Les étrangers il y en a peu dans le village, sauf quelques touristes égarés et qui quittent vite les lieux vers des endroits plus intéressants. La jeune femme était encore jeune elle devait être proche de la trentaine comme lui. De grandes boucles sombres couraient le long de son visage aux traits fins et venait se perdre dans son cou gracile avant de venir draper ses épaules d'un châle noir. Ses yeux bleus presque gris ressortait dans la pâleur de son visage où les seules touches de couleur étaient ses lèvres rouges et ses pommettes hautes que la chaleur des lieux avaient fait rosir.
Sentant sans doute que l'attention qu'il lui portait était seulement une curiosité dénuée de tout jugement la mystérieuse jeune femme se décida à lui faire la discussion. Elle était originaire d'un petit village de l'intérieur de la Bretagne, non loin des monts d'Arrée. C'est son travail qui l'a mené ici dans ce coin perdu de Grande Bretagne. Elle est archéologue et conduit des fouilles à Tintagel. Passionné par son travail il ne peut s'empêcher de lui poser une multitude de questions auxquelles elle répond en rigolant devant tant d'enthousiasme. Dans sa voix perce la passion qui l'habite et la fascination qu'elle a des vieilles pierres, spécialiste des légendes Arthuriennes elle est heureuse d'enfin pouvoir fouiller ces lieux mythiques.
Et même si la Bretagne lui manque son travail l'accapare énormément, surtout que ce n'est pas toujours facile d'être la seule Franco-Ecossaise de l'équipe. Eléonore vient d'arriver sur le site suite au départ à la retraite de l'ancien chef d'équipe et certains membres de son équipe ne comprennent pas pourquoi c'est une nouvelle arrivante, une étrangère qui qui vient juste d'obtenir son doctorat qui dirige les fouilles. La soirée se déroula sans qu'aucun d'eux ne se rendent compte du temps qui filait et des regards interloqués des autres personnes présentent dans le pub.
Il l'a revit quelque jour plus tard à Tintagel. C'était se mentir que de nier qu'il est venu en partie pour la revoir. Elle est là les mains dans la poussière le nez au-dessus de ce qui semble être des débris de poterie. Ils sont séparés par des cordelettes qui définissent des carrés dans lesquels s'agitent archéologues et étudiants en quêtes de minuscules fragments du temps passés. Certains vieux archéologiques sont habillés avec des vêtements mal accordés pourtant personne semble prêter attention à ces superpositions étranges de tissus.
Il hésite à l'appeler, mais avant qu'il fasse un geste en sa direction elle lève la tête et l'aperçoit. Un sourire se dessine sur son visage magnifiquement ciselé. Il passa le reste de sa journée assis sur un tabouret à regarder Eléonore fouiller la terre et gérer son équipe. Là les mains dans la poussières la passion qui habite la jeune femme est presque palpable. Il se retrouve dans cette passion qui la fait vivre et l'isole du monde extérieur. Il a un jour connu ça, la peinture était toute sa vie. Il n'était bien qu'un pinceau à la main. En la voyant dessiner un tesson de poterie sur un cahier ses mains le démangent. Depuis combien de temps n'a-t-il plus dessiné ? Aujourd'hui il ne comprend plus ce qui l'a poussé à tout arrêter.
Dans un murmure il lui demande un crayon et une feuille de ce papier rigide sur lequel elle griffonne. Etonnée elle lui tant ce qu'il demande et le regarde dessiner avec une précision stupéfiante la fosse dans lequel elle fouille. Tout y est parfaitement retranscrit, du tesson pas encore extirpé de sa gangue boueuse aux minuscules cheveux échappés de sa tresse qui colle à ses tempes pendant qu'accroupit elle nettoie patiemment avec son pinceau la surface du fragment découvert. Intriguée par le talent d'Elias elle l'observe plus en détail. Chacun de ses gestes et précis, sûre, comme ceux d'un archéologue. Il affiche sur son visage un air tellement concentré et en même temps détendu que s'en ai troublant. Ne souhaitant pas briser la bulle dans laquelle il s'est enfermé elle retourne à son travail.
La journée s'est déroulé lentement au rythme de la découverte de petits fragments à priori inintéressant mais qui mis bout à bout raconte une histoire et de pages blanches qui se sont couvertes de dessins. Sous la houlette d'Eléonore il à dessiné patiemment des croquis de ses découvertes tandis qu'elle lui expliquait tout ce qui était intéressant de noter sur ces tessons de poterie qui vont permettre d'en apprendre plus sur le mode de vie des gens de Tintagel.
Une fois leur travail terminé et l'envie de continuer cette journée, et ne pouvant se rendre chez Eléonore, ils se rendirent au pub.
Ayant dû commencer son travail très vite et n'ayant pas pu trouve un appartement dans un délai aussi court l'archéologue loge en auberge de jeunesse en attendant de trouver mieux. Cependant, la vie là-bas commence à lui peser. Elle aimerait avoir son chez soi et ne pas partager sa cuisine avec tout le monde, bien sûre ça aurait pu être pire. Elle aurait pu ne pas avoir sa propre salle de bain, mais bon elle souhaiterait pouvoir être tranquille le matin lorsqu'elle prend son petit déjeuner et pas subir le brouhaha d'une cuisine commune.
Un jour au détour des nombreuses conversations, rencontres et sortit au pub Elias lui offrit la solution à son problème. C'est ainsi que près de sept mois après leur première rencontre, en février de l'année 2000 ils aménagèrent ensemble. Le manoir était assez grand pour que tout le deux puissent se sentir chez lui sans envahir l'espace de l'autre.
Depuis que Elias Jones s'est remis à dessiner il a fait aménager un nouvel atelier dans une pièce du manoir. Pièce qu'il ne quitte pas et qui est presque devenue le reflet de son ancien atelier toujours sous clé là-bas à Londres. Il a repris ses vieilles habitudes. La journée il bat la campagne à la recherche d'un nouveau sujet à peindre ou il se rend à Tintagel voir l'avancée des fouilles de sa nouvelle colocataire. Puis une fois que l'inspiration le gagne il s'enferme dans sa bulle et peint sans relâche à l'aide des esquisses faites durant ses promenades.
Parfois en peignant le souvenir de têtes rousses disparaissant au détour d'un mur entre les voies 9 et 10 lui reviennent mais il repousse vite les images dont il a été témoins, et qui semblait n'être que la face immergée de ce qu'il soupçonne être un secret plus gros, dans un coin de son cerveau.
Autrefois il a fui ce secret qui lui a laissé un sentiment d'amertume dans la bouche. Maintenant il s'abime les mains en peignant pour oublier. Sur ses toiles se dessinent sa nouvelle vie. Et bien vite son atelier se remplit du visage, de la silhouette et des sourires d'Eléonore McKinnon.
