Alex a six ans, et elle fait partie des trois pour cent de la population qui ont un dessin comme tatouage d'âme sœur au lieu de mots.
Elle connait les pourcentages par cœur – elle s'est renseignée en amont, bien sûr.
Quatre-vingt-dix-sept pour cent de la population ont des marques normales. Les autres sont des exclus.
Le premier matin où elle les aperçoit sur sa hanche droite, Alex panique et pleure sur les genoux de sa mère que ce sera plus dur pour elle de trouver son âme sœur.
Elle est différente.
Sa mère lui dit qu'il n'y a rien de mal à avoir une marque différente des autres, et que sa différence est sa force. Ses parents aussi ont un tatouage anodin – une double hélice d'ADN, en bon scientifiques qu'ils sont tous les deux. Ils font partie aussi des rares trois pour cent, et Alex est rassurée.
Et maintenant qu'elle est calmée, Alex veut tout de suite savoir ce que signifie son symbole.
Son père va chercher son plus gros livre de chimie, et lui montre, parcequ'il n'a jamais rien refusé d'enseigner à son petit génie.
La molécule d'Alex est la sérotonine. C10H12N2O.
La 5-hydroxytryptamine, lit Alex.
Elle ne rigole pas avec la chimie, même du haut de ses six ans. Elle va tout apprendre sur sa molécule, parcequ'elle est sûre que quelque part dans le monde, celui qui est fait pour elle fera de même.
Alex a huit ans, et elle apprend que les autres n'ont toujours pas la même vision du monde qu'elle.
Quand elle explique ce qu'est la sérotonine qui grave sa peau, les autres enfants se moquent de sa molécule et lui disent que seul un vieux scientifique fou voudrait d'elle.
Alex est fière d'avoir un signe différent.
Et plus que ça, elle fière d'avoir un symbole qui représente les sciences.
Elle aime la chimie, qui explique tout du plus simple au plus compliqué. C'est grâce à ça qu'elle sait pourquoi le ciel est bleu, et pourquoi le sucre fond dans le café, et pourquoi elle va créer un grand dégagement de fumée si elle mélange du fer et de l'acide chlorhydrique.
C'est son père qui lui a appris, et Alex veut être comme son père quand elle sera grande. Elle ne voit pas où est le problème à ça.
Elle espère que son âme-sœur ne rit pas de leur sérotonine comme les autres le font.
Alex a dix ans et le monde est grand, trop grand pour qu'elle puisse trouver son âme-sœur au coin de la rue.
Déjà que Midvale est grand, alors le monde entier … Ce qui est encore plus fascinant pour elle, c'est que l'espace est encore plus grand, et rend les possibilités encore plus diverses.
Alex est obsédé par l'espace, ces derniers temps.
Ses parents lui ont offert un télescope à Noël, et elle regarde les étoiles tous les soir avec son père. C'est lui qui lui apprend le nom de toutes les planètes de leur système solaire, et ceux des planètes qui sont bien plus loin et bien plus étrangère au commun des mortels, et Alex peut toutes les réciter sur le bout des doigts.
Elle rencontre Clark pour la première fois quelque jours après son anniversaire, et elle est tout de suite fascinée par le Kryptonien. Ce n'est peut-être même pas le premier alien qu'elle rencontre, mais c'est le premier qui accepte de répondre à ses questions, et elle lui en pose mille auxquelles il répond en riant.
Avant de repartir à Metropolis, Clark lui parle un peu de planète qu'il n'a jamais connu, et la situe comme il peut dans l'espace, d'après le peu qu'il en sait.
Alex ne connait rien de plus passionnant que l'espace. A part peut-être les sciences et la chimie, qui auront toujours une place particulière dans son cœur – et sur sa peau.
Alex a douze ans, et elle a peut-être déjà trouvé son âme-sœur.
Sauf que ce n'est pas le bon.
Elle apprend que Nick, un garçon de quatorze ans dans la classe au-dessus de la sienne n'a pas de mots non plus, mais une molécule chimique. Le grand frère de Vicky, qui est dans sa classe, l'a vu dans les vestiaires, et sachant que la meilleure amie de sa petite sœur a un tatouage particulier aussi, il l'a raconté à Vicky.
Et Vicky force Alex à parler à Nick, sans écouter ses protestations que ce n'est peut-être pas la sérotonine, et qu'elle a son tatouage sur sa hanche alors que Nick l'a sur la clavicule, mais Vicky insiste si bien qu'Alex finit par prendre son courage à deux mains et à aller voir Nick à une pause de midi.
Alex ne veut pas montrer sa hanche à Nick, et s'en sort en lui parlant de ses cours de chimie, ce qui le fait rigoler et dire que ça tombe bien qu'elle aime la chimie, parcequ'il a justement un tatouage qui lui plairait.
Nick s'avère avoir comme tatouage la molécule de l'aspirine - l'acide acétylsalicylique corrige Alex.
Peut-être parcequ'il lui donne mal à la tête, elle raconte ensuite à Vicky.
Et malgré ce qu'elle dit à Vicky et au reste de ses copines, Alex est soulagée que Nick ne soit pas son âme sœur.
Alex a treize ans et elle adore sa vie.
Elle est populaire malgré ses bonnes notes – ce qui est assez rare pour être remarqué – et son groupe de copines est le plus cool du lycée.
Elle fait autant de surf que de chimie, et elle peut se rendre dans le labo de ses parents quand elle le veut.
Elle a déjà fait des dizaines d'expérience sur l'action de la 5-hydroxytryptamine dans le corps humain et elle en est persuadée, sa molécule est l'une des plus importantes qui soit, ce qui fait de son symbole le plus spécial qu'elle connaisse.
Son père continue à lui enseigner tout ce qu'il sait sur les planètes, et sa mère lui montre toujours les nouvelles avancées de leurs recherches, et avec eux, elle en apprend toujours plus.
Alex n'a toujours pas rencontré son âme-sœur, ni même une autre personne qui fait partie des trois pour cent comme elle et Nick, mais elle ne s'en inquiète pas vraiment. Midvale est grand lui rappelle son père, et son âme sœur n'y est peut-être même pas.
Alex a tout le temps du monde pour trouver sa sérotonine manquante. Elle ne changerait pas sa vie, pas pour rien au monde.
Alex a quatorze ans et elle ne veut pas de petite sœur.
Encore moins d'une petite sœur alien.
Elle a demandé un petit frère à ses parents tous les Noël entre ses cinq et ses dix ans, et ils ne lui ont jamais donné, alors pourquoi maintenant ? Pourquoi elle ?
Clark leur dépose Kara comme un paquet surprise et s'en va aussitôt, et ses parents l'installent dans la chambre d'Alex sans même lui demander son avis.
Alex claque des portes, et hurle qu'elle ne veut pas de Kara, et qu'elle fuguera si la blonde reste, mais ses parents ne veulent rien savoir.
Alex la déteste.
Depuis qu'elle est arrivée, son père regarde les étoiles avec Kara et plus avec elle, et sa mère n'a plus le temps de lui parler de son travail. Elle a l'impression qu'elle lui vole sa place.
Alex déteste l'espace, maintenant. Il ne lui a rien apporté de bien.
Au moins, elle aura toujours la chimie.
Alex a quinze ans, et son père est mort.
Alex a mal, plus qu'aucune chute au skate board, plus qu'aucun rouleau au surf, plus que tout ce qu'elle a connu avant. Sa vie était une bulle confortable, et elle est percée maintenant.
Kara l'aide à remonter la pente, parceque Kara comprend. Kara l'a vécu aussi. Kara sait. Et Alex s'ouvre peu à peu à Kara.
Quand sa sœur lui montre la première fois le tatouage qui couvre son ventre et ses côtes, Alex est ravie, et s'exclame que Kara fait partie des trois pour cent aussi, mais Kara la corrige vite.
Ce ne sont pas des dessins ou une molécule comme Alex, mais du Kryptonien. Des mots, comme la plupart des gens, mais dans sa langue maternelle.
Alex est un peu déçue, mais écoute quand même sa petite sœur lui expliquer la signification de ses mots. A côté du symbole de sa famille, c'est un poème qui s'écrit sur sa peau, sur l'amour et la vie.
Un chant traditionnel Kryptonien, explique Kara en souriant.
Alex n'est plus déçue, elle est même légèrement jalouse. Son 5-hydroxytryptamine à côté lui parait simple et banal, mais quand Kara la voit, elle s'émerveille de la forme de la molécule, et demande des détails en long et en large sur les effets de l'hormone.
C'est en lui listant toutes ses actions qu'Alex se demande pourquoi la 5-hydroxytryptamine n'inhibe pas la douleur comme elle est censée le faire.
Kara la serre dans ses bras, parcequ'elle non plus n'a pas la réponse.
Alex a seize ans, et elle va mieux.
La perte de son père laissera toujours une cicatrice indélébile dans son cœur, mais Kara met des rayons de soleil et des arcs-en-ciel dans la grisaille de sa vie, et Alex sait qu'elle ne sera plus jamais seule.
Avoir une sœur est différent, pour sûr.
Alex n'a jamais eu à partager la salle de bain ou à se battre pour savoir quel programme télé regarder avant, mais sa nouvelle routine lui convient tout aussi bien que l'ancienne. Maintenant qu'elle n'a plus le droit d'utiliser ses pouvoirs, Kara est plus vulnérable que jamais, aussi paradoxal que ce soit pour une fille qui emmène Alex voler en cachette quand celle-ci insiste un peu, et Alex décide de la protéger quoiqu'il arrive.
Elle sera pour Kara la grande sœur qu'elle a toujours voulu avoir.
Ses amis se moquent de Kara, alors elle les envoie bouler. Elle ne parle presque plus à Vicky, mais elle a une nouvelle meilleure amie pour la remplacer. Elle passe tous ses repas avec Kara, lui présente des nouveaux amis qui la méritent et menace de casser le nez de quiquonque ose dire quoi que ce soit contre elle.
A défaut de s'y sentir à la maison, sa sœur se sentira à l'aise sur Terre, Alex fera tout pour.
La différence est une force, elle lui répète en boucle, jusqu'à ce que Kara y croie aussi.
Avoir une petite sœur n'est pas si mal que ça, au final.
Alex a dix-sept ans, et elle s'en va.
Elle est ravie d'aller étudier les sciences qui l'ont toujours fascinées, et elle se sent comme une gamine à l'idée de la faire à Stanford, qui est un nouveau monde de possibilités qui s'ouvre à elle, mais quitter Kara est l'une des choses les plus dur qu'elle fait dans sa vie.
Sa petite sœur croit pouvoir cacher ses émotions subtilement, et pleurer discrètement quand Alex ne regarde pas, mais Alex voit tout. Elle peut voir dans Kara comme dans un livre ouvert, et ce qu'elle y lit lui brise le cœur.
Alex veut lui promettre qu'elle ne la quitte pas et qu'elle reviendra à Midvale dans la seconde où Kara lui demandera, mais elle sait parfaitement que si elle ne part pas, sa sœur ne pourra jamais devenir sa propre personne.
Alors Alex ne dit rien. C'est plus facile comme ça.
Elle jette ses valises dans le coffre de sa mère d'un air faussement détaché, et fait un dernier tour de la maison en clamant qu'elle vérifie de n'avoir rien oublié, le regard de sa sœur lourd sur elle.
Embrasser Kara et la serrer dans ses bras est le plus dur, mais Alex est la grande sœur des deux, et c'est à elle d'être forte.
Un seul mot de Kara, et Alex serait restée.
Mais Kara la laisse s'en aller, et dans la voiture qui les sépare l'une de l'autre, Alex touche son 5-hydroxytryptamine du bout des doigts en se demandant quand sa vie cessera d'être une longue lignée de séparations plus douloureuse les unes que les autres. Elle a besoin de quelqu'un qui reste.
Alex a dix-neuf ans et l'université est exactement comme elle l'avait imaginé – un puits de découvertes.
Midvale est grand, lui avait dit son père. Stanford l'est encore plus.
Beaucoup ont laissé tomber la quête de leur âme-sœur pour passer du bon temps, et les autres se disent qu'ils ont toute la vie pour penser à chercher celui ou celle qui leur est destiné.
Alex fait partie du groupe qui ne désespère pas de le trouver mais, qui n'en font pas une quête personnelle non plus.
Celui qui se rapproche le plus de de son âme sœur qu'elle ait pu trouver pour le moment est son partenaire de labo, Justin. Justin est intelligent, et travailleur, et il la fait rire. Et surtout, il lui a confié que son tatouage se trouve sur sa hanche droite – comme elle.
Alex se demande si ça pourrait être lui. Si l'amitié et le vague fond d'attirance qu'elle ressent pour Justin est censé signifier qu'ils sont destinés l'un pour l'autre. Qu'il est la personne pour elle.
Alex est une scientifique, et en vient à la conclusion qu'il n'y a pas mille façons de vérifier si son hypothèse est nulle ou acceptée.
Et Justin n'avait pas menti. Son tatouage est bien sur sa hanche droite, presque au même endroit que le sien, elle note. Mais au lieu d'une molécule de son C10H12N2O, il a une citation de Niels Bohr.
Alex est déçue, mais elle sort avec Justin pendant deux mois, avant qu'il ne la trompe avec la barista du campus. Alex est blessée, et se sent trahie.
Doucement, elle se fait à l'idée qu'elle ne trouvera peut-être jamais son âme-sœur. Et c'est peut-être mieux ainsi.
Alex a vingt ans, et elle déménage à National City dans l'espoir d'un nouveau départ.
Elle a son premier diplôme de science en poche, et un doctorat dans le viseur, et National City semble être la ville parfaite pour l'obtenir.
Alex a voulu faire le vide après sa débâcle à l'université, et est partie finir ses cliniques à Seattle – loin de Stanford, loin de Justin. Seattle était une belle ville, mais trop loin de sa sœur, et de ce dont elle avait vraiment besoin.
Alors quand Kara lui a à nouveau plus ou moins subtilement parlé d'un appartement à louer près de chez elle, Alex a sauté sur l'occasion.
Bien sûr, Eliza n'a pas vraiment apprécié qu'elle n'emménage pas directement chez Kara et Alex lui a plus ou moins subtilement signifié qu'elle se passait de son avis. Elle est grande, elle sait ce qu'elle fait.
Kara a besoin d'autonomie, pas qu'Alex vienne lui mettre une laisse autour du cou et surveiller ses moindres mouvements, et si sa mère ne le comprend pas alors elle n'a rien compris à Kara.
En vérité, Alex aurait bien emménagé avec sa sœur, tout comme elle serait bien restée à Midvale il y a quelques années, mais elle se dit que son côté de grande sœur surprotectrice trouble son bon jugement. C'est mieux ainsi, elle se répète.
Et puis Kara est assez surexcitée pour elles deux, et Alex la regarde déballer tous ses cartons à la vitesse de l'éclair en souriant.
Sa nouvelle vie commence, mais Alex ne s'aperçoit pas qu'elle est perdue. Elle est la grande sœur dont Kara avait besoin, et essaie d'être la fille qu'Eliza veut avoir, mais personne ne lui demande qui elle veut être elle.
A force de courir dans tous les sens, Alex ne se rend pas compte qu'elle est en train de tomber. Elle est en pleine chute libre, et elle n'a personne pour la rattraper.
Alex a vingt-trois ans, et elle est prise dans une spirale.
Aller en cours, travailler les séances qu'elle a ratées, sortir, boire, rentrer tard et dormir jusqu'à midi en ratant les cours du matin.
Recommencer.
Jour après jour.
Encore, et encore.
Alex déçoit sa mère, et déçoit ses professeurs – malgré ses résultats toujours brillants – et déçoit la mémoire de son père.
Elle le sait. Elle continue quand même.
La seule qu'elle ne déçoit pas, c'est Kara. Sa grande sœur ne peut rien faire de mal dans les yeux de Kara. Alex aime Kara plus que n'importe qui au monde. Et quelque part, tout l'amour et le soutien que lui donne sa petite sœur sont plus lourds dans ses remords que tous les reproches que lui lance Eliza.
Mais la spirale tourne et Alex trouve du confort à tourner avec elle.
Alex ne cherche plus à retrouver celui qui porte sa molécule de 5-hydroxytryptamine sur sa hanche. Elle est convaincue que si elle le trouve, elle le décevra aussi.
Alex a vingt-quatre ans et a laissé tomber la tequila et la fumée pour quelque chose de bien plus excitant.
Elle n'est pas dupe mais elle veut croire qu'Hank l'a recrutée pour ses diplômes et ses capacités, et pas seulement à cause de Kara.
C'est sa chance, et elle ne la laissera pas filer.
Elle s'entraîne tous les jours et elle apprend à maitriser deux choses - toutes les techniques de combats possibles et imaginables, et à cacher les bleus qui lui recouvrent le corps - et c'est plus dur que l'on croit quand on a pour sœur une alien qui a une super vison et super audition et qui entend le moindre souffle irrégulier.
Alex s'en veut de lui cacher la vérité, mais elle sait qu'elle fait ce qui est bien. Elle sait pourquoi elle se bat.
Alex espère qu'elle pourra dire un jour la vérité à Kara. Quand elle regarde le 5-hydroxytryptamine sur sa hanche, elle espère aussi qu'elle n'aura pas non à se cacher à son âme-soeur. Jamais.
Alex a vingt-cinq ans, et elle adore sa nouvelle vie.
Sauf qu'elle est bâtie sur un mensonge.
Il y a deux choses qu'Alex hait avec un son travail au DEO, et qu'elle pense ne jamais pourvoir changer.
Mentir à Kara - et par conséquence à Eliza, et tous ceux qui s'intéressent de plus ou moins près à son travail – ce qu'elle s'était jurée de ne plus faire.
Et toujours être seule.
Alex espère qu'un jour qu'elle réussira à manquer le vide, mais pour l'instant, elle a d'autres préoccupations. Elle n'a pas le temps, et pas le droit de penser à autre chose qu'à son travail.
Entre Kara et le DEO, elle a cessé de rêver à son âme sœur. Si il doit venir, il viendra. Sinon ... la vie continuera pour Alex, comme elle l'a toujours fait.
Peu importe la situation, Alex s'en est toujours sortie. Ce n'est pas prêt de changer.
Alex a vingt-six ans et Kara devient Supergirl.
Alex n'a jamais été aussi anxieuse de sa vie. C'est comme si chaque jour, elle repassait sa thèse - le stress encore et encore. Sauf qu'au lieu de son diplôme, c'est la sécurité de sa soeur qui se joue, et Alex n'a rien de plus précieux au monde.
Elle pense tous les jours au vol 237. Si elle n'avait pas été dessus, Kara n'aurait jamais enfilé le costume rouge et bleu.
Bien sûr, elle ne souhaite pas la mort de ceux qui étaient sur ce vol avec elle mais maintenant que sa petite sœur est devenue l'héroïne attitrée de National City, Alex est constamment sur ses gardes.
Kara affronte des aliens qui font trois fois sa taille, et qui pourraient la broyer aussi facilement qu'une boulette de papier, et Alex ne pourrait rien pour les en empêcher.
A force de penser à protéger Kara, Alex en oublie qu'elle aussi, elle est vulnérable.
Alex a vingt-sept ans et sa rencontre avec Maggie Sawyer met sa vie sens dessus dessous.
La première fois qu'elle croise le chemin du détective Sawyer - sur sa juridiction soit dit en passant - elle est impressionnée par son caractère, mais quand elle apprend à connaître la vraie Maggie, Alex craque totalement.
A part Kara, personne n'avait jamais été aussi franc et brut avec Alex, et chaque question de la détective atteint sa cible en plein coeur. Alex ne savait pas qui elle était avant Maggie, et après s'être laissé à l'abandon pendant des années, c'est comme si elle se découvrait à nouveau.
Maggie bouscule tous ses codes et balaie toutes ses certitudes d'un revers de main, et Alex tombe amoureuse avant même d'avoir pu comprendre ce qui lui arrivait.
Mais elle ne peut pas lui dire. Sans qu'elle ne comprenne pourquoi, Maggie devient distante avec elle dès qu'elle tente de lui parler de ses sentiments, et Alex a du mal à cacher sa déception. Elle avait pourtant cru voir dans les yeux de Maggie quelque chose qu'elle avait rarement vu auparavant.
Mais si Maggie croit qu'elle va pouvoir repousser Alex Danvers longtemps, elle se trompe. Alex est un agent spécial - un soldat - et dans son monde, on ne renonce pas. On se bat pour ce que l'on croit juste.
Et la persévérance et l'obstination que lui ont reprochés tant de monde au cours de sa vie finit par payer. Quand on sonne à sa porte ce soir-là, peut-être au moment où elle s'y attendait le moins, Alex n'a le temps de rien dire que déjà Maggie lui annonce qu'elle est sûre d'avoir trouvé son âme-soeur.
Alex ne comprend pas tout de suite de qui veut parler la détective, et s'apprête à dissimuler sa jalousie comme elle le peut quand Maggie abaisse légèrement sa ceinture, dévoilant la marque qui couvre sa hanche droite.
Et là, sous les yeux émerveillés d'Alex, ses doigts découvrent sa molécule de sérotonine. Son C10H12N2O.
La sérotonine dit Maggie, et Alex pourrait jurer que ses yeux brillent plus qu'un gamin, ou que sa petite soeur, devant le sapin de Noël.
La 5-hydroxytryptamine corrige Alex par réflexe, et Maggie sourit tellement grand qu'Alex sent son cœur battre si fort que Kara doit pouvoir l'entendre à l'autre bout de la ville.
Alex n'a jamais autant aimé la chimie.
Alex a vingt-huit ans, et dans deux mois, tous les rêves qu'elle s'est interdit d'avoir pendant des années deviendront réalité.
Alex a encore du mal à croire ce qu'est devenu sa vie. Elle a du mal à croire qu'elle est excitée à l'idée d'aller choisir les robes de demoiselles d'honneur avec Kara dans trois jours, ou qu'elle adorerait participer à une dégustation des pièces montées un jour, et encore que tous les gens qui sont en train de discuter dans la pièce sont venus pour célébrer ses fiançailles.
La seule chose qui rend le rêve réel est le poids de la bague de fiançailles que Maggie a glissé à son doigt il y a quelque mois.
Alex peut voir au bout de la pièce sa fiancée répondre en riant aux questions dont la bombardent Winn et Kara, et J'onn qui l'aperçoit, lui sourire fièrement. Elle va lui demander de l'amener à l'autel tout à l'heure. Les rires résonnent dans ses oreilles, et au regard fier de J'onn s'ajoute celui de sa mère, et Alex se sentirait accablée de tant d'émotions si elle ne commençait pas à en avoir l'habitude. C'est sa vie, à présent.
Elle sait bien que sa vie sera toujours pleine de dangers et de rebondissements, mais Maggie sera à ses côtés pour chacun d'entre eux.
Alex a décidé qu'elle se marierait dans une robe qui laissera visible sa 5-hydroxytryptamine, quoiqu'en disent Eliza et Kara. Après tout, la chimie n'a jamais tort.
