Le voici, le voilà, le troisième chapitre de cette formidable aventure ! Au programme, le seul, l'unique, celui que vous attendiez tous : STILES !

Je ne sais comment vous remercier de porter autant d'intérêt à cette fanfiction ! 26 mises en favori et 39 follows - waouh ! MERCI !

Merci également à Babylon et Charle Carval, à qui je ne peux répondre par MP, pour leurs adorables reviews ! Vos compliments me font chaud au cœur, merci à vous !

Encore merci à l'incroyable jacksonstilinskis ! Elle est merveilleuse !

Sur ce, j'espère que ce chapitre vous plaira...

Bonne lecture !


CHAPITRE 3

When darkness overtakes you,
I won't leave you alone.
I will come and find you,
bring you safely home.
You'll feel my hand clasping yours
in the gathering gloom.
I'll follow you into the darkness.
Never fear, my love.
I will follow you.

Quand les ténèbres te submergeront,
je ne te laisserai pas seul.
Je viendrai, et je te trouverai,
je te ramènerai à la maison, sain et sauf.
Tu sentiras ma main serrer la tienne
dans l'obscurité croissante.
Je te suivrai dans les ténèbres.
Ne crains rien, mon amour.
Je te suivrai.

John Mark Green


Stiles était inquiet pour Jackson.

Depuis une semaine, Jackson agissait de façon très étrange. Personne ne semblait le remarquer, mais Stiles se targuait de remarquer ce que personne ne voyait, et plus il observait Jackson, plus il était convaincu que quelque chose clochait.

Jackson avait l'air… vide. Fatigué. Il ne le montrait pas, et si Stiles devait parier quelque chose, il parierait que Jackson faisait tout pour dissimuler son épuisement. La carapace « je suis beau, je suis merveilleux, je suis Jackson » était solidement en place, mais elle paraissait terriblement forcée et caricaturale ses derniers temps, même pour Jackson. Il semblait redoubler d'efforts au point que ça n'en était pas naturel. Il parlait moins. Souriait moins.

Et puis, Stiles avait surpris ces moments où Jackson pensait que personne ne le regardait et lâchait un peu du lest – ou peut-être, tout simplement, que ce qui le troublait était si lourd à porter qu'il était impossible de la maintenir perpétuellement, et que la détresse reprenait le dessus. Car c'était ce que Stiles voyait dans le regard de Jackson : la détresse, la fatigue. Parfois, Jackson semblait perdu, ou consumé par trop d'émotions en même temps. En fait, Jackson semblait… malheureux.

Et ça, ça faisait peur à Stiles.

Ça ne s'était produit que deux petites fois, deux minuscules petites riquiqui fois qui avaient été tellement fugaces qu'il aurait pu les rêver, mais Stiles l'avait vu.

Il savait qu'il ne devrait pas s'inquiéter pour Jackson, qui était un connard insensible, sauf que, voilà, Jackson ressemblait de moins en moins à un connard et de plus en plus à un fantôme. Personne ne le voyait – pas ses amis, pas Scott, pas Isaac, pas Allison, pas les profs, personne – mais dans ces moments-là, Jackson semblait abattu, désespéré, au fond du gouffre.

Bien sûr, il reprenait rapidement le dessus et jaugeait de nouveau le monde avec toute sa supériorité. Mais Stiles soupçonnait à présent que ce n'était qu'une couverture. Du moins, que ce n'était qu'une couverture en temps ordinaire, et qu'à présent, c'était plus qu'une couverture, c'était… c'était… Stiles ignorait ce que c'était. Un moyen de survie ? Une protection ? Un mécanisme ?

Stiles s'était fait plus attentif et avait remarqué d'autres détails. Par exemple, la façon dont Lydia jetait de temps à autres des regards un peu inquiets à Jackson. Ou encore, que ça faisait une semaine que Jackson oubliait systématiquement son manuel d'économie et devait le partager avec Stiles, prétendant qu'il l'avait perdu, mais Stiles n'y croyait pas une minute. Puis il avait noté que Jackson l'évitait, lui, en personne – lui qui posait les questions, en somme. Mais également qu'il semblait se sentir coupable – c'était fugace, si fugace qu'il crut l'avoir imaginé, ça aussi, au départ – à chaque fois qu'il se moquait de Scott, et qu'au final, Jackson avait complètement cessé de se moquer de Scott, ce qui était peut-être encore plus suspect.

Ce jour-là, Stiles était à l'affût. Quelque chose n'était pas normal et il allait trouver quoi.

Ses recherches, cependant, loin de lui apporter la solution à l'énigme, ne firent que l'inquiéter davantage.

Il avait envoyé un texto à Jackson, un texto innocent, simplement pour essayer de le questionner tout aussi innocemment ensuite, mais n'avait obtenu comme réponse que Ce numéro n'est plus attribué. Après enquête, Jackson avait changé de téléphone portable et de numéro. C'était étrange, car Jackson changeait de téléphone chaque année, pour avoir la pointe de la technologie et se vanter, et il avait changé en septembre. C'était trop tôt pour changer de nouveau. Ce qui était davantage suspect, c'était que Jackson, qui aimait d'habitude sortir son téléphone portable pour montrer au monde entier à quel point il était riche et super classe, ne montrait plus jamais sa merveille de téléphonie mobile.

Sa découverte suivante fut que Jackson avait porté la même veste et les mêmes chaussures pendant toute la semaine. Toute la semaine ! Si ça, ce n'était pas normal, alors Stiles voulait bien en manger son chapeau non existant.

Il décida de passer à l'action pendant le cours d'économie. C'était le moment idéal, car ils avaient dû coller leurs tables l'une à l'autre afin de pouvoir suivre sur le même manuel. Jackson se montrait étonnamment poli et discret, évitant au maximum de parler à Stiles, et ne l'insultant pas une seule fois, ce qui était définitivement bizarre.

─ Et sinon, ça va bien ? demanda Stiles avec un grand sourire, chuchotant pour que le Coach ne les entende pas.

Jackson lui renvoya un regard vide.

─ Evidemment que ça va bien. Pourquoi ça n'irait pas ? Et pourquoi ça t'intéresse ?

Et voilà, même pas une petite vantardise, même pas une petite pique, Jackson allait vraiment mal, Stiles en était sûr.

─ Je ne sais pas, comme ça, répondit Stiles avec son sourire le plus charmant (même si Scott l'appelait plutôt le sourire de psychopathe qui fait peur). Quoi de neuf dans ta vie ?

Jackson leva les yeux au ciel et se concentra de nouveau sur son exercice. C'était le moment où il était censé rembarrer Stiles et/ou lui faire remarquer à quel point il était merveilleux, fantastique, épatant et/ou enfoncer Stiles et/ou faire sa tête qui donnait à la fois envie de l'embrasser et de lui donner un coup de poing en pleine figure. Mais non. Même pas. Jackson… refusait de répondre.

─ Ecoute, mec, reprit Stiles d'un ton plus doux, je vois bien que ça ne va pas bien en ce moment. Je vois que tu es très fatigué.

─ J'ai dû beaucoup travailler pour les cours récemment, OK ? répondit Jackson d'un ton agressif.

Stiles fronça les sourcils. Un, ce n'était pas une vraie excuse. Deux, Jackson avait éprouvé le besoin de se justifier, ce qui prouvait bien qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas. Trois, Jackson était sur la défensive et ça se voyait. Quatre, le Jackson normal n'aurait jamais admis la moindre fatigue ou la moindre difficulté parce qu'il était parfait tout le temps. S'il confessait volontairement une faiblesse… c'était qu'il voulait cacher quelque chose. Cinq, c'était un mensonge et ça se voyait comme le nez au beau milieu de la figure.

─ Jackson, je vois bien que ça ne va pas. Dis-moi ce qui se passe. Je te promets que je ne te jugerai pas.

Jackson le dévisagea pendant plusieurs longues secondes, silencieux et avec un air indéfinissable sur le visage. Il ouvrit la bouche, Stiles fut pris d'une bouffée d'espoir, et Jackson dit :

─ Tu as raison, je ne me sens pas très bien. Je me sens un peu fiévreux. Je devrais aller à l'infirmerie.

Et juste comme ça, Jackson eut l'autorisation du coach d'aller à l'infirmerie, et Stiles le vit partir avec indignation (Il a osé ! Il a osé me mentir et me fuir ! Il a osé !) et il ne réapparut pas de toute la journée, même pas à l'entraînement, et sa voiture n'était plus sur le parking. Si ça, ce n'était pas une stratégie d'évitement bien rodée, Stiles voulait bien rôtir en Enfer – après tout, il était passé maître de l'évitement, il savait en reconnaître lorsqu'il en voyait ! Jackson ne pouvait pas le duper ! Jackson l'avait gravement sous-estimé !

─ Très bien, Scotty. Aux grands maux, les grands remèdes. Le plan d'action est lancé ! s'exclama Stiles à la fin des cours.

Scott lui renvoya un regard perplexe.

─ De quoi tu parles ?

─ De Jackson, pardi.

─ Ah, oui, c'est vrai, j'aurais dû m'en douter, dit Scott avec une tête de chiot fatigué.

Il fallait dire, à sa décharge, que ces derniers jours, Stiles l'avait abreuvé d'un certain nombre de monologues passionnés sur Jackson, ses problèmes, les possibles raisons de ses problèmes. Stiles en était bien conscient et était un peu désolé pour Scott mais ça n'allait pas l'arrêter non plus.

─ Enfin, Scott ! Tu as bien vu ! Je lui ai posé une question et il a fui ! Il a fui ! Il est parti, il m'évite, il…

Après dix minutes de monologue, Scott put enfin placer sa question :

─ Et du coup, qu'est-ce que tu vas faire ?

Stiles plissa les yeux avec détermination.

─ Je vais le forcer à parler.


Une demi-heure plus tard, Stiles sonnait chez les Whittemore. Il avait arrangé ses cheveux pour avoir l'air à peu près bien coiffé (qu'est-ce que c'était compliqué), avait travaillé son sourire le plus aimable, avait un discours tout prêt, et avait solidement décidé de ne pas être impressionné par la maison d'un luxe répugnant des Whittemore.

Une femme avec un brushing brun à la dernière mode (enfin, Stiles pensait que c'était la dernière mode, mais connaissant les Whittemore, il n'en doutait pas), un rang de perles et une robe qui devait coûter les yeux de la tête, lui ouvrit avec un étonnement poli.

─ Bonjour, Mrs. Whittemore ! s'exclama Stiles, dégainant son sourire aimable. Je suis Stiles Stilinski. Je suis un ami de Jackson. Je venais le voir car il m'a emprunté mon manuel d'économie et ne me l'a pas…

─ Je vous arrête tout de suite, le coupa Mrs. Whittemore d'un air charmant mais néanmoins un peu embarrassé. Jackson n'habite plus ici, vous n'êtes pas au courant ?

Stiles en resta bouche bée. Jackson. N'habitait plus chez les Whittemore. Quoi ?

Il cligna furieusement des yeux, et un pressentiment terrible l'envahit, qu'il n'arrivait pas à nommer.

─ Oh, non, je ne savais pas. Pourquoi est-il parti ?

Mrs. Whittemore sourit avec indulgence.

─ Il a fait son propre choix, vous savez.

Ce n'était pas une réponse. Stiles sut aussitôt qu'elle voulait éviter de dire la vérité, et ça le rendit davantage mal à l'aise.

C'était le choix de Jackson, certes. OK. D'accord.

Pourquoi était-il parti ? Et surtout, si son choix était de partir, quel était l'autre choix ? Rester dans le confort de ses parents ? Il devait y avoir autre chose. Qu'impliquait l'autre choix ?

─ Savez-vous où il habite ? demanda-t-il en déglutissant péniblement.

Mrs. Whittemore eut un sourire glacial.

─ Il vous le dira lui-même.

Merveilleux. Elle n'était pas au courant, donc. Super. Fantastique. De mieux en mieux.

Constatant que Stiles ne semblait pas prêt à quitter le pas de sa porte, Mrs. Whittemore poussa un soupir agacé.

─ Si vous voulez, vous pouvez aller jeter un coup d'œil dans sa chambre pour voir si votre manuel est là.

─ Oh. Euh, eh bien, c'est très gentil de votre part, vraiment, vous me sauvez la vie.

─ Premier étage, deuxième chambre à gauche, lâcha Mrs. Whittemore en s'éloignant, manifestement pressée de voir Stiles repartir.

Elle ne l'accompagna même pas. A croire qu'elle se moquait complètement des affaires de son fils. Il y avait quelque chose de pourri au royaume des Whittemore.

La chambre de Jackson était digne d'une chambre de catalogue. Bien rangée, pas un pli sur les draps, rien qui dépasse, les livres rangés par ordre alphabétique. Stiles en fut presque impressionné, puis il repéra le dressing.

La porte était grande ouverte, ce qui était déjà étrange. Mais Stiles pouvait y voir toutes les vestes et toutes les paires de chaussures que Jackson ne portait plus. En revanche, pratiquement tous les vêtements étaient manquants. Les pantalons, les chemises. Les vêtements qui restaient étaient froissés, dépliés. Quelques-uns gisaient en sol, comme s'ils avaient été jetés là, où qu'ils étaient tombés.

Stiles se tourna vers la fenêtre, passa un doigt sur le rebord. Légèrement poussiéreux. Comme si personne ne l'avait nettoyé depuis une semaine.

Une brusque envie de vomir le prit soudainement. Jackson était parti dans la précipitation, il en était sûr. Il était parti en laissant pratiquement tout derrière lui – les livres, les trophées et les médailles de lacrosse et de natation, les photographies affichées au mur. Tout, sauf des vêtements. Le strict nécessaire pour survivre.

Jackson avait fui sa propre maison. Peut-être même avait-il été mis à la porte. En fait, c'était le plus vraisemblable.

Il était parti, de son propre gré, avait dit sa mère. Pourquoi ? Que lui avaient-ils fait ?

Il revit l'expression de Jackson, désespérée, malheureuse, épuisée. Sa façon d'être sur la défensive. Sa manière d'être à demi-absent. Ils l'avaient mis dehors. Ils lui avaient fait ça. Et ils ne s'en souciaient même pas. Ils ne savaient même pas où il pouvait bien être et s'en fichaient complètement.

Son esprit tournait à toute vitesse. Jackson n'avait pas changé de numéro : ses parents lui avaient coupé son forfait. Sans doute avaient-ils coupé ses vivres également. Mais alors, où vivait-il ?

Jackson vivait-il à la rue ?

Stiles avisa le fameux manuel d'économie, posé sur le bureau de Jackson. Il ne pouvait pas l'avoir car il l'avait oublié en partant. C'était clair comme le jour. Et il n'avait pas pu revenir le chercher. Sans doute que ses parents ne l'avaient pas laissé entrer. Avaient changé les clés. Il n'avait pas juste déménagé, comme Mrs. Whittemore voulait le faire croire, il avait été viré de chez lui.

Stiles avait du mal à respirer. L'ordinateur était posé sur le bureau également, et il était certain que Jackson avait dû partir dans la plus grande précipitation, ou sinon, il n'aurait pas oublié l'ordinateur.

Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ?

Que lui avaient-ils fait ? Pourquoi l'avaient-ils viré de chez eux ?

Où vivait Jackson, maintenant ? Pas étonnant qu'il aille si mal, abandonné à lui-même, abandonné par sa famille. Est-ce qu'il était en sécurité, au moins ? Est-ce qu'il avait à manger ?

Stiles fit glisser son sac à dos de son épaule, l'ouvrit et y glissa le manuel d'économie, puis l'ordinateur. Il réfléchit et arracha une poignée de photos du mur – Jackson avec Lydia, avec Danny, avec l'équipe de lacrosse, et les fourra dans le sac également. Les trophées étaient trop lourds et trop voyants, mais il glissa quelques médailles, au hasard.

Il redescendit l'escalier à toute vitesse.

─ C'est bon, vous avez trouvé ? dit Mrs. Whittemore d'un air pincé.

─ Oui, c'est bon, je vous remercie, au revoir, marmonna Stiles, abandonnant toute politesse.

Il attendit d'être trois rues plus loin pour couper le moteur de sa voiture et céder le pas à sa crise de panique.


Lorsque le Shérif rentra à la maison ce soir-là, Stiles l'attendait de pied ferme.

Comme il n'était pas non plus sans cœur (et qu'il tenait à la bonne hygiène de vie de son père), il le laissa tout de même manger son dîner avant de lui exposer ce qu'il avait sur le cœur.

─ Papa, il faut qu'on parle, dit-il.

Le Shérif poussa un soupir.

─ Allons bon. Que se passe-t-il encore ?

─ C'est à propos de Jackson.

Son père fronça ses sourcils.

─ Il t'a encore causé des ennuis ? Oh, non. Tu lui as causé des ennuis ?

Stiles se dépêcha de secouer la tête.

─ Non, non, je te promets que non. Mais… je suis inquiet pour lui.

─ Est-ce que ça a encore à voir avec cette histoire selon laquelle il serait secrètement un reptilien tueur en série ?

─ Non, Papa, promis, assura Stiles.

Le Shérif fronça les sourcils. Il devait certainement voir sur le visage de Stiles à quel point c'était grave.

─ Je t'écoute, fiston.

─ Je pense que les parents de Jackson l'ont mis à la porte.

Le Shérif secoua la tête, surpris.

─ C'est… C'est une accusation très grave, Stiles. En es-tu sûr ?

Stiles apprécia que son père ne mette pas en doute ses déclarations. Peut-être parce que pour une fois, il se sentait véritablement abattu et inquiet, et cela devait se voir.

Il se demandait tout de même si cela signifiait que son père pensait les Whittemore totalement capables d'un acte aussi cruel.

Prenant son temps et s'exhortant au calme, il relata tout ce qu'il avait observé d'étrange chez Jackson – son changement d'attitude subtil mais soudain, les détails qui ne collaient pas, sa façon de se distancer et d'éviter les questions de Stiles, ainsi que sa décision de lui rendre visite.

─ Tu ne l'as pas harcelé, au moins, j'espère ? intervint son père.

Stiles roula des yeux.

─ Non, promis. Je venais juste le voir. Officiellement, c'était pour lui demander s'il allait mieux. Officieusement, j'ai dit à sa mère que c'était pour récupérer mon manuel d'éco. En vrai de vrai, je voulais qu'il se confie à quelqu'un. Bref.

Il raconta ensuite de quelle façon il avait été accueilli et ce que lui avait raconté Mrs. Whittemore, puis décrivit l'état de la chambre de Jackson, et les conclusions qu'il en avait tiré.

Une fois qu'il eût fini, le Shérif resta silencieux un petit moment, méditatif.

─ Ce que tu viens de me dire, fils… C'est grave. C'est très grave.

─ Mais tu me crois ? s'assura Stiles.

─ Oui, je te crois. Je pense que tu as visé juste.

Le Shérif poussa un soupir et se frotta la nuque, fatigué.

─ J'ai toujours su que David Whittemore était un sale type, mais à ce point…

─ Papa, il faut qu'on trouve Jackson, coupa Stiles, impatient. On ne sait pas où il vit. Il est peut-être à la rue. Il est peut-être en danger. Il n'a même pas d'argent pour s'acheter une veste supplémentaire, alors qui sait où il vit ? On ne peut pas le laisser comme ça, seul, à la rue. Et puis, on ne peut pas le laisser seul tout court. Il faut qu'il soit entouré, qu'il soit surveillé, qu'il ait quelqu'un à qui parler ! Il est sûrement complètement déprimé, peut-être dépressif, et je suis sûr et certain qu'il va vraiment mal ! Qui sait ce qu'il pourrait…

Stiles s'interrompit, pris d'angoisses soudaines à l'idée de ce qui pourrait arriver à Jackson, de l'état dans lequel il était… des solutions auxquelles il pourrait recourir. Et s'il se mutilait, par exemple ? Ou s'il décidait d'en finir ? Ou s'il décidait de se prostituer pour gagner sa vie ? Ou s'il vivait à la rue et qu'un type pas commode lui faisait la peau ? Ou qui sait quoi d'autre il pouvait subir ?

─ Stiles, calme-toi, dit son père. Nous allons chercher Jackson. Je le chercherai moi-même. Je mettrai Parrish sur l'affaire également, et je demanderai à quelques officiers de jeter un coup d'œil pour repérer Jackson durant leurs rondes. Nous le trouverons.

Stiles poussa un soupir de soulagement.

─ Moi aussi, je le chercherai, dit-il avec entêtement. N'essaie même pas de m'en dissuader. Je chercherai Jackson. Hors de question que je le laisse dans cet état.

Son père le détailla du regard pendant quelques instants, songeur.

─ Je te dirais bien de ne plus te préoccuper de cette affaire et de te concentrer sur tes études, mais ce serait inutile, pas vrai ? Enfin… il y a pire que de se soucier sincèrement de quelqu'un et de vouloir l'aider, je suppose, soupira-t-il en se levant. Je n'en attendais pas moins de toi.


Stiles avait eu beau faire le tour de la ville, il ne l'avait pas trouvé, pas plus que son père ou que Jordan Parrish. Il ne pouvait pas nier qu'il était inquiet. A présent, il avait l'impression que la vie de Jackson ne tenait qu'à un fil et que durant les moments où il demeurait introuvable, il était plus en danger que jamais.

C'était pourquoi Stiles avait établi un Plan.

Selon son plan soigneusement élaboré, Stiles aurait dû confronter Jackson dès qu'ils sortiraient de leur cours d'économie. Il avait dans l'idée de lui tendre son manuel, de lui jeter un regard entendu, et de lui dire « Je sais tout, Jackson ». Ensuite, toujours selon l'idée qu'il avait imaginée ses deux derniers jours, il… enfin, il ne savait pas exactement, mais il sortirait Jackson de la rue sordide où il vivait et serait son confident et son épaule sur laquelle pleurer, et Jackson irait mieux de jour en jour jusqu'au jour où Stiles pourrait se venger de ses salopards de parents.

Ça, c'était le plan idéal.

Le truc, c'était que Stiles n'avait pas pu l'appliquer la veille, car Jackson n'était pas venu au cours d'éco. Stiles l'avait pourtant vu dans le couloir plus tôt dans la journée, et il était à l'entraînement plus tard dans l'après-midi (où le Coach l'avait d'ailleurs vertement réprimandé pour ses absences, une première dans l'histoire de l'existence de Stiles). D'où il avait tiré la conclusion évidente : Jackson l'évitait. A l'évidence, Jackson avait peur de lui, peur de ce qu'il avait pu découvrir.

C'était tout Jackson, ça. Fier jusqu'au bout. Jamais il ne demanderait de l'aide, jamais. Mais Stiles n'était pas sûr de ce qu'il ferait à sa place. S'il avait été mis à la porte par sa propre famille, si on lui avait ôté tout ce qu'il avait de cher… peut-être que finalement, la fierté serait la seule chose qui lui resterait, et la perdre serait probablement insupportable.

Ce fut pour cette raison qu'il hésita. Jackson était venu au cours du lendemain. Il avait soigneusement évité de lui adresser la parole, l'avait regardé avec toute sa supériorité, et si Stiles n'avait pas su la vérité, il se serait détourné de Jackson en pensant qu'il n'était rien d'autre qu'un connard irrattrapable.

Lorsque la cloche sonna, Stiles prit sa décision en une minute. Est-ce que ça en valait vraiment la peine, de faire un numéro de « Ah ah ! Je t'ai eu, Jackson Whittemore ! » ? Jackson était fragile, en ce moment; est-ce que ça ne risquait pas plus de le pousser dans ses retranchements, et de le placer encore plus hors limites qu'il ne l'était actuellement ? Est-ce que ce n'était pas prendre le risque qu'il ne se fie jamais à Stiles ? Est-ce qu'en fait, l'aborder comme ça, au lycée, ça ne risquait pas de le blesser, de l'effrayer ?

Lentement, Stiles relâcha le livre qu'il tenait mais n'avait pas encore sorti de son sac. Non, ça n'en valait pas la peine.

─ Qu'est-ce que tu as à me regarder, Stilinski ? aboya Jackson. Encore à me déshabiller du regard ? T'as des problèmes, toi, vraiment. Va te faire soigner, abruti.

Stiles se redressa, et décida de ne pas relever.

─ En fait, je me demandais si tu allais mieux. Tu sais, par rapport à ta fièvre de l'autre jour, que tu as dû quitter le cours et tout. Tu te sens bien, ça va ?

Jackson le dévisagea pendant plusieurs secondes, et autant Stiles avait été capable de voir qu'il n'était pas dans son état normal ces derniers temps, autant il n'avait pas la plus petite idée de ce qui se passait derrière ce regard indéchiffrable.

─ Ouais, ça va mieux, lâcha finalement le sportif.

─ OK, cool, répondit Stiles. Si tu as besoin de quoi que ce soit, tu demandes, hein ?

─ Et pourquoi j'aurais besoin de quelque chose ? siffla Jackson.

Stiles leva les mains devant lui. Clairement, quelqu'un était sur la défensive.

─ Je ne sais pas, moi, le cours de l'autre jour et celui d'hier ? Je pourrais te les passer ?

Jackson cligna des yeux.

─ Oh. Eh bien… t'es peut-être pas si inutile que ça, Stilinski.

Stiles décida que c'était un merci en langage Jacksonien, et qu'il était sur la bonne voie.


Stiles soupira. Encore des recherches infructueuses. Encore une soirée inutile, encore Jackson dehors, on ne savait où, dans on ne savait quel état.

Frustré, il resserra les mains sur le volant. Il avait besoin de penser, de réfléchir, de se détendre.

La réserve l'avait toujours aidé à méditer. Peut-être devrait-il aller y faire un tour.


Jackson passa une main fatiguée sur son visage. Encore un autre jour à vivre dans sa Porsche. Finalement, les voitures de luxe étaient largement surestimées. Pas confortables du tout. C'était peut-être lié au fait qu'on n'était pas censé vivre dedans.

Bien. Points positifs.

Personne n'avait découvert la vérité. Il était bon à jouer la comédie, il fallait croire. Stilinski lui avait fait une petite peur, mais visiblement, l'hyperactif tentait juste d'être sympa. Il devrait s'abstenir.

Mais personne ne savait rien. Jackson soupçonnait que ses parents ne diraient jamais quoi que ce soit sur ce qui s'était produit. Sans doute étaient-ils trop fiers et trop arrogants pour admettre que, Un, leur fils était bi, et Deux, ils l'avaient mis à la porte. Donc, ses parents ne diraient rien. Au moins, sa couverture était sauve.

Points négatifs, maintenant.

Il serait bientôt à court de carburant et devrait en racheter. Il avait dépensé quasiment tout son argent au Lavomatic et au stade où allaient les choses, il serait ruiné très, très vite. Il lui fallait un boulot, mais visiblement, personne n'engageait. Strictement personne. Même les supérettes ne cherchaient pas de vendeurs. La société américaine était en train de s'écrouler, mais apparemment, c'était normal.

Bien. Bien bien bien. Qu'allait-il faire ? Il n'irait pas demander de l'aide à Danny ou à Lydia… hors de question d'admettre qu'il n'était plus rien, plus personne, hors de question de devoir dépendre d'eux et de piétiner sa fierté, la seule chose qui lui restait… Et puis, ils poseraient des questions… Et si finalement, ils rejetaient Jackson pour ce qu'il était ? Sûrement pas Danny, mais tous ceux qui seraient au courant ensuite ? Quoique Danny, et s'il partageait la même opinion que certaines personnes sur les gens comme Jackson ? S'il méprisait cordialement ce qu'il était ? Et Lydia, que penserait-elle en apprenant qu'elle était sortie avec un garçon bi ? Comment le prendrait-elle ?

Est-ce qu'il pourrait encore compter sur ses amis après ça ? Seraient-ils toujours ses amis ?

Jackson soupira. Un travail. Il devait trouver un travail.

Il en était là de ses réflexions lorsqu'il aperçut une Jeep bleue bien connue descendre le chemin qui menait jusqu'à sa Porsche.

Une Jeep bleue vraiment, vraiment bien connue.

Incapable de penser, Jackson vit la Jeep s'arrêter, puis Stiles descendre, lentement. Il le regarda se diriger vers la Porsche, hésitant. Il pouvait même voir les rouages bouger dans son cerveau. Stiles était intelligent. Il additionna rapidement deux et deux, Jackson le vit clairement sur son visage.

Stiles frappa sur la vitre de Jackson, et honnêtement, Jackson se sentait fatigué, si fatigué. Il se contenta de descendre la vitre.

─ Suis-moi, dit simplement Stiles.

Jackson était tellement épuisé, trop épuisé pour avoir la force de débattre avec lui, de lui assurer que tout allait bien, qu'il pouvait rester ici, ou tout simplement, que ce n'était pas ce qu'il croyait. Trop fatigué. Ce serait un long, long débat qu'il ne gagnerait certainement jamais.

Alors, il démarra le moteur, et suivit Stiles sur la route.

Il conduisit dans un état d'absence, avec l'impression d'avancer dans un brouillard gris. Il n'avait pas la force de se demander ce qui allait se passer. Il se contenta de suivre Stiles, d'accélérer quand Stiles accélérait, de tourner quand Stiles tournait. C'était bien assez pour le moment.

Ils s'arrêtèrent devant une petite maison que Jackson ne reconnut pas. Il comprit qu'il était chez les Stilinski en lisant leur nom sur la boîte aux lettres.

Oh.

Stiles désigna du menton le sac de sport posé sur la banquette avant aux côtés de Jackson, et le sportif le saisit, puis suivit Stiles.

─ Home sweet home ! déclara Stiles en ouvrant la porte et en l'introduisant dans la maison.

C'était étrange. Très différent de chez lui – enfin, de chez ses parents – enfin, de chez les Whittemore. Plus petit. Beaucoup moins luxueux. Mais il y avait une bonne odeur de linge frais, et les murs étaient couverts par des photographies de toute la famille. Il y avait le Shérif, il y avait Stiles, il y avait une belle femme brune qui devait être Mrs. Stilinski – Jackson se rappela soudainement qu'elle était morte. Ça faisait des années qu'il n'avait plus repensé à cet aspect de la vie de Stiles. Il y avait aussi une ou deux photos de Scott McCall, et d'une femme qui devait être sa mère.

Jackson se sentait gêné, mais Stiles monta les marches sans se retourner et, en peine de savoir quoi faire d'autre, Jackson le suivit. Stiles l'emmena dans une chambre que le sportif devina être la sienne. Il y avait des piles de livres et de comics qui menaçaient de s'écrouler à tout instant, des cahiers et des manuels jetés pêle-mêle sur le bureau, des figurines Batman qui cohabitaient avec des posters Star Wars. C'était tellement Stiles que Jackson avait presque envie de sourire.

─ Tu excuseras le bordel, hein, dit Stiles.

Jackson se rendit compte à ce moment-là que Stiles n'avait pas prononcé un seul mot sur sa situation. Pas une question, rien. Il s'en sentit étonnamment soulagé.

Ce fut peut-être ça qui fit qu'il tendit son sac à Stiles lorsque celui-ci tendit la main – ça, ou le fait qu'il était trop épuisé pour songer à résister. Il attendit nerveusement de voir ce que Stiles allait faire, s'attendant à un commentaire, quelque chose. Mais Stiles se contenta de tirer un des tiroirs de sa commode, et il rangea les vêtements de Jackson à l'intérieur, une chemise après l'autre, un pantalon après l'autre, et même les sous-vêtements, sans même un regard dégoûté.

C'était tout. Stiles rangeait les affaires de Jackson parmi les siennes, et Jackson sentait confusément qu'il ressentait quelque chose, mais il était incapable de savoir quoi.

Stiles extirpa l'ours en peluche du sac, et Jackson s'attendait tellement à une moquerie ou une remarque sarcastique qu'il fut surpris lorsque Stiles se borna à sourire à la peluche, lui fit remuer les pattes avec amusement, et le posa sur son lit, contre l'oreiller. Comme ça. Comme si c'était normal.

Jackson se sentit se détendre un petit peu. Juste un tout petit peu.

Stiles inspecta le fond du sac pour vérifier qu'il ne restait rien, puis le glissa sous son lit. Assez caché pour que Jackson comprenne qu'il venait d'obtenir une invitation à rester jusqu'à une date indéterminée. Assez visible pour que Jackson se sente libre de repartir s'il le souhaitait.

Jackson ouvrit la bouche pour dire quelque chose – mais il était à cours de mots, il n'y arrivait pas. Stiles le devança en lui disant :

─ T'as pas faim ? Moi si. Ça te dit qu'on mange un truc ?

Jackson ne put qu'acquiescer. Ça faisait des jours qu'il s'était privé de dîner, et il avait tellement envie de manger qu'il aurait pu en pleurer.

Il s'avéra que Stiles était étonnamment bon cuisinier, même s'il ne pouvait pas s'arrêter de parler et qu'à la fin du repas, Jackson savait au gramme près comment son repas avait été cuisiné et quel était le régime du Shérif et pourquoi il devrait s'en tenir à son régime et quelles étaient ses astuces pour contrevenir aux règles de Stiles. Jackson se sentait vaguement amusé, mais surtout, il se sentait rassasié. Non seulement il avait mangé, mais c'était bon.

Il aurait aimé complimenter Stilinski – il le voulait vraiment, parce qu'après tout, il avait fait l'effort de lui préparer ce repas – mais Stiles le prit d'avance encore une fois :

─ Hé, ça te dit de regarder un peu la télé ?

Jackson acquiesça, parce qu'il ne savait pas quoi faire d'autre, et c'était une bien meilleure option que ce qu'il faisait de ses soirées à présent – faire ses devoirs, lire ses manuels, lire des livres empruntés à la bibliothèque, attendre que le temps passe. Il se retrouva devant quelques épisodes de Brooklyn Nine Nine, ce qui était décidément une amélioration, surtout que Stiles riait aux éclats et que la série était vraiment excellente.

Il se sentait mal à l'aise et gêné – il ne savait pas quoi dire, pas quoi faire. Devait-il dire quelque chose de spécial ? Il ne savait même pas ce qu'il ressentait vraiment. Il savait qu'il devait certainement se sentir rassuré et reconnaissant – tout au fond – mais il n'arrivait pas à accéder à ses émotions. Peut-être que ses parents l'avaient cassé pour de bon. Peut-être que Jackson était endommagé et qu'il n'en guérirait jamais.

Il tentait de se concentrer sur les sketches de la série, sur le rire de Stiles, sur le canapé dix mille fois plus confortable que la banquette de sa voiture, sur son estomac plein, mais il sentait comme un nuage noir qui obscurcissait tout.

Il commença à pleurer pile à la même heure que d'habitude.

Il avait un emploi du temps bien rôdé, à présent, semblait-il. Maintenant, c'était comme s'il pleurait par habitude, sans même savoir pourquoi, même si tout au fond, il savait – parce que ses parents le détestaient, parce qu'il n'était pas assez bien, parce qu'il n'avait plus de famille et qu'il était seul au monde et que c'était tout simplement trop, trop, trop – et pas assez d'aide et pas assez de réconfort. Trop et pas assez.

Les larmes coulaient sur ses joues silencieusement puis elles se transformèrent en sanglots de moins en moins silencieux, et Jackson voulait juste arrêter de souffrir.

Stiles lui jeta un coup d'œil rapide, mais pas assez rapide pour que Jackson ne voie pas son indécision, son hésitation et sa presque-panique. Puis, avec incertitude, il vit la main de Stiles approcher la sienne, puis il la sentit prendre sa main. Il sentit Stiles entrelacer leurs doigts. Stiles ne le regardait pas, comme pour laisser son intimité à Jackson, ou parce que Stiles ne savait pas vraiment quelle attitude adopter, ou peut-être comme si c'était tout à fait naturel que Stiles Stilinski et Jackson Whittemore-qui-n'était-plus-vraiment-Whittemore-d'ailleurs se tiennent la main. Jackson sentait son pouce frotter doucement sa paume, de façon réconfortante; il sentait la légère pression de Stiles sur sa main, comme pour lui dire qu'il était là, qu'il y avait quelqu'un qui se souciait de lui et qu'il n'était pas tout seul.

C'était atrocement embarrassant. Jackson devrait le repousser.

Mais ce n'était pas embarrassant du tout. C'était bienvenu. Et Jackson en avait tellement besoin qu'il ne repoussa pas Stiles et qu'ils restèrent là, leurs doigts entrelacés.


A suivre...


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