été accomplie et les deux pilotes devaient attendre, en théorie, de nouveaux ordres. Cela n'avait pas été mentionné lors de leur réunion de façon si claire, mais c'était en tout cas ce qu'Heero Yuy avait compris là où Duo Maxwell avait vu un vide dans les ordres permettant d'exercer leur libre arbitre et de faire au mieux.
Concrètement, il ne restait plus qu'à détruire les installations, les pièces de Mobiles Dolls déjà manufacturées, et mettre les hommes hors d'état de nuire, suite logique qu'avait proposée Duo dès le départ. Les deux pilotes avaient donc passé une partie de l'après-midi à peser le pour et le contre et à défendre leur point de vue. Par honnêteté intellectuelle – et parce qu'il se rendait bien compte que sa position était plus motivée par ce qu'il avait subi récemment que par la logique – Heero avait accepté d'aider Duo à préparer un plan d'action correspondant à son idée. Seulement, quand fut le moment de positionner un créneau théorique pour l'application de l'action, le pilote du Deathscythe Hell avait proposé le soir même – plus exactement une heure très tardive de la nuit. Si cela pouvait sembler précipité, c'était en réalité le premier créneau réalisable et cela permettrait d'empêcher une livraison supplémentaire d'avoir lieu.
Si Duo n'avait pas du tout proposé ce créneau pour mettre son camarade au pied du mur et le forcer à faire un choix rapide, c'était pourtant ce qui se produisait.
« Nous détournons les ordres. » Répéta pour l'énième fois le brun, phrase qu'il avait recasée au moins une fois par heure depuis qu'ils avaient commencé à mettre au point le plan d'action.
« Non, nous les complétons nous-mêmes. » Dit Duo avec la même sérénité dont il avait fait preuve depuis le début, se doutant bien que ce n'était pas en se dirigeant vers un conflit qu'il convaincrait l'autre pilote.
« On risque d'avoir des problèmes. » Rappela Heero, quoique dans les oreilles du natté ça sonnait plus comme un « je vais avoir des problèmes, toi pas ! ».
« Avec qui ? Ils ont été emprisonnés par la Romefeller, les vieux cons ! » Signala Duo, faisant ainsi étalage de tout le respect qu'il portait auxdits vieux cons.
Et puis quoi ? Respecter ces manipulateurs de première ? Très peu pour lui. Le respect ça se méritait, et les cinq scientifiques méritaient plus un pied au cul que de l'estime dans l'optique de Duo. En prenant un peu de hauteur, il apparaissait clairement qu'ils avaient accumulé les coups tordus à l'encontre de leur entourage, et que leur parti pris tout du long de la guerre était étrange, changeant de camps et cédant dès qu'ils étaient menacés directement. Sans oublier les saloperies qu'un d'entre eux avait fait vivre à Heero – ce qui était pour Duo sans doute encore plus impardonnable que le reste.
« Ce n'est pas parce qu'ils sont prisonniers de guerre d'après les informations de nos ennemis qu'ils ne le sauront jamais. Pourquoi crois-tu que j'ai précisé que je t'avais aidé dans mon rapport à Dr. J ? »
« Heu… »
« Parce que s'il l'avait découvert lui-même, ça aurait été encore pire. » Conclut simplement le brun. Et puis… Il y avait l'habitude aussi. On mettait tellement en lumière la moindre de ses erreurs qu'à la fin lui-même finissait par les souligner.
Duo serra brièvement la mâchoire avant de froncer un peu les sourcils, rendu soucieux par le contenu du discours de son camarade. Ils avaient peu reparlé entre eux de ce qui s'était passé la semaine précédente. D'ailleurs, Heero avait refusé tous nouveaux soins et avait pris garde à ne plus lui laisser voir les traces de coups, se contentant de quelques doses minimales de morphine les premières trente-six heures suivant leur arrivée avant de tout stopper. Le jeune homme s'était indubitablement aperçu de son trouble le dimanche soir et avait réagi en conséquence. Duo ne lui en voulait pas. En plus, il savait pertinemment que le pilote du Wing Zero aurait mis le holà à un moment donné, et certainement dans le même timing que ce qu'ils avaient vécu là.
« Je ne vois pas comment il l'aurait découvert. » Se contenta de remarquer Duo après quelques secondes de silence, se retenant de relever le « encore pire » mentionné. Il ne savait pas dans quelle mesure il était possible de faire pire, et à vrai dire, pour l'instant il n'avait pas la moindre envie de le savoir.
« Tu aurais pu le mentionner dans une conversation avec un autre pilote, pendant la réunion stratégique, ou bien l'indiquer dans ton rapport sans penser que ça pouvait avoir de l'importance. » Lista-t-il mécaniquement, preuve qu'il y avait réfléchi déjà à ce moment-là et avait fait son choix en conséquence.
« Ok, mais là ? » Admit Duo, tâchant de le ramener sur leur problème actuel.
Le docteur n'était pas tout le temps derrière le dos de son soldat, alors comment pourrait-il apprendre le détail de leurs actions en étant emprisonné ? C'était sans compter les différentes prises d'initiative qui avaient été les leurs, celles d'Heero, par le passé. La plupart avaient été judicieuses et il était inimaginable pour Duo qu'on les leur reprochât.
« Ils verront bien le résultat. » Souffla Heero avec défaitisme.
Duo aurait bien rétorqué quelque chose, seulement il avait bien conscience du côté bidon de certains motifs, et s'il n'y avait pas pensé auparavant, ça faisait sens.
« Faire du zèle, c'est désobéir ? » Préféra-t-il demander à la place.
« Hn… »
« Tu n'as pas eu d'ennuis quand tu m'as ramené sans me tuer quand j'ai été capturé ? »
Duo ne savait que trop bien que le jeune homme avait changé les ordres en plein milieu de la mission. Lui-même avait assisté aux doutes du brun : ce dernier aurait dû le tuer, mais avait changé d'avis pour une raison qui lui demeurait inconnue. Cela pouvait paraître bizarre, mais il n'avait jamais eu d'explication concernant ce revirement. Dans un premier temps, il s'était gardé de poser trop de questions, suffisamment heureux d'avoir la vie sauve. De plus, son état de santé d'alors ne l'avait pas incité à tenir de grandes discussions. Au final, Heero avait toujours complètement esquivé la question et Duo avait fini par se dire qu'il l'avait certainement délivré pour lui rendre la pareille du coup de main qu'il lui avait fourni lors de sa propre capture dans un hôpital de l'Alliance de la zone JAP, peu après leur rencontre.
« Pas sur le coup. Tous nos supérieurs étaient entre les mains d'OZ. » Rappela-t-il avant de poursuivre. « Je pense que j'ai payé cette note là en même temps que la dernière. »
Digérant l'information, Duo reprit néanmoins la parole dès qu'Heero eut terminé sa phrase.
« Justement, ils sont de nouveaux entre leurs mains. C'est leur plan. Et il n'y a pas de raison qu'ils retrouvent la liberté, cette fois. »
« … »
Heero tapota les touches pour obtenir un agrandissement du secteur qu'ils avaient nommé arbitrairement secteur E3, et tout aussi nerveusement, passa au secteur A3. Certains entrepôts de stockage de pièces étaient très proches des vieux immeubles de L1… trop proches à son goût. En plus, les bâtiments datant des années vingt de la colonisation étaient moins solides que maintenant. Défaut technique. On avait créé L1 dans les années AC020, et à l'époque les connaissances sur la construction dans l'espace étaient encore assez réduites.
« Heero, que veux-tu qu'il t'arrive ? » S'enquit Duo en fronçant les sourcils.
Heero se contenta de hausser les épaules, n'ayant aucune envie de répondre à la question de l'autre pilote, feignant l'indifférence.
Duo soupira silencieusement en voyant qu'il n'obtenait plus rien du pilote du Wing Zero. L'air neutre qu'il affichait ne le rassurait pas le moins du monde. Le natté avait eu l'occasion de voir ce qu'il y avait derrière le masque, et il n'était plus dupe depuis un bon moment maintenant.
« Éloigne-toi. C'est l'occasion, ils ne peuvent plus rien contre nous. » Assura une nouvelle fois Duo avec toute la force de conviction qu'il put trouver.
« Duo, quand OZ les avait capturés et que nous étions prisonniers sur la base lunaire avec Wufei… Tu as bien vu qu'ils collaboraient avec l'ennemi. » Reprit Heero, l'air passablement contrarié.
« Oui, mais… »
« On a laissé nos Gundams à des inconnus pendant presque une semaine. Revérifie les systèmes de ton Gundam avant de piloter. Tous, sans exception. » Coupa Heero avec presque de l'inquiétude dans le regard.
« Excuse-moi, je ne te suis pas. » Admit Duo ne comprenant pas quel pouvait être le problème avec les Sweepers. Si Heero ne les connaissait que très peu, ce n'était pas son cas. Il faisait partie de l'organisation depuis des années et il n'y avait jamais eu de problèmes de trahison. La mise en garde l'avait étonné mais commençait également à lui faire peur, car lui rappelait l'échange téléphonique qu'Heero avait eu avec le Professeur G au sujet de sa sécurité.
« Le Pr. G ne maîtrise pas tout. Un autre de nos mentors aurait pu donner un ordre qui aurait paru légitime à l'un des hommes. »
Un autre… Sans doute par loyauté, Heero n'avait pas cité le Docteur J, mais il était suffisamment explicite pour que Duo comprenne très bien l'insinuation.
« Si je ne laisse personne et surtout pas nos mentors toucher au Wing Zero ce n'est pas par possessivité maladive. » Ajouta Yuy en conservant le même ton.
« Attends, ce sont juste des craintes ou tu as déjà été victime de sabotages ?! » S'exclama alors Maxwell mi surpris, mi-énervé.
Parce que le premier pilote ne présageait sans doute pas de choses aussi graves sans raison. Il était parfois paranoïaque, mais le peu que le natté savait du personnage de J le poussait à donner tout son crédit aux paroles de Heero.
« Il a bien fait débrancher mon système d'autodestruction lors du lancement de l'Opération Météore. » Justifia le premier pilote pour que 02 prenne bien conscience de ce dont était capable le vieil homme pour avoir ce qu'il voulait.
« Eh bien, il aura au moins fait une bonne chose dans sa vie ! Si tu le sais, c'est que tu as essayé de te faire sauter ! » Rétorqua Duo, ne retenant que l'énième tentative de suicide.
Quoique non, pas de suicide. Heero n'accordait simplement aucune valeur spécifique à sa propre vie. Cela serra le cœur de Duo de se le rappeler, mais pourtant il fallait qu'il soit réaliste à ce sujet. Si le jeune homme mettait le plus souvent sa vie dans la balance, cela ne signifiait pas pour autant qu'il voulait perdre la vie bêtement. Il voyait toujours un intérêt quand il agissait en kamikaze. Mais ça n'excusait pas son geste qui paraissait a priori plus insensé qu'autre chose à Duo. A quoi bon descendre sur Terre pour mourir illico ?
« Tu ne sais pas quels étaient pas mes paramètres. » Trancha Heero, n'appréciant pas de s'être fait reprendre de volée. « Il pourrait tout aussi bien ordonner une altération du système pour que Zero explose si j'active une commande précise. Ou faire modifier ton Deathscythe. Tu surveilles moins que moi, et comme j'ai pris la décision de te secourir deux fois…»
« Comme tu m'as aidé deux fois ? »
Duo haussa les sourcils et laissa fleurir une esquisse de sourire sur ses lèvres.
« Il doit trouver ça singulier. » Laissa tomber Heero d'un ton détaché.
« Singulier ? » Répéta le natté, largement amusé par le choix de vocabulaire du premier pilote.
« Etrange, si tu préfères. » Clarifia le brun, se méprenant sur la réaction de Maxwell.
« Je sais ce que ça veut dire. » Indiqua Duo, les yeux pétillants.
Il attendit un bref instant avant de reprendre.
« Et toi, tu trouves ça singulier ? » Demanda-t-il avec un sourire dans la voix.
« …simple concours de circonstances. » Lâcha Heero sans apparente émotion.
« Je me méfierai plus et je ferai ce que tu m'as conseillé. » Rassura finalement le natté en souriant réellement cette fois, cessant d'asticoter son camarade.
Après un léger silence Duo reprit sur le sujet de base.
« On fait comment alors pour la mission ? »
« Je ne suis pas d'accord. »
« Je peux essayer de le faire en solo sinon… » Essaya Duo pour le convaincre. Ce devait être adaptable en conséquence avec un peu de travail et une couverture extérieure plus réfléchie.
« Pas question. » Refusa encore Heero, intraitable.
« Pourquoi non ? Je suis pas sous ta responsabilité, mec. »
Le premier pilote le foudroya du regard à ces paroles, faisant dans un premier temps lever les yeux au ciel à Duo qui prit ensuite le parti de soutenir le regard sans ciller. Certes, Yuy n'avait pas prononcé un mot, mais tout dans son attitude réitérait le « non » qu'il lui avait opposé juste avant.
« Si tu crois que me regarder de travers changera quoi ce que soit ! Sérieux, t'es pénible quand tu fais ça. Je ne suis pas sous tes ordres. » Lança le natté d'un ton ferme, histoire de remettre l'église au milieu du village.
Heero, quant à lui, n'était pas plus heureux que le pilote du Deathscythe. Humainement, il n'était juste pas question que Duo effectue seul le plan de mission qu'ils avaient conçu en encourant plus de risques. Surtout que le natté se retrouverait alors dans cette situation parce qu'Heero aurait été trop lâche pour prendre ses responsabilités et le soutenir. Le pilote du Wing Zero ne savait pas comment le Docteur J interpréterait les choses si elles se déroulaient ainsi, mais lui le verrait clairement comme un manque de courage de sa part, un abandon, voire une désertion. Il aurait volontiers opposé que Duo lui-même ne se privait jamais de l'abreuver de conseils et de diverses allégations quant à sa sécurité ; cependant, il ne prenait presque jamais en considération les inquiétudes des autres à son égard. Et connaissant 02, il n'hésiterait sans doute pas à l'envoyer balader, lui renvoyant à la face le fait que lui-même ne l'écoute pas en pareil cas. Et Heero en avait juste marre de se faire reprendre pour l'une ou l'autre chose cette après-midi.
C'était clair et net, cette mission était trop risquée pour une personne seule. Et Heero ne voulait pas prendre le risque de dire quelque chose qui pouvait donner des arguments à Duo en faveur de son idée.
Duo soupira profondément, agacé par le silence qui lui était opposé et l'absence de solution qui se profilait.
« Bon sang, qu'est-ce que tu voudrais que je fasse ? …on ne peut pas ne rien faire. Je vais quand même pas te frapper pour que tu cèdes. Peu importe ce que je t'ai dit l'autre jour. C'était stupide. » Dit-il aussi calmement qu'il put malgré la frustration, ne se rendant pas forcément compte des implications de ses paroles.
Aussitôt, Heero se figea, sidéré par le contenu complètement inattendu. Duo ne l'avait pas menacé directement, mais il se sentait tout comme. N'arrivant plus à réfléchir et à réagir correctement, incapable de formuler quoi que ce soit, même pas un « non » ou des paroles qui auraient pu informer le natté du fait qu'il venait de commettre une sacrée bourde, Heero trouva la force de se lever brusquement, s'éloignant de l'ordinateur où figuraient les données et plans détaillés qu'ils avaient obtenus la veille à peine. Puis il se dirigea d'un pas rapide vers sa chambre, fermant fermement la porte derrière lui. Il avait besoin de s'isoler. Ou mieux, de s'écrouler dans un coin, le temps de reprendre pied. Déjà avant la phrase malencontreuse, il était un peu perdu dans ce qu'il devait faire pour se conformer à ce qu'on attendait de lui, mais aussi à ce que sa conscience lui dictait. Mais avec ça par-dessus, il était juste paumé.
Duo s'était lui aussi figé un bref instant en voyant Heero se lever pour quitter la pièce, il reprit cependant vite la parole, réalisant qu'il avait de nouveau commis un impair.
« Hey, Heero ! »
Il se passa brièvement la main sur la nuque avant de se décider à bouger.
« Bordel, mais qu'est-ce que je suis con. »
En quelques enjambées, il avait rejoint la chambre qu'occupait l'autre pilote et frappa doucement à la porte. Au bout de quelques instants sans réponse, il lui fallut se rendre à l'évidence, Heero ne lui ouvrirait pas. Soupirant, il se décida à lui parler à travers la porte close. Il n'allait pas encore en plus l'agresser en pénétrant dans la pièce sans y être invité.
« Pardon, j'aurais pas dû mentionner ça. » Commença-t-il d'un ton où on pouvait percevoir les regrets. « J'aurais même pas dû dire un truc comme ça à la base. » Ajouta-t-il un ton plus bas.
Non seulement le jeune homme ne lui répondait pas, mais Duo ne parvenait même pas à entendre le moindre bruit à l'intérieur de la pièce.
« Je suis vraiment désolé. Jamais je ne lèverai la main sur toi. C'est une promesse. » Conclut-il avant de se forcer à quitter le seuil de la porte.
Peu importe les sentiments d'Heero à son égard à cet instant précis, ce n'était pas en le harcelant que cela s'améliorerait. La seule chose intelligente à faire était de le laisser tranquille pour qu'il puisse se sentir en sécurité et pas sous pression.
Sentant que Duo s'éloignait, Heero, toujours tendu et dos appuyé contre la porte se laissa glisser vers le bas, finissant par s'asseoir à même le sol, adossé contre la porte. Le lit était à environ à un mètre cinquante de l'endroit où il s'était affalé et il aurait pu aller s'y installer en moins de deux, s'il l'avait voulu. Cependant, cette possibilité ne lui traversa même pas l'esprit. Il se focalisa sur sa respiration afin de la garder aussi régulière que possible et essaya peu à peu de regagner son calme. Au bout de quelques courtes minutes, un calme intérieur en partie regagné, il ne put s'empêcher de porter un regard critique sur la réaction qu'il venait d'avoir. Il ne comprenait pas ce qu'il avait ressenti, ce qu'il ressentait toujours, mais il s'en voulait déjà d'avoir réagi par la fuite. Bon Dieu, mais de quoi avait-il l'air en réagissant de façon aussi incohérente ?
Depuis le début d'après-midi, beaucoup trop de choses dans cette mission lui rappelaient sa dernière mission test avant le lancement de l'opération météore. Il avala très péniblement sa salive en y repensant. La situation géographique, la topographie des lieux, la vétusté du secteur ; plus encore l'usage d'explosifs dans le milieu fermé des colonies. Tout lui rappelait le massacre de mars dernier. Un massacre de centaines de civils qui habitaient les immeubles adjacents à la base et dont il était le seul et unique responsable. Si 01 ne connaissait pas le nombre exact de pertes humaines, une au moins avait un visage connu, celui d'une fillette qui promenait son chien. Il ferma les yeux un court moment. La culpabilité était toujours là, présente comme lorsque c'était arrivé. Il avait voulu se tirer une balle, suite à ça. Sans doute aurait-il dû, au demeurant.
Pourquoi avait-il écouté les propositions de Dr. J, cette fois-là ? Pour une fois qu'il faisait une vraie belle connerie, qui plus est qui avait eu des conséquences dramatiques, le docteur lui avait procuré du soutien, à sa façon. Il était venu le chercher quand il était retourné sur les lieux. Il l'avait défendu devant Dekim Barton, leur commanditaire. Il avait même organisé une espèce de simulacre de punition, lui faisant infliger à peine la moitié de la dose minimale de coups de lanières qu'il recevait en temps normal et présentant cela comme une sanction exemplaire ayant pour but de lui faire regretter ce qui avait été appelé par Barton « faiblesse » et « sentimentalisme ». Encore après, Dr. J lui avait permis de finir la journée au calme, dans ses quartiers, et lui avait même envoyé Ben Harper, sans doute pour essayer de le consoler. Sur ce point, cela avait été un échec cuisant. Heero avait été trop focalisé sur les évènements, sa culpabilité et le poids de ses actes pour ne serait-ce que communiquer avec qui que ce soit, quand bien même ce fut quelqu'un qu'il aimât bien. Bien sûr, sur le coup, Heero n'avait pas pleinement réalisé tout cela, mais au bout de quelques jours avait pris conscience de tout ce qui s'était joué ce jour-là.
Cependant, en toute honnêteté intellectuelle, tout cela ne justifiait pas sa réaction aux paroles de Duo. Peu importe combien les évènements en question le hantaient encore et étaient ravivés présentement.
Il se remémora les paroles qui avaient tout déclenché. C'était risible. Duo ne l'avait pas menacé directement, il avait juste évoqué une idée stupide. Enfin, Heero aurait bien aimé la considérer comme stupide et inoffensive. La vérité, c'est que la proposition lui filait une frousse pas possible. Il retint un frisson en pensant au nombre de personnes qui avaient été amenées à lui flanquer des coups ou à abuser de lui dans le cadre de son entraînement. Dans les faits, Dr. J n'était que celui qui donnait les ordres. Et Heero avait bien conscience que les personnels de sécurité concernés ne formaient pas un ensemble monolithique où chacun était interchangeable et dont l'opinion serait calquée sur celle du docteur. La preuve en était les deux extrêmes qu'étaient Girard et Ben – et qui à eux deux centralisaient facilement quatre-vingt-quinze pourcent des coups reçus. Tous ces hommes avaient avant tout obéi à des ordres, exactement comme lui.
A part Girard qui était assez marginal et, qui plus est, avait eu un rôle central tout du long de son entraînement, tous ces personnels avaient une famille, des amis. Il s'agissait d'individus normaux à qui on avait donné, selon, un droit ou un ordre : celui de faire quelque chose de mal en toute impunité. Tous les hommes en question savaient pertinemment que leur patron n'était pas clean, voire qu'il versait dans le terrorisme. Ils n'étaient certainement plus à une entorse près. Ils étaient aussi payés pour ça.
Si Girard, et dans une moindre mesure Ben, connaissaient pertinemment les raisons des corrections de par leurs rôles et leurs fonctions, ce n'était le cas d'aucun des quelques autres. Ils avaient l'ordre de faire ce que le Docteur J leur demandait, on leur donnait le droit, et il n'y avait pas à craindre de représailles. Là, tout ce qui pouvait retenir quelqu'un de maltraiter une autre personne disparaissait. Ce qui empêchait certains, comme Ben, de passer à l'acte sans se poser de questions était un vécu ou des valeurs qui n'étaient pas totalement annihilés par les aspects attractifs qu'étaient le pouvoir et le sexe. Heero avait aussi clairement subi le fait qu'il y avait extrêmement peu de femmes dans leur organisation – à vrai dire, Yuy n'en avait connu que deux, dans le service technique dédié à l'élaboration du Wing. De plus, le Docteur J incitait son personnel à vivre dans ses locaux de façon autarcique, fournissant volontiers logement de fonction gratuit à qui le lui demandait parmi les locations des hauts étages. Sans Ben, qui lui avait parfois parlé de sa famille et avait toujours gardé un pied à terre ailleurs, Heero n'aurait sans doute jamais réalisé combien ce système était malsain. Et pourtant, à l'évidence c'était le cas, et il en avait lui-même subi une partie des conséquences.
Sans rien excuser, de telles circonstances expliquaient aussi en grande partie les viols collectifs qu'il avait pu subir. Loin d'être rassurants, ces faits étaient en vérité terrifiants pour Yuy. Si ceux qui avaient agi de cette façon étaient des « monsieur tout le monde », cela signifiait qu'on ne pouvait faire confiance à personne. L'Homme était très primaire et bestial sur certains aspects. Et ça, Dr. J l'avait très bien compris et en avait usé à plein régime.
S'il ne s'était agi que de ne pas faire confiance aux inconnus ou aux gens que l'on connaissait peu, cela aurait pu être gérable. Cependant, Heero était bien placé pour savoir qu'on ne pouvait pas faire confiance non plus à ses proches. Si ses relations avec Girard n'avaient jamais été excellentes et qu'il avait toujours reçu beaucoup de coups de sa part, rien ne l'avait préparé à la terrible soirée d'AC191 qu'il avait racontée à Duo. Peu importe les autres, il avait eu confiance en Girard, les premières années. Pas une confiance aveugle, mais une confiance quand même. Il le fallait bien, pour qu'ils travaillent correctement ensemble. Ça n'avait pas empêché l'homme de lui passer dessus, puis comme si cela n'avait déjà pas été assez atroce en soi, il l'avait laissé tomber, laissant leur tour aux autres. Ses souvenirs de la fin de la nuit, après l'arrivée de Ben, n'étaient pas parfaitement clairs, mais il se souvenait bien que si Dr. J et Girard avaient débarqué à ce moment-là, c'est parce qu'ils s'étaient enfin souvenu – ou avaient enfin réalisé – la nuit qu'ils lui avaient fait passer. Ils avaient ordonné ça pour l'un et l'avait violenté des heures avant de l'abandonner pour l'autre, pour au final oublier que cela continuait. Il lui arrivait de se demander dans quelle mesure ils auraient laissé à Ben le temps de finir son affaire si lui aussi avait décidé de lui passer dessus.
Heero soupira silencieusement. Encore une fois, il se trouvait dégueulasse de comparer Duo de près ou de loin à ses bourreaux. Le natté n'avait rien fait pour mériter ça. Heero savait qu'il avait pris peur très rapidement à l'instant. Seulement, il ne savait pas contrôler et réfréner ça. Ben Harper s'était toujours très bien comporté à son égard et n'avait jamais démérité la confiance qu'Heero lui accordait. Des gens dignes de confiance existaient, c'était un fait. Mais la vie avait appris au premier pilote que ces personnes étaient très rares. C'était sans compter que sa relation avec Ben était entachée par les corrections que l'homme lui avait administrées sur l'ordre de Dr. J. Toujours pour éviter que ce ne soit Girard qui s'en charge avec toutes les conséquences que ça impliquait. Heero ne lui en voulait pas, au contraire, il était globalement très reconnaissant de tout ce qu'il avait fait pour lui depuis qu'ils s'étaient rencontrés. Il n'en restait pas moins que depuis la mort d'Odin Lowe, il n'avait plus eu l'occasion d'avoir une relation de confiance avec quelqu'un qui ne soit pas gâchée par des violences quelles qu'elles soient.
Il ne fallait pas se méprendre, Heero ne reprochait pas cela aux personnes qu'il était amené à fréquenter. Il savait que de très nombreux êtres humains arrivaient à avoir des relations normales avec leurs pairs. Si lui se retrouvait dans de telles situations de façon quasi-systématique, c'était forcément que cela venait de lui. Il ne savait pas si cela venait de sa personnalité, de sa façon d'être, ou encore de son physique. Peut-être des trois. Dans tous les cas, s'il n'avait pas mieux, c'était certainement qu'il ne méritait pas mieux. Avoir été dans le rôle de victime tant de temps n'arrangeait rien. Peu importe ses efforts, il y avait des faiblesses qu'il ne parvenait pas à cacher de façon systématique quand des personnes commençaient à devenir proches de lui. Dans ces circonstances, comment ne pas être persuadé qu'il ne retomberait pas sur des gens qui n'hésiteraient pas à prendre l'ascendant sur lui dans le but d'en tirer un profit ?
Au final, tout cela n'avait aucun lien avec son problème initial : quoi faire pour la mission. L'opinion d'Heero sur la question n'avait pas changé. Il était hors de question qu'il lâche 02 et le laisse se débrouiller seul. Maxwell n'était pas aussi ouvert à la discussion qu'il le laissait paraître. Qu'Heero l'aide ou non, il prendrait les mesures qui lui semblaient nécessaires. Et d'autre part, il ne semblait pas disposé à postposer le début de l'intervention sans bon argument. Pour le coup, Heero aurait bien aimé disposer d'un tel argument. Seulement, toutes ses raisons étaient circonstancielles et non pas liées au timing proposé. Il avait aussi conscience que repousser ne lui rendrait pas les choses plus faciles. Au contraire.
Se faisant une raison, il entreprit de se redresser pour rejoindre l'autre pilote et lui dire qu'il marchait, chose qui devrait certainement le ravir, ou du moins le soulager. Heero ne savait pas combien de temps il avait passé seul à réfléchir, mais ça avait dû être un peu plus que ce qu'il avait cru car en rouvrant la porte de la chambre, il s'aperçut d'emblée que Duo n'était plus dans la pièce. Il craignit une fraction de seconde que 02 n'ait quitté la planque pour commencer l'action, mais l'idée le quitta aussi vite qu'elle l'avait traversé : Duo ne serait jamais sorti sans le prévenir et il faisait encore complètement jour, le timing ne pouvait donc pas être adéquat.
Si Duo n'était pas dans la pièce à vivre, c'était qu'il s'était également isolé dans sa chambre. Prenant son courage à deux mains, il alla frapper à la porte, imitant le geste de Maxwell lorsqu'il s'était lui-même isolé.
« Duo ? » Appela-t-il d'une voix résignée.
Duo, de son côté, avait passé l'heure qui avait suivi à déprimer, allongé sur le dos sur son lit, bras croisés derrière la nuque. Vu comment les choses avaient tournées, il n'avait plus du tout eu le cœur à travailler, profondément dépité d'avoir poussé son coéquipier dans ses retranchements. Ça n'avait pas du tout été son but et cela le minait. Il cilla rapidement en entendant frapper à sa porte, y reportant son regard.
« Ouais, entre. » Dit-il, légèrement soulagé de voir qu'au moins l'autre pilote avait l'air d'aller un peu mieux.
Si la porte s'était ouverte, Heero ne pénétra pas pour autant dans la pièce.
« C'est d'accord. » Statua-t-il avec le ton qu'il utilisait d'ordinaire en mission.
« De quoi ? »
Duo fronça les sourcils et s'interrompit brusquement. Son coéquipier ne voulait quand même pas la fessée promise ? Lui avait lâché ça bêtement, sur le coup, réfléchissant plus à voix haute qu'autre chose et sans se rendre compte de là où cela pourrait le mener. De plus, vu la réaction importante mais légitime qu'avait eue Heero peu avant, voire la frayeur que cela avait engendré, il était hors de question qu'il fasse ça. Surtout après la promesse qu'il avait faite et qu'il entendait bien tenir. Et même sans ça, il ne voyait pas ce qu'agir ainsi lui apporterait sinon de se faire détester et craindre par le jeune homme.
Aussitôt, Heero le rassura sans le savoir.
« Pour ce soir, tu voulais intervenir et empêcher les échanges, c'est d'accord. » Lâcha-t-il en commençant à faire demi-tour.
Loin de rassurer Duo, cette affirmation lui fit de nouveau froncer les sourcils avec inquiétude. Ce changement d'opinion, s'il l'arrangeait dans les faits, n'était pas rassurant du tout a priori.
« Hein ! Attends, Heero… Je veux pas que tu te forces si tu n'as pas envie. » Commença 02.
Il aurait bien justifié cela autrement que par un manque d'envie. Après tout, les motifs d'Heero semblaient plus tenir de la crainte et de la pression que lui infligeait sa hiérarchie en la personne de J que de l'envie ou de la volonté. Seulement, Duo n'était pas idiot, poser les mots justes aurait cruellement manqué de diplomatie.
« J'ai fait le point, c'est la meilleure solution. Ça ou autre chose. Ça reviendra au même niveau conséquences. »
C'était terrible à dire, mais dans les faits, si Dr. J avait besoin d'un motif, il l'inventerait, se basant sur n'importe quel détail qui lui déplaisait de près ou de loin. Cela avait été sa ligne de conduite pendant la majeure partie de l'entraînement de son pilote. Si Heero avait supposé un temps que les choses avaient changé avec la guerre, on lui avait prouvé que l'épée de Damoclès était toujours présente au-dessus de sa tête.
« Quelles conséquences ? »
« … »
« 'ro, c'est fini. » Tenta Duo, reprenant la parole d'une voix calme. « On ne redescendra sans doute pas sur Terre prochainement. Encore moins aux USA. Il n'y a pas de raison que tu retournes là-bas, que tu recroises ces gens-là. »
A ces mots, le regard d'Heero se voila légèrement.
« Dr. J en vie, ce ne sera jamais fini. Et même s'il disparaissait… »
Même s'il disparaissait, il n'était que le commanditaire. Ça ne changerait rien à sa relation avec Girard, s'il le recroisait. Si physiquement il pouvait en théorie avoir le dessus sur l'homme, dans les faits, il était incapable de s'en prendre à lui. Psychologiquement, il ne tenait pas le coup en sa présence et n'avait malheureusement jamais eu d'autres solutions que de se laisser faire. Pas qu'on l'ait incité à se battre non plus. La seule fois où il avait essayé de se défendre était toujours cette même fois, en AC191 ; et on pouvait dire qu'on lui avait largement fait payer cette décision. C'était sans compter les quelques autres qui avaient abusé de lui. Si la faiblesse ressentie n'était heureusement pas à la hauteur de celle qu'il ressentait en présence de Girard, le malaise était réel.
« Heero ? Ça va ? Tu es drôlement pâle. » Remarqua Duo, inquiet par l'attitude de nouveau renfermée et le mutisme du brun. N'attendant pas plus avant, il se leva dans le but de le rejoindre.
« Je vais bien. » Statua Heero avant de prendre la direction du salon.
Décidément, cette après-midi il ne cessait de remuer des choses pas très joyeuses et cela ne lui réussissait pas.
En quelques pas vifs, Duo l'avait rattrapé et lui avait gentiment saisi le poignet.
« Non, ça ne va pas. Viens t'asseoir. »
Heero libéra quasi aussitôt son bras – Duo ne chercha d'ailleurs pas à le retenir – mais céda et se posa sur le siège qui faisait face à l'ordinateur qu'il ralluma. En cet instant, il ne se sentait pas suffisamment bien pour se relâcher en présence de Duo. Pas que ce soit la faute du jeune homme, il avait trop ressassé et cela s'impactait sur son moral. Il ferma les yeux un court instant. C'était absurde. Il avait peut-être tort, mais au fond de lui, il avait confiance en Duo.
Maxwell, quant à lui, s'assit non loin, visiblement concerné par l'état de Yuy.
« Ça ira pour la mission ? On peut décaler. » Proposa encore Duo en posant un regard soucieux dans le dos du jeune homme.
« Oui. Autant en finir dès que possible. »
Duo ouvrit de nouveau la bouche avant de la refermer. Il ne savait juste plus quoi dire, ni comment faire passer son inquiétude pour l'autre pilote sans qu'il ne le prenne comme un manque de confiance en ses capacités. Certes il était pâle, certes Duo se demandait s'il ne risquait pas d'avoir un malaise en allant en mission dans cet état, mais l'exprimer aurait juste été terriblement vexant pour Heero. 01 avait largement fait ses preuves, il l'avait déjà vu piloter et exécuter des actions dans un sale état, alors il ne pouvait pas lui faire cet affront-là. L'exprimer aurait pu vouloir dire qu'il n'avait pas confiance en Heero et pensait qu'il ne pouvait pas compter sur lui.
Duo se mordilla les lèvres en réalisant que c'était même peut-être l'inverse. Un flash se fit dans son esprit, et si Heero avait cédé parce qu'il aurait eu l'impression de le laisser tomber en le laissant y aller seul ? Il baissa brièvement les yeux vers le sol. Vu les discussions qu'ils avaient eues avant leur départ vers les colonies, ça ne l'étonnerait de fait qu'à moitié.
« Ok. » Admit le natté en rapprochant son siège de celui de Heero et de l'ordinateur. « Le paiement doit avoir lieu un peu avant cinq heures du mat', je propose d'intervenir à deux heures. Il n'y aura pas encore trop de gardes. J'avais proposé de poser des bombes à chaque extrémité dans le secteur E3 et dans le secteur A3 pour… »
Heero qui avait validé mentalement les horaires proposés intervint.
« Pas dans le secteur A3, il est trop proche des habitations. Plutôt là. » Dit-il en pointant un autre secteur.
« C'est vrai, mais le C2 est excentré, tout ne sera pas détruit, ça en laisserait deux intacts. On ne peut pas se permettre de le faire en plusieurs fois. »
« Il suffit d'en poser trois : dans le secteur C2, le secteur E4 et le secteur F2. »
« 'Ro, je vais manquer de temps à l'intérieur. Je vais me faire choper si je dois tourner là-dedans pendant une heure. »
« Je peux te gagner du temps en faisant diversion. »
« Laisser tomber la surveillance extérieure, ok, mais j'ai besoin que tu leur envoies des images, qu'ils ne me voient pas à la vidéosurveillance. »
« Je devrai pouvoir mettre une routine en place. Au pire, ils auront assez à faire avec moi. »
Duo hocha la tête, essayant de se figurer ce que ça donnerait sur place.
« Tu penses faire quoi comme diversion ? »
Heero haussa les épaules.
« Lance-roquette. »
Duo haussa les sourcils.
« Tu vas leur balancer des roquettes pendant que je pose des explosifs à l'intérieur ? »
« Je viserai l'entrée principale. »
Plus détendu, Duo laissa échapper un léger rire.
« Ouais, ça va être un beau bordel. »
Les deux pilotes posèrent ensuite les derniers détails concernant l'action et prirent les dispositions nécessaires à leur fuite. Ils se donneraient ensuite vingt-quatre heures dans les locaux des Sweepers pour procéder à une vérification de leurs Gundams et se trouver une nouvelle planque.
