Merci cette fois à Neechu ! Les filles, vous voulez juste creuser ma dette à l'Épidémie, pas vrai ?

Le sixième thème est Obéir.


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Livre 1 : Prisonniers

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Chapitre 6 :

Ace se sentait devenir fou, peu à peu. L'ennui le corrodait comme un acide, et il sentait ses nerfs flanchés sous la constante épreuve qu'était la surveillance de Marco le Phénix.

En lui-même, le prisonnier n'était pas particulièrement pénible. C'était l'ambiance générale, ce courant constant d'insultes, l'atmosphère lourde et viciée, le manque d'air et de soleil qui le secouaient. Il n'avait plus d'appétit et quand il dormait, c'était d'un sommeil lourd et anxieux qui le laissait presque aussi épuisé que la veille.

Il ne savait pas combien de temps il serait capable de s'en tenir aux ordres. Il avait entendu dire qu'on préparait l'exécution du Phénix, et cette horrible nouvelle était son seul espoir.

Ace n'en avait rien communiqué à son prisonnier. Il n'avait pas reçu d'ordre précis concernant cette information, mais il ne voyait pas l'intérêt de le lui communiquer. Peut-être que cela aurait été charitable de lui permettre de se préparer à la mort, mais une espèce de pudeur mal placée retenait Ace.

Il ne voulait pas annoncer sa mort à un homme qui ne lui avait rien fait. Il n'était pas fait pour être gardien de prison.

Il se demandait à quoi rimait sa vie, maintenant qu'il était réduit à cette condition-là. Obéir toute sa vie aux ordres de son grand-père l'avait donc amené là, à Impel Down ? Même s'il était du bon côté des barreaux, il avait du mal à voir la différence

Et bientôt, il ne devait plus du tout la voir.

À l'issue d'un de ses interminables tours de garde, il décida de sortir. Il savait que cela était défendu mais après tout, il ne voulait que monter jusqu'au niveau 0, afin de respirer un air plus pur que l'air vicié de la salle des gardes et peut-être entrapercevoir un rayon de soleil.

On l'en avait empêché. Ce n'était pas seulement qu'il n'avait pas le droit de sortir de la prison pour aller ne serait-ce que sur les quais, c'est qu'il lui était défendu même de monter à l'étage le moins gardé de la prison. Dans quel sens devait-il interprété cet ordre ? Qu'avait-on à craindre de le voir à l'air libre ?

Il avait été tenté de se forcer un passage, mais quelque chose l'en avait empêché. La peur de la certitude.

Ace ne comprenait pas pourquoi, et ça le rendait fou. Et si l'exécution du Phénix ne mettait pas un terme à sa terrible et épuisante garde ? Et si, finalement, il était vraiment enfermé, et sans même le savoir, au niveau le plus profond d'Impel Down ?

C'était possible, il avait toujours su que c'était possible. Mais c'était alors une réalité lointaine qui ne voulait pas dire grand chose. On ne connaissait la prison qu'en y vivant.

Et depuis des semaines qu'il était enfermé à Impel Down, c'était justement devenu sa réalité.

Lorsqu'il pensait à tout ça, il avait envie de hurler et il s'apercevait que peu à peu son regard changeait. Il en venait à craindre les gardes, et à comprendre les prisonniers. Les chaines de granit marin qui l'avaient toujours mis mal à l'aise commencèrent à lui inspirer une vraie terreur alors qu'il voyait venir l'heure où on les lui passerait autour des poignets. Il préférait mourir que de souffrir pour toute sa vie dans cette semi-obscurité étouffante, au milieu des insultes et des quolibets sans même le réconfort de son feu.

Il n'avait jamais obéi par crainte. Il avait toujours gardé envers ses supérieurs cette attitude plus que problématique qui lui avait valu son lot de réprimandes et de coups.

Il regrettait à présent de n'avoir pas été plus docile, parce qu'Ace, qui n'avait plus rien craint depuis que la mort lui avait arraché Sabo puis Luffy, avait peur. Et la question obsédante tournait dans sa tête : Est-ce que Papy, le dernier être qu'il aimait encore sur cette terre, l'avait trahi ?

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Les jours s'étiraient, ennuyeux. Au moins, Marco avait-il la présence de Nico Robin, ce qui était plus que son gardien qui s'étiolait à vu d'œil. Et c'était beaucoup dire dans cette perpétuelle obscurité, mais l'être humain finissait par s'accoutumer à tout, l'œil comme le reste s'habituant au manque de lumière.

En plus, le feu du gamin avait perdu de sa qualité. C'était presque vexant qu'on lui ait collé un tel bleu sur les bras. Certes, il était le seul à disposer d'un geôlier particulier, mais tant qu'à faire, il aurait fallu qu'il soit un peu plus costaud. Marco n'aurait pas cru qu'il s'épuiserait si vite.

Cela l'embêtait, dans un sens.

Il avait espéré trouver dans sa gentillesse de la complaisance, dans sa complaisance de la complicité. Mais il avait besoin d'alliés solides. Marco avait en effet, au milieu de tant d'ennui, pris sa résolution : il allait s'échapper d'Impel Down. Certes, personne ne l'avait fait avant, même si nombreux étaient ceux qui avait dû essayer, mais ça n'était pas une raison pour renoncer d'avance.

Il n'avait pas parlé de son plan à sa compagne de cellule, non par crainte qu'elle le trahisse mais parce qu'il n'avait pas envie de s'entendre opposer les raisons que sa folie la pousserait immanquablement à évoquer.

Pauvre femme. S'il pouvait cependant, il l'emmènerait. Elle ne méritait pas d'être coincée ici et il ne fallait pas sous-estimer la puissance d'une femme qui avait réussi à échapper pendant presque vingt ans au Gouvernement Mondial, et ce, depuis l'enfance.

Après, comment s'échapper avec des chaînes aux pieds et aux mains et, plus handicapant encore, un collier en granit marin ? Marco n'avait jamais été décapité, et même lui doutait de la capacité de récupération du phénix dans ce cas précis. Certes, dans le pire des cas, il ressusciterait tout de même, mais sous la forme d'un bébé.

Ça n'était guère utile pour un éventuel plan d'évasion.

Et soudain, cela le frappa comme un éclair. Une femme forte. Un bébé. Le visage de son geôlier lui était devenu familier, et il n'avait pu s'empêcher de se dire que c'était par l'habitude de le voir, mais un autre visage se superposait.

Le visage fatigué d'une femme, que sa grossesse épuisait. Une femme exceptionnelle au visage constellé de tâches de rousseur à qui Pops l'avait envoyé discrètement.

« Elle était précieuse pour Roger. » Pops avait été très triste de la mort de son plus terrible rival. C'était presque autant un ennemi qu'un ami.

Cette femme avait eu un bébé, mais elle avait dédaigné leur aide, mettant au contraire l'enfant sous la garde de Garp, le Marine qui avait arrêté Roger.

Comment s'appelait-elle, déjà ?

« Rouge, murmura-t-il tout bas après de longue minutes passées à stimuler son cerveau engourdi par l'ennui. Portgas D Rouge. »

Puis, tout haut, à son geôlier : « Hey, le môme, t'es pas de la famille de Garp ?

— C'est mon grand-père, » fit le gosse, tellement surpris qu'il ne pensa pas à lui envoyer une flamme en guise de réponse.

Marco se mit à rire.

« Non, fit-il tout bas, non, certainement pas. Oh, je te connais maintenant. »

La voie de la liberté s'ouvrait tout droit devant lui. Et elle avait la tête du fils de Portgas D Rouge et de Gol D Roger.

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Ahah, il était deux heures du matin et je commençais vraiment à fatiguer après cinq heures à écrire, ce qui explique ce surprenant retournement de situation. J'espère que ce n'est pas trop capillotracté, quand même. En tout cas, câlin Ace, c'est moche ce qui t'arrive.