A chaque jour qui passait Eléonore emplissait un peu plus son esprit et ses toiles. S'était devenu compliqué de l'empêcher de rentrer dans son atelier, de lui cacher les nombreuses toiles d'elle qui emplissaient la pièce.
Il angoissait à l'idée qu'elle tombe dessus, et que face aux sentiments qui l'habitaient elle décide de fuir la demeure. Car s'était devenu évident, elle était plus que sa muse. Cela faisait seulement quelques mois qu'Eléonore habitait chez lui, et pourtant tout semblait déjà si lointain.
Les preuves de son amour grandissant s'accumulaient dans l'atelier de peinture. Il ne pouvait plus cacher les croquis, esquisses et toiles qui emplissaient l'espace dans un chaos qui portait le nom des McKinnon. Alors il scellait tout sous clé et empêchait sa colocataire d'accéder à la pièce. Il cachait ses sentiments comme on cache un secret honteux.

Un jour, il avait pris son courage à demain. Au cours d'un des nombreux picnic qu'Eléonore organisait durant leurs escapades à travers la Cornouailles, il l'avait embrassée.
Comme ça, naturellement, sans artifices. Ce n'était pas un de ces baisers de cinéma. Ce n'était pas un grand moment de l'histoire.
Non s'était seulement deux personnes qui riaient aux éclats sur un drap blanc. Le repas s'était terminé et les restes du déjeuner avait été remballés dans le grand panier en osier. Il faisait chaud malgré un fond de l'air encore frais pour ce début de l'été. Allongé sur le drap blanc il regardait le ciel. Poussés par une brise indolente les nuages se couraient après. La jeune femme adossée à l'arbre sous lequel il avait posé leur nappe improvisée, lisait tranquillement un compte rendu de fouilles.
Ils étaient seulement deux personnes qui profitaient d'un moment passé ensemble dans la campagne Anglaise.

Alors qu'il commençait à s'assoupir, il avait senti un minuscule brin d'herbe se nicher au creux de son cou et le chatouiller. Au départ il n'avait pas fait attention à cette petite herbe qui venait se frotter sur sa peau. Mais l'insistance de la caresse le fit se redresser et porter ses yeux sur la petite joueuse. Au bout de l'herbe verte il y avait les doigts fins d'Eléonore et encore plus loin un magnifique sourire moqueur sur une petite bouille à croquer. Un sourire qui le faisait fondre et qui l'invitait au jeu. Il l'avait tirée à elle pour la chatouiller à son tour.
Ils étaient simplement deux adultes entrain de profiter du temps et de rire comme deux enfants à s'en faire mal aux côtés.

Le jeu innocent avait pris un autre chemin lorsqu'il avait plongé son regard dans celui trouble de la jeune femme. Ses grands yeux gris disparaissaient sous les pupilles noires qui s'étaient dilatées sous l'amusement. Il avait perdu pied en contemplant ces immenses taches noires qui obscurcissaient ses yeux, et qui devait être le reflet de celles qui se dessinaient dans ses yeux.
Sans comprendre ce qui se passait ils s'étaient tous deux penchés pour s'embrasser. Ils ne s'étaient pas posés de question, ils n'avaient pas hésité et emportés par leur envie ils avaient enfin franchit le pas. La barrière qu'ils avaient érigée l'un et l'autre tomba d'un coup sous le baiser qu'ils échangèrent. Ils n'étaient plus de simple colocataire. Ils n'étaient qu'un homme et une femme qui se plaisaient. Deux personnes qui s'étaient voilaient la face. Avaient cachés leur sentiment de peur de briser ce qu'ils avaient déjà.
Il sentait ses petites mains agripper sa tunique en lin, froissant encore plus le tissu déjà plié. Il sentait ses lèvres répondre au baiser empressé d'Eléonore. Il goutait enfin les lèvres dont le sourire qui les ornaient le poursuivait dans le silence de ses nuits. Ils devaient donner un charmant spectacle affalés l'un sur l'autre en train de s'embrasser comme si leur vie en dépendait. Mais pourtant il n'en avait cure. Il ne pensait plus à rien, son cerveau était embrumé par une épaisse brume où seul ses sens dominaient encore son esprit. Il sentait son corps se presser contre le sien et il l'attira encore plus en lui.

Une fois le baiser terminé il eut peur que le gène ne revienne et qu'Eléonore ne bafouille une excuse qui aurait clos tous ses espoirs. Voulant retarder le moment fatidique il s'adossa à l'arbre et ferma ses yeux en expirant un soupir heureux. Sous ses paupières il rejouait la scène dans l'espoir de la graver à tout jamais dans son esprit. Alors qu'un silence allait s'installer il la sentit se rapprocher de lui. Elle se lova naturellement dans ses bras. Posa sa tête sur son torse, son bras contre son ventre, elle ferma les yeux de plaisir et sans doute aussi de soulagement lorsqu'il passa son bras autour de sa taille pour la rapprocher encore plus de lui.
Les boucles souples d'Eléonore venait le chatouiller. Et cette fois-ci il ne résista pas à son envie d'enlever une des mèches qui barraient continuellement son visage au moindre geste. Il jouait avec la mèche rebelle, l'entortillait autour de son doigt en admirant l'élasticité lorsqu'elle reprenait sa forme de petit ressort distendu. Il se sentait bien avec la jeune femme contre lui qui l'observait jouer avec ses cheveux à travers ses yeux mi-clos, son éternel sourire dessinait sur son visage.
Il sentait sa respiration encore hachée par leur baiser contre le carré de peau que la chemise laissait apparaitre. L'oreille sur son coeur il ne doutait pas qu'Eléonore devait entendre le grand émoi dans lequel elle le mettait.
Ils ne disaient rien, il n'y avait rien à dire. Pour l'instant du moins, si ce n'est apprécier le moment partagé à deux.
Ils parleront plus tard. Pour l'instant ils profitent seulement de l'autre en regardant les nuages dans le ciel qui jouaient doucement.
Ce n'était pas un baiser de cinéma qu'ils avaient échangé quelques minutes plus tôt. Mais pour lui il resterait celui qui avait changé sa vie à tout jamais.