Chapitre 3

Jour 2

Sakura avait fermé les yeux, mais n'avait pas dormi pour autant. Vautrée dans les bras musclés de Shino, elle n'osait pas bouger. C'était si calme ici. Il n'y avait plus aucun bruit et cela la rendait encore plus nerveuse. Où étaient-ils ? Attendaient-ils le moment propice pour les attaquer ? Shino sentit de nouveaux tremblements de la part d'Haruno. Il ne savait pas par quelle question commencer.

-Tu crois que Naruto…

-J'en sais rien.

Par cette offusquante réponse, il se détacha du corps de la jeune kunoichi, alla s'asseoir sur une chaise et laissa la lumière du jour éclairer son visage caché.

-Tu as un diagnostic, demanda-t-il en se faisant insistant.

-… Je n'ai rien lu sur ce sujet.

-Qu'en penses-tu ?

-J'en sais rien.

-Un petit effort.

-J'EN SAIS RIEN !

Un bruit coupa sa colère d'un trait. Shino la regarda sévèrement. Elle venait de leur révéler leur cachette. Des lamentations grotesques s'avançaient vers eux. Ils pouvaient sentir l'odeur pestilentielle de la charogne gagner la salle, leur abri. Ils virent une ombre se déplacer sous la porte. Ce monstre les cherchait.

-Il sait que nous sommes ici, chuchota Aburame.

-Et il est seul…

Shino eut un moment d'hésitation devant le nouveau regard qu'affichait son amie. Un visage ravageur qui semblait vouloir tout détruire. Elle se leva, la tête basse, les yeux rivés sur la porte. Elle empoigna une chaise, la fracassa contre le mur sous un Shino inquiet. La bête commença à frapper, pour entrer. Sakura arracha la patte de la chaise. Des clous sur la base, l'homme comprit les intentions suicidaires de sa compagne. Il se releva, mit la main sur la poignée, la tourna et l'ouvrit d'un trait. Dans un cri rageur, Sakura s'élança vers le mort, assimilant de violents coups de matraque dans le crâne de son adversaire. Les clous entraient et sortaient de la chair, laissant le sang gicler partout dans la salle. Le corps, inerte, tomba sur le sol. Aburame referma la porte, tentant de reprendre son souffle. Pleurant de rage, Sakura s'agenouilla au pied de la femme. Shino serra les dents, ne voulant pas devenir trop émotif. Sur ses gardes, il suppliait du regard, Sakura pour qu'elle n'élève pas plus la voix.

-Ino… Je suis… tellement désolée.

Le sang coulait le long de ses cheveux rosés, allant se perdre dans des larmes de rage. Elle ne prenait même plus le temps d'avaler, laissant d'elle le pire portrait que le jeune homme avait vu de cette personne. Une tête apparue par la fenêtre. Haletant Shino se retourna brusquement.

-Doucement les jeunes, se méfia Kakashi. Je vous ai entendu, et malheureusement, il n'y a pas que moi.

-Il faut partir d'ici, Sakura, lui tendit la main son ami.

-Ce que tu es lourd, se plaignit une voix à l'extérieur.

-Remontez-moi, lança nonchalant Kakashi.

Un bruit sourd parvint à leurs oreilles. Les ombres empêchaient maintenant de voir sous la porte. Shino empoigna Sakura par les cheveux.

-Ressaissis-toi ! Il faut déguerpir, et vite !

Les gonds de la porte menaçaient de céder. Haruno se leva difficilement avant d'accourir vers la main que lui tendait son ancien maître. Telle une explosion, le verre et le métal s'étalèrent sur le sol. Sakura disparu sur le toit. Shino se précipita vers la fenêtre.

-Vite !

Kakashi faisait son possible, mais il était épuisé. Il tendit la main au jeune homme. Il le tira vers lui, mais un cri le retint.

-Ils me retiennent par la jambe !

Se débattant, Hatake, faillit presque tomber. Kurenai et Ibiki vint l'aider. Shino donna un dernier coup de pied sur le nez d'un des monstres ayant dans la bouche son propre sang. Il s'élança dans le vide, mettant la force de son sauveur en péril.

-Ne lâche pas ma main !

Ils le remontèrent et le cloîtrèrent sur le sol. Ne comprenant pas ce qui se passait, Aburame s'agita. On trancha le pantalon émasculé de sang du patient. Sakura prit son visage dans ses mains, lui mit un bout de tissu dans la bouche. Une douleur effroyable le tenaillait. Il bougeait tellement que ses lunettes glissèrent de son nez, affichant des yeux humides et troublés par l'incompréhension. Il n'arrivait plus à respirer normalement tellement il souffrait. Il ne pouvait pas crier, mais s'il avait pu, on l'aurait entendu à des kilomètres à la ronde.

-Bloquez l'hémorragie, vite !

Il voulut regarder ce qui se passait, mais Sakura, mit ses mains sur ses yeux. Lorsque qu'elle les retira, Aburame s'était évanoui. Kakashi regarda dédaigneusement les monstres se rapatrier en dessous de lui.

-Vous avez faim, hien ?! Vous n'en avez jamais assez ?! Amusez-vous avec ça !

Il largua une jambe ensanglantée dans le rassemblement des insatiables. Tous se battaient pour ce seul bout de chair. L'argenté se retourna, l'air macabre, vers les survivants.

-Alors, que sait-on, grogna-t-il.

Personne ne répondit comme si ce sujet était interdit.

-Alors !

-Kakashi, ce n'est peut-être pas le moment, chuchota Kurenai.

-… Ils mangent les humains, ajouta Ibiki.

-Mais bravo, ironisa méchamment Hatake, tu as trouvé ça tout seul ?

-Ne disjoncte pas, Kakashi.

-Disjonter ? Tu as vu ce qu'ils font ?! Il faut les arrêter et tout de suite.

-Pour l'instant, il n'y a plus rien a sauver. Prenons le temps d'analyser la situation pendant qu'ils sont encore cloîtrés dans Konoha.

-C'est ce que j'essaie de faire, mais personne ne répond !

-Ninja sans peur ou émotions, s'engagea Kurenai, foutaise… Laisse-nous le temps de revenir à la réalité.

Kakashi frappa contre une cheminée. Son visage se crispa sous la douleur. Il ne possédait plus autant de force que jadis. Sans le chakra… qu'était un ninja ? Une poupée de chiffon? Que de la simple nourriture ?

Kiba, dos à dos avec sa soeur, regardait dans le vague. La lumière du jour ne pénétrait pas là où il se cachait. Le bruit et le crépitement des hommes et femmes souillés n'avaient cessé de se fracasser contre les murs de la salle. Il ne savait pas combien de temps encore cette barrière tiendrait et il n'y avait pas de sortie profitable. Akamaru à ses côtés, il se colla à lui, l'agrippant presque violement. Il n'en pouvait plus de tous ces bruits. D'entendre les voix de gens qu'il connaissait, hurler, agoniser. Hinata était assise, accoté sur la porte. Comme pour imprégner les souffrances de ces créatures dans son cerveau, elle écoutait. Elle sentait chaque vibration que chaque individu faisait en grafignant, frappant ce qui les retenait hors de portée de leur nourriture.

Une dizaine de civils restaient là, silencieux, ne comprenant pas la situation. Kiba aperçu Iruka, avec dans les bras une fillette apeurée. Arborant un visage monotone, il semblait ne plus exister. Un homme se releva brusquement, pointant un coin du refuge. La lumière commençait à percer. Ils allaient entrer. Akamaru se mit à grogner, comme s'il comprenait la situation. Une main passa au travers du mur. Les gens se mirent à s'agiter silencieusement. Se disloquant les membres, ne faisant pas attention au mal que cela lui procurait, le monstre n'avait qu'une idée en tête ; entrer.

Le trou se faisait de plus en plus gros, bientôt, il passa son buste. Kiba jeta un coup d'oeil à Hinata qui ne semblait pas se préoccuper de la situation critique. Akamaru commença à lui licher les mains. Avec un air triste, il se frotta contre lui.

-Ne fais pas ça !

Mais le chien n'écouta pas son maître. Il mordit Kiba de toutes ses forces, aspirant le sang de son bras. Le garçon se mit à crier de douleur et Akamaru fonça vers le mort-vivant. Donnant de puissants coups de mâchoire, faisant reculer son adversaire, il disparut par le trou sous le regard découragé de Kiba qui hurlait de rage. Il entendit son chien chigner, se débattre. Les sons s'estompèrent. Les monstres assoiffés disparurent.

-Il faut y aller, insista Iruka.

Les gens ne prêtèrent pas attention à Hinata et ouvrirent la porte, la piétinant sauvagement. La soeur de Kiba attrapa son frère par le bras, l'amenant à l'extérieur. Iruka s'aperçut de l'état de la jeune Hyuuga. La petite fille dans les bras, il la supplia de s'accrocher à son dos. La gamine s'exécuta, ne savant pas vraiment ce qui se passait. L'homme à la cicatrice agrippa difficilement Hinata avant de se mettre à courser vers les survivants qui se dispersaient.

-Kakashi ! s'étonna Sakura. Des survivants ! Il faut les aider, les monstres reviennent vers eux !

Le grand ninja alla chercher une corde et fit un noeud coulissant. Les deux autres adultes firent de même.

-Par ici, s'écria Haruno en pointant Kiba et sa soeur.

Haletants, les Inuzuka firent signe à ceux qui les suivaient de venir vers eux. Deux cordes à leur hauteur, ils passèrent les noeuds à la taille des gens. Kiba entendit le cri d'une femme au loin. Ils s'amenaient déjà.

-Nous n'aurons pas le temps, Kakashi !

-Il faut essayer, Kurenai.

-Dites-leur de partir !

-Pour aller où ?!

Kurenai observa les trois dernières personnes qui restaient. Ils relancèrent les cordes. Les morts s'avançaient trop vite. Kiba attacha la dernière personne avant de s'apercevoir qu'Hinata manquait à l'appel. Il se retourna d'un coup, mais ce qu'il vit l'empêcha d'avoir une seule once d'espoir. Une corde s'attacha à sa taille.

-Je t'aime petit frère.

Kiba voulut empoigner les vêtements de sa soeur, mais il était trop tard, on le remontait. Il se débattit en la voyant s'enfuir. Ces chiens couraient après cette viande fraîche sans se poser de question.

-NON!! Reviens !!

Kakashi attrapa le jeune Inuzuka, qui ne cessait pas de bouger. Il l'échappa presque, mais Sakura, vint l'aider.

-Laissez-moi ! Lâchez-moi !

Un coup de poing le maintint au sol. Un bleu sur la joue, il commença à sangloter. En petite boule, il tremblait de tous ces membres. Rien ne se passait comme il le voulait ! Ça le rendait malade!

-Akamaru…

-Merci, Sakura, dit Kakashi en mettant une lourde main sur son épaule. Si tu ne l'avais pas maîtrisé, je pense qu'on l'aurait perdu.

Cloîtré dans une chambre froide, Chôji s'avança vers la porte. Il y déposa une main fébrile et tourna la poignée. Il regarda de gauche à droite, mais ne vit rien. Il s'engouffra dans la cuisine, observant avec horreur le cadavre de son père, une hache plantée dans son crâne. Ses longs cheveux bourgogne étaient devenus ternes. Il empoigna un couteau de boucherie, serrant les dents. Il entendit une porte claquer. Prenant son élan, il se précipita sur le monstre.

-Attends !

À quelques centimètres de sa gorge, la lame s'écarta. Reprenant son souffle, Anko regarda par la fenêtre.

-Je ne croyais pas voir quelqu'un de vivant ici, souligna-t-elle.

-Il y en a encore ?

-Encore ? Tu te fous ma gueule ! Soustrais cent à 10 000 habitants. Voilà le chiffre que nous propose cette merde !

-Mais, Chôji sembla éberluqué, cela veut dire qu'il n'y a presque pas de survivants…

-C'est à peu près cela, ajouta-t-elle avec arrogance. Il y avait maître Gaï avec moi, mais on s'est perdu de vue.

Elle chercha du regard une arme appropriée. Elle agrippa une lance, qu'elle brandit avec une fierté mal placée.

-J'ai vu Kakashi et d'autres survivants sur un des toits de Konoha. Je ne sais pas quel, mais je trouverai. Arg.. Ils arrivent déjà. Ils ont trouvé l'escalier plus vite que prévu, ricana-t-elle sarcastiquement. À mon signal, on fonce !

-Je n'irai pas avec toi. Si je reste là où j'étais, je ne pourrai pas mourir de faim et je serai protégé.

-Protégé ? Mon petit Akimichi, commença-t-elle en approchant son visage du garçon. Ces bêtes sont attirées par le sang humain. Ils sentiront ta présence et viendront tous frapper à ta porte. Tu auras beau vivre, mais jamais tu ne pourras sortir parce que finalement, tu seras le dernier survivant. Tu seras seul, séquestré dans ta propre tombe. Et comme tu seras leur seule nourriture, ils viendront tous. Empilé les uns sur les autres, créant un mur de sang et de chair. Si tu restes ici, personne ne pensera à venir te chercher et tu demeuras dans le noir, agonisant et parlant tout seul comme un pauvre taré.

-… J'suis prêt.

-Bien.

Elle sortit un kunaï de son manteau et entailla la joue de Chôji.

-Oups, désolée !

Elle lança l'arme le plus loin possible. Sentant l'odeur du sang frai, les monstres se dirigèrent vers le piège. Un énorme filet les attrapa, les maintenant dans les airs.

-Maintenant !

Les deux ninja sortirent de la maison, et se mirent à courir vers la place centrale. Anko s'arrêta sec, élevant sa lance.

-Un petit combat, ça te dit ? fit-elle, enragée.

Elle s'élança sur le premier arrivant, planta son arme dans sa bouche. Aussitôt mort, elle se retourna pour en massacre un autre. Les dents d'une des créatures effleurèrent les cuisses d'Anko. Chôji assimila un coup sur le mort-vivant qui se traînait par terre.

-Si je ne survis pas, tu diras aux autres qu'il faut irradier cette menace de cet endroit. Si on les prend un par un, on n'aura aucun problème !

Les yeux du garçon se plissèrent. Une meute se dressait devant eux. Hors d'elle, Anko se précipita vers eux. Chôji l'attrapa par le manteau. Elle lui jeta un coup d'oeil meurtrier avant d'agripper le bras du jeune homme et de l'entraîner dans une ruelle.

Naruto regardait l'agitation avec attention. Il aperçut deux ninja courir vers la mort. Prenant une grande respiration, il voulut les prévenir.

-Pas par là !

Ils ne semblaient pas l'entendre, mais ne cessa pas de les alerter. Ils montèrent dans une échelle au soulagement de Lee. Chôji se retourna vers eux, leur faisant signe qu'il les avait vus. Gros-sourcils se retourna brusquement. Le blond se tut. Des gens fracassaient la trappe qui menait au toit.

-Il faut aller les rejoindre, précisa Lee.

-Comment ? Nous sommes si haut…

-Par cette corde.

-Elle va céder sous notre poids, s'emporta Naruto en sentant les vibrations devenir plus insistantes.

-Ce n'est pas ce qu'on veut ?

Ils entendirent le bruit du métal se déchirant. Uzumaki fit signe à son ami de venir, mais celui-ci ne bougea pas.

-Il est mort ! Il faut y aller !

-Que vous ont-ils fait, maître…

Des larmes se mirent à couler le long des joues de Lee. Naruto s'élança vers son camarade, mais celui-ci s'écarta. D'autres monstres arrivaient. Le blond commençait à vraiment paniquer.

-J'ai toujours eu envie de me battre contre maître Gaï… Va-t-en Naruto.

Perdu, Naruto se recula lorsqu'on tenta de le frapper. Lee le prit à la gorge et l'amena de force à la corde. Il le regarda une dernière fois avant de se jeter vers les infectés. Un d'eux passa son chemin, s'élançant sur Naruto. Le jeune homme se laissa tomber dans le vide tel un ange aux yeux aussi bleus qu'un ciel d'été.

Fin du chapitre 3

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