Le deuxième thème est Atmosphère.
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Livre 1 : Prisonniers
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Chapitre 2 :
Le jour suivant, Ace nota comme une sensible froideur de la part d'Archie. Il se demanda ce qui l'avait poussé la veille à parler de ses frères. L'alcool, sans doute, et la perspective peu réjouissante des prochains mois.
En tout cas, et malgré son attitude envers son capitaine, l'homme était un bon second, et il continua de faire régner l'ordre parmi l'équipage, s'assurant que tout le monde était à son poste et que le bateau filait droit sur son cap. Il n'y avait pas à dire, c'était un marin digne de respect.
La brise, hélas, était presque tombée, ce qui n'avait rien d'étonnant vu que le bateau s'approchait de Calm Belt. Bientôt, les portes de la Justice apparaîtraient à l'horizon. En attendant, les voiles tentaient de capter le moindre courant d'air.
Ace, à peu près insensible à la gueule de bois, l'était en revanche moins à la mélancolie que la conversation de la veille avait éveillée. Il regarda son biceps où un S et un L s'entrelaçaient. Ça faisait encore mal. Tout allait bien. Il n'était pas devenu comme Papy.
Si ça faisait encore mal au cœur, c'est que le cœur était vivant.
Sur un navire bien entretenu, avec un bon second et un vent décent, il y a parfois pour le capitaine des heures creuses. Bien sûr, il trouverait toujours quelque chose à faire dans sa cabine, mais il n'en avait pas envie.
Il sentait le soleil sur sa peau, et il aspirait à sa douceur et à sa chaleur. Qui sait combien de temps s'écoulerait avant qu'il ne puisse à nouveau jouir de l'air de la mer ?
Il avait été assigné à Impel Down, afin d'y garder Marco le Phénix.
Dès que la nouvelle de la capture du second de Barbe-Blanche était arrivée à la Marine, ceux-ci avaient immédiatement cherché à trouver un moyen de contrer le feu du phénix par un autre feu, plus puissant, du moins l'espéraient-ils. En effet, même bardé de chaînes, le pouvoir du phénix était dangereux. Si Marco arrivait à échapper un instant à ses chaînes, fusse en coupant ses membres, il serait immédiatement guéri et prêt à s'évader.
De toutes manières, même dénué du pouvoir de son fruit du démon, le second de Barbe-Blanche était redoutable.
Voilà pourquoi il se retrouvait forcé à descendre dans cet antre qu'on appelait Impel Down. Ace détestait la prison. Il ne s'y était rendu que deux fois, mais chaque voyage avait ravivé sa colère contre le Gouvernement Mondial, et contre son grand-père.
Il savait qu'il était un élément dangereux, instable. Il savait qu'il avait besoin d'être contrôlé, et que l'alternative d'entrer dans la Marine que lui avait proposé son grand-père était encore la plus douce.
Mais même ainsi, il ne voulait pas être complice de quelque chose comme Impel Down.
L'amertume au cœur, il se rappela qu'il n'avait pas le choix. C'était le prix à payer pour sa faute.
« Capitaine. » Archie vint l'interrompre au milieu de ses pensées. « On vient de recevoir un message, monsieur, Enies Lobby a été attaquée. »
Ace se mit à rire.
« Attaquée ? Il y a des malades qui ont osé s'attaquer à Enies Lobby ? »
Face à une telle folie, Ace hésita en lui-même entre l'admiration et la pitié.
« Et alors ? demanda-t-il nonchalamment, ne s'imaginant déjà que trop la réponse.
— L'île a été dévastée capitaine. L'équipage de Chapeau de Paille est en fuite. »
Ace ouvrit des grands yeux. Enies Lobby, dévastée ? Et par un inconnu encore ? Parce que Chapeau de Paille, ça ne lui disait rien. Parmi tous les pirates de Paradise, si rares étaient ceux qui survivaient au Nouveau-Monde que Ace ne se souciait pas d'apprendre leur surnom stupide. Néanmoins, détruire l'île judiciaire et arriver à s'en sortir, voilà un exploit qui resterait dans les annales. Peut-être devrait-il retenir ce nom-là.
« C'est impressionnant.
— Oui, monsieur. Et aussi l'enfant-démon, Nico Robin, a été capturée. »
Archie semblait soulagé, comme s'il avait eu lui-même à redouter personnellement quelque chose de la tristement célèbre criminelle.
« Oh, » fit simplement Ace, qui s'y connaissait en enfant-démon et songeait que personne, jamais, n'aurait dû porter ce nom. « Je suppose que je la retrouverai là-bas, » ajouta-t-il d'un ton sinistre.
Puis il se détourna, et regarda l'horizon, tâchant d'éviter de penser qu'il aurait pu lui aussi être capturé et jeté en prison pour le sang que ses veines charriaient. L'enfant-maudite d'Ohara, l'enfant-maudit de Gol D Roger.
Ace baissa la tête. Dans quelques heures, il serait dans l'atmosphère viciée et pernicieuse d'Impel Down.
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Marco rêvait.
C'était un rêve familier, qu'il avait fait des milliers de fois et qui s'était réalisé tout autant de fois à l'état de veille : Marco rêvait qu'il volait.
Il n'y avait rien entre lui, le ciel et la mer que des paresseux nuages gris qui s'effilochaient là-bas, très loin, en tempêtes qui ne pourraient jamais l'atteindre.
Il sentait le vent dans ses plumes, et la chaleur, celle de son feu, celle du soleil.
Il était libre, et il était heureux. Il n'y avait pas de soucis ou de chagrin qui ne pâlissent devant la promesse d'éternité que représentaient l'infini du ciel et de la mer.
Et tout à coup, le rêve changea. Tout à coup, les plumes disparurent en cendre jusqu'à ne laisser que ses bras, des faibles bras d'humain qui ne pouvaient plus le maintenir en l'air. Bientôt, il se sentit tomber.
Et Marco comprit, avec une certitude glacée, qu'il allait mourir.
Son sursaut réveilla Thatch, qui ne manqua pas de râler, puis en entendant sa respiration haletante risqua un : « Ça va, mon vieux ?
— Je tombais, dit Marco avec une petite voix, une voix qu'il détesta et qui ressemblait à celle d'un enfant terrifié. Je n'avais plus mes ailes… »
Et bien sûr qu'il n'avait plus ses ailes. Il était bardé de granit marin comme une dinde servie à la table d'un notable un soir de fête. La seule raison pour laquelle il n'en avait pas dans le cul c'est que les Marines avaient préféré y coller la tête de Thatch.
Il n'éprouvait qu'un maigre réconfort à être réveillé. Certes, il n'avait plus cette sensation de tomber : il en avait la certitude. À tout prendre, l'un ne valait pas mieux que l'autre.
Il gigota, tâchant pour la millième fois de trouver une position plus confortable, sachant pourtant à quel point c'était vain. Et puis la cellule puait, elle puait la sueur rance, la pisse et la peur. Thatch puait, il puait sans aucun doute, l'atmosphère était épaisse et lourde.
Cependant, un courant d'air arrivait de temps en temps lorsque le Marine de garde changeait de tour et Marco avait la terrible certitude que ce serait quelque chose qu'il regretterait à Impel Down, ce simple petit courant d'air.
La chute lui rappela Teach. C'était devant Teach qu'il était tombé. Et pourtant, non, il ne pouvait pas le regretter. L'homme devait être puni, cela au moins c'était une certitude.
Quel dommage que la certitude de sa propre force se soit émoussée contre la toute-puissance du fruit des Ténèbres. Marco était heureux de ne pas avoir laissé Thatch seul dans sa quête de vengeance, mais il fallait reconnaître que le résultat n'était guère brillant.
Et Pops, que dirait Pops en apprenant que ses fils étaient enfermés à Impel Down ? Ils avaient été fous de partir malgré les pressentiments de leur capitaine.
Ils auraient dû écouter la voix de leur père.
Marco espérait juste que le prix à payer pour cette inconséquence ne serait que sa propre vie, et celle de Thatch. Que leur sang soit le seul à couler.
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Qui est ce mystérieux Chapeau de Paille qui attaque Enies Lobby ? On se le demande ! Et Robin a été capturée ! *câlin Robin* Je suis désolée que ça soit tombé sur toi, mais apparemment, j'avais envie de te coller à Impel Down.
