Kara a sept ans, et ses symboles sont en Kryptonien.

C'est la première chose qu'elle fait tous les matins en se levant - inspecter sa peau à la recherche des traces de son âme-sœur - mais aujourd'hui, quelque chose est différent, aujourd'hui, elle tombe sur les inscriptions qui recouvrent une partie de son ventre et de ses côtes.

Elle les a attendus longtemps, depuis la première fois où Astra lui a expliqué la tradition derrière les symboles et ce qu'ils signifient, et maintenant qu'elle les voit gravés sur sa peau, Kara est si contente qu'elle saute de joie sur son lit à pieds joints.

Et quand elle prend le temps de les examiner, elle reconnait les symboles, elle les a lus une dizaine de fois. Ce sont les paroles d'une chanson que sa mère lui chantait tous les soirs pour s'endormir quand elle était plus jeune, et qu'il lui arrive encore de fredonner quand elle vient lui dire bonne nuit.

Kara est ravie.

Elle court les montrer à ses parents, qui interrompent la réunion qu'ils sont en train d'avoir dès qu'elle rentre dans la grande salle de réception et congédient les différents membres du Conseil pour écouter leur fille leur annoncer fièrement sa grande nouvelle. Elle voudrait bien les montrer à sa tante aussi mais Astra est encore partie à l'autre bout de la galaxie faire des choses d'adultes que Kara ne comprend pas, et pour l'instant ses parents suffisent.

Elle ne rate pas le regard ravi qu'envoie Zor-El à sa femme quand elle relève sa chemise pour lui montrer, et le sourire que lui renvoie Alura.

Ses parents portent leurs symboles sur la paume de leur main droite, et Kara les a parcourus tous les deux tellement de fois qu'elle pourrait les tracer les yeux fermés.

Mais aujourd'hui, ce sont ses symboles à elle qu'elle regarde, et qu'elle trace du doigt, et qu'elle dessine sur tous les supports qui lui tombent sous la main.

Les symboles sont à elle, mais aussi à son âme sœur, lui rappelle son père en souriant.

Kara est ravie d'avoir quelque chose à partager avec quelqu'un. Et elle lui envoie le message silencieux qu'elle parcourra toute sa planète à pied si elle le doit, et qu'elle le trouvera.


Kara a neuf ans, et elle a beau rechercher son âme sœur partout sur Krypton, elle ne trouve rien.

Elle ne saute plus sur les lits le matin en voyant ses symboles – enfin presque plus – mais dès qu'elle croise un garçon qui pourrait être son âme-sœur, elle se met à chantonner l'air de la chanson qui est inscrite sur son ventre dans l'espoir qu'il la reconnaisse.

Autant dire que ce n'est pas fructueux.

La plupart des garçons se contentent de la regarder bizarrement, certains font semblant de ne pas l'entendre et d'autres ricanent ouvertement. Ils doivent la prendre pour une folle, c'est sûr.

Aucun n'est son âme-sœur en tous cas.

Elle a chanté sa chanson partout sur Krypton, mais elle ne l'a pas trouvé. Ses parents lui disent qu'elle a tout le temps du monde pour le trouver, son âme sœur, mais Kara est pressée et veut le trouver tout de suite. Ses parents se sont trouvés jeunes, alors pourquoi pas elle ?

Mais tous les garçons qu'elle rencontre sont méchants ou bêtes, et Kara commence à désespérer.

Est-ce que son âme-sœur a entendu la chanson, mais ne lui a pas dit parcequ'il ne veut pas d'elle ? Son père lui promet que non. Il vient dans sa chambre lui montrer les étoiles la nuit, et lui explique que des centaines de Kryptoniens vivent loin de leur planète.

Comme tante Astra ? demande Kara, et Zor-El sourit.

Pas tout à fait, mais presque, il lui répond.

Kara se demande si son âme-sœur aussi vit sur une autre planète que Krypton. Elle se dit que ça ne la dérangerait pas, pas vraiment, mais que ça rend ses recherches bien plus difficiles. Peu importe, elle continuera quand même à chercher.

Elle a promis après tout, et un Zor-El tient toujours ses promesses.


Kara a douze ans, et rien n'est comme avant.

Kara est tellement préoccupée par la fatigue dans la voix de son père quand il lui parle et par les cernes sous les yeux de sa mère qu'elle ne pense presque plus à chercher son âme-sœur.

Elle en a à peine le temps, de toute façon.

Zor-El et Alura la tiennent le plus occupée possible avec des cours de science avancée, de culture Kryptoniene et de civilisation des autres planètes avec les meilleurs précepteurs de Krypton toute la journée, toute la semaine.

Kara se demande si ils le font pour son intérêt, ou le leur. Elle a compris que ses parents la tenaient éloignée d'eux, et ça ne lui plait pas franchement.

Elle ne sait pas ce qu'il se passe, mais ça doit être grave.

Depuis un bout de temps, Kara remarque des rides sur le front de son père qu'elle n'avait jamais vues, et les traits de plus en plus serrés de sa mère. Alura vient de moins en moins souvent dans sa chambre lui souhaiter une bonne nuit, et Zor-El n'a plus le temps de venir lui montrer les étoiles.

Kara ne peut même plus se rappeler la dernière fois qu'ils sont partis en vacances tous les trois.

Mais ses parents ne lui manquent pas autant que sa tante, parcequ'ils sont là, et qu'elle peut encore les voir quand elle veut. Astra, elle, Astra part de plus en plus souvent, et de plus en plus longtemps, et quand elle rentre, elle a à peine le temps d'aller voir Kara avant qu'Alura l'entraîne au loin.

Quand elles se mettent à crier, Kara se réfugie dans un coin de sa chambre, et chante le plus fort qu'elle peut la chanson qui la relie à son âme-sœur. C'est la seule chose qui arrive à la couper du monde.


Kara a treize ans, et sa planète brûle.

Kara n'a pas le temps de comprendre vraiment ce qu'il se passe.

Elle promet de prendre soin de son cousin en montant dans le vaisseau dans lequel la presse ses parents, et a à peine le temps de se retourner pour voir sa chère planète exploser derrière elle.

La dernière chose à laquelle elle pense avant de s'évanouir est qu'elle espère que son âme sœur ne mourra pas sur Krypton aussi.


Kara a quatorze ans, et la Terre est une planète hostile.

Les bruits sont trop puissants, les couleurs sont trop agressives et les Terriens sont trop malveillants.

Jeremiah et Eliza sont gentils avec elle, et font tout ce qu'ils peuvent pour qu'elle se sente comme chez elle avec eux, mais Alex, Alex est comme un chat sauvage que Kara essaie d'apprivoiser et qui gronde dès qu'elle approche.

Kal vient la voir de temps en temps, mais Kal est devenu un étranger. Le bébé qu'elle connaissait a laissé place à un homme grand et fort. A Superman.

Elle a passé vingt-quatre ans loin de lui, et les premiers mots qu'elle lui a dit quand elle l'a reconnu, Kal les a à peine compris. Il parle le kryptonien avec un accent étranger, et ne se souvient pas de sa planète.

Comment peut-elle lui manquer, si il ne l'a jamais connue ?

Kara n'ose pas lui dire qu'elle l'envie.

Que le manque de ses parents à elle est plus fort que le sien, parcequ'elle sait comment ils étaient. Qu'elle se rappelle encore du son de leurs voix. Qu'elle se souvient de l'enceinte de leur bras autour d'elle avant qu'ils ne la fassent monter sur ce vaisseau.

Kal est un Kryptonien qui a grandi sur Terre, mais Kara a grandi sur Krypton, et Krypton est mort.

Tout ce qu'elle connaissait, tout ce qu'elle aimait et ce pour quoi elle vivait est parti en fumée. Toute sa vie passée a disparue.

Tout, sauf la chanson Kryptoniene de son enfance sur ses côtes. Les marques sont toujours blanches sur sa peau, et elle sait que son âme sœur n'est pas morte avec Krypton.

Quand Kara ne dort pas la nuit, elle passe un doigt sur son ventre en se demandant si son âme-sœur est heureux, là où il est. Ou si il est comme elle. Misérable.


Kara a quinze ans et elle redevient progressivement qui elle était sur Krypton.

La Terre est toujours froide et différente, mais elle s'adapte comme elle peut à y vivre et à apprendre tout d'une planète qu'elle ne connaissait pas il y a encore deux ans.

Kara maîtrise bien mieux sa force qu'avant – même si officiellement, elle n'a plus le droit d'utiliser ses pouvoirs en public – et elle apprend lentement à calculer la force qu'elle met dans ses moindres faits et gestes, mais surtout, elle n'a plus cette sensation de solitude qu'elle avait en arrivant sur Terre.

Elle voit moins Kal que l'année précédente et Jeremiah n'est plus là pour l'aider dès qu'elle a un problème, mais Alex, Alex avait promis d'être une meilleure sœur pour elle, et elle est devenue la meilleure.

Alex a comblé tous les besoins de famille dont Kara avait besoin.

Quand la surcharge sensorielle est juste trop forte pour elle, Kara franchit sur la pointe des pieds la courte distance qui la sépare d'Alex et se glisse dans le lit à côté de sa sœur. Kara se concentre comme elle peut sur les battements du cœur d'Alex.

Le Boum Pa, Boum Pa de sa sœur l'apaise.

Et au bout d'un moment, elle n'entend plus les klaxons de voiture au loin et les piaillements des oiseaux dehors et tous les sons que son audition super puissante lui envoie, mais juste le battement régulier qu'elle connait par cœur maintenant.

Et quand Kara s'est calmée, et qu'il est trop tard pour se rendormir de toute façon, elle passe le reste de la nuit aux côtés d'Alex, à chantonner discrètement le chant Kryptonien dont les mots sont encrés sur sa peau.

Elle sait maintenant pourquoi c'est ce chant, dans sa langue, qui lui fait office de marque.

Sans le savoir, à des kilomètres ou peut-être même à des années lumières d'elle, son âme sœur l'aide à la ramener les pieds sur Terre.


Kara a dix-sept ans, et Alex s'en va.

Kara la regarde faire ses valises sans rien dire, assise sur son lit, mais son cœur hurle. Elle veut dire à Alex qu'elle a besoin d'elle, elle veut la supplier de ne pas la quitter, de ne pas l'abandonner derrière elle. Elle ne dira rien.

Sa sœur est la personne la plus importante de sa vie. Elle l'a toujours protégée, même quand elle ne voulait pas le faire, même quand elle ne voulait pas d'elle et que Kara l'entendait crier à Jeremiah et Eliza qu'elle n'avait jamais demandé à avoir une sœur.

Elle peut encore se rappeler les je te hais ! et les j'aurai voulu que tu sois jamais arrivée ici ! résonner dans la maison.

Et maintenant, Kara n'arrive pas à trouver les mots pour dire au revoir à Alex, et considère très sérieusement de voler toutes les nuits jusqu'à Stanford. Mais ça serait égoïste de sa part, elle le sait parfaitement. Alex mérite sa liberté.

Alors Kara regarde Alex claquer la porte de sa chambre, et jeter ses valises dans le coffre de la voiture, et rouler des yeux quand Eliza lui liste un demi-million de recommandations pour Stanford alors qu'elle aura toute la route pour le faire, mais elle ne dit rien.

Et quand le moment de lui dire au revoir, elle serre sa sœur dans ses bras aussi fort qu'elle peut sans lui briser les os, écoute les je t'aime qui ont remplacé les insultes, et les lui renvoie sans hésiter.

Alex promet d'appeler une fois par semaine, et d'envoyer des messages tous les jours, mais Kara ne peut s'empêcher de penser qu'elle perd tout son monde une deuxième fois.

Kara attend de ne plus entendre le ronronnement de la voiture qui emmène sa sœur loin d'elle au loin pour pleurer. Elle ne pourra plus entendre les battements du cœur d'Alex les nuits, mais elle a toujours sa chanson.

Ce soir, alors qu'elle chantonne doucement la chanson Kryptoniene, elle se demande si son âme sœur s'est déjà sentie aussi seule qu'elle maintenant.


Kara a dix-huit ans, et rentrer à Stanhope est comme atterir sur Terre une deuxième fois.

Etre à nouveau une alien qui arrive sur une planète étrangère dont elle ne sait rien, et qui tente si fort de s'adapter que ça en devient complètement absurde.

Bien sûr, Alex lui a laissé tout un tas d'instructions pour se fondre dans la masse, et s'adapter au mieux à la vie étudiante, mais c'est plus facile pour elle que pour Kara. Ça l'a toujours été.

Les autres croient être discrets quand ils chuchotent dans son dos, et se moquent de ses lunettes ou de sa nervosité apparente, mais elle les entend.

Kara choisit de les ignorer. C'est toujours mieux que de s'énerver et de les envoyer en orbite, après tout.

Elle déteste Stanhope.

Midvale n'était pas Krypton, bien sûr, mais c'était la maison. Elle y avait ses repères et ses habitudes, et Stanhope est juste vide. Alex lui manque, Kal lui manque, Eliza lui manque.

Et son âme-sœur … Kara se demande si c'est possible de regretter quelqu'un qu'on n'a jamais rencontré. Mais pourtant, il lui manque aussi.


Kara a dix-neuf ans et National City est une mine d'opportunités et de découvertes.

L'université sera plus simple tu verras, lui avait dit Eliza. Les gens y sont plus matures.

Sa mère adoptive avait raison, en soi. Les gens qu'elle rencontre à l'Université de National City sont plus intéressants et plus ouverts d'esprit que ceux qu'elle a rencontré avant, c'est vrai, et petit à petit Kara se trouve une place parmi eux.

Bien sûr, ce n'est pas le paradis non plus, et elle a des amis, certes, mais aucun d'eux ne sait qui elle est vraiment.

La seule qui la comprend, c'est Alex, mais Alex est à Seattle maintenant et Kara doit apprendre à se débrouiller sans elle.

Et Kara s'en sort plutôt bien, toute seule à National City. Elle va avoir son diplôme, et trouver un job stable, et se construire une petite vie rangée d'humaine tout à fait banale.

Mais une partie de Kara espère secrètement que toute sa vie ne sera pas comme l'est maintenant.

Et surtout, surtout, qu'elle pourra se confier à quelqu'un un jour.


Kara a vingt ans, et enfin Alex la rejoint à National City.

Eliza passe un savon monstre à sa sœur quand elle apprend qu'elles ne prendront pas un appartement ensemble, mais Alex se contente de lui raccrocher au nez sans lui dire la vraie raison.

Que c'est Kara elle-même qui lui a demandé, pour ne pas avoir à reposer sur sa sœur.

Pour être indépendante.

Et Alex a un double de sa clef et Kara un de la sienne – même si ce n'est pas une petite serrure fermée qui va l'en empêcher de voir sa sœur si elle en a envie - et Kara peut toujours aller chez sa sœur la nuit pour écouter les battements de son cœur si elle n'arrive pas à dormir.

Elle dépend d'Alex de moins en moins, ces temps -ci.

Elle a réussi à se faire embaucher chez Noonan's, et elle tient des semaines entières sans rien casser. Kara commence à prendre sa vie en main et Alex ne pourrait pas être plus fière d'elle.

Elle espère que de là où ils sont, ses parents le sont aussi.

Elle espère que celui qui est fait pour elle le sera aussi.


Kara a vingt-et-un ans, et Kal lui a apprend qu'il a trouvé son âme sœur.

Qui est une Terrienne.

Kara est contente pour lui, mais alors qu'il lui raconte tout en souriant, son esprit dérive ailleurs.

Son âme sœur à elle pourrait venir d'une autre planète aussi, peut-être même sur laquelle elle se trouve maintenant. Peut-être qu'il n'est pas à des millions de kilomètres au loin comme elle le pensait. Peut-être qu'elle ne l'a juste pas encore rencontré.

Elle a essayé de sortir avec quelques garçons déjà, a cassé plusieurs doigts et un ou deux, ou quatre nez et elle désespère un peu, c'est vrai. Kara s'était dit qu'il lui serait impossible de sortir avec un Terrien au vu de ses pouvoirs, et que son âme-soeur venait sûrement d'une autre planète que celle où elle avait atterri.

Mais son cousin et Lois Lane sont âme-sœurs.

Tous les espoirs de Kara sont relancés.


Kara a vingt-quatre ans et le jour où elle décroche le poste d'assistante de Cat Grant change sa vie.

Après son stage au Journal de Midvale, elle avait toujours voulu franchir les portes d'un grand magazine pour y aller y déposer ses informations, mais n'en avait jamais trouvé le courage. Et là, sans trop savoir pourquoi, au lieu de passer devant Catco comme tous les jours sans y prêter attention, elle s'y est arrêtée.

C'est comme si une force invisible l'y avait poussée. Quelque chose que Kara appellerait le destin, et qui ferait grandement rouler les yeux de sa sœur.

Kara y a déposé son cursus, et est repartie chez Noonan's.

Et trois jours après, elle a reçu le coup de fil.

Kara adore son nouveau travail. Cat Grant la fait courir toute la journée dans tous les sens, mais Kara sait que dans le fond, elle l'aime bien. Et surtout, elle est en plein dans le milieu de la salle de rédaction d'un des plus grands magazines de National City, et elle est entourée autour de chacune des personnes qui y travaillent.

Elle n'est pas journaliste, mais on l'écoute quand elle dit quelque chose - même si ce n'est qu'une minute et que c'est pour lui demander un café après. Elle se cache derrière ses lunettes et ses cardigans, et un manque de confiance apparent, mais c'est le meilleur déguisement qu'elle ait porté depuis son arrivée sur Terre.

Kara a trouvé sa place.


Kara a vingt-cinq ans, et elle fait de son mieux.

Depuis qu'elle a enfilé le costume bleu et rouge, Kara se sent plus vivante et plus réelle que jamais, mais elle n'avait pas réalisé que le costume viendrait avec autant de poids.

Elle essaie vraiment, mais c'est comme si personne ne l'autorisait à faire la moindre erreur.

Supergirl doit être parfaite, mais Kara ne l'est pas.

Kara n'a pas grandi avec une force surhumaine, et la capacité de voler, et de shooter des lasers par les yeux. Ses pouvoirs lui sont tombés dessus sans qu'elle les demande et elle a dû apprendre à les contrôler.

Superman ne fait pas d'erreurs, bien sûr, mais Kal a eu ses pouvoirs depuis qu'il est bébé. Il n'a jamais connu que ça.

Pas elle.

A force de s'être cachée pendant des années, Kara ne sait plus qui elle est vraiment – Supergirl, ou Kara Danvers.

Les symboles sur son ventre lui disent que, quelque part, qu'elle n'est vraiment ni l'une ni l'autre.


Kara a vingt-six ans, et être Supergirl n'a jamais été aussi facile et aussi douloureux à la fois.

Lena Luthor est rentrée dans sa vie dans un crash et des étincelles - parceque rien de ce qui n'entoure le nom de Luthor ne se fait normalement - mais Kara ne la changerait pour rien au monde.

Quand elle est Supergirl, Lena lui sourit et la remercie de son aide, mais quand elle est Kara Danvers, Lena rit, et parle, et la regarde avec des yeux brillants, et le coeur de Kara ne semble jamais battre aussi vite en mission qu'il ne le fait quand elle serre Lena dans ses bras.

Pour Lena, Kara n'est pas celle qui amène les cafés, ou éteint les incendies et attrape les braqueurs, ou la petite sœur à protéger.

Elle est la meilleure amie, et le refuge, et l'héroïne. Elle entend souvent le mot, mais quand Lena le lui dit, il prend tout de suite un autre sens. Avec Lena, Kara veut être Kara, et pas Supergirl.

Et elle veut lui dire la vérité, mais devenir l'amie de Supergirl, c'est s'exposer à des centaines de nouveaux ennemis, et elle ne mettra jamais la vie de Lena en danger, jamais.

Alors Kara continue à jouer sur les deux tableaux, en se demandant si les deux versions d'elle-même seront jamais assez pour Lena, Lena qui lui fait ressentir des choses qu'elle croyait avoir oublié et d'autres dont elle ne connaissait même pas l'existence.

Le jeu est de plus en plus dur, et risqué pour toutes les deux, et devra bien prendre fin un jour.

Mais Kara n'arrive plus à concevoir une vie sans Lena.


Kara a vingt-sept ans, et Supergirl ne s'agenouille devant personne, mais Lena n'est pas personne.

Kara a voulu lui dire cent fois, mille fois, mais elle n'a jamais trouvé les mots.

Et maintenant, elle est à genoux devant elle, et elle lui a tout dit, mais Lena refuse de croiser son regard, et l'absence des yeux verts lui fait plus mal que n'importe quelle épée à la Kryptonite dans son ventre.

Kara est amoureuse, et elle est perdue, et pour la première fois depuis qu'elle est arrivée sur Terre, ses pouvoirs ne lui sont d'aucune utilité.

Mais elle ne perdra pas Lena, elle ne peut pas.

Alors Kara se met à chanter doucement la chanson en krytponien de son enfance, et Lena tourne la tête vers elle, intriguée. Quand son regard croise le sien, doucement, Kara relève le pan bleu de son costume, et les symboles apparaissent.

Lena ne dit rien, les yeux rivés sur ses côtes.

Je sais que c'est toi tente Kara, et les yeux de Lena qui sont toujours fixés sur ses côtes brillent étrangement.

Je veux que ça soit toi, elle rajoute.

Il s'avère que l'univers n'est plus aussi cruel qu'il l'a autrefois été.

Kara passe le reste de la soirée à expliquer à son âme-soeur la signification de leurs symboles.


Kara a vingt-huit ans, et les légendes sur Krypton qui disaient qu'on ne peut pas savoir ce qu'elle la vie sans avoir connu son âme-sœur disaient vrai.

C'est elle l'alien, et pourtant, pourtant, Lena ne peut pas être humaine parceque elle est littéralement hors de ce monde. Kara pourrait lister les qualités de sa petite amie toute la journée, et elle aime d'ailleurs tellement les crier sur tous les toits qu'Alex n'arrête pas de dire que c'est un miracle que personne n'ait fait le rapprochement entre Supergirl et la nouvelle journaliste de CatCo qui semblent toutes les deux porter un intérêt vivace à la plus jeune Luthor.

Kara n'a jamais été aussi heureuse. Et ne s'est jamais autant senti vraie non plus. Elle n'a jamais eu à réfléchir à contenir sa force avec Lena, parceque c'est comme si son corps savait qui elle était, et prenait les précautions de lui-même.

Kara n'a pas à se retenir avec Lena. Elle n'a pas à porter ses lunettes et son masque de tous les jours. Elle peut être elle-même.

Et c'est comme ça qu'elle sait qu'il est temps.

La coutume Kryptoniene veut que l'on offre un bracelet, mais Lena porte déjà sur son ventre des marques ineffaçables dans la langue maternelle de Kara, alors celle-ci se dit qu'une bague fera tout aussi bien l'affaire - à condition que ce soit la plus belle qu'elle puisse trouver, parceque Lena ne mérite rien d'autre que le meilleur, toujours. Elle traîne Alex jusqu'à la bijouterie la plus proche, et met un peu plus de deux heures avant de choisir la bonne.

Lena lui dit oui avant même qu'elle n'ait le temps de finir de poser la question, et Kara se relève pour serrer contre elle son monde entier en se disant qu'elle est sacérement chanceuse.

Kara vient de Krypton, et une partie de son histoire restera toujours là-bas avec ceux qu'elle y a laissés, mais sa vie est désormais sur Terre. Son coeur aussi.


Kara a trente ans et le rythme rapide des petits battements est le plus beau son qu'elle ait entendu de sa vie.

Kara connait déjà le rythme unique de son petit cœur – elle l'a écouté pendant des mois, l'oreille soigneusement collée contre le ventre de sa femme même si ce n'était pas absolument pas nécessaire au bon fonctionnement de sa super audition – mais maintenant que le bébé est là, dans les bras de Lena, les battements de son cœur lui semblent tellement plus fort.

Tellement plus vrais.

Kara devrait dormir, mais quand elle ouvre un oeil fatigué et voit sa femme bercer doucement le bébé contre elle, elle ne peut s'empêcher d'entamer doucement le chant kryptonien dont les paroles leurs gravent la peau à toutes les deux.

Elle n'a pas besoin de lui poser la question pour savoir que Lena l'a reconnu tout de suite.