D'habitude, quand une fille qu'il avait invitée commandait quelque chose de délicieusement sucré elle prenait... Un truc de fille. En questionnant les subtilités féminines issues de sa grande connaissance finalement assez limitée, Clyde avait remarqué que les jeunes filles choisissaient souvent des trucs mignons et colorés, comme un milk-shake.

Mais pas ÇA. Des boules de glace très banales et insipides saupoudrées de cacahuètes et de noix de pécan. Deux boules de glace. Une à la noix de coco et l'autre au beurre de cacahuètes. Craig voulait sûrement lui faire passer un message...

Peut-être aussi qu'à force de traîner avec Kenny, le fan de cochons d'Inde avait appris à ne pas trop flamber d'argent. Et prendre les choses les plus économiques, pas trop chères donc doublement savoureuses d'après l'avis d'expert de Kenny McCormick. Pourtant, Craig n'avait pas besoin de se donner cette peine : Dès que les deux amis étaient entrés dans le restaurant, Clyde lui avait annoncé plus joyeusement que galamment qu'il payait tout. En lui expliquant, goguenard, que son père lui avait donné un peu d'argent pour l'occasion. En voyant son fils si matinal et apprêté, Mr. Donovan avait directement flairé un rendez-vous hautement important avec une fille. Et donc participé à son niveau à la vie amoureuse de son enfant. Un moyen détourné de lui souhaiter bonne chance, et une méthode idéale pour un parent si peu à l'aise avec les mots et les sujets à concerner l'amour.

Clyde pouvait donc légèrement s'offusquer gentiment et dire à son cher ami qu'il aurait pu faire une petite folie et prendre quelque chose d'un peu plus cher et fantaisiste... Sauf un banana-Split. L'ambiance n'avait pas besoin d'un élément phallique pour d'ores et déjà installer une ambiance chaleureuse, ces innocentes boules de glace faisaient très bien l'affaire.

Quoique, Craig se chargeait lui-même de calmer le jeu. À fixer très sérieusement son ami d'un air presque vexé, et lui demander s'il était sûr d'être réellement son meilleur pote pour sortir une connerie pareille.

C'est vrai, en tant que meilleur ami de Craig Tucker, un titre que devait sûrement lui envier quelques pauvres ères, ce petit chanceux savait que son complice aimait les choses jolies et ennuyeuses. Et qu'il ne choisirait jamais un sundae avec une dose aussi indécente de chocolat. Pas comme lui. Mais Clyde avait passé cette commande uniquement dans le but d'améliorer sa façon de faire la sauce chocolat. De profiter un peu aussi de ce succulent exemple de perfection, bien plus intéressant que d'incompréhensibles exercices de mathématiques.

Et en parlant de sujet d'études passionnant à presque entièrement occuper son esprit, son attention se reportait sur Craig, installé en face de lui. Fidèle à lui-même, son meilleur ami mangeait sagement sa crème glacée. Proprement. Sans en faire couler exprès de sa bouche jusqu'à son menton, comme avaient l'habitude de le faire certaines actrices avec un liquide assez similaire à cette boule de glace blanche ayant toute l'attention de celui qui s'en occupait activement...

Et puis non, c'était ridicule. Fortement insultant pour son ami surtout. Même s'il était gay et donc forcément obnubilé par le sexe, Craig ne pourrait jamais faire une chose pareille. Son ami se montrait cynique, direct et parfois assez vulgaire, mais jamais ce type de technique d'approche aussi tapageuse serait dans ses habitudes. Ça aurait peut-être été un peu excitant (Juste un tout petit peu), mais surtout très gênant comme ils se trouvaient en public. En plus, très loin de délier son savoir-faire en séduction, le défenseur de cochons d'Inde paraissait un peu hésitant. Mal à l'aise dans cette atmosphère anormalement silencieuse et pesante.

À vrai dire, lui aussi ne savait pas trop sur quel pied danser. Fanfaronner devant les filles, se mettre en valeur pour attirer tous les regards féminins, ça il savait faire. Mais savoir comment se comporter avec un garçon, précisément son meilleur pote gay convié à un rendez-vous très spécial, là, la tâche s'avérait être un peu plus ardue. Pour ne pas dire impossible !

Sûrement parce qu'un certain problème le tiraillait. Quelques phrases trop précises et incisives lâchées par celui qui se trouvait justement à ses côtés et avec lequel le prétendant sans cesse éconduit de Bebe Stevens partageait un moment d'avance très important. Des mots prononcés sûrement sous le coup de la colère, qui commençaient à légèrement dater et n'étaient même pas confirmés comme lui étant destinés.

Il n'empêche que ce sujet le chiffonnait encore. Clyde savait qu'il devait en avoir le cœur net et être complètement apaisé pour pouvoir démarrer ce merveilleux rendez-vous dans les règles de l'art. Et parfaitement assurer en tant que gars parfaitement romantique face à son pote. Dit comme ça, la chose semblait peut-être des plus étranges, mais le gamin maîtrisait son sujet. Il voulait assurer tout le long de ce rencart, impressionner Craig, et peut-être lui plaire davantage... Ce dernier détail était en option, s'il ne perdait pas ses moyens juste avant et prenait une fois de plus ses jambes à son cou.

- Ce que tu as dit tout à l'heure, tu le pensais vraiment ?

Vu l'air interrogateur de son complice, Craig avait dû oublier cet épisode. Le passer à la trappe, penser à autre chose, se concentrer sur des histoires plus importantes. Donc, pour son plus grand soulagement, ses commentaires pointant du doigt les prétendus faux bisexuels ne lui étaient pas destinés. Sinon, son ami lui aurait confirmé ses propos en le regardant bien droit dans les yeux. De son regard le plus pénétrant, à instantanément le clouer au mur. Effrayant.

Quoique, rester éternellement dans le doute se révélait être tout aussi terrifiant et inconfortable. Stan et Kyle ne devaient jamais se laisser aller à ce genre de facilité pour le bien de leur si belle amitié. Et lui-même n'était pas aussi lâche. Juste prudent.

- Au sujet de Sophia Dutalent. Et les gens... Qui ne sont pas complètement hétéros.

Grotesque.

Clyde n'arrivait pas à articuler ce mot si banal, alors qu'avec Kenny et d'autres habitués du jargon des amateurs d'arts pornographiques il parlait couramment ce langage très fleuri. Comme si la bisexualité était un terme plus grossier et évocateur que le queening. Peut-être parce que ce mot lourd de sens lui faisait peur. Ouvrait sur des portes trop déroutantes pour oser les franchir...

Au moins son meilleur ami avait réussi à le comprendre malgré tout. Cela éviterait une nouvelle scène humiliante et gênante pour leur pauvre amitié déjà assez malmenée.

- Bien sûr, je déteste ceux qui jouent avec les sentiments des autres. Et qui sont bi juste pour être cools.

- …

Craig ne l'avait jamais frappé ni violenté d'une quelconque manière, Clyde aurait pourtant juré que son compère venait de lui donner un bon coup sur la tête. Un choc qui l'aurait instantanément abasourdi et hébété, à lui faire regarder son ami d'un air sûrement légèrement stupide mais surtout profondément blessé. Il ne pouvait pas croire que son pote puisse penser ça de lui, croire que ce gars pas toujours le plus futé soit mauvais au point de jouer avec ses sentiments. Le gamin n'aimait peut-être pas non plus que son orientation sexuelle récemment rectifiée mais encore incertaine soit si brutalement remise en doute.

Et puis de toute façon les gays ne devaient pas y connaître grand-chose en matière de bisexualité puisqu'ils aimaient simplement les personnes de même sexe. Pas besoin de se poser trop de questions. Pourtant, le gamin au bonnet péruvien donnait l'impression de savoir certaines choses très importantes vu son petit sourire discret mais dénué de toute méchanceté. En fixant en plus bien trop attentivement son meilleur ami.

- Mais je sais qu'il y en a qui le sont vraiment. Ou qui le découvre plus tard.

Oui, plus tard.

Après avoir eu l'honneur de découvrir l'homosexualité de son meilleur ami d'une façon très... physique. Quand son cher ami s'était délibérément jeté sur lui au lieu de se laisser aller devant un exemple de sensualité féminine. Se coller plutôt au pauvre corps innocent de son compère pour réellement ressentir du plaisir, allier l'utile à l'agréable et en même temps faire savoir d'une façon bien explicite ses préférences en matière d'attirance. Puis, au passage, et après bien des mésaventures pour leur relation jusqu'ici très paisible, fait se questionner cet unique témoin à également être son ami le plus proche. Ajouté au fait d'être le gars dont Craig était amoureux. Que ce dernier voulait probablement comme petit ami...

Après avoir été son meilleur ami, il serait donc son petit ami. Ou gardait les deux titres... Quoique, cela serait peut-être un peu bizarre d'être en couple avec un ami. Un ami qui fantasmait sur son soi-disant presque frère. Alors, une sorte d'ami intime, en un peu plus fort. Car l'amitié c'était important aussi, et Clyde Donovan y tenait à son statut de meilleur ami de Craig Tucker !

Même si partager des moments romantiques avec Craig ne lui déplairait pas complètement. Pas assez pour le dégoûter et lui faire détester son vieil ami.

Tout bien réfléchi, s'ils n'étaient pas deux garçons dans un lieu public convivial mais à démarrer au quart de tour en cas d'atteinte à la bienséance, l'éternel soupirant de Bebe Stevens n'hésiterait pas à poser sa main sur celle de son ami. La caresser doucement, prier très fort pour que Craig ait une petite once de romantisme assez développée pour accepter cette étreinte et serrer sa main dans la sienne. Ensuite, qu'il ne refuse pas cette offrande délicate à base de chocolat et ouvre la bouche pour accueillir la cuillère de son cher ami si généreux de partager avec lui son dessert. Puis, enfin, le remercier à l'aide d'un long et doux baiser sucré.

Voilà comment ça se passait avec les filles invitées précédemment. Des actions romantiques mais pas trop. Juste des gestes, des actes et des petits regards complices pour les approuver. Un tableau beaucoup plus idyllique que cette situation trop... Amicale !

Durant laquelle le gars se définissant lui-même comme étant aussi mignon que doué pour charmer les filles se retrouvait à terminer tout seul cette glace qui aurait bien méritée d'être partagée. En plus il savait que Craig aimait beaucoup le chocolat, pour aller jusqu'à en voler aux filles qui en recevaient pour la Saint-Valentin. Mais son âme de voleur serait certainement amoureusement touchée si son meilleur ami lui offrait des chocolats qu'il aurait faits lui-même. Ou un gâteau en forme d'étoile, car son complice n'avait pas de moule en forme de tête de cochon d'Inde.

Clyde sortait brusquement de ses rêveries et son moment de consolation à base de sucrerie en entendant son compère parler d'un gars avec un peu trop d'enthousiasme. Alors que d'habitude son cher ami semblait uniquement accorder de l'importance à son animal de compagnie.

Un nom se fixait sur cet individu à détester au moment où Craig lui demandait très sérieusement s'il se souvenait d'un certain Mark Cotswolds, ce gamin qu'une bonne partie de l'école élémentaire de South Park avait trouvé insupportable. Dont Craig, à s'être allié avec quelques élèves pour s'acharner sur le petit nouveau qui jusque-là étudiait chez lui.

Clyde ne comprenait pas trop pourquoi son meilleur ami se mettait tout à coup à lui parler de ce gars aux abonnés absents suite à son retour dans les études à domicile depuis la fin de l'école élémentaire. À moins que cet intérêt n'était pas anodin et avait justement raison de lui faire craindre le pire...

Toutefois, le gamin se souvenait vaguement de son éventuel rival : Un petit snob pas réellement méchant mais énervant malgré lui. Encore pire que Gregory, qui était pourtant surdoué et anglais ! En revanche, ce parasite n'était peut-être pas trop moche physiquement. Pas assez pour que son compère l'ignore...

En fait, Mark avait aussi cette faculté de l'agacer profondément alors qu'il ne l'avait pas revu depuis des années, sans n'avoir eu aucune animosité entre eux.

Seulement, Clyde ne supportait juste pas cet intérêt soudain que Craig avait pour ce loser. Ni le goût tout à coup amer que prenait la sauce chocolat de son sundae quand son pote contait ses retrouvailles tout à fait fortuites avec Mark Cotswolds, dernièrement. Cet être pathétique était paraît-il beaucoup moins ringard, presque aussi cool que quand il avait frappé Kyle pour l'honneur de sa sœur Rebecca. Et surtout, bon prince ou hypocrite de son état, Mark n'en voulait pas à Craig de l'avoir humilié et tabassé. Même la fois où il lui avait cassé le nez, bousculé volontairement contre un lavabo, craché dessus après lui avoir fait un croche-pied...

De son coté, Clyde avait bien envie de lui casser toutes les dents avec un marteau piqueur en apprenant que ce sale con avait même montré une petite cicatrice sur sa tempe, un souvenir que lui avait laissé Craig Tucker. Pour ce faire, il avait sûrement dû s'approcher assez près du visage de son ami. Et jouer au super guerrier fort et sexy couvert de cicatrices, magnanime avec un ancien oppresseur. Complètement pathétique.

Et décevant. Comment Craig, son meilleur ami, celui qui ne perdait pas son temps avec n'importe qui, avait pu accepter si facilement d'aller chez ce minable ! Chez lui, donc dans sa chambre. C'est là qu'ils s'étaient découvert une passion en commun pour l'astronomie. Et sûrement célébrer cet important centre d'intérêt partagé en copulant joyeusement sur le lit à n'en point douter impeccable. Absolument charmant. Clyde se voyait sincèrement navré de ne pas être aussi intelligent et brillant que ce nuisible.

Mais avant de concocter un plan d'attaque destructeur contre Mark et laisser une seconde chance au fan de cochons d'Inde, Clyde voulait s'enlever cet horrible doute de la tête. Ne pas encore une fois essuyer une défaite suite à une vengeance trop hâtive. Et ne surtout pas se dire qu'il était peut-être jaloux. Il n'y avait aucun mal à se renseigner.

- Il te plaît ?

- Hein ?

- Je veux dire... Tu le trouve gentil ?

Il n'allait quand même pas lui demander s'il le trouvait plus beau et intéressant que lui. Le gars toujours le plus mignon de l'école le savait déjà que de toute façon il était mille fois mieux que ce raté. Sauf au niveau des résultats scolaires. Mais Craig ne devait sûrement pas juger l'intelligence en premier, ou avoir fait une exception pour son meilleur ami. Dans tous les cas, l'ami en question tenait à veiller sur celui qui serait peut-être un jour son petit ami. Juste pour lui éviter des ennuis.

- À mon avis ce Mark n'est pas un gars bien.

Terriblement moins bien que lui. Beaucoup moins séduisant et cool. Assurément. Bon, si ses souvenirs ne faisaient pas fausse route, la famille Cotswolds était assez aisée. Pas aussi riche que celle de Token, mais Mark vivait confortablement. Certes, Craig n'était pas vénal mais il voudrait peut-être un beau mariage très luxueux, une lune de miel à l'étranger, une grande maison, plein de cochons d'Inde... Le nombre de cobayes serait tout de même limité, mais celui qui suite à cette union deviendrait son meilleur ami et son mari disait oui à toutes les idées précédentes. Avec un grand sourire déjà présent. Mais avant d'avoir pu fixer quelques pistes d'idées de la destination pour leur voyage de noce, un certain détail trop proche et troublant l'avait déconcentré.

Craig le regardait tellement sérieusement (Intensément... Osait-il le penser en reliant cet adjectif à son meilleur ami ?! Peut-être un peu) que Clyde s'attendait à une déclaration. Là, tout de suite, dans ce restaurant si peu romantique mais finalement assez propice à ce genre d'épanchement.

Ou alors, son complice observerait sa jalousie bien peu discrète. Tandis que Clyde savait très bien qu'il n'était pas jaloux, il posait juste quelques questions et s'inquiétait du sort de son meilleur ami, tout simplement. Un meilleur ami décidément très curieux et décidé à le fixer encore avec ce regard beaucoup trop intense. Oui, intense. Et très beau.

Ça va, ce n'était pas gay de penser que son meilleur ami avait de jolis yeux. Pas comme s'il se disait aussi que ce même ami n'était pas désagréable à regarder.

- Pourquoi ça t'inquiète autant ?

Bonne question. À laquelle Clyde ne pouvait pas vraiment offrir d'éléments satisfaisants. Ni admettre que cet enfoiré de Mark lui ressortait par les yeux. En plus Craig en profiterait pour se moquer de lui et dire qu'il était jaloux. Chose totalement fausse, ou du moins très exagérée.

- Si vous devenez des amis plus proches, vos sœurs aussi vont sympathiser. Et je ne pense pas que Rebecca soit une très bonne référence pour Tricia.

Une question piège suivie d'une bonne réponse. Et un soulagement en voyant Craig approuver simplement d'un hochement de tête, sans continuer dans cette série d'épineuses questions trop directes.

Pour le sauver encore une fois, son statut de meilleur ami lui conférait quelques informations. Comme de savoir que malgré son détachement, Craig tenait beaucoup à sa petite sœur. Et serait donc très inquiet si Tricia se mettait à copier la sœur de Mark. Qui sortait avec des gars différents presque toutes les semaines et embrassait de parfaits inconnus pas trop dégoûtants pour mériter sa bouche divine. Tout ça indépendamment de son jeune âge et de son manque de maturité pour savoir se défendre face à un pervers mal attentionné.

L'ambiance à présent beaucoup plus détendue et débarrassée du moindre malentendu était propice à une petite maladresse romantique tout à fait involontaire uniquement en apparences. Clyde avait choisi une de ses techniques d'approche amoureuse préférées, en plus elle était relativement discrète tout en faisant tout de même son petit effet. Pile ce dont ils avaient besoin !

Bien sûr cela ne plaisait pas à toutes les cibles, et faire du pied pouvait donc parfois se révéler être un plan dangereux pour les orteils ou l'entrejambe de l'unique investigateur. Avec un léger frisson d'horreur, Clyde se rappelait trop douloureusement de ces cuisants échecs. Mais heureusement, bien souvent, le jeu en valait la chandelle et amenait sur des terrains bien plus empreints de tendresse...

Cependant, cette fois-ci il était question de Craig. Un cas aussi important que délicat. Un ami que le gamin connaissait assez bien pour savoir qu'il ne ferait pas preuve d'une bonne dose de délicatesse pour écarter son pied, ou pire... Comment était censé réagir son meilleur ami, le vrai Craig Tucker, celui dont l'admirateur de Bebe Stevens savait depuis si peu de temps son homosexualité et ses sentiments tournés vers lui...

Tant pis, trop de questionnements qui accumuleraient les non-réponses allaient encore une fois tout gâcher. Et faire se terminer ce rencart pour le moment plutôt encourageant d'une façon terriblement décevante. Son cher ami Craig ne l'avait-il pas toujours encouragé à assumer ses choix et s'imposer quand il le fallait... En bon élève, Clyde ajoutait quelques conseils venant de Cartman. Les moins pires et ceux qui ressemblaient à des paroles positives. Quand son confident lui expliquait avec une certaine autorité qu'il devait se comporter comme un homme, ne jamais hésiter, car c'était lui le dominant. Et que de toute façon Craig n'attendait que ça : Se faire troncher par le gars de ses rêves. L'heureux élu sincèrement aimé voyait les choses d'une façon un peu plus... Poétique.

En plus d'être davantage amoureux, son ami allait être fier de lui ! Si les choses fonctionnaient comme prévu, telles qu'elles se produisaient dans le nouveau petit film que Clyde était en train d'imaginer avec Craig qui serait fort troublé par ce contact mais lui prendrait la main sous la table. Ou, dans le pire des cas, à être très mal à l'aise mais en laissant échapper un petit sourire ravi. Tout simplement adorable.

Mais pas... ça. Cette absence totale de réaction perceptible alors que celui à pourtant être son petit ami idéal et grand fantasme (oui, les deux à la fois) venait de coller sa jambe contre la sienne. D'une façon tout à fait voulue, forcément surprenante, sincèrement appréciée. À le faire fortement rougir, étouffer un petit cri, ou mieux un soupir proche du gémissement. Et non provoquer la continuité de cette situation normale où Craig lui parlait toujours posément de ce chiot très mignon que Heidi avait adopté et qui ressemblait un peu à Rex quand il était bébé.

Clyde adorait son chien, mais actuellement cette histoire était le cadet de ses soucis. Il ne pourrait pas se concentrer sur quelque chose sans savoir pourquoi son meilleur ami ne réagissait pas. Ne manifestait pas la moindre réaction, alors que son compère se retrouvait à espérer même de la colère ou un autre départ précipité.

Tout mais pas ça. Cette réaction dédaigneuse qui pouvait même ressembler de très près à une volonté de faire semblait d'ignorer ce geste de séduction. Même lorsque son courageux auteur allait jusqu'à frotter plus volontairement sa jambe contre celle de son complice. Et remarquer au passage qu'elle était anormalement dure et froide. Comme l'aurait été le pied central de la table...

Voilà. Depuis de trop nombreuses minutes ce grand séducteur s'évertuait à chauffer un pied de table.

Finalement, Clyde aurait préféré que son pote lui balance sa coupe de glace vide plutôt que se retrouver à avoir envie de disparaître sous terre. Le plus profondément possible, et loin de ce monde où il ne faisait que se ridiculiser devant son meilleur ami. Cet ami sincèrement épris, que lui-même avait envie d'aimer de cette façon. Essayer du moins. Mais pas en s'affalant dans la nullité à chaque tentatives lamentables.

Pour réanimer son honneur en train d'agoniser, le gamin pouvait au moins se dire que Craig n'avait pas remarqué cette ridicule tentative de séduction. Son ami continuait de lui parler des vaines demandes de diffusion à la télévision de ses vidéos d'animaux filmés en gros plan, sans remarquer le changement d'expression de son vis-à-vis. Sauf s'il pensait que Clyde venait de subitement devenir aussi impressionnable que Butters et se montrait donc mortifié suite au nouvel échec de son ami préféré.

C'était assez ironique : Craig pensait probablement être face à une manifestation d'amitié empathique. Alors que son meilleur ami avait voulu basculer vers quelque chose de plus adapté aux sentiments du gamin au bonnet péruvien.

Cartman, son fidèle confident si patient et content de ses efforts ne serait pas fier de son protégé. Clyde Donovan, s'intronisant lui-même comme un grand séducteur, venait en personne de s'avouer vaincu. Préférant limiter les dégâts plutôt que recommencer à draguer discrètement et sûrement trop subtilement son meilleur ami. Pour ne pas dire se noyer encore plus dans ses échecs aussi cuisants que pathétiques, qui cette fois pourraient être découverts par celui leur étant destiné. Mais pas sous forme de réussite, loin de là...

Tandis qu'il partageait cette ingénieuse blague à double sens que Jimmy lui avait faite aujourd'hui, l'éternel soupirant de Bebe Stevens terminait son sundae en se confirmant une fois de plus que les desserts étaient vraiment excellents à cette enseigne. Et que c'était bien plus prudent pour Craig et lui de ne pas viser de trop hauts sommets. Être de bons amis très complices était déjà bien, même si Clyde regrettait de ne pas pouvoir devenir un jour son petit ami. Apprendre à aimer son complice de cette façon, découvrir et ressentir les sentiments de Craig, être sincèrement heureux en s'imaginant le serrer dans ses bras et avoir le droit de l'embrasser...

Tant pis. Pour se motiver et rendre cette résolution moins déchirante, il se faisait une raison. Craig aurait refusé le moindre petit bisou et de l'attention de sa part serait encore plus rare que d'avoir la meilleure note de la classe.

Pour rester dans les trucs tellement romantiques, ce foutu pied de chaise s'était définitivement attaché à lui. Sa jambe venait d'encore une fois buter contre l'unique témoin de son heureusement très intimiste humiliation. Et littéralement son seul pilier pour continuer à supporter ce rencart devenu aussi fade que les dernières bouchées de sa crème glacée. Où il devait en plus réexpliquer la fin de la blague de leur ami humoriste car Craig ne semblait pas l'avoir compris vu son petit hoquet de surprise.

La chute de cette plaisanterie était-elle trop perchée pour que son compère le regarde avec cet air incrédule ? À rester pire qu'étonné même en entendant son ami reformuler la blague, pour y ajouter d'ailleurs quelques explications. D'habitude, le fervent défenseur de cochons d'Inde assimilait vite le trait d'humour et taquinait Clyde quand celui-ci riait malgré qu'il n'ait pas tout saisi.

Encore plus étrange, cet affectueux pied de chaise bougeait tout seul et caressait sa jambe ! Un peu timidement, mais d'une façon tout de même décidée... Rien d'étonnant à cela, ce n'était pas un froid morceau de métal mais la jambe de son ami Craig. Probablement trop concentré (ou troublé), ce dernier ne posait pas un regard ni un mot sur le sourire mi étonné mi ravi de son complice, qui lui-même ne devait plus contrôler les muscles de son visage. Seul son esprit fonctionnait à plein régime, en lui répétant sans cesse que son meilleur ami était en train de réagir à son approche quasi romantique. Que sans le vouloir il avait fait du pied à Craig Tucker et celui-ci lui répondait de plus belle.

En d'autres circonstances, cette situation l'aurait fait éclater de rire. Se retrouver avec une longue jambe de poulet qui étreignait à moitié sa pauvre petite jambe davantage habituée aux gambettes galbées et féminines pouvait correspondre à quelque chose de surréaliste. N'empêche, aucune fille à avoir croisé sa route et son savoir-faire en matière de super techniques de drague s'était montrée aussi douée. Craig faisait exprès d'éloigner progressivement son pied pour forcer son ami à venir vers lui, sous la table. Du coin de l'œil, Clyde le voyait esquisser un petit sourire satisfait et sentait la jambe de son complice revenir à la charge. Beaucoup moins subtilement que lui, même pour ce genre de chose Craig Tucker devait rester fidèle à lui-même. Et son compère n'allait pas s'en plaindre. Au contraire, il ne pensait à rien d'autre. Ce détail allait peut-être lui jouer des tours pour la suite de cet échange. Un échange silencieux pendant plus très longtemps.

Remis de ses émotions, Craig demandait à son ami si il avait compris le sens caché de cette blague très intéressante, tout en frottant lentement son genou au sien et osant le regarder dans les yeux cette fois. Un petit regard malicieux et absolument adorable... (Oui il était toujours question de son meilleur ami)

Pour être tout à fait honnête, Clyde ignorait complètement les messages cachés de la fameuse plaisanterie à avoir récemment trouvé une seconde fonction, celle de question qui en cachait une autre. Enfin, il comprenait néanmoins adroitement le petit sous-entendu mis en place par son cher ami. Une machination brillante bien pratique pour englober toutes les récentes problématiques à avoir assombri leur amitié, depuis le drame avec comme support un film pornographique. Mais maintenant, presque miraculeusement ou grâce à la magie de ce rencart, Clyde se sentait plus confiant. Prêt à avouer à son ami, en jouant le jeu, qu'il commençait à mieux comprendre la solution de cette énigme et que ça lui tenait même à cœur de la résoudre entièrement.

Si ça ce n'était pas une magnifique déclaration ! Et une belle preuve de sa bisexualité bien légitime venait d'apparaître : Clyde Donovan ne s'était pas retourné en entendant des éclats de voix féminines pénétrer dans le restaurant. Son regard était resté fixé sur le visage de son ami, comme envoûté. Prêt à lui répondre à l'instant, tout de suite, pour plus vite observer à son aise son complice, si une salutation enjouée et lointaine n'avait pas brisé la magie du moment.

Ce rencart enchaînait les éléments surréalistes. Une fille apostrophait Craig...! Clyde s'attendait à tout, même à une énième fille amoureuse de son meilleur ami qui serait folle de jalousie de le voir préférer la présence d'un gars sans importance plutôt que la sienne.

À toutes les éventualités possibles, sauf à Wendy Testaburger accompagnée de sa meilleure amie, Bebe Stevens. Tout sourire, l'ex petite amie de Stan saluait poliment le meilleur ami du fan de cochons d'Inde pour pouvoir recentrer son attention sur celui-ci. Lui annoncer qu'elle avait adoré la série qu'il lui avait conseillée, une série visionnée et dévorée tout le long du week-end dernier. Gratifiant la jeune fille d'un sourire amicalement ravi, Craig ajoutait qu'il savait que cette émission allait lui plaire. Et commençait à parler un langage incompréhensible pour les non-initiés en lui demandant ce qu'elle pensait de la relation entre deux personnages. Cody et Kendall. Le mystère autour du genre du second protagoniste restait entier.

Si Clyde ne savait pas que son ami adoré était gay, il aurait continué à penser qu'il y avait quelque chose de louche entre ces deux-là. Aujourd'hui, armé de certaines informations capitales et sans détours, le gamin avait juste l'impression de voir une fille et son ami gay qui devaient parler d'une série à aborder des sexualités dites hors norme. Il se demandait si Craig serait d'accord pour lui montrer cette série, juste par curiosité...

Aussi charmante soit-elle, cette adorable scène illustrant l'amitié fille-garçon ne lui avait pas fait oublier la seconde fille qui venait de s'approcher de leur table. Barbara Stevens, dite Bebe, celle pour laquelle Clyde était prêt à sacrifier toute son importante collection d'objets dérivés du Seigneur des anneaux pour pouvoir sortir avec et ensuite épouser cette si jolie blonde. Définitivement séduisante, surtout quand elle souriait de la sorte. Un sourire charmeur mais pas trop, qui ne promettait rien mais offrait déjà beaucoup. Totalement à l'image de celle qui l'esquissait à la perfection. Et était encore plus percutant quand ce sourire accompagnait une salutation lui étant adressée. Avec le temps, son plus grand fan avait presque oublié l'effet merveilleusement fulgurant qu'était d'entendre Bebe prononcer son prénom.

La meilleure amie de Wendy n'avait pas été aussi gentille avec lui depuis... Bien des années, quand ils étaient sortis ensemble à l'école élémentaire puis rompu dans ces mêmes périodes scolaires. Trop longtemps donc. Et le fait de se faire ignorer par la fille de ses rêves n'avait pas arrangé les choses. Au contraire, sa convoitise se retrouvait sans cesse renforcée...

Certes, Bebe était peut-être miraculeusement sympathique juste par la force des choses. Parce que sa grande amie Wendy était très attachée à Craig, le meilleur ami de Clyde. Elle devait donc faire bonne figure pour faire plaisir à son amie, et ne pas agir comme si ce garçon amoureux d'elle depuis si longtemps n'existait pas. Donc sourire superbement à ce gars, et badiner avec lui au sujet de ce restaurant où ils se rendaient souvent sans jamais se croiser. Et rire de concert à cette constatation sûrement moins drôle que la blague de Jimmy et celle que Craig et Clyde venaient d'inventer à sa suite.

Craig... Celui censé lui accorder toute son attention n'osait même plus le regarder. Par peur de croiser son regard alliant jalousie et douleur. Sincèrement blessé que ce pauvre inconscient soit à jacasser avec cette fille en particulier lors de leur supposé premier rendez-vous amoureux. Que ce sale con égoïste le mette de côté pour complimenter cette blondasse au sujet de son si élégant nouveau manteau rouge qui la mettait si bien en valeur. Pourtant son ami ne lui avait jamais semblé particulièrement jaloux...

Et puis, ils n'étaient pas réellement un vrai couple gay (ou un couple tout court) donc Clyde pouvait continuer de charmer et draguer les filles. C'était bien ça le principe de ses attirances nouvellement approfondies, aimer à la fois les filles et les garçons. En plus, Bebe Stevens n'était pas n'importe quelle fille ! Tout comme Craig n'était pas un gars quelconque, ni simplement un bon pote...

Avant de sombrer dans une intense réflexion sur le chemin que devaient actuellement prendre ses sentiments et ses pulsions, le gamin avait eu droit à un nouveau sauvetage en règle par une personne digne de confiance. L'esprit de sa mère devait vraiment veiller sur lui...

Aussi vite qu'elle s'était manifestée, Wendy avait attrapé son amie par le bras pour gentiment s'éclipser en expliquant qu'elles ne voulaient pas les déranger plus longtemps. Qu'elles aussi avaient un bon et délicieux moment amical à passer. Et qu'elle sentait que les choses allaient dégénérer si Bebe restait dans les parages, sans oser le dire tout haut.

Sage décision.

La présence d'esprit de la jeune fille était louable, mais les choses avaient peut-être bien déjà dégénéré. Même une fois les deux filles parties assez loin pour ne plus troubler leur champ de vision, le silence persistait, pesant et angoissant. Tellement que le grand admirateur de Bebe Stevens, récemment récompensé mais se sentant pourtant terriblement coupable, n'osait toujours pas lever les yeux vers son compère.

Jaloux ou non, Craig devait lui en vouloir. Être très vexé que ce dragueur de pacotille ose gâcher leur moment précieux en faisant les yeux doux à cette pute. Et que dès demain il allait le rayer définitivement de ses fréquentations, puis sortir avec Mark en s'affichant exprès devant son ancien meilleur ami. Une raison suffisante pour encore plus détester Mark Cotswolds !

En tout cas, si ces actions dévastatrices pour leur relation se listaient dans les prochaines choses à faire obligatoirement et sans préavis, le gamin au bonnet péruvien s'y prenait très mal.

Sans crier gare, il avait posé sa main sur le genou de son ami. Est-ce que Craig était prévenant au point de ne pas oser effleurer sa cuisse, ou surtout prudent en ne lui prenant pas la main en public...? Peu importe, son meilleur ami était simplement rassuré. Et se sentait très bien à ce contact. Une caresse étrange, agréable, qui lui répétait sans cesse que son ami ne lui en voulait pas.

Apaisé, Clyde avait docilement hoché la tête quand son ami avait remarqué qu'ils feraient mieux de rentrer. Ensuite, relevé les yeux pour être une nouvelle fois rassuré en constatant du sourire un peu plus fort que simplement amical. Un sourire hésitant (normal, vu le typhon émotionnel qui venait d'avoir eu lieu...) mais sincère. Et tenter de chasser ce reproche assassin que lui ferait Cartman, en lui disant que l'attitude qu'il venait d'avoir était trop soumise pour le statut de dominant à afficher continuellement...