Chapitre n°26 : La torture de servir un tel maître.
D'un pas rapide, Vador pénétra dans le palais d'Impérial City, en direction de la salle du trône. Sur son passage, de nombreux gardes s'inclinaient ou le saluaient, mais il n'y prêtait pas attention, trop concentré qu'il était sur sa future entrevu avec son maître. La haine bouillait dans ses veines, à la simple pensée de cet homme qui lui avait tout pris et qui lui avait tant menti. Il semble que dans votre colère, vous l'ayez tué... Les paroles, les mensonges de Palpatine résonnaient en écho dans son esprit, renforçant plus que jamais sa détermination à l'anéantir. Mais pour l'heure, seul, il en était incapable, il devait d'abord retrouver Luke et Leïa. C'était uniquement avec leur aide qu'il serait en mesure de détruire l'Empereur et de prendre sa place... Prendre sa place... En as-tu vraiment envie ? lui murmura alors une petite voix dans sa tête. Vador fronça les sourcils et secoua la tête... Évidemment qu'il voulait prendre la place de Palpatine et régner sur la Galaxie avec sa famille. Ce rêve avait été le sien 20 ans plus tôt et il l'était encore aujourd'hui. Padmé ne te suivra pas sur cette voie, vint alors lui rappeler la voix. Souvient toi, sur Mustafar elle a dit que tu prenais un chemin qu'elle ne voulais pas suivre...
Padmé... Vador leva un instant la tête, comme pour regarder à travers les murs, en direction de l'espace où se trouvait l'Executor, avec sa femme à son bord. Il détestait l'idée de l'avoir amené si près d'Impérial City, mais il n'avait pas eu le choix et il était hors de question que Palpatine découvre la vérité à son sujet. Serrant les poings, Vador écarta à regret toutes ses pensées concernant Padmé, puis il mit en place des barrières mentales dans son esprit, afin d'empêcher l'Empereur d'y avoir accès. Il arriva finalement devant la salle du trône. Les deux gardes postés à l'entrée le saluèrent avant d'ouvrir la porte. Vador inspira profondément... Il était prêt à affronter son Maître. Il pénétra dans la pièce et s'approcha de l'Empereur, dont le trône était tourné vers la fenêtre, lui offrant une vue imprenable sur la ville.
Vador s'inclina aussitôt. « Maître », s'annonça t-il.
Palpatine fit pivoter son siège pour lui faire face. « Relevez vous Seigneur Vador », l'accueillit-il.
Vador se releva. « Vous vouliez me voir, Maître... », commença t-il.
« Vous me décevez mon ami... », le coupa alors Palpatine. « J'ai eu vent que vos recherches des Rebelles n'avançaient guère et je doute que passer vos nerfs sur vos officiers serve notre cause... ».
Vador compris aussitôt qu'il faisait référence à l'officier Ardax, mais il ne laissa rien paraître, ne voulant absolument pas prendre le risque de compromettre Padmé. « L'officier Ardax a désobéit à mes ordres, c'est pourquoi... », se justifia Vador.
Mais il ne termina pas sa phrase car il fut soudain frappé par une violente décharge électrique qui l'atteint en pleine poitrine. Le choc fut tel qu'il posa un genou à terre, tandis qu'il serrait les dents, tant la douleur était insupportable. Levant la tête, il vit Palpatine se lever et s'avancer lentement vers lui. Les mains ridées de l'Empereur étaient tendues dans sa direction et elles crachaient des éclairs de Force de façon ininterrompue.
« J'en ai assez de vos excuses Seigneur Vador », lui dit Palpatine, se délectant de la souffrance de son apprenti. Vador lui avait mentit et il était temps qu'il en paye le prix. « Je ne veux pas de paroles, je veux des résultats ».
Impuissant, Vador subissait les assauts de son Maître. La douleur était telle, qu'il avait l'impression d'être revenu sur Mustafar, où les flammes infernales avaient dévoré son corps. Ce n'était pourtant pas la première fois que Palpatine lui infligeait pareille punition, mais c'était la première fois qu'il l'a ressentait avec une telle intensité. Il avait l'impression d'être plus faible, qu'une partie de son lien avec le Côté Obscur – dans lequel il se plongeait d'habitude pour faire face à la douleur – avait été rompue, et il ne comprenait pas pourquoi. Puis, au bout d'un temps qui lui paru durer une éternité, la douleur s'arrêta finalement, laissant Vador suffoquant. Le Sith essaya de reprendre son souffle, mais il n'y parvint pas, l'air peinant à entrer dans ses poumons artificiels et sa respiration étant étrangement sifflante. En proie à la panique, il réalisa que son système respiratoire avait été endommagé. Palpatine perçu sa détresse et un sourire cruel se dessina sur son visage. C'était le moment de profiter de la situation.
« Je vous sens préoccupé mon ami », poursuivit-il, tournant autour de Vador, tel un prédateur autour de sa proie. « Y aurait-il quelque chose que vous me cachez et qui vous détournerez de votre mission ? », demanda t-il, se moquant des efforts de Vador pour garder son esprit fermé et protéger son insignifiante femme.
Vador secoua la tête et il dû faire des efforts surhumains pour ne pas laisser transparaître la moindre trace d'inquiétude. « Il … Il n'y a rien... Je... Je ne... Vous... Décevrez... Plus... Mon... Maître... Je... Vous... Le... Promets », répondit-il péniblement, espérant de tout son cœur que cette réponse suffise.
« Je vous crois », répondit alors Palpatine, trop heureux de lui donner un faux sentiment de sécurité. « Et j'espère vivement que vous tiendrez la promesse que vous venez de me faire, mon ami... Dans votre interêt... », ajouta-t-il en se penchant vers lui. Il se détourna ensuite de son apprenti et retourna prendre sa place dans son trône. « Vous allez retourner sur l'Executor Seigneur Vador, et vous y resterez jusqu'à ce que vous receviez mes ordres. Est-ce clair ? ».
Vador se remit difficilement sur ces pieds et hocha la tête. « C'est... Très... Clair... Mon... Maître... ».
Palpatine fit signe à deux des gardes qui se tenaient dans la pièce d'approcher. « Escortez le au centre médical », leur ordonna t-il. « Je veux que ça soit réparé ».
Les deux gardes hochèrent la tête et ils vinrent se placer de part et d'autre de Vador, avant de l'accompagner à l'extérieur de la pièce. Satisfait de ce qui venait de se passer, Palpatine regarda les portes se refermaient derrière son apprenti. Tu ne pers rien pour attendre, mon très cher Vador, pensa t-il un sourire sur les lèvres, je n'en ai pas encore fini avec toi. Il avait un plan tout prêt pour les Rebelles, ainsi que pour la famille Skywalker, et ce n'était plus qu'une question de temps avant qu'il ne le mette enfin en œuvre.
Allongée sur son lit, les yeux rivées sur le plafond, Padmé laissait ses pensées aller et venir comme bon leur semblaient dans son esprit. Durant sa solitude, elle avait eu tout le loisir de repenser à sa situation avec Vador, ainsi qu'à tous les stades émotionnels par lesquels elle était passée durant la journée... L'espoir, le bien-être, l'inquiétude devant la blessure de Vador, puis la déception... Avec le recul, elle réalisait qu'elle ne pouvait pas s'attendre à ce que les choses changent du jour au lendemain. Une part d'Anakin avait bel et bien ressurgit au cœur de Vador, elle en était certaine, mais elle allait devoir être patiente quant à son allégeance au Côté Obscur. Il avait vécu dans le mensonge et la haine pendant 20 ans et, durant cette période, il s'était si profondément enfoncé dans les ténèbres qu'elle ne pouvait espérer de lui qu'il en revienne facilement. Elle avait donc accepté ce fait et avait réaffirmé sa détermination à ramener son mari, peu importe le temps que cela prendrait.
En soupirant, l'ancienne Sénatrice tourna sa tête vers les hublots, par lesquels elle pouvait apercevoir une partie de la planète Coruscant... Non, pas Coruscant, Impérial City, se corrigea-t-elle mentalement. Elle se redressa dans le lit et se leva, venant se placer devant l'un des hublots. Padmé ignorait depuis combien de temps Vador était parti pour rencontrer l'Empereur, mais le temps commençait à lui paraître bien trop long et, dans le même temps, son inquiétude grandissait. Et si Palpatine avait décidé de l'envoyer loin, en mission, sans qu'il ne puisse venir la prévenir ? Ou pire, et si Palpatine avait finit par découvrir la vérité la concernant ? Frissonnant, Padmé chassa ses pensées de son esprit. Elle s'apprêtait à retourner sur le lit, quand elle aperçu la navette de Vador apparaître à l'horizon et revenir en direction de l'Executor. Un soupir de soulagement s'échappa de ses lèvres, tandis qu'elle sentait l'étau que son inquiétude avait formé autour de son cœur se déserrer.
Elle suivit la navette des yeux, jusqu'à ce que celle-ci se pose sur l'Executor. Elle retourna ensuite s'asseoir sur le lit, attendant que Vador soit disponible pour venir la voir. Padmé se doutait en effet que, suite à son entrevue avec l'Empereur, il aurait des ordres à donner à ses hommes. Elle attendit donc, réfléchissant à ce qu'elle pourrait lui dire, et déterminée à ne pas aborder le sujet de son Maître afin de ne pas se lancer sur un terrain glissant. De nombreuses minutes s'écoulèrent, voire même des heures, avant qu'elle n'entende enfin du bruit dans la pièce voisine. Puis, comme elle s'y attendait, de petits coups furent frappés à la porte de sa chambre, avant que celle-ci ne s'ouvre, dévoilant la silhouette de Vador. Mais à l'instant où elle le vit, Padmé sentit que quelque chose n'allait pas. Il s'appuyait contre l'encadrement de la porte, comme pour s'aider à rester debout, et à travers leur lien, elle sentait qu'il était troublé.
« Que s'est-il passé ? », lui demanda t-elle en se levant.
Vador se redressa et s'avança lentement vers elle, s'efforçant de ne rien laisser paraître de son état de faiblesse. Son système respiratoire avait beau avoir été réparé, son corps gardait encore les séquelles des assauts de Palpatine.
« Rien, ça va », répondit-il. « Je vais bien ». Il ne voulait pas l'inquiéter.
Padmé secoua la tête et combla les quelques mètres qui les séparaient « Je ne te crois pas », lui dit-elle en prenant ses mains gantées dans les siennes. « Anakin, j'ai toujours su quand quelque chose n'allait pas. S'il te plaît, dit moi ce qu'il y a. Ne te ferme pas à moi ». Ne fais pas la même erreur qu'il y a vingt ans...
Vador baissa les yeux sur leurs mains liées, troublé par le geste de la jeune femme à son égard, puis il reporta son attention sur elle. L'inquiétude était clairement lisible sur son visage. Une image d'eux deux, dans une situation similaire, vingt ans plus tôt, lui vint soudain à l'esprit. A cette époque, il ne s'était totalement ouvert à Padmé et s'il l'avait fait, les choses auraient peut-être été différentes aujourd'hui. Soupirant, il mena doucement la jeune femme jusqu'au lit où il l'invita à s'asseoir, avant de prendre place à ses côtés.
« L'Empereur s'est révélé plutôt mécontent », avoua t-il finalement, le regard fixé sur le sol devant lui.
Padmé fronça les sourcils, tandis qu'un frisson parcourait son corps. « Qu'est-ce qu'il t'a fait ? », demanda t-elle, peu sûre de vouloir entendre la réponse.
Vador releva la tête vers elle. Il ne pouvait plus faire marche arrière désormais, il devait lui dire la vérité... « Il m'a torturé », répondit-il. « Ce n'est pas la première fois qu'il me punit... J'imagine qu'il avait besoin de se défouler... ».
Une colère indescriptible s'empara soudain de Padmé, tandis qu'elle secouait la tête avec véhémence. « Mais comment peut-on être aussi cruel ? », demanda t-elle, plus pour elle-même que pour Vador. Elle releva ensuite la tête vers lui, le regard embué de larmes. « Comment peux-tu accepter d'endurer ça ? Comment as-tu pu le laisser t'infliger cela durant toutes ces années ? ».
Vador essaya délicatement l'une de ses larmes. Il savait qu'il s'était trompé, qu'il avait fait une terrible erreur en suivant Palpatine, et les paroles de Padmé ne faisaient que le lui rappeler une fois de plus. « Durant toutes ces années, je n'avais aucune raison de vivre », lui expliqua t-il. « Je n'avais plus rien, donc j'ai accepté ma condition, je me suis plié sans discuter à tous les ordres de Palpatine, j'ai supporté tous ces accès de colère, mais... ». Il marqua une pause dans son geste et prit doucement la main de Padmé dans la sienne, avant de plonger son regard dans le sien. « Tout va changer, je te le promets. Les jours de mon maître sont comptés... Il va payer pour ses mensonges et pour tout ce qu'il a fait ! ».
Padmé hocha la tête pour seule réponse, espérant de tout son cœur que Vador disait vrai et que bientôt tout serait différent. Lentement, elle vint poser sa tête contre son armure et ferma les yeux. Des années en arrière, ils étaient une Sénatrice et un Jedi, deux personnages importants, dans la lumière, mais aujourd'hui ils étaient tel deux êtres brisés... Une prisonnière et un esclave. Oh Anakin, comment avons-nous pu en arriver là ?
Dans le hangar de la Base Rebelle, Han travaillait avec archarmement sur le Faucon Millénium en compagnie de Chewbacca. Il était bien décidé à ne pas revivre toutes les péripéties qu'ils avaient affronté en quittant Hoth, à cause de l'état de ce vaisseau. Alors qu'il inspectait les canons, du coin de l'œil, il aperçu Luke qui traversait le hangar. Han interrompit aussitôt ce qu'il était en train de faire, avant de se tourner vers le Wookie qui travaillait un peu plus loin. Il était hors de question qu'il laisse passer sa chance de discuter enfin avec le jeune Jedi.
« Chewie ! », cria t-il. « J'ai quelque chose à faire, je reviens ».
Chewbacca lui répondit par un long grognement désapprobateur, et de sa main velue qui tenait toujours ses outils, il lui désigna le Faucon Millénium dans son ensemble.
« Je sais qu'on a du travail », répondit Han. « Je n'en ai que pour quelques minutes ».
Chewbacca capitula, lui faisant signe d'y aller, tandis qu'il se remettait au travail. Han jeta un dernier regard dans sa direction, avant de descendre rapidement de son vaisseau et de se lancer à la poursuite de son ami.
« Luke ! », appela t-il. Il vit Luke marquer un léger temps d'arrêt, preuve qu'il l'avait bien entendu, mais reprendre ensuite sa route. « Luke ! », répéta Han exaspéré en accélérant le pas. « Je sais très bien que tu m'as entendu, alors ne m'oblige pas à le répéter ».
Luke s'arrêta finalement. Il savait qu'il était inutile de fuir, il ne pourrait pas éviter Han éternellement, et il se tourna lentement vers lui. « Tu as discuté avec Leïa... », lâcha t-il sans préambule.
Han arriva enfin à sa hauteur. « Oui », répondit-il en hochant la tête.
Luke baissa la tête, honteusement. « Je suis tellement désolé pour ce que j'ai fais, Han », s'excusa t-il, prenant bien soin de ne pas croiser le regard de son ami. Il avait blessé Leïa, Han devait être terriblement en colère...
Han sentit le malaise de Luke et il lui posa une main sur son épaule. « Luke... Leïa ne t'en veut pas, et moi non plus », lui dit-il. « J'imagine ce par quoi tu dois passer en ce moment et je sais que ce n'est pas facile, mais je ne te demanderai qu'une seule chose ». Han posa sa deuxième main sur l'autre épaule de Luke, et le tourna vers lui, le forçant à le regarder dans les yeux. « Ne nous mets pas à l'écart ou en tout cas, ne repousse pas Leïa. Elle veut t'aider, elle veut être là pour toi et ça la tue de voir que tu ne te confies pas à elle... Elle est terriblement inquiète tu sais... ».
Luke hocha la tête. « Je le sais, je le sens », confirma t-il. « C'est juste que... J'ai l'impression de décevoir tout le monde ces derniers temps. J'ai peur de l'opinion de Leïa à mon sujet... ».
Han soupira, ne sachant pas vraiment comment s'y prendre avec son ami. Il n'avait jamais été très doué pour ce qui était de réconforter les gens, son truc à lui s'était plutôt d'ajouter une touche de légèreté, peu importe quelle était la situation. Cherchant quoi dire, il tourna la tête dans plusieurs directions, lorsque quelque chose – ou plutôt quelqu'un – derrière Luke attira son attention.
« Je pense que c'est l'occasion ou jamais de savoir », dit Han en faisant signe à son ami de se retourner.
Luke s'exécuta et il vit alors Leïa qui s'avançait vers eux, avec hésitation. Le jeune homme sentit aussitôt les battements de son cœur s'accélérer, ainsi que sa gorge se serrer, tandis que des images de ce qui s'était passé la veille avec sa sœur lui revenait en mémoire. Il se détourna bien vite de sa sœur. Après ce qu'il lui avait fait, il avait bien du mal à la regarder en face. Mais Han avait raison, il devait arrêter de la repousser.
« Je vais vous laisser », ajouta Han, alors que Leïa arrivait presque à leur hauteur.
L'ancien contrebandier vint à la rencontre de la jeune fille et, lui prenant doucement la main, il lui murmura des paroles de réconfort et d'encouragement à l'oreille. Il lui déposa ensuite un baiser sur la joue, avant de la laisser avec son frère et de rejoindre Chewbacca. Leïa le regarda partir, reconnaissante envers lui d'avoir parler avec Luke, puis elle combla les quelques mètres qui la séparaient encore de son frère et vint se placer devant lui. Le jeune homme avait la tête baissée et elle attendit encore quelques secondes avant qu'il ne se décide enfin à lever enfin son regard vers elle. Ses yeux se portèrent aussitôt sur la joue de la jeune fille qui, malgré l'application de bacta, portait encore une petite marque rosée.
« Est-ce que ça va ? », lui demanda t-il en levant timidement sa main et en venant effleurer la joue de sa sœur, là où il l'avait touché de son sabre laser.
Leïa hocha la tête. « Ne t'en fais pas pour ça, ce n'est rien », le rassura t-elle. Elle n'avait pas envie de parler de sa blessure, elle avait bien d'autres choses en tête. « Luke... Qu'est-ce qui t'arrive ? Que s'est-il passé pendant que tu étais sur Dagobah ? », lui demanda t-elle, tout en cherchant à accrocher enfin son regard.
Luke soupira, son regard toujours fixé sur le sol, tandis qu'il sentait clairement celui de Leïa braqué sur lui. Le moment était enfin arrivé, il ne pouvait plus faire marche arrière. « J'ai échoué, Leïa », lui répondit-il simplement.
Leïa fronça les sourcils. « Échoué ? », répéta t-elle. « Comment ça tu as échoué ? ».
Luke regarda autour de lui et, apercevant des caisses posées à côté d'eux, il alla s'y asseoir. Il prit une profonde inspiration et releva la tête vers Leïa. « Je n'ai pas réussi à passer mon test sur Dagobah », avoua t-il finalement.
Leïa hocha lentement la tête, comprenant ce que les paroles de Luke voulaient dire. S'il n'avait pas passer son test, il n'avait donc pas achevé sa formation et n'était pas devenu un Jedi, comme il en avait tant rêvé. Elle comprenait que cela lui ait fait du mal, mais cela n'expliquait pas qu'il se soit fermé de la sorte. Il devait y avoir autre chose.
La jeune fille s'approcha de lui et vint s'asseoir à ses côtés. « Raconte moi », lui dit-elle en prenant sa main dans la sienne et en lui jeta un regard encourageant.
Luke baissa le regard sur la main de Leïa dans la sienne et il puisa dans leur lien la force nécessaire pour lui révéler la vérité. « Je me suis rendu dans une grotte », commença t-il. « C'est là que je devais passer mon test... Yoda m'avait prévenu que c'était un endroit habité par le mal et que j'y trouverai ce que j'y apporterai... ». Il releva les yeux vers Leïa. « C'est Vador que j'y ais trouvé ».
Leïa poussa un cri de stupeur et porta sa main libre à sa bouche. « Vador était là-bas ? », demanda t-elle, paniquée.
« Oui et non... C'était une création de mon esprit », répondit Luke pour la rassurer, sachant ce que sa sœur avait pensé. « Nous nous sommes battus et j'ai réussi à le tuer... Mais... Quand j'ai regardé sous son masque, c'est... C'est mon visage que j'ai vu... ». Les battements de son cœur s'accélérèrent, tandis qu'il repensait à ce terrible moment, cet instant où il avait eu la sensation de perdre totalement pied et de sentir sa destinée lui échapper. « Leïa, et si j'étais condamné à finir comme lui ? Et si, à cause de lui, moi aussi je devais devenir un monstre ? ».
C'était donc ça... Voilà donc ce qui avait tant effrayé Luke, le menant à se couper ainsi d'elle et de ses amis. La peur de finir comme leur père, de se laisser gagner par les ténèbres et d'y succomber... Leïa devait reconnaître que l'attitude de son frère l'avait beaucoup inquiéter ces derniers temps, tant elle l'avait vu prompt à la colère et au désespoir, mais elle refusait de croire que cela puisse le conduire à basculer du Côté Obscur. Luke était plus fort que ça. La jeune fille secoua vigoureusement la tête, avant de prendre les mains de Luke dans les siennes et de plonger son regard dans le sien.
« Luke, je suis persuadée que tu ne deviendras pas un monstre. C'est impossible, ce n'est pas qui tu es ! », lui dit-elle. « Notre père n'est pas né comme tel et... ».
« Il n'est pas né comme tel, mais il l'est devenu... », lui fit remarquer Luke.
Leïa concéda d'un hochement de tête. « Ce sont ses choix qui l'on conduit sur ce chemin », lui rappela t-elle. « Ce n'est pas quelque chose pour lequel nous sommes programmés en venant au monde ». Voulant appuyer ses paroles, Leïa posa délicatement ses mains de part et d'autre du visage de son frère, l'obligeant à porter son attention sur elle. « Luke... Je crois en toi ! Je sais que jamais tu ne t'aventureras sur cette voie ».
Luke hocha la tête, sentant les larmes lui montaient aux yeux, devant l'étendue de la foi que sa sœur plaçait en lui. Il n'était pas sûr de la mériter, au vue de ses récents agissements, mais il était résolu à tout faire pour s'en montrer digne. Il ferait tout pour montrer à Leïa qu'elle avait raison de croire en lui. A présent qu'il s'était confié à sa sœur sur ses peurs et ses angoisses, il se sentait plus léger et il prenait également conscience du poids énorme qui avait pesé sur son cœur. Le trop plein d'émotions qu'il avait gardé enfouit au plus profond de lui-même ne demandait qu'à sortir et Leïa le sentit. Ouvrant les bras, elle le laissa poser sa tête contre son épaule, sur laquelle il déversa, durant un très long moment, toutes les larmes qu'il avait si longtemps refoulé et refusait de laisser sortir.
Les lames bleues de nos deux sabres laser s'entre-crochaient avec violence, tandis qu'une plate-forme nous guidait le long de l'un des torrents de lave qui recouvrait la planète infernale de Mustafar. Emplis de haine à l'égard de mon adversaire, je lançais un nouveau coup, mais il le para aussitôt. Un instant nous nous fixâmes avec intensité, puis je vis mon ancien maître jeter un regard de côté, en direction de la berge, avant de la gagner, en effectuant un saut périlleux arrière. Il se réceptionna avec élégance et agilité, avant de se tourner vers moi.
« C'est terminé Anakin ! », cria t-il à mon intention. « Il n'y a rien à faire, je te domine ! ».
En réponse, je fronçais les sourcils. L'arrogance des Jedi... « C'est mal connaître mes nouveaux pouvoirs », rétorquais-je.
Obi-Wan secoua lentement la tête. « Ne prends pas ce risque... », m'avertis-t-il.
Mais je ne faisais pas cas de ces paroles et je pris mon élan, bien décidé à me réceptionner juste derrière lui afin de lancer ma prochaine attaque. Mais je ne sentis jamais mes pieds toucher le sol. En plein vol, une violente douleur traversa soudain mes jambes ainsi que mon bras gauche, tandis que je réalisais avec effroi que ceux-ci venaient d'être brutalement séparés de mon corps, sectionnés par le sabre laser de mon ennemi. Avec force, je m'écrasais alors sur le sol, sur lequel je glissais, malgré mes efforts pour m'agripper aux rochers qui jonchaient le sol, à l'aide du seul membre qu'il me restait encore. La douleur était insupportable et impuissant, je ne pouvais rien faire d'autre que de la subir.
« Tu étais l'élu, c'était toi ! », cria alors Obi-Wan, la voix empreinte par le désespoir. « La prophétie voulait que tu détruises les Sith, pas que tu deviennes comme eux... Tu devais apporter l'équilibre à la Force, pas la condamner à la nuit... ».
Du coin de l'œil, je le vis s'éloigner de moi et se pencher pour ramasser un objet cylindrique sur le sol... Mon sabre laser... Ainsi c'était ainsi que cela allait se terminer ? Comptait-il se servir de ma propre arme pour la retourner contre moi et me tuer ? Un flot de haine intense m'envahit, mêlé à la colère de mettre fait ainsi battre, alors même qu'il semblait que j'allais enfin pouvoir exploiter toute l'étendue de mes pouvoirs.
« Je te hais ! », hurlais-je, voulant blesser cet homme en qui je ne voyais plus qu'un ennemi.
Obi-Wan baissa tristement la tête, clairement atteint par mes mots. « Tu étais comme mon frère », murmura t-il. « Je t'aimais Anakin ! ».
Mon frère... J'avais beaucoup de mal à réaliser que j'avais un jour considéré l'homme devant moi comme mon frère. Je voulais lui faire comprendre que je n'étais pas son frère, que je n'avais que faire de son amour, mais alors que je faisais une nouvelle tentative pour ramper vers lui, je sentis soudain une violente brûlure à la base de mes genoux, là où le sabre laser de mon ancien maître m'avait frappé. La douleur grimpa le long de mes cuisses, tandis que je sentais peu à peu mon corps entier s'embrasait sous la chaleur dévorante de Mustafar. La sensation était insoutenable, je voulais mourir... Dans un geste presque suppliant, je levais ma main mécanique en direction d'Obi-Wan. Celui-ci me jeta un dernier regard plein de tristesse et de regret, mais il ne fit pas un pas vers moi. Au contraire, il fit volte face et partit, m'abandonnant là, avec pour seule compagnie la douleur intense des flammes qui consumaient ma chair...
Padmé se réveilla en hurlant, le cœur battant la chamade et le front en sueur. Haletante, elle regarda autour d'elle... Le grand brasier de Mustafar avait disparu pour laisser la place à sa chambre, sur l'Exécutor. S'efforçant de reprendre son souffle, elle posa sa main à divers endroits sur son corps, ce corps qu'elle avait sentit déchiré par la douleur, quelques instants plus tôt. Non, pas son corps, celui d'Anakin... Padmé sentit un flot de larmes naître dans ses yeux et couler le long de ses joues. Se redressant dans son lit, elle se mit en position assise, ramenant ses genoux vers elle, puis elle posa ses deux mains sur son visage et laissa s'exprimer toute la peine qu'elle ressentait à cet instant. Ce qu'il avait subit était indescriptible, au delà de tout ce qu'elle avait pu imaginer.
La porte de sa chambre s'ouvrit soudain, faisant sursauter Padmé, qui leva la tête pour voir Vador entrer précipitamment dans la pièce. « Padmé ! », s'écria t-il inquiet avant de stopper net en voyant l'état de détresse de la jeune femme. « Que se passe t-il ? », ajouta t-il en venant s'asseoir sur le bord du lit, à ses côtés.
Padmé inspira profondément, essayant de retrouver son calme. « Je... Je t'ai vu... », expliqua t-elle, la voix entrecoupée de sanglots, « Je t'ai vu sur Mustafar... J'ai vu ce qui t'es arrivé et... ».
Elle ne put terminer sa phrase, tandis qu'une nouvelle vague de chagrin venait l'envahir. Vador ne dit rien, et il se contenta d'attirer Padmé vers lui. Il n'avait pas besoin de lui demander à quel moment sur Mustafar elle faisait allusion. Il était évident que ce qu'elle avait vu, c'était son combat contre Obi-Wan, ainsi que l'issue terrible de celui-ci, puisque lui-même avait été en proie à ce cauchemars quelques instants plus tôt. Cet événement prouvait au moins que leur lien à travers la Force était toujours bien vivace et toujours aussi fort, mais Vador aurait souhaité que jamais elle ne voit cela. Fermant les yeux, il entreprit d'envoyer des ondes apaisantes à la jeune femme à travers la Force, afin d'atténuer sa peine... Elle avait subit assez d'épreuves, elle n'avait pas en plus à endurer les siennes.
Au bout de quelques temps, il sentit avec satisfaction, Padmé se détendre peu à peu contre lui. Finalement, elle s'écarta lentement de lui et Vador en profita pour essuyer délicatement les larmes qui avaient coulé le long de ses joues. Padmé ferma les yeux, savourant ce contact, puis elle replongea son regard dans le sien.
« Je suis désolée... Je suis désolée que tu doives vivre comme ça », lui dit-elle avec sincérité, en portant une main à son masque, comme pour caresser sa joue.
Vador prit doucement la main de Padmé dans la sienne, avant de l'éloigner de son masque. « Tu n'as pas à être désolée, Padmé », lui dit-il. « Ce n'est pas de ta faute. J'ai accepté mon sort... ».
Padmé secoua la tête. Comment pouvait-il avoir accepté son sort ? Il n'était pas possible de vivre ainsi. « Il n'y a donc vraiment rien à faire ? », demanda t-elle.
Ce fut au tour de Vador de secouer la tête. « Non », répondit-il. « Enfin, c'est ce que l'Empereur m'a dit ».
Padmé fronça les sourcils. Si c'était l'Empereur qui l'avait dit, elle pouvait se permettre d'avoir des doutes. « Et tu es sûr qu'il n'aurait pas pu te mentir à ce sujet ? ».
Vador leva un sourcil intrigué. A vrai dire, il ne s'était jamais posé la question, tout résigné qu'il était à passer le reste de sa misérable vie enfermé dans cette armure... Mais la question de Padmé venait semer le doute dans son esprit, en même temps qu'elle faisait renaître en lui un espoir nouveau. Et si la jeune femme avait raison ? Et si, malgré ce que son Maître lui avait dit, il existait bel et bien un moyen de guérir toutes les blessures qu'il avait subit ?
« Je ne me suis jamais posé la question », avoua Vador. « Mais Palpatine a passé son temps à me mentir, depuis le début, alors il est possible qu'il ait menti à ce sujet aussi. Il a peut-être voulu s'assurer de limiter mes capacités... ». Baissant le regard sur la main de Padmé qu'il tenait toujours dans la sienne, il s'imagina un instant pouvoir la toucher, sans la barrière de ses gants entre eux. « Je n'imagine même pas à quel point se serait merveilleux d'être entièrement humain à nouveau, mais... ».
« Mais quoi ? », lui demanda Padmé.
Vador plongea son regard dans le sien. « Padmé, même s'il était possible de remédier à mes blessures, est-ce que je mériterais un tel bonheur ? », demanda t-il. Ses décisions avaient fait de lui un monstre et son apparence était le parfait reflet de ce qu'il était devenu. Il soupira et se leva, s'avançant vers les hublots avant de regarder au dehors. « J'estime que ma condition est méritée... Pour ce que je vous ai fait à toi et aux enfants ».
Padmé secoua la tête et se leva afin de le rejoindre. Elle posa une main sur son épaule et le fit se tourner vers elle. « Je ne suis pas d'accord », lui dit-elle. « Peu importe ce que tu as fait, personne ne mérite de vivre comme ça ».
Vador baissa la tête vers elle. « Tu veux toujours voir le meilleur chez les gens », lui dit-il tout en portant une main à sa joue, avant de la caresser doucement. « C'est l'une des raisons pour lesquelles je t'aime ».
Émue, Padmé pencha sa tête sur le côté, afin de l'appuyer davantage contre la main de Vador. Fermant les yeux, elle se laissa aller, ses pensées défilant à toute vitesse dans son esprit. Elle était certaine qu'il y avait un moyen de remédier aux blessures de Vador, elle ne voulait pas se résoudre à croire les dires de Palpatine. Après tout, il existait des technologies suffisamment avancées pour donner vie à des clones, sûrement ces techniques pouvaient être utilisées pour régénérer des tissus, ainsi que des organes. Padmé était bien décidée à s'accrocher de toutes ses forces à cet espoir, l'espoir qu'elle pourrait sortir Anakin de cette armure et ainsi l'aider à sortir des ténèbres dans lesquelles il avait vécu toutes ces années.
