Toujours assis à ses côtés sur le lit, Clyde dévorait l'actrice des yeux. Avec cet air un peu stupide, mais terriblement mignon. Aussi mignon que son petit sourire à la fois timide et réjoui. Un gosse ravi d'avoir réussi sa grosse bêtise et qui pouvait à présent en profiter de manière totalement éhontée.
Ça ne devait pourtant pas être la première fois que son meilleur ami regardait un film de cul, certainement pas. Bien souvent il l'avait vu s'approvisionner chez son fournisseur officiel de petits plaisirs interdits et pas encore légalement autorisés pour les vilains mioches qu'ils étaient toujours.
Mais tous ces programmes pour adultes, aussi explicites soient-ils, ne se vantaient pas tous d'avoir Brenda Love dans leurs rangs.
Cette fille n'était pourtant pas terrible, elle n'arrivait clairement pas à la cheville de Jennifer Lopez. Avec ses rires niais et ses dents légèrement en avant. Ses seins et ses couinements de plaisir devaient vraiment faire tout son charme. Son talent pour ne pas trop mal simuler aussi...
C'était fait, Craig lui avait au moins fait l'immense honneur de lui accorder un regard. Et dans une scène pas encore trop... Répugnante.
La jeune femme jouée par Brenda venait tout juste de conduire ses enfants à l'école et était en train de se changer pour se mettre dans une tenue un peu plus confortable pour s'atteler aux tâches ménagères. Malgré sa très maigre connaissance de la mode féminine, le fan de cochons d'Inde doutait que ce genre de robe très moulante soit particulièrement confortable...
Qu'importe, au moins son manque de connaissances au sujet de Brenda Love se retrouvait comblé. Pour ne pas se retrouver trop con si Clyde le branchait sur le sujet et savoir son avis sûrement très important à ses yeux. Tellement important que son cher ami si cool allait devoir mentir une fois de plus. C'était le prix à payer pour ne pas paraître trop différent, trop bizarre et brouiller sa petite vie tranquille. Son amitié avec Clyde aussi.
De plus, cet effort irritant s'envolait d'un coup devant la scène merveilleusement réelle à se jouer devant ses yeux.
À quelques mètres de lui, devant ses yeux faussement captés par la télévision, le gamin avait mille fois mieux qu'une prétendue star du X. Son ami, ou plutôt le sujet favori de ses pulsions, qui se décidait enfin à se laisser aller. Sans oser se mettre torse nu (Pas encore...), mais en fourrant sa main dans son caleçon. À déjà se tripoter en observant son actrice adorée occupée à lascivement passer l'aspirateur. D'un mouvement de main lent et frénétique, incitant son jeune spectateur à faire de même avec son propre engin ô combien important dans ce genre de moment.
La scène était à la fois ridicule et fascinante.
La vraie, celle avec Clyde. Celui-ci ne prêtait d'ailleurs plus du tout attention à son invité, le charme de Brenda Love devait être trop puissant à côté d'une innocente amitié.
Innocente, en apparence seulement.
Peu d'ami digne de ce nom oserait observer du coin de l'œil, mais avec un intérêt tout à fait assumé, son complice occupé à se faire du bien. En commençant à respirer un peu plus fort, à regarder avec encore plus d'attention le spécimen féminin à l'écran qui venait d'ouvrir la porte à un autre protagoniste. Un soi-disant ami d'enfance de la jolie jeune femme jouée par Brenda, qui avait toujours eu des sentiments pour cette dernière (ça aussi, c'était prévisible) et qui semblait vouloir les lui faire savoir de manière très...expéditive. En envoyant valser le pauvre aspirateur à n'avoir rien demandé et en faisant basculer sa belle sur la table de cuisine.
Cette brusquerie sûrement très romantique dans le monde de la pornographie avait au moins rafraîchi la mémoire de l'héroïne, elle venait de resituer cet ami en question et mettre enfin un nom sur ce visage finalement très familier.
Hélas, un visage que la jeune femme ne verrait pas plus en détail, son prétendu amoureux secret ne prenait pas la peine de l'embrasser. L'homme devait vraiment être un habitué des techniques d'approche directes, il glissait sans plus attendre ses mains sous la robe de cette chère Brenda Love. Une salope du même niveau que la mère de Cartman et une actrice plutôt douée pour feindre un bref rire prude en voyant son tendre ami d'enfance lui retirer sa petite culotte. Une culotte violette avec des rayures roses, seuls les fétichistes ou les plus grands fans de cette actrice pouvaient prêter attention à ce genre de détail...
Celui qui venait tout juste de découvrir son existence se détournait encore une fois de sa douce présence, sous peine de complètement sentir retomber son début d'érection si jamais un gros plan vaginal se profilait devant ses yeux. Ou si le partenaire de Brenda sautait cette dernière sans plus attendre, mais sans grand romantisme non plus. La pornographie hétérosexuelle dans sa forme la plus stricte était ennuyeuse au possible. Juste ennuyeuse.
Sauf que ce triste constat ne semblait pas gravement déranger Clyde. Il se contentait de serrer les dents pour ne pas trop faire entendre son contentement, en dévorant des yeux son actrice préférée occupée à se faire malaxer les seins et pousser des couinements de souris suite à ce contact.
Cette fois, Craig mettait de côté sa médisance qui lui aurait dicté d'essayer de deviner si la poitrine de la jeune femme était refaite ou non. Ces morceaux de graisse siliconés ou non faisaient bien pâle figure à côté du sujet d'étude que le gamin avait presque devant les yeux.
Il lui suffisait juste de baisser un petit peu son regard pour se rendre compte qu'il ne rêvait pas, son ami avait réellement sorti son sexe de ses sous-vêtements aux motifs tapageurs pour se branler plus confortablement devant cette jolie brune aux gros seins. Comme s'il s'agissait de la chose la plus normale et naturelle du monde et ça devait sûrement être le cas...
Tout le long de sa jeune vie, en particulier depuis la découverte précoce de son homosexualité, Craig n'avait jamais vu de scène aussi magnifique et excitante.
Pourtant, il en avait vu des photos explicites de jeunes hommes en tout genre et surtout très fiers de leur physique. Bien que ces jeunes personnes montraient plus souvent des muscles ou leur pénis que leur visage...
Dans un registre plus fleur bleue, le fan de cochons d'Inde appréciait aussi observer des photos de couples gay échangeant des baisers plus ou moins langoureux, ou s'adonnant à des câlins romantiques.
Et, à l'opposé, il ne se faisait pas prier pour regarder des films pornographiques de nature homosexuelle : Allant du plus idéaliste, en mêlant fantasme et réalité avec des couple d'hommes follement amoureux, tendres l'un envers l'autre durant l'acte. Sans oublier les vidéos plus sexuellement imagées, à base d'interminables fellations ou de gang bang en tout genre.
Cela dépendant de l'envie du moment. Un réel questionnement anatomique ou sexuel. Un peu de rêverie sur la vie d'adulte qu'il pourrait avoir avec un éventuel petit ami. Ou juste un moment de plaisir pas du tout coupable devant quelque chose de bien bandant.
Bien sûr, ces séances de découvertes purement scientifiques s'étaient faites le plus discrètement possible. Très loin des pauvres petits yeux innocents de Stripe. Et sans en parler à ses amis. Bien que Kenny devait sûrement avoir des doutes sur ce gars ne lui demandant jamais de lui prêter un de ses magazines avec plein de filles dénudées. Craig était plutôt du genre à jeter un œil par-dessus l'épaule de ce petit blondinet trop souvent le nez plongé dans des lectures peu enfantines et faire des remarques grinçantes sur les créatures féminines représentées bien en détail. Avec assez d'esprit pour arriver à faire rire Kenny, qui enchérissait joyeusement suite à des paroles qu'un gars fasciné par la plastique de ces femmes n'aurait pu prononcer.
Mais rien ne pouvait égaler le degré d'érotisme que dégageait Clyde à cet instant précis. Ses cheveux qui semblaient encore plus ébouriffés que d'habitude. Cette façon de se mordre la lèvre, de maintenir son regard sur l'écran, pendant que sa main s'activait toujours au rythme des actions mises en scène par le talent inégalé de Brenda Love.
Justement, cette charmante vedette du X se faisait enfin prendre sauvagement sur la table de sa propre cuisine, de quoi faire souffler comme un bœuf son plus grand fan. Ce gars encore bien innocent malgré le plaisant péché auquel il s'adonnait, en s'entremêlant à la fois dans l'admiration quasi divine tournée vers la jolie Brenda et les sensations primaires de plus en plus agréables à le gagner.
Des sensations familières mais toujours aussi délicieuses. À réitérer sans compter. Et sûrement partagées par son chanceux meilleur ami à être de la partie, qui profitait du même bonheur physique et sans parole dans cette ambiance très...amicalement agréable.
Presque. Son bienheureux compère commençait également à ressentir ces lentes mais saisissantes vagues de bien-être, éveillées par ce début d'excitation et provoquées par des caresses presque expertes.
Sans chercher à savoir comment il en était arrivé là : Dans la chambre de Clyde Donovan, en train de regarder consciencieusement un film de cul. Ou plutôt, à mater son complice tout à sa séance de plaisir solitaire. En se disant qu'il serait teeeeeellement heureux de pouvoir se charger lui-même de passer sa main sur le pénis de son ami.
Et pourquoi pas plutôt sa langue, puisque ses propres mains semblaient ne plus obéir à leur propriétaire. Craig ne se souvenait pas quand et comment il avait réussi à ouvrir si vite son pantalon et y fourrer sa main visiblement très leste et rapide pour atteindre son but. Cela en devenait assez inquiétant si son propre corps le trahissait si facilement.
Et que lui-même arrivait à se tripoter finalement sans trop de gêne devant son meilleur ami, en observant justement ce dernier avec une envie plus vraiment dissimulée. En profitant juste de la chance immense qui faisait que son compère soit complètement happé par le film à les avoir réunis dans cette chambre.
C'était peut-être de l'abus de faiblesse...?
De toute façon, c'était entièrement de la faute de Clyde. Si celui-ci ne lui avait pas bêtement proposé de visionner avec lui cette vidéo paraît-il exaltante pour leurs sens. Que ce soi-disant ami, qui s'arrangeait toujours pour se faire payer des tacos, ne s'était pas ramené à moitié à poil au moment tant attendu de la mise à mort de l'innocence de leur amitié. Et si seulement ce soi-disant tombeur n'était pas aussi sexy quand il se branlait.
Son pauvre ami victime de ce charme vicieux (et étant probablement encore plus amoureux) mourrait d'envie de fondre sur lui pour faire disparaître cet air légèrement pervers sur le visage de Clyde. Lui faire complètement oublier cette pute de Brenda Love et toutes les filles avec lesquelles il était sorti à l'aide d'un long baiser. Pas un baiser niais et étouffant, simplement une embrassade assez langoureuse pour que Clyde soit obligé de lui en quémander un autre avec des yeux suppliants. Ou, encore mieux, en répondant avec la même lente et douce passion.
Mais Craig ne s'illustrait vraiment pas dans le délire idéaliste et ne nageait pas non plus dans le romantisme jusqu'au cou. Pas besoin d'être un génie pour remarquer que Clyde Donovan s'intéressait aux filles. Et sûrement uniquement aux créatures à posséder un vagin accueillant et une poitrine assez agréable à regarder pour susciter son intérêt. Craig avait même déjà vu son ami embrasser des filles vraiment très quelconques, alors...
Toutefois, celui qui pouvait se vanter d'être son meilleur ami, tout en étant secrètement attiré par ce gars sans aucun doute destiné aux femmes, savait que n'importe quel hétérosexuel assez lubrique et pas trop regardant ne disait jamais non à un peu de plaisir.
Même l'éternel soupirant éconduit de Bebe Stevens ne pourrait rester de marbre s'il se faisait sucer par un de ses congénères à avoir assez fantasmé sur lui pour y mettre tout son cœur. Vu l'aspect très terre à terre de ce genre de pratique, cela ne passerait pas comme une déclaration ou une preuve d'amour. Juste un service rendu à un ami sûrement bien frustré pour être autant émoustillé devant une actrice à débiter si peu de texte mais qui s'ouvrait pourtant complètement à son public.
Alors que Clyde pourrait avoir mieux : Un pote bien sympa qui lui ferait des fellations gratos et ne refuserait pas de pratiquer la sodomie. Des choses que beaucoup de filles déclinaient bien trop souvent, paraît-il.
Mais certainement pas cette chère Brenda Love, qui se servait enfin de sa langue pour une bonne cause. Ardemment, en regardant chaleureusement son vrai ou faux ami d'enfance pendant qu'elle s'occupait si bien de lui.
Tandis que le plus intéressé des deux vilains garnements à suivre l'action pleine de suspens accentuait naturellement les mouvements de sa main. Plus rapides et insistants. En s'imaginant sûrement à la place de cet acteur bien chanceux pour avoir le droit de mettre son sexe dans la bouche divine de cette actrice mythique. Si belle, si douée et encore plus facile à visualiser en fermant les yeux. Le petit grognement que Clyde avait eu en se contractant avant d'enfin atteindre ce qui devait être une de ses plus belles jouissances ne faisait que le confirmer.
Par contre, l'admirateur incontesté de Brenda Love n'aurait sûrement pas prévu que son meilleur ami vienne se coller ainsi à lui. Sans crier gare, en calant sa tête contre son épaule, pour enfouir son visage dans son cou.
Son esprit encore embrumé par ce mémorable orgasme ne devait pas encore avoir tilté au sujet de cette action étrange et bien peu amicale. Surtout en présence d'un film pornographique censé follement exciter les mâles et non pas les rendre aussi tactiles envers l'un de leur confrère.
Évidemment, Clyde ne se doutait certainement pas qu'il pouvait éveiller une quelconque attirance chez son ami. Que ce dernier en vienne à presque trop facilement se toucher en ne regardant que lui. Ce gars qui se croyait immensément cool et qui aurait pu se vanter d'être le piège infaillible pour emprisonner les sentiments et les pulsions de son complice. Alors que Craig était réputé pour ne pas s'intéresser à ce genre de sensiblerie. Et avait toujours éconduit à sa manière les filles qui voulaient sortir avec lui. Dont la très séduisante Red. Un refus impensable !
D'ailleurs, lors de ce moment surréaliste à sournoisement trahir la vertu de leur amitié, le gamin au bonnet péruvien avait volontairement mis de côté toute forme de logique et ne se posait même plus de questions sur un sujet devenu bien futile à côté de ce qui occupait entièrement ses pensées : Clyde, présent dans la plus sexuelle des manières. Adorablement excitant, à nourrir en direct la moindre de ses pensée romantico-lubrique.
Des idées immensément plus intéressantes que le film pour adultes à toujours passer en bruit de fond. Un film que Craig se serait fait une joie d'aller éteindre le plus tôt possible. Coupé dans son élan, son compère commencerait à râler comme un petit enfant et pleurnicher en disant qu'il était sur le point de venir devant cette fabuleuse scène où Brenda déliait enfin sa langue.
En guise de réponse, son ami, très inspiré et connaissant parfaitement les goûts culinaires de son cher complice, fourrerait un délicieux burrito dans la bouche de ce dernier. Que Clyde pourrait mordiller et savourer lentement, pour voir s'il était à son goût...
Presque trop facilement, cette dernière pensée aussi perverse que fabuleuse avait suffi à lever la seule barrière que Craig s'était fixée. C'est-à-dire, ne pas tenter de rapprochements vers cet ami à un peu trop lui faire de l'effet.
Tellement d'effet qu'il était à présent collé à lui. Non pas pour étreindre très fraternellement ce cher Clyde Donovan, ni pour l'embrasser à pleine bouche en profitant de ce moment de flottement. Toujours à contourner les situations trop désespérées ou inutilement dangereuses, le gamin avait plutôt misé sur une position plaisante mais raisonnable. Qui consistait à caler sa tête sur l'épaule de son ami, assez près de son cou pour pouvoir sentir son odeur. Tout en captant un peu de la chaleur corporelle de Clyde, en se retrouvant tout à fait volontairement si proche de son corps.
Une position trop équivoque pour résulter sur une situation tout à fait accidentelle. Néanmoins, le plus enclin à trouver tout ceci très louche ne bougeait pas d'une oreille.
Même s'il devait être encore un peu groggy, Clyde ne pouvait pas trouver cela parfaitement cool et normal de sentir le souffle de plus en plus saccadé de son meilleur ami contre sa peau. Tout comme il devait avoir remarqué que cet ami vraiment particulier continuait à s'astiquer sans avoir besoin de regarder les formes voluptueuses de Brenda Love. Seule la présence de ce gars à avoir, aux yeux de Craig, sûrement amplement mérité son titre officieux de garçon le plus mignon de la classe, était exigée.
Peut-être bien que s'il remuait de quelques centimètres, les lèvres de Craig se poseraient sur sa pomme d'Adam. Et, en moins poétique, sa cuisse innocente se retrouverait tachée de sperme... Nul besoin de se donner cette peine, son compère avait très bien réussi tout seul à atteindre le sommet de son plaisir. En lâchant un petit gémissement à peine audible, en effleurant brièvement la clavicule de son ami avec sa bouche et en ne souillant finalement pas le corps sacré de son ami étranger à toute déviance homosexuelle.
Telle que quelques petites pensées beaucoup plus fleur bleue que les précédentes (Mais toujours aussi loin de la sainte pureté amicale). Où l'ami sûrement indigne s'imaginait dans les bras de son complice parfois un peu agaçant mais adorablement doux pour le toucher. Un peu maladroit par moment, mais visiblement pas seulement intéressé par la gent féminine. Il suffisait parfois de peu de chose pour franchir la ligne de la bisexualité...
Ce n'est qu'en éjaculant dans sa propre main que Craig redescendait brusquement sur Terre et s'était senti plus ridicule et pitoyable que merveilleusement comblé et apaisé.
Que devait penser Clyde, maintenant qu'il venait de voir son ami qui, à défaut de se frotter outrageusement contre lui, s'était tripoté en le dévorant des yeux. Pour finir par jouir en humant son parfum et en s'imaginant avec lui dans une pathétique scène d'amour complètement fantasmée.
Le fait de se raccrocher à une mince consolation en affirmant que c'était Clyde qui avait commencé, en lui forçant légèrement la main pour dire oui à cette invitation, ne rendait pas cette jouissance moins amère. Craig commençait à se dégoûter lui-même, d'avoir plongé si facilement dans ses envies si simples à canaliser jusque-là.
En quelques minutes, il avait cédé et sûrement brisé l'amitié partagée avec celui que le gamin pas toujours tendre envers ses camarades de classe considérait pourtant comme un gars bien. Honnête, par rapport à lui.
Clyde Donovan était aussi complètement stupide. Un sinistre abruti. Peut-être que Mr. Garrison n'avait pas eu complètement tort en le qualifiant d'attardé.
Quelle personne saine d'esprit et avec une once de bon sens agirait ainsi après que son compagnon de jeu et de crime enfantin se soit presque jeté sauvagement sur son pauvre petit corps innocent pour satisfaire ses pulsions malsaines...
Ou pire, Craig se demandait presque s'il ne souffrait pas tout à coup d'une toute nouvelle maladie post-orgasmique. Qui lui faisait avoir une super hallucination très réaliste dans laquelle Clyde lui caressait gentiment la tête. En passant même sa main sous son bonnet pour lui effleurer tout aussi doucement les cheveux.
Ça remontait à bien longtemps la dernière fois qu'une personne lui avait prodigué ce genre de caresse. En fait, seule sa mère avait caressé ainsi sa tête quand il était bébé. Cela faisait donc un certain temps dans l'esprit d'un gamin qui ne se considérait plus du tout comme un petit enfant.
Mais comme cette fois c'était de la part de Clyde, ce contact juste touchant d'amour maternel devenait très différent. Plus agréable, moins flou, et très...bizarre.
Suite à quel miracle tout bonnement impossible son compère se montrait subitement si gentil. Pire que gentil : Caressant et attentionné. Au lieu de chahuter fraternellement son ami (Comme aurait dû faire le vrai Clyde Donovan), il passait ses doigts sur ces cheveux parfaitement coiffés, en prenant bien soin de ne pas les ébouriffer. En oubliant même de sortir une remarque bonne à casser l'ambiance.
Quelle ambiance d'ailleurs ? Ce simulacre de réel moment de plaisir et sans malaise entre deux bons potes uniquement attirés par les filles, qui auraient joyeusement vanté les talents sensuels et la beauté flamboyante de Brenda Love une fois leur petite affaire terminée... ?
À moins que Clyde s'imaginait encore dans son délire directement inspiré du film X à maintenant se clôturer devant le désintérêt total de ses jeunes spectateurs. Et que le plus assidu des deux se croyait aux côtés de l'inatteignable Bebe, en train de caresser sa longue et soyeuse chevelure blonde.
Cette hypothèse restait un peu bancale (Et très tirée par les cheveux...), mais seul un semblant de colère mélangé à de la jalousie pouvait le faire se détacher de cette dangereuse et étrange étreinte.
Si Clyde avait continué à se montrer si inconscient, et détenir le rôle du débile profond, Craig ne savait pas s'il aurait réussi à se contrôler. Se faire violence pour ne pas embrasser son meilleur ami qui se montrait peut-être simplement gentil. Ou complètement con.
Comme le fan de cochons d'Inde tournait à présent le dos à son complice, il lui était impossible d'observer la réaction de Clyde. Ou croiser son regard.
Reprendre progressivement ses esprits, se féliciter mentalement de toujours avoir un ou deux mouchoirs dans sa poche (Pas pour son usage personnel, mais plutôt pour réparer les infimes bêtises pas bien graves que Stripe pouvait faire) et remettre un peu d'ordre dans ses vêtements se classaient comme les actions les plus importantes. Et plus prudentes.
En tout cas, son cher ami ne l'avait pas retenu pour cette fois le serrer dans ses bras. Et ne lui avait pas non plus couru après en voyant Craig quitter précipitamment la chambre. Peut-être parce qu'il savait que son ami n'allait pas retourner chez lui sans ses affaires. Qu'il s'agissait juste d'un simple passage à la salle de bain. Aucune raison n'était valable pour le quitter sans un mot.
En effet.
Craig n'était pas parti comme un voleur, malgré sa vision très personnelle du respect et de la politesse. Le gamin avait juste besoin de se retrouver seul quelques instants dans la salle de bain de cet ami assez proche pour mériter son respect. À le rendre complètement fou. Peut-être un peu faible aussi. Et complètement ridicule.
S'il racontait cette mésaventure à Kenny, c'est certain que ce dernier pourrait littéralement en mourir de rire. Là par contre ça pourrait être vraiment drôle.
Cependant, tout en se lavant les mains, le défenseur incontesté des cochons d'Inde se confirmait une nouvelle fois que cette affaire allait rester entre son ami presque intime et lui. Et puis, Clyde l'adorait tellement, amicalement parlant, qu'il n'allait sûrement pas chercher à nuire à son ami préféré. Ce troublant moment de plaisir entre potes serait juste un instant un peu flou, embrouillé, où ce cher Clyde se souviendrait uniquement de Brenda Love. Et non de l'égarement grandement amoureux de son complice.
Encore à baigner dans cette brume rassurante de belles paroles si simples mais assez convaincantes, Craig avait relevé machinalement les yeux vers le miroir au-dessus de l'évier. Pouvant ainsi remarquer qu'il ne portait plus son bonnet, sûrement tombé sur le lit de Clyde quand ce dernier lui avait tripoté la tête.
À présent perdu dans des souvenirs pas si anciens, à peine datés d'une poignée de minutes, Craig ne pouvait réprimer un petit sourire. Un sourire sûrement qualifié de très niais, qui restait malgré tout sincère. Tout comme son auteur était sincèrement ravi d'avoir eu ce contact, cette supposée marque d'affection de la part de cet ami un peu trop aimé.
À tellement lui plaire que ces caresses sur sa chevelure, qui n'avait rien demandé à personne, allaient devenir un sujet phare si jamais son esprit vagabondait vers quelques fantasmes tout mignons et inoffensifs. Et s'enfonçait dans des pensées un peu moins romantiques et sages, si ses souvenirs recréaient parfaitement l'odeur de Clyde. Cela serait parfait pour s'imaginer s'installer confortablement dans les bras de son ami, après avoir réussi à lui faire aimer passionnément la position reverse cowgirl...
Des pensées assez plaisantes, pour ne pas dire immensément bandantes, mais à éloigner le plus possible de ses pensées avant de revenir à la réalité. Et jusqu'à la chambre de l'autre acteur de ce fantasme, bien qu'il ignorait totalement son rôle pourtant primordial. Alors que l'autre protagoniste ne le connaissait que trop bien.
Tout comme Craig imaginait un peu trop en détail la future réaction de Clyde, une fois qu'il allait revenir dans la chambre de celui-ci. Son ancien meilleur ami allait froidement lui ordonner de quitter les lieux, en lui balançant bien proprement ses affaires à la gueule. Ou bien, son complice ayant d'un coup perdu toute sa bonne humeur serait resté figé sur son lit. Encore sous le choc de ce qui venait de se passer, en se demandant s'il venait de presque se faire violer par son ami tant idéalisé, ou simplement apprendre la sexualité dite anormale de Craig Tucker.
Le supposé coupable n'osait même pas pousser la porte et affronter la réalité, alors que Craig se répétait mentalement qu'il n'avait rien à se reprocher. Tout avait commencé avec cette foutue cassette, l'invitation de Clyde et le charme insupportable de celui-ci. Sans oublier son incapacité navrante à ne pas avoir remarqué que celui qu'il voulait comme meilleur ami était gay.
Comme si ce genre de chose pouvait toujours se remarquer facilement... Mais Craig n'avait que trop besoin d'excuses ridiculement accablantes pour se donner un peu de courage.
Et au final se demander si tous les événements passés et à un peu trop le hanter avaient bien eu lieu. En voyant son compère, à la fois victime et coupable, qui avait enfin adopté un comportement d'ami totalement normal : Il avait remis un pantalon et était sagement occupé à installer sa console de jeux.
Les principaux complices de leur crime et les preuves accablantes de leur forfait, le magnétoscope et la cassette pornographique, se retrouvaient posés de manière très inoffensive sur le bureau de Clyde. Le fervent admirateur de Brenda Love, sûrement encore plus aux pieds de l'actrice habituée à donner de sa personne, n'avait pas réservé une place d'honneur à la fameuse cassette. Sur son oreiller, ou sous verre posé sur un coussin en velours. La vidéo rare se retrouvait platement posée sur un meuble de travail, quelle douche froide pour un objet si collector et prestigieux !
Même s'il se sentait encore un peu mal à l'aise, le moins admiratif des talents de Brenda Love n'avait pu s'empêcher d'esquisser un petit sourire narquois. Sans se douter que Clyde avait peut-être simplement laissé son précieux trésor sur un support si peu digne simplement à cause du traumatisme causé par le récent événement passé...
Mais Craig Tucker était réaliste et non un pessimiste un peu trop imaginatif. Son sourire s'était automatiquement radouci en remarquant le visage amical de l'ami qu'il aimait assez pour craindre de l'avoir perdu. Très loin de perdre la sympathie de Clyde, ce dernier avait au contraire préparé un de leurs jeux vidéo préférés pendant sa très brève absence. S'adonner à une activité drastiquement différente pour retrouver leur statut d'enfants. Pour complètement se changer les idées après ce moment chargé de bien trop d'émotions.
Juste des émotions confuses, désordonnées, en accord avec les sensations saccadées du plaisir physique. Et aucune révélation troublante bonne à briser la tranquillité de leur amitié. Une amitié parfois ennuyeuse mais à rester agréable et importante.
Définitivement importante, sinon Craig ne serait pas autant soulagé de voir que tout redevenait comme avant ce rapide moment surréaliste (Ou un peu trop réaliste...)
Tout en s'installant à côté de son ami, le fan de cochons d'Inde avait aussi décidé de ne pas prêter attention à des petits détails qualifiés d'éléments inutiles. Par exemple, de savoir si Clyde ne s'était pas volontairement un petit peu écarté de lui en le voyant s'asseoir trop proche de son corps récemment presque violenté, ou si c'était juste une impression, un effet d'optique.
De toute façon, si ce cher Clyde avait cruellement été choqué il n'aurait pas donné cette petite tape amicale sur le bras de son compagnon de jeu en lui affirmant que cette fois il allait le battre.
Par mesure de précaution, Craig se demandait s'il ne devrait pas le laisser gagner pour apaiser les tensions plus ou moins présentes. Jusqu'à se souvenir qu'il jouait contre Clyde Donovan, le gars le plus nul aux jeux vidéo qu'il connaissait.
