Hommes Ukai pour le thème « Aujourd'hui ».

CE N'EST PAS DE L'INCESTE.

Bonne lecture !


On se retrouvait encore, comme chaque année, devant cette table.

Avec les mêmes personnes.

Les mêmes gestes.

La même bouffe.

Le même saké.

Je me demandais, là maintenant, comment tu te sentais, comment tu allais, si tu étais heureux là haut. Je me demandais si tu mangeais à ta faim, si tu buvais aussi de ton côté comme tu aimais si bien le faire il y a encore quelques semaines, si tu n'en avais plus grand chose à faire de ta santé, comme avant.

Je me demandais si tu t'amusais un peu, ce soir.

T'avais la fâcheuse manie de manger bien plus que tu ne le pouvais, de piquer la moindre chose qui m'appartenait, de m'engueuler à chaque fois que je me resservais un verre d'alcool car tu en voulais aussi. T'aimais bien me frapper et m'engueuler quand ça te chantait en fait, m'insulter parce que j'étais un incapable et me conseiller parce que tu m'aimais bien au fond. Je l'espérais en tout cas.

C'était marrant, tu sais.

Je voyais encore les rares guirlandes que tu critiquais il y a encore quelques jours, parce qu'elles étaient trop lumineuses ou parce qu'elles étaient sur le point de s'éclater sur le bitume. Tu râlais parce qu'il faisait trop froid et que tu détestais cette ambiance festive bourrée d'hypocrisie. T'as jamais aimé cette période de l'année, parce que tu revoyais tes vieux cousins détestables et que tu devais te retenir de trop boire pour la tenue.

Tu finissais toujours par insulter quelques tantes trop curieuses, ou quelques neveux trop carrés parce que t'en avais ras le bol de la soirée. Tu m'entraînais toujours de force dehors et on se lançait des balles pour faire passer le temps. Le volley nous permettait de mettre les choses à plat à chaque fois et de plus croiser la famille que tu qualifiais de « pauvres idiots indésirés ». T'étais de mauvaise foi et c'était amusant.

On se ressemblait, toi et moi.

J'aurais peut-être dû profiter un peu plus de toi la dernière fois.

T'étais un vieux con sénile qui n'arrêtait pas de tout critiquer, tout dévaloriser, me martyriser et m'insulter quand t'en avais l'occasion. T'étais grincheux et violent avec moi, et je me plaignais tout le temps parce que je comprenais jamais. T'avais toujours le besoin de me mettre quelques claques pour ta conscience insignifiante, et qu'est-ce que ça me saoulait.

Mais tu pouvais pas le faire, aujourd'hui.

Pourtant, ça t'empêchait pas de m'appeler en premier à chaque fois que t'avais un problème. T'aimais bien me faire venir exprès parce que je servais de cobaye à tes gamins, et je revoyais toujours ton sourire moqueur quand tu me regardais hurler à chaque coup. Tu me demandais souvent des nouvelles des petits du lycée, comme si t'en avais quelque chose à faire. Quand t'acceptais de sortir, parfois, t'achetais toujours quelques bouteilles de saké qu'on s'enfilait le soir même comme des abrutis.

T'étais marrant par moments.

On pouvait plus le faire, ça.

Je savais pas ce que je foutais assis sur le palier, à entendre les tantes trop curieuses parler sans jamais s'arrêter, ou à me demander à quoi pensaient les neveux trop carrés, seul. Ils se marraient bien de l'autre côté et j'étais à l'écart comme un con, le ballon de volley entre les jambes et une bouteille de ton alcool favori à moitié entamée dans la main.

Je buvais au goulot comme un vieux con sénile. C'était toi.

Peut-être que j'étais toi, en fait.

Avec un peu de chance, peut-être que t'étais en train de me regarder de là-haut, avec un ballon de volley coincé sous ton bras frêle et une bouteille de mon alcool préféré à peine commencée dans la main.

Ça t'avait jamais réussi le saké, de toute façon.

Ouais, j'étais tout seul ce soir cette fois ci, avec ton fantôme insupportable et les vieilles habitudes que tu m'avais refilées.

Si t'étais pas parti aussi tôt, à quelques heures près, on aurait pu râler à cause de l'ambiance générale trop hypocrite, regarder les guirlandes mal fixées se briser par terre, critiquer la famille trop envahissante, boire jusqu'à en perdre la raison, se faire engueuler parce qu'on prenait du bon temps et qu'on foutait notre santé en l'air, se lancer quelques balles dans la figure un peu trop fort, et se balader dans la rue en pleine soirée en hurlant comme des idiots.

On aurait bien rigolé, hein ?

Aujourd'hui aurait dû être un jour spécial, comme depuis de nombreuses années.

Mais tu n'étais pas là, ce soir.


Ikkei Ukai est mort le matin même ; seul Keishin est au courant.

Voilà, ce challenge touche à sa fin. C'était super divertissant d'écrire quelques textes sur un thème prédéfini, et franchement j'ai rarement été aussi inspirée mdr

Ne me demandez pas pourquoi j'ai écrit ça... Je suis pas très satisfaite en vrai, j'me suis un peu lâchée. ;;

Merci énormément d'avoir suivi jusqu'au bout, et aussi à Nymouria qui a review tous mes écrits wtf. xD

Noyeu... non, évitons.

Peace !