Chapitre 2 : L'heure du changement
Dès qu'ils furent de retour au manoir Malefoy, Bellatrix jeta son manteau et son chapeau au sol, libérant ses boucles brunes qui cascadèrent dans son dos. Malgré ses vêtements masculins, elle gardait une féminité et une allure à peine entachées par ses années de prison. Pas le moins du monde admirative, Narcissa poussa une exclamation outrée avant de demander sarcastiquement :
- Suis-je censée ramasser ?
- Hein ? Oh, c'est vrai... soupira Bellatrix. Vous n'avez plus d'elfe. J'ai du mal à m'y faire.
La Mangemort sortit sa baguette et fit léviter les vêtements jusqu'au porte-manteau près de l'entrée. Puis elle alla ouvrir la porte du salon en annonçant :
- Je veux du vin.
Bellatrix trouva Lucius déjà confortablement installé devant sa cheminée de marbre sculptée, un verre de Superior Red à la main. Il lui lança un regard noir en avalant la dernière gorgée de vin rouge, souhaitant lui faire comprendre qu'elle n'avait rien à exiger dans cette maison. Bellatrix s'installa dans le fauteuil face à lui, avec un air de défi. Quant à Narcissa et Drago, ils occupèrent sagement le canapé. La maîtresse de maison adressa une demande silencieuse à son mari d'un regard. Lucius prit un air agacé, mais il fit quand même apparaître une nouvelle bouteille de vin pour en offrir un verre à sa femme.
- Quelle pitié que tu en sois réduit à te servir toi-même, se moqua Bellatrix. Le grand Lucius Malefoy...
- J'ai toujours su que tu te sentais inférieure à moi, répliqua-t-il en se redressant dans son fauteuil tel un roi. Après tout, c'est à moi que le maître a confié la mission.
- Un mot de plus... et je t'envoie rejoindre ton cher papa ! menaça-t-elle sauvagement.
- Bellatrix, intervint sèchement sa sœur. Je t'interdis de menacer ma famille.
Narcissa lui tendit son verre de vin pour la calmer. Bellatrix sirota le nectar rouge d'un air revêche. Puis elle ricanna sombrement :
- Ta famille...
Drago sursauta violemment lorsque sa mère se leva d'un bond pour balayer d'un geste le verre que tenait Bellatrix. Le calice alla s'écraser dans l'âtre et l'alcool attisa le feu. Les flammes éclairèrent alors le visage furieux de Narcissa. Elle était littéralement folle de rage. Ce n'était pas la première fois que Drago voyait sa mère s'emporter, mais il ne l'avait encore jamais vue s'attaquer à Bellatrix.
- Narcissa ! gronda Lucius.
Le souffle coupé par la rage, elle se tourna vers son mari qui la fixait d'un regard pénétrant, lui conseillant silencieusement de se calmer. Drago observa successivement ses parents. "Qu'est-ce qui se passe ?" s'interrogea-t-il. Finalement, Narcissa dressa la tête avec dignité et quitta la pièce, le dos raide. Mais lorsque la porte du salon se referma derrière elle, ils entendirent distinctement le sanglot qu'elle laissa échapper avant de monter à l'étage en courant.
- Va rejoindre ta mère, ordonna Lucius à son fils.
Drago se précipita hors de la pièce alors que son père reportait son attention sur Bellatrix, échangeant avec elle un regard plein de haine. Le garçon monta deux par deux les marches du grand escalier. Une fois à l'étage, il passa rapidement devant la chambre des maîtres pour atteindre celle de sa mère.
Aussi loin qu'il s'en souvienne, ses parents n'avaient jamais dormi ensemble dans la grande chambre du manoir. Quant à Drago, il n'y était entré que très rarement, et toujours en cachette. Il n'aimait pas l'atmosphère de cette pièce. Elle lui donnait des frissons dans le dos. Son père s'y était construit une sorte de bulle, et il était dangereux d'essayer de l'en sortir lorsqu'il lui prenait l'envie de s'y enfermer.
- Maman, appela-t-il en frappant à la porte de sa mère dont les pleurs retentissaient derrière le battant. C'est moi.
Quelques secondes plus tard, Narcissa ouvrit la porte à la volée, et elle le serra dans ses bras de toutes ses forces. Surpris, Drago lui tapota lentement le dos.
- Qu'est-ce qui se passe ? la questionna-t-il.
Mais Narcissa ne lui répondit pas. Elle se contenta de pleurer dans les bras de Drago, et il se contenta de rester avec elle. Pour l'instant. Un jour ou l'autre, il obligerait ses parents à tout lui raconter.
Une demi-heure plus tard, lorsque sa mère fut calmée et qu'elle s'allongea pour se reposer, Drago reprit la direction du salon. Mais il s'arrêta avant de descendre l'escalier. Son père et sa tante se trouvaient dans le hall. Bellatrix semblait sur le point de partir.
- Tu devrais vraiment te trouver un nouvel elfe, conseilla-t-elle à Lucius en récupérant elle-même ses affaires.
- Je ne veux plus jamais voir d'elfes dans cette maison, répondit-il sèchement. Ils ont toujours fini par me desservir.
- Tu n'as jamais eu besoin de l'aide d'un elfe pour te tirer un sort dans le pied, le railla Bellatrix. Tes cachoteries finiront par te coûter cher. Tu es complètement fou de croire que tu peux...
- Si tu me donnais ce que je veux, s'emporta-t-il en l'attrapant brutalement par le bras, tout pourrait se terminer !
- Je t'ai déjà dit que je ne l'avais plus, répondit-elle d'un ton mauvais en se dégageant d'un coup sec. Reprends-toi, Lucius ! La mission que t'a confiée le maître est bien plus importante que cette souillure. Elle n'a jamais été digne de...
- Tais-toi, la coupa Lucius sur un ton d'avertissement.
- Son existence même était une véritable honte, continua Bellatrix. Cette... erreur de la nature n'aurait jamais dû naître !
- SORS DE MA MAISON ! hurla-t-il en extrayant sa baguette hors de sa canne d'un geste vif.
Bellatrix quitta le manoir en riant. Lucius resta quelques secondes devant la porte d'entrée en silence, avant de ranger sa baguette. Drago se dissimula dans l'ombre du couloir lorsque son père se retourna. Lucius repartit s'enfermer dans le salon, certainement avec l'intention de finir sa bouteille de grand vin. Drago repassa en boucle dans sa tête ce qu'il venait d'entendre.
Cette... erreur de la nature n'aurait jamais dû naître !
"De qui est-ce qu'elle parlait ?" songea-t-il en repensant à toutes les escapades de son père dans le cimetière de Highgate. Regrettait-il vraiment la mort d'une femme ? Une amante ? Mais pour que Bellatrix parle d'elle comme d'une erreur de la nature... il fallait vraiment que cette femme mystérieuse ait un sérieux problème. Peu importe la façon dont il retournait ça, Drago n'arrivait pas à imaginer son père s'enticher d'une telle personne. "C'est comme si moi je tombais amoureux d'une Cracmol ou d'une Sang-de-Bourbe. Rien que d'y penser, ça me donne envie de vomir..."
oOo
Narcissa finit par s'endormir, sans dîner. Mais ce ne fut pas la faim qui la réveilla. Son matelas bougea lorsqu'une personne s'introduisit dans son lit. En ouvrant les yeux, elle aperçut le visage de Lucius au-dessus du sien. Elle sut tout de suite qu'il était ivre. Son haleine empestait l'alcool, et ses longs cheveux blonds étaient en désordre.
- Lucius... souffla-t-elle pétrifiée.
Son mari se pencha alors pour embrasser doucement ses lèvres. Narcissa ne bougea pas d'un cil. Il ne l'avait jamais embrassée aussi tendrement. Mais face au manque de réaction de sa femme, il finit par forcer impatiemment le passage de ses lèvres. Narcissa sentit le goût du Superior Red sur sa langue. Elle ferma les yeux, enroulant ses bras autour du cou de Lucius lorsqu'il passa une main sur sa cuisse pour remonter sa robe. Narcissa répondit à ses caresses et à son désir. Il était si doux, si attentionné... Lucius lui faisait l'amour en la serrant délicatement contre lui, comme si elle était une petite chose fragile et précieuse.
- Ci... Cissa ! lâcha-t-il au bord de l'extase.
Le souffle de Narcissa se coupa. Elle enfonça ses ongles dans la peau de Lucius, et une larme roula sur sa joue. La douleur dans son dos sembla ramener ses sens à son mari. Il s'écarta lentement d'elle et leurs regards se croisèrent. Narcissa le gifla alors de toutes ses forces.
Lucius ne broncha pas. Il était à présent parfaitement sobre, et il la relâcha pour s'assoir au bord du lit. Lucius se prit alors la tête dans les mains. Narcissa savait qu'il regrettait ce qui venait de se passer, et elle regrettait de s'être laissée faire. Ce genre de choses ne pouvait pas les rendre heureux. Ni lui, ni elle.
Tandis que Lucius quittait la chambre d'un air pitoyable, elle ramena ses genoux contre sa poitrine. Narcissa pouvait encore sentir sur elle l'odeur de son mari et du vin rouge. Un autre soir, elle aurait pu passer des heures à respirer ces fragrances qui l'enveloppaient. Pas cette nuit. Pas après la façon dont Lucius venait de l'étreindre.
- Ne me traite pas avec tant de délicatesse... sanglota Narcissa. Je ne suis pas elle !
À l'autre bout du couloir, Drago s'agitait dans son sommeil. Il était en train de rêver du jour où Abraxas l'avait appelé sur son lit de mort. Ce jour là, son grand-père avait offert à Drago l'occasion de constater à quel point Lucius haïssait le vieil homme. Jamais Drago n'oublierait ce moment :
- Approche Drago, murmura faiblement Abraxas allongé dans son lit.
Encouragé par sa mère, Drago entra dans la chambre et s'approcha du malade. Le teint d'Abraxas était verdâtre, ses yeux jaunis, et des pustules étaient apparues un peu partout sur son corps. Drago retroussa les lèvres, incapable de réprimer son expression de dégoût.
- Je suis là, grand-père.
- Bien... très bien. Dis-moi, que penses-tu... des Malefoy ?
La question l'étonna, mais le jeune homme répondit :
- Nous sommes une famille puissante et respectée.
- Puissance... Respect... oui, acquiesça son grand-père avec un étrange rire amer. C'est ce qu'incarne le nom des Malefoy. Et que penses-tu... de tes parents ?
Drago resta silencieux. Que voulait-il dire ?
- Tu auras bientôt 16 ans, dit Abraxas. Parle-moi... comme un homme. Qu'en penses-tu ?
- Ce sont de grands sorciers. Mon père a beaucoup d'influence. Ma mère est enviée par les autres femmes. Je suis fier d'être leur fils.
- Hum... oui. Le lien du sang. Il n'est jamais prudent... de le sous-estimer. Je l'ai appris à mes dépens.
- Tu ferais mieux de t'arrêter là, intervint brusquement Lucius sur le pas de la porte. Qu'est-ce que tu crois faire ? Personne n'a envie d'entendre tes pitoyables excuses.
- Je souhaiterais... tellement... que tu me pardonnes, Lucius.
- Dans ce cas, tu vas mourir avec des regrets, lança son fils d'un ton mauvais.
- Lucius... Lucius ! appela Abraxas en toussant alors que son fils lui tournait le dos.
Lorsque le père de Drago disparut, le jeune homme sentit la main de son grand-père se refermer sur son bras pour le tirer vers lui. Il se retrouva alors nez à nez avec le visage pustuleux d'Abraxas.
- Drago... souffla fébrilement le vieil homme. Tu parleras... à ton père pour moi ? Tu feras en sorte... qu'il me pardonne ?
- Pardonner quoi ? s'enquit Drago en tentant de se reculer.
- Je veux... qu'il me pardonne...! toussa-t-il. Et je veux... que tu restes éloigné... de Voldemort, ajouta Abraxas en faisant frissonner son petit-fils. Promets-le !
Abraxas était devenu comme fou. Ses yeux roulaient dans leurs orbites. Mais il tenait toujours le garçon d'une poigne de fer.
- Jamais... tu entends ? Ne t'approche jamais de lui !
Abraxas toussa plus fort, la main qui ne tenait pas Drago plaquée sur la bouche. Quand il la retira, elle était pleine de sang. Et lorsqu'il la tendit vers le visage de Drago, celui-ci écarquilla les yeux de terreur.
- Drago...!
Le jeune homme cria en repoussant son grand-père de toutes ses forces. Drago bascula en arrière et tomba au sol, le corps tremblant. Abraxas respirait difficilement. Le sang coulait de ses lèvres... et de ses doigts. Drago avait presque autant de mal à respirer que le malade. Il ne parvenait pas à détourner les yeux de cette main ensanglantée.
- Drago ! s'exclama Narcissa en s'agenouillant près de son fils pour le prendre dans ses bras.
- Maman... souffla-t-il les yeux toujours rivés sur les doigts d'Abraxas dégoulinants de sang.
Narcissa s'en rendit compte et elle plaqua sa main sur les yeux du garçon pour l'arracher à cette image. Puis elle l'aida à se relever, l'entrainant hors de la chambre, loin des râles morbides du vieil homme.
- C'est fini, Drago, l'apaisa-t-elle en le serrant plus fort dans ses bras alors qu'il tremblait encore. Tout va bien, mon chéri.
- Arrête ça, Narcissa, ordonna son mari depuis le bout du couloir. Ce n'est plus un enfant.
- Lucius ! s'indigna-t-elle.
- Drago, écoute-moi bien. Tu peux tout obtenir, mais... ne perds jamais la face, lui conseilla son père. Tu m'as compris ?
Le garçon repoussa doucement sa mère en essayant de maîtriser ses émotions. Il prit une inspiration et leva la tête, le menton fièrement dressé. Son père s'éloigna. Drago se demanda alors comment il avait pu à ce point se ridiculiser devant Lucius. Pourquoi était-il si chamboulé par cette main sanglante ?
Soudain, le rêve bascula pour devenir encore plus cauchemardesque. Drago se trouvait désormais dans une pièce sombre. Peut-être faisait-il nuit ? Brusquement, une main ensanglantée se propulsa vers son visage comme pour l'attraper.
- Drago... souffla une voix mystérieuse. Montre-moi... tes beaux yeux gris...
Les doigts fins et pâles couverts de sang lui touchèrent la joue.
- Drago...! appela désespérément la voix.
Le jeune homme se réveilla en sursaut. Il était en sueur et respirait comme s'il venait de courir sur des kilomètres. Drago sentait toujours sur sa joue l'impression que les doigts l'avaient touché. Il sauta hors de son lit pour atteindre son miroir. Drago observa son reflet, comme s'il s'attendait à voir sur son visage des traces de sang. Mais il n'y avait rien.
- Bien sûr qu'il n'y a rien, soupira-t-il en baissant la tête. Ce n'était qu'un cauchemar.
Un cauchemar qui lui avait glacé le sang. Ce mauvais rêve sentait le désespoir. La fin de tout. La mort. Quelqu'un tentait de se raccrocher à lui. Drago souhaita ne plus jamais faire ce rêve.
Au matin, le jeune homme sortit de sa chambre pour aller prendre son petit-déjeuner. Mais avant de descendre, il traversa le couloir dans le but de vérifier comment se sentait sa mère. Drago allait frapper à sa porte quand il remarqua un objet qui trainait par terre. La canne à pommeau de son père. Le garçon se baissa pour la ramasser. Qu'est-ce que ça faisait là ? D'ordinaire, Lucius ne s'en séparait jamais.
- Drago.
Le jeune homme se retourna. Lucius sortait de la chambre des maîtres du manoir. Ses parents avaient donc fait chambre à part cette nuit. Pourtant, la canne de Lucius s'était quand même retrouvée devant la porte de Narcissa.
Drago dévisagea son père. Il était impeccablement vêtu, mais son teint blafard et les cernes sous ses yeux témoignaient qu'il n'avait pas passé une excellente nuit. Son regard aussi était un peu embrumé, jusqu'à ce que ses yeux gris se posent sur la canne que tenait son fils. Immédiatement, Lucius rejoignit Drago à grandes enjambées pour la lui arracher des mains. Le garçon cligna des yeux avec stupeur, ne comprenant pas ce qu'il avait fait de mal. Car son père semblait furieux. Mais lorsqu'il remarqua l'air perdu de son fils, Lucius adopta une expression plus calme.
- Descends manger, lui conseilla-t-il, ou tu vas rater le train.
Drago obéit et s'éloigna de la chambre où dormait sa mère. Elle les rejoignit dans la salle à manger quelques minutes plus tard. Comme Lucius, Narcissa était tirée à quatre épingles, mais son visage trahissait sa morosité. Elle sourit tout de même à son fils en s'asseyant face à lui. Drago lui rendit faiblement son sourire par dessus son bol de lait de Veaudelune au miel. Il la regarda servir diligemment une tasse de thé à Lucius qui lisait son journal. Apparemment, ils comptaient faire comme si rien ne s'était passé la veille. Mais Drago en était incapable.
- Est-ce que tante Bellatrix est restée longtemps ? demanda-t-il d'un ton innocent.
Narcissa se figea alors qu'elle avalait une gorgée de thé, et Lucius baissa son journal pour jeter un coup d'œil à son fils. Il inspecta le visage de Drago avec précaution.
-... environ une demi-heure, répondit-il enfin. Pourquoi ?
- Je pensais que tu l'aurais jetée dehors en moins de temps que ça, plaisanta Drago.
Les lèvres de sa mère semblaient collées à sa tasse. Le thé devait lui brûler la langue, mais elle semblait hypnotisée par leur conversation.
- Nous devions parler des affaires du maître, expliqua Lucius.
- Oh... ta mission ? s'enquit Drago tout autant intéressé par ce sujet.
- Je n'en discuterai pas avec toi, termina son père en disparaissant à nouveau derrière son journal.
"Tsss ! Impossible de lui arracher quoi que ce soit" pesta Drago en finissant son bol d'un air boudeur. Mystérieusement soulagée, Narcissa put elle aussi finir sa tasse de thé. Le petit-déjeuner se termina dans le silence et Drago monta se préparer pour se rendre à la gare. Les vacances de printemps s'achevaient, il devait retourner à Poudlard pour finir sa cinquième année.
Sur le quai de la voie 93/4, sa mère le serra à nouveau dans ses bras. Il était toujours embarrassé qu'elle fasse ça devant tout le monde. En apercevant ses camarades derrière elle, Drago la repoussa délicatement et il se tourna vers son père.
- Au revoir, dit Drago encore plus gêné dans ces moments là.
- Au revoir, répondit simplement Lucius.
Le jeune homme lui adressa un signe de tête respectueux, puis il prit sa valise pour rejoindre Crabbe, Goyle et Pansy. Ces trois là l'attendaient toujours avant de monter dans le train.
- Tu as passé de bonnes vacances ? demanda Pansy en sautant sur son bras comme si elle avait peur qu'un voleur à la tire s'empare de lui.
- Mon grand-père est mort, répondit-il froidement.
- Oh... dit-elle d'une voix compatissante. Je suis vraiment désol...
- Pousse-toi, Malefoy, intervint une voix féminine dans leur dos. Tu bloques le passage.
Il était prêt à répliquer une chose du genre : crève Granger. Mais il se retrouva face à Daphné Greengrass. La Serpentard était accompagnée par sa petite soeur, Astoria, et par... Théodore Nott. Drago oublia de lancer une réplique acerbe à Daphné pour fixer son cousin. C'était toujours ainsi chaque fois qu'ils se retrouvaient face à face. Ils se dévisageaient un bref instant avant de détourner les yeux pour prendre des chemins séparés, sans un mot. Ils ne s'étaient plus adressé la parole depuis que leur escapade dans le cimetière avait coûté la vie à la mère de Théo. Alors qu'ils avaient été si proches par le passé... il ne restait plus entre eux qu'un grand vide.
Théodore suivit les Greengrass dans le train et ils tournèrent à droite. Drago choisit de tourner à gauche.
- Elle a vraiment du culot de te parler comme ça, pesta Pansy. Les Greengrass sont déshonorés depuis longtemps.
- Hum... marmonna Drago bien plus perturbé par son face à face avec Théodore.
Il ne réalisa même pas que son bras s'engourdissait à force d'être étreint par Pansy. Drago ne ressentit les picotements dans ses doigts qu'au moment où elle le lâcha aussi brusquement qu'elle lui avait sauté dessus. La voix de Blaise Zabini venait de s'élever d'un compartiment proche :
- C'est bon, Montague. Tu as eu des semaines pour te remettre, tu peux bien me dire ce qui s'est passé.
Pansy se jeta sur la porte du compartiment et fit irruption à l'intérieur telle une tornade.
- Moi aussi, je veux savoir ! s'écria-t-elle précipitamment.
- Commence par te calmer, lui conseilla Blaise en l'attrapant par le col pour la forcer à prendre place près de lui.
- Hé ! se plaignit Pansy alors que Blaise s'occupait de ranger la malle de la jeune fille dans le filet au-dessus de leurs têtes.
Drago entra avec ses deux gorilles et partit s'asseoir directement face à Graham Montague. Le sixième année avait peut-être eu des semaines pour se remettre, mais il ne semblait toujours pas en très grande forme.
- Alors ? Qu'est-ce qu'il t'est arrivé exactement ? le questionna Drago.
Montague leva les yeux vers lui, mais il ne répondit pas tout de suite. Le capitaine de l'équipe de Quidditch de Serpentard dominait tellement Drago par sa carrure qu'il pouvait tout aussi bien se passer de lui répondre. Mais le regard dur et menaçant du jeune Malefoy, un regard dangereux pour une famille dangereuse, le fit fléchir :
- Je... je ne sais plus très bien.
- Fais un effort, ordonna Drago.
Montague écarquilla les yeux et Pansy murmura faiblement :
- Drago ?
Le blond s'étonnait lui-même. Pourquoi interroger Montague là dessus ? Pourquoi insister à ce point ? Ça n'avait aucun intérêt. Ce n'était que pure curiosité. Mais, même si l'histoire de Montague n'était que secondaire, Drago était furieux qu'on refuse à nouveau de répondre à ses questions. Il en avait assez. Assez !
- Je te conseille de faire un petit effort, Montague, dit Blaise avec un léger sourire au coin des lèvres. Le dragon est sur le point de cracher son feu.
- Eh bien... hésita Montague en s'humectant nerveusement les lèvres. Je voulais retirer des points aux jumeaux Weasley, mais... ils m'ont poussé à l'intérieur d'une armoire au premier étage. C'était vraiment bizarre. J'étais coincé dans le noir. Dans... le vide. Impossible de sortir.
- Alors comment as-tu réussi ? demanda Pansy prise par l'histoire.
- Le lendemain... j'ai transplané. J'avais seulement assisté à des séances d'entrainement organisées par le ministère. Je n'étais jamais parvenu à véritablement transplaner jusque là. Mais j'y suis enfin arrivé et je me suis retrouvé coincé dans les toilettes du quatrième étage, désartibulé.
- Drôle d'aventure, dit Goyle alors que Crabbe approuvait énergiquement.
Drôle ? Montague aurait pu mourir. Et le regard mauvais qu'il leur adressa en témoignait.
- Mais qu'est-ce que tu veux dire par "le vide" ? demanda Drago.
- C'est difficile à dire... comme si je flottais. J'entendais les voix des élèves qui passaient dans le couloir. Mais personne ne m'entendait crier.
- Effrayant, frissonna Pansy.
- Ouais... mais j'ai été étonné en reconnaissant une autre voix, ajouta Montague. Celle de Barjow.
- Barjow ? dit Drago en fronçant les sourcils. Tu veux dire... celui de chez Barjow et Beurk ?
Montague acquiesça et ils restèrent pensifs. Qu'est-ce que cela signifiait ? Comment avait-il pu entendre la voix de Barjow alors qu'il était enfermé dans une armoire de Poudlard ?
- C'est bizarre, non ? demanda Crabbe.
Drago se retint de pousser un soupir exaspéré. Ça ne l'était pas si l'armoire en question était une armoire à disparaître ! Il en avait déjà entendu parler de la bouche de son père. Lors de la première ascension de Voldemort au pouvoir, les gens en utilisaient fréquemment pour échapper aux Mangemorts. Mais d'après les propos de Montague, celle-ci semblait cassée. Sinon, il aurait réussi à passer dans la boutique de Barjow.
- En tout cas, dit Pansy, ces idiots de Weasley ne nous causeront plus de problèmes. Ils ont enfin quitté l'école. Tu es vengé, Montague.
- Pas vraiment, ils sont partis de leur propre volonté, lui fit remarquer Blaise. Personne ne les a mis dehors.
- Ils ont fui, voilà tout, dit-elle en haussant les épaules. La prochaine fois, j'espère que ce sera Potter. Lui, Weasley et cette sale Sang-de-Bourbe. N'est-ce pas, Drago ?
Il acquiesça en s'adossant à la banquette. Mais l'idée que Potter quitte le château était moins tentante que les autres années. Cette fois, Drago faisait partie de la brigade inquisitoriale d'Ombrage. Ce serait dommage que Potter parte alors que Drago avait la possibilité de le tourmenter en toute impunité.
Un mois plus tard, il eut même la joie de voir Potter et ses comparses se faire prendre alors qu'ils tentaient d'utiliser la cheminée d'Ombrage. Elle décida alors de recourir au sortilège Doloris sur le Gryffondor. Une idée de génie ! Enfin, Drago allait le voir se tordre de douleur sous ses yeux.
Mais Granger trouva le moyen de mettre son grain de sel, lui gâchant son plaisir. Non seulement il fut obligé de la voir partir avec Potter et Ombrage sans pouvoir les accompagner, mais en plus, la fille Weasley réussit à lui lancer un sortilège de chauve-furie en pleine face avant de s'enfuir avec les autres prisonniers. Pourtant, le pire restait à venir.
Cette nuit là, Lucius Malefoy se rendit au ministère de la Magie dans le but de remplir sa fameuse mission : récupérer la prophétie concernant Voldemort et Harry Potter. Mais le globe de verre fut brisé sans qu'aucun Mangemort ne puisse en entendre un mot, et Lucius se retrouva pris au piège par un sortilège de Dumbledore. Il ne pouvait plus bouger, incapable d'atteindre sa baguette. Tout était fini. Les Aurors venaient d'arriver. Seule Bellatrix avait réussi à leur échapper. Lucius savait qu'il était inutile de se débattre. Mais lorsqu'il vit l'un des Aurors ramasser sa canne à pommeau... il entra dans une colère noire.
- N'y touchez pas ! Vous m'entendez ?! JE VOUS L'INTERDIS !
Il continua de vociférer sur l'Auror alors qu'on le forçait à parcourir les couloirs du ministère. Soudain, Narcissa fit son apparition. Sa femme avait réussi à se glisser jusqu'ici en profitant de la confusion. Quand elle vit Lucius pris par une folie furieuse, Narcissa se jeta sur l'Auror pour essayer de lui arracher la canne des mains.
- Donnez-moi ça ! cria-t-elle en se déchainant sur l'homme qui finit par céder, ignorant qu'une baguette se cachait à l'intérieur. Lucius !
On la retint avant qu'elle puisse se précipiter vers les prisonniers. Dès le moment où elle avait récupéré la canne, son mari s'était calmé. Les Aurors le firent descendre avec ses complices dans les anciennes salles de détention du département des mystères. Les plus sombres et les plus froides.
- NON ! hurla Narcissa. Ne l'emmenez pas ! LUCIUS !
CELUI-DONT-ON-NE-DOIT-PAS-PRONONCER-LE-NOM EST DE RETOUR
C'était le titre du Sorcier du dimanche. Drago passa des heures caché derrière les rideaux de son baldaquin à lire et relire les articles mentionnant le nom de Lucius Malefoy. Il se trouvait en tête sur la liste des Mangemorts, à côté des mots : emprisonnement à perpétuité.
Le nom de Narcissa Malefoy était aussi cité. Elle s'était présentée au ministère et on l'avait interrogée avant de la relâcher. Elle ne connaissait rien des détails. Tout ce qu'elle savait, c'était que son mari devait mener une affaire au sein du ministère.
"Je ne le reverrai peut-être jamais" réalisa Drago en froissant désespérément le journal. À côté de ça, qu'en avait-il à faire des secrets de son père ? "Mais les Détraqueurs ont déserté Azkaban. Alors... il doit y avoir une chance pour que mon père s'évade... n'est-ce pas ?"
- Tu peux me cacher tout ce que tu veux... mais tu dois revenir ! gémit le garçon en plaquant son visage contre ses genoux.
Dans le lit d'en face, Théodore parcourait aussi le journal, les mains tremblantes. Thadeus Nott faisait aussi partie de la liste. À ceci près qu'il avait été admis à Ste Mangouste et serait envoyé à Azkaban dès que son état le permettrait. On le disait entre la vie et la mort. La mort. Non, il ne pouvait pas perdre aussi son père. "Ce n'est pas encore le moment de la rejoindre, bon sang !"
- Je t'interdis de me laisser seul... souffla Théodore en croisant ses bras sur ses yeux.
Les deux garçons étaient conscients de la présence de l'autre dans la pièce. Il leur aurait suffit d'ouvrir leurs rideaux et de franchir quelques mètres pour se soutenir et se consoler l'un l'autre. Mais aucun d'eux ne le fit.
Le nom de Lucius Malefoy fut certainement le plus retenu parmi les Mangemorts arrêtés. Tout le monde était au courant à présent. Que ce soit ceux qui le soupçonnaient déjà, ou ceux qui n'y avaient jamais cru. L'éminente famille des Malefoy venait d'être déshonorée. Son chef, emprisonné. Et c'était la faute de Harry Potter. Il ne fut donc pas étonnant que les premiers mots que Drago lui adressa en le croisant après ça furent : Tu es mort Potter.
oOo
Une semaine après l'incarcération de son mari, Narcissa observait son reflet dans le miroir de son salon. Elle s'appuya au rebord de la cheminée, sur lequel était posée la canne de Lucius. Son visage semblait avoir perdu toute trace de couleur. Il ne restait plus que le bleu de ses yeux. Mais c'était un bleu trouble. Son regard était vide. Elle se fixait sans se voir. Cette femme dans le miroir, ce n'était pas elle. Ce n'était pas la fière Narcissa Malefoy.
- On dirait un fantôme, intervint une voix dans son dos.
Les yeux de Narcissa bougèrent légèrement. Un second reflet était apparu dans le miroir. Celui de sa sœur, Bellatrix. Elle se tenait juste derrière Narcissa. Aussi brune qu'elle était blonde. Aussi souriante qu'elle était anéantie. Si différentes, l'une de l'autre...
- Tu te montres enfin ? demanda sinistrement Narcissa dont le regard s'était fait aussi dur et froid que l'acier.
- Je suis venue te réconforter, dit Bellatrix en gardant son sourire au coin des lèvres.
- Tu as attendu une semaine.
- Je devais d'abord me faire pardonner auprès du maître.
- Bien sûr... ton cher maître passe avant tout le reste, lança Narcissa d'un ton plein de reproche. Même avant ta famille. Et tu oses venir me voir pour me réconforter ? Alors que tu as abandonné Lucius ?!
- Je ne pouvais rien pour lui, se disculpa Bellatrix d'un ton égal.
- Tu l'as abandonné ! répéta Narcissa en faisant enfin volte-face pour écraser un index accusateur sur la poitrine de la brune.
- Tu aurais préféré que je me fasse arrêter, moi aussi ? Je suis ta soeur ! lui rappela Bellatrix.
- Il est mon mari !
- Non ! NON ! Il ne t'a jamais considérée comme sa femme !
- C'EST FAUX ! hurla Narcissa. Laisse-moi !
- Sache juste que le maître est furieux, termina Bellatrix en s'éloignant vers la sortie. Lucius était responsable des opérations. J'ignore comment le Seigneur des Ténèbres compte faire payer cela aux Malefoy, mais... il le fera.
- Va t'en... souffla sa sœur en se raccrochant à la cheminée. Tout ce qui m'importe pour l'instant, c'est de ramener Drago à la maison.
- Oui, va le chercher. Le maître voudra peut-être lui parler, qui sait ?
- Il ne s'approchera pas de mon fils ! rugit Narcissa. Jamais !
- Ton fils... est à la disposition du Seigneur des Ténèbres, comme nous tous, lança Bellatrix en quittant le salon.
Narcissa se laissa tomber par terre, les mains plaquées sur son visage. Sans Lucius, elle se sentait complètement perdue. Allait-on vraiment s'en prendre à Drago ? Voldemort comptait-il lui reprocher l'échec de son père ? "Mais Lucius a fait de son mieux, et Drago n'y est pour rien ! Drago..."
- Je dois aller chercher Drago... souffla-t-elle en se relevant tant bien que mal.
Si elle avait su que son cher fils était en train de passer son voyage de retour dans le filet à bagages d'un compartiment du Poudlard Express rempli d'élèves appartenant à l'Armée de Dumbledore... Saucissonné entre Crabbe et Goyle, le jeune Malefoy n'était plus qu'une masse informe qui ruminait sa haine envers Potter. Si Drago se trouvait dans cette situation, c'était parce qu'il avait essayé de tendre une embuscade au Survivant. Mais, comme son père, il avait raté son coup, car Potter avait reçut une aide inattendue. "Il n'a rien de spécial, il ne sait rien faire seul ! Si c'était moi, je... moi, je n'ai besoin de personne" songea-t-il alors que les élèves qui l'avaient mis dans cet état quittaient le compartiment. Le train venait d'arriver en gare, mais aucun d'eux ne prit la peine de faire descendre les Serpentard du filet. Drago ne supportait pas l'idée que sa mère puisse venir le chercher et le trouve dans cet état. Mais il fut sorti d'affaire par une personne inattendue.
- Finite !
Drago bascula hors du filet et tomba lourdement au sol. Le souffle coupé, il frappa du poing par terre.
- Tu vas bien ?
Le Serpentard releva la tête. Astoria Greengrass le fixait d'un air inquiet. Drago se releva aussi dignement que possible.
- Ouais, ça va... dit-il en sortant sa baguette dans le but d'aider ses camarades toujours coincés.
- Astoria ? Où es-tu ?
Sa sœur, Daphné, fit brusquement irruption dans le compartiment. Elle posa les yeux sur la baguette de Drago et lui lança un regard mauvais en s'exclamant :
- Qu'est-ce que tu fais à ma sœur, Malefoy ?!
- Non, Daphné... commença Astoria.
- Ce que je vais te faire, la coupa Drago en tournant sa baguette vers l'ainée des Greengrass, si tu ne te montres pas plus polie avec moi.
- Polie ? Polie ?! cracha Daphné. Tu peux toujours rêver ! Tu ne vaux rien et encore moins maintenant que ton père croupit en prison.
- Tout comme le tien, il me semble, répliqua-t-il.
Elle faillit se jeter sur lui, mais Astoria la retint. Drago n'avait jamais compris pourquoi Daphné lui vouait une haine si terrible. Peut-être parce qu'elle était l'amie de Théo ? Il ne voyait pas d'autre explication.
- J'espère que ton père crèvera dans sa cellule ! lui balança-t-elle férocement.
Drago ouvrit la bouche pour lui lancer un maléfice, mais Astoria s'interposa à nouveau en se plaçant devant sa sœur. Le Serpentard serra les dents avant de les écarter toutes deux d'un grand geste. Les sœurs Greengrass tombèrent tête la première sur la banquette et il quitta le compartiment, oubliant totalement Crabbe et Goyle. Sur le quai, Blaise et Pansy l'attendaient avec sa valise.
- Où étais-tu tout ce temps ? l'interrogea Blaise. Et où sont Crabbe et...?
Drago arracha sa valise des mains de Pansy, partant chercher sa mère. Il trouva Narcissa à l'écart, près de la barrière magique. On aurait dit qu'elle n'attendait qu'une chose : quitter les lieux. Et c'était le cas. Elle se tordait nerveusement les mains en essayant de garder sa dignité malgré les regards empoisonnés que lui lançaient les sorciers qui l'avaient remarquée. Pourtant, Drago la reconnaissait à peine. Ce n'était plus la splendide Narcissa Malefoy. Il ne restait plus qu'une femme glacée qui venait de tout perdre. Pour la première fois, ce fut Drago qui vint la prendre dans ses bras sur le quai.
- Il reviendra, dit-il comme une promesse.
- Oui... acquiesça Narcissa en caressant tendrement les cheveux soyeux de son fils. Ils reviendront tous les deux.
Elle impliquait Lucius et Thadeus Nott. Drago releva la tête, et il remarqua que sa mère fixait quelque chose derrière lui. Il se retourna pour voir les sœur Greengrass s'approcher de la barrière avec leur mère. Théodore Nott marchait derrière elles. Drago ouvrit la bouche, mais avant qu'il puisse dire quoi que ce soit, son cousin avait disparu avec les Greengrass.
"Où est-ce qu'il va ? Il..." Drago réalisait que, sans Thadeus, Théodore se retrouvait seul. Plus personne ne l'attendait chez lui. L'unique famille qu'il lui restait, c'étaient les Malefoy. Alors...
- J'ai proposé de le faire venir au manoir, dit Narcissa en devinant les pensées de son fils. Mais il a refusé. Dahlia Greengrass a accepté de le prendre en charge pour les vacances à la demande de ses filles.
- Je vois... répondit tristement Drago. "Même dans ces circonstances, il ne supporte vraiment pas de voir ma tête".
- Je suis désolée, mon chéri.
-... rentrons.
oOo
Théodore préférait largement s'appuyer sur les Greengrass plutôt que sur les Malefoy... sur Drago serait plus exact. "Après tout ce temps, qu'est-ce qu'on pourrait bien se dire ?" songea Théo tout en rangeant ses affaires dans sa chambre provisoire. Chaque fois qu'il s'imaginait une conversation avec son cousin, le scénario finissait toujours très mal. Théo ne tenait pas à ce qu'ils se balancent des horreurs. "Je préfère être ici, près de ma mère".
La maison des Greengrass se trouvait dans le quartier de Highgate, à seulement quelques rues de sa propre maison... et du cimetière. Il pourrait déposer des fleurs sur la tombe d'Iris aussi souvent qu'il le voudrait. C'était là qu'il se sentait chez lui, à Highgate. Pas dans un manoir glacé du Wiltshire.
- Théodore ? l'appela-t-on en frappant à sa porte.
- Entrez, répondit-il.
Il vit apparaître Mrs Dahlia Greengrass. Elle lui offrit un sourire crispé, comme elle l'avait fait en venant le chercher sur le quai. Théo soupçonnait ses filles de lui avoir forcé la main pour l'accueillir ici. Les Greengrass avaient depuis longtemps vu leur nom entaché après que le père de famille fut jeté en prison pour avoir usé d'un sortilège Impardonnable sur sa femme. L'arrivée d'un fils de Mangemort dans cette maison n'arrangeait certainement pas le tableau.
- Tu es le bienvenu ici, lui assura Dahlia malgré tout. N'hésite pas à m'en parler si tu as le moindre problème.
- Merci, dit amèrement Théodore.
Théo avait déjà un gros problème. Il n'aurait jamais dû se trouver ici. Sa mère n'aurait jamais dû mourir si tôt et son père... son père avait été transféré à Azkaban aujourd'hui. Il était vivant, mais Théo ne le reverrait jamais.
- Te manque-t-il quoi que ce soit ? s'enquit poliment Dahlia.
-... je voudrais des iris.
oOo
- Maman ?
Cela faisait plusieurs fois que Drago frappait à la porte de sa mère, sans obtenir aucune réponse. Lorsqu'il décida d'entrer dans la chambre, il la trouva vide. "Où est-ce qu'elle se cache ?" s'impatienta Drago qui avait déjà fouillé la moitié du manoir sans trouver aucun trace d'elle. "Il ne reste plus que l'aile Ouest..." songea-t-il en glissant un regard prudent vers la porte au bout du couloir. Personne ne se rendait jamais dans cette partie du manoir. On lui avait toujours dit qu'une épidémie d'éclabouille cérébrume s'y était déclarée, il y a longtemps, et que des germes pouvaient perdurer.
Drago s'avança lentement vers la porte de l'aile Ouest, passant devant celle de la chambre des maîtres sans même avoir eu l'idée que sa mère puisse s'y trouver. Pourtant, il s'arrêta en entendant la voix de Narcissa retentir à l'intérieur de la chambre :
- C'est un cauchemar !
Drago s'approcha de la porte, mais il se retint de l'ouvrir en se rendant compte que sa mère pleurait. Il pouvait entendre des bribes de sanglots :
-... revenir se venger... le Seigneur des Ténèbres... Drago... Lucius en prison... qu'est-ce que je dois faire ?!
Le jeune homme crut entendre un souffle répondre à sa mère. Comme un faible murmure à peine audible. Mais il ne distingua aucun mot et Drago fut convaincu qu'il ne pouvait s'agir que d'un courant d'air. Sa mère était seule, n'est-ce pas ? Elle-même n'entrait presque jamais dans cette chambre. Narcissa n'aurait pas laissé quelqu'un d'autre pénétrer dans le sanctuaire de son cher mari. Drago colla un peu plus son oreille contre la porte.
- J'aimerais être forte, continua sa mère d'une voix un peu plus calme. Mais... les implications... ça me dépasse. Lucius aurait-il eu raison tout ce temps ? Par où dois-je commencer ?
- Ne fais confiance à personne.
Drago fut tellement surpris qu'il se cogna la tête contre la porte en perdant l'équilibre. Cette fois, il avait distinctement entendu une voix répondre à sa mère. Une voix féminine qui lui semblait familière, mais...
La porte s'ouvrit brusquement. Narcissa apparut, le visage blême et les yeux encore humides. Elle dévisagea son fils avec un effroi non dissimulé.
- Drago... tu... balbutia-t-elle. Depuis quand es-tu là ?
- Avec qui parlais-tu ? demanda-t-il en ignorant sa question.
-... personne. J'étais seule.
- Vraiment ? répliqua-t-il face à cet odieux mensonge. Je crois plutôt que tu as laissé quelqu'un d'autre entrer dans la chambre de papa.
- Qu'est-ce que tu dis ? Je n'aurais jamais...
Furieux qu'elle s'entête à mentir, Drago écarta sa mère pour démasquer l'intruse. Mais la chambre était vide, tout comme la salle de bain.
- Ce n'est pas possible, marmonna-t-il en se dirigeant vers la porte-fenêtre près du lit.
Le balcon aussi était désert. Il n'y avait personne. Pourtant, elle n'avait pas pu disparaître si vite. Le manoir était protégé par des tonnes de sortilèges anti-intrusion. On en pouvait pas y circuler librement. À moins d'être un employé du ministère.
- J'ai entendu quelqu'un te répondre, insista-t-il en se tournant vers sa mère. Tu l'as laissée entrer...
- Drago ! s'exclama Narcissa. J'ose à peine entrer ici. Alors comment je pourrais permettre qu'une autre femme s'approche des affaires de ton père ?
- Qui a parlé d'une femme ?
Prise de court, Narcissa resta muette. Mais le silence fut rapidement brisé par un cri venant du rez-de-chaussée :
- CISSY ! Ça suffit maintenant, montre-toi !
- Tante Bellatrix est là, confirma Drago face à l'air surpris de sa mère. Je te cherchais partout, elle a dit que c'était important.
- Important ? souffla Narcissa en tressaillant.
- Mais on n'a pas fini de discuter toi et m...
Sa mère semblait considérer que la discussion était terminée, car elle partit en coup de vent rejoindre Bellatrix avant qu'il ait pu finir sa phrase. Drago pesta en la suivant. On se foutait vraiment de lui dans cette maison !
Au milieu du hall, Narcissa et Bellatrix se tenaient face à face. En s'approchant, Drago réalisa que sa mère se trouvait dans un réel état de panique. Et quand Narcissa sentit la présence de Drago à ses côtés, elle attrapa son fils d'une main ferme pour le placer derrière elle.
- Non, dit-elle en secouant la tête. Non, Bella.
- Il a demandé à vous voir, annonça la brune en confirmant ses craintes.
- C'est hors de question ! refusa sa sœur.
- Mais tu ne crains rien, lui assura Bellatrix d'un ton qui se voulait rassurant.
- Tu penses que je m'inquiète pour moi ?! s'emporta Narcissa en se débattant avec son fils pour le tenir à l'écart. Je ne peux pas le laisser s'approcher de Drago !
- Cissy ! Ne m'oblige pas à vous trainer de force jusqu'à lui.
Narcissa fit alors un imperceptible mouvement vers la poche où elle rangeait sa baguette, ce qui n'échappa pas aux yeux de la Mangemort.
- Tu es sérieuse ? demanda Bellatrix avec un petit rire.
- S'il a quelque chose à nous dire... je peux aller le voir seule, répondit nerveusement Narcissa.
- Tu ne m'as pas entendue ? Il veut vous voir tous les deux.
-...
- Maintenant, insista Bellatrix en voyant que sa sœur s'obstinait à cacher Drago derrière elle malgré les tentatives du jeune homme pour se soustraire à sa poigne. Refuser d'obéir ne ferait qu'empirer votre cas.
- Notre cas ?! explosa Narcissa. Les Malefoy n'ont aucun compte à lui rendre ! Lucius est en prison parce qu'il lui a obéit ! Il lui a toujours été fidèle et... et maintenant...
- Oh, je t'en prie ! s'exaspéra sa sœur. Ton cher mari s'est senti bien soulagé après la disparition du maître, il y a quinze ans.
- Comment oses-tu ?! Comment peux-tu dire qu'il s'est senti soulagé dans un moment pareil ? Après ce qui s'est passé !
- Il aurait dû l'être. Moi, j'étais satisfaite d'être débarrassée d'elle. Ce fut un grand réconfort lors de mes années d'emprisonnement.
- Tu es ignoble, lui lança Narcissa écœurée. Elle était...
- Elle n'était rien ! la coupa Bellatrix. Et ne viens pas me faire la leçon. Je sais qu'au fond, toi aussi, tu la hais.
- C'est faux...
- Allons, c'est bien normal. Elle t'a tout pris.
- Tais-toi ! Elle n'a jamais rien demandé. C'était elle qui souffrait le plus.
- J'en ai assez de t'entendre la plaindre ! Elle et ton mari. C'est navrant. Maintenant, présentez-vous devant le maître. C'est votre dernière chance.
- Il veut vraiment me voir ? intervint Drago qui avait enfin réussi à échapper aux mains de Narcissa. Moi aussi ?
- Bien sûr, Drago chéri, répondit mielleusement Bellatrix. Le maître a beaucoup entendu parler de toi. Je lui ai dit à quel point tu étais brillant et il a très envie de te rencontrer.
- Est-ce qu'il va me faire entrer dans son cercle ?
- Drago ! s'exclama Narcissa effrayée par le ton enthousiaste de son fils.
- Peut-être, sourit Bellatrix. Mais il faut me suivre pour le savoir.
- Je ne peux pas te laisser l'emmener, refusa Narcissa alors que Drago se plaçait près de sa tante.
- Cissy, répliqua fermement Bellatrix. Ça suffit. Lucius n'a pas voulu m'écouter, mais tu dois te reprendre avant qu'il ne soit trop tard.
-...
- Il te reste moins de trois minutes, annonça Bellatrix en jetant un coup d'œil à la grande horloge au-dessus de la porte d'entrée.
23H57. Les Malefoy veillaient de plus en plus tard. Ils n'arrivaient plus à trouver le sommeil. Drago aurait dû être couché depuis longtemps, en sécurité dans son lit, comme tous les enfants. Oui, c'était encore un enfant. Il n'avait pas à subir tout ça, il ne devait pas être mêlé aux affaires des Mangemorts. "Qu'est-ce que je dois faire ?" songea désespérément Narcissa. "Lucius... on n'aurait jamais dû en arriver là. Les Mangemorts... les Malefoy... les Black... toute cette haine... ça va tous nous tuer".
- Je n'attendrai pas la fin du délai, l'avertit Bellatrix en tripotant nerveusement sa baguette. Il faut que tu me suives.
Elle était prête à lancer un Imperium sur sa sœur. Narcissa devait la suivre à tout prix, avant minuit. "C'est pour son bien" se convainquit la Mangemort. Bellatrix s'apprêtait à lever sa baguette, mais la blonde la surprit en annonçant :
- Très bien, nous y allons. Mais tant qu'on sera là-bas, je veux rester près de mon fils.
- Bien sûr, acquiesça Bellatrix avec soulagement. Dépêchons-nous.
- J'espère pour toi qu'il rentrera sain et sauf à la maison, murmura Narcissa à l'oreille de la Mangemort. Chère sœur.
"Eh bien... tu me ferais presque peur, Cissy" songea Bellatrix en suivant sa sœur du regard alors que Narcissa passait un bras protecteur autour des épaules de Drago. "Je me demande jusqu'où tu pourrais aller pour ce sale gosse".
Minuit était sur le point de sonner lorsque Bellatrix les fit transplaner. Elle les emmena dans un lieu bien étrange. En bord de mer, dans une petite crique isolée, il y avait là une grande maison. Les vagues atteignaient presque le perron.
Bellatrix ne leur laissa pas l'occasion d'admirer le paysage et elle les entraina rapidement vers la porte. Leur approche avait dû être signalée par un quelconque sortilège, car la porte s'entrebâilla avant même qu'ils puissent toquer. Le visage d'un homme au regard oblique et aux traits étrangement de travers apparut dans l'embrasure, éclairé par la baguette qu'il pointait dans leur direction. Le Mangemort était si grand que sa tête touchait presque le linteau. C'est alors que Drago remarqua une inscription gravée dans une plaque de cuivre au dessus de la porte : Je réponds à l'appel du sang.
- Mais... s'étonna le jeune homme. Ce ne serait pas la devise des...?
- Entrez vite ! murmura Bellatrix en les poussant à l'intérieur de la maison.
Drago se cogna contre le Mangemort massif qui l'écarta comme si le garçon n'avait été qu'une poussière sur sa robe de sorcier.
- Qu'est-ce qui vous a retenus ? lança l'homme à Bellatrix alors que minuit commençait à sonner. Tu as failli rater le changement !
- Garde tes commentaires, Amycus, répliqua la Mangemort en claquant la porte derrière elle. Nous sommes arrivés à temps, c'est tout ce qui...
Elle fut interrompue par une secousse qui fit trembler la maison entière. La poussière tomba des poutres qui soutenaient le plafond, et Drago faillit à nouveau perdre l'équilibre, mais sa mère le retint fermement par les épaules. La secousse cessa aussi brusquement qu'elle s'était déclenchée lorsque le dernier coup de minuit sonna.
- Qu'est-ce que c'était ? demanda Drago stupéfait.
- L'heure du changement, ricana Amycus en adressant un sourire mauvais aux Malefoy.
- Suivez-moi, marmonna Bellatrix alors que Narcissa foudroyait le Mangemort du regard.
Sentant les ongles de sa mère s'enfoncer désagréablement dans ses épaules, Drago se dégagea pour suivre sa tante. Il faisait vraiment très sombre et il paraissait clair que cette maison avait connu des jours meilleurs. Les Mangemorts n'étaient peut-être pas très doués pour le ménage, mais Drago devinait que cet endroit était longtemps resté inhabité. On aurait dit une vieille maison hantée.
- Cette maison appartient aux Nott ? demanda-t-il en se rappelant l'inscription qu'il avait vue à l'entrée.
- Appartenait, rectifia Bellatrix avec amusement. Les Nott l'ont gentiment cédée au maître, il y a longtemps.
Ils ne croisèrent aucun autre Mangemort en dehors d'une petite femme brune trapue qui semblait monter la garde devant une grande porte à double battant. Drago remarqua qu'elle avait un air de famille avec Amycus. Elle était aussi petite qu'il était grand, mais ils partageaient la disgrâce de leurs traits.
- Tu fais attendre le maître, Bellatrix ? ricana-t-elle à la manière d'Amycus. Tu aimes te faire punir ?
- Pas autant que toi, Alecto, répliqua Bellatrix. Dommage que Rabastan ne soit plus là pour te donner la fessée.
Alecto perdit soudainement tout sourire. On aurait dit qu'elle venait d'avaler une bouteille entière de Doxycide. Fière de son petit effet, Bellatrix la bouscula pour frapper à la grande porte. Elle annonça les Malefoy et une voix glacée lui répondit :
- Entrez tous les trois.
Drago passa fébrilement une main dans ses cheveux et il épousseta ses vêtements pour se rendre présentable. Il espérait faire bonne impression devant le Seigneur des Ténèbres. Le garçon avait souvent imaginé ce moment. Son entrée dans la cour des grands, avec son père, se tenant fièrement à ses côtés. Drago devrait se contenter d'une mère effrayée. Même si elle tentait de le dissimuler, Narcissa était au bord de la crise de nerfs. Drago allait lui demander si elle avait déjà rencontré le Seigneur des Ténèbres, mais Bellatrix les fit entrer dans la pièce avant qu'il puisse prononcer un mot. Sa tante prit plaisir à claquer la porte au nez d'Alecto, puis elle alla se jeter aux pieds de l'être qui occupait la plus grande place dans sa vie. Oui, l'être. Il le voyait pour la première fois et, aux yeux de Drago, Voldemort n'avait rien d'humain.
Le Seigneur des Ténèbres était assis au milieu de cette pièce aux rideaux tirés, dans un fauteuil de velours aussi noir que ses vêtements. Ses mains blanchâtres et son visage aux airs de tête de mort contrastaient affreusement avec le décors sombre. La lueur d'un unique chandelier faisait rougeoyer ses pupilles de serpent. Les traits de son visage étaient très étranges, déformés, mais dans un autre registre que ceux des Carrow. Contre un mur, Drago remarqua un miroir craquelé et piqué par le temps. Le garçon eut du mal à reconnaitre son propre reflet. C'était l'impression que dégageait le visage de Voldemort. Cette apparence... était à la fois effrayante et fascinante. Comment en était-il arrivé là ?
- Les revers de la magie noire, répondit Voldemort à sa question muette lorsqu'il croisa son regard.
Drago retint son souffle. Le mage noir avait deviné ses pensées si facilement. Mais il ne semblait pas vexé. Tous ceux qui le voyaient pour la première fois réagissaient sûrement de la même façon. Gêné, Drago glissa un regard vers sa mère. Elle essayait toujours de se montrer sereine, mais son angoisse transparaissait irrémédiablement. Drago la vit frémir lorsque Voldemort prononça son nom :
- Narcissa, quel plaisir de te revoir. Toujours aussi charmante.
Ils s'étaient donc déjà rencontrés. Mais il était clair que le revoir était tout sauf un plaisir pour elle. Narcissa faisait tout pour éviter son regard. Et elle sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine lorsque le Seigneur des Ténèbres tendit la main vers elle pour l'inviter à s'avancer. Elle hésita. L'espace d'une seconde. Que lui voulait-il ? Devrait-elle s'incliner ? Mettre un genoux à terre, comme Bellatrix ? Narcissa était prête à s'humilier si cela pouvait atténuer la rancœur que Voldemort portait envers sa famille. Si ça lui permettait de protéger Drago. Alors, elle avança, le regard baissé. Mais avant de pouvoir faire quoi que ce soit d'autre, le Seigneur des Ténèbres prit brusquement sa main et il l'approcha de ses lèvres. Cependant, il n'y déposa aucun baiser. Il se contenta de la tenir avec ses doigts glacés, près de son souffle glacé. Puis il murmura en dévisageant Narcissa :
- J'ai toujours pensé que le tourment t'allait à ravir.
Refusant de le regarder dans les yeux, elle blêmit plus que jamais, et ses doigts tremblèrent contre ceux de Voldemort. Il sourit. Ça l'amusait. Il les avait faits venir pour les tourmenter encore plus. Mais jusqu'où irait-il ? Narcissa se tendit d'autant plus lorsque Voldemort tendit son autre main vers son visage, comme pour lui caresser la joue... ou la forcer à croiser son regard.
Jalouse de l'attention que son maître portait à sa sœur, Bellatrix toucha du bout des doigts la robe de sorcier de Voldemort en minaudant :
- Maître, je vous les ai amenés comme vous me l'aviez demandé.
- Tu m'as tout de même fait attendre, lui reprocha le mage noir en relâchant Narcissa qui ne se fit pas prier pour retourner auprès de son fils.
- Je vous présente mes plus humbles excuses, répondit aussitôt Bellatrix en s'inclinant un peu plus. Croyez bien que j'ai fait tout mon possible pour...
- Silence, la coupa-t-il en tirant d'un coup sec sur sa robe de sorcier pour la soustraire aux doigts de Bellatrix. Debout.
La Mangemort s'exécuta et recula de quelques pas, laissant le champ libre à Voldemort pour s'occuper des Malefoy. Les yeux du mage noir se fixèrent sur Drago.
- Te voici donc, mon garçon. Tu ressembles beaucoup à ton père. Je suis sûr qu'on te l'a déjà dit, n'est-ce pas ?
- En... en effet, confirma nerveusement Drago. Monsieur, ajouta-t-il comme il aurait répondu à l'un de ses professeurs de Poudlard.
- Je me souviens du jour où Lucius a rejoint mes rangs. Il était jeune, plein d'enthousiasme. Il avait hâte de faire ses preuves et...
- Je suis comme lui, assura vivement Drago. Si c'est possible, j'aimerais...
- Ne m'interromps pas, le coupa Voldemort d'un ton calme mais ferme.
- Désolé, s'excusa aussitôt le garçon. Je voulais juste...
- Tout va bien, le rassura-t-il avec un sourire satisfait qui fit frémir Narcissa. J'apprécie ton zèle. Mais il faudra faire preuve de finesse pour remplir la mission que je souhaite te confier.
Drago voulut à nouveau parler, mais il se retint de justesse. Une mission ? Vraiment ? Il chercha toutes les possibilités dans sa tête. Qu'est-ce que le Seigneur des Ténèbres pouvait bien attendre d'un jeune garçon ? Narcissa se le demandait aussi, avec horreur. Quant à Bellatrix, elle cligna des yeux avec surprise. Elle n'arrivait pas à saisir. Pourquoi choisir Drago alors qu'elle était prête à donner sa vie pour le maître ? Il n'y avait aucune mission qu'un gamin de 16 ans puisse accomplir mieux qu'elle.
- Tu veux contribuer à notre cause, Drago ? demanda Voldemort en guettant la moindre réaction du garçon. La cause que ton père a toujours défendue, envers et contre tout ?
- Bien sûr ! Qu'est-ce que je dois faire ?
- Eh bien... tu dois tuer Albus Dumbledore, annonça le mage noir comme s'il s'agissait d'une bagatelle.
Ils en restèrent sans voix. "J'ai mal entendu, n'est-ce pas ?" songea Drago complètement pétrifié. Narcissa, elle, ne doutait pas de ce qu'elle avait entendu. Elle savait très bien que Voldemort était sérieux, et elle savait aussi pourquoi. "On y est... Lucius, il veut faire tuer notre garçon" comprit-elle en faisant de son mieux pour retenir ses larmes.
- Ça semble si simple, dit comme ça, s'amusa Voldemort. Je l'avoue, ce sera une tâche ardue. Mais le meilleur moyen d'y arriver, c'est de passer à l'action là où Dumbledore sera le plus susceptible de baisser sa garde. À l'intérieur même de Poudlard. Il se croit invincible dans son pathétique château. L'heure est venue de lui donner une leçon d'humilité.
-...
- Si tu parviens à le tuer toi-même... ou si tu réussis à faire pénétrer mes fidèles dans le château, ajouta Voldemort, alors tu seras plus que récompensé, Drago. Tu honoreras ta famille.
La seule idée de redorer le blason des Malefoy fit perdre toute appréhension à Drago. Voldemort ne lui demanderait pas une chose pareille s'il ne le croyait pas capable de réussir. "Tuer... laisser les Mangemorts s'infiltrer..." se repassa-t-il en boucle dans sa tête, comme s'il espérait rendre ces mots plus banals, moins effrayants.
- J'aurais pu demander au professeur Rogue de s'en charger, continua Voldemort en faisant tiquer Bellatrix d'autant plus. Mais j'ai préféré te donner une chance de prouver à tout le monde que...
- Je peux le faire ! accepta Drago sans se rendre compte qu'il avait encore interrompu Voldemort.
- J'en suis sûr, approuva le Seigneur des Ténèbres en ravalant une remontrance. C'est pourquoi je t'ai choisi. Approche.
Drago sentit sa mère le retenir par un bout de sa manche, mais il n'avait pas l'intention de rester dans son giron. C'était terminé. Son père avait raison, il n'était plus un enfant.
Ne perds jamais la face, Drago.
"J'ai dit que je pouvais le faire... alors je vais le faire" pensa-t-il avec détermination en s'arrachant à sa mère pour rejoindre le Seigneur des Ténèbres. Narcissa ne pouvait rien dire, rien faire. Drago se laissait entraîner dans une histoire qui le dépassait complètement et... "Une minute" songea-t-elle brusquement lorsqu'elle vit Voldemort sortir sa baguette. "Qu'est-ce qu'il fait ?"
- À présent, Drago, il faut sceller notre engagement, dit très sérieusement le mage noir. Montre-moi ta détermination. Accepte la marque des Ténèbres, ajouta-t-il en les faisant tous sursauter. Et je t'accepterai à mes côtés. Tu auras une place d'honneur dans le nouvel ordre que nous allons instaurer. Comme tous les autres élus, comme tous les autres Mangemorts. Quelle est ta réponse ?
Narcissa ouvrit la bouche, mais Bellatrix la fit taire en lui saisissant le bras. Un seul mot, et ils étaient tous morts. Heureusement, le Seigneur des Ténèbres était trop occupé à dévisager Drago pour se soucier d'elles. Le jeune homme comprenait bien qu'il s'agissait d'un moment critique. De toute façon, il n'avait qu'une seule réponse à donner :
- J'accepte la marque des Ténèbres.
- Et je t'accepte, Drago Malefoy, acquiesça Voldemort en relevant la manche gauche du garçon. Maintenant, répète après moi : les ennemis de mon maître sont mes proies.
- Les ennemis de mon maître sont mes proies, répéta distinctement Drago.
- Je fais de leur mort mon festin.
-... Je fais de leur mort mon festin, continua le garçon en frissonnant.
- Dans ma chair et mon sang, je grave cet éternel serment de fidélité. Je remets ma vie entre les mains de celui qui peut tout prendre et tout donner. Le seul qui puisse voler la Mort elle-même.
Drago reprenait mot pour mot tout ce que disait Voldemort. Pour Narcissa, c'était insupportable. Cet appel à la violence et à la haine. Ce serment qui faisait de son fils un esclave de la magie noire... "Pardonnez-moi, je n'ai rien pu faire" songea-t-elle désespérément. "Pardonnez-moi".
- Je sers le Seigneur des Ténèbres. Je suis un Mangemort, termina Drago.
Soudain... Voldemort cracha. Il expulsa de sa bouche un liquide noir qui atterrit sur l'avant-bras nu de Drago. Le garçon en fut d'abord dégoûté. Mais quand Voldemort se mit à siffler à la manière d'un serpent... et quand le... venin... se mit à remuer sur sa peau... Drago ne put que se sentir horrifié. Et il hurla à pleins poumons... lorsque cette chose noire s'attaqua à son bras pour s'infiltrer sous sa peau.
Narcissa se jeta en avant, mais Bellatrix la retint de justesse avant qu'elle puisse arracher Drago aux mains de Voldemort.
- Reste tranquille, ça fait partie du rituel, expliqua la Mangemort alors que sa sœur se débattait comme une furie. C'est bientôt fini.
- Lâche-moi ! s'exclama Narcissa en lui écrasant le pied d'un grand coup de talon.
Elle échappa à Bellatrix au moment où Drago cessa de hurler. La douleur avait fait tomber le garçon à genoux. Voldemort lâcha son bras et Drago put voir la marque ténébreuse sur sa peau pâle. Un crâne vomissant un serpent. Le mangeur de mort.
- La souffrance est nécessaire, dit Voldemort en observant le garçon pantelant. Ce sont les souvenirs douloureux dont on se souvient le mieux. Tu n'oublieras pas ton serment, n'est-ce pas ?
- Non... je n'oublierai pas, lui assura Drago en se relevant tant bien que mal.
- Je crois que nous avons inquiété ta tendre mère, s'amusa le mage noir en tournant les yeux vers les sœurs Black échevelées. Tu n'es pas encore habituée au rituel, Narcissa ? Tu as toujours l'air de vouloir intervenir. Fais attention. Avoir trop bon cœur, ça peut être dangereux. Je te pardonne pour cette fois, car il s'agit de ton fils.
Drago tremblait encore, choqué par ce qui venait de se produire. Son bras gauche le faisait affreusement souffrir, mais il finit par rassurer sa mère d'un regard. Elle n'avait pas intérêt à venir le prendre dans ses bras devant le Seigneur des Ténèbres.
- N'oublie ni ton serment ni ta mission, Drago, continua Voldemort en reportant son attention sur le garçon. Je souhaite qu'elle aboutisse dans les plus brefs délais. Ta tante te donnera quelques petites leçons qui t'aideront dans ta tâche. Entendu, Bellatrix ?
- Absolument, maître, répondit aussitôt la Mangemort. Vous savez que vous pouvez compter sur votre plus fidèle...
- Tu devras être très discret, Drago, ajouta le mage noir en ignorant les niaiseries de Bellatrix. Cette mission ne doit en aucun cas être compromise. Fais-nous entrer dans Poudlard. Tue Dumbledore de ta main.
- Je ne vous décevrai pas, promit Drago.
- Oui, tu ressembles à ton père, mais tu n'es pas lui. Toi, tu réussiras ta mission. Tu rachèteras sa faute, n'est-ce pas ?
Le garçon acquiesça avec gêne. Il voulut demander si Voldemort avait prévu d'agir pour libérer ses partisans d'Azkaban, mais le Seigneur des Ténèbres en avait fini avec cette entrevue :
- Maintenant, laissez-moi. Un rendez-vous très important m'attend, et je ne compte pas le rater. Inutile de préciser que vous êtes tous les trois tenus au secret sur ce qui s'est dit ici, insista-t-il. Les exploits de Drago n'en seront que plus brillants. Partez.
Drago imita sa tante en s'inclinant avant de sortir. Dès qu'ils rejoignirent Alecto dans le couloir, Narcissa se jeta sur le bras gauche de son fils.
- Arrête ça ! se plaignit-il en la repoussant.
- Tu souffres ? s'enquit sa mère.
- Je vais très bien, marmonna-t-il en prenant la direction de la sortie.
- Quel brave petit garçon, s'amusa Alecto.
En une fraction de seconde, Narcissa se tourna vers elle pour lui asséner une gifle monumentale. Puis elle partit sur les traces de Drago avant qu'Alecto ait l'occasion de réagir.
- Qu'est-ce que...? s'indigna la Mangemort en se tenant la joue.
- Elle vit une période merdique, résuma Bellatrix sans même essayer de cacher son sourire.
Narcissa rattrapa rapidement son fils. Elle essaya de lui parler, de lui faire dire ce qu'il ressentait. Était-ce vraiment ce qu'il voulait ? Porter la marque des Ténèbres, accomplir cette mission insensée...
- Drago, parle-moi ! le supplia-t-elle.
Le garçon s'arrêta. Mais il ne se retourna pas vers elle pour autant.
- Reste en dehors de ça, maman, dit-il enfin.
- Je ne peux pas, refusa-t-elle. Toute cette histoire, ça va te tuer !
- C'est ridicule. Je sais que je peux y arriver. J'ai déjà une idée sur la façon de procéder.
- Une idée ? s'étonna Narcissa. Laquelle ?
Drago reprit son chemin sans répondre. Mais ils ne pouvaient pas en rester là. Narcissa devait absolument lui faire réaliser ce qui venait vraiment de se passer dans cette pièce.
- Est-ce que tu réalises au moins pourquoi il t'a confié cette mission ? demanda-t-elle vivement. Pourquoi il t'a marqué ?
- Pour m'honorer ! répliqua-t-il en faisant volte-face. Il a reconnu ma valeur et je vais lui prouver qu'il ne s'est pas trompé.
- C'est toi qui te trompes, essaya-t-elle de le raisonner. Tu l'as entendu parler de la faute de ton père ? Il te met en danger pour punir Lucius ! Il a fait de toi un Mangemort pour t'enchaîner jusqu'à la fin de tes jours. Cette marque... ce n'est pas un honneur, c'est une malédiction !
- Non, il m'a choisi, s'obstina Drago. Je fais partie des élus, comme papa. S'il a vraiment commis une faute, je vais réparer ça. Et quand papa rentrera, il sera fier de moi.
- Non ! Non, mon chéri...
- Arrête de me traiter comme un enfant ! s'emporta-t-il. Je t'ai dit que j'avais un plan.
- Et tu espères quoi ? Tomber par hasard sur un nouveau passage secret ? Battre Dumbledore en duel ? ironisa-t-elle à bout de nerf.
- Ne me pose pas de questions et je ne t'en poserai pas non plus.
- Comment ça ?
- Tu me prends vraiment pour un idiot, s'exaspéra-t-il. J'entends constamment parler d'elle. Ta petite conversation avec Bellatrix ne m'a pas échappée. Je ne sais pas qui est cette femme qui a tant compté pour papa mais, même morte, elle représente un problème pour les Malefoy.
Narcissa semblait horrifiée. Mais elle ne prononça pas un mot.
- Tu vois ? continua Drago. Vous ne me dites absolument rien. Alors je ne vois pas pourquoi j'aurais des comptes à rendre. Quant à ce que j'ai entendu dans la chambre de papa... tu m'as menti en m'affirmant que tu étais seule. Ne recommence plus. Je préfère encore le silence au mensonge.
Il reprit son chemin en lançant un regard blessé à sa mère. Drago avait toujours cru naïvement qu'elle était incapable de lui mentir. Il était habitué à entendre les mots : ne t'en mêle pas. Mais le mensonge... il ne pouvait pas le supporter. "Je pensais qu'au moins elle... je croyais qu'elle ne me décevrait jamais". Sa mère aurait dû le soutenir dans un moment aussi crucial. Il allait défendre les valeurs de leur famille et restaurer leur honneur.
Puissance... Respect... oui. C'est ce qu'incarne le nom des Malefoy.
L'assassinat de Dumbledore, c'était un défi à la hauteur d'un Malefoy. Leur devise : Je veux tout, je ne perds rien. Il n'y avait aucune limite à leur ambition. "Quand papa reviendra, on n'aura rien perdu. Mais tout gagné" se promit Drago. "Je leur prouverai à tous que je ne suis plus un gamin". Comme Amycus l'avait dit... c'était l'heure du changement.
D'ailleurs, lorsque les Malefoy sortirent de la maison ancestrale des Nott, ils eurent la surprise de se retrouver en pleine forêt. La mer avait complètement disparu. Narcissa et Drago échangèrent un regard stupéfait.
- Ouais... c'est perturbant, approuva Amycus avant de claquer la porte derrière eux.
oOo
Théodore était en train de rêver. Il se trouvait au bord du lac de Poudlard avec Drago. Les deux garçons avaient les pieds dans l'eau. Ils admiraient le ciel d'un bleu éclatant, le sourire aux lèvres. C'était une belle journée, calme et chaleureuse. Ils étaient parfaitement sereins. Puis il leur suffit d'un regard complice pour se mettre soudainement à chahuter avec l'eau en riant aux éclats. Sans raison, comme deux gamins. Comme avant. Avant le cimetière.
Lorsque Drago éclaboussa soudainement Théo en plein visage, le jeune Nott fut surpris par la sensation glacée de l'eau sur sa joue. Théodore se réveilla alors en sursaut. Il se toucha le visage. Sa joue était gelée. Mais le plus étrange, c'était qu'il pouvait voir son souffle se condenser. Pour une nuit de juillet... l'air était bien trop froid.
Théo se tourna vers la fenêtre de sa chambre. De la buée avait rendue la vitre opaque. Le garçon se leva. Il ouvrit la fenêtre en faisant attention au vase posé sur le rebord. Il ne voulait surtout pas renverser ses iris. Théo constata qu'un épais brouillard planait sur Highgate. Peut-être même sur tout Londres.
- Les Détraqueurs rôdent.
Il sursauta. Appuyée à la fenêtre de la chambre voisine, Astoria observait elle aussi le brouillard.
- Ce froid qu'ils dégagent... c'est vraiment étrange, continua-t-elle. On croirait presque qu'il pourrait se mettre à neiger.
De la neige en été ? Ça semblait aussi improbable qu'une réconciliation entre lui et Drago. "On n'est pas prêts de se mettre à chahuter dans l'eau comme des débiles" songea-t-il en réalisant à quel point son rêve avait été ridicule.
- Est-ce qu'il fait toujours aussi froid à Azkaban ? murmura Astoria.
Théo ne savait pas trop si elle attendait de lui une réponse. En fait, il commençait à se demander si elle avait vraiment remarqué sa présence. Elle ne l'avait pas encore regardé une seule fois.
De toute façon, il n'en savait rien. Faisait-il aussi froid que ça à Azkaban ? "J'aimerais pouvoir rendre visite à mon père pour le savoir".
- Je ne devrais pas dire ça, mais... hésita Astoria avant de tourner enfin son regard vers Théodore. Ça me soulage un peu de voir ce brouillard. Plus il y a de Détraqueurs ici, moins les prisonniers doivent souffrir. J'espère que mon père peut se réchauffer maintenant.
"C'est vrai..." réalisa Théodore. "Son père aussi est à Azkaban".
- Astoria... qu'est-ce qui s'est passé avec ton père ? Exactement, s'enquit-il avec hésitation.
Il n'avait jamais osé questionner les filles. Mais c'était l'occasion. Astoria jeta un coup d'œil derrière elle. Les sœurs Greengrass partageaient la même chambre depuis l'arrivée de Théo. Daphné dormait à poings fermés, alors Astoria soupira :
- Je ne suis pas sûre. On était très heureux... je crois...
-...?
- Ce dont je me souviens le mieux, ce sont les fois où mon père venait me consoler quand je faisais un cauchemar. Il me prenait dans ses bras tout en me racontant un conte et c'était suffisant pour me rassurer. Jusqu'à ce que...
- Jusqu'à ce que... quoi ? s'enquit Théo.
- Je... j'ai vu quelque chose... qui m'a terrifiée. Un soir, un Détraqueur... p... pardon... s'excusa-t-elle toute tremblante. J'ai beaucoup de mal à en parler...
- Ne te force pas, la rassura-t-il en regrettant de l'avoir entrainée dans cette discussion.
- J'ai eu la peur de ma vie, résuma Astoria en essuyant les larmes qui avaient perlé malgré elle au coin de ses yeux. Et les contes de fées n'étaient plus suffisants pour calmer mes cauchemars. Alors mon père... s'est servi d'une épingle magique, décorée d'une jolie rose bleue. Il m'a piqué le doigt avec cette épingle en argent, et tu sais quoi ? Mes cauchemars se sont envolés. Depuis, chaque nuit je dors aussi paisiblement que la Belle au bois dormant.
- La Belle au bois dormant ?
- C'est l'histoire d'une jeune fille qui tombe dans un profond sommeil après s'être piqué le doigt et... laisse tomber, s'arrêta-t-elle en se mordant les lèvres. Ce qui compte, c'est que j'ai égaré cette épingle. Mon père s'est mis à changer après ça. Il était... très en colère. Ma mère a essayé de le calmer. Mais il lui a lancé un Imperium. Ça a causé des problèmes au ministère. Et quand il se sont rendu compte de ce que mon père avait fait, ils l'ont enfermé.
- Je suis désolé, murmura Théodore sans savoir quoi dire d'autre.
- Moi aussi, je suis désolée pour ton père.
- Quoi qu'il ait pu faire, je n'ai jamais eu honte d'être son fils. Ce qui me gêne, c'est la honte des autres.
-...?
- Tous ceux qui appréciaient mon père ont maintenant honte de l'avoir eu dans leurs relations, précisa-t-il. Le pire, c'est qu'ils pensent tous que je devrais me sentir honteux.
- Quelqu'un t'a fait une remarque ? s'enquit Astoria.
- Les regards peuvent être cruellement éloquents. Et j'ai reçu la petite visite d'un employé du ministère à Poudlard qui était bien embêté de savoir ce qu'il allait faire d'un fils de Mangemort esseulé.
- Qu'est-ce que tu fais là, Théo ? demanda-t-elle soucieusement. Tu es loin d'être seul, Drago est ton cousin...
- Mon petit-cousin, en vérité, précisa Théodore. Sa grand-mère, Mélissandre, était la sœur de mon père. Mais... non. Je ne pouvais pas aller là-bas. Entre Drago et moi c'est... compliqué.
- J'avais remarqué, acquiesça Astoria. Mais vous vivez la même épreuve. Ça devrait vous rapprocher, peu importe ce qui vous a séparés.
- Tu ne sais rien. La seule chose qui pourrait nous rapprocher, ce serait...
Les derniers mots de sa phrase restèrent coincés dans sa gorge. Théodore cessa brusquement de respirer. La buée sur sa fenêtre venait de se transformer en givre. Les jeunes virent alors avec terreur une forme sombre sortir du brouillard pour foncer droit vers eux. Théodore et Astoria se tassèrent sur eux-même. Et le garçon se jeta sur le côté lorsqu'il se retrouva presque nez à nez avec le Détraqueur. Le vase contenant les iris vacilla, mais la créature n'entra pas dans la chambre. Une voix féminine hurla dans la nuit, et le vase se brisa. Théodore se releva au moment où une nouvelle voix cria :
- Spero patronum !
Théo se précipita sur sa fenêtre pour s'assurer qu'Astoria allait bien. Mais il ne vit pas la jeune fille.
- Astoria ! l'appela-t-il.
- Je... je suis là... répondit-elle faiblement en réapparaissant à la fenêtre.
- Tu vas bien ? s'enquit Théo en la voyant pâle comme un linge. Tu as hurlé...
- Ce n'était... pas moi, articula-t-elle difficilement. Je crois... que ça venait d'en haut.
"En haut ?" s'étonna Théodore en levant la tête. "Mais on est au dernier étage. Il y a quelqu'un sur le toit ?" Il se tordit le cou pour essayer d'apercevoir ce qui se passait là-haut. Mais il put seulement voir une toute petite forme argentée faire de très rapides zigzag avant de plonger vers la rue à toute vitesse. Lorsque le patronus disparut, Théodore distingua une silhouette dans la brume qui s'éloignait. Mais il y avait trop de brouillard pour discerner un visage.
- Tu es sûr... qu'il est parti ? demanda Astoria avec des trémolos de panique dans la voix.
- Quelqu'un l'a fait fuir, lui assura Théo en tendant la main vers la jeune fille pour lui offrir un contact rassurant.
- Tu dois me prendre... pour une froussarde... murmura-t-elle en s'accrochant à la main de Théo comme si sa vie en dépendait.
- Pas du tout, ces créatures traumatisent tout le monde. Même si c'est la première fois que je vois un Détraqueur d'aussi près. J'en avais seulement vus de loin, à Poudlard, quand ils traquaient Sirius Black. Heureusement, ce Détraqueur n'en avait pas après nous.
- Mais dans ce cas... s'interrogea-t-elle en levant à son tour la tête vers le toit.
- Qu'est-ce qui se passe ici ? intervint soudainement une voix dans le dos de Théodore.
Une femme était entrée dans la chambre sans ouvrir la porte. En vérité, elle était simplement passée à travers. Théo n'était pas le seul locataire des Greengrass. Le fantôme de la grand-mère des filles logeait aussi dans la maison.
- Quelqu'un a crié dehors, expliqua Théo. Sur le toit.
- Grand-mère ? appela Astoria dans la chambre voisine. Tu pourrais aller voir sur le toit ? Il y a un Détraqueur...
- Je n'irai rien voir du tout, refusa tout net le fantôme. Mais... fermez tout de suite ces fenêtres ! Astoria ! tempêta-t-elle brusquement en passant dans la chambre des filles.
- Bon sang... bougonna Daphné en lançant son oreiller au hasard. Vous allez la fermer ?!
- Daphné ! s'indigna sa grand-mère alors que le coussin de la jeune fille lui traversait la tête. Surveille ton langage !
- Désolée, s'excusa Astoria auprès de Théodore en refermant sa fenêtre. Bonne nuit.
- Ouais... bonne nuit, répondit-il sans trop de conviction.
Difficile de retourner tranquillement se coucher après ça. Mais il ferma lui aussi sa fenêtre, se tournant vers son lit. Théo posa alors les yeux sur les restes du vase qui s'était brisé au sol. Le garçon se baissa pour ramasser délicatement les iris. Il irait les déposer sur la tombe de sa mère dès que les rayons du soleil perceraient à travers la brume.
Dehors, la sorcière qui avait fait fuir le Détraqueur marchait en observant le ciel. Le brouillard masquait les étoiles. Il lui serait très difficile de retrouver la trace de la créature. Sa meilleure chance, c'était de mettre la main sur celle que le Détraqueur traquait. Celle qui avait à l'instant failli subir son baiser mortel, sur le toit des Greengrass.
La sorcière traversa quelques rues avant de pénétrer dans le jardin d'une petite maison d'aspect très ordinaire. Mais lorsqu'elle vint toucher la poignée de la porte d'entrée, une pancarte émergea d'un rosier pour flotter devant ses yeux avec ce message :
CETTE MAISON EST LA PROPRIÉTÉ DE THÉODORE ÉDOUARD NOTT.
TOUTE INTRUSION SERA SANCTIONNÉE PAR LE MINISTÈRE DE LA MAGIE.
SI VOUS NE DISPOSEZ PAS D'AUTORISATION, VEUILLEZ FAIRE DEMI-TOUR.
Ignorant l'avertissement, elle déverrouilla la porte grâce à la magie. À l'intérieur, tout était sombre et silencieux. Rien d'anormal, puisque personne n'était censé habiter ici. Iris Nott décédée, Thadeus Nott emprisonné à perpétuité... et Théodore Nott qui ne pourrait prendre possession des lieux qu'à sa majorité. "Le sort s'acharne..." songea-t-elle en inspectant silencieusement la maison. Rien au rez-de-chaussée, ni à l'étage. La maison était bien vide. Elle soupira. "Où est-ce qu'elle se cache ?" s'interrogea la sorcière tandis que l'horloge du salon des Nott sonnait minuit. Elle s'apprêtait à sortir de la maison lorsqu'une personne lui barra le passage. Une autre sorcière, plus âgée, qui l'interpela sévèrement :
- Dahlia Greengrass.
- Vous êtes arrivée plus vite que je ne l'imaginais, Amélia, regretta Mrs Greengrass. Il n'y avait vraiment pas de quoi sauter hors de votre lit, j'étais juste...
- Le climat actuel est bien trop tendu pour que je puisse me payer le luxe de dormir, l'interrompit Amélia Bones d'un ton sec. Mais je vois que vous vous amusez à me donner du travail supplémentaire.
- Comme vous, je ne fais que mon travail, se défendit Dahlia.
- Vous êtes ici dans une propriété privée ! Les Oubliators sont soumis aux mêmes règles que les autres.
- Sauf en ce qui concerne les Égarés, la contredit l'Oubliator d'un ton très sérieux.
Mrs Bones sursauta. Puis elle vérifia les alentours par crainte qu'une tierce personne ait pu entendre les mots de Dahlia.
- Ne parlons pas de ça ici ! murmura vivement Amélia. Suivez-moi.
Mrs Greengrass acquiesça et elles sortirent de la maison. Mrs Bones reverrouilla la porte d'entrée, puis elle fit tansplaner l'Oubliator avec elle. Les sorcières réapparurent dans un petit appartement encombré par des piles de dossiers et de parchemins portant la marque du ministère.
- Je comprends que vous ayez du mal à dormir, dit Dahlia impressionnée. Vous arrivez à trouver votre lit sous ces tonnes de papiers ?
- Ne renversez rien, lui ordonna Amélia en zigzagant habilement jusqu'à son bureau.
Mrs Bones attrapa un monocle qui trainait là et elle se remit au travail, sans attendre, tout en questionnant Dahlia :
- Parlez-moi des Égarés. Quel est le rapport avec les Nott ?
- Nous avons été contactés il y a plus d'un mois par le gardien du cimetière de Highgate. La tombe d'Iris Nott a été fracturée... de l'intérieur, précisa gravement Dahlia. Aucune trace du corps.
-... je vois.
- J'ai respecté la procédure en effaçant les preuves. Il ne me reste plus qu'à attraper le Détraqueur. Je l'ai aperçu tout à l'heure, mais je n'ai pas pu le capturer.
- Comment avez-vous su que vous aviez affaire au bon Détraqueur ? la questionna Amélia. Il y en a des dizaines qui rôdent partout.
- Je l'ai vu s'attaquer à elle, expliqua Dahlia. C'est pour ça que je suis allée chez les Nott. Je me suis dit qu'elle s'était peut-être réfugiée là-bas. Dans le pire des cas... j'irai voir chez les Malefoy.
- Nous devons à tout prix reprendre le contrôle sur les Détraqueurs avant que notre communauté apprenne l'existence des Égarés, s'inquiéta Amélia. Ça ne ferait qu'empirer la confusion ambiante. Le ministère ne peut pas se permettre de perdre toute crédibilité. Pas maintenant.
- Les Oubliators ne peuvent pas protéger à eux seuls les secrets du ministère, l'avertit Dahlia. Nous ne sommes pas assez nombreux.
- Nous devons solliciter l'aide des ministères étrangers, acquiesça Mrs Bones en fouillant son bureau pour trouver un parchemin vierge. Ils nous enverrons des renforts. Après tout, ils ont autant à perdre que nous.
- J'espère que ce sera suffisant parce que... quand les massacres commenceront, rares sont ceux qui mourront sans regrets. Les gens seront complètement perdus.
- Il n'y aura pas de massacres tant que je serai en vie, promit Amélia qui griffonnait frénétiquement un message en urgence pour la Confédération Internationale des Sorciers.
- Si seulement c'était aussi simple, dit Dahlia avec amertume.
Amélia déplaça une énorme pile de parchemins encombrant son bureau pour faire apparaître une cage à hibou. Le pauvre animal s'était vu ensevelir avec le temps et il cligna douloureusement des yeux lorsque sa maîtresse le sortit de sa cage pour l'exposer à la lumière. Puis la directrice du département de la justice magique confia le hibou à Dahlia qui dut enjamber des montagnes de papiers pour atteindre la fenêtre. Elle laissa le hibou s'envoler avec l'appel à l'aide d'Amélia. La Confédération Internationale des Sorciers devait absolument mobiliser un maximum d'Oubliators avant que les sorciers réalisent qu'une partie des tombes de leurs cimetières étaient vides.
Dahlia allait fermer la fenêtre lorsqu'elle croisa le regard d'un Moldu qui promenait un bouledogue dans la rue. "Il m'a vu libérer le hibou" comprit-elle à la façon dont l'homme la fixait. L'Oubliator hésita un instant avant de refermer la fenêtre. Ça ne méritait pas un sort d'amnésie.
- Vous n'avez même pas lancé les sorts élémentaires de protection ? reprocha-t-elle à Amélia.
- Pour me protéger de qui ? De vous ? plaisanta la sorcière. Cette adresse n'est même pas connue de ma famille et il n'y a pas un sorcier à des kilomètres à la ronde.
- Je ne vous aurais jamais imaginée aussi négligente, répondit Dahlia sidérée. Si vous voulez vraiment vivre pour empêcher les massacres...
- Merci, Dahlia, l'interrompit Mrs Bones. Je ne voudrais pas vous retenir plus longtemps alors que vous avez dû laisser vos filles seules chez vous.
-... mes filles ne seraient pas seules si vous n'aviez pas enfermé leur père à Azkaban, répliqua Mrs Greengrass d'un ton acerbe.
- Comment ?! s'étrangla Amélia en laissant tomber son monocle. Vous essayez encore de...? Je pensais que vous aviez tiré un trait sur toute cette histoire !
- Cette histoire, c'est mon mari ! s'emporta Dahlia.
- Mais il vous a soumise au sortilège de l'Imperium, lui rappela Mrs Bones.
- Combien de fois dois-je vous répéter qu'il ne réalisait pas ce qu'il faisait ? Il était... désespéré.
- Vous avez fait appel du jugement plusieurs fois, mais la loi...
- Oui, et j'ai aussi fait appel à vous, confirma Dahlia. Vous êtes quelqu'un d'intègre, la seule qui pourrait m'aider, mais vous préférez protéger les petits secrets du ministère !
- Secrets que vous avez aussi juré de conserver, lui rappela Amélia d'un ton d'avertissement. Si vous parlez des Égarés... à qui que ce soit...
- Vous m'enfermerez aussi ? devina Dahlia. Je serai traitée au même titre que les pires criminels ? Combien d'innocents remplissent les cellules d'Azkaban uniquement parce qu'ils en savaient trop ?
- Je suis sincèrement désolée pour votre mari. C'est la vérité, insista Mrs Bones lorsque Dahlia leva les yeux au ciel. Vous croyez que je n'ai rien tenté pour vous venir en aide, mais il y a des choses contre lesquelles même moi je suis impuissante. Je n'ai malheureusement pas les pleins pouvoirs au ministère.
- Si vous êtes vraiment sincère... quelle pitié que vous ne succédiez pas à Fudge, regretta Mrs Greengrass.
Elle transplana sur ces mots et Amélia soupira en se prenant la tête dans les mains. Si seulement elle pouvait dormir ne serait-ce qu'une heure. Fermer les yeux et oublier le retour de Voldemort. Oublier toutes ces pauvres âmes auxquelles elle n'avait pas pu éviter Azkaban. "J'ai pu leur éviter de s'égarer... c'est toujours ça".
Soudain, elle entendit de nouveau le bruit caractéristique d'un transplanage, suivi par le grondement d'une pile de dossiers tombant en cascade.
- Vous aviez autre chose à me dire ? demanda Amélia en relevant la tête.
Elle s'attendait à revoir Dahlia, mais elle se retrouva face à Lord Voldemort.
- Oups, s'amusa-t-il en écartant du pied les dossiers qu'il avait fait tomber. Navré de vous déranger si tard, Mrs Bones. Mais c'est l'heure des grands renversements. Vous d'abord.
Bonsoir ! J'espère avoir votre avis sur ce deuxième chapitre. Je n'ai égaré personne au moins ? ;)
Réponses aux reviews :
EdenAlix : re ! Et oui... le titre de la fic avait l'air anodin, mais il y a quelque chose là-dessous. Je vais vous faire découvrir les Égarés. Et il y a tellement de choses à dire. Quand j'invente un truc, je ne le fais pas à moitié xD on en parlera plus tard ;) Je suis désolée pour Amélia Bones. C'est un personnage que je respecte beaucoup. Elle se pensait vraiment en sûreté, le secret de son adresse étant protégé par le ministère. Mais... personne n'est irréprochable, même le ministère.
Swangranger : oui, il se passe beaucoup de choses. Je suis contente que ça t'ait plu ! biz
Dame Lylith : Bonjour ! Dense, c'est le mot. J'avais peur que ça fasse un peu trop d'informations en un coup, mais le titre du chapitre collait bien avec la mort d'Amélia, alors j'ai poussé jusque là ^^ à la semaine prochaine pour le chapitre 3 ! bisous
lulu la tortue : bonsoir ma petite tortue ^^ Je suis ravie que tu trouves cette fic originale. Et, oui, Hermione va apparaître dans la fic. voilà voilà :p
Maxine3482 : salut ! si tu trouves ça bien, alors tant mieux ! ça me rassure. merci !
la-petite-gwen : c'est vrai que j'en dis beaucoup. Mais on va bientôt commencer à ralentir. Je vous plante juste le décors. biz !
