Eeeeet voici le chapitre 6 - sur les 8 que compte cette fanfiction ! J'espère qu'il vous plaira ! Ce chapitre est... une montagne russe. Je ne sais pas comment le définir autrement. Mais il y a du progrès, quoi qu'on en pense.

Spéciale dédicace à la/le guest anonyme, à Babylon et à CZ pour vos adorables reviews ! Merci de me lire et de reviewer, vous êtes adorables !

Encore mille mercis à jacksonstilinskis, à qui appartient l'idée de cette fic !


/!\ Ce chapitre contient des propos homophobes et biphobes !


Bonne lecture, et n'oubliez pas de laisser une review pour me laisser votre avis - critique, éloge, questions, tout ce que vous voulez ! :)


CHAPITRE 6

I crash and burn asking you to look away
I crash and burn wondering why it is that you stay
I know it isn't pretty how I can't handle everything
But you never give up on me

When you love me so damn good, I know I will get better
When you hold me so damn good, I know I will get better
Give me wood, shelter, what through every bit of weather
How is it that you never give up on me?

J'échoue et je m'effondre, en te demandant de détourner le regard
J'échoue et je m'effondre, en me demandant pourquoi tu restes
Je sais que ce n'est pas beau à voir, mon incapacité à tout gérer
Mais tu ne me laisses jamais tomber

Lorsque tu m'aimes si fort, je sais que je vais aller mieux
Lorsque tu me serres si fort contre toi, je sais que je vais aller mieux
Offre-moi du bois, un toit, qu'il pleuve ou qu'il fasse beau
Pourquoi est-ce que tu ne me laisses jamais tomber ?

Never Give Up On Me, chanson du groupe Misterwives


Stiles devait faire un énorme effort pour ne pas laisser un sourire éclore sur son visage.

Jackson était étendu sur son lit, tête-bêche par rapport à Stiles, son ordinateur sur les genoux, en train de pester parce que Stiles n'avait que des « films stupides et ringards » (les mots de Jackson, pas les siens, Stiles avait des goûts fantastiques) sur son compte Netflix. Et ça faisait quelque chose à Stiles, parce que d'un côté, c'était quelque chose qui n'aurait jamais pu se produire, qui aurait été impossible encore quelques mois plus tôt; et de l'autre côté… c'était maintenant si normal et si familier qu'il ne pouvait pas s'empêcher de se sentir bêtement heureux.

Jackson était là, complètement détendu en face de Stiles. Il avait remarqué, récemment, que Jackson semblait moins stressé à ses côtés; sa nuque était moins raide, ses épaules moins contractées, et à présent, il ne semblait plus hésiter avant d'entrer dans une pièce, de s'asseoir sur le lit de Stiles, ou d'emprunter ses affaires. Et Stiles en était ravi. Enfin, Jackson commençait à se sentir à l'aise avec lui.

Stiles le regardait parler, fasciné de voir Jackson s'animer enfin à propos de quelque chose, après tous ces mois où il avait été éteint, fermé et déprimé. Bien sûr, Jackson était un pro de la comédie et il avait joué le jeu au lycée, au point que personne ne soupçonnait quoi que ce soit, mais devant Stiles, il n'avait pas pu cacher ses états d'âme réels. Ça déprimait Stiles, de le voir si malheureux, tout ça à cause de ses connards de parents; mais au fond de lui, il y avait un petit quelque chose un brin égocentrique qui se réjouissait que Jackson se montre tel qu'il était devant lui. Qu'il ait confiance en lui, qu'il se repose sur lui.

Bien sûr, Stiles ne savait rien du tout. Il ne savait pas ce qui s'était produit pour que les Whittemore mettent leur fils à la porte. Jackson n'en parlait pas; à vrai dire, il ne parlait jamais de tout ce qui s'était passé. Il pleurait chaque soir, il avait des cauchemars et était perpétuellement angoissé, mais jamais il ne mentionnait ce que ses parents lui avaient fait, ou ce qu'il avait vécu… à part ce soir-là, lors de la réunion parents-profs.

Stiles comprenait mieux pourquoi Jackson avait toujours été aussi odieux, obsédé par son image et sa popularité. Mais d'un autre côté, il ne parvenait pas à comprendre. Pourquoi les Whittemore avaient-ils fait ça à Jackson ? Pourquoi ? Maintenant que Stiles avait un aperçu du Jackson qui se cachait sous le masque, le vrai Jackson, il comprenait encore moins. Le vrai Jackson était gentil et ouvert; le vrai Jackson était perfectionniste, trop stressé et bourré de complexes et d'angoisses à cause du traitement infligé par ses parents.

Le vrai Jackson n'avait pas une fois été méchant envers Stiles. Il n'avait jamais dit un seul mot sur la maison des Stilinski, sur les vêtements de Stiles, sur les goûts de Stiles. Rien. Sauf ce jour-là, où il déblatérait sur les goûts cinématographiques de Stiles, mais c'était fait sans la méchanceté et le venin qui avaient jadis caractérisé Jackson. En fait, c'était même amical. C'était une taquinerie, et Stiles aimait ça. Il aimait que ce soit une petite chamaillerie entre eux et que l'ambiance soit légère et détendue, et que Jackson s'ouvre à lui.

Le vrai Jackson était avide d'aider et de plaire. Il était drôle et s'amusait des blagues pourries de Stiles – à sa façon, avec un petit sourire en coin, et de temps en temps un léger rire. Il partageait les corvées avec bonne humeur, et aimait taquiner Stiles. Il ne s'était pas plaint une seule fois et semblait content de vivre chez les Stilinski. Il s'était même abstenu de critiquer Scott, par gentillesse, Stiles le savait. Il écoutait Stiles déblatérer pendant des heures sans protester, et il écoutait vraiment, car il répondait, posait des questions, et avait une véritable discussion avec Stiles. Le vrai Jackson parlait de films et de séries avec lui, avait accepté de tester tous les livres que Stiles lui avait recommandés, faisait des compliments, adorait essayer de résoudre les affaires du Shérif avec lui, plaisantait avec lui, partageait des anecdotes de sa journée avec lui, et vivait avec lui. Stiles adorait ça.

Jamais il n'aurait pensé, quelques mois plus tôt, qu'il aurait pu aimer partager son existence avec Jackson, ni qu'il apprécierait sincèrement Jackson, et pourtant…

─ Dis donc, tu m'écoutes ou tu souris comme un abruti ? demanda Jackson en lui taquinant la jambe du pied.

─ Je souris comme un abruti, rétorqua Stiles. Mais tu me connais, tu as l'habitude maintenant.

Jackson secoua la tête, mais il souriait, l'air presque affectueux, et le cœur de Stiles loupa un battement. Bordel. Le plus inattendu dans toute cette situation, c'était encore que Jackson semblait sincèrement l'apprécier.

─ Tes sélections sont pourries, reprit Jackson en secouant la tête, l'air atterré.

A présent, Stiles le connaissait assez bien pour savoir que ce n'était qu'une mine que Jackson affectait, que c'était pratiquement une plaisanterie.

─ Tu as adoré mes suggestions de séries, je te rappelle. Sans moi, tu n'aurais jamais regardé Orange Is The New Black ou Stranger Things.

─ C'est vrai, admit Jackson, mais…

─ Et tu n'aurais jamais découvert A tous les garçons que j'ai aimés.

─ Je n'ai pas aimé ce film, mentit Jackson.

─ Tu mens.

─ Non.

─ Si.

─ Non.

─ Si. Tu l'as adoré mais tu es trop fier pour l'admettre. C'est pas grave, je te connais par cœur, Jack-Jack.

─ Ne m'appelle pas Jack-Jack.

─ OK, Jackie. Il n'empêche, mes goûts sont irréprochables.

Jackson renifla, faussement méprisant.

─ Tu n'as qu'à rajouter des films et des séries sur mon compte, suggéra Stiles, indifférent. Je suis toujours ouvert aux nouvelles expériences.

─ Tu n'as pas le choix, je vais le faire de toute façon, répondit Jackson. Et tant pis si ça te dérange.

─ On dort dans le même lit, je vois mal comment ça pourrait me déranger, rétorqua Stiles.

S'il était honnête, il adorait l'idée que Jackson apporte des changements à sa vie et s'y immisce petit à petit.

La journée avait été longue. Stiles étouffa un bâillement et s'étira, donnant un coup involontaire à l'ours en peluche qui trônait sur la table de chevet et le faisant tomber.

─ Désolé, s'excusa Stiles en le ramassant.

─ Il ne tombera pas plus bas, répondit Jackson. Et puis, il a l'habitude de ta maladresse, maintenant !

─ Je n'ai jamais fait tomber… commença Stiles. Euh, quel que soit son nom. Bref, je ne l'ai jamais laissé tomber. Quel est son nom ?

Jackson fronça les sourcils en regardant l'ours en peluche que Stiles tenait entre ses mains et faisait danser sur ses genoux. Ce nounours amusait Stiles sans fin. Imaginer Jackson, la star du lycée, le gros dur, Mr. Sunshine, avec un nounours avait quelque chose de surréaliste. Pourtant, chaque fois que le regard de Stiles tombait sur l'ours en peluche, il était simplement triste. Parce que Jackson en avait eu besoin lorsqu'il vivait chez ses monstres de parents, et il n'aurait pas dû. Il aurait dû vivre dans une belle famille qui l'aurait apprécié pour qui il était, tout comme Stiles l'appréciait de plus en plus alors qu'il le découvrait.

─ Il n'a pas de nom, répondit Jackson en refermant son ordinateur.

Sa voix avait un ton étrange, que Stiles n'aurait su identifier. Jackson avait beau s'ouvrir, depuis le début, il ne lui avait qu'une seule confidence – sortie un peu malgré lui. Il demeurait un mystère entouré d'une énigme enrobée d'une armure impénétrable, malgré les efforts de Stiles.

Cela exigeait toute sa volonté pour ne pas harceler Jackson de questions, et ne pas farfouiller dans sa vie non plus. Mais il savait qu'il ne pouvait pas; sinon, Jackson perdrait le peu de confiance qu'il avait placée en lui.

Il aurait juste aimé que Jackson soit assez à l'aise avec lui pour lui confier ce qu'il avait sur le cœur, pour se soulager un peu, pour atteindre l'aide dont il avait besoin.

─ Pas de nom ? s'indigna Stiles. Comment tu as pu ne pas nommer ta peluche, Jacks ? Enfin ! Mon doudou d'enfance avait un nom ! Il s'appelait Mister Super Foxy Premier, Roi des Rusés Renards !

Jackson éclata de rire.

─ C'est quoi ce nom ?

─ J'avais trois ans et une imagination débordante ! se défendit Stiles.

─ C'est presque aussi tordu que ton vrai prénom.

─ J'accepterai tes critiques le jour où tu seras capable de prononcer mon prénom, inculte. Arrête donc de tourner autour du pot, maintenant, et affronte ton juge et ta sentence. Pourquoi tu n'as pas donné de nom à cette adorable créature, dis-moi un peu ? Ne mérite-t-il pas ton amour et ton affection ? Ne mérite-t-il pas un nom ?

D'habitude, les tirades dramatiques de Stiles avaient le mérite (inattendu) de faire sourire Jackson, mais cette fois-ci, il semblait juste triste en regardant la peluche.

─ Je ne l'avais pas, quand j'étais petit, répondit Jackson après une hésitation. Je ne l'ai eu que quand j'étais plus grand.

─ Oh ! C'est Lydia qui te l'a offert ? demanda Stiles, curieux.

Jackson secoua la tête, puis la baissa, jouant avec l'ourlet de la chemise qu'il avait piquée à Stiles. (Stiles mentirait s'il disait que voir Jackson porter ses vêtements ne lui faisait pas un petit quelque chose. Mais au-delà de ça, ça donnait une impression de domesticité dont Stiles était devenu accro, à son corps défendant.) Jackson s'était raidi de nouveau, et il hésitait manifestement à parler.

─ Non, ce sont mes parents, admit-il d'une voix un peu étranglée.

Stiles fronça les sourcils.

─ Je veux dire… mes parents biologiques, reprit Jackson, les yeux obstinément baissés.

─ Biologiques ? répéta Stiles, dont le cerveau semblait fonctionner au ralenti.

Réveille-toi, crétin de cerveau.

─ J'ai été adopté, révéla Jackson d'une petite voix.

Oh.

Stiles prit le temps d'assimiler l'information. Mais soudain, tout semblait beaucoup plus logique. L'obsession de Jackson à être parfait, son désir ardent de plaire et de satisfaire ses parents, même s'ils étaient des monstres, de rendre le Shérif fier de lui, également… Ses difficultés à montrer qui il était vraiment, et sa conviction que personne ne l'aimerait s'il laissait tomber le masque, que personne ne pouvait véritablement l'aimer… Et les Whittemore, ces crétins de Whittemore, qui avaient certainement dû infuser toutes ces peurs en Jackson, en jouant sur le fait qu'il était un enfant adopté…

─ Je ne savais pas, dit-il doucement.

─ Personne ne le sait, répondit Jackson en haussant les épaules. Mes parents n'ont jamais voulu le révéler. Tu comprends, devoir avouer au monde qu'ils étaient incapables de concevoir, devoir admettre un petit accroc à leur image… et puis, devoir avouer, aussi, que leur enfant parfait n'est même pas le leur, qu'il n'est pas vraiment comme eux, que ce n'est pas le portrait de famille idéal… Que diraient les gens ? ricana-t-il avec amertume.

Oh, bon sang.

─ Mais ça ne fonctionne pas comme ça, dit Stiles, atterré. Une adoption, ce n'est pas… c'est…

─ Pas pour eux, soupira Jackson. Ils voulaient un enfant pour compléter l'image parfaite qu'ils voulaient avoir… alors, ils en ont acheté un.

─ Tu n'es pas un objet, Jackson, protesta Stiles en se redressant d'un bond.

─ Je sais, rétorqua l'autre garçon d'un air qui se voulait blasé. Mais pour eux, si. Ils voulaient être satisfaits ou remboursés, si tu vois ce que je veux dire. Avoir le petit garçon parfait, ou le rendre. Et ils ont toujours été très… exigeants. C'est pour ça qu'ils ont mis des années avant d'adopter pour de bon. Tu comprends, ils ne voulaient pas adopter n'importe quel enfant. Ils en voulaient un dont ils puissent vérifier d'où il venait, qu'il venait d'une famille correcte et bien sous tous rapports.

Stiles dévisageait Jackson, bouche bée, choqué. Son cerveau tournait à toute vitesse, et pourtant, il ne savait pas quoi penser, à part : Mais qu'est-ce qu'ils t'ont fait ?

C'était décidé, il allait crever les pneus des Whittemore. Et peut-être décorer leur maison de papier hygiénique. Peut-être aussi leur envoyer des bombes puantes au courrier du matin.

─ Je suis désolé, dit-il doucement en se penchant vers Jackson. Vraiment. Ils n'auraient pas dû te faire ça. Tu es mille fois trop bien pour eux.

Jackson eut un petit rire tremblant. Stiles voyait bien qu'il essayait de conserver les apparences, de faire illusion.

─ Je suppose que j'ai de la chance, dit-il. J'ai été adopté, alors que j'aurais pu ne pas l'être. Mais c'était une aubaine pour eux : un bébé tout juste né, issu d'une famille riche et respectable…

Les interrogations de Stiles devaient se voir comme le nez au milieu de la figure, car Jackson précisa :

─ Mes parents sont morts dans un accident de voiture alors que ma mère allait accoucher. Cet ours en peluche, c'est celui qu'ils comptaient m'offrir à ma naissance.

Stiles fut prit d'une envie folle de serrer Jackson dans ses bras, de le protéger, de ne plus le lâcher, plus jamais.

─ Est-ce que tu veux en parler ? demanda-t-il à la place.

Jackson redressa la tête, et son regard croisa le sien. Il parut hésiter. Finalement, il acquiesça.


Cette nuit-là, Stiles resta éveillé un long moment dans leur lit, contemplant le beau profil de Jackson dans la semi-obscurité et surveillant la respiration de l'autre, profonde et calme.

Au début, il avait pensé que le béguin gigantesque qu'il se traînait pour Jackson serait un problème, notamment la nuit, alors qu'ils partageraient un lit. Cela lui était tombé dessus comme un piano sur la tête dans un épisode des Looney Tunes, le premier jour où Jackson avait vécu chez lui, lorsqu'il lui avait rendu ses affaires et que Jackson lui avait souri, un vrai sourire, un sourire sincère. Boum. Bonjour, tu as un crush de la taille de la Russie pour Jackson, ça va être gênant.

Mais en fait, simplement dormir aux côtés de Jackson, c'était la seule chose dont il avait besoin. Cela le rendait heureux, de simplement voir Jackson se détendre parce qu'il était en confiance, de le voir oublier les problèmes et être paisible, et de pouvoir dormir à côté de lui, être un peu proche de lui.

Tout ce qu'il voulait, c'était aider Jackson. Il voulait juste que Jackson soit heureux. Qu'il puisse surmonter les horreurs que les Whittemore lui avaient fait subir, qu'il puisse aller de l'avant. Stiles voulait le voir souriant comme ce jour-là. Il voulait que Jackson s'ouvre un peu, qu'il puisse se confier à lui. Il voulait que Jackson ait confiance en lui, il voulait être proche de lui et le connaître vraiment. Il voulait l'aider, lui prouver qu'il comptait pour lui, qu'il avait de la valeur et que tout ce que ses parents lui avaient dit était de la merde en barre, ni plus ni moins.

Pourquoi les Whittemore l'avaient-ils autant détruit ?

Si seulement Jackson lui en révélait plus… Que s'était-il passé le jour où il avait été mis à la porte ? Qu'est-ce qui le hantait ? De quoi avait-il peur ? Comment Stiles pouvait-il l'aider ? Parfois, Stiles avait envie d'en pleurer ou d'en crier, en voyant son impuissance à soulager Jackson.

Mais il commençait à s'ouvrir, à présent. Il commençait à avoir confiance, et à se révéler un peu. Stiles espérait que c'était la preuve qu'il se fiait à lui et sentait qu'il pouvait se reposer sur lui. Il priait de tout son cœur pour que ce soit une avancée supplémentaire sur le chemin de la guérison.

Jackson commença à s'agiter, gémissant doucement, la sueur perlant à ses tempes. Le cauchemar revenait, encore. Stiles connaissait les cauchemars, il avait lutté contre les siens pendant des années, et luttait encore contre eux.

Doucement, il s'assit sur un coude, et frotta le bras de Jackson en murmurant des paroles rassurantes, réconfortantes.

Que pouvait-il faire pour que Jackson aille mieux ?


Brian et Greenberg étaient plongés dans une conversation visiblement passionnée lorsque Jackson s'assit à leur table dans la bibliothèque pour rédiger un essai pour son cours de littérature.

─ De quoi vous parliez ? demanda-t-il distraitement en posant ses livres devant eux.

─ De Brett Talbot, répondit Brian. Tu sais, le joueur de Devenford ?

─ Mmh, acquiesça Jackson.

Il se souvenait de Brett. Un petit con. Sexy, mais un petit con quand même.

─ Tu savais qu'il sortait avec un gars ?

─ Euh, non, répondit distraitement Jackson. C'est important ?

─ Eh bien, maintenant, il ne sort plus avec ce type. Il sort avec une fille.

─ Laquelle ? demanda Jackson.

─ Une brune du nom de Gwen, qui est au lycée ici, répondit Greenberg.

─ Il aurait pu plus mal choisir, répondit Jackson en ouvrant ses livres. Elle est canon.

─ C'est pas ça le problème, répondit Brian. C'est juste que c'est trop bizarre. D'abord un gars puis une fille ? Faut savoir, un peu.

Jackson sentit une boule se former dans sa gorge.

─ Il est bi, c'est tout, répondit-il.

Il espérait que cela clorait le sujet pour Brian et Greenberg. Brian avait toujours apprécié et supporté Danny, il ne pouvait pas être méchant à ce point. Et Greenberg… bon, Greenberg était le pire des débiles, aussi bête que méchant, mais même lui devrait bien voir que ce n'était pas un sujet qui valait la peine qu'on s'y attarde, non ? Ils n'étaient pas homophobes. Ils avaient défendu Danny avec ferveur lorsqu'un type d'une autre équipe de lacrosse l'avait insulté parce qu'il était gay. C'était absurde de penser qu'il en allait autrement…

─ Ouais, je sais pas, grimaça Greenberg. Je veux dire, ce genre de personnes, ça me perturbe, ils accumulent les gars et les meufs et tu sais jamais où ils en sont. Enfin, moi, ça me met mal à l'aise.

─ C'est pas faux, admit Brian. C'est pas si difficile, pourtant, de savoir si tu préfères les mecs ou les filles. A quoi ça sert d'hésiter ?

Les entrailles de Jackson étaient glacées et il avait l'impression que ses poumons étaient comprimés. Pourquoi est-ce qu'ils racontaient ça ? Est-ce qu'ils racontaient bien ce qu'il pensait qu'ils disaient ? Il devait mal comprendre, c'était certain, il devait se tromper…

─ Enfin, dit-il d'un ton qu'il tenta de rendre aussi arrogant qu'à l'habitude, ne soyez pas stupides, les gars. Il trouve les filles jolies et les mecs canons, je ne vois pas où est le problème.

─ Mais les deux en même temps, c'est pas compatible, dit Brian, l'air de ne pas comprendre. C'est tellement différent. Il doit bien y avoir un genre qui prédomine, je suppose. C'est normal d'hésiter entre les deux, je pense, mais il faudrait juste qu'il fasse son choix. Au moins, on saurait à quoi s'en tenir !

Jackson avait envie de hurler, ou de s'enfuir. Ce n'était pourtant pas compliqué… Pourquoi est-ce qu'ils ne comprenaient pas ? Pourquoi est-ce qu'ils étaient aussi obtus ? Pour eux, c'était normal, et pourtant, et ils ne se rendaient même pas compte de ce qu'ils lui faisaient...

─ C'est comme cette fille, là, Caitlin, lâcha Greenberg. Super canon et tout, mais tu vois, je pourrais pas sortir avec elle. Elle se fait des mecs, elle se fait des meufs, je pourrais jamais savoir dans quelle période elle est ! Imagine, elle est avec moi et elle pense à une nana… je suis pas sûr que je serais assez pour elle.

─ Si elle est amoureuse de toi, elle n'ira pas voir ailleurs, protesta Jackson, les mains tellement serrées que ses ongles s'enfonçaient dans ses paumes.

Même si je vois mal comment elle pourrait tomber amoureuse d'un abruti comme toi, ajouta-t-il mentalement. Il voulut prononcer les mots, répondre avec son mordant habituel, et rabaisser Greenberg un bon coup. Mais il n'en était pas capable, découvrit-il. Il était terrorisé.

─ Mais même, on ne sait pas dans quels genres de délires malsains elle est embarquée, acheva Greenberg . Je suis sûre que c'est une sacrée chaudasse, mais je suis pas sûr de vouloir être embarqué là-dedans.

─ Pareil pour moi, admit Brian, sourcils froncés. Je veux dire, je ne pense pas que c'est une chaudasse, mais ça me mettrait mal à l'aise…

─ Pourquoi ? Ce n'est pas parce qu'elle est sortie avec des filles avant qu'elle ne peut pas sortir avec un gars, plaida Jackson.

─ Je ne sais pas, dit Brian. C'est pas pareil.

─ Je me demande comment Gwen peut supporter ça, soupira Greenberg. La pauvre. Un jour, ce Brett lui jouera sûrement un sale tour…

Peut-être qu'elle vaut dix mille fois mieux que vous, songea Jackson, à moitié furieux, à moitié terrorisé. Peut-être qu'elle, elle a compris que ça n'avait aucune importance.

─ On devrait peut-être dissuader ce Brett de jouer avec elle, poursuivit Greenberg, pensif.

─ Je n'irais pas jusque-là, dit Brian, mais quand même, je ne sais pas, c'est bizarre, tout ça.

C'en était trop. Jackson se leva brusquement, attrapant ses affaires en s'efforçant de ne pas trembler, de ne rien montrer, ou ils auraient gagné et il serait à terre, incapable de se relever.

─ Ben tu t'en vas déjà ? demanda Brian, déçu.

─ Ouais, je… je viens de me rappeler que j'ai un truc à faire, prétendit Jackson.

─ Mais on a cours tout à l'heure ! s'étonna Brian.

─ Visite chez le médecin, marmonna Jackson en s'en allant à toute vitesse.

Il s'en alla rapidement, aussi rapidement qu'il pouvait, tremblant de tous ses membres et pris d'une furieuse envie de vomir. C'était pour ça qu'il ne devait rien dire, et rien montrer. Si les autres devinaient… si Greenberg et Brian découvraient… qui savait ce qu'ils pourraient lui faire ? Est-ce qu'ils le tabasseraient ? Est-ce qu'ils l'humilieraient ? Quelles cruautés lui réserveraient-ils ?

Était-ce là la vie qui l'attendait ? Est-ce que personne ne l'aimerait, jamais, parce qu'il était bi ? Est-ce que chaque garçon ne le trouverait pas assez gay, et chaque fille pas assez hétéro ? Est-ce que chaque personne qu'il pourrait aimer serait dégoûtée par ce qu'il était vraiment ? Est-ce qu'il ne pourrait jamais être heureux, parce que tout le monde aurait peur qu'il aille voir ailleurs, qu'il leur joue un sale tour, qu'il soit impliqué dans des magouilles sexuelles sordides ?

Est-ce que pour être aimé, il aurait à mentir sur ce qu'il était ? Sans doute, réalisa-t-il. S'il avait menti, ses parents auraient certainement continué de l'aimer. Ils ne l'auraient jamais mis à la porte. Pour être aimé, donc, il devait être un mensonge, il devait être l'image parfaite qu'on attendait de lui.

Peut-être que c'était pour ça, aussi, que ses parents avaient voulu l'envoyer se faire soigner. Parce qu'ils savaient qu'il ne serait jamais accepté.

Mais c'était stupide… Ce n'était pas par amour, par peur ou par compassion qu'ils avaient voulu l'envoyer en psychothérapie de torture ou qu'ils l'avaient mis dehors. C'était parce qu'ils étaient des imbéciles intolérants. C'était aussi parce qu'ils ne l'aimaient pas vraiment; parce qu'ils ne l'aimaient que sous conditions, parce que leur amour venait sous contrat, et que Jackson avait brisé ce contrat en cessant d'être le garçon modèle qu'ils voulaient.

Ça ne changeait tout de même rien à la situation, malgré tout… Se cacher… Etait-ce son avenir ?

Il ne s'aperçut qu'il était sur le parking, à côté de la Jeep de Stiles, que lorsqu'il s'appuya sur la voiture, haletant. Il sursauta lorsqu'une main se posa sur son épaule.

─ Quoi ? aboya-t-il.

─ Wow, wow, wow, Jackson, ce n'est que moi ! s'exclama Stiles en levant les mains devant lui. Mec, ça va ? Je t'ai vu sortir pratiquement en courant de la bibliothèque. Qu'est-ce qui ne va pas ?

Jackson avait envie de se confier, il en avait désespérément envie. Il voulait ouvrir la bouche et tout dire à Stiles, tout laisser aller et révéler qui il était vraiment. Il voulait que la seule personne en qui il avait confiance sache tout, parce que c'était Stiles et que Stiles ne le laissait jamais tomber, jamais. Et Stiles, lui, saurait quoi faire et quoi dire pour que la situation s'améliore, il saurait trouver les mots pour apaiser Jackson, comme il le faisait toujours. Il voulait juste que Stiles le regarde, sourie et dise : « OK, cool » et qu'il demeure le même bon vieux Stiles. Parce que Stiles, lui, ne se changerait pas en monstre et en menace du jour au lendemain, comme ses parents, comme Brian et Greenberg, pas vrai ?

Mais il ne pouvait pas. Il n'y arrivait pas. Il était pétrifié.

La main de Stiles se glissa doucement dans la sienne, et Jackson réalisa qu'il pleurait presque.

Il devait être tombé drôlement bas, pour se mettre à pleurer sur le parking du lycée, où tout le monde pouvait le voir.

─ Tu veux rentrer à la maison ? demanda doucement Stiles.

Jackson acquiesça malgré lui. Comment faisait Stiles, pour toujours savoir ce dont il avait besoin ?

─ Ok, je te ramène, alors, décida Stiles en ouvrant la portière.

─ Tu as cours, protesta Jackson.

─ Bof, c'est que des cours.

─ C'est important.

─ Il paraît.

Jackson retint un petit sourire.

─ Tu ne devrais pas sécher pour moi.

─ Je devrais totalement sécher pour toi, rétorqua Stiles. Maintenant, pose tes fesses dans ma voiture, Mister America, ou sinon, je te promets que tu peux faire une croix sur mes merveilleux cookies aux trois chocolats.

─ Tu n'oserais pas.

─ J'oserais totalement, et tu le sais.

Jackson retint un sourire et s'installa sur la banquette passager. Pendant quelques secondes, Stiles avait réussi à lui faire oublier ses problèmes.


Dieu seul savait comment et pourquoi, mais cet après-midi là, Jackson finit allongé sur le lit, la tête installée sur le ventre de Stiles, en train de lire le premier tome des aventures de Percy Jackson. Stiles avait raison, c'était sacrément addictif. Quant à savoir comment Stiles avait réussi, un, à calmer sa panique, et deux, à l'embarquer dans cette position (et, trois, à lui faire lire Percy Jackson), Jackson ne s'en rappelait même pas.

Cela avait peut-être à voir avec la main de Stiles qui caressait distraitement ses cheveux pendant qu'il lisait le dernier volume en date des Travaux d'Apollon – que Jackson lui avait offert à Noël, d'ailleurs, et que Stiles relisait pour la troisième fois déjà.

Jackson savait que le livre n'était rien de plus qu'un moyen de le distraire, et que la main dans ses cheveux était un moyen de le détendre, mais ça fonctionnait. Il aurait voulu ne jamais bouger.

Jackson redressa la tête, contemplant Stiles, plongé dans sa lecture, les sourcils froncés et la bouche ouverte. Jackson se doutait que la main qui lui tripatouillait les cheveux était certainement plus liée à l'hyperactivité de Stiles et à son incapacité d'arrêter de bouger deux minutes, qu'à l'affection qu'il pouvait avoir pour Jackson, mais ça faisait du bien quand même.

En fait, Jackson se sentait même beaucoup mieux. Il était à la maison, avec Stiles, là où rien ne pouvait lui arriver.

Pourquoi est-ce que Stiles ne le laissait jamais tomber ? Qu'est-ce que Jackson avait fait pour mériter autant de présence et d'attention ? Pourquoi était-il toujours là pour lui ? Comment faisait-il ? Jackson l'ignorait. Mais ça lui faisait un bien fou.


Jackson et Stiles regardaient souvent Brooklyn Nine Nine. Jackson avait développé un léger faible pour la série, pour être honnête. C'était amusant, léger et addictif (comme tout ce que Stiles lui faisait découvrir, en fait).

Et puis un soir, il y eut un épisode un peu spécial. Ce soir-là, l'une des filles du show révéla qu'elle était bisexuelle.

Jackson sentit ses entrailles se contracter et le stress envahir sa poitrine, l'empêchant presque de respirer. Mais la seule réaction de Stiles fut d'ouvrir de grands yeux, de sourire comme un dément, et de dire en se tournant vers Jackson :

─ Oh, mon Dieu ! Tu imagines le potentiel de fanfiction, Jacks ? Est-ce que tu imagines le potentiel de fanfiction ? C'est génial !

Et le lendemain, Stiles entamait des recherches avides sur Internet, à la recherche de son nouveau pairing favori, et Jackson se demanda si c'était vraiment aussi facile que ça. Si pour Stiles, la vie était réellement aussi simple.

Peut-être que ses parents et Greenberg et Brian était une exception.

La semaine suivante, dans la série, la jeune femme décida de sortir du placard et d'annoncer la vérité à ses parents. Cette fois-ci, Jackson se crispa, attendant le pire – et il n'avait pas tort. Il avait envie de pleurer et de se rouler en boule, et pourtant, il continuait de regarder en voyant l'acceptation tranquille des autres membres de la bande, leur soutien, et la façon dont la série montrait que non, la réaction des parents n'était ni normale ni celle qu'il fallait avoir, et Jackson se dit que, peut-être, tout n'était pas perdu. Qu'il y avait peut-être des imbéciles intolérants mais qu'ils n'avaient pas raison pour autant.

A la fin de l'épisode, Stiles secoua la tête.

─ Je comprends pas comment ils ont pu réagir comme ça, non mais franchement, tu te rends compte, Jackson ? Rejeter son propre enfant ? Faire passer sa morale bien-pensante et ses désirs perso avant le bonheur de ses enfants ? Je veux dire, jusqu'à quel point il faut être abruti ? C'est pourtant pas compliqué, enfin, je…

En écoutant Stiles vitupérer sur la réaction des parents (tout en dérivant sur une ou deux autres séries télé, parce que c'était Stiles et un Stiles qui ne change pas de sujet, c'est un Stiles qui va mal), Jackson songea qu'il y avait peut-être encore de l'espoir, et que les gens bien, finalement, ça existait peut-être.


─ Je te jure, quand je serai à la fac, mon père cessera de s'alimenter, marmonna Stiles en sortant de la voiture.

─ Mais non.

─ Mais si. D'ailleurs, il a déjà commencé. Il n'a pas mangé la nourriture de la maison depuis plusieurs jours, tu te rends compte ?

─ En fait, je pense qu'il avait le projet de manger de la malbouffe bien grasse en espérant que tu ne t'aperçoives de rien, répliqua Jackson, amusé.

─ Non mais c'est pas vrai ! s'exclama Stiles en extirpant du coffre plusieurs boîtes de nourriture prêtes à réchauffer au micro-ondes qu'il avait préparées à l'attention exclusive de son père. Il ne s'en tirera pas comme ça ! Il mangera sain même si je dois lui faire manger sa nourriture à la petite cuillère !

Il avait cuisiné tout l'après-midi et lorsqu'il avait parlé de se rendre au commissariat, Jackson avait décidé de l'accompagner. Les patrouilles étaient plus nombreuses en ce moment et le Shérif avait à gérer de nombreux dossiers en même temps. En conséquence, Jackson et Stiles ne l'avaient pas vu depuis pratiquement deux semaines, et il manquait à Jackson.

Ils pénétrèrent dans le commissariat, les mains chargées de boîtes Tupperware. Les policiers paraissaient épuisés et plusieurs téléphones sonnaient tous en même temps.

─ Ouh là, ça m'a tout l'air d'être une galère, observa Stiles.

─ Merci, Captain Obvious.

─ Je t'emmerde. On devrait demander à mon père de nous filer un ou deux dossiers, tu ne crois pas ? Franchement, ça le déchargerait un peu.

Jackson ne l'aurait avoué pour rien au monde, mais il aimait bien travailler (en secret) avec Stiles sur les dossiers qu'il chipait à son père.

Ils se dirigèrent tout droit vers le bureau du Shérif, d'où ils pouvaient entendre clairement le Shérif s'énerver.

─ … et vous avez tort ! Cessez de jouer à celui qui sait mieux que tout le monde, car vous ne faites que vous rendre ridicule.

─ Wow, il doit vraiment détester cette personne, siffla Stiles. Je ne l'ai jamais entendu s'énerver comme ça, ça doit être spécial.

─ Encore merci, Captain Obvious. Ouvre la porte, dit-il en percevant l'hésitation de Stiles. Une pause lui fera le plus grand bien.

─ Ouais, t'as pas tort, pour une fois, le taquina Stiles, et il frappa.

─ Entrez ! s'exclama le Shérif.

Stiles ouvrit la porte en grand, et ils tombèrent nez-à-nez avec David Whittemore.

Jackson sentit son cœur s'arrêter et vit, comme au ralenti, son père se tourner vers lui, constater sa présence, et hausser les sourcils.

Il n'avait pas changé. Il avait l'air en forme, n'avait pas de cernes, n'avait pas pris un seul cheveu blanc ni une ride. Rien, sur son visage, n'indiquait qu'il était accablé par la culpabilité d'avoir jeté son fils unique à la rue plus de quatre mois plus tôt. Rien n'indiquait non plus que Jackson lui manquait, ou qu'il était triste, ou qu'il regrettait quoi que ce soit.

Parce qu'il ne regrettait rien, réalisa Jackson. Quand David Whittemore avait un problème, il s'en débarrassait. Quand quelque chose ne plaisait pas à David Whittemore, il faisait en sorte de détruire ce qui lui déplaisait. Et quand il ne trouvait plus l'utilité à un objet – ou quand il découvrait que cet objet n'était pas à la hauteur de ses espérances – il le jetait, et ne regardait pas en arrière. C'était ce qu'il avait fait avec Jackson.

Lorsque son père ouvrit la bouche, Jackson s'aperçut qu'il avait attendu ce moment. Il avait attendu que ses parents le recherchent et le retrouvent. Il s'attendait, maintenant, à ce que son père dise Je suis désolé, Jackson. J'ai mal agi. J'ai mal compris. J'ai compris une erreur. Mais nous t'aimons, Jackson. Reviens à la maison. Mais au même moment, au moment où David ouvrit la bouche, il sut que ce n'était pas ce qui allait en sortir.

─ Que fais-tu chez le Shérif, Jackson ? demanda-t-il d'un ton froid et méprisant. Te serais-tu encore attiré des ennuis ? Cela ne m'étonne même pas, te connaissant.

Jackson jeta un coup d'œil à Stiles, qui le regardait, catastrophé, une main posée sur son bras – pour le retenir, le protéger, ou lui manifester son soutien ? Puis il regarda le Shérif, qui était devenu livide et regardait Jackson, l'air navré.

─ Jackson n'a aucun ennui, asséna le Shérif d'une voix brusque. Il est sous ma protection.

─ Allons bon, voyez-vous ça, ricana David Whittemore. Dis-moi donc, Jackson…

─ Oh, vous, vous la fermez, sale connard ! s'exclama Stiles en même temps que le Shérif lâchait d'une voix glaciale :

─ N'osez même pas même adresser la parole à Jackson.

─ C'est mon droit le plus absolu, répondit Mr. Whittemore en croisant les bras.

─ Vous avez perdu ce droit le jour où vous avez cessé d'être un père pour lui, rétorqua le Shérif. Jackson est un deuxième fils pour moi, et je vous garantis que si vous vous approchez encore de lui…

─ Vous n'avez rien à m'interdire, Stilinski, rétorqua Mr. Whittemore. (Il secoua la tête et soupira en regardant Jackson, et Jackson voyait la déception et le mépris dans ses yeux.) Je ne pensais pas que tu pouvais tomber plus bas, mais apparemment, c'était possible, siffla-t-il.

Le cœur de Jackson sembla s'arrêter de battre.

─ Papa…

─ Ne m'appelle pas comme ça, aboya Mr. Whittemore. Tu en as perdu le droit le jour où tu as tout gâché !

─ Je… je n'ai rien gâché, protesta Jackson à mi-voix.

Parce que c'était vrai, non ? Ce n'était pas de sa faute, pas vrai ?

─ Quand je pense que j'ai gaspillé mon temps et mon argent avec toi, grimaça Mr. Whittemore. Si j'avais su…

C'en fut trop pour Jackson. Il recula, incrédule et mortifié, et sortit du bureau du Shérif, puis du commissariat, se dirigeant vers la Jeep. Mais il n'avait pas les clés, il ne pouvait pas partir. Et son père venait de l'humilier devant tout le monde. Et son père venait de confirmer qu'il ne l'aimait pas, ne l'aimait plus, ne l'avait peut-être – sûrement – jamais aimé.

Il se mordit le poing pour s'empêcher de pleurer. Qu'est-ce qu'il avait fait pour mériter ça ?

Il n'arrivait plus à respirer, et se laissa tomber au sol, haletant, la poitrine compressée et incapable de retrouver l'air. Il était en sueur, il avait envie de vomir, et une douleur intense lui vrillait la tête et le torse. Un peu d'air, juste un peu d'air… C'était de la faute de son père, c'était tout de sa faute… ou peut-être que c'était celle de Jackson, peut-être qu'il n'avait rien fait comme il fallait, peut-être qu'il ne méritait pas d'être aimé ? Le monde tournait autour de lui, et son père le détestait. Sans doute sa mère aussi. Ils le détestaient et étaient bien heureux sans lui, parce que Jackson n'était qu'un poids pour eux, un handicap. Pourquoi est-ce qu'ils refusaient de l'aimer comme il était ? Pourquoi est-ce qu'il n'avait pas été différent, une meilleure personne, l'enfant qu'ils voulaient vraiment ? Pourquoi était-il tombé sur cette famille-là ? Et maintenant, tout était détruit, encore, et ils l'avaient cassé, pour toujours, et, et, et…

─ Jackson ? Jackson ! s'exclamait une voix lointaine qu'il connaissait. Jackson, calme-toi, c'est moi, c'est Stiles… Chut… respire, Jacks, respire… Tout va bien, tu es avec moi, il n'est plus là… Shh, shh…

Il sentait des mains agréablement fraîches caresser ses tempes et une voix réconfortante lui parler.

─ Suis ma respiration, Jackson… Inspire, expire, inspire, expire…

Le monde tournait autour de lui, mais il suivit les consignes, ou du moins fit de son mieux pour les suivre, espérant qu'il pourrait revenir à un monde meilleur et plus beau. Mais Stiles ne devrait pas le toucher, réalisa-t-il, il était sale et stupide et mauvais, et Stiles était trop bien pour ça…

─ Tu racontes n'importe quoi, Jackson, franchement, lui répondit la voix en posant son front contre le sien, et c'était frais et agréable. Allez. Inspire. Expire. Inspire… Expire…

A mesure que Jackson s'efforçait de respirer, les mots se bousculaient en lui, plus pressants et plus lourds, et soudain il s'aperçut qu'il était en train de raconter à Stiles, tout ce qui s'était passé ce soir-là, tout ce que ses parents avaient dit et tout ce qu'il avait ressenti, puis il se trouva à raconter la suite, comment il avait vécu dans sa voiture et avait été soulagé d'être enfin trouvé, et ce que Brian et Greenberg avaient dit, et à quel point il était terrifié. Et pendant ce temps-là, Stiles continuait de respirer calmement et l'empêchait de tomber, lui frottant les épaules avec douceur, jusqu'à ce que Jackson ait fini et que sa respiration redevienne régulière et que le monde cesse d'être noir et de tourner.

Il cessa de parler, un peu honteux de s'être dévoilé ainsi, d'avoir montré aussi ouvertement sa détresse et sa faiblesse. Il jeta un coup d'œil à Stiles, qui continuait, imperturbable, de le serrer contre lui et de lui frotter le dos. Qu'est-ce que Stiles allait dire ? Et si, finalement, Jackson s'était trompé – s'il n'avait pas été à la hauteur des attentes de Stiles ? ou si Stiles était secrètement comme Brian ou Greenberg ?

Mais c'était impossible, raisonna Jackson en tentant de se rassurer. C'était Stiles, c'était quelqu'un de bien.

─ Jackson, je… je ne sais pas quoi dire, chuchota finalement Stiles.

─ C'est nouveau, ça, répondit Jackson pour donner le change.

Il priait pour que Stiles réagisse bien, pour qu'il ne décide pas qu'il n'en valait pas la peine. Stiles émit un petit rire amusé, et Jackson se détendit un tout petit peu.

Stiles s'écarta légèrement pour le regarder droit dans les yeux.

─ Je veux dire, je ne comprends pas, reprit l'hyperactif, l'air épuisé et malheureux. Pour qu'ils te mettent à la porte comme ça, j'aurais cru que c'était parce que tu avais, je ne sais pas, tué leur poisson rouge ou brûlé leur maison ou accompli un rituel visant à déclencher l'Apocalypse, tu vois ? (Ce fut au tour de Jackson d'émettre un léger rire.) Mais là…

Stiles se passa la main dans les cheveux, déjà bien décoiffés comme ça sans qu'il ait besoin d'en rajouter.

─ Mec, c'est tellement cruel, soupira-t-il. Ces gens-là, je les comprends pas.

─ Est-ce que tu… Est-ce que, commença Jackson, la voix rauque. Est-ce que ça te pose un problème ?

─ De quoi ? Ce que tes parents t'ont fait ? Oh, oui, et un gros ! s'exclama Stiles. Parce que tu vois, je…

─ Non, je veux dire… Que je sois…

─ Que tu sois bi ? s'étonna Stiles. Jacks, pourquoi ça me poserait un problème ?

─ Tu ne me vois pas… différemment ? demanda Jackson, qui sentait un sourire éclore sur tes lèvres.

Stiles fronça les sourcils et secoua la tête en souriant avec perplexité, à croire que Jackson venait de dire quelque chose de particulièrement stupide qu'il avait du mal à comprendre, et ce fut comme si un poids était ôté des épaules du sportif.

─ Cesse un peu de raconter des conneries et lève-toi, rétorqua Stiles en se levant. On rentre à la maison, et quand je dis la maison, c'est la casa Stilinski, parce que c'est ta maison aussi et que tu en as fini une bonne fois pour toutes avec ces abrutis de Whittemore qui seraient incapables de reconnaître la chance qu'ils ont même si on leur hurlait dans les oreilles avec un mégaphone combien ils ont de la veine.

Jackson eut un petit rire. Il saisit la main de Stiles, et se releva.


A suivre...


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