Bonjour ! Pardon pour ce petit retard. Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais on est champions du monde. Et disons que j'ai bien fêté ça xD
Allez, je vous laisse lire. Et vive la France !

Les passages précédés d'une * sont issus du tome 6, Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé.


Chapitre 3 : La personne d'à côté

Le soleil se leva en éclaircissant la brume, sans pour autant la faire disparaître. Ils devraient tous apprendre à vivre avec. "Temporairement" se promit Dahlia en préparant le petit-déjeuner. "Je ne laisserai pas mes filles vivre éternellement dans ce brouillard".

- Bonjour, maman, lui souhaita Astoria en entrant dans la cuisine.

- Bonjour, répondit Dahlia. Ta sœur dort encore ?

- Tout dépend si tu considères que dormir et bouder dans son lit revient au même. En tout cas, elle ne descendra pas de si tôt.

- Grand-mère m'a dit que la nuit avait été agitée, acquiesça Dahlia soucieusement.

- Tu es sortie ? comprit Astoria. Tu disais que tu avais pris des vacances.

-... une affaire urgente, éluda sa mère. Tes œufs, tu les veux brouillés ?

- Oui, mais... accepta-t-elle perturbée par le brusque changement de sujet. Grand-mère t'a parlé du... du Détraqueur ? balbutia Astoria en frissonnant. Et de la personne sur le toit ?

- Pourquoi quelqu'un serait monté sur le toit ?

- Demande à Théo, il l'a entendue crier lui aussi. C'était une femme. Le Détraqueur s'est jeté sur elle.

- Vous deviez être à moitié endormis.

- Pas du tout, on était en train de parler d'Azkaban et de pap...

- Tu veux aussi du bacon ? la coupa sa mère.

- Maman ! s'offusqua Astoria. Pourquoi tu ne m'écoutes pas ?

- Parce que c'est tout à fait ridicule, intervint sa grand-mère en traversant la porte de la cuisine. Personne ne se promène de toit en toit, encore moins de nuit avec tous ces Détraqueurs qui rôdent.

- Si vous étiez sortie voir, on aurait été fixés, lança Théodore en ouvrant la porte pour entrer comme toute personne normalement constituée.

- En prenant le risque de me retrouver égarée ? répliqua le fantôme d'un ton effaré.

Il y eut un grand bruit lorsque Dahlia laissa tomber sa poêle, étalant les œufs brouillés par terre. Les enfants la fixèrent avec incompréhension alors qu'elle tournait ses yeux sombres vers le fantôme qui adopta un regard fuyant. Finalement, Dahlia se reprit et fit disparaître les œufs gâchés avant de se remettre aux fourneaux.

- Hum... toussota la grand-mère pour s'éclaircir la voix avec gêne. Je vais... réveiller Daphné.

- Oui, approuva Dahlia en battant de nouveaux œufs encore plus énergiquement. Tout le monde à table.

Astoria et Théo s'assirent tandis que le fantôme disparaissait à l'étage. Dahlia tournait le dos aux enfants, mais elle pouvait sentir leurs regards posés sur elle. "Donnez-moi la force" pria-t-elle à bout de nerf en entendant Astoria murmurer :

- Comment grand-mère aurait pu se perdre simplement en regardant sur le toit ?

- J'en sais rien, répondit Théo tout aussi perplexe.

Dahlia se tourna vers eux pour les servir en faisant mine de sourire. Daphné les rejoignit quelques minutes plus tard, l'air revêche. Elle n'avait rien retenu des évènements de cette nuit, mais on avait dérangé son sommeil et c'était suffisant pour la mettre de mauvais poil. Elle aurait tant voulu continuer à rêver d'une fouine bondissante affublée d'une perruque blonde platine.

oOo

Drago se redressa brusquement dans son lit, le cœur battant. Il avait encore rêvé de la main ensanglantée essayant de lui toucher le visage... tout en le complimentant sur ses yeux gris. Combien de temps ce cauchemar absurde allait-il le hanter ? "Pourquoi ça m'affecte autant ?" s'interrogea-t-il en essuyant la sueur sur son front. Drago se leva alors que l'aube cramoisie commençait à peine à se montrer. Du lait de Veaudelune au miel lui ferait le plus grand bien.

Il descendit rapidement au rez-de-chaussée sans prendre la peine de se chausser. Et il le regretta alors que ses pieds nus foulaient les marches en pierre glacées de l'escalier. Frissonnant, Drago traversa le hall pour atteindre la cuisine. Mais il s'arrêta lorsque la porte d'entrée s'ouvrit brusquement sur sa mère et sa tante.

- Tu n'aurais jamais dû faire ça, marmonnait vivement Bellatrix. Si le maître l'apprend...

- Il n'apprendra rien si tu te tais, répliqua Narcissa en grimaçant. Dois-je te rappeler que tu es notre Enchaîneur ?

Drago remarqua que sa mère se tenait le bras droit tout en le frictionnant, comme s'il avait été engourdi.

- Je ne pensais pas qu'il irait jusqu'au bout, grinça Bellatrix. J'étais certaine qu'il se dégonflerait...

- Mais Severus n'a pas reculé et le voilà tenu sous serment.

- Qu'est-ce que tu as fait ? intervint brusquement Drago.

Les deux sœurs sursautèrent, n'ayant pas encore remarqué sa présence. Narcissa cessa aussitôt de se masser le bras et elle adopta un air prévenant pour dire à son fils :

- Que fais-tu pieds nus ici, à cette heure ? Tu vas attraper froid...

- Qu'est-ce que tu as fait ? répéta Drago d'un ton dur.

-... la seule chose à faire, répondit enfin sa mère. Pour te protéger, je donnerais ma vie.

Il fronça les sourcils avec crainte tandis que Bellatrix poussait un cri de frustration. Puis il vit sa tante s'avancer à grands pas vers lui pour l'attraper par la peau du cou et le trainer jusqu'au salon.

- Hé ! se plaignit-il en se débattant. Lâche-moi ! Qu'est-ce qui te prends ?!

- Le maître souhaite que je te donne quelques petites leçons ? Très bien, ça commence tout de suite ! grogna Bellatrix en le jetant sur le parquet.

Drago faillit s'étaler par terre, mais seul l'un de ses genoux frappa douloureusement le sol. Serrant les dents, il lança un regard foudroyant à sa tante.

- Debout ! lui ordonna-t-elle. Sors ta baguette !

- Je n'ai pas le temps de me battre avec toi, grogna-t-il en se relevant. Il faut que j'aille...

- TU N'IRAS NULLE PART ! s'emporta violemment Bellatrix.

Un jet de lumière s'échappa du bout de sa baguette et frôla l'oreille de Drago avant de frapper le miroir du salon. Le verre vola en éclat. Drago se demanda si elle l'avait fait exprès pour l'effrayer ou si elle ne maîtrisait plus rien du tout. La deuxième solution était la plus plausible. Bellatrix semblait encore plus folle qu'à l'ordinaire. Elle s'était mise à faire les cent pas tout en marmonnant des choses incompréhensibles :

-... pas du tout confiance en Rogue... serment... trahison... me débrouiller moi-même... tu réussisses... éviter le pire...

Elle s'arrêta brusquement pour fusiller Drago du regard.

- Je ne te laisserai pas tuer ma sœur, lui lança-t-elle contre toute attente.

-... mais de quoi tu parles ?! demanda-t-il abasourdi.

- Cissy et Rogue sont enchaînés par le Serment Inviolable, lui apprit Bellatrix. Si ta mission ne trouve aucun résultat... Rogue mourra. Et le maître saura pourquoi. Il tuera ta mère pour lui avoir fait perdre son meilleur... son espion à Poudlard, termina-t-elle sèchement.

Drago eut soudainement du mal à respirer. Sa mère ? Mourir ? Mais... sa mission ne devait impliquer que lui. Drago ne doutait pas de réussir. Cependant, l'idée que la mort de sa mère planait au-dessus de sa tête ne faisait pas partie du programme.

- Le petit chéri est décidé à se battre avec moi ? le railla Bellatrix en constatant qu'il ne songeait plus du tout à partir. Maintenant, sors ta baguette !

- Je l'ai laissée... dans ma chambre, avoua-t-il d'une voix blanche.

- Erreur stupide, ne t'en sépare jamais. Tu dois toujours anticiper, et si tu te retrouves coincé...

Elle agita brusquement sa baguette et la canne à pommeau posée sur le rebord de la cheminée s'envola pour atterrir dans les mains de Drago. Le garçon savait ce qui se cachait à l'intérieur, et il en sortit la baguette magique de son père.

-... trouve une autre option, termina Bellatrix.

oOo

Dahlia apprit la mort d'Amélia Bones par l'intermédiaire d'un collègue Oubliator réquisitionné pour "effacer l'incident", bien que les journaux Moldus aient eu le temps de s'emparer du scoop. Une femme d'âge mur sauvagement assassinée dans un appartement fermé de l'intérieur... "Finalement, elle n'a rien pu empêcher" songea tristement Dahlia en repliant la Gazette qui annonçait cette fois la mort de dizaines de Moldus dans la destruction d'un pont. "Pourtant, s'il y avait une chance pour que quelqu'un y arrive..."

- Vieille idiote ! soupira Dahlia en jetant le journal à travers son salon.

La Gazette frappa le mur au moment où le fantôme de sa mère le traversait.

- C'est à moi que tu t'adresses ?

-... peut-être, marmonna Dahlia qui ne lui avait pas pardonné d'avoir parlé de "s'égarer" devant les enfants.

- Les coussins, les journaux, énuméra sa mère avec agacement. Beaucoup de choses me passent à travers la tête ces temps-ci. Daphné et toi avez inventé un nouveau sport ?

- Je n'ai pas le temps de m'amuser, lui fit remarquer Dahlia en enfilant sa cape de voyage. Il faut que j'aille chez les Malefoy.

- Les Malefoy ? intervint Astoria en déboulant dans le salon avec Daphné et Théo. On peut venir ?

- Ça va pas ? lui lança Daphné comme si sa sœur venait de proposer une excursion chez Voldemort lui-même. Je n'ai pas du tout envie de rendre visite à Malefoy.

Théo ne dit rien, mais il n'en pensait pas moins. Il n'avait aucune envie de se rendre chez Drago, et il soupçonnait Astoria de chercher un moyen pour le réconcilier avec son cousin.

- La question ne se pose pas, puisque j'y vais seule, intervint Dahlia d'un ton ferme.

Théodore ne put retenir un soupir de soulagement qui n'échappa pas à Astoria. Elle secoua la tête, dépitée par son obstination à ne rien vouloir arranger avec Drago. La jeune fille insista quand même :

- Mais maman...

- Je n'y vais pas pour prendre le thé, Astoria, lui fit remarquer sa mère. Ça concerne mon travail.

-... tu as vraiment une drôle de façon de prendre des vacances, répondit sa fille en fronçant les sourcils.

- Je n'en ai pas pour longtemps, promit Dahlia. Ensuite, on ira manger une glace chez Florian Fortarôme.

- On peut partir devant et t'attendre là-bas, proposa Daphné. Si grand-mère nous accompagne...

- Non ! refusèrent sa mère et le fantôme d'une même voix.

-...?

- Non, répéta Dahlia plus calmement. Vous ne réalisez pas à quel point la situation est critique. Entre les Détraqueurs et les Mangemorts... on prend un risque rien qu'en marchant dans la rue. Vous ne sortirez pas sans moi, et je veux que vous restiez dans la maison.

- Mais qu'est-ce qu'on va faire si on ne peut même pas sortir dans le jardin ? s'exaspéra Daphné.

- Je ne sais pas, essayez de débusquer Dolly, proposa Dahlia. Je ne l'ai pas vue depuis votre retour et ça commence à m'inquiéter.

- Super... ironisa sa fille ainée.

Dahlia adressa un regard d'excuse aux enfants avant de partir. Daphné se tourna vers sa grand-mère dans l'espoir qu'elle leur permettrait de s'amuser dehors, mais le fantôme fit comme si elle n'avait pas remarqué son regard suppliant et elle disparut en retraversant le mur.

- Tsss ! pesta Daphné en se résignant à rester enfermée. Les Mangemorts auraient pu attendre la fin des vacances avant de reprendre du service.

- Ne plaisante pas avec ça, lui demanda Astoria en jetant un coup d'œil gêné vers Théo.

- Qui est Dolly ? s'enquit le garçon pas le moins du monde affecté par la remarque de Daphné.

- Notre elfe de maison, répondit Astoria alors qu'ils montaient à l'étage.

Daphné laissa échapper un soupir ironique et sa petite sœur se sentit obligée de préciser :

- Elle ne gère plus vraiment la maison. C'est une très vieille elfe qui commence à...

- Perdre la boule, compléta Daphné.

-... se fatiguer, rectifia Astoria plus poliment. Elle dit parfois des choses incohérentes et il lui arrive souvent de s'endormir brusquement en plein milieu d'une phrase ou d'une action...

- Autrement dit, elle est complètement dans les citrouilles, résuma Daphné. DOLLY ! hurla-t-elle soudainement en faisant sursauter Théodore. SECOUE-TOI !

-... elle est aussi un peu sourde, termina Astoria pour éclairer Théo sur le brusque changement de ton de sa sœur.

Ils se mirent à fouiller l'étage à la recherche de l'elfe qui devait être sacrément sourde pour ne pas percevoir les appels de Daphné. Rien dans les placards, sous les lits ou dans les corbeilles à papier... Dolly était manifestement douée pour les parties de cache-cache.

- Mais au fait, j'y pense... dit soudainement Daphné. Il est très possible qu'elle soit tombée tête la première dans un buisson du jardin. Maman nous a demandé de la retrouver, alors on n'a pas le choix, il va falloir sortir. Je suis volontaire ! ajouta-t-elle rapidement en levant la main.

- Pas si vite ! s'exclama Astoria depuis la salle de bain alors que sa sœur s'apprêtait à dévaler l'escalier. Dolly n'est pas tombée dans un buisson.

- Pourquoi pas ? grommela Daphné. C'est tout à fait son genre.

- Pas cette fois, s'amusa sa sœur en apparaissant avec le panier de linge sale.

Astoria souleva une épaisse couche de vêtements pour révéler à Daphné et Théodore l'elfe rabougrie qui y dormait à poings fermés. Dire qu'elle se trouvait là depuis des jours, tout à fait sereine.

- Elle a dû s'effondrer en voulant faire la lessive, supposa Astoria.

- Bienvenue chez les nobles Greengrass ! ironisa Daphné en souriant à Théo.

oOo

Drago sortit du salon en s'appuyant sur la canne de son père. Après des heures d'entrainement au duel et à l'occlumancie, il aurait eu grand besoin d'aller se recoucher. Mais le jeune homme ne pensait plus qu'à une chose : mettre au plus vite son plan à exécution. Après tout, la vie de sa mère en dépendait. En parlant d'elle, Drago la trouva de nouveau à l'entrée du manoir. Narcissa s'époumonait sur un visiteur inopportun :

- Vous êtes sourde ?! Je vous répète qu'il n'y a personne de ce genre chez moi !

- Inutile de vous énerver, je ne veux que son bien. Si vous la voyez, dites-lui de ne plus vagabonder.

- Allez-vous en ! lui ordonna Narcissa en claquant la porte.

- Vous êtes décidément bien différentes ! rugit la voix étouffée de l'inconnue de l'autre côté du battant.

Narcissa tressaillit de fureur tandis que la sorcière retournait vers le portail, ses pas crissant sur le gravier. Puis Drago croisa le regard de sa mère, et elle perdit contenance.

- Je vais te demander qui c'était, l'avertit Drago. Ne me réponds pas "personne".

- C'était Dahlia Greengrass, avoua Narcissa. Elle recherche... une personne disparue.

- Depuis quand c'est le boulot des Oubliators ?

- Il s'agit d'une de ses vieilles amies. Quoi qu'il en soit, elle n'avait aucun droit de s'inviter ici en s'attendant à pouvoir fouiller ma maison.

- Elle en a le droit, lui rappela Drago. Le ministère a mis le manoir à sa disposition. Ça m'énerve autant que toi, mais on peut subir une perquisition à tout moment et on a juste le droit de la fermer. Une chance qu'elle n'ait pas insisté, avec Bellatrix dans le salon...

- Soit ! Elle a le droit de fouiller ma maison, s'exaspéra Narcissa. Mais quand on est poli, on dit s'il vous plait !

- Ouais... admettons, soupira-t-il en levant les yeux au ciel. Mais est-ce qu'elle a de bonnes raisons de penser que son amie se trouve chez nous ? s'enquit Drago en repensant à la femme qu'il avait entendue dans la chambre de son père.

-...

- Qu'est-ce que j'espérais ? ironisa Drago face à ce nouveau refus de réponse.

- Tu m'as dit que tu préférais le silence au mensonge, lui rappela Narcissa. Je suis désolée, mais je ne peux rien...

- Laisse tomber, fulmina-t-il en montant le grand escalier. Je vais me changer, il faut que je sorte.

- Où comptes-tu aller ? s'enquit brusquement Narcissa. Drago ! s'exclama-t-elle en voyant qu'il l'ignorait. Je ne t'emmènerai nulle part !

- Je suis un grand garçon, lui rappela-t-il.

- Mais tu ne sais pas transplaner et je doute que le Magicobus soit le moyen le plus discret pour te déplacer.

-...

- Oublie cette mission, le raisonna-t-elle. Laisse les autres s'en occuper.

- Tu veux parler de Rogue ? devina-t-il en faisant volte-face. Tu crois vraiment qu'il va tuer Dumbledore pour moi ? Pour toi ?

- S'il ne fait rien, il mourra.

- Tout comme toi ! Tu n'aurais jamais dû faire ça. Je ne t'avais rien demandé !

- Mais tu ne réalises pas dans quoi tu t'es engagé. Tu auras besoin de Severus...

- JE N'AI BESOIN DE PERSONNE ! rugit-il en jetant la canne de son père dans un geste de rage.

La canne rebondit dans l'escalier avant de rouler aux pieds de Narcissa. Elle se baissa lentement pour la ramasser alors que son fils ajoutait :

- Je ne veux plus que tu t'en mêles.

Drago monta s'enfermer dans sa chambre, laissant sa mère en la seule compagnie de la canne à pommeau.

- Ne t'en fais pas, murmura-t-elle en caressant la tête de serpent en argent, je veille sur lui.

À des kilomètres de là, dans une cellule froide et humide, Lucius écoutait le bruit du vent qui battait les murs d'Azkaban. Le peu d'air qui s'y infiltrait produisait une mélodie sinistre.

- Comme j'aimerais être le vent et me satisfaire du moindre interstice pour m'insinuer hors d'ici, murmura-t-il en laissant sa tête s'appuyer contre la paroi de sa cellule. Devenir invisible... voir l'invisible... te voir toi, termina Lucius en fermant les yeux.

- Très poétique, s'amusa une voix dans la cellule voisine. Mais vous en demandez beaucoup, non ?

Lucius rouvrit brusquement les yeux. Il ne s'attendait pas à être entendu et encore moins à ce qu'on lui réponde.

- Enfin... je vous comprends, continua le prisonnier voisin. Il faudrait vraiment être le vent pour sortir d'ici. Et on a tous quelqu'un à revoir. Qui est-ce pour vous ?

Lucius le trouvait impertinent et indiscret. Mais des semaines passées à écouter le vent et les hurlements d'autres prisonniers lui faisaient regretter les simples conversations. Il n'y avait peut-être plus de Détraqueurs dans la prison, mais l'isolation à elle seule était capable de le rendre fou. Cela lui rappelait des moments terribles où il aurait donné n'importe quoi pour qu'on lui réponde.

-... ma femme, avoua finalement Lucius. Et vous ?

- Celle d'un autre, rit le prisonnier.

Il y avait quelque chose d'étrange dans ce rire. Se moquait-il de Lucius ? Ou la prison l'avait-elle rendu fou ?

- Mais je pourrais aussi me satisfaire de revoir mes filles, ajouta plus sérieusement le prisonnier.

- Depuis quand vous a-t-on enfermé ? s'enquit Lucius.

- Presque cinq ans. Vous avez échappé de peu aux Détraqueurs. Depuis leur départ, il fait presque bon vivre à Azkaban.

- Vous êtes cinglé ?

- Eh bien... on peut dire que je l'étais avant mon arrivée ici, avoua-t-il. Mais depuis, ça va de mieux en mieux !

"Il est complètement dérangé" songea Lucius qui regrettait de plus en plus de s'être lancé dans une conversation avec lui.

- Dans ma folie, j'ai soumis mon épouse au sortilège de l'Imperium, expliqua le prisonnier. Le désespoir m'a aveuglé, mais... je suppose que ça reste quand même impardonnable.

- Vous ne vous ferez certainement pas pardonner en songeant à la femme d'un autre, lui fit remarquer Lucius.

- Certes ! rit-il. Mais je n'y peux rien. C'est dans ma nature d'en vouloir plus que de raison.

- Amusant... moi aussi, lui confia Lucius.

oOo

- Je n'arrive pas à croire qu'on n'ait pas réussi à la réveiller, s'impressionna Théodore en triturant sa glace à la mélasse.

- Moi, je n'ai aucun mal à y croire, répondit Daphné. Dolly est un cas désespéré. On ferait tout aussi bien de s'en débarrasser. Il parait que les Black décapitent leurs elfes quand ils deviennent inutiles.

- Mange ta glace au lieu de dire des bêtises, intervint sa mère tandis qu'Astoria affichait un air effaré face à la suggestion de sa sœur.

-... ne passe pas tes nerfs sur moi simplement parce que les Malefoy t'ont claqué la porte au nez, répliqua Daphné.

- Comment ? releva Dahlia en fronçant les sourcils.

- Pourquoi tu serais revenue aussi vite autrement ? lui fit remarquer sa fille en haussant les épaules. Mais ça n'a rien d'étonnant, ils ne respectent rien. Cette famille est vraiment pourrie jusqu'...

Dahlia frappa sur la table pour la faire taire. Leurs coupes de glace tremblèrent et les sorciers présents sur la terrasse de Florian Fortarôme se tournèrent vers eux.

- Les Malefoy ne t'ont causé aucun tort, lui lança sévèrement sa mère. Alors oublie-les un peu.

Daphné détourna le regard en grimaçant. Elle ne semblait pas partager l'avis de Dahlia, mais la jeune fille serra les dents pour s'empêcher d'ajouter un mot malheureux. "Qu'est-ce que les Malefoy ont bien pu te faire ?" s'interrogea gravement Théodore.

- Excusez-moi, intervint le glacier avec gêne. Y aurait-il un problème ? J'espère que le service est à votre convenance.

- Tout va bien, se radoucit Dahlia en offrant un sourire crispé à Florian. Nous ne voulions pas créer de grabuge...

Soudain, un rayon de lumière rouge lui passa sous le nez, et le plateau que tenait Florian explosa. Deux silhouettes encapuchonnées venaient d'apparaître devant la boutique du glacier. En quelques secondes, ce fut la panique.

- Cachez-vous ! cria Dahlia aux enfants alors qu'elle essayait de riposter contre les Mangemorts tout en évitant de toucher la foule qui se dispersait en désordre.

Théo plongea avec les filles sous leur table. Ils sortirent leur baguette par réflexe, même s'ils se voyaient mal remporter un combat contre des Mangemorts.

- Pourquoi ils attaquent le glacier ? paniqua Astoria.

- Ils ont horreur des glaces à la mélasse ou ils aiment juste foutre le bordel, QUELLE IMPORTANCE ?! répliqua Daphné encore plus paniquée qu'elle.

- Ça va aller, dit Théo en prenant la main d'Astoria pour la rassurer.

- Hé, je suis là moi aussi, lui fit remarquer Daphné qui aurait bien aimé avoir un peu de soutien. Tu ne vois pas que...?

Elle fut interrompue lorsque la table au-dessus de leur tête fut brusquement secouée. Leurs coupes de glace se fracassèrent par terre et il y eut un bruit sourd lorsqu'un corps tomba sous leurs yeux.

- MAMAN ! cria Astoria en lâchant la main de Théo pour bondir hors de leur cachette.

Le garçon la regarda rejoindre le corps inanimé de Dahlia, et il eut l'horrible impression de se voir lui-même appeler sa mère le soir où il l'avait perdue à jamais. Astoria secouait Dahlia comme il avait désespérément secoué Iris. Mais ils étaient en plein jour, pas dans le noir. Sur la terrasse d'un glacier, pas dans un cimetière. Et Dahlia remua faiblement... Le sang de Théo qui s'était glacé se mit brusquement à bouillir. D'autant plus lorsqu'il vit le bas d'une cape noire s'approcher d'Astoria.

- Quelle succulente jeune fille, jubila le Mangemort.

- Arrière, Greyback ! s'exclama Théodore en se précipitant pour lui barrer le chemin.

- On se connait... gamin ? l'interrogea dangereusement le loup-garou.

"Sûrement pas" songea Théo avec dégoût. Mais la réputation de Greyback n'était plus à faire et personne n'ignorait son penchant malsain pour mordre dans le cou des jeunes, en particulier celui des femmes. Aucun autre Mangemort n'aurait pu qualifier Astoria de "succulente jeune fille".

- Personne ne s'interpose entre moi et ma proie, ajouta Greyback avec un sourire carnassier.

- Théo... murmura Astoria avec terreur.

Le garçon pouvait la sentir s'accrocher au dos de sa robe de sorcier. Mais elle n'avait pas besoin de s'inquiéter, il ne bougerait pas. Même si le loup-garou exhibait ses crocs jaunis... même s'il avançait vers lui une main affublée d'ongles acérés...

- Laisse tomber, Greyback, intervint soudainement le deuxième Mangemort en trainant derrière lui le corps pétrifié du glacier. On a eu Fortarôme. Partons avant que les Aurors débarquent.

-...

- Greyback, insista son collègue alors que le loup-garou continuait à zieuter avidement les enfants.

L'homme fauve grogna avant de transplaner. Théodore tourna alors les yeux vers le deuxième Mangemort. Son visage était en grande partie masqué par sa capuche, mais le garçon put le voir sourire d'amusement.

- Ne me remercie pas, petit. C'est la première et dernière fois que je te sauve la mise, en souvenir de ta chère maman, ricana le Mangemort.

Il disparut avant que Théo ait eu le temps de répliquer quoi que ce soit.

- Vous... vous allez bien ? balbutia Daphné en s'avançant à quatre pattes vers eux. Et maman ?

- Elle est blessée... répondit Astoria d'une voix tremblante.

- Elle est vivante, les rassura Théodore.

C'était tout ce qui comptait. Les Aurors arrivèrent quelques secondes plus tard, et ils furent tous aiguillés vers Ste Mangouste. Sous les bons soins des médicomages, Dahlia reprit rapidement connaissance. Il y avait eu plus de peur que de mal. Mais elle passerait tout même la nuit à l'hôpital par précaution.

- Vous n'êtes pas obligés de rester, les rassura Dahlia en caressant la joue d'Astoria. Appelez Dolly pour qu'elle vous ramène à la maison.

- On n'a pas envie de rentrer, refusa Daphné.

- S'il te plait, soupira sa mère avec lassitude. Reconduis ta sœur et notre invité.

- Pourquoi tu me demandes ça à moi ? marmonna la jeune fille en baissant les yeux. Ce n'est pas comme si Dolly... comme si je pouvais...

Dahlia se tourna vers Astoria pour lui adresser une demande silencieuse du regard. Astoria appela alors timidement :

- Dolly ?

L'elfe apparut en une fraction de seconde, enfin réveillée mais se frottant encore les yeux.

- Que puis-je faire pour vous, maîtresse ? s'enquit l'elfe d'un ton ensommeillé.

- Rester consciente plus de deux secondes... persifla Daphné.

- On a seulement besoin que tu nous ramènes à la maison, expliqua Astoria en parlant suffisamment fort pour que la vieille elfe entende tout. Oh... et je te présente notre invité, Théodore Nott.

Dolly cessa brusquement de se frotter les yeux. Elle leva lentement la tête vers Théo en clignant des paupières, comme si elle était aussi myope que sourde. Dolly dévisagea le garçon quelques secondes, avant de s'écrier :

- C'EST UN HONNEUR, MONSIEUR !

Théo fut tellement surpris pas son cri et par la courbette qu'elle effectua ensuite qu'il recula d'un pas. Derrière Dolly, Daphné se frappait la tempe avec l'index, complètement dépitée par le comportement décalé de l'elfe.

- C'est... c'est très poli de ta part, Dolly, intervint Dahlia. Tu peux les emmener maintenant.

- Oui ! acquiesça l'elfe en tendant la main à Théodore.

- Je ne l'ai jamais vue aussi réveillée, s'étonna Astoria en saisissant avec sa sœur le second bras de Dolly.

Ils disparurent en laissant Dahlia seule dans sa chambre d'hôpital, et elle se laissa aller contre son oreiller en soupirant. "Tout part vraiment de travers" songea-t-elle dépitée. "Daphné est de plus en plus intenable, et j'ai peur qu'Astoria recommence à faire des cauchemars... William, tu devrais être ici avec nous. Tes filles ont besoin de toi. Et moi aussi". Dahlia ferma les yeux pour prendre un peu de repos, réalisant qu'elle n'avait pas dormi depuis des jours.

Elle ne se réveila que le lendemain. Il était encore très tôt, mais elle se prépara à quitter l'hôpital. Dahlia voulait rassurer ses filles, et s'assurer qu'elles allaient bien. Il y avait de quoi être perturbé après ce qui s'était passé la veille. Elle pensait tout particulièrement à Astoria... sa fille avait-elle pu dormir paisiblement cette nuit ?

Ainsi, elle gagna pour cent ans... un sommeil aux songes agréables.

- C'était toi, le rêveur, souffla Dahlia en songeant à son mari avec tendresse alors qu'elle sortait de sa chambre d'hôpital.

Elle descendit les étages d'un pas rapide, souhaitant être à la maison lorsque ses filles se réveilleraient. Dahlia avait presque atteint le rez-de-chaussée... quand elle s'arrêta brusquement. Puis, lentement, elle leva la tête vers le premier étage. Le service des blessures par créatures vivantes.

Dahlia remonta alors quelques marches. Elle traversa le premier étage, trouvant à son extrémité ce qui semblait être un vaste dortoir. Des dizaines de personnes étaient allongées là, les yeux fermés. Calmes. Terriblement calmes. Chose normale quand on dort, mais... ces gens là ne dormaient pas.

- Bonjour, Crystal, murmura Dahlia en se plaçant au chevet d'une femme âgée.

Elle prit la main immobile de la femme inconsciente. Une main très lourde, qu'elle caressa lentement avec son pouce. Dahlia resta silencieuse, observant le seul mouvement qu'exprimait Crystal. Sa poitrine s'élevait et s'abaissait au rythme de ses respirations. Trois lits plus loin, une femme sanglotait sur le torse de son mari, qui s'élevait et s'abaissait aussi à un rythme parfaitement régulier. C'était un mouvement simple... anodin... insupportable à regarder. Car il donnait de l'espoir. Un espoir vain.

Dahlia ferma les yeux de toutes ses forces pour refouler ses larmes. En les rouvrant, elle remarqua que les lèvres de Crystal étaient entrouvertes, et qu'un mince filet de bave s'en écoulait. Dahlia était en train de l'essuyer d'un coin de sa manche quand un guérisseur l'interpela :

- Mrs Greengrass ?

Elle ne répondit pas, ne se retourna pas. Dahlia savait exactement ce qu'il lui voulait. Elle devinait l'expression et la posture gênée qu'il arborait dans son dos. Elle pouvait presque voir le document qu'il tenait nerveusement entre ses mains. Une demande de consentement. Elle en connaissait chaque mot.

- Mrs Greengrass, insista le médicomage alors que Dahlia poussait doucement le menton de Crystal pour clore ses lèvres.

- Vous connaissez ma réponse, fut tout ce qu'elle accepta de lui dire.

- Je vous en prie ! s'impatienta-t-il en faisant sursauter la femme qui pleurait sur le corps de son mari. Vous devez signer ce document. Acceptez que nous mettions fin à... à... hésita-t-il en retrouvant son calme. Vous savez qu'elle est déjà partie, termina le guérisseur avec compassion.

"Oui" songea douloureusement Dahlia en dévisageant la vieille femme qui donnait l'apparence d'être seulement endormie. "Je sais que nous l'avons perdue à jamais. Mais William... je ne peux pas prendre cette décision à la place de William".

- Vous êtes la seule à pouvoir prendre cette décision, tenta-t-il de la raisonner. Votre mari... a perdu tous ses droits... il a été condamné à perpétuité...

-...

- Cela va faire cinq ans... combien de temps encore comptez-vous la laisser dans cet état ? Ne souhaitez-vous pas l'enterrer, et lui faire correctement vos adieux ?

-...

- Sans parler du fait... qu'elle ne devrait même pas se trouver ici, ajouta le médicomage au comble du malaise. Après tout...

-...

- C'est une Moldue, termina-t-il du bout des lèvres.

À ces mots, Dahlia décida enfin de tourner la tête vers lui. Très lentement. Et sans avoir besoin de prononcer un mot, elle lui fit baisser les yeux. "C'est avant tout la mère de l'homme que j'aime. Je me fiche que sa présence vous embarrasse. Mais... je comprends... je sais que cette situation ne peut pas durer indéfiniment. Bien sûr que je voudrais lui dire adieux, la laisser reposer en paix... mais... mais..." se tourmenta Dahlia en reposant les yeux sur le visage paisible de Crystal.

JE REFUSE DE RENONCER À MA MÈRE !

-... je ne peux pas, gémit Dahlia en posant son front contre la main de sa belle-mère. Je ne peux pas ! Je suis tellement désolée... Crystal. Pardonnez-moi !

Le médicomage eut la délicatesse de ne plus insister, et il la laissa à son chagrin. Dahlia mit plus de temps qu'elle ne l'avait prévu pour rentrer chez elle. Malgré cela, elle trouva ses filles toujours endormies. En revanche... Dahlia ne s'était pas attendue à trouver Théodore attablé dans sa cuisine. Le garçon fixait un bol de café au lait glacé. Dolly le lui avait certainement servi des heures auparavant.

- Tu n'as pas dormi ? s'enquit Dahlia.

Théodore sursauta. Il ne l'avait même pas entendue rentrer.

- Oh... bonjour, la salua-t-il. Comment allez-vous ?

- Que fais-tu ici tout seul ?

-... je réfléchissais.

- De toute évidence, acquiesça-t-elle en réchauffant le café au lait d'un tour de baguette.

- L'un des Mangemort qui nous a attaqués avait l'air de bien connaître ma mère, précisa Théo en replongeant son regard dans les remous du café au lait.

Dahlia sursauta à son tour. "Iris ?"

- Oui... mais... hésita-t-elle en s'asseyant face au garçon. Ta mère était la sœur d'Evan Rosier. C'était un Mangemort, tout comme ton père. Alors il serait logique qu'elle en ait rencontré...

- Ma mère ne fréquentait pas les Mangemorts ! s'exclama Théodore en serrant les poings. Elle aurait fait n'importe quoi pour les arrêter.

"Elle s'est quand même retrouvée mariée à l'un d'eux..." songea Dahlia en levant un sourcil face à la réaction du garçon.

- À moins que Lucius Malefoy se soit trouvé sous ce capuchon... elle n'en connaissait pas d'autre, lui assura Théo. Et moi non plus.

- Aux dernières nouvelles, Lucius est toujours enfermé à Azkaban, remarqua Dahlia.

- Je sais, acquiesça-t-il. C'est bien ce qui me perturbe.

"Un Mangemort qui aurait connu personnellement Iris ?" réfléchit Dahlia en fronçant les sourcils. "En dehors de Lucius et Evan ? Une personne en qui Iris avait suffisamment confiance pour lui présenter son fils. Un vieil ami d'école ? Ou bien..." Dahlia retint brusquement son souffle. "Un collègue de travail ! Iris était sous les ordres d'Amélia, au département de la justice magique. Si un Mangemort y travaille aussi... ça expliquerait comment Voldemort a pu trouver si facilement l'adresse d'Amélia. Il a un espion au ministère !" comprit-elle en se levant d'un bond. "Suffisamment bon pour être resté en place pendant des années sans se faire prendre !"

- Sans même qu'Iris le soupçonne... souffla-t-elle effarée.

Il fallait être sacrément doué pour échapper à la vigilance d'Iris Rosier. "Aussi doué que moi..." songea amèrement Dahlia.

- Qu'est-ce qu'il y a ? s'enquit Théodore qui avait été surpris de la voir se lever si brusquement.

- Je dois partir au bureau, répondit Dahlia en repartant vers la sortie. Rassure mes filles pour moi, d'accord ?

oOo

Drago dut patienter un mois avant de pourvoir se rendre au Chemin de Traverse sans éveiller les soupçons. En particulier ceux de sa mère. Il n'avait vraiment pas envie qu'elle continue à se mêler de sa mission. Mais elle s'obstinait à vouloir le garder à l'œil, le suivant dans tous ses achats, jusque chez Madame Guipure. "Mon père est déjà en prison" songea-t-il en s'avançant vers un miroir de la boutique pour admirer la nouvelle robe de sorcier que sa mère comptait lui offrir. "Je n'ai pas envie de me retrouver sans mère, comme..." Drago arrêta là sa pensée. Il était sur le point de se comparer à Théodore. Comme s'il considérait que Théo était pitoyable. Son regard se perdit alors dans le reflet du miroir, lui permettant de remarquer les trois personnes qui l'observaient depuis l'entrée de la boutique.

*- Si tu te demandes quelle est cette odeur, maman, je te signale qu'une Sang-de-Bourbe vient d'entrer ici, lança-t-il cruellement.

Granger lui fit le plaisir de pâlir. Quant aux deux idiots qui l'accompagnaient, ils ne trouvèrent rien de plus original à faire que de sortir leurs baguettes. Vraiment prévisibles. C'en était presque barbant. Mais qu'ils lancent ne serait-ce qu'un sort, et Drago avait suffisamment de témoins pour les faire renvoyer de Poudlard. Potter n'en méritait pas moins.

*- Arrêtez, franchement, ça n'en vaut pas la peine… intervint faiblement Hermione.

*- Ouais, comme si vous alliez oser vous servir de vos baguettes en dehors de l'école, ricana Drago en espérant mettre de l'huile sur le feu. Qui est-ce qui t'a collé un œil au beurre noir, Granger, que je lui envoie des fleurs ?

Madame Guipure décida de les arrêter avant que sa boutique se transforme en champ de bataille. Mais elle ne pouvait pas faire grand chose pour dissuader un Malefoy d'obtenir sa vengeance. Drago comptait bien faire payer Potter pour avoir envoyé Lucius à Azkaban. Il en fut d'autant plus déterminé lorsqu'il entendit Harry lancer à Narcissa :

*- Peut-être qu'à Azkaban, ils vous trouveront une cellule double à partager avec votre mari vaincu !

Comment osait-il ?!

Mais Madame Guipure le ramena à la réalité lorsque Drago sentit qu'elle remontait la manche sur son bras gauche. Il la repoussa sèchement avant que quiconque puisse voir ce qu'il tenait absolument à cacher. Ce n'était pas qu'il en avait honte. Il en était même très fier. Mais Drago n'était pas stupide au point de crier sur les toits qu'il était devenu Mangemort. Encore moins devant ces trois là qui n'auraient pas manqué de fouiner dans ses affaires. Sa mission ne pouvait pas échouer à cause d'une stupide petite couturière, ni de Potter.

Drago laissa le Survivant s'en sortir pour cette fois. À charge de revanche. Il quitta la boutique avec sa mère, décidé à trouver le moyen de lui fausser compagnie dès que possible. Cette excursion sur le Chemin de Traverse représentait sa seule chance de vérifier si son plan tenait la route. Si jamais Barjow n'était plus en possession de l'armoire à disparaître communiquant avec celle que Montague lui avait décrite et qui se trouvait à Poudlard... Drago ne voyait pas d'autre option pour faire entrer les Mangemorts dans le château.

- Bienvenue chez Tissard et Brodette ! s'exclama une vendeuse lorsqu'elle vit les Malefoy entrer dans sa boutique de prêt-à-porter. Que puis-je faire pour vous ?

- Nous cherchons une nouvelle robe de sorcier pour mon fils, expliqua Narcissa.

- Aurait-il une préférence sur la couleur ? s'enquit la vendeuse en se tournant vers Drago.

Le jeune homme haussa les épaules. Il se fichait complètement d'avoir une nouvelle robe, et la couleur l'intéressait d'autant moins. C'était seulement une idée de sa mère pour revenir dans ses bonnes grâces. Elle n'aimait pas qu'il la tienne à l'écart et elle pensait redevenir sa confidente en le couvrant de cadeaux. "Elle me prend vraiment pour un gamin".

- Pourquoi pas du bleu ? proposa Narcissa. Il en porte rarement, mais je pense que c'est une couleur qui lui va bien.

- Vous avez raison, approuva la vendeuse. Je dirais même que c'est aussi la couleur qui vous irait le mieux. Le bleu est assorti à la couleur de vos yeux. Si cela vous intéresse, je viens à peine de recevoir de nouveaux modèles pour notre gamme pure-sorcière qui...

- Nous sommes là pour mon fils, l'arrêta Narcissa.

- Tu pourrais faire un effort, intervint Drago qui venait de pister une échappatoire.

- Qu'est-ce que tu dis ?

- Tu ne prends plus la peine de te coiffer avec élégance, précisa-t-il face à l'air stupéfait de sa mère. Et tu portais déjà cette robe hier.

Narcissa prit un air indigné. Comment osait-il lui faire ces remarques devant une étrangère ?

- Je suis sûr que cette femme n'a même pas saisi qui nous étions, ajouta son fils.

- Heu... hésita la vendeuse. C'est à dire...

- N'importe qui devrait pouvoir reconnaître un Malefoy, où qu'il soit, continua Drago en provoquant le frissonnement de la vendeuse qui venait enfin de comprendre à quelle genre de famille elle avait affaire. Je ne pense pas que papa approuverait ce laisser-aller.

Drago sut immédiatement qu'il avait gagné. Il lui avait suffit d'évoquer Lucius pour que l'indignation laisse place au doute sur le visage de Narcissa. Maintenant, elle allait envisager de suivre les conseils de la vendeuse. Et pendant qu'elle serait occupée...

Le garçon mit moins de dix minutes pour ressortir de la boutique. Seul. Il avait laissé sa mère dans la cabine d'essayage. "Je n'arrive pas à croire que j'aie pu l'avoir sur des conseils de beauté" s'impressionna-t-il en remontant rapidement la rue. "La chance est avec moi". Et ce fut en effet une journée chanceuse. Barjow était toujours en possession de l'armoire à disparaître et Drago avait bon espoir de réussir à réparer celle de Poudlard. Il ne lui manquait plus qu'une chose... un intermédiaire qui ferait le lien entre lui et Barjow lorsque Drago serait à Poudlard. Quelqu'un d'utile et qu'il pourrait facilement manipuler. Une personne que même Dumbledore ne soupçonnerait pas. De préférence, vivant à Pré-au-Lard...

- Comment as-tu osé me semer sur le Chemin de Traverse ?! piaffa Narcissa en ramenant son fils chez eux par la peau du cou dès qu'elle lui mit la main dessus. Je me suis fait un sang d'encre ! Que faisais-tu dans l'allée des Embrumes ?

- Je te le répète : ne t'en mêle pas, articula Drago en lui échappant lorsqu'ils entrèrent dans le hall du manoir.

- Drago !

- Désolé, j'ai une leçon avec Bellatrix qui m'attend.

Il claqua la porte du salon derrière lui, étouffant les cris de sa mère pour mieux entendre les ricanements de sa tante.

- J'ai l'impression que le chaudron déborde, s'amusa Bellatrix en quittant le fauteuil fétiche de Lucius un verre de Superior-Red à la main.

- Si papa trouve les caves vides à son retour, je ne donne pas cher de ta peau, l'avertit Drago.

- Si Lucius revient, répliqua-t-elle en savourant une nouvelle gorgée de vin rouge.

- Je t'interdis de dire ça ! s'emporta Drago en sortant sa baguette.

Le garçon ne réalisait même pas qu'il venait de réagir exactement comme Harry et Ron. Drago les avait trouvés stupides, et il fut stupidement envoyé au tapis par sa tante qui prenait toujours un malin plaisir à le faire voltiger à travers la pièce.

- Tu n'interdis rien du tout, lui lança Bellatrix. Tu te prends pour ton père ? À te croire supérieur à moi simplement parce que le maître à eu la bonté de te confier une malheureuse mission ? Sois plutôt reconnaissant que je prenne la peine de t'aider. Legilimens !

L'esprit de Drago fut soudainement envahi par des souvenirs en rapport avec son père. Leurs rires, leurs coups d'éclats. Les premières félicitations qu'il lui avait adressées. Le dernier au revoir qu'il avait prononcé sur le quai de la gare. La première fois que Drago l'avait surpris à partir pour le cimetière, un soir d'Halloween. Et puis :

- Drago, écoute-moi bien. Tu peux tout obtenir, mais... ne perds jamais la face. Tu m'as compris ?

- Drago... ajouta brusquement une autre voix. Montre-moi... tes beaux yeux gris... Drago...!

Il eut le temps de voir la main ensanglantée avant que Bellatrix cesse le sortilège. Elle l'avait vue aussi.

- C'était quoi ça ? l'interrogea sa tante en plissant les yeux.

Allongé par terre les bras en croix, Drago respirait difficilement. Encore. Encore cette image. Et cette voix...

- Réponds ! le pressa Bellatrix en s'approchant.

Drago la désarma avant qu'elle puisse de nouveau s'infiltrer dans sa tête. Puis il se leva d'un bond pour quitter le salon.

- Je n'en sais rien, grinça-t-il en ignorant Bellatrix qui s'était mise à piaffer aussi fort que sa sœur. Un cauchemar... quoi d'autre ?

oOo

- Mr Thicknesse, essayez de comprendre ! s'impatienta Dahlia. Je suis certaine qu'un espion se cache dans votre département !

- Je vous rassure, je n'ai aucun problème de compréhension, répliqua le nouveau chef du département de la justice magique. J'avais déjà saisi quand vous êtes venue m'en parler le mois dernier. Et je vous assure que des mesures ont été prises pour renforcer la sécurité afin de prévenir...

- Il n'est plus question de prévenir quoi que ce soit, vous devez interroger tout le monde !

- Dois-je demander à mon personnel de se mettre en rang et de relever sa manche gauche ? demanda Pius Thicknesse avec sarcasme.

- Oui !

-... sachez que je n'ai pas la patience de mon regretté prédécesseur, l'avertit Thicknesse. Amélia Bones avait peut-être pris l'habitude de vous écouter et de vous défendre, mais...

- Je ne me souviens pas qu'elle m'ait jamais écoutée ni défendue... marmonna Dahlia.

-... MAIS NE COMPTEZ PAS SUR MON INDULGENCE ! termina-t-il d'une voix claironnante pour la faire taire. Vous êtes ici dans mon bureau ! Je vous conseille de retourner dans votre département et de me laisser me charger de mes affaires internes. Les Aurors se trouvent à l'autre bout du couloir, et s'ils avaient décelé le moindre comportement suspect...

- Iris Rosier, le coupa de nouveau Dahlia avec fermeté. Ça vous dit quelque chose ?

-... bien sûr, grommela-t-il avec précaution à l'évocation du meilleur élément que son département ait jamais compté. Mais je ne vois pas le rapport...

- Même elle n'a rien vu venir. Alors vos Aurors... ils peuvent aller se faire voir chez les centaures !

Thicknesse ouvrit la bouche avec indignation, mais Dahlia claqua la porte de son bureau avant qu'il puisse prononcer le mot "licenciement". Elle poussa un cri de rage qui résonna dans le couloir. Les quelques employés qui passaient par là lui jetèrent un regard perplexe. Mais elle ne s'en soucia pas et Dahlia partit à grand pas vers les ascenseurs pour rejoindre son propre département, celui des accidents et catastrophes magiques. Elle appuya avec force sur le bouton d'appel de l'ascenseur et elle voulut se précipiter à l'intérieur dès que les grilles s'ouvrirent. Mais quelqu'un d'autre en sortit au même moment et ils se heurtèrent dans une pluie de parchemins.

- Mince... soupira Dahlia. Désolée, Yaxley.

- Il n'y a pas de mal, la rassura le sorcier en rassemblant ses parchemins d'un tour de baguette. Qu'est-ce qui t'amène encore ici ? Laisse-moi deviner... Thicknesse ne veut toujours rien entendre ? Si je peux t'aider, n'hésite pas.

- Je doute que tu puisses faire grand chose depuis le service des usages abusifs de la magie. Mais... merci quand même.

- Je te préviendrai si je suis témoin d'un... abus dans les couloirs du ministère, plaisanta-t-il. Je ne serais pas contre un peu d'action, si ça pouvait me sortir de tous ces enregistrements administratifs. Quand j'ai vraiment plongé le nez dedans, je me suis apperçu qu'on répertoriait vraiment tout et n'importe quoi sur tout le monde !

- Du genre ?

- C'est confidentiel, lui fit-il remarquer d'un ton mystérieux qui la fit sourire. Bonne journée, Greengrass.

Elle le laissa passer pour appuyer de nouveau sur le bouton de l'ascenseur qui avait disparu entre-temps. Sans s'acharner cette fois. Dahlia réfléchissait. Les mots "enregistrements administratifs" venaient de l'interpeler. L'adresse d'Amélia y était-elle enregistrée ? Cette information avait-elle pu passer entre les mains de Yaxley ? Et si...?

- Hé ! Greengrass ! l'interpela Yaxley depuis le bout du couloir.

Dahlia fit volte-face comme si elle s'attendait à recevoir un sortilège dans le dos. Elle avait même mis la main à la poche pour saisir sa baguette. Mais face à elle, Yaxley ne la menaçait pas. Il avait simplement levé le bras gauche. Sa manche était remontée jusqu'au coude, mais il n'y avait pas la moindre trace de la marque des Ténèbres sur son avant-bras.

- Ne te monte pas trop la tête, lui conseilla-t-il. Ou tu vas finir par voir des ennemis partout. T'en fais pas, on l'aura cet espion.

- Oui... tu as raison, sourit Dahlia en retirant la main de sa poche.

Elle devait garder l'esprit clair et rester vigilante sans pour autant devenir paranoïaque. L'espion pouvait tout aussi bien être Thicknesse lui-même, pour ce qu'elle en savait. Dahlia devait attendre. Quelqu'un allait forcément finir par se trahir. Les grilles de l'ascenseur s'ouvrirent derrière elle et Dahlia monta à l'intérieur en adressant un signe de main à Yaxley. Il la regarda tranquillement disparaitre. Puis il retourna vers son service, un sourire moqueur aux lèvres.

oOo

Drago tourna en rond chez lui pendant les semaines qui suivirent. Sa tante s'acharnait sur lui et sa mère lui refusait plus que jamais toute sortie. Drago attendait la rentrée avec impatience, mais il s'inquiétait aussi de ne pas avoir pu se rendre à Pré-au-Lard. Il avait absolument besoin d'un complice là-bas, cependant il se refusait à demander le moindre service à son horrible tante. Bellatrix disait vouloir l'aider tout en espérant que son père moisisse en prison. "Pourquoi je me démène d'après elle ? C'est pour qu'il soit fier de moi quand il reviendra" songea Drago en descendant au rez-de-chaussée, résigné à subir une nouvelle "leçon". Mais sa tante était déjà occupée. Elle s'acharnait sur quelqu'un d'autre pour changer. Un homme dont le visage était masqué par un capuchon noir. Un Mangemort.

- Je me fiche de tes jérémiades ! s'exclama Bellatrix. Fais ton boulot, comme le maître te l'a demandé.

- J'aimerais bien, mais tes petits entrainements avec Drago sont de plus en plus difficiles à masquer. La Trace de ce gamin s'active un peu trop souvent et pour des sortilèges pas très nets. S'il continue à utiliser la magie en dehors de l'école...

- Il faut bien qu'il apprenne à se défendre s'il veut réussir sa mission, le coupa Bellatrix.

- C'est très touchant de ta part de t'en inquiéter, ironisa le Mangemort. Mais je risque ma peau au ministère pendant que tu restes cachée ici.

- Je suis les ordres du maître ! s'emporta-t-elle. Si ça te pose un problème, tu devrais aller lui en parler directement !

Bellatrix partit s'enfermer dans le salon et le Mangemort n'eut d'autre choix que de se tourner vers la sortie. Drago ignorait son identité, et il n'avait aucune garantie que cet homme accepterait sa demande. Mais le garçon n'avait rien à perdre. Il s'élança donc sur les traces du Mangemort.

Il était tard. La brume couvrait le jardin. Désormais, les Détraqueurs rôdaient partout dans le pays. Mais ils étaient le moindre de ses soucis. Drago aperçut la silhouette du Mangemort se glissant entre les grilles du portail.

- Attendez ! l'appela-t-il.

Mais Drago le perdit de vue et il franchit à son tour le portail en espérant que le Mangemort n'ait pas déjà transplané. Il crut l'avoir perdu jusqu'à ce qu'un mouvement dans le brouillard attire son attention. Quelqu'un s'éloignait.

- Revenez ! s'exclama Drago. Attendez-moi ! Je... je suis Drago Malefoy !

L'homme qu'il poursuivait s'arrêta. Puis il se tourna vers le garçon, son capuchon toujours baissé sur son visage. "Si j'ai bien compris, c'est un espion infiltré au ministère" songea Drago. "Il ne me montrera pas son visage, mais je me fiche de le connaître".

- Emmenez-moi à Pré-au-Lard, lança-t-il au Mangemort.

-...

"J'aurais peut-être dû écouter ma mère quand elle me faisait la leçon sur la politesse" regretta Drago en espérant ne pas avoir froissé le Mangemort qui s'obstinait à garder le silence. Mais il n'était pas dans la nature d'un Malefoy de supplier.

- J'ai une mission à accomplir sur les ordres du maître, continua fièrement le garçon en relevant sa manche gauche pour exhiber sa marque des Ténèbres. Il faut que j'aille à Pré-au-Lard avant la rentrée. Si vous m'emmenez... j'espacerai les leçons avec ma tante. Vous aurez moins de problèmes au ministère.

-...

- Alors ? s'impatienta Drago.

- Très bien... accepta enfin à mi-voix l'homme sous la capuche. Mais pourquoi Pré-au-Lard ?

-... juste envie d'une bièraubeurre, répondit Drago en haussant les épaules.

oOo

- Vous avez tout ce qu'il vous faut ? s'enquit Dahlia avant de laisser ses filles et Théodore monter dans le Poudlard Express.

- Si Dolly ne s'en est pas mêlée, ça devrait aller, répondit Daphné en jetant un coup d'œil à l'elfe qui dormait debout près de sa mère.

- Laisse-la tranquille, lui demanda Dahlia avant de se tourner vers Astoria. Ça ira ? Tu es sûre que tu dors bien ?

- Oui, lui assura Astoria en souriant. J'ai toujours la protection de papa.

La jeune fille leva la main, comme pour jurer sa bonne foi. Sauf qu'il s'agissait de sa main gauche et qu'elle souhaitait seulement montrer à sa mère une petite cicatrice rougeâtre au bout de son index. Théo comprit que c'était l'endroit où Mr Greengrass l'avait piquée avec son épingle, en référence au conte... quel était le titre déjà ? Il n'en avait jamais entendu parler.

- N'oubliez pas de m'écrire, dit Dahlia en embrassant Astoria sur le front.

Elle tendit la main vers Daphné pour lui offrir aussi un baiser, mais sa fille aînée se déroba. Daphné monta rapidement dans le train, suivie par Astoria. Théodore s'apprêtait à leur emboiter le pas, lorsque Dahlia le retint par le bras.

- Attends. J'ai quelque chose pour toi.

Elle mit la main dans sa poche pour en sortir une unique fleur. Une iris.

- Je sais que ta mère veille sur toi, dit Dahlia en offrant la fleur au garçon.

- Merci, répondit-il en souriant faiblement.

Dahlia lui rendit un sourire crispé. Le même qu'au moment où elle l'avait accueilli chez elle. Théodore ne comprenait pas. Se forçait-elle à être gentille avec lui ? Était-elle incommodée parce qu'il était fils de Mangemort ou... avait-elle pitié de lui ? Théo garda tout de même la fleur et il monta dans le train. Le Poudlard Express siffla bruyamment, annonçant son départ imminent. Sur le quai, Dolly sursauta. Elle aperçut Théodore au moment où les portes du train se refermaient, et elle lui souhaita :

- Bon voyage, maître Thadeus !

Théo faillit trébucher. Il ne s'attendait pas à entendre prononcer le nom de son père, encore moins sortant de la bouche de cette elfe. Avait-il bien entendu ?

- Qu'est-ce que tu as dit ? demanda-t-il en se retournant.

Mais la porte du train venait de claquer, et le Poudlard Express se mit en marche.

- Théo ! l'interpela Daphné à l'autre bout du wagon. Tu viens ?

- Heu... oui, répondit-il un peu perturbé.

Ils partirent vers le fond du train en vue de trouver un compartiment tranquille. Sur le chemin, ils croisèrent Ron Weasley et Hermione Granger. Les Gryffondor marchaient dans la direction opposée, cherchant surement à rejoindre le wagon des préfets. Théo et Ron étaient aussi grands l'un que l'autre et, même si le Serpentard avait moins de carrure, ils durent faire attention pour ne pas se heurter. Théodore laissa aussi passer Hermione, remarquant qu'elle gardait ostensiblement le regard fixé droit devant elle. Comme si la Gryffondor souhaitait éviter de regarder les Serpentard. Mais à la dernière seconde... elle tourna les yeux vers Théo. Ça ne dura que le temps d'un battement de cil, Hermione s'étant vite reprise. Mais ce fut suffisant pour qu'il comprenne que c'était lui qui la mettait mal à l'aise. "Elle était avec Potter au département des mystères..." songea Théodore. "Elle a sûrement affronté mon père".

- Théo, l'appela Astoria en passant sa main devant les yeux du garçon. Qu'est-ce qui se passe ? Tu as l'air complètement ailleurs.

- Je vais très bien, répondit Théodore alors qu'Astoria suivait son regard pour voir Hermione disparaître dans le wagon voisin. Je t'assure, insista-t-il en ramenant le visage d'Astoria vers lui.

- Bon, vous venez ? demanda Daphné avec humeur.

Ils la rattrapèrent alors qu'elle marchait d'un pas rapide pour s'éloigner de l'avant du train. Sans remarquer qu'elle venait de passer devant le compartiment où se trouvait l'être qu'elle détestait le plus : Drago Malefoy.

Il était en compagnie de ses camarades habituels. Blaise était de nouveau assis entre lui et Pansy. Quant à Crabbe et Goyle, ils affichaient leur air hébété le plus ordinaire et ricanaient bêtement à la moindre remarque proférée par Drago. Notamment :

- Je parie que Potter erre pitoyablement dans les couloirs sans Weasley et Granger pour lui tenir compagnie.

- Il peut toujours se consoler avec Londubat et Lovegood, compléta Pansy. Je me demande ce qui est le pire.

- Tu te le demandes ? s'étonna Drago. Il n'y a rien de pire que de respirer le même air qu'une Sang-de-Bourbe.

- C'est pour ça que tu n'es pas dans le compartiment des préfets ? s'enquit Blaise en levant un sourcil interrogateur vers Drago. Parce que Granger y est ?

- Je fais ce que je veux sans me soucier de cette fille, répondit sèchement Drago. À quoi bon écouter McGonagall nous rabâcher la même chose que l'année dernière ? Il n'y a que Granger que ça intéresse.

- Ouais, approuva Pansy. Et je n'allais pas y aller sans Drago.

- Non, sans blague ? ironisa Blaise.

- À part ça, qu'as-tu fait pendant les vacances, Drago ? s'enquit Pansy en ignorant Blaise. Je t'ai écris plusieurs fois, mais tu ne m'as pas envoyé de réponse. Je me suis inquiétée.

- J'étais occupé, éluda-t-il. Il fallait que je prépare le retour de mon père.

- Tu penses qu'il va bientôt s'évader ?

- Bien sûr, acquiesça-t-il confiant. Il faut bien plus que des barreaux pour briser un Malefoy.

- Mais qu'as-tu fait pour préparer le retour de ton père ? s'enquit Blaise.

- C'est encore en cours, répondit mystérieusement Drago. On peut dire que je lui prépare une surprise.

- Oh... dis-nous ce que c'est ! s'amusa Pansy. Donne-nous au moins un indice.

- Tu veux un indice ?

Drago dévisagea ses camarades avec attention. Il allait prendre un risque. Un gros risque. En valaient-ils la peine ? À une autre époque... avec Théo... "Je n'aurais pas hésité une seule seconde" pensa Drago. Mais ce n'était pas Théodore qui l'avait accompagné au cours de ses années d'étude. C'étaient eux.

Il hésita encore une seconde, les yeux fixés sur Crabbe et Goyle. Puis il sortit sa baguette, la pointant sur la porte du compartiment. Un rideau se déroula pour masquer la vitre qui donnait sur le couloir, et le verrou s'actionna.

Les Serpentard échangèrent un regard perplexe devant tant de précautions. Ils en comprirent le sens lorsque Drago remonta lentement sa manche gauche. D'abord, ils virent le serpent, puis le crâne. Alors leurs bouches s'entrouvrirent et leurs yeux s'écarquillèrent. Cette marque ne pouvait vouloir dire qu'une chose. Depuis la dernière fois qu'ils l'avaient vu... Drago était devenu Mangemort.

- Pourquoi ? murmura Pansy la première.

-... pourquoi ? la reprit Drago en fronçant les sourcils. Ça t'étonnes que je suive les traces de mon père ?

- Je veux dire... n'es-tu pas trop... jeune ?

- Jeune et talentueux, non ? s'enorgueillit-il.

- Oui, mais...

- Regarde-moi dans les yeux, la coupa Drago en se penchant vers elle. Tu es sortie avec un garçon cet été ?

- N... non, balbutia-t-elle sous la surprise et toujours sous le choc de la révélation.

- Menteuse, l'accusa-t-il. J'ai même l'impression qu'il s'agissait d'Adrian Harper.

- Comment tu...? souffla la jeune fille en s'empourprant. Tu as appris la Legilimancie ?!

- Et l'Occlumancie, précisa-t-il fièrement.

- Je n'arrive pas à y croire, s'ébahit Blaise qui fixait Drago comme s'il le voyait pour la première fois. Mais... tu es sortie avec cet idiot d'Harper ? s'indigna-t-il brusquement en se tournant vers Pansy.

- Et alors ? Ça n'a même pas duré une semaine, se défendit-elle en haussant les épaules pour lui faire comprendre que ce n'était pas le sujet le plus grave de la discussion.

- Trop fort, Drago, s'impressionna Goyle. Tu peux aussi deviner à quoi on pense ? demanda-t-il en se désignant avec Crabbe.

- Absolument, se vanta le blond. "Vos esprits sont certainement les plus simples à percer".

Drago fit la démonstration de ses nouveaux talents psychiques, jusqu'à ce qu'un Poufsouffle de deuxième année frappe à la porte de leur compartiment avec un message destiné à Blaise.

- C'est une invitation du professeur Slughorn, précisa le Poufsouffle.

- Une invitation ? s'étonna Drago en plissant les yeux.

Pourquoi Blaise seulement ? Et une invitation pour quoi ?

- Il m'invite à prendre une collation dans le compartiment C, lut Blaise en ouvrant le message.

- Et il n'a rien dit d'autre ? demanda vivement Drago au Poufsouffle.

- N... non... balbutia le jeune garçon autant impressionné par la présence de tous ces Serpentard que par le regard perçant de Drago. Heu... au revoir.

Le Poufsouffle prit la fuite, et Blaise se leva.

- Bon... soupira-t-il. Je vais voir ce qu'il me veut.

- Bien sûr, vas-y, l'encouragea vertement Drago.

Le blond profita du fait que Blaise s'était levé pour basculer brusquement sur la banquette et il posa sa tête sur les genoux de Pansy. Elle fut d'abord surprise, mais la jeune fille finit par sourire. Elle osa même toucher les cheveux de Drago, et il la laissa faire, trop satisfait de voir la tête que tirait Zabini. Nul besoin de Legilimencie pour comprendre que Blaise s'intéressait à elle. Ce n'était pas pour rien qu'il saisissait la moindre occasion de se placer entre elle et Drago. "Il aime souffrir, ou quoi ?" songea le blond qui ne comprenait pas pourquoi Blaise s'acharnait alors que Pansy n'avait que le mot "Drago" à la bouche.

- Alors, Pansy ? D'après toi, qui est le meilleur ? demanda Drago pour remuer le couteau dans la plaie.

- Toi, bien sûr, répondit-elle du tac-au-tac en le regardant dans les yeux. Qui d'autre ?

- En effet, dit-il en s'efforçant de lire dans son esprit.

"Quelle petite menteuse !" réalisa soudainement Drago. "Je ne t'aurais jamais crue aussi sadique. Pauvre Blaise".

La porte du compartiment claqua. Blaise ne pouvait apparemment pas en supporter plus. "Ça lui apprendra de croire qu'il peut partir s'amuser sans moi" songea Drago satisfait. Même si... en vérité, il n'avait pas apprécié que cette invitation vienne gâcher l'effet de sa révélation.

oOo

Lorsqu'il comprit que Slughorn cherchait à s'entourer des jeunes les plus prometteurs de Poudlard, Drago se mit en tête d'intégrer le club de Slug aussi vite que possible. Il considérait comme une véritable injustice de ne pas avoir été le premier convié aux petites sauteries qu'organisait Slughorn. La simple idée que ce professeur ventripotent puisse porter plus de crédit à Londubat plutôt qu'à un Malefoy représentait sûrement la pire des insultes pour Drago. Potter... admettons. Tout le monde faisait cette erreur. Mais Londubat ? "Soyons sérieux deux minutes" songea Drago en fixant Slughorn avec insistance dès qu'il entra dans la salle de potions. Le professeur venait d'accueillir Blaise et Potter un peu trop chaleureusement à son goût. Théodore et Daphné entrèrent en dernier, et ils furent ignorés aussi bien que Drago.

Après que Potter ait réussi à se faire de nouveau remarquer en arrivant sans manuel, ils purent enfin tous s'asseoir pour commencer le cours. Le seul problème, c'était que Drago et Blaise s'étaient vus obligés de partager une table avec Théodore et cette garce de Greengrass. De quoi plomber l'ambiance...

Ce fut ensuite au tour de Granger d'entrer en scène. Drago était habitué à ses levés de main intempestifs, mais elle semblait particulièrement en forme aujourd'hui. Son obsession à se faire bien voir dès le premier jour était peut-être décuplé par le fait que Slughorn n'avait pas non plus jugé bon de la faire entrer dans son club. "La seule chose sensée qu'il ait faite jusqu'ici" pensa Drago alors qu'Hermione énonçait les propriétés de l'Amortentia :

*- On dit qu'elle a une odeur différente pour chacun de nous, selon ce qui nous attire le plus. Moi, je sens un parfum d'herbe fraîchement coupée, de parchemin neuf et…

"Inutile de rougir Granger" songea Drago en levant les yeux au ciel lorsque la Gryffondor s'empourpra. "On se fout de ce que ça t'évoque". Malheureusement, elle avait réussi son numéro de Miss Je-Sais-Tout car le professeur s'empressa de lui demander son nom.

*- Granger ? Granger ? s'excita inutilement Slughorn. Seriez-vous parente d'Hector Dagworth-Granger, fondateur de la Très Extraordinaire Société des potionnistes ?

*- Non, je ne crois pas, monsieur. Je suis d'origine moldue.

- Elle serait plutôt parente avec le caniche d'Hector, chuchota Drago en se penchant vers son voisin.

Il obtint un ricanement en réponse, et Drago rit lui aussi. Jusqu'à ce que le blond réalise qu'il ne s'était pas penché du bon côté. Il n'était pas en train de rire avec Blaise, mais avec Théodore. Lorsqu'il croisa le regard de son cousin, Drago comprit que Théo n'avait pas non plus réalisé ce qui se passait. Il avait ri à la blague de Drago sans faire attention, simplement parce qu'elle était drôle. Mais maintenant qu'ils étaient tous les deux revenus à la réalité, les garçons détournèrent la tête. Et ils se décalèrent même légèrement sur leur chaise dans des directions opposées, comme pour être sûrs qu'ils ne répèteraient pas l'erreur.

*- Bien, bien, bien, Gryffondor a largement mérité vingt points pour vos réponses, Miss Granger.

En entendant ça, Drago oublia brusquement ce qui venait de se passer avec son cousin. "Comment ça vingt points ?" s'indigna-t-il. "N'importe quel idiot aurait su reconnaître ces potions. Moi aussi, je les connaissais toutes !"

Pas toutes en vérité. Drago tomba des nues lorsque Slughorn leur présenta une quatrième potion : le Felix Felicis. Pour une fois, le Serpentard but les paroles d'Hermione et il ne s'offusqua même pas lorsque Slughorn lui accorda dix nouveaux points. Elle avait bien parlé de chance liquide ? Une chance extraordinaire ?

*- Deux cuillerées à soupe au petit déjeuner, commenta Slughorn. Deux jours parfaits dans ma vie.

Drago aurait donné n'importe quoi pour ne serait-ce qu'une heure parfaite, ou même dix minutes, si cela pouvait lui permettre d'accomplir sa mission. Alors, quand Slughorn parla de leur en offrir un flacon... douze heures de chance pour que tout lui réussisse... Drago était certainement le plus motivé de la classe pour réussir son philtre de Mort Vivante.

En comparaison, Daphné était loin d'être prête à se griller les neurones pour quelques heures chanceuses. Certes, ça ne manquait pas d'intérêt. Mais ce qu'elle souhaitait le plus au monde, c'était que son père puisse rentrer à la maison. Et elle voyait difficilement comment lui faire parvenir cette fiole de chance à Azkaban. "Je peux toujours essayer de faire vivre un véritable enfer à Malefoy" songea-t-elle en glissant un regard vers le blond qui s'activait comme un dingue sur son chaudron. Mais Daphné n'avait pas besoin de remporter le Felix Felicis pour lui jouer un sale coup. Il avait l'air d'y tenir à cette potion de chance. Alors... lorsque le blond relâcha son attention pour faire remarquer à Slughorn qu'il avait certainement connu son grand-père, Daphné en profita pour glisser quelques racines de valériane supplémentaires dans le chaudron de Drago.

Fière de son coup, elle ne put s'empêcher de pouffer discrètement de rire. Et elle entendit une autre personne ricaner. Quelqu'un l'avait vue faire à la table voisine. Ron Weasley semblait approuver sa petite blague. Daphné le regarda se marrer quelques secondes avant de lui adresser un signe obscène de la main. "Je ne l'ai pas fait pour tes beaux yeux, Weasmoche" pensa-t-elle. "Arrête de rire ou tu vas tout gâcher".

Ron réagit exactement comme elle s'y attendait. Son rire se transforma en grimace et il lui répondit par la même obscénité. Pas de bol, Hermione se trouvait entre lui et Daphné. Au vu de l'empressement qu'il mit à s'excuser, la Gryffondor avait dû intercepter son geste. Daphné était de plus en plus hilare, et elle finit pas se laisser tenter à rajouter une poignée de poudre d'asphodèle dans le chaudron de Drago, ce qui aurait le mérite de faire déborder sa potion à gros bouillons. Mais Théodore lui attrapa la main avant qu'elle ait pu jeter la poudre.

- Tu t'es assez amusée comme ça, murmura-t-il.

Le premier sabotage de la jeune fille ne lui avait pas échappé, étant donné qu'il était assis entre elle et Drago.

- T'es pas drôle, marmonna Daphné en retirant sa main de celle de Théo.

Mais bon, elle avait eu ce qu'elle voulait. La potion de Drago était gâchée. Et le comble, ce fut lorsque Potter remporta le prix.

- Malefoy donne l'impression d'avoir léché le chaudron de Weasley ! s'amusa Daphné lorsqu'ils sortirent du cours. Je ne sais pas ce qu'il comptait faire avec cette potion de chance, mais c'est raté.

- Tu es vraiment puérile, soupira Théo.

- Quoi ? Toi aussi tu le détestes, non ? lui fit-elle remarquer. Il faudrait d'ailleurs qu'un jour tu m'expliques pourquoi.

- Un autre jour, éluda-t-il. Mais ça vaut aussi pour toi. J'ai une très bonne raison de lui en vouloir. Par contre, toi, je ne vois vraiment pas.

- Un autre jour, s'esquiva-t-elle à son tour.

oOo

Blessé dans son orgueil, Drago laissa Slughorn et le Felix Felicis à Potter pour se concentrer sur son plan initial. Un plan très simple : réparer l'armoire à disparaître, faire entrer les Mangemorts dans le château et, avec leur soutien, tuer Dumbledore. Première étape... retrouver l'armoire. Drago fouilla tout le premier étage. Selon Montague, c'était là que les Weasley l'avaient piégé. Mais l'armoire semblait avoir été déplacée. Un contre-temps vraiment regrettable. Drago ne s'attendait pas à devoir fouiller le château. Et si jamais Rusard s'en était débarrassé ? Après tout, elle était cassée et ce sale Cracmol ne pouvait rien faire pour la réparer. "Si elle n'est plus dans Poudlard, je suis fini" paniqua Drago.

- Je te trouve très tendu, remarqua Pansy en passant ses mains sur les épaules de Drago. Qu'est-ce qui ne va pas ?

- Lâche-moi ! pesta-t-il en se dégageant. Je n'ai pas envie qu'on me colle.

- Désolée... s'excusa-t-elle en croisant les bras d'un air vexé.

- Pansy ! l'appela Blaise depuis l'entrée de la salle commune. C'est l'heure du cours d'astronomie. Tu viens ?

La jeune fille abandonna Drago sur le canapé. Le garçon poussa alors un soupir exprimant un mélange complexe de soulagement et de frustration. Il plongea sa main dans sa poche pour en sortir un unique Gallion qu'il fit tourner entre ses doigts. Cette pièce représentait son seul moyen de communiquer sans risque avec l'extérieur. La sécurité du château avait été renforcée et tous les hiboux étaient contrôlés. Cependant, même s'il avait été fouillé à son arrivée au château, ce Gallion si particulier était passé inaperçu. Son contact à Pré-au-Lard possédait le même et ils pouvaient utiliser le numéro de série de la pièce pour s'échanger des messages. L'une des idées les plus brillantes de Granger. Elle était peut-être agaçante, mais il ne pouvait discuter son génie. "En fait... c'est ça qui la rend si agaçante" songea-t-il pour remettre les choses en place.

Drago fit sauter le Gallion en l'air avant de le rattraper. Que faire ? Il ignorait toujours où se trouvait l'armoire et il ne voyait pas comment Rosmerta pouvait l'aider. Il avait soumis la gérante des Trois Balais au sortilège de l'Imperium en lui ordonnant de suivre à la lettre les instructions du Gallion. Mais quelles instructions devait-il lui transmettre ? "Si je décidais de laisser tomber l'armoire, quel serait le meilleur moyen pour tuer...?" Drago cessa brusquement de jouer avec la pièce. Il venait de remarquer qu'Astoria Greengrass l'observait depuis un coin de la salle commune. Lorsqu'il croisa son regard, la quatrième année se remit brusquement à potasser son manuel de soins aux créatures magiques. Elle était devenue écarlate.

Le garçon se leva en rangeant le Gallion magique dans sa poche. Puis Astoria le vit du coin de l'œil s'avancer dans sa direction. La brunette garda les yeux fixés sur son livre, son cœur battant la chamade. Il s'approchait de plus en plus. Mais il ne fit que passer près d'elle pour rejoindre le dortoir des garçons. Astoria tourna la tête vers Drago lorsqu'il la dépassa, le suivant du regard jusqu'à ce qu'il ait disparu dans l'escalier.

oOo

La mi-octobre arriva vite et leur première sortie à Pré-au-Lard en même temps. Drago s'était décidé. Il avait trouvé un moyen pour tuer discrètement Dumbledore. Il devait le tuer indirectement. Et cette fois, il savait comment utiliser Rosmerta.

- Comment tu t'es débrouillé pour te faire coller par McGonagall le jour de la sortie ? lui demanda Blaise sidéré. Ils n'étaient pas si compliqués ces devoirs de métamorphose.

- Tu plaisantes ? intervint Pansy pour défendre le blond. Mon pauvre Drago... j'ai dû rester debout toute la nuit pour finir le dernier.

- On est restés debout toute la nuit, la reprit Blaise avec humeur. C'est la dernière fois que je t'aide à rattraper ta paresse.

- Moi qui comptais te payer une bièraubeurre pour te remercier ! s'offusqua-t-elle. Tu iras la boire tout seul !

Pansy partit d'un pas furieux vers l'entrée du château où Rusard vérifiait scrupuleusement les autorisations de sorties.

- Tu vas aux Trois Balais ? demanda distraitement Drago en fixant le Cracmol qui se débattait avec Ron Weasley pour le passer au Capteur de Dissimulation.

- Tout seul ? répondit Blaise qui regardait Pansy d'un œil amer.

- Je suis sûr que Potter ira y faire un tour.

- Et alors ? s'étonna Blaise en reportant son attention sur Drago.

- Essaye de le tenir à l'œil, lui demanda le blond. Je vous ai dit qu'il nous avait espionnés dans le train.

Un léger sourire étira les lèvres de Drago au souvenir de ce qu'il avait fait subir à Harry lors de la rentrée. Il pouvait encore voir le sang gicler, et entendre le bruit sinistre d'un nez qui se casse sous son pied. Quelle merveilleuse sensation que le goût de la vengeance. "Il l'a cherché" songea Drago. "Et je suis sûr qu'il cherche encore..."

- Il prépare un mauvais coup, termina le blond en perdant son sourire.

- Contre nous ? Aux Trois Balais ?

- Vas-y, c'est tout, ordonna Drago.

Il abandonna Blaise pour se faufiler entre les élèves envahissant le hall. Drago se dirigea discrètement vers le bureau de Rusard. Il avait du temps devant lui avant que le concierge revienne par ici. C'était le moment idéal pour découvrir où il avait déplacé l'armoire. Drago savait que Rusard tenait des comptes précis de tout les objets se trouvant dans le château. Il gardait même des registres de confiscation vieux d'une vingtaine d'années. Ses tiroirs débordaient de parchemins. Mais le seul qui l'intéressait était celui sur lequel était marqué le mot "inventaire".

Drago mit la main sur un rapport datant de cet été. Il y avait toute une liste des tableaux présents dans Poudlard, les armures, le mobilier... Rusard avait dû passer les deux mois de vacances à faire le ménage dans tout ce bazar. Drago feuilleta rapidement le rapport à la recherche de l'armoire à disparaître. Il la trouva dans la partie réservée au premier étage.

"J'aurais pu chercher des mois dans le château sans jamais mettre la main dessus" réalisa Drago en attendant le retour de Blaise dans la chambre des garçons de sixième année. "La Salle sur Demande... ça aurait pu être une bonne chose si Potter et ses amis ne la connaissaient pas. Je devrais peut-être déplacer l'armoire ? Mais où ?"

- Une partie de Bavboule, Drago ? lui proposa Goyle qui s'amusait avec Crabbe dans un coin de la pièce.

- Non... répondit distraitement le blond. Silence.

"Non... cette salle reste quand même le meilleur choix" songea Drago. "Potter ne pourra pas entrer si je suis déjà à l'intérieur. J'ai juste besoin qu'on fasse le guet..." Blaise interrompit à son tour le cours de ses pensées en entrant dans la chambre. Drago plissa les yeux en lui trouvant un air étrangement perturbé.

- Quoi de neuf pour Potter ? s'enquit aussitôt le blond.

- Potter ? répondit Blaise décontenancé. Ah oui... se rappela-t-il. Tu avais raison, il est venu aux Trois Balais. Il était avec Granger et Weasley, sans parler d'une femme avec une couleur de cheveux bizarre. J'ai essayé d'écouter un peu ce qu'ils se disaient et... j'ai entendu les mots "Ordre" et "quartier général". Rien d'autre, ils ont vite décidé de rentrer au château. Et ta retenue ?

"Cette femme qui était avec Potter..." réfléchit Drago en l'ignorant. "Est-ce qu'elle ferait partie de l'Ordre du Phénix ? Ils sont combien à patrouiller dans Pré-au-Lard ?!" Les Aurors, l'Ordre... combien de temps avant que quelqu'un décèle l'Imperium qu'il avait lancé sur Rosmerta ? Et d'ailleurs, combien de temps devrait-il attendre avant que le collier parvienne jusqu'à...?

- Vous avez appris ce qui est arrivé à Katie Bell ? demanda soudainement Blaise.

- Katie qui ? répondit Drago frustré d'être à nouveau interrompu dans ses réflexions.

- Katie Bell, répéta son ami. La Poursuiveuse de Gryffondor. On l'a ensorcelée. Une histoire de vieux collier.

-...

- Je ne connais pas les détails, mais elle aurait pu y rester, précisa gravement Blaise.

- Et alors ? dit Drago d'un ton mal assuré. On s'en fiche des malheurs des Gryffondor.

- Elle a été ensorcelée aux Trois Balais, expliqua Blaise. Certainement dans les toilettes. Alors... si on ne s'était pas disputés... ça aurait pu tomber sur Pansy.

En effet. Si elle ne s'était pas disputée avec Blaise avant de partir, Pansy se serait aussi trouvée aux Trois Balais pour partager une bièraubeurre avec Zabini. Drago avait donné des instructions claires à Rosmerta : ensorceler la première élève qui entrerait dans les toilettes des filles. "D'accord, ça aurait pu être Pansy" concéda Drago. "Tout comme ça aurait pu tomber sur Granger, Greengrass ou n'importe quelle autre personne dont je me fiche complètement. Ça a raté, c'est tout. À quoi bon y réfléchir ? Maintenant que je sais où se trouve l'armoire, je peux enfin la réparer, avant que quiconque comprenne ce que je prépare. Potter doit déjà être en pleine effervescence. Quelqu'un doit garder l'entrée de la Salle sur Demande pour moi. Quelqu'un d'influençable..." réfléchit-il en écartant Blaise de ses possibilités. "Et qui ne posera pas trop de questions..." continua Drago en écartant Pansy cette fois.

- Hum... marmonna-t-il en tournant machinalement son regard vers ses deux acolytes les plus simplets.

De toute façon, il n'avait pas vraiment le choix.

oOo

Deux jeunes garçons marchaient au cœur d'une forêt dont le sol était jonché de tombes. Ils distinguaient à peine les sépultures dans le noir de la nuit, pourtant ça ne les empêchait pas de chercher... quelqu'un... quelque chose... une réponse. Mais comment pouvaient-ils espérer trouver quoi que ce soit dans cette obscurité ? Et puis... ils se retrouvèrent en train de courir. Pourquoi ? Ils avaient peur. Terriblement peur. Les garçons s'enfuirent à toutes jambes, tellement effrayés qu'ils ne remarquèrent pas tout de suite qu'ils s'étaient séparés. Perdus... ils s'étaient perdus. Mais ils se retrouvèrent peu de temps après. Dans le sang. Celui d'une femme... le crâne brisé sur l'une des pierres tombales. La mère d'un des garçons.

"Ce n'était pas ce que je voulais..." songea Drago en fixant les flammes rouge sang qui brûlaient dans la cheminée des Serpentard. Il avait l'habitude de rêver pour Halloween de ce qu'il avait vécu avec Théo dans le cimetière. La nuit dernière n'avait pas fait exception. Peut-être Lucius avait-il aussi rêvé dans sa cellule qu'il se rendait dans le cimetière ? C'était certainement la première année qu'il était empêché d'y aller.

- Drago, un message pour toi, dit Pansy en s'approchant avec Blaise.

Le blond prit le parchemin qu'elle lui tendait, espérant que Slughorn l'invitait enfin à rejoindre son club. Mais il reconnut au premier coup d'oeil l'écriture de Rogue. Drago jeta le message au feu sans même en lire un mot.

- Tu vas encore l'ignorer ? s'enquit Blaise en s'asseyant dans un fauteuil tandis que Pansy prenait place sur le canapé près de Drago. C'est la troisième fois qu'il te convoque. Tu risques de perdre ta place de préfet si tu ne remplis pas tes obligations...

- Je fais ce qui me plait, le coupa Drago. Peu importe ce qu'en pense Rogue. Je n'ai pas de comptes à lui rendre.

- Bien dit, approuva Pansy en enroulant son bras autour de celui de Drago.

Si Rogue souhaitait le voir, c'était pour lui parler de sa mission. Drago le savait très bien, et il n'avait pas envie d'en discuter avec lui. Certes, il délaissait sa fonction de préfet, et le coup du collier ensorcelé avait été maladroit. Aucun élève n'aurait pu le faire entrer dans Poudlard sans que Rusard le détecte avec ses capteurs. Drago avait agi par désespoir, lorsqu'il pensait ne pas pouvoir retrouver l'armoire. Et même alors qu'il avait mis la main dessus, le garçon se rendait compte à quel point il avait sous-estimé la difficulté de sa réparation.

Cela faisait trois semaines qu'il travaillait dessus, et Drago n'avait pas fait le moindre progrès. La tension en lui montait de plus en plus. Il avait l'impression de perdre son temps. Pourtant, les instructions de Barjow étaient claires. Mais les armoires à disparaître étaient des objets magiques complexes, nécessitant un certain doigté. "Je vais bien finir par y arriver..." se persuada-t-il. "Il me reste encore du temps. Ça va aller". Mais il avait beau penser à ces paroles réconfortantes, ses mains se crispèrent malgré lui sur ses genoux. Si fort que ses jointures blanchirent.

Pansy s'en aperçut. Mais elle n'osa pas lui faire de remarque, de peur qu'il s'emporte encore une fois. Drago n'était pas lui-même en ce moment. Il ne mangeait presque rien, il n'avait pas l'air de beaucoup dormir non plus, et puis... il agissait très bizarrement, disparaissant pendant des heures avec Crabbe et Goyle. Elle avait bien essayé de les interroger, mais Drago les gardait sous silence. "Qu'est-ce qui peut bien le mettre à cran comme ça ?" s'inquiéta-t-elle. "Est-ce que ça aurait un rapport... avec sa marque des Ténèbres ?"

*Peut-être que le travail qu'il veut me confier ne nécessite pas de diplôme.

C'était ce qu'il leur avait dit dans le train, juste avant leur arrivée à Poudlard. Le travail qu'il veut me confier. Pourquoi Voldemort avait-il choisi un garçon de seize ans à peine pour porter sa marque ? Qu'attendait-il de lui ? Drago s'était-il déjà mis... au travail ? Si c'était le cas, les choses ne semblaient pas se passer comme il le souhaitait. Pansy aurait voulu lui apporter son aide. Mais comment savoir ce dont il avait besoin ? "C'est tellement difficile de lui parler. J'ai l'impression qu'il pourrait exploser à tout moment" redouta-t-elle. Et il ne valait mieux pas faire exploser la colère de Drago Malefoy. Le Quidditch lui parut être un sujet de discussion assez prudent :

- Avec Weasley dans leurs buts, c'est comme si Gryffondor avait déjà perdu. Les affronter, c'est vraiment gâcher ton talent, Drago.

- Je ne les affronterai pas, marmonna-t-il.

- Pourquoi ? s'étonna Pansy.

- Je suis malade.

-... vraiment ? demanda Blaise aussi perplexe que Pansy. Tu as peut-être l'air fatigué, mais de là à dire que tu es...

- J'ai dit au capitaine que j'étais malade, donc je suis malade, trancha Drago. Harper me remplacera.

- Adrian ? releva Pansy.

- N'est-ce pas merveilleux ? tiqua Blaise en oubliant complètement Drago. Tu vas pouvoir encourager ton petit ami.

- On ne sort plus ensemble, lui rappela-t-elle en fronçant les sourcils. J'ai dit que ça n'avait même pas duré...

- Je suis sûr que tu pourrais reprendre avec Adrian, la coupa-t-il en exagérant le ton qu'elle avait employé quelques secondes plus tôt pour prononcer le prénom d'Harper. Il suffirait qu'il s'étouffe en gobant une mouche. On sait tous que tu t'impressionnes de tout et n'importe quoi. Il suffit qu'un garçon soit le centre de l'attention et tu te jettes forcément dessus. J'ai honte pour toi.

- Honte ? Attends... tu es en train de dire que je suis une... une... fille facile ? balbutia-t-elle avec colère.

- Parfaitement. Tu t'es câlinée combien de fois avec Harper avant de décider que ça ne t'amusait plus ?

- Sale con ! explosa Pansy. Ça te va bien de dire ça quand on sait que l'an dernier tu galochais Tracey dans tous les coins sombres du château !

- Q... quoi ? s'étrangla Blaise pris de cours. Une minute, c'est arrivé juste une fois...

- Mais bien sûr ! ironisa-t-elle férocement. Tu mets le grappin sur la plus belle fille du château, mais c'est seulement pour un baiser d'un soir. Laisse tomber, elle m'a tout raconté. Notamment la façon dont tu l'as suppliée de te reprendre quand elle a décidé de te jeter.

- C'est quoi ces conneries ? souffla-t-il abasourdi.

- Et c'est moi qui devrait avoir honte ? continua Pansy sans l'écouter. Parce que j'ai eu le malheur de sortir une semaine avec Harper ? Parce que j'aime être auprès de Drago ? ajouta-t-elle en se collant un peu plus contre le bras du blond. En quoi ça te concerne, Zabini ?!

Exaspéré, Drago voulut échapper à Pansy pour retourner dans la Salle sur Demande. Il avait mieux à faire que d'écouter leurs âneries, sachant parfaitement qu'ils crevaient d'envie de se jeter l'un sur l'autre tout en refusant de l'avouer. Mais Pansy s'accrochait à son bras tel un Strangulot, déterminée à faire enrager Blaise. Elle s'était d'ailleurs mise à vanter toutes les qualités de Drago, piaffant d'une voix aiguë comme les filles savaient si bien le faire pour agacer les garçons. Une véritable agression pour les oreilles fatiguées de Drago qui se trouva dans l'obligation de faire un choix entre mettre son poing dans la figure de Pansy ou...

- En bref, Drago est l'homme parfait ! lança-t-elle à la face de Blaise. Alors que toi, tu n'es qu'un...!

Elle fut interrompue quand l'homme parfait lui attrapa le menton pour la faire taire d'un baiser. Pansy cligna des yeux avec stupéfaction. Le visage de Drago se trouvait juste sous son nez. Les lèvres de Drago étaient posées sur les siennes, le souffle de Drago... Pansy se ratatina sur elle-même. La jeune fille n'aurait jamais pensé qu'un simple baiser puisse un jour l'intimider. Pourtant il lui tenait délicatement le menton. Elle était libre de se dégager. Drago attendait qu'elle le fasse, ou que Blaise intervienne. Mais ces deux idiots restaient aussi stoïques que des statues.

Exaspéré, Drago décida d'approfondir le baiser. Pansy laissa échapper une petite exclamation étouffée, mais la jeune fille resta pétrifiée. Par contre, Blaise réagit enfin. Du coin de l'œil, Drago le vit se lever. Le but de la manœuvre n'étant pas de se prendre un coup dans la figure, le blond relâcha les lèvres de Pansy. Mais Blaise ne vint pas l'arracher à ses bras. Il contourna simplement le canapé pour s'éclipser en soupirant :

- Trouvez-vous une chambre.

"Sale con" désespéra Drago en le regardant sortir de la salle commune. "J'aurais presque préféré qu'il m'en colle une". Mais il fut ramené à se concentrer sur le canapé lorsque Pansy lui attrapa le visage pour l'attirer vers elle. Drago ne s'attendait pas à ce qu'elle lui réclame un autre baiser, et il haussa les sourcils en la sentant l'embrasser avec fougue. Décidément... Blaise et Pansy faisaient tout à l'envers. Et Drago réalisait qu'il venait peut-être d'ouvrir une très problématique boite de Pandore.

Drago avait l'impression de se faire dévorer le visage par Pansy. Et c'était sûrement ce dont ça avait l'air vu de l'extérieur, car un groupe de filles se mit à glousser bruyamment en entrant dans la salle commune. Drago posa ses mains sur les épaules de Pansy pour la repousser doucement mais fermement. C'était lui qui avait commencé et il n'avait pas envie de la blesser, mais Drago ne tenait pas à attirer l'attention sur lui.

Pansy ne sembla pas vexée qu'il l'arrête et elle lui offrit un sourire avant de se raccrocher sagement à son bras, comme à son habitude. Elle alla cependant jusqu'à poser sa tête sur l'épaule du garçon qui adopta un air fuyant lorsqu'il reconnut Astoria Greengrass parmi le groupe de filles qui chuchotait sur son compte. Elle était la seule qui ne gloussait pas, mais elle le fixait tout de même avec insistance. Après l'avoir dé-saucissonné d'un filet à bagage, c'était la deuxième fois qu'elle le trouvait dans une position embarrassante.

Drago passa les jours suivants dans une torpeur très étrange. Quand il n'essayait pas de réparer l'armoire, il était avec Pansy. Quand elle ne le câlinait pas, il ressassait ses soucis. Quand l'angoisse lui donnait la nausée, il la laissait l'embrasser pour oublier. Et quand il ne pouvait plus se permettre d'oublier, il retournait s'enfermer dans la Salle sur Demande jusqu'à ce qu'il soit forcé d'en ressortir, au risque que sa frustration le pousse à réduire cette maudite armoire en mille morceaux. Drago comprenait bien qu'il s'était laissé enfermer dans un cercle vicieux. Et il finirait par devenir fou s'il n'en sortait pas rapidement. Aussi fou que Blaise, dont les mains se couvraient de contusions à mesure qu'il assistait aux échanges de salive entre Pansy et Drago. Feindre l'indifférence pour ensuite cogner les murs à s'en briser les poings...

"Qu'est-ce qu'on fout ?" s'interrogea Drago alors qu'ils étaient tous les trois de nouveau réunis dans leur salle commune. La tête du blond reposait encore sur les genoux de Pansy. Mais la jeune fille lui caressait les cheveux bien plus distraitement que la première fois. Quant à Drago, il sentait à peine les doigts de Pansy sur son front. Et Blaise tournait les pages de la Gazette du Sorcier sans en lire une ligne. Leurs regards étaient perdus dans le vide. Aucun d'eux n'était à sa place. Drago aurait déjà dû se trouver dans la Salle sur Demande. Blaise devrait être en train d'enfiler sa tenue de poursuiveur. Et Pansy était sensée mener énergiquement la chorale scandant des railleries contre l'équipe de Gryffondor. Mais l'armoire refusait de se laisser réparer, Harper jouait dans l'équipe de Serpentard et les Gryffondor chantaient bien plus fort que tout le monde depuis que l'Élu était capitaine de leur équipe. Autant de raisons qui les poussaient à ne pas bouger d'un poil.

Mais Blaise fut bien obligé de se remuer avant que Rogue vienne lui-même le trainer jusqu'au stade. Il les abandonna donc pour monter se changer. Pansy tourna légèrement son regard vers l'escalier des garçons alors que Blaise montait les marches, ce qui n'échappa pas à Drago.

- Tu comptes aller voir le match ? l'interrogea-t-il innocemment.

- À quoi bon, si tu ne joues pas ? répondit-elle en quittant aussitôt l'escalier des yeux.

- Blaise joue, lui.

- Qu'est-ce que ça peut me faire ? Je préfère rester ici avec toi. Je suis ta petite amie, ajouta-t-elle en souriant.

- Hum... marmonna-t-il pensivement.

Drago attrapa la main de Pansy qui lui caressait toujours les cheveux. Puis il se redressa pour lui faire face. Pansy rougit légèrement lorsqu'il la tira vers lui. Drago l'embrassa et elle ferma les yeux. Mais lui, il garda les yeux ouverts. Elle répondait à son baiser, comme elle l'avait toujours fait jusqu'ici. C'était agréable, tant qu'il gardait l'ascendant sur elle. Pansy lui avait fait découvrir qu'il détestait perdre le contrôle d'un baiser. Drago attrapa alors la nuque de Pansy pour approfondir encore plus celui-ci. Il l'embrassait à l'en étouffer. Elle se crispa et appuya sur le torse Drago pour lui faire comprendre qu'il en faisait trop. Mais le garçon refusait de la relâcher, et il la fit basculer sur le canapé. Pansy avait les larmes aux yeux quand il se décida à mettre fin au baiser. Elle était complètement pantelante sous lui.

- Tu préfères vraiment rester ici avec moi ? demanda Drago en passant une main sous le chemisier de la jeune fille. J'en suis ravi.

- Que... qu'est-ce que tu... fais ? balbutia faiblement Pansy.

- À ton avis ? Je suis ton petit ami, lui rappela-t-il d'un ton suave.

Il n'avait pas encore touché sa poitrine, mais Drago pouvait sentir le cœur de la jeune fille battre à vive allure sous sa main. Le corps entier de Pansy pulsait et il était conscient que ce n'était pas à cause de l'excitation. Elle lui donna raison en balbutiant avec angoisse :

- M... mais... B... Blaise va bientôt... redescendre !

- On s'en fout, non ? répliqua-t-il en se penchant sur elle pour l'embrasser dans le cou.

- Drago, je... je ne crois pas que ce soit... une bonne idée ... faire ça ici... nous... nous sommes préfets...

- Depuis quand on suit les règles ? s'obstina Drago en remontant jusqu'à la bouche de Pansy. Tu en as envie, pas vrai ?

Il ne la laissa pas répondre, reprenant possession de ses lèvres. Drago la vit du coin de l'œil lever un poing tremblant lorsqu'il passa un doigt sous son soutien-gorge. "Dépêche-toi de me repousser avant que Blaise vienne me tabasser" pensa-t-il en passant cette fois une main sous sa jupe.

Il y eut alors de rapides bruits de pas qui résonnèrent dans la salle. Quelqu'un courait, et Drago s'imaginait déjà avec un cocard. Mais le coup ne vint pas et il releva la tête lorsque l'entrée de la salle commune s'ouvrit. L'élève qui les avait surpris venait de traverser la pièce pour sortir. Drago se tordit le cou afin de l'apercevoir, mais c'était trop tard. Il s'était déjà enfui.

- C'était qui ?! s'exclama Pansy en se redressant brusquement.

Trop brusquement. Sa tête cogna douloureusement celle de Drago.

- Pansy ! pesta-t-il en se massant le front.

- Désolée... s'excusa-t-elle alors qu'il se redressait.

Blaise se décida alors à redescendre, vêtu de pied en cap pour le match et son balais sur l'épaule. Il avait laissé Pansy et Drago sur le canapé. Ils y étaient toujours. À ceci près que Drago se trouvait maintenant à califourchon sur la jeune fille. Pansy tournait le dos à Blaise. Mais Drago capta parfaitement le regard meurtrier de son ami. Le blond lui adressa alors un signe du menton signifiant : Quoi ? Tu as un problème ?

Zabini plissa méchamment les yeux. Mais il ne desserra pas les dents, et il prit le chemin de la sortie. Pansy remarqua alors sa présence. Cependant, Blaise ne lui adressa pas un regard. Elle ouvrit la bouche pour l'arrêter, mais il ne lui en laissa pas l'occasion. Blaise disparut, et Pansy referma la bouche pour se mordre les lèvres.

- Tu veux le suivre ? lui demanda Drago.

-... non.

- Menteuse ! l'accusa-t-il en lui attrapant le menton pour la forcer à le regarder dans les yeux. Pourquoi tu fais ça ? Toujours en train de me coller alors que tu ne penses qu'à lui.

- Mais... de quoi tu parles ? répondit-elle en adoptant un regard fuyant. C'est avec toi que je suis. J'ai toujours voulu... être avec toi.

- Tu devrais arrêter ce jeu, lança-t-il dangereusement en quittant le canapé. Méfie-toi, je ne suis pas aussi patient que Blaise.

Drago sortit à son tour de la salle commune, marchant d'un air sombre vers la Salle sur Demande. Pansy se fichait de lui autant que de Blaise. Il ne la comprenait vraiment pas. Pourquoi s'obstiner à mentir quand dire la vérité était la solution à ses problèmes ? "Alors que moi, je n'ai pas le choix... il faut que je puisse berner tout le monde pour m'en sortir". Mais réussirait-il à s'en sortir ?

Des heures plus tard, il quitta le septième étage en donnant des coups de pied dans tout ce qui se présentait devant lui. L'une des armures du deuxième étage ne résista pas au choc. Elle s'écroula dans un grand bruit de ferraille, et Drago ne fut pas étonné de voir Miss Teigne surgir à l'autre bout du couloir. "Mais quel con !" pesta-t-il contre lui-même alors que la chatte miaulait sournoisement avant de partir chercher son maître. Drago réfléchit à la meilleure façon de s'échapper. Courir à toute jambes était l'une des solutions. Sinon...

Le garçon se précipita sur la porte la plus proche. Les toilettes des filles. Le concierge n'irait pas jusqu'à forcer la porte d'une demoiselle faisant ses besoins... n'est-ce pas ? Drago eut soudainement un gros doute. Mais il était trop tard. Il s'enferma dans l'une des cabines en croisant les doigts pour que Rusard ne vienne pas le chercher jusqu'ici.

Quelques secondes plus tard, Drago entendit le concierge passer dans le couloir en pestant. Rusard s'arrêta devant les toilettes. Drago retint son souffle. Pourquoi avait-il choisi de se cacher ici ? Si on apprenait que Drago Malefoy squattait les toilettes des filles...

Si seulement il avait pu réparer l'armoire, il ne se trouverait pas là. "Je fais vraiment n'importe quoi !" enragea-t-il en se retenant de donner un coup de poing contre la porte de la cabine. "Tout ça parce que... parce que... j'étais trop sûr de mon coup. Je ne pensais pas que ça mettrait autant de temps. Je croyais... que tout serait réglé avant les vacances... et que je pourrais rentrer tranquillement fêter Noël... quel con... quel con..." Alors que la voix de Rusard s'éloignait, Drago sentit des larmes couler sur le bout de son nez. Bon sang... Drago Malefoy dans les chiottes des filles en train de chialer...

- Quel con... sniff..., renifla-t-il rageusement. Quel con !

- Qui... qui est là ? Un... sniff... garçon ?

Drago tourna lentement la tête vers la droite. Une voix de fille, dans la cabine voisine. Il n'aurait pas dû s'en étonner, considérant le lieu où il se trouvait. Mais cette voix lui avait vraiment fait peur. Il n'était pas le seul à pleurer ici. Et personne ne devait jamais savoir qu'il était venu pleurer ici. Personne. Puis Drago réalisa soudainement où il se trouvait. Les toilettes du deuxième étage. Les toilettes de Mimi Geignarde.

- Tu... sniff... ne devrais pas... sniff... être là.

- Je... sais, articula-t-il difficilement en essayant de se reprendre.

Il s'essuya rageusement les yeux et le nez, frustré d'avoir été pris à pleurer par une fille. Même si c'était un fantôme. Encore heureux qu'elle n'ait pas traversé la cabine pour le voir. Drago était sur le point de prendre ses jambes à son cou avant que cette idée traverse l'esprit de Mimi, mais la jeune fille le surprit en lui demandant :

- Mauvaise... sniff... journée ?

"Elle s'attend vraiment à ce que je lui déballe ma vie ?" s'interrogea-t-il en haussant les sourcils. Elle espérait peut-être relativiser ses problèmes en écoutant ceux des autres. "Je me demande ce qu'elle s'est encore inventé comme malheur. Elle est morte, qu'est-ce qui peut lui arriver de pire ?"

- Moins que la tienne, apparemment, lui fit-il remarquer à la façon dont elle reniflait bruyamment.

- Oh, c'est... sniff... idiot. Je ne devrais pas... à cause de lui...

Elle éclata soudainement en sanglots et Drago leva les yeux au ciel. Ça semblait être toute une tragédie. "À cause de lui ? Elle pleure pour un garçon ?" devina-t-il.

- Il... il n'a vraiment... aucune retenue, gémit-elle piteusement. Faire ça avec elle... là où tout le monde peut le voir !

Génial... un fantôme avec un chagrin d'amour. "J'espère qu'elle est en train de me parler d'un autre fantôme. Parce que s'il s'agit d'un élève... ce serait vraiment ridicule" songea Drago en s'imaginant parfaitement cette idiote de Mimi tomber amoureuse d'un vivant. Il avait déjà entendu dire qu'elle avait un faible pour Potter. "Et si c'est de lui qu'elle est en train de me parler, je me pends avec la chaine de la chasse d'eau. Ne me dites pas que même les fantômes rêvent de verser de l'Amortensia dans son verre".

- Et... toi ? demanda-t-elle soudainement. Pourquoi tu pleures ?

- Je ne pleurais pas, répliqua-t-il avec mauvaise foi.

- Je t'ai entendu...

- Tu as rêvé ! s'énerva-t-il en se levant d'un bond.

Il était sur le point de quitter la cabine lorsqu'elle lui demanda de façon plus diplomate :

- Quel est le problème ? Je peux peut-être... t'aider ?

- Alors là... répondit-il d'un rire aigre. Ça m'étonnerait.

-...

- Il se peut que mon problème soit... impossible à résoudre, continua-t-il faiblement.

Drago ferma les yeux de toutes ses forces pour empêcher ses larmes de réapparaître. L'armoire était peut-être tout simplement irréparable, et Dumbledore inatteignable. En tout cas pour lui. Un simple élève. Drago s'était montré trop optimiste, et il allait sûrement en payer le prix. Sa mère... "NON !" pensa-t-il avec force en serrant les poings. "Je peux le faire... je sais que je le peux !"

- Chaque problème a sa solution, lui fit-elle remarquer.

- C'est pour ça que tu es là en train de pleurer ? ironisa Drago.

-... la solution n'est pas toujours simple, avoua-t-elle faiblement.

"D'autant plus si tu es une morte amoureuse d'un vivant" approuva-t-il mentalement.

- Même si ça prend du temps... il ne faut pas se décourager, ajouta-t-elle.

"Peut-être, mais je n'ai pas le temps de voir venir" s'impatienta Drago. "Il y a ma mission, ma mère, mon père... leurs secrets". Ce n'était vraiment pas le moment d'y penser. Il devait laisser le cimetière derrière lui... la femme qui y était enterrée... sa brouille avec Théo...

- Et quand les merdes s'accumulent, tu fais quoi ? s'enquit Drago avec lassitude.

- Je tire la chasse avant que ça déborde.

-...

-...

Ils éclatèrent de rire au même moment. Si fort que tout le château pouvait certainement les entendre. Drago était littéralement plié en deux et les larmes recommencèrent à couler sur ses joues. Mais c'étaient de bonnes larmes. Chaudes et légères. Cela faisait longtemps que Drago n'avait pas ri d'aussi bon cœur. En fait, il n'avait jamais vraiment réussi à rire sans Théo. Mais cette fille venait de balayer toutes ses angoisses en une seule phrase.

- Mais... c'était quoi ça ?! s'esclaffa-t-il. Ce que tu viens de dire... c'est dégueulasse !

- Pardon... pouffa-t-elle. Je ne sais pas... ce qui m'a pris !

"Je n'aurais jamais cru que ce fantôme avait le sens de l'humour" s'impressionna Drago en se tenant les côtes. "Mais pourquoi est-ce que je ris autant ? C'est trop débile !" Malgré tout, il n'arrivait pas à s'arrêter. Il se sentait si bien. Et il n'avait pas envie que ça finisse. Ses soucis ne semblaient plus du tout peser sur lui. En quelques mots, elle avait réussi là où Pansy avait échoué avec mille baisers.

- Enfin... soupira-t-elle en essayant de retrouver son calme. Tu devrais y aller avant que Rusard ne revienne par ici.

Drago se calma à son tour. Il avait complètement oublié pourquoi il était venu se cacher là. Il y avait de grandes chances pour que Rusard ait entendu leur tapage.

- Je pourrais sortir la première, proposa-t-elle. Si la voie est libre, je te ferai signe.

Le garçon ouvrit brusquement la bouche pour... il ne savait pourquoi. Il ignorait ce qu'il comptait dire. Et cela importa peu, car Drago fut surpris par le bruit d'une porte qui s'ouvre. La porte de la cabine voisine. Elle venait... d'ouvrir la porte ?

Drago voulut croire qu'il l'avait imaginé, mais il pouvait clairement entendre le bruit de ses pas. Jusqu'à ce qu'ils s'éteignent, lorsqu'elle eut disparu dans le couloir. Sous le choc, il entendit à peine les trois coups frappés contre la porte des toilettes. Elle lui faisait signe. Elle... n'était pas un fantôme. Ce n'était pas Mimi Geignarde.

Drago sortit en trombe de la cabine où il se cachait. Il avait de nouveau complètement oublié Rusard, et même sa mission. Le garçon n'était plus poussé que par son envie de savoir... "C'était qui ?" s'interrogea-t-il en trouvant le couloir désert.


Voilà, je crois que j'ai posé tous les gros mystères de la fic. On va maintenant élucider tout ça au fur et à mesure. Restez avec moi ;)

Réponses aux reviews :

Swangranger : salut ! Je suis consciente que tout ça semble très obscur... les réponses vont venir. Et c'est bien la question, avec qui parlait-il ? ;) Je suis vraiment contente que tu apprécies les Greengrass. Elles ont aussi un grand rôle à jouer dans toute cette histoire. Bisous !

Dame Lylith : coucou ! En effet, il va s'en passer des choses. Tellement que je mets beaucoup de temps à retranscrire tout ça, en prenant soin de ne pas oublier de petits détails qui pourraient être important pour la suite. Allez, je m'y remets ! à bientôt ! et merci !

Fabulette : OMG ! Fab' ! Alerte ! Alerte rouge ! C'est Fab' ! Fabuleeeeeette ! Tellement contente de te retrouver ! O.O Je VEUX tes commentaires sur cette fic. Je STRESSE pour cette fic. C'est un projet que je prépare depuis tellement longtemps. Et j'ai été folle me lancer dans la publication maintenant, parce que mes études me bouffent tout mon temps. Je ne peux pas écrire comme je le voudrais. Le prochain chapitre bientôt, j'espère. En revanche, si tu crois que je prépare un mauvais coup... je n'ai rien à déclarer. Allez, de gros bisous ma petite Fab' ! ;)