Eeeeet voilà le quatrième chapitre ! J'espère qu'il vous plaira ! Au programme : le lendemain !
Je tiens à remercier tous ceux d'entre vous qui ont lu, et tous ceux qui ont reviewé, mis en favori et/ou décidé de follow cette histoire ! Vous êtes merveilleux et vous me faites chaud au cœur ! Un merci tout particulier aux deux Guests anonymes et à Babylon pour leurs reviews absolument adorables. Merci beaucoup ! *cœur*
Mille milliards de mercis à l'extraordinaire jacksonstilinkis qui m'a prêté son idée ! (Même si, à partir d'ici, son prompt se termine et mon imagination prend entièrement la relève !)
Bonne lecture ! Enjoy ! :)
CHAPITRE 4
You're so mean when you talk about yourself ; you were wrong
Change the voices in your head, make them like you instead
So complicated, look how big you make it
Filled with so much hatred, such a tired game
It's enough! I've done all I can think of
Chased down all my demons, I've seen you do the same
Oh, pretty, pretty please, don't you ever, ever feel
Like you're less than fuckin' perfect
Pretty, pretty please, if you ever, ever feel like you're nothing
You're fuckin' perfect to me
Tu es si méchant, lorsque tu parles de toi-même. Tu avais tort.
Change les voix dans ta tête, fais-les t'aimer, plutôt.
C'est si compliqué, regarde l'ampleur que ça prend
Tu es rempli de tant de haine. Ce jeu est épuisant.
Ça suffit ! J'ai fait tout ce à quoi je peux penser
J'ai traqué tous mes démons, et je t'ai vu faire pareil.
Oh, chéri, chéri, je t'en prie, n'aie jamais, jamais l'impression
Que tu es moins que carrément parfait
Chéri, chéri, je t'en prie, si jamais tu as l'impression que tu n'es rien
Saches que tu es carrément parfait pour moi.
Fucking Perfect, chanson de P!nk
Lorsque Jackson se réveilla le lendemain matin, Stiles était déjà parti.
Jackson se redressa sur un coude, perplexe, se demandant où l'hyperactif avait bien pu passer. D'un côté, il se sentait heureux de se réveiller seul, de ne pas avoir Stiles qui le regarderait et qui verrait sa misère dans toute sa splendeur.
Encore que Jackson n'avait rien à reprocher à Stiles. C'était une première, mais c'était le cas : Stiles n'avait rien fait de mal, et, pire encore – ou mieux encore – Stiles avait été… parfait de bout en bout. C'était un peu dur à admettre, et Jackson ne savait pas exactement pourquoi. Peut-être qu'il aurait aimé que le monde redevienne ce qu'il était avant, avec lui dans le rôle du golden boy du lycée, riche, aimé et mieux que tout le monde (ou du moins, qui tentait désespérément de l'être, et tentait de se convaincre que c'était bien le cas), et Stiles dans le rôle du ringard de service impertinent et inutile qui réchauffait le banc lors des matches de lacrosse. Mais ça n'était qu'une illusion, songea Jackson en s'asseyant dans le lit de Stiles. Ça n'avait toujours été qu'une illusion. Il n'avait jamais été vraiment aimé par sa famille, il n'avait jamais rien eu de mieux que les autres, il n'était rien ni personne, et Stiles… Stiles était gentil, serviable, compréhensif, généreux. C'était certainement toujours un ringard qui ne jouerait jamais un seul match de toute sa vie, mais il était aussi la seule personne qui aidait Jackson.
La nuit précédente avait été… embarrassante pour Jackson. Il était encore mortifié rien de d'y repenser, et avait envie de se rouler en boule sous la couette et de ne plus en sortir, jamais. Il avait pleuré, comme un bébé, comme un faible, devant Stiles, en plus, et Stiles l'avait réconforté ! En fait, c'était pire que ça : Stiles avait découvert l'étendue de sa misère et de sa déchéance, et il l'avait aidé, il l'avait accueilli… Jackson était tombé assez bas pour avoir besoin de l'aide de Stiles, et le pire dans l'histoire, c'était qu'il était simplement soulagé d'avoir dormi dans un vrai lit, d'avoir mangé un dîner, et d'avoir quelqu'un qui ne le jugeait pas et qui tentait de l'aider.
Après que Jackson se soit un peu calmé, Stiles avait suggéré qu'ils aillent dormir, et Jackson avait accepté, épuisé. Il ne se sentait pas la force d'argumenter, et de toute façon, Stiles aurait raison de lui. Stiles aurait toujours raison de lui, car Stiles était le diable déguisé. Ils étaient montés à l'étage, et Jackson avait pu se laver les dents avec un vrai lavabo, et enfin changer de tenue avant de se coucher. Lorsqu'il était sorti de la salle de bains, Stiles l'attendait avec un t-shirt à l'effigie de Batman et un vieux jogging qui devaient lui appartenir. A la grande surprise de Jackson, les vêtements lui allaient, et il se sentait même plutôt à l'aise à l'intérieur.
─ Tu préfères quel côté ? avait ensuite demandé Stiles.
Jackson n'avait pas compris, jusqu'à ce Stiles désigne le lit du menton, attendant une réponse et semblant penser que Jackson avait dû perdre un bout de cerveau en même temps que sa famille, sa dignité et sa vie toute entière.
─ Je, euh… on ne va pas dormir dans le même lit, si ? avait demandé Jackson, figé sur place.
Son cœur battait à toute vitesse et il avait senti la sueur dégouliner dans son dos. S'ils dormaient dans le même lit, Stiles s'apercevrait que… après tout, Jackson ne saurait peut-être pas contrôler toutes ses réactions masculines instinctives… et si Stiles apprenait par la suite que Jackson n'était pas… qu'il était bi… et s'il réagissait comme ses parents, et se sentait trompé sur la marchandise, et se sentait effrayé, ou dégoûté, et ne voulait plus de lui, et qu'il le mettait dehors ?
─ Quoi, c'est un problème ? avait demandé Stiles, l'air vexé. Je veux dire, je sais qu'on n'est pas franchement les meilleurs amis du monde, mais tout de même, ce n'est qu'un lit, et franchement…
─ Je ne veux pas prendre de place, avait interrompu Jackson, avant que Stiles ne parvienne à lui extorquer la vérité. Je vais dormir sur le canapé, ça ira très bien…
─ Tu ne prends pas de place, crétin, avait rétorqué Stiles en roulant des yeux. Tu es chez toi ici, OK ? Et je vais pas te laisser dormir sur le canapé. Stiles Stilinski sait accueillir !
Puis il avait lancé un oreiller à Jackson, lui avait tendu son ours en peluche, et avait ajouté :
─ Si je bouge trop ou que je te donne des coups de pied ou que je parle dans mon sommeil, n'hésite pas à me secouer.
Et juste comme ça, l'affaire avait été conclue, et Jackson s'était retrouvé à dormir à côté de Stiles, effrayé à l'idée de trahir quoi que ce soit. Parce que Stiles était peut-être sympa, ouvert et tolérant, mais on ne savait jamais… Et puis, ce n'était pas parce que certaines personnes acceptaient volontiers les gays qu'il en allait de même avec les bis…
Il s'était avéré que Stiles bougeait beaucoup et donnait des coups de pied et marmonnait dans son sommeil, comme il l'avait prévu, mais il s'était avéré également que ça ne dérangeait pas vraiment Jackson, à sa grande surprise. En fait, ça lui rappelait qu'il y avait quelqu'un avec lui, qu'il n'était pas seul. Il avait fini par s'endormir, tombant de fatigue.
S'il était honnête, réfléchit-il en se levant, c'était la meilleure nuit qu'il ait passée depuis longtemps. C'était vrai qu'il y avait eu des cauchemars – ses parents qui lui jetaient des ordures à la figure et lui criaient qu'il n'aurait jamais dû exister, le lycée se retournant contre lui, Danny et Lydia lui tournant le dos… – mais il avait été au chaud, sur un matelas confortable, et avec un oreiller, pour une fois, et ça lui donnait envie de pleurer de soulagement et de bonheur.
Prudemment, Jackson sortit de la chambre de Stiles, se demandant où l'autre garçon était parti. Il eut la réponse en sentant une délicieuse odeur de pancakes.
Il descendit à la cuisine, trouvant Stiles occupé à cuisiner un petit-déjeuner. L'hyperactif lui fit signe de s'asseoir avec sa spatule.
─ Vas-y, sers-toi ! J'espère que tu aimeras !
Jackson mordit dans un pancake. C'était délicieux. Il hésita, puis décida qu'il pouvait bien se fendre d'un compliment envers le garçon qui l'avait sorti de la misère pour l'héberger et prendre soin de lui :
─ C'est super bon, Stiles.
Stiles eut un grand sourire, à croire que Jackson venait de lui faire le plus grand compliment qui soit.
A ce moment-là, la porte d'entrée claqua.
─ Hey, Papa ! s'exclama Stiles.
─ Salut, fiston, dit le Shérif en entrant dans la cuisine. Oh… bonjour, Jackson.
Jackson baissa la tête. Le Shérif le dévisageait avec surprise. Lorsqu'il releva la tête, il s'aperçut que l'homme le regardait avec attention.
─ Bonjour, Mr. Stilinski, dit-il poliment.
Sûrement, le Shérif allait le jeter dehors. Il détestait son père.
─ Appelle-moi John, répondit le Shérif. Alors, Stiles t'a trouvé, hein ?
─ Huh-huh, acquiesça Stiles d'un air satisfait. Il dormait dans la réserve, dans sa voiture.
Le Shérif esquissa une grimace de sympathie.
─ Aïe. Navré, mon garçon. Enfin, maintenant, Stiles t'a trouvé.
─ Je ne savais pas que vous me cherchiez, marmonna Jackson, honteux.
Apparemment, le Shérif était au courant. Il pouvait difficilement imaginer pire.
─ Remercie Stiles et ses instincts de fouineur, répondit le Shérif.
─ Stiles et ses qualités de détective, rectifia l'hyperactif.
─ Stiles était vraiment inquiet pour toi, reprit le Shérif.
Jackson vit Stiles rougir, se frotter la nuque, et se remettre à ses pancakes sans piper mot, ce qui était inhabituel. Il ne put s'empêcher de sentir son cœur se réchauffer un peu, en apprenant ainsi que Stiles s'était inquiété pour lui. Que quelqu'un s'était inquiété pour lui, s'était vraiment soucié de lui, et l'avait cherché. Jackson baissa de nouveau les yeux, en panne de mots.
─ Stiles, fiston, est-ce que je peux te parler une minute ? demanda le Shérif.
Stiles marmonna une réponse inintelligible, et suivit son père dans le salon, laissant Jackson seul avec ses pancakes et ses inquiétudes.
Son cœur battait à toute vitesse, si fort qu'il sentait une veine palpiter sur sa tempe. Il entendait déjà les deux Stilinski chuchoter, et il savait qu'ils parlaient de lui, c'était sûr, c'était certain. Cela lui rappelait toutes les fois où il avait entendu ses parents parler de lui. Ils chuchotaient au lieu de parler à voix haute, pour ne pas qu'il entende, et il savait que quelque chose se tramait – qu'il avait fait quelque chose de mal, ou qu'ils étaient encore mécontents – et que cela allait lui retomber dessus, que la tempête s'abattrait sur lui. A chaque fois, il sentait la vie s'arrêter autour de lui, désespéré qu'il était de savoir ce qui l'attendait. Il fallait qu'il sache. C'était le seul moyen qu'il avait de se préparer, et de trouver, peut-être, les bonnes réponses à l'avance, de pouvoir s'en sortir, d'éviter les hurlements et les sentences. De toute façon, s'il n'écoutait pas, il mourrait d'angoisse, il sentirait le froid et la panique à l'intérieur de lui jusqu'à ce qu'il soit malade de stress, redoutant à chaque seconde ce qui l'attendait, et se demandant ce qu'il avait encore fait, et ce qu'on lui allait lui hurler comme injures, et jusqu'à quel point il souffrirait…
Alors, Jackson se leva, silencieusement, et alla se poster à la porte de la cuisine, invisible, le cœur battant de peur et de culpabilité mêlés, parce que les Stilinski l'accueillaient, et il les espionnait… Mais et si le Shérif ne voulait pas de lui, il devait le savoir… il ne supporterait pas un autre rejet, il s'en irait avant…
─ Et Jackson va vivre ici, maintenant, déclarait Stiles avec détermination.
─ … Stiles, es-tu es bien sûr ? demanda le Shérif.
─ Sûr de quoi ? Que Jackson vit ici maintenant ? demanda Stiles, interloqué.
─ Vous n'êtes pas amis, Stiles, soupira le Shérif.
─ Et tu ne veux pas de lui ici, c'est ça ? protesta Stiles. Tu ne peux pas…
─ Au contraire, coupa le Shérif, Jackson est le bienvenu ici. Mais vous ne vous entendez pas. Je croyais que tu le détestais.
─ Je le croyais aussi, soupira Stiles.
─ Justement. Tu as souvent parlé de Jackson comme s'il était le cinquième cavalier de l'Apocalypse, le fléau de ton existence, ou je ne sais quoi encore…
Jackson sentit son cœur se serrer.
─ … J'ai toujours cru que vous étiez les pires ennemis du monde.
─ Il faut croire que je ne le déteste pas vraiment, au fond, répondit Stiles.
─ Peut-être, dit le Shérif, et je suppose que c'est la preuve qu'il n'est pas aussi horrible que tu as pu le croire…
─ Donne-lui sa chance, dit Stiles. S'il te plaît.
─ Je la lui donne volontiers. Mais je veux savoir si tous les deux, vous allez réussir à…
─ Ecoute, dit Stiles, c'est vrai que Jackson n'a pas toujours été le type le plus sympa de la planète, mais c'est vrai aussi que je n'ai pas été ultra sympa avec lui non plus. Le truc, c'est que Jackson a vraiment besoin de quelqu'un en ce moment, il a vraiment besoin d'un ami… Je veux dire, il ne va pas bien du tout…
─ Tant que ça ? demanda le Shérif d'une voix inquiète.
─ Il va mal, reprit Stiles. Il a besoin d'un ami, et je serai cet ami, OK ? Vraiment, ça ne me dérange pas. Et puis… je ne suis pas sûr que tout ce qu'on ait vu de Jackson jusque-là soit la vérité. Je veux dire, on pensait que sa vie de famille était parfaite et idéale, et apparemment, c'est loin d'être le cas. Ils l'ont mis dehors… je suis sûr qu'ils ont fait d'autres choses avant.
─ Tu as certainement raison, admit le Shérif en soupirant.
─ Et Jackson a toujours fait illusion, alors qui sait ce qu'il a caché encore ? Je ne suis pas sûr qu'il soit le connard qu'il a voulu faire croire qu'il était, tu vois ? Tu sais, je suis le premier à avoir des préjugés et à les garder à jamais et à juger les gens, et franchement, j'ai toujours fait ça avec Jackson. Sauf qu'en ce moment, Jackson ne ressemble à rien de ce que je pensais. Et de toute façon, il a besoin de quelqu'un, P'pa. Peu importe qui il est, il ne mérite pas ce qu'on lui a fait !
Il y eut un long silence, puis le Shérif dit :
─ Je suis fier de toi, fils.
Lorsque Stiles et le Shérif revinrent dans la cuisine, Jackson était de nouveau assis à table, mangeant ses pancakes, le cœur battant à toute vitesse contre sa cage thoracique.
Il ressentait une odieuse envie de pleurer. Il avait été infernal envers Stiles pendant tout ce temps, il l'avait traité comme de la merde, et il avait certainement fait souffrir Stiles, comme ses parents l'avaient fait souffrir, et pourtant, Stiles voulait l'aider. Pire encore, Stiles croyait en lui, voulait lui laisser une chance, et se souciait sincèrement de lui, au point de remettre son jugement en cause et d'enterrer la hache de guerre. Pourtant, il avait raison : Jackson n'était rien de plus qu'un connard… Et voilà que la personne qu'il avait insultée et méprisée toute sa vie était la personne qui se souciait le plus de lui en ce moment, plus que ses parents.
Il mordit dans ses pancakes en maudissant ses mains tremblantes. Il aurait aimé se faire pardonner, mais il ne savait pas comment. Il se sentait reconnaissant, mais il savait aussi qu'il ne méritait pas ce que les Stilinski faisaient pour lui. Il voulait les remercier, et être meilleur pour eux, mais il ne savait pas comment faire non plus.
─ Je pourrai vous rembourser, lâcha-t-il brusquement.
─ Pardon ? demanda le Shérif en levant la tête de son café matinal.
─ Je pourrai vous rembourser, vous savez, répéta-t-il. J'aurai dix-huit ans en juin, et je toucherai beaucoup d'argent à ce moment-là, de l'argent qui est de côté pour moi… Je pourrai vous repayer pour tout ce que vous faites pour moi !
Stiles et le Shérif froncèrent les sourcils en cœur, et échangèrent un regard que Jackson ne comprit pas.
─ Attends, ton plan, c'était de vivre dans ta voiture jusqu'en juin, jusqu'à ce que tu touches cette… euh, somme ? demanda Stiles, perplexe.
─ Eh bien, oui, admit Jackson.
Bien qu'il était pratiquement sûr qu'il n'aurait pas pu survivre ainsi jusqu'en juin, mais là n'était pas la question.
Le Shérif reposa son mug sur la table.
─ Jackson, mon garçon, tu n'as pas à nous rembourser quoi que ce soit. Tu ne nous dois rien du tout. Tu vis ici à présent. Considère cette maison comme ta nouvelle maison. Tu n'as rien à payer du tout, et c'est non-négociable.
─ Oh… dit Jackson, embarrassé.
Comment était-il censé répondre à autant de gentillesse ?
Stiles lui pressa son pied contre la jambe.
─ Jacks, est-ce que c'est ta façon de dire merci ? Parce que si c'est le cas, tu sais, tu peux dire merci en faisant comme chez toi, et on sera tous très contents.
Jackson ne savait pas non plus quoi répondre à ça, alors, il se contenta de hocher la tête.
Stiles vint le trouver un peu plus tard dans la matinée, embarrassé.
─ Hey, Jackson, euh… je voulais te dire un truc. Enfin, t'avouer un truc. Enfin, te donner un truc.
Comme Jackson avait décidé d'être gentil avec Stiles, il se contenta de hausser un sourcil plutôt que de rire des élucubrations de Stiles.
Stiles se dandina sur place, gêné, puis ouvrit le tiroir de son bureau.
─ Voilà. Je me demandais ce qui clochait chez toi, et je voulais te parler en tête-à-tête, enfin, je veux dire, seul à seul, tu vois, alors je suis allé chez toi, et, enfin, j'ai vu ta mère, et, euh…
─ Oh, lâcha Jackson.
C'était donc comme ça que Stiles avait appris que ses parents l'avaient mis dehors. Il serra les poings, résistant l'envie d'éclater en sanglots – encore.
─ Et, disons que je lui avais dit que j'étais venu chercher mon manuel d'économie, mais c'était ton manuel d'économie, en vrai, parce que, tu sais, j'avais remarqué que tu ne l'avais plus et je ne savais pas pourquoi, alors je suis entré dans ta chambre, je veux dire, pas de force, ta mère m'a dit de le faire, et j'étais furieux contre elle quand j'ai compris ce qui c'était passé, et, hum, voilà.
Stiles désigna le contenu de son tiroir. Avec surprise, Jackson y découvrit son manuel d'économie, mais aussi son ordinateur portable, quelques médailles de natation et de lacrosse, et des photos de lui, de Danny et de Lydia.
Oh.
Jackson se sentit brusquement ému, de revoir toutes ses affaires qu'il avait crues perdues à jamais, et ému également de savoir que Stiles avait pensé à lui, et formé le projet de l'aider dès qu'il avait su ce qui s'était passé, et lui avait pris ses affaires pour les lui rendre.
─ Donc, voilà, j'espère que tu ne m'en veux pas de les avoir prises, mais bon, comme ça, cette chambre sera aussi un peu la tienne, et… voilà, quoi, conclut piteusement Stiles.
Jackson prit ses affaires dans ses mains, heureux de les retrouver. Il caressa l'ordinateur du plat de la main, ébahi et émerveillé, avec l'impression qu'il retrouvait enfin un peu de lui-même, qu'il redevenait quelqu'un.
Il se tourna vers Stiles.
─ Merci, dit-il en souriant.
Stiles en demeura bouche bée quelques secondes – Jackson ne savait pas pourquoi, peut-être parce qu'il s'attendait à une critique, ou une remarque blessante ? Quelque part, ça le heurta de constater qu'il avait une si mauvaise réputation auprès de Stiles, et encore plus de savoir qu'elle était méritée.
─ Euh… de rien, répondit Stiles. Ça te dit qu'on accroche les photos et qu'on expose tes médailles ? On peut aussi un peu réaménager la chambre, si ça te dit. Pour que ça soit à ton goût.
Jackson eut l'impression d'être réchauffé soudainement. Comme s'il était vraiment chez lui, après tout.
─ Ta chambre est très bien, dit-il. Mais je veux bien qu'on accroche les photos et tout.
Ce fut un week-end tranquille, et si Jackson devait être honnête avec lui-même (ce qui arrivait une fois de temps en temps), l'un des meilleurs qu'il ait passés, essentiellement parce qu'il n'y avait ni drama, ni obligations sociales, ni pression.
Vivre de nouveau dans une maison était fantastique. Il pouvait manger à tous les repas, et manger à sa faim. C'était d'autant plus réjouissant que Stiles cuisinait comme un dieu. Il pouvait enfin prendre des douches chaudes, et être seul, et dans une vraie salle de bains, alors qu'il avait dû, jusque-là, se contenter des douches des vestiaires du lycée après chaque session d'entraînement. Surtout, il dormait la nuit, et relativement bien. Il faisait des cauchemars, mais lorsqu'il se réveillait, Stiles était juste à côté de lui, ou un peu appuyé contre lui, et cela lui rappelait qu'il n'était pas seul, et qu'il y avait une personne dans ce monde qui faisait des efforts pour lui et qui se souciait de lui.
Et s'il pleurait toujours tous les soirs, toujours à la même heure, eh bien, personne ne lui en faisait la remarque. Stiles se contentait de lui tenir la main et de la serrer fort, et même si cela n'enlevait rien au fait que Jackson n'avait plus de famille et qu'il était terrorisé que le monde le déteste, cela lui donnait de l'espoir, et du réconfort.
La vie à la maison Stilinski était tranquille et agréable. Le Shérif avait des horaires irréguliers, mais il était sympathique et les régalait d'anecdotes du travail lorsqu'il rentrait. Il se chamaillait régulièrement avec Stiles au sujet de son régime alimentaire (ce que Jackson trouvait presque attendrissant, à son corps défendant), et au bout de deux jours, cela semblait déjà rythmer la vie de Jackson.
Stiles et lui avaient passé le week-end à faire leurs devoirs, à regarder la télévision, à jouer au lacrosse et aux jeux vidéo de Stiles, et à bavarder – ou plutôt, Stiles faisait le bavardage et Jackson en apprenait plus qu'il n'aurait souhaité sur Batman, les Pokémon et la reproduction des morses. Pas qu'il ait à se plaindre. Personne ne lui avait reproché de ne pas vaquer aux bonnes activités, ou de regarder un programme télévisé qui n'était pas de son standing, ou de pleurer les soirs, ou ne lui avait adressé de regards vaguement réprobateurs sans qu'il sache pourquoi mais se doute qu'il avait dû faire quelque chose d'un peu décevant. En fait, chez les Stilinski, c'était facile d'oublier ce genre de choses, facile de ne pas être inquiet des potentiels regards et des potentiels reproches.
Lorsque le lundi arriva, Jackson avait l'impression d'être arraché à une parenthèse agréable, de devoir quitter le rêve pour revenir à la réalité. Il sentait ses angoisses revenir au grand galop, et il ne savait pas quoi faire pour les calmer. Ça allait mal tourner, il le savait, mais il ne pouvait pas se calmer. Ses inquiétudes ne firent qu'empirer lorsqu'il constata que sa jauge d'essence était au plus bas.
─ Je n'ai plus d'essence, soupira-t-il en descendant de la Porsche.
─ Ok, répondit Stiles, je vais te conduire, alors. Allez, monte. Tu vas enfin avoir le privilège d'entrer dans la Grande Jeep de Stiles Stilinski.
─ Parce que c'est un privilège ? ironisa Jackson en montant sur le siège passager.
─ Eh, ce n'est pas tout le monde qui a pu profiter d'un voyage à l'intérieur de Roscoe, la voiture la plus résistante du monde.
─ Roscoe ? parce que cette chose a un nom ?
─ Et tu le connaîtras bientôt par cœur. Tu ne pourras plus cesser de penser à Roscoe, tu vénéreras son nom et sa carrosserie, tu rêveras d'elle la nuit et tu lui chanteras des chansons d'amour.
─ Je vais certainement rêver d'elle, c'est vrai, admit Jackson. Elle va hanter mes cauchemars.
Que ce soit ce que Stiles avait prévu, ou un hasard, Jackson passa l'essentiel du trajet à rire aux éclats pendant que Stiles défendait vaillamment, mais non sans humour et sans dramatiser un peu, sa bonne vieille Jeep. Jackson devait admettre qu'elle n'était pas aussi inconfortable qu'elle en avait l'air.
Il avait pratiquement oublié ce qui l'attendait, mais l'angoisse revint de plein fouet lorsqu'il descendit de la Jeep sur le parking du lycée, et que tous les regards se tournèrent vers lui, ahuris, se demandant manifestement : Mais qu'est-ce que Jackson Whittemore fait dans la Jeep de Stiles Stilinski ?
Oh oh.
─ Oh, ça va, pas la peine de me regarder comme ça, hein ! cria Stiles. Oui, j'ai embouti la voiture de Jackson, et oui, je vais devoir le conduire en cours jusqu'à la fin de l'année ! Voilà, vous êtes contents ?
─ Aïe, mon pauvre, compatit Danny en attrapant Jackson par l'épaule. Passer tout ce temps avec Stiles, ça craint.
─ Hé, je suis juste à côté ! rappela Stiles, avant de s'éloigner à grands pas rejoindre Scott, qui affichait une mine compatissante proprement insupportable.
─ Non, répondit Jackson. Il n'y a pas de souci. Il n'est pas… tout va bien.
Il regarda Stiles s'éloigner. Venait-il d'improviser un mensonge pour sauver la réputation et la couverture de Jackson, à son propre détriment ?
Stiles était un mystère, vraiment. Mais Jackson se demandait si lui aussi ne s'était pas un peu trompé en le jugeant, toutes ces années auparavant.
Ce fut ainsi que trois semaines s'écoulèrent. Le temps passait, ni vraiment long, ni vraiment court. A présent que Jackson avait de nouveau un toit sous lequel vivre, c'était presque comme si sa vie avait retrouvé un rythme normal.
Il se levait les matins à la même heure que Stiles, et ils se préparaient tous les deux pour se rendre au lycée. Ils se chamaillaient pour se partager la salle de bains et pour se répartir ce qui restait de céréales au fond de la boîte, sous le regard amusé du Shérif, et ils discutaient ensemble de la journée à venir – des discussions banales, sur la pluie et le beau temps, comme Jackson n'en avait jamais eues avec ses parents. Ils faisaient leur sac et Jackson rappelait à Stiles quelles affaires il devait véritablement prendre (Stiles oubliait tout, vraiment) puis ils filaient en cours dans la Jeep, plaisantant de tout et de n'importe quoi. Ils passaient la journée relativement séparés, Jackson avec Danny et Lydia, Stiles avec Scott et Isaac. Ils se retrouvaient en cours, notamment en cours d'économie, où ils travaillaient à présent ensemble en bonne entente, puis à l'entraînement de lacrosse. Ils rentraient ensuite chez les Stilinski, et faisaient leurs devoirs sur la table de la cuisine. Jackson aimait ces moments, où Stiles et lui réfléchissaient ensemble aux exercices et s'entraidaient. Ils y passaient du temps, forcément, mais Jackson n'avait jamais autant aimé faire ses devoirs que quand Stiles l'aidait à y voir plus clair, ou quand il expliquait quelque chose à l'hyperactif; les devoirs n'avaient jamais été aussi amusants, non plus, à présent qu'ils étaient ponctués des remarques sarcastiques de Stiles et de ses tirades passionnées sur les mérites de tel ou tel livre ou film, ou les défauts de tel ou tel prof. Une fois le travail fini, ils lisaient, ou jouaient aux jeux vidéo ou à un jeu de société (Stiles semblait insatiable, et Jackson avait fini par conclure qu'il avait attendu toute sa vie un partenaire de jeu qui soit là chaque jour, toute la semaine. Ou peut-être avait-il perdu ce partenaire depuis que Scott était en couple). Ils préparaient le dîner, mangeaient, regardaient la télévision.
Jackson n'avait pas perdu son odieuse habitude de pleurer; les larmes coulaient toutes seules, sans qu'il puisse les contrôler, à la même heure, chaque jour, et Stiles lui tenait la main à chaque fois, une présence chaude, réconfortante et solide dans sa vie. Ils allaient se coucher ensuite, et Jackson s'endormait en se rappelant qu'il était en sécurité et que quelqu'un se souciait sincèrement de lui.
Les week-ends, ils s'entraînaient au lacrosse, et Jackson, en guise de récompense, ou de paiement, pour tout ce que Stiles faisait pour lui, aidait Stiles à s'améliorer.
La présence du Shérif, en semaine et le week-end, était imprévisible, mais Jackson aimait bien quand il était là. Ses interactions avec Stiles (toujours des joutes verbales d'anthologie) étaient hilarantes, et le Shérif avait toujours une histoire amusante à raconter sur quelque chose qui s'était produit au boulot – les frasques des autres policiers, les méfaits des habitants de Beacon Hills, la mamie qui venait tous les jours avec des prétextes différents et abracadabrantesques et qui avait jeté son dévolu sur le Shérif… Et surtout, Jackson aimait quand le Shérif lui tapotait l'épaule, l'appelait fils ou fiston, ou lui souriait et le félicitait parce qu'il avait eu une bonne note. Ça lui donnait l'impression d'avoir une famille, une vraie.
Il aimait ça, il aimait désespérément ça, et ça le terrifiait. Un jour, certainement, ça lui serait arraché. Il ne pourrait pas le supporter.
Jackson songeait à tout ça alors qu'il s'asseyait à la table du réfectoire, un beau jeudi midi, avec Danny, Lydia et Allison, prêt pour un repas banal au milieu de sa vie banale où aucun de ses amis ne s'étaient jamais doutés, à aucun moment, que quelque chose avait bouleversé sa vie. Il aimait ce nouveau train de vie, aussi surprenant que cela puisse lui paraître.
Le Jackson d'autrefois aurait sûrement ricané et se serait moqué des Stilinski. Le Jackson d'aujourd'hui enviait la proximité et l'amour que partageaient Stiles et le Shérif, et n'avait qu'une seule envie au monde, faire partie de cette famille. Le Jackson d'aujourd'hui avait découvert que Stiles Stilinski n'était pas aussi nul qu'il l'avait jadis cru, et il aimait passer du temps avec lui – ils plaisantaient ensemble, ils discutaient ensemble, passaient du temps ensemble.
Jackson avait cru, au début, qu'il ne pourrait pas supporter Stiles. Mais soit sa tolérance s'était largement améliorée depuis qu'il était désespéré de trouver un toit et il était prêt à accepter n'importe quoi, soit il avait mal jugé Stiles; en tout cas, c'était largement supportable. Il y avait toujours les monologues interminables sans queue ni tête, et les fringues nases, et les goûts plus que douteux, et Stiles était toujours aussi agaçant, parfois; mais Jackson avait découvert qu'il n'était pas franchement agacé ni ennuyé. Au milieu du chaos de sa vie, Stiles était comme un roc auquel s'accrocher, une présence bienvenue.
Et lorsqu'il devenait trop agaçant et menaçait de faire exploser la patience et les oreilles de Jackson, il se rappelait toujours que Stiles l'avait cherché, l'avait trouvé, l'avait accueilli; que Stiles partageait sa chambre, son lit et toutes ses affaires avec lui, l'acceptait dans sa vie et le soutenait; que Stiles le comprenait, qu'il était toujours là et qu'il lui serrait la main, chaque soir, pour le réconforter. Alors Stiles était agaçant, mais il était la personne dont Jackson avait le plus besoin; il était agaçant, mais il cachait des qualités que Jackson n'avait jamais soupçonnées, et qu'il ne pouvait qu'apprécier, admirer, et remercier le ciel qu'elles existent.
Alors, ce jour-là, lorsqu'il vit Stiles marcher dans le self suivi de McCall et de Lahey, se dirigeant tout droit vers leur table habituelle, il se sentit coupable. Parce que Stiles faisait tout pour lui – il l'accueillait, l'aidait, le réconfortait, le supportait – et Jackson ne le remerciait même pas.
Il avait cessé d'être odieux avec lui, c'était vrai, et il faisait des efforts pour supporter les fameux monologues et les fameux goûts très reprochables, mais il ne faisait rien d'autre. Il ne savait pas quoi faire, quoi dire. Ils s'évitaient dans le lycée alors qu'ils se connaissaient plus qu'ils ne voulaient le faire croire; à croire qu'ils étaient toujours des ennemis jurés. Sauf que Jackson avait beau tout faire pour l'en empêcher, Stiles se faisait doucement sa place parmi ses amis proches. C'était vrai que Stiles faisait comme si de rien n'était pour sauver la réputation de Jackson, et c'était vrai que c'était une des seules choses qui restaient à Jackson à présent, mais à présent, il se sentait mal. Qu'était sa réputation face à ce que lui offrait Stiles ?
Pouvait-il vraiment faire comme s'ils étaient deux inconnus l'un pour l'autre ? Et puis… Stiles était sympa, vraiment. Ce ne serait pas une torture de déjeuner avec lui, alors qu'ils vivaient déjà ensemble. Et puis, ça faisait très étrange à Jackson, de passer sa vie privée avec Stiles, et de ne plus avoir Stiles au lycée. C'était bizarre. S'il était honnête envers lui-même, Stiles lui manquait un peu. Peut-être parce qu'il était devenu un repère auquel se raccrocher.
Et Stiles avait toujours été amoureux de Lydia, et il avait toujours voulu être ami avec Danny. Jackson pouvait bien lui offrir ça.
─ Hé, Allison, dit-il soudainement. Tu sors bien avec Scott McCall ?
─ Euh, oui, répondit Allison, défiante. Et ?
─ Alors, ses potes et lui devraient venir manger avec nous, répondit Jackson. Tu pourrais passer ton déjeuner avec ton copain, comme ça.
Le visage d'Allison s'éclaira, ravi. Lydia parut perplexe. Danny lança à Jackson son regard qui signifiait : Wow, mec, t'es devenu taré ? Mais sa décision était prise.
Il traversa le self et se dirigea vers les trois amis.
─ Hé, vous trois, dit-il. On fait journée portes ouvertes, et Allison a envie de voir son mec. Vous venez manger avec nous ?
Scott parut inquiet, Isaac parut méfiant, mais le visage de Stiles s'illumina, et il adressa un sourire à Jackson, comprenant visiblement ce qu'il faisait. Jackson lutta pour ne pas sourire à son tour.
Ce n'était qu'éphémère, de toute façon. Un jour, les Stilinski s'apercevraient à quel point il était ruiné et imparfait, défectueux, décevant. Ils s'apercevraient qu'il n'était pas vraiment l'image parfaite qu'il tentait de renvoyer. Ils se rappelleraient qu'ils le détestaient. Et ce serait fini, Jackson le savait. Ça le terrifiait à l'avance, car il ne voulait pas que ça se termine. Il priait de toutes ses forces pour que ça dure encore un peu. Juste un petit peu.
A suivre...
Une petite review s'il vous plaît ? :)
