Et voici enfin le tant attendu chapitre 5 ! Au programme : Jackson a un gros, gros problème. Ou du moins, c'est ce qu'il croit. Attention : fluff.
Merci à vous tous, chers lecteurs, qui lisez et suivez les aventures de Stiles et Jackson ! Merci à tous ceux qui ont reviewé, mis en favori et mis en follow ! Je vous aime tous !
Spéciale dédicace à babylon et à la/le guest anonyme qui m'ont laissé des reviews ! Merci beaucoup à vous deux !
Cette fiction est dédiée, encore et toujours, à jacksonstilinskis, qui m'a prêté sa fantastique idée !
J'espère que vous aimerez ce chapitre !
CHAPITRE 5
It is an absolute human certainty
that no one can know his own beauty or perceive a sense of his own worth
until it has been reflected back to him
in the mirror of another loving, caring human being.
C'est une certitude humaine absolue
que personne ne peut connaître sa propre beauté ou percevoir sa propre valeur
tant qu'elle n'a pas été reflétée dans le miroir
d'un autre être humain aimant et attentionné.
John Joseph Powell
Jackson réalisa qu'il était dans la merde au beau milieu du mois de décembre.
─ Au fait, déclara le Shérif au petit-déjeuner, c'est bientôt la rencontre parents-profs, si je ne m'abuse.
Stiles grogna.
─ Pas la peine d'essayer, le coupa le Shérif avant qu'il puisse intervenir, tu sais parfaitement que j'irai, Stiles.
─ Enfin, Papa, vas-tu céder à l'oppression capitaliste de notre société patriarcale qui nous impose une éducation biaisée ? Vas-tu vraiment te soumettre à l'opinion des profs, ces agents de propagande qui cherchent à nous bourrer l'esprit et à faire de nous des individus obéissant aveuglément au système ?
Le Shérif tourna la tête vers Jackson.
─ Est-ce que ça veut dire quelque chose ?
Amusé, Jackson secoua la tête.
─ Au moins, j'aurais essayé, marmonna Stiles. Traître, ajouta-t-il à destination de Jackson.
─ J'irai à cette réunion, trancha le Shérif. Ôte-moi d'un doute, Stiles. Est-ce que tu as commis des bêtises ou eu de sales notes récemment ?
─ Disons que je dirais que ça dépend de ce que tu définis par « bêtises » et par « sales notes », biaisa Stiles. Et puis de toute façon, c'est normal d'avoir des difficultés, n'est-ce pas ?
─ Je sais pertinemment que tu n'as aucune difficulté, fils. C'est juste que tu n'as pas envie.
─ Ce n'est pas parce que j'ai un peu divagué lors de ma rédaction sur Roméo et Juliette…
─ Tu as parlé de la relation de Buffy et d'Angel dans ta copie, rappela Jackson en combattant un sourire.
─ C'était tout à fait en rapport avec le thème ! protesta Stiles. Un premier amour qui tourne mal ! Un premier amour qui n'est pas le véritable amour ! Tu as lu ma copie et dit que la démonstration était brillante !
─ J'ai cru que c'était une théorie que tu allais soumettre sur le Net, pas ta dissert d'anglais !
─ Mais je te l'avais dit !
─ Non ! Tu m'as dit Lis-moi ça et dis-moi que je suis un génie, comment j'étais censé savoir ?
─ C'était sous-entendu ! bouda Stiles.
─ Bref ! coupa le Shérif. J'irai à cette réunion, un point c'est tout. Et toi, Jackson ? Quelques mauvaises notes ou bêtises à me signaler avant que je ne découvre ton côté sombre ?
Jackson se figea.
─ Son côté sombre ? protesta Stiles. Il n'a pas de côté sombre. C'est Jackson. Il brille de partout, il est toujours sage et fait bien ses devoirs tout le temps, et le monde entier l'adore.
Jackson serra les poings sur ses cuisses pour dissimuler qu'il tremblait.
─ Je… vous comptez aller à la réunion pour moi, Shérif ?
─ John, corrigea le Shérif pour la millième fois.
─ Vous allez voir mes profs à moi aussi ? demanda-t-il en espérant que sa voix n'était pas trop étranglée.
─ Bien sûr, répondit le Shérif du ton de l'évidence. Tu es sous ma responsabilité, Jackson. Je veux prendre soin de toi et assurer ton avenir. Ça implique aussi de vérifier la qualité de ton travail et que tu n'as pas d'ennuis.
─ Je n'ai pas d'ennuis, et je travaille, assura Jackson, le sang battant violemment à ses tempes.
─ C'est très bien, assura le Shérif. Est-ce que c'est le fait que je vienne qui t'inquiète ? Je peux rester discret auprès de tes professeurs, si tu préfères qu'ils ne sachent pas ce qui est arrivé avec tes parents. Je peux me contenter de dire que je les représente.
─ Oui… si vous voulez.
Satisfait, le Shérif se leva, tapota l'épaule des deux garçons, et sortit de la cuisine.
Jackson demeura seul avec son tourment intérieur, les poumons obturés, le cœur battant à tout allure, haletant.
Le moment était arrivé, donc. Le Shérif allait découvrir qu'il était loin d'être parfait, qu'il n'était pas quelqu'un de bien. Il allait voir que Jackson n'avait pas des notes parfaites partout, et qu'il n'avait pas été le meilleur en natation, récemment. Il allait découvrir que Jackson n'était pas toujours sympa, et tout un tas d'autres choses que les profs lui diraient certainement.
Il avait tout fait pour être parfait, pourtant. Il avait mis les bouchées doubles. Il avait travaillé dur, il s'était efforcé d'être un excellent élève et un bon sportif. Le Shérif était venu à deux matchs de lacrosse et Jackson s'était dépensé sans compter pour qu'il soit fier et satisfait, et il avait réussi. Mais cette fois-ci, c'était différent… Il pensait avoir fait les choses comme il fallait, mais ce n'était certainement pas le cas.
Et si le Shérif voulait autre chose, des choses qu'il n'avait pas mentionnées mais qui allaient de soi pour lui ? Ou si Jackson avait commis des erreurs dont il ne s'était pas aperçu ?
Si c'était le cas, le Shérif serait déçu… et Jackson aurait tant voulu lui plaire, tant voulu qu'il soit fier et heureux. Il aurait voulu lui prouver qu'il n'avait pas commis une erreur en l'accueillant, et qu'il fallait le garder.
Mais et si le Shérif était terriblement déçu ? Et s'il faisait comme les Whittemore ? Non, peut-être pas, raisonna Jackson, il n'était pas comme eux. Mais si le Shérif était déçu, il apprécierait sûrement moins Jackson… peut-être cesserait-il d'être aussi gentil et attentionné.
Et Stiles ? Stiles était convaincu qu'il était parfait. C'était vrai qu'il l'avait vu au plus bas, mais il n'y avait qu'à écouter ce qu'il venait de dire. Que Jackson était parfait.
Stiles s'apercevrait bientôt que c'était faux, qu'il était bourré de défauts et que ça ne valait pas la peine de le connaître… Que Jackson n'était pas quelqu'un de bien. Il était snob, arrogant et odieux, mais Stiles semblait l'avoir oublié. Quand il s'en souviendrait, ou lorsque Jackson ferait un faux pas… Stiles se détournerait de lui, et c'était normal, car Jackson n'avait rien à offrir. Quand Stiles découvrirait tous ses défauts et tout ce que Jackson était vraiment, il le détesterait… Stiles était gentil et adorable et généreux, mais la gentillesse avait des limites quand on l'offrait à quelqu'un comme Jackson. Peut-être même que Jackson ne l'avait pas méritée. Et Stiles était trop gentil pour le jeter à la rue ou cesser de s'occuper de lui, mais ils ne seraient plus amis, plus jamais… Stiles ne l'aimerait plus…
Il perdrait le Shérif; il perdrait Stiles. Il perdrait tout ce qui comptait vraiment.
Jackson serra les poings et s'efforça de respirer calmement. Un pan de sa couverture allait tomber complètement, mais il devait le faire. Il fallait que les profs soient au courant que ce serait le Shérif qui viendrait à la rencontre parents-profs, et cela impliquait de révéler la vérité.
Les profs allaient savoir. Il serait humilié. Ils parleraient de lui, feraient des suppositions sur la raison qui avait poussé ses parents à cette décision, chercheraient à savoir que Jackson avait fait. Ils verraient que sa vie était un désastre et qu'il n'était plus rien. Peut-être que d'autres sauraient ensuite. Peut-être que c'était le début de la fin.
─ Tu voulais me parler, Whittemore ? demanda le Coach en refermant la porte de son bureau derrière lui.
Jackson prit une grande inspiration. C'était le moment. Il devait être fort et courageux, il devait faire un effort.
─ Oui, Coach. Je voulais vous dire que mes parents ne viendront pas à la réunion parents-profs.
─ Ah, lâcha le Coach. Bah, c'est pas grave, on peut leur donner un rendez-vous à un autre moment.
Parce que c'étaient les Whittemore, songea Jackson avec amertume, et le monde entier pliait devant eux. Les médecins leur offraient des consultations prioritaires même lorsque leur planning était déjà plein, les garagistes payaient pratiquement pour s'occuper de leurs voitures, les commerçants cédaient à toutes leurs requêtes, et les profs faisaient des heures supplémentaires pour accueillir un seul couple de parents, non sans se moquer royalement des autres familles qui ne venaient pas aux réunions. Ses parents considéraient sans doute que c'était un privilège, mais en fin de compte, Jackson se demandait si ce n'était pas plutôt une malédiction. Là, tout de suite, c'en était assurément une.
─ Non, ils ne viendront pas du tout, nia Jackson. Ils… Je ne vis plus chez eux. Ils m'ont mis dehors.
Il y eut un long moment de silence pendant lequel Jackson n'osa pas croiser le regard du Coach. Puis soudain, il y eut une explosion de fureur.
─ ILS ONT QUOI ?!
─ Euh… ils m'ont mis dehors, Coach.
Jackson redressa la tête. Le Coach avait pris une teinte écarlate et ses yeux semblaient lui sortir de la tête.
─ ILS ONT QUOI ?!
─ Ils ont…
─ J'AI TRÈS BIEN ENTENDU CE QU'ILS ONT FAIT, JACKSON ! COMMENT ONT-ILS OSÉ ? CES SALES CHIENS, MA GRAND-MÈRE VA LEUR FAIRE LA PEAU ! JE VAIS LÂCHER LA BÊTE ! ILS VERRONT UN PEU ! COMMENT ONT-ILS PU ?
Le Coach vitupéra pendant pas moins de dix minutes, accusant les Whittemore de cruauté, d'irresponsabilité, de stupidité et de la hausse des prix du carburant (Jackson ne savait pas en quoi ses parents étaient coupables de ce crime-là, mais le Coach paraissait solidement convaincu).
─ Mais enfin, Whitt… je veux dire, Jackson, pourquoi ont-ils fait ça ? lâcha finalement le Coach. Ils ont pas vu qu'ils avaient un champion de fils ? Ils ont pas vu qu'ils passaient à côté d'un truc ? Enfin, ils sont débiles, tes parents, ou quoi ?
─ Je ne sais pas, Coach, répondit Jackson, qui n'avait absolument aucune intention de révéler pourquoi il avait été fichu dehors.
─ Bon, passons aux choses sérieuses, dit Finstock. J'ai des questions à te poser.
Jackson croisait les doigts pour que ce soient des questions faciles.
─ Est-ce que ça va ? demanda Finstock.
─ Euh… oui ?
─ Mmh, lâcha Finstock. Tu sais que tes parents sont des crétins, dis moi ? Et tu sais que si tu as besoin de parler ou tous ces trucs que les gens font, tu peux venir me voir, OK ?
─ Merci, dit Jackson, se sentant brusquement assommé.
Finstock qui le couvait comme une maman poule – il aurait décidément tout vu.
─ Bien. Autre question : j'espère que tu ne vis pas dans la rue ? Tu as de quoi te loger et manger ? Parce qu'il est hors de question que tu restes tout seul ou que tu vives dehors, je te le dis tout de suite. Si tu n'as nulle part où aller, tu viens vivre chez moi. Enfin, chez ma mère. J'espère que tu supportes Les feux de l'amour ? Elle regarde ça tout le temps, c'est lassant.
─ Non, ça va, merci, répondit Jackson.
Il avait l'impression d'être en plein délire.
─ Tu es sûr ? demanda le Coach en se penchant brusquement en avant pour regarder Jackson droit dans les yeux.
Merci, le malaise.
─ En fait, je vis chez Stiles, maintenant, reprit Jackson.
Le Coach cligna des yeux, éberlué.
─ Stiles ?
─ Oui. Stiles Stilinski. L'un des joueurs de l'équipe ? Le fils du Shérif ? Le meilleur ami de McCall – vous savez, McCall, mâchoire de travers ?
─ Je sais qui est Bilinski, merci beaucoup ! rugit le Coach. Qu'est-ce que tu veux dire, tu vis chez lui ?
Jackson baissa les yeux et se frotta la nuque.
─ Euh… Au début, je vivais dans ma voiture… Mais Stiles s'est douté que quelque chose n'allait pas, alors il m'a cherché, et quand il m'a trouvé, il m'a ramené chez lui… Je vis chez les Stilinski depuis deux mois, maintenant.
─ Bilinski t'a ramené chez lui ? Mais je croyais que vous vous détestiez ? s'étonna le Coach. Je croyais qu'il te détestait ?
─ Je croyais aussi, marmonna Jackson.
─ Et… ça se passe bien, avec eux ? demanda le Coach en fronçant les sourcils.
─ Très bien, avoua Jackson. Ils prennent soin de moi, et Stiles… enfin, Stiles m'a beaucoup aidé.
Il y eut un silence.
─ Bien, dit finalement le Coach. Très bien. Je suis content que Bilinski prenne soin de toi et que tu aies trouvé où vivre. Je suppose que c'est le Shérif qui viendra à la réunion ? (Jackson acquiesça.) Bon, ben… Je vais prévenir les autres profs, on essaiera de faire un truc discret.
─ Merci, Coach.
Jackson se dépêcha de quitter le bureau et de rejoindre les vestiaires.
Ça s'était plutôt bien passé, en fait. Très bien passé, même. Le Coach semblait penser que c'étaient les Whittemore qui avaient commis une erreur, pas que Jackson avait tout fait foirer. Et il s'inquiétait sincèrement pour lui, il était prêt à l'accueillir, lui aussi…
Les vestiaires étaient déserts. Tous les joueurs étaient déjà changés et sur le terrain, à l'exception de Stiles, en tenue, qui attendait Jackson, assis sur un banc. Il se leva dès que Jackson entra.
─ Alors ? demanda-t-il avec impatience et inquiétude. Ça s'est bien passé ?
Jackson fut pris d'une bouffée d'affection pour Stiles. Il l'avait attendu pour savoir si tout s'était bien passé, il était là pour le soutenir moralement…
Profites-en tant que ça dure.
─ Très bien, répondit-il, toujours un peu surpris lui-même. Il est très en colère après mes parents, et il a proposé de me loger… Il a dit qu'il était content que je vive chez toi. Il a dit aussi qu'il me soutenait, et qu'il allait s'arranger avec les profs pour que ton père puisse leur parler.
Le visage de Stiles s'illumina d'un gigantesque sourire.
─ C'est génial !
Il enlaça Jackson et lui tapota le dos, encourageant. Jackson en demeura stupéfié pendant un moment, puis il enlaça Stiles en retour, savourant un peu de chaleur humaine, un peu d'affection. Il ferma les yeux. Il avait l'impression qu'il n'avait pas reçu autant de contact physique depuis des années. Il avait l'impression que c'était son premier câlin depuis des siècles. C'était chaud, tendre et ça faisait un bien fou. Comme s'il pouvait entièrement se reposer sur Stiles. Comme s'il pouvait s'accrocher à quelqu'un de solide, quelqu'un qui l'aiderait et le soutiendrait toujours. Comme s'il était sincèrement apprécié.
Peut-être que c'était le cas. Peut-être que Stiles l'appréciait vraiment. Peut-être que le Coach tenait à lui, lui aussi. Peut-être que Jackson n'était pas entièrement seul.
─ Hé, les tourtereaux, ôtez vos pattes l'un de l'autre et venez sur le terrain ! rugit le Coach.
Stiles et Jackson sursautèrent.
─ Hé, Coach, ça va, on a deux minutes, protesta Stiles. Jackson vient juste d'arriver et moi, je vais juste réchauffer le banc, donc…
─ La ferme, Stilinski ! On doit t'entraîner pour le prochain match, tu joueras en première ligne ! aboya le Coach avant de sortir du vestiaire.
Stiles cligna des yeux et se tourna vers Jackson, l'air sous le choc.
─ Il m'a appelé par mon vrai nom ! s'ébahit-il.
─ C'était pas très difficile, répondit Jackson.
─ Oui, mais… Oh, mon Dieu. Jackson ! Jackson ! Je vais jouer en première ligne ! Oh, mon Dieu !
Stiles souriait, débordant de bonheur, avant d'entamer une danse de la joie au beau milieu du vestiaire.
─ Je vais jouer en première ligne ! Je vais jouer tout court ! Et en première ligne, en plus ! (Il s'arrêta brusquement.) Jackson, c'est toi qui lui as demandé ?
─ Non ! nia Jackson. Non, promis…
Il se sentit soudain coupable. Il aurait certainement dû le faire, pour récompenser Stiles, pour le remercier. Mais c'était déjà ce que faisait le Coach, comprit-il. Il remerciait Stiles, à sa façon. Et Stiles parut si soulagé en entendant que Jackson ne l'avait pas pistonné… Bien sûr. Il voulait gagner sa place par son propre mérite.
Pas comme les Whittemore.
─ Tu le mérites, répondit Jackson. Tu t'es vraiment amélioré ces derniers temps, et il l'a remarqué.
Stiles sourit en lui frottant le bras.
─ C'est grâce à toi que je me suis amélioré, après tout.
C'était le monde à l'envers, songea Jackson. C'était Stiles qui faisait tout pour lui, mais c'était Stiles qui le remerciait.
Jackson avait l'impression de ne plus pouvoir tenir en place. Stiles et lui étaient à la maison, assis sur le canapé, attendant plus ou moins patiemment que le Shérif rentre de la réunion parents-profs. Pour une fois, c'était Stiles qui était extrêmement calme, et Jackson qui était monté sur ressorts.
Le Shérif allait revenir d'une seconde à l'autre, et Jackson voulait savoir. Si la période de grâce devait se terminer, autant qu'il le sache au plus vite. Autant arracher le pansement rapidement, d'un seul coup.
─ Hé, dit Stiles en coupant le son de la télévision. Qu'est-ce qui ne va pas ?
─ Tout va très bien, mentit Jackson d'une voix qui sonnait désagréablement aiguë même pour ses oreilles.
Stiles lui adressa un regard peu impressionné.
─ Qu'est-ce qui ne va pas ?
Jackson secoua la tête et détourna le regard. Hors de question qu'il se confie, qu'il avoue.
─ C'est la réunion parents-profs qui te tracasse ? demanda Stiles. Parce que franchement, il n'y a pas de quoi s'en faire. Ce n'est qu'une bête réunion.
─ Tu ne peux pas comprendre, dit Jackson d'un ton cassant.
Stiles se tourna vers lui, s'asseyant en tailleur de façon à lui faire face, puis attrapa ses mains. Celles de Stiles étaient chaudes, fermes et ne tremblaient pas, contrairement à celles de Jackson.
─ Je te garantis que tout va bien se passer, lui dit Stiles en serrant légèrement. Il n'y a pas de raison.
─ Il y a toutes les raisons du monde ! glapit Jackson. Ça va encore mal se passer, je le sais !
Il se tut aussitôt, s'en voulant d'avoir lâché le morceau. Mais Stiles fronça simplement les sourcils, perplexe.
─ Pourquoi, ça s'est déjà mal passé pour toi ?
Jackson grogna et secoua la tête.
─ Avec tes parents ? devina Stiles. Mais pourquoi ça s'est mal passé ? Qu'est-ce qu'ils pouvaient bien avoir à te reprocher ?
Il semblait sincèrement surpris, comme si vraiment, il ne voyait pas. Et soudain, les mots sortirent de la bouche de Jackson, désordonnés, impossibles à arrêter.
─ Ils avaient toujours quelque chose à me reprocher. Il y avait toujours quelque chose qui n'allait pas. Je faisais tout ce que je pouvais pour qu'ils soient heureux et fiers mais ça n'était jamais assez, ça n'était jamais assez bien, ils n'étaient jamais satisfaits. Mon père, surtout. Il était toujours furieux parce que j'avais fait quelque chose de travers, parce qu'il n'y avait pas d'assez bonnes notes ou d'assez bons résultats, ou alors un prof disait quelque chose et il estimait que je n'avais pas le bon comportement, que je n'essayais pas assez fort, que je ne faisais pas assez d'efforts. Et ma mère était déçue et elle pleurait tout le temps parce que je n'étais pas à la hauteur. Ils comptaient tout, toutes mes notes, tous mes buts, toutes mes compétitions, et ils disaient que je les avais habitués à mieux, que je me relâchais, que ça n'était pas assez…
Il se tut, honteux. Stiles, devant lui, était bouche bée. Il dévisagea Jackson un bout de temps, la mâchoire pendante.
─ Mais c'est qui, ces débiles ? lâcha-t-il finalement, sous le choc. C'est n'importe quoi, Jacks ! C'est n'importe quoi ! Comment ils ont pu te faire ça ?
─ Ils avaient raison, marmonna Jackson. Je ne suis pas assez…
─ Jackson, je te connais depuis la maternelle, coupa Stiles, et je ne t'ai jamais vu commettre le moindre faux pas à part le jour où tu as dit que Batman était nase, ce qui est une erreur impardonnable.
─ Tu ne comprends pas, s'agaça Jackson. Tu n'es pas objectif. Tu ne me connais pas vraiment…
─ Depuis le temps qu'on se connaît et que tu vis ici, je pense que je te connais un peu, si, tout de même. Et je peux te garantir que je suis plus objectif que tes abrutis de parents. Jacks, tu es tellement parfait sous tous rapports que c'est même pas naturel, on dirait que tu bois la potion magique tous les jours.
Jackson eut un petit rire étranglé. Stiles lui pressa les mains un peu plus fort.
─ Je suis sérieux, dit-il. Tes parents sont des imbéciles. Ça fait quoi, quinze ans qu'on se voit tous les jours ? (Jackson acquiesça.) Tu n'as rien à te reprocher, vraiment. Et puis quoi, tu as eu deux ou trois B au lieu d'un A, tu n'as pas marqué tous les buts lors d'un match ? Mais ça arrive à tout le monde !
─ Mais ça n'est pas censé m'arriver à moi, répondit piteusement Jackson.
─ Ecoute, je ne sais pas ce que tes parents t'ont mis dans la tête, mais tu es humain comme les autres. (Stiles soupira, frustré.) Leurs critères de perfection, c'est stupide et c'est irréalisable. Ce que je vois surtout, c'est des gens jamais satisfaits de ce qu'ils ont. Ils ont déjà le top du top et ils sont incapables d'être contents. Ils ne seront jamais contents. Le problème ne vient pas de toi, ils vient d'eux.
─ Mais s'ils avaient raison ? demanda Jackson, honteux. Si je n'essayais pas assez fort ?
─ Tu passes ta vie entière à essayer, rétorqua Stiles. Tu passes ta vie à essayer de leur plaire et de plaire aux gens plutôt que d'être heureux. Moi, je peux te dire que tu es un type génial. Tu l'as toujours été, et maintenant que je te connais vraiment et que je sais qui tu es sous ton masque, je peux te dire que tu es vraiment quelqu'un à connaître. Les grands perdants de l'histoire, c'est eux. Ils avaient un fils fantastique et ils ont été trop bêtes pour le voir.
Stiles lui sourit.
─ Je suppose que tu stresses à l'idée que mon père ne soit pas satisfait ?
Jackson hocha la tête, la gorge nouée.
─ Eh bien, tu te trompes. Mon père t'adore.
Jackson hésita. Il mourait d'envie de poser une question, mais il était terrorisé.
─ Et toi ? finit-il par dire. Est-ce que… on est amis ?
Stiles éclata de rire.
─ Bien sûr que oui, crétin. Tu crois quoi ?
─ C'est-à-dire que… Maintenant que tu me connais vraiment, comme tu dis, et que tu vois qui je suis… ça ne doit pas être très… je veux dire, je ne suis pas vraiment…
Jackson ferma les yeux, humilié. Il n'aurait pas dû poser la question. Il n'aurait pas dû balbutier et révéler à quel point il était fragile, à quel point il était cassé.
─ Jackson, dit Stiles d'un ton mortellement sérieux, je préfère le vrai Jackson, celui que j'ai devant moi, au faux Jackson d'avant.
Jackson se sentit se détendre, juste un peu. Peut-être qu'il valait quelque chose. Peut-être qu'on pouvait l'aimer.
Peut-être que ses parents étaient ceux qui n'en valaient pas la peine, finalement.
─ Enfin, ajouta Stiles d'un ton plus léger, je pense que je t'apprécierais encore plus si tu arrêtais de me voler mes curly fries.
Jackson éclata de rire, malgré lui.
─ Tu n'avais qu'à ne pas m'initier ! protesta-t-il.
─ Vas-y, blâme la victime ! s'exclama Stiles, un grand sourire aux lèvres en jetant un coussin sur Jackson.
Mais sa main gauche ne lâcha pas celle de Jackson. C'était la première fois que cela se produisait sans qu'il soit vingt-deux heures et que Jackson se soit mis à pleurer.
Le Shérif rentra un peu plus tard, et n'eut absolument pas l'air étonné de trouver son fils et Jackson vautrés sur le canapé, à moitié affalés l'un sur l'autre et se tenant la main.
─ Alors ? demanda paresseusement Stiles.
Le Shérif leur sourit affectueusement.
─ Alors, bon boulot, les garçons. Je suis très fier de vous deux.
Jackson sentit son cœur accélérer et ses joues chauffer agréablement. Pourtant, son trimestre était loin d'être parfait… Mais le Shérif semblait véritablement content.
─ Vous avez eu de bonnes notes, vous vous êtes bien comportés et vos profs sont contents de vous.
─ Même Harris ? demanda Stiles.
─ Non, pas Harris, concéda le Shérif. Il pense que tu es le diable incarné.
Jackson soupira. Ce n'était pas étonnant. Harris l'adorait, mais Jackson savait que ce prof avait de gros problèmes et enfonçait ses élèves sans raison. Jackson avait eu le problème aussi avec Miss Blake, une prof d'anglais. Jackson savait bien que le problème venait d'elle, pas de lui; et cette bonne femme ne s'était jamais rendu compte que tout ce que cela coûtait à Jackson. Combien de cris, de reproches, de larmes silencieuses aussi…
Mais le Shérif semblait juste fatigué. Et Jackson réalisa soudain que lui savait qui était Harris. Que lui avait cru Stiles, et croyait Jackson également. Qu'il était de leur côté. Qu'il se souciait simplement qu'ils fassent de leur mieux.
Pas comme les Whittemore.
─ Harris est maléfique, dit Stiles d'un air dégoûté. C'est le pire, franchement, c'est le pire. Il dit que je suis le diable incarné mais c'est celui qui dit qui l'est !
─ C'est tellement facile d'accuser un autre de ses propres crimes, souligna Jackson en souriant.
Stiles toucha sa jambe avec son pied.
─ Tu es mon meilleur soutien dans ce monde, Jack-Jack, dit-il d'un ton dramatique.
Le Shérif combattait un sourire sans trop de succès.
─ Etrangement, Finstock est très content de toi, Stiles, dit-il.
─ C'est possible, ça ?
─ Apparemment, rit le Shérif. Il a dit que tu étais beaucoup plus appliqué et beaucoup plus sérieux, que tu avais fait de gros progrès et que tous les devoirs étaient faits.
─ La fin du monde arrive, répondit Stiles d'un air rêveur.
─ Et si on fêtait ça en allant manger dehors ? suggéra le Shérif. Je connais un petit resto pas cher…
─ Super ! s'exclama Stiles en se levant d'un bond. Je file me changer !
─ Merci, dit le Shérif à Jackson une fois que l'hyperactif eût quitté la pièce. Je sais que c'est toi qui l'as aidé en économie et qui a veillé à ce que tous les devoirs soient faits.
Jackson baissa la tête.
─ C'est la moindre des choses, avec tout ce que vous faites pour moi.
─ Tu n'as pas à nous remercier, tu sais, fiston, dit le Shérif en lui posant la main sur l'épaule. C'est un vrai plaisir de t'avoir ici.
─ Merci, chuchota Jackson, la gorge nouée.
─ Et pour ce que ça vaut, bravo pour tes excellents résultats. Même si tu devrais relâcher un peu la pression, Jackson. Ne te surmène pas. Je n'aimerais pas que tu t'écroules de fatigue.
Jackson sourit. Ça faisait tellement de bien à entendre…
Les vacances de Noël furent les meilleures que Jackson ait jamais passées. D'habitude, les Whittemore couraient de dîners avec des relations de travail en soirées mondaines, alternant les visites à la famille où ils se pavanaient et les galas de charité – sans compter les soirées à organiser et le jardin à décorer pour qu'il gagne le prix du plus beau jardin décoré. Généralement, ils traînaient toujours Jackson avec eux – et ils se plaignaient ensuite que Jackson, épuisé, ne fasse pas toujours bonne figure ou que ses notes baissent à la rentrée, mais forcément, quand on ne lui laissait pas le temps de travailler…
Mais les vacances des Stilinski étaient tranquilles. La décoration du sapin fut une affaire de plaisanterie et de moment en famille, sans prise de tête et sans chercher à produire une décoration tout droit sortie d'un catalogue. Jackson s'était rarement autant amusé.
La seule relation de travail, le seul ami à venir manger chez les Stilinski fut Jordan Parrish, un jeune policier sympathique qui ne se souciait absolument pas que le dîner ne sorte pas du meilleur traiteur de la ville. Scott McCall et sa mère auraient dû venir également, mais Scott avait dû aller passer les vacances avec son père, apparemment, et sa mère en profitait pour passer du temps avec son nouveau petit-ami.
Le seul événement mondain fut la soirée du Nouvel An qu'ils passèrent au commissariat en compagnie de tous les autres policiers. Jackson avait tellement l'habitude d'entendre son père critiquer la police qu'il s'attendait à trouver une bande de crétins antipathiques, mais c'était tout le contraire qui l'attendait. Il y avait de la musique, des anecdotes toutes plus drôles les unes que les autres, et Stiles le présentait à tous les policiers – il devait certainement tous les connaître depuis son enfance. C'était amusant et sympathique, dix mille fois mieux qu'une seule des soirées des Whittemore.
Mais ce que Jackson préféra, ce fut la journée de Noël.
Une journée tranquille, et pourtant spéciale. Stiles qui chantait (faux) des chants de Noël. Du pain d'épice et du chocolat chaud. Un excellent repas de Noël. Une soirée entière à regarder des feuilletons de Noël traditionnels à la télévision. Des sourires lorsque Stiles et le Shérif avaient découvert leurs présents, signe que cela leur plaisait sincèrement, et que Jackson (qui avait stressé comme un fou pour trouver le cadeau parfait) avait fait ce qu'il fallait. Des cadeaux au pied du sapin, mais surtout, des cadeaux véritablement faits pour plaire à Jackson, et achetés avec tendresse. Mais le cadeau qui faisait le plus plaisir, c'était encore le double des clés de la maison Stilinski, à présent fièrement accroché à son porte-clés.
Le signe qu'il était véritablement accepté; le signe qu'il faisait partie d'une famille; le signe qu'il était quelqu'un et qu'il comptait, en fin de compte.
A suivre...
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