La reprise des cours suivit son chemin tranquillement durant la semaine, sans plus d'esclandres. William fuyait l'esprit frappeur de l'école à chaque couloir –il était devenu un vrai radar à Peeves, et avait repris ses entraînements de Quidditch. Sa sœur s'était remise de ses émotions, elle bûchait plus que de raison sur des cours qu'elle ne maîtrisait pas entièrement, notamment l'histoire des arts. Jane avait écopé de sa première retenue pour avoir séché ses premières heures de l'année au grand dam de son associé, qui passait son temps, seul, à faire des bâtonnets de rouge à lèvres (pétillants et aux divers coloris). Melinda s'éclatait dans ses recherches personnelles et Cameron vivait sa vie comme il l'entendait –on le voyait tous les matins faire le tour du lac en courant. Somme toute, la vie suivait son cours à Poufsouffle, jusqu'à ce samedi de sélections.
On peut affirmer sans trop de doutes, que tout le monde, ou presque, avait oublié lesdites sélections de Quidditch. Aussi, quand William réveilla toute la maisonnée en fanfare, ce samedi matin –six heures et demi tapantes-, ce ne fut pas au goût de chacun. Toutes les deux minutes, précisément, une voix tonitruante hurlait dans le couloir des dortoirs quelque chose qui ressemblait à ceci : OYEZ OYEZ CHERS CAMARADES DE POUFSOUFFLE, en cette merveilleuse matinée, vous êtes tous conviés à regarder ou à participer aux recrutements de nos nouveaux attrapeurs, poursuiveurs et batteurs. MERCI DE ME REJOINDRE SUR LE STADE D'ICI UNE HEURE. A cette déclaration s'ajoutaient d'atroces bruits métalliques, comme s'il avait kidnappé les bouillottes de cuivre pour les balancer contre les murs. C'est ainsi que la maison entra tout doucement en ébullition. On voyait quelques élèves divaguer dans la salle commune, encore vêtus de leurs pyjamas. William avait réellement jeté un sort aux bouillottes, qui s'entrechoquaient dans un capharnaüm épouvantable.
Cameron, son ami, co-chambreur et également son gardien de Quidditch, le rejoignit assez vite. De lourds cernes violets lui mangeaient le visage, gâchant quelque peu sa beauté naturelle, mais il souriait de toutes ses dents.
-Alors, des pronostics mon vieux ? le salua-t-il en lui tapant dans la main.
-Ouais, je crois qu'il va falloir crier plus fort.
Exercice auquel le capitaine s'astreignit avec beaucoup de plaisir. Et c'était également avec un plaisir non dissimulé, qu'il vit les bouilles fatiguées des filles, passer par la salle commune pour prendre leur petit-déjeuner. De toute évidence, aucune ne comptait se présenter, elles portaient des habits moldus qui ne seyaient pas à la pratique du Quidditch –selon son expérience personnelle. Son gardien et bras-droit, fit le tour de toutes les chambres masculines pour réveiller les retardataires. Même les premières années qui eux, ne pouvaient pas candidater. Quand on lui demandait pourquoi, il répondait simplement « pour soutenir la cause commune ». Ce qui n'était pas, encore une fois, du goût de tout le monde. En bref, vers sept heures et demi, la quasi-totalité des Poufsouffle se répartissait dans les gradins du stade. Certains avaient encore des mines endormies, mais la plupart furent revigorés par la fraîcheur de l'aube.
Il soufflait une légère brise, qui ajouterait un peu de difficulté à l'exercice. Les volontaires s'étaient massés sur la pelouse, balais à leurs pieds : on y retrouvait du vieux Comète grinçant prêté par l'école, à l'Etoile d'Argent, nouveauté du moment. Les visages des candidats exprimaient une angoisse toute particulière, mélange d'excitation et de trac. Sur les plus bas gradins, les trois filles de septième année que nous connaissons, grelottaient sous une couverture de patchwork. Même si le Quidditch n'était pas leur passion, elles « soutenaient la cause ». Pour dire vrai, elles étaient plutôt curieuses. La majorité de l'équipe fut disloquée cette année, les plus vieux ayant fini leurs études. Il manquait donc deux poursuiveurs, un attrapeur, et un batteur… Plus de la moitié de l'équipe à recruter, ce qui ne serait pas une partie de plaisir !
-Eh, pourquoi tu te présentes pas Eleanor ! chuchota Jane tandis que le discours de présentation commençait.
-Quoi ? Mais pourquoi moi ?
-C'est vrai ça, enchaîna Melinda, surprise. C'est avec toi que William s'entraîne tout l'été, tu as le niveau, non ?
Le concerné se retourna et leur fit les gros yeux dans l'espoir qu'elles se taisent. C'était peine perdue, car les trois pies continuèrent à bavasser dans son dos, tandis qu'il poursuivait son discours.
-J'ai d'autres choses à faire ! s'expliqua Eleanor.
-Tu rigoles ?! s'exclama la petite rebelle du groupe. Tout ce que tu fais, c'est réviser encore et encore des choses que tu connais déjà !
La jolie blonde laissa échapper un rire chantant. Clairement, elles n'avaient pas la même conception de la scolarité… A ses côtés, Melinda lui tapota l'épaule, geste qui chez elle, exprimait son soutien dans des situations désavantageuses. Jane, qui remarqua l'attention, haussa un sourcil interrogateur.
-Bah qu'est ce que j'ai dit ?
-Rien, c'est juste que je n'ai pas le temps de frapper dans une balle… Je prépare des créations pour mon employeur, vois-tu.
La nouvelle choqua ses deux amies, qui ouvrirent des yeux ronds comme des billes. C'est vrai qu'Eleanor avait toujours été passionnée de mode. Il y avait de ces périodes, où elle passait tout son temps à dessiner des modèles de robes, de pulls voir même de chaussettes, qu'elle créait ensuite à l'aide de ses doigts et de sa baguette. Chaque année, elle offrait un vêtement à ses amis pour les fêtes de Noël. Parfois une simple écharpe, parfois quelque chose de plus conséquent. Jane pensa à la robe de bal qu'elle lui avait fabriquée, qu'elle n'avait jamais mise et ne porterait sûrement jamais. En fait, au cours de l'été, la couturière en herbe s'éclatait à porter ses propres fabrications. Lors d'une séance d'achats sur le chemin de Traverse et d'un de ses habituelles visites au magasin de Mme Guipure, celle-ci s'était extasiée devant la robe de sorcière qu'elle portait alors. Certes, Eleanor avait toujours eu un goût très distingué, avec une préférence pour les matières « nobles » et les coupes élégantes… De là à ce qu'elle les fabrique de ses propres mains, c'était une autre paire de manche !
Mais qui prédirait que Mme Guipure, couturière connu et reconnu dans le monde sorcier, lui proposerait un contrat ?
-Elle me veut comme apprentie dès la sortie de l'école, chuchota Eleanor. Je dois lui envoyer quelques modèles d'ici-là, elle veut être certaine que je travaillerais pour elle après Poudlard.
-Et tu nous as caché ça pendant tout ce temps ?! s'écria Melinda en la prenant sauvagement dans ses bras.
-LA FERME LA-BAS ! s'écria la voix de William.
Le trio se tut mais n'en resta pas moins tremblant d'excitation. Quand on était à Poufsouffle, ce n'était pas toujours évident de s'intégrer dans le monde du travail une fois le moment venu. On racontait même des histoires étranges de sorciers qui travaillaient chez les moldus, faute de bons résultats scolaires et de leur maison laquelle on n'accordait que peu de crédit… Bon, ce n'était peut-être que des histoires faites par des parents ambitieux, mais tout de même ! Ce n'était pas très engageant. Pour en revenir aux sélections, le discours se finissait enfin ! Commença alors la présentation des candidats au poste d'attrapeur. Il y avait trois filles et un garçon de sixième année, connu pour être préfet-en-chef. William et Cameron lancèrent le coup d'envoi du Vif d'or, puis rejoignirent leurs amies sur le banc.
-Vous ne pouviez pas vous taire ne serait-ce que cinq minutes ? fit-il, énervé.
-Dites, c'est Antarès Parthalon qui se présente ? s'étonna sa sœur, avec une moue réprobatrice. Il est déjà préfet-en-chef, il ne peut pas, en plus, être dans l'équipe ! IL n'aura pas le temps de s'occuper de tout !
-C'est un Parthalon, répliqua-t-il d'un ton suffisant.
Grand nom chez les sang-purs, il était étonnant que ces jumeaux fassent partie de leur maison. Leur hérédité les envoyait le plus souvent à Gryffondor, mais lui et sa sœur, étaient une exception dans tous les domaines. Aussi brillants que beaux, tout leur tombait du ciel dans une cuillère d'argent. Pas arrogants pour un sou, aimés de tous leurs collègues, non, définitivement, William était jaloux.
-Pff, on aurait été les jumeaux les plus beaux de l'école si ces fichus Parthalon n'étaient pas-
-Forcément, puisque vous auriez été les seuls ! se moqua Jane.
Sa petite réplique fit rire ses collègues, redorant son égo. Dans les airs, les attrapeurs virevoltaient dans tous les sens, une jeune femme en particulier, les impressionnait. D'une taille modeste, avec un balai tout aussi modeste, elle effectuait des feintes et des figures comme si c'était un jeu d'enfant. Ses cheveux, d'un bleu profond, s'agitaient au dessus de sa tête à chaque mouvement, elle n'avait même pas pris la peine de les attacher. Le groupe resta scotché devant ses performances, et ils l'encouragèrent volontiers quand elle aperçut la petite balle dorée.
-De toute façon, c'est elle qui va gagner, déclara Jane en reprenant sa couverture pour elle seule.
-Oh, et comment tu pourrais le savoir ? la taquina William. Tu ne sais même pas voler !
-Vraiment ? s'étrangla Cameron.
Il planta ses yeux verts dans ceux de Jane, visiblement choqué. Il ne se rappelait pas leurs cours de vol de première année, et pas d'elle en tout cas, car ils ne se connaissaient pas très bien. Seulement à la fin de l'année, tout le monde savait plus ou moins se déplacer grâce à un balai, ce n'était pas si compliqué ! Avec ses cheveux rouges et blonds, avec ces mèches caramel aussi sauvages qu'elle, il était le premier à l'imaginer faire des cascades dans tous les sens avec une notion toute relative du danger ! La concernée planta ses yeux noirs dans les siens, mais ils n'exprimaient rien de bon. Melinda eut le bon sens de s'interposer, et tous purent voire, avec satisfaction, que c'était la joueuse aux cheveux bleus qui rattrapa le Vif d'or.
-Helen Parker, tu es sélectionnée en tant qu'attrapeuse, maintenant, passons à la sélection des poursuiveurs.
Cameron, que l'échange avait perturbé, sauta sur son balai pour rejoindre les buts. Il y avait plus de candidats pour ce poste, si bien qu'ils purent tourner à deux équipes sur le stade, presque comme dans un vrai match. La matinée passa à toute vitesse, on ne retenu qu'un seul blessé, ce qui en soit, n'était pas trop mal. Les gradins se vidèrent peu à peu, les élèves se rendaient à la Grande Salle pour le repas du midi, seuls les candidats traînaient un peu plus longuement pour papoter. Jane, qui s'était endormie sur le banc, se réveilla en sursaut quand on lui parla. D'un regard endormi, elle constata, avec déception que les filles étaient parties sans elle. A leur place, il y avait un morceau de parchemin avec inscrit dessus : « Désolée, on avait trop faim et tu ne voulais pas te réveiller ». Cameron, sa tête à dix centimètres de la jeune fille recula d'instinct quand elle se mit à crier de rage.
-Les sales petites… Aaaaargh ! Elles m'ont abandonnée ! éructa la chevelue, franchement énervée.
-Oui euh je sais… balbutia Cameron en tentant de la calmer. Elles m'ont prévenu qu'elles partaient avant la fin des sélections et qu'on devait te surveiller. Du coup je te réveille, pour… Pour aller manger.
Au fur et à mesure qu'il parlait, la jeune femme rougissait davantage. Il ne saurait dire si c'était par gêne ou par colère, mais il préféra s'abstenir de tout commentaire supplémentaire. Après tout, on ne sait jamais ! Aussi, il l'entraîna par le parc dans l'idée de rejoindre le réfectoire. Elle trainait sur ses épaules sa couverture de patchwork qu'elle ne semblait pas vouloir lâcher. Cameron se racla la gorge un instant, plutôt gêné, puis arrêta son amie. S'il ne lui demandait pas maintenant, il n'aurait pas d'autre occasion, pensa-t-il. Valait mieux se faire crier dessus quelques secondes que de ne rien proposer.
-Quoi ?
Pourquoi toujours ce ton si agressif ?
-Dis, tu ne voudrais pas que je t'apprenne à… A voler sur un balai ?
Elle rougit d'autant plus, en levant les yeux au ciel.
-Arrête de te moquer de moi, et allons manger.
Quelques heures plus tard, la salle commune entrait en effervescence. Le midi, William avait collé une affiche sur le panneau d'information : soirée de bienvenue pour les nouvelles recrues de l'équipe ! Il est évident qu'aux vues de leurs caractéristiques, les Poufsouffles sont –de loin-, les meilleurs fêtards de Poudlard ! Je ne parle ici d'énormes partys incontrôlables où l'alcool coule à flot, mais c'était déjà plus animé que les soirées « devinettes » des Serdaigles. Certains dans la pièce s'affairaient à accrocher des banderoles et d'autres parlaient vivement de leurs tenues. On s'inquiétait ci et là d'une apparition impromptue du professeur Chourave, sans y accorder trop de crédits toutefois. Elle était bien au courant de ce qu'il se passait dans le dortoir, mais ne dirait rien tant qu'il n'y aurait pas de dégâts. Un garçon de quatrième année se proposa de jouer de la guitare pour mettre de l'ambiance, il fut aussitôt acclamé par une bande de filles surexcitées. William, qui rajoutait la liste de noms des nouveaux coéquipiers sur le tableau, fut happé dans sa chambre par Cameron, histoire de souffler un coup. Nicholas, lui, était étalé sur son moelleux édredon, il n'avait probablement rien fichu de la journée. Il ne s'était même pas présenté pour regarder les sélections, et personne ne l'avait vu avant quatorze heures. Il devait rôder dans les couloirs à la recherche d'une idée de génie. Le capitaine de Quidditch et préfet, tournait en rond.
-Tu essaies de faire quoi, creuser des sillons ? demanda le paresseux, que le bruit dérangeait.
-Très drôle mon vieux, je me demande juste si avec cette équipe on a VRAIMENT nos chances pour la coupe de
-Moi je propose plutôt qu'on se prépare ! le coupa Cameron avec un sourire enjôleur.
Toujours avec un grand sourire, il sortit de son placard plusieurs tenues qu'il présenta. Que des chemises très élégantes, aux couleurs sobres, puis des jeans décontractés. Après tout, c'était une fête entre collègues, pas un entretien d'embauche ! Et les soirées étaient assez régulières pour que ce ne soit pas l'attraction du siècle. Autrement dit, les filles ne sortaient pas les robes de bal, et les garçons n'avaient pas de costumes dans leurs armoires. William opta pour un pull en cachemire beige, très neutre, ainsi qu'un souple pantalon de lin. Habillé de la sorte, il ressemblait en tout point à son père, ce qui le ravi. Grand, sec et élégant. Puis, le beau blond fit défiler une chemise prune et une autre, bordeaux sous le menton de son coéquipier.
-C'est exactement pareil, grommela Nicholas en se rongeant les ongles.
Il faisait semblant de ne pas stresser, car il détestait tout ce qui semblait superficiel, et surtout, il détestait les interactions sociales avec des gens qu'il ne connaissait pas. En somme, cette perspective de soirée ne l'enjouait pas.
-Ok, je prends la bordeaux, décida Cameron, en lançant l'autre au dernier.
Quand chacun eut prit une douche et se présenta devant ses confrères, c'était une réussite. Excepté pour Nicholas. Tout compte fait, il avait peut-être pris quelques kilos cet été et ne rentrait plus dans les affaires du grand sportif, pourtant bien plus grand que lui. C'est donc avec plaisir qu'il retrouva son habituelle chemise de bûcheron, épaisse et camouflant à souhait. Il rechigna encore quand les autres l'assaillirent avec du parfum et grogna presque quand ils s'approchèrent avec un ciseau de barbier.
-Oooooh vous faites quoi là ?! s'écria-t-il en remontant le plus vite possible contre le dossier de son lit.
Quelques estafilades et coups plus tard, l'aspect négligé de Nicholas s'était amélioré. Sa barbe toujours épaisse était désormais taillée, il sentait bon l'eau de cologne, et portait même une paire de souliers appartenant à son préfet. C'était mieux que ses vieilles chaussures de cuir élimé, avec des trous dans les semelles. Quand il se vit dans le miroir, il ne se reconnut pas.
-Sérieusement ? Je ressemble à un clown.
-Tu es le clown le plus séduisant que je connaisse ! s'exclama Cameron dans un grand rire. Maintenant, passons aux choses sérieuses. Tu as pris l'essentiel ?
-Bien sûr, pour qui me prends-tu ?
Le bûcheron se dirigea vers son coffre personnel et y plongea le bras, pour en ressortir une étrange bouteille au contenu orangé. Les deux garçons applaudirent avec entrain puis s'approchèrent du coffre. Sans aucune surprise ils découvrirent le double-fond personnalisé de leur ami, rempli d'une dizaine de bouteilles similaires. Cet homme était un génie du bricolage, et de la contrebande ! Tout ce qu'il vendait se payait très cher, mais quand il s'agissait d'une fête de son cru, il était capable de se montrer magnanime. Evidemment, il manquait les trois bouteilles bues avec eux le week-end précédent, et il n'avait pas eu le temps de préparer de nouveaux breuvages. Son appareil de distillation tournait à plein régime dans la salle de bains, mais ça ne suffisait pas à sortir de nouvelles mixtures.
-Ca devrait suffire, affirma William d'un œil connaisseur. J'irai coucher les petits quand ce sera l'heure et après, on pourra en profiter.
Bon, tout le monde se doutait que sa sœur s'en chargerait, tandis qu'il profiterait de la fête. Néanmoins, les premières, deuxièmes et troisièmes années seraient enfermés dans leurs chambre à vingt et une heures trente, avec du thé bien chaud et des bonbons par paquets. La seule façon dont le professeur Chourave pouvait apprendre l'origine d'une fête –ce qui n'était aps dérangeant-, et donc, de consommation d'alcool –là c'était une autre histoire-, c'était à cause des plus jeunes, reclus dans leurs chambres. Il fallait développer des trésors d'ingéniosité et de chantage pour s'assurer de leur silence. Evidemment, quelques patacitrouilles n'étaient pas de trop lors de l'échange.
-Alors, continua le préfet, tu comptes faire quelques chose pour Jane ?
-Pardon ?
Cameron se retourna en soulevant un sourcil surpris. Ses joues avaient rosies.
-NE FAIS PAS CAAAAA ! hurla Jane en se jetant au sol, les mains sur la tête.
-Bon sang, c'est une brosse à cheveux, je ne vais pas te la planter dans la gorge ! protesta Eleanor, ennuyée.
Pour l'occasion, la préfète avait sorti un pantalon blanc à taille haute qui la moulait parfaitement, ainsi qu'une paire de bottines marron. Le tout, surplombé d'un débardeur bleu pâle si fin qu'il en était presque transparent. Dans tous les cas, il laissait apercevoir son nombril et se mouvait avec grâce à chacun de ses mouvements. De toute évidence, elle savait se mettre en valeur, même si ses parents auraient désapprouvé cette tenue plutôt… Plutôt découverte. Présentement entrain de tenir une brosse à la main, elle courrait après sa comparse dans toute la chambre.
-Tu ne m'auras pas, démons des enfers !
-Reviens ici ! s'écria Eleanor, qui n'en démordait pas.
La concernée refusa d'obéir et plongea sous son lit pour éviter l'attaque. Il est peut-être important de préciser que cette réaction, bien qu'elle semble puérile, est justifiée. En effet, c'est Eleanor, qui des années plus tôt s'essayant à la mode, avait bousillé les cheveux de Jane avec une surenchère de sorts ratés. Ce qui avait donné cet étrange amas colorés, très long et toujours emmêlés avec des nœuds pas possibles. A l'époque Jane lui en avait beaucoup voulu et avait consulté des spécialistes moldus et sorciers, sans grand succès. Et puis, c'était toujours la même scène. La préfète qui courait après la petite rebelle pour la rendre présentable. Melinda soupira dans son coin en observant la scène d'un œil blasé. Pour elle, l'affaire était réglée depuis un moment. Elle avait enfilée une robe légère d'un vert profond ainsi qu'une paire de sandales. Ses dreadlocks formaient son habituel chignon fou et elle n'en changerait pas, malgré les incitations de la styliste du groupe. Elle caressait le chat du groupe avec application, il n'était pas rassuré de tout ce boucan.
-Ecoute, si tu ne me laisses pas faire je te suspends au plafond.
Eleanor était alors à quatre pattes devant le lit, tirant son amie par la cheville pour l'en faire sortir, entrain de décoiffer ses boucles blondes. La métisse, rit un sacré moment avant d'intervenir. Debout, les mains sur les hanches, elle prit le ton le plus conciliant qu'elle se connaissait.
-Jane, soyons diplomates d'accord ? Si tu acceptes de te faire coiffer, tu pourras profiter autant que tu veux de la soirée. On ne t'obligera pas à te coucher, et tu n'auras pas à t'occuper des plus petits avec nous, t'es partante ?
-Vous m'arnaquerez pas comme d'habitude, hein ? fit une petite voix sous le lit.
-Non, promis. C'est la première soirée de l'année et on tient à ce que tu sois belle, alors on fera tout pour, d'accord ? Allez, sort maintenant.
La concernée rampa et sortit son museau de l'ombre, observant ses amies avec suspicion. Ce n'était pas la première fois qu'elle se faisait avoir de la sorte ! Melinda sous ses airs d'élève douce et diplomate, pouvait se révéler le diable en personne! Enfin, elle n'était jamais violente ou que sais-je, seulement un peu calculatrice sur les bords quand ça concerne ses intérêts. Tandis que la douce et timide Eleanor, toujours présentable, cachait un être féroce quand il s'agissait d'apparence physique. Cependant, Jane devait admettre qu'elle aimerait se sentir jolie, pour une fois. Aussi, elle sortit de sous le lit et se laissa faire. On la parfuma de fleur d'oranger, son parfum préféré. Comme elle était toute petite et toute maigre, aucune des filles ne pouvait lui prêter de vêtements, ce qui se retrouva fâcheux, car elle n'avait rien de potable dans son coffre.
-Qu'est-ce qu'il faut pas faire pour toi ! s'exclama Eleanor.
Néanmoins aux anges, elle sortit de son propre dressing une robe marron. Le fil et les aiguilles bougeaient dans tous les sens, parsemés de coups de ciseaux. Pas étonnant que Madame Guipure voulut l'engager ! En deux temps, trois mouvements, elle avait confectionné une toute nouvelle robe pour son amie. Très sobre, simplement marquée à la taille, elle faisait disparaître ses jambes trop maigres et mettait un peu de volume au niveau de la poitrine. Quand Jane l'enfila, elle se sentit aussitôt mal à l'aise. Elle avait plutôt l'habitude de ses vieux jeans troués et de ses t-shirts trop grands. De toute façon, elle n'avait qu'une paire de chaussures qui pouvait aller avec cette robe… Des bottines à lacets, pas très féminines et plutôt usées.
-Mmmmh, réfléchit la styliste d'un air sceptique. Ca passera peut-être si tu mets un collant.
La jeune fille s'exécuta et la styliste applaudit de toutes ses forces.
-Et maintenant, reprit Melinda d'un ton doux, c'est l'heure de te coiffer. N'oublie pas ce qu'on t'a promis.
Quand vingt-et-une heures sonnèrent, Eleanor et Melinda ramenèrent les plus jeunes élèves à leurs chambres, qu'elles fermèrent à laide de leurs baguettes. Encore une fois, il avait fallut promettre monts et merveilles pour s'assurer de leur silence, et la métisse avait distribué des pots de limonade à chaque groupe. Condition sinéquanone, encore une fois, pour que tout le monde se taise. La préfète avait mit le holà quand les petits exigèrent un set de cartes. Il n'y aurait pas assez pour la soirée si elle leur en donnait. Après maintes plaintes, ils finirent par accepter leur sort et par s'enfermer dans leurs dortoirs. Tandis que les deux amies rejoignaient la salle commune, il y avait d'ors et déjà un agréable air de guitare, et quelques personnes qui dansaient. Ils étaient à peu près une cinquantaine à pouvoir participer à la fête, alors on avait ouvert les fenêtres en grand et baissé les lumières, pour garder un peu de fraîcheur. La tenue d'Eleanor fit sensation et elle passa les dix premières minutes à rougir dès qu'un garçon la regardait.
-Alors, on a chaud ? se moqua gentiment Melinda.
La métisse l'entraina dans un coin un peu plus vide, le temps que la soirée débute pour de vrai. Elle, n'avait pas ce genre de problème. Non pas qu'elle soit laide, au contraire, elle avait un physique plutôt engageant avec son large sourire et sa tenue soignée. Or, les innombrables bracelets qui clinquaient le long de ses poignets lui rappelaient une chose : les garçons ne l'intéressaient pas, et l'amour de façon générale, l'ennuyait. La seule chose qui vaille sa passion, c'était ses plantes. Les dernières cicatrices sur ses poignets se refermaient tout doucement, vestiges de quelques expériences ratées cet été, mais au moins CA, ça la faisait avancer dans la vie. On ne peut pas non plus dire qu'elle ait connu des chagrins d'amour, car elle n'avait connu personne. Ce qui l'arrangeait tout compte fait. On ne pouvait pas en dire autant de son amie, qui tentait tant bien que mal de se recroqueviller pour échapper aux regards.
-Allez, détends-toi un peu, lui chuchota la métisse. Tu t'en fiches qu'ils te regardent non ? Ce n'est pas comme si tu avais quelque chose à leur prouver !
-Mais c'est gênant !
-On va boire un coup, ça va te détendre tu verras !
Melinda l'entraîna jusqu'au tableau des informations. La planche de liège était recouverte de banderoles aux couleurs de Poufsouffle, et devant, trônaient leurs comparses masculins avec des sourires fiérots peints sur le visage. Sauf peut-être Nicholas, qui semblait très mal à l'aise au milieu de toute cette agitation. Ils tenaient le « bar » avec efficacité, se servant tout autant qu'ils servaient les autres élèves. Et quel nom pour un bar ! C'était une planche ajustée sur des tréteaux, avec quelques bouteilles et des montagnes de gobelets dessus.
-Deux verres s'il vous plait ! balança Melinda d'un ton enjoué.
-A vos ordres, grommela Nicholas en servant la commande.
Alors que chacun avalait goulûment une gorgée, Eleanor goûta la mixture du bout des lèvres. C'était, de loin, celle qui avait le moins l'habitude de boire de l'alcool, et en général, deux verres suffisaient à lui faire tourner la tête. Aussi, elle fut bien surprise de ne pas sentir le goût piquant de l'alcool, mais plutôt la douceur de la pêche, avec peut-être une pointe de cannelle…
-Ouhaouh ! J'adore, s'exclama-t-elle, revigorée.
Son frère pouffa de la voir si enthousiaste pour quelque chose de formellement interdit. Néanmoins il lui bloqua le poignet quand elle tenta de vider son verre d'un trait.
-Ola, doucement ! Il y a de l'alcool là-dedans, même si on ne le sent pas !
-Mais c'est trop bon ! répliqua la préfète en tentant une nouvelle gorgée.
-Oui oui, mais arrête de tout siffler sinon tu vas être bourrée !
-Ah bon ?
Son innocence déclencha une crise de rire parmi le petit groupe. Melinda la prit par les épaules en riant à cœur joie, c'était si bon de la voir se lâcher !
-Et toi, tu n'as pas préparé tes tisanes ? demanda Nicholas.
La métisse secoua la tête négativement. Une déception commune s'afficha sur les visages des garçons. Au cours de la cinquième année, elle avait découvert une espèce de plante particulièrement sympathique dont elle avait fabriqué des tisanes. Cela avait un goût plutôt amer, qu'on devait cacher par une quantité importante de sucre, mais la boisson donnait l'impression de flotter et poussait à danser toute la nuit ! Une véritable découverte qu'elle ne partageait qu'avec ses amis ! Evidemment Nicholas et Jane, pour leur petite contrebande personnelle avaient essayé de lui dérober la recette, mais ça n'avait pas fonctionné. Ils avaient passés deux jours à l'infirmerie, couvert de cloques et de brûlures.
-Parce que tu sais si je te donne une de mes bouteilles, juste pour toi, tu pourrais…
-N'essaie pas de négocier avec moi Montgomery !
-Tiens, où est l'affreuse petite mégère de Jane ? demanda William tout à coup.
Ca devait faire une demi-heure que la fête avait commencée et elle n'était toujours pas arrivée. Pourtant, c'était une de ses fêtardes préférées, et en plus, sous l'emprise de l'alcool, elle devenait tellement drôle ! Le préfet avait beau la taquiner toute la journée, il adorait cette petite peste qui le lui rendait bien, et s'étonnait de son absence. Et puis à ses côtés, l'humeur de son meilleur ami baissait peu à peu. Cameron scrutait la salle des yeux à chaque instant –sans s'en rendre compte, évidemment.
-Oh t'inquiète ! répondit Melinda. Elle a un peu honte de sortir parce qu'on l'a obligée à mettre une robe, mais l'appel de l'alcool va la motiver. Quelqu'un veut faire une partie de cartes ?
Nicholas se proposa volontiers pour échapper au commerce de boissons. Il préférait en tirer les gallions sans avoir à parler à toutes ces personnes qu'il ne « connaissait pas ». Evidemment, au bout de sept ans à Poudlard, on a déjà vu toutes les têtes, même les nouvelles, et on connait le nom de presque toutes. C'était juste une façon pour lui et ses nombreuses psychoses inexpliquées de se retrancher de toute vie sociale. Assis en cercle devant la cheminée, ils se lancèrent alors dans une bataille de cartes plus explosives que jamais ! La préfète se détendait un peu grâce à l'alcool et à l'humour gras de Nicholas, tandis que Melinda se concentrait sur son jeu, pour ne pas perdre.
-Au fait, commença le contrebandier, c'est vous cette histoire de Peeves, n'est-ce pas ?
Les jeunes femmes se regardèrent dans le blanc des yeux, un peu surprise, avant d'exploser de rire. Il n'y avait plus aucun remords désormais, c'était un plaisir de voir le si confiant William Gallagher guetter chaque coin de couloir pour éviter une attaque intempestive. Nicholas, lui, haussa les épaules avec un sourire maussade. Non pas qu'il fut incapable de sourire, mais à vrai dire, son co-chambreur n'arrêtait pas de parler de Peeves. Tout le temps, le jour, la nuit, c'était devenu une véritable psychose.
-Il sort même avec un miroir de poche pour regarder dans son dos ! confia-t-il, excédé.
Ce qui les fit redoubler d'hilarité. Melinda abattit une carte gagnante, le plateau de jeu partit en fumée dans de joyeux crépitements. Elle cria de joie, son poing victorieux levé en l'air.
-T'en fais pas un peu trop, pour un jeu de cartes ?
-Mon cher, tu sauras que chaque victoire est bonne à prendre !
Il rit de son habituel rire gras, avant d'enchaîner d'un ton tout à fait sérieux, qu'il fallait parler de choses « importantes ».
-On fait comment pour Jane et Cameron ? Parce qu'elle devient insupportable !
Bim, les pieds dans le plat ! Les deux filles soupirèrent de concert. Nicholas n'était pas du genre à se mêler des affaires des autres, du moins, des affaires amoureuses, alors si c'était le cas, c'est que ça devenait grave. Cette histoire durait depuis deux ans, et le fait qu'ils soient en dernière année rendait les choses plus difficiles encore –sans parler des temps sombres qui approchaient. A la fin de leurs études, ils ne vivraient plus ensemble, ne passeraient plus tous leurs temps ensemble et ne surmonteraient plus les épreuves ensemble. Peut-être même qu'avec la force du temps et de la vie, ils ne se verraient plus. Melinda en était consciente et, dans un coin de son esprit, cela la rendait triste aussi. Mais ainsi va la vie, et elle s'était habituée à l'idée. Pas Jane, qui devenait plus lunatique que jamais. Depuis deux ans, tout le monde était au courant de leurs sentiments, exceptés les concernés. Elle, se refusait toute considération, toute relation sérieuse. Sans courir chaque garçon qui passe, elle rembarrait Cameron avec une froideur nouvelle. Elle ne riait plus à ses blagues comme avant, ne passait plus de temps avec… Et pour cause, il était devenu si séduisant que toutes les filles lui couraient après. C'était une situation à rendre fou n'importe qui.
-Je pense qu'ils devraient se débrouiller tous seuls, intervint Eleanor d'une voix timide. S'ils… S'ils s'aiment vraiment, alors l'amour fera son chemin.
Ses amis la regardèrent d'un air circonspect, ils ne la connaissaient pas si romantique, elle qui refusait chaque prétendant !
Jane tira une dernière fois sur sa robe, dans l'espoir de la rallonger de quelques centimètres. Elle avait entamé une de ses bouteilles personnelles, seule dans la chambre –pour se donner un peu de courage. Au final, elle était encore plus en retard que prévu. L'alcool lui réchauffait les sens et elle se sentait légère pour la première fois depuis longtemps. Etonnée que les filles ne soient pas venues la chercher, elle se décida, quand même, à sortir. Il était presque vingt-trois heures et la fête battait son plein dans la salle commune. C'est sans réfléchir qu'elle se dirigea vers le bar et commanda un verre à William, qui la regardait avec des yeux éberlués. Elle lança son habituel « QUOI » agressif, qui le fit rire à plein poumons. A ses côtés, Cameron scrutait le sol, en servant la boisson un peu au hasard.
-Eh, tu vas en mettre partout ! le morigéna-t-elle en lui prenant la bouteille des mains. Fais un peu attention, tu sais le temps qu'on y passe avec Nick pour faire ça ?
-Calme ma vieille, intervint William. Les filles t'ont transformée ce soir on dirait !
Il lui jeta un clin d'œil faussement enjôleur auquel elle répondit par un coup de poing sur l'épaule, avant d'avaler un verre cul-sec.
-Et toi mon cher, tu serais presque beau, si je ne m'abuse. Peut-être même que tu pourrais m'inviter à danser ce soir !
Ni une ni deux, William sauta sur la piste de danse, une Jane déchainée dans ses bras. Ils gesticulaient des mouvements désordonnés sur une musique endiablée. La guitare avait pris un air méditerranéen plus qu'entraînant, foule d'élèves se lancèrent dans des chorégraphies loufoques. Cameron, lui, resta à sa place derrière le bar, déçu. Il la faisait voler dans tous les sens, légère comme une plume, les joues rosies par la boisson. Quand elle renversa son verre quelques minutes plus tard, c'est à lui qu'elle vint en redemander un autre, tandis que le préfet dansait avec une nouvelle recrue. Le charmant garçon le lui servit sans un mot, les yeux baissés vers la table.
-Eh bien, pourquoi tu tires la gueule ? lui demanda-t-elle, sans se départir de son ton acide.
-Heeeeeeey salut les gaaaaaaars !
Eleanor arriva accompagné de ses comparses, et d'une voix plus aigüe qu'à l'accoutumée.
-Oh, non, tu l'as servi ? s'étrangla Jane. Tu l'as servie alors que tu SAIS ce qu'elle fait quand elle boit ?
-Calme toi, fit Melinda d'un ton posé. C'est elle qui l'a forcée. Et je crois qu'elle a très envie de danser, en fait, je crois que TOUT LE MONDE ici, a besoin de danser.
La concernée haussa les épaules maussade, mais se fit tout de même entraîner sur la piste de danse, avec tout le groupe. Eleanor agitait ses bras dans tous les sens, sous les rires de ses amis. Elle perdait ENFIN de sa grâce aristocratique, et devenait une jeune femme comme les autres. Nicholas, plus mal à l'aise que jamais, se trémoussait de façon maladroite, si bien que la métisse le prit par les épaules, et le força à recopier ses mouvements. Pour le bien visuel et mental de la salle commune, il finit par ressembler à quelque chose. De son côté, Jane cherchait William du regard. Il n'y avait qu'avec cette énergumène qu'elle adorait danser, il y avait une telle énergie en lui ! Il pétait littéralement le feu, et endiablait la piste à lui tout seul. Ce fut un peu déçue qu'elle le vit embrasser goulûment une cinquième année dans un coin. Evidemment… songea-t-elle amusée, elle ne pourrait pas le changer. L'alcool lui chauffait doucement les tempes et elle se laissa aller, seule dans son coin. Sa tête tournait un peu, mais la musique était si folle ! Elle passa d'un slow avec Eleanor à un cercle étrange avec Nicholas, Melinda et Cameron. (c'est quand tout le monde se tient par les épaules et danse en cercle, qu'on se rend compte que l'alcool fait des dégâts…)
-Danse avec lui ! lui chuchota Melinda.
Jane considéra Nicholas d'un œil dégoûté. C'était son meilleur ami, mais franchement… Elle n'était pas prête à ça.
-Mais non, espèce d'idiote. Oh et puis zut !
Sur ces paroles, Melinda se lança avec Nicholas, qui grimaçait-encore. Jane, elle, se retrouva projetée face à Cameron, une situation qu'elle savait parfaitement calculée de la part de ses amies. Lui non plus n'en menait pas large et lui tendit une main maladroite, qu'elle accepta à contrecœur. Se rapprochant elle lui murmura alors à l'oreille quelque chose qui ressemblait à ceci :
-Ne le prends pas personnellement, ils l'ont fait exprès.
-Je sais, répondit-il… Et j'ai l'impression que toi, tu m'as évité toute la soirée.
Jane renifla de mépris et le toisa de toute sa petite taille. Il n'avait même pas besoin d'artifices pour être mis en valeur, lui ! Une simple chemise, un jean, et l'affaire était réglée ! Elle refusait de se laisser avoir.
-Fais pas cette tête, va ! s'esclaffa-t-il. Si tu crois que je me suis moqué de toi parce que tu ne sais pas voler, tu te trompes.
Elle leva un sourcil inquisiteur. Oui, il s'était moqué d'elle ce matin, mais elle n'avait pas relevé, elle n'était pas à ça près de toute façon. Alors, il lui effleura le bras d'un geste doux. Cameron savait qu'il n'était pas dans une situation confortable, mais ce geste le réconforta. Il en avait envie, c'est tout. Et elle ne lui retournait pas une claque dans la figure, pas devant tout le monde. Sous ses yeux, elle prit un ton écarlate, mais ne semblait pas rire pour le moins du monde. Elle qui pourtant se fichait de tout et riait de tout ! Il sentit son cœur battre un peu plus vite.
-Je suis désolé, je voulais juste savoir si… En fait, j'aimerais t'apprendre à voler sur un balai.
