Premier vrai mauvais point de ce rencart achevé de façon prometteuse, malgré quelques petites gaffes qui n'avaient pas entaché l'aspect satisfaisant de l'évolution encore timide de leur relation suite à ce rendez-vous : Ils ne rentraient pas en se tenant par la main. Comme avaient coutume de le faire les jeunes couples après un moment galant très concluant. Et après, sans plus attendre, s'embrasser amoureusement de longues et précieuses minutes.

Main dans la main pour rejoindre leurs maisons voisines et ensuite échanger leur premier baiser dans l'espace entre leur jardin respectif, ça aurait été d'un romantisme fracassant !

Au lieu de ça, pour rafistoler cette légère erreur de parcours, Clyde parlait à son ami de cette fameuse série qu'il avait conseillé à Wendy mais pas à lui. Sans donner l'impression d'être jaloux ou de s'y intéresser très sérieusement, le gamin demandait juste quelques informations avec un ton qu'il espérait le plus détaché possible. En jouant celui qui était simplement amusé par l'enthousiasme de la jeune fille alors que lui-même était excité comme un gosse en s'imaginant parler de ce thème encore si mystérieux pour lui, mais sûrement passionnant à découvrir avec son meilleur ami très concerné et donc connaisseur du sujet. Qui l'inviterait sans hésiter chez lui pour regarder tous les deux chaque épisode de la série, en passant une nuit blanche plus instructive que jamais.

Et définitivement chasser une bonne fois pour toutes ce petit regard méfiant que Craig lui lançait encore une fois. Son ami lui avait toujours fait confiance et prouvé sa loyauté de façon aussi exemplaire que cool, alors pourquoi les choses seraient différentes à présent... ?

En essayant de ne pas trop s'inventer les pires scénarios, le gamin se disait simplement que les homosexuels étaient de nature méfiante une fois que leur secret était découvert. Ou le fan de cochons d'Inde voulait simplement tâter un peu le terrain avant de vraiment y croire. Et donc lui faire assez confiance pour avouer ses sentiments peut-être partagés... Pour ça, Clyde demandait encore un petit temps d'adaptation. Être seul avec Craig ou s'imaginer l'embrasser ne lui faisait plus aussi peur qu'avant, mais il avait encore le vertige en reliant le verbe aimer à son meilleur ami.

Chaque chose en son temps, sinon une séparation brutale allait avoir lieu !

Au moins, les dernières mesures de leur premier rendez-vous restaient harmonieuses. L'éternel soupirant de Bebe Stevens n'avait pas paniqué quand son compère avait répliqué qu'il ignorait que ses goûts se tournaient tout à coup vers une série si différente de High school musical en matière d'histoires d'amour (Une façon subtile pour dire que la série en question ne parlait pas de romances hétérosexuelles...) Ce à quoi le concerné avait répondu, d'une sincérité presque déconcertante, que depuis quelques temps il s'étonnait lui-même de s'intéresser à certaines choses. Sérieusement, sans chercher à en rire ou le prendre à la légère. Sans oser néanmoins avouer de vive voix qu'il ne serait pas contre pour regarder attentivement une série où était mis en valeur un couple d'hommes. Et lire très respectueusement un magazine gay qui pourrait peut-être lui faire un peu d'effet. Enfin pas autant que les magazines pornographiques normaux, bien entendu.

Et puis, Craig pouvait bien observer sournoisement que c'était sûrement les hormones et lâcher un petit rire se voulant moqueur, son ami n'était pas si naïf. Clyde se surprenait même à remarquer qu'il connaissait finalement très bien son complice. Pour tout de suite relever que son ricanement sonnait faux et son regard restait étrangement fuyant. Malgré les apparences et les clichés à lui coller à la peau, Craig Tucker n'était pas aussi insensible.

Très loin de prendre simplement ces confidences à la rigolade, le gamin au bonnet péruvien se sentait simplement très troublé. Ayant sûrement de la peine à y croire, en se demandant si c'était toujours du sérieux comme pour leur rendez-vous. Et lui aussi devait être assez tendu en s'approchant de leur destination. Toujours sans oser entamer un petit contact romantique où leurs mains s'adonneraient à une étreinte très particulière, mais en pensant sûrement à une chose toute aussi intense. De plus en plus proche, inévitable : Comment agir maintenant que leur relation avait légèrement évolué, pris un chemin très étranger à leurs confortables petites habitudes issues du monde de leur amitié.

Clyde ne voulait surtout pas gâcher ce bon moment en se demandant si Craig avait déjà eu des petits amis pour essayer de faire infiniment mieux que ces losers en matière de romance. Cependant, il n'avait pas non plus très envie de replonger au fin fond de leur stricte amitié prenant place dans leur vie tout à fait normale. Où, mués par un très pur élan d'amitié, les deux amis allaient calmement entrer dans la maison de Craig (Parce que c'était la plus proche) Pour torcher en quelques minutes leurs devoirs qui seraient complétés par la généreuse collaboration de Token toujours là pour épauler ses amis. Après, ils pourraient jouer aux jeux vidéo ou regarder un film. S'éloigner progressivement de l'ambiance romantiquement feutrée de tout à l'heure. Alors que le soupirant sans cesse éconduit de Bebe n'avait pas envie de la quitter. Pas comme ça, si vite, comme si ce rencart ne voulait rien dire. Ne signifiait rien pour eux. Enfin, pour lui du moins.

Même si Clyde voulait bien admettre ressentir une certaine appréhension en imaginant la suite de leur moment pseudo amoureux. Surtout certains passages, et comme par hasard les plus importants... Où il se voyait échanger une série de délicieux baisers avec Craig, si celui-ci ne lui faisait pas manger son poing, en craignant chaque seconde que Tricia ou les parents de son ami débarquent et hurlent au scandale.

Ou, plus tranquillement, dans la chambre, essayer de se donner mutuellement du plaisir sans avoir besoin de l'aide de Brenda Love cette fois ci. Mais sous le regard intrigué d'un cochon d'Inde innocent et très curieux de ces étranges pratiques amoureuses.

Un programme pas vraiment confortable mais sûrement très drôle et excitant. Sauf le passage avec Stripe... Ça lui faisait en plus repenser aux horribles paroles de Cartman, quand ce gros porc insinuait que Craig utilisait son animal de compagnie comme un jouet sexuel. N'importe quoi !

La preuve, tel un parent surprotecteur et aimant, son ami pensait tout haut en espérant que sa mère n'avait pas une fois de plus oublié de refermer la porte de sa chambre en allant y déposer du linge propre. Et, en tant que meilleur ami de Craig Tucker et fan officiel de Stripe, Clyde se chargeait d'apaiser cette brève inquiétude en avançant que le cochon d'Inde devait sûrement se reposer de façon très mignonne sur son coussin. Ou sur un pull de sa "maman adorée", tombé par terre mais toujours imprégné de son odeur rassurante.

Des hypothèses moins alarmistes et approuvées par l'ami humain du cobaye. Celui-ci avait d'ailleurs illustré sa réponse avec un petit sourire directement adressé à Clyde. Qui n'avait pas eu besoin de plus pour repartir gaiement vers ses réflexions complexes et à toutes concerner son meilleur ami.

Sans trop savoir pourquoi, et en trouvant d'ailleurs cette pensée assez intrigante, son esprit vraiment trop surmené ou définitivement perverti avait dérivé vers un sujet de réflexion bien particulier. Que beaucoup d'individus qualifieraient de dégoûtant. Ou terriblement bizarre. En particulier lorsqu'il se rattachait à un ami.

Devant la porte d'entrée de chez les Tucker, quand son complice lui avait rendu ses gants furtivement égarés, le gamin s'était demandé si Craig s'en était servi à des fins très... Personnelles. Simplement les sentir furtivement pour aussitôt esquisser un adorable petit sourire amoureux en pensant directement à celui qu'il aimait. Ou les renifler fiévreusement pendant qu'il se tripotait en pouvant encore mieux imaginer ce même ami grâce à ces précieux éléments olfactifs. En fait, peut-être bien qu'il avait fait les deux à la fois... Sauf si le fervent défenseur de cochons d'Inde les avait tout bêtement posés sur son bureau pour après les fourrer dans sa poche avant de partir ce matin, en manquant peut-être même de les oublier !

Après une brève délibération, le petit chanceux à récupérer ses précieux gants penchait pour toutes ces hypothèses réunies dans un ordre chronologique. Sans être dégoûté ou choqué. Juste intrigué et intéressé par cette nouvelle facette de leur relation. Tout en évitant quand même de trop penser à son meilleur ami occupé à se toucher en pensant à lui, au risque d'encore plus plonger dans des émotions troublées et assez gênantes.

Et pas la peine d'essayer de sonder le magnifique regard paralysant de son pote pour deviner la vérité, effleurer sa main lui avait définitivement embrouillé l'esprit. Le miracle avait pris forme en quelques fugaces secondes, mais c'était quand même un semblant de caresse bien réel !

Hélas, ce doux flottement peut-être un petit peu amoureux n'avait pas duré longtemps. Son cerveau venait de brusquement se remettre à sa place en enregistrant une certaine information anormale et un brin alarmante. Machinalement, en rangeant ses gants dans sa poche, Clyde avait au passage consulté son téléphone portable, au cas où. Pour à l'instant faire face aux très nombreux messages de la part d'une certaine personne trop souvent porteuse de mauvaises nouvelles. Qui ne lui écrivait pas si régulièrement que ça ne plus, à part pour lui envoyer des piques ou remplir son récent nouveau rôle de confident.

Qu'est-ce que Cartman lui voulait tout à coup ? Qu'avait-il de si important à lui dire pour le harceler ainsi de messages ?!

D'habitude c'était lui qui envahissait gentiment ses amis proches de messages en tout genre, se retrouver de l'autre côté de la barrière ne lui plaisait pas beaucoup. Surtout si c'était pour recevoir une dizaine de messages électroniques venant de Cartman lui répétant de bouger son cul et venir immédiatement chez lui. Ajoutés au même nombre de messages d'insultes censés le faire se dépêcher.

Eric Cartman ne se classerait jamais dans le panel des personnes les plus polies et délicates, certes, mais il y avait bien une raison valable à un tel empressement. Et son destinataire avait un mauvais pressentiment. Avec ce sinistre personnage, il fallait s'attendre à tout. Souvent au pire...

Pour illustrer la chose, Clyde se souvenait s'être lâchement fait bannir et traiter comme un indésirable suite aux caprices de ce gros lard durant la quête du Bâton de la vérité.

Le Seigneur des Ténèbres déchu était donc bien placé pour savoir que, sur un coup de tête, son confident finalement pas si idéal pouvait très bien décider de changer soudainement les plans. Se retourner contre un ancien compagnon de jeu et devenir son pire ennemi. Dans le cas actuel, user du chantage face à ce pauvre petit naïf qu'était toujours Clyde Donovan. Faire de lui son souffre-douleur personnel s'il ne voulait pas que toute l'école et même la ville entière soit au courant de sa relation très particulière avec son meilleur ami. Et balancer sur la place publique chacune de ses confidences les plus personnelles, en les commentant bien sûr de sa plume acide et cruelle.

En une seule soirée, après un doux moment amicalement romantique, détruire la vie de deux jeunes gens qui n'avaient rien demandé à personne. Au contraire, qui restaient pieusement concentrés sur leur lien en plein changement. Une évolution déjà prometteuse mais terriblement fragile. Qui pouvait se briser à la moindre remarque malheureuse. Surtout celles prononcées par Cartman.

Tellement choqué par l'intervention virtuelle inattendue de cette créature dangereuse venant perturber leur rendez-vous arrivé au point final, mais culminant pour un prochain épisode à mettre ou non sous le signe du romantisme, Clyde n'avait pas entendu son ami lui demander si tout allait bien. Complètement déboussolé et noyé dans ses craintes confirmées par de vieilles rancœurs, le soupirant de Bebe Stevens avait eu besoin de l'intervention un peu plus musclée de la part de son cher ami. Un ami qui tenait quand même assez à lui pour ne pas le secouer avec trop de brutalité, avec juste assez de poigne pour le faire revenir dans le monde réel. Un monde hélas pas si éloigné du brouillard inquiétant qui le maintenait encore un peu hébété. Presque incapable de sortir une phrase intelligible avant de complètement reprendre ses esprits.

Et se souvenir à temps qu'il ne devait rien dire à Craig au sujet de l'importante confiance dont bénéficiait maintenant Cartman. Que ce dernier était également au courant de son homosexualité, et que cette information risquait de se retourner contre le pauvre inconscient à avoir été assez stupide pour tout déballer au gars le plus manipulateur du monde !

En fait, en rebranchant ce qui lui restait de neurones encore compétents, Clyde se considérait comme l'unique responsable et le seul à pouvoir arranger les choses. Pas question de mêler son meilleur ami à cette histoire qui pouvait aussi très bien être un grossier malentendu. Un petit quiproquo à les faire rire de bon cœur, Cartman et lui... Les chances étaient moindres, il le savait. Un peu d'espoir, même perdu d'avance, aidait juste à encaisser un choc. Normalement. Mais le gamin devinait surtout que le fan de cochons d'Inde ne lui pardonnerait jamais d'avoir offert sur un plateau d'argent tant d'informations capables de détruire leur réputation. Et même leur vie...

Une pensée effrayante à chasser immédiatement pour éviter de céder à la panique. Surtout quand celui qui assumait l'entière responsabilité dans cette affaire avait finalement pris une importante décision.

Certains y verraient un bel exemple de lâcheté brute, d'autres une belle preuve d'amitié. Ou d'amour...! Peu importe, celui que Cartman voulait voir à tout prix était prêt à endosser n'importe quel rôle pourvu que Craig ne souffre pas. Et, si possible, que leur relation (Quelle qu'elle soit) reste intacte.

Et puis il n'était plus un petit enfant impressionnable et encore trop peu sûr de lui. Ni un simple guerrier sous le joug d'un grand sorcier aux manières discutables. Quelques années auparavant, cet ancien banni de Kupa Keep avait échoué pour tenir tête à ce sorcier tyrannique et obèse. Aujourd'hui, Clyde se sentait d'attaque pour cette fois-ci faire mordre définitivement la poussière à celui qui profitait toujours de ses faiblesses pour l'écraser. Pour le moment il ignorait comment s'y prendre, s'imaginer en Seigneur des Ténèbres encore plus puissant et machiavélique se révélait beaucoup plus facile qu'élaborer un nouveau plan d'attaque. Surtout sans l'aide de son fidèle assassin, Feldspar. Le gamin se retrouvait seul, livré à lui-même dans une réalité maintenant terriblement éloignée du monde innocent et propice à l'imaginaire de l'enfance.

Pour ce coup d'éclat encore incertain, son unique investigateur devait d'abord servir son plus beau et faux sourire rassurant à son ami préféré. Et lui expliquer qu'il devait en vitesse se rendre chez les Marsh. Dans le mensonge que ce super menteur venait tout juste d'élaborer, Stan, qui se proposait toujours gentiment pour toiletter son chien Rex, avait cette fois-ci vraiment besoin d'aide.

Vu la façon dont Craig le fixait, Clyde n'avait pas eu de mal à comprendre que son ami n'en croyait pas un mot. Mais pour éviter un nouveau conflit intérieur sûrement fatal pour leur relation et offrir un fin tragique à leur si beau moment rien que tous les deux, son compère n'avait fait aucun commentaire déplacé. Et avait sûrement pris sur lui pour ne pas faire le rapprochement avec une certaine fille qui aurait pu lui envoyer un message inespéré. Repenser plutôt à ses sentiments, assez forts pour servir un petit sourire malgré tout sincère à son ami. Et surtout le remercier pour ce rencart. En insistant exprès sur ce dernier mot, le plus sérieusement du monde et sans rictus moqueur ou ricanement.

Si une ignoble menace du nom d'Eric Cartman ne planait pas au-dessus de lui, Clyde se serait complètement laissé gagner par la joie. Craig l'avait dit, il avait confirmé que cet instant avait bien été un premier rendez-vous amoureux ! Une première approche visiblement très concluante à en juger par ce sourire étrangement doux que son ami lui avait brièvement lancé avant de rentrer chez lui...

Un moment romantique qui serait peut-être bien le dernier, si une certaine personne décidait de briser ce plan d'action qu'elle avait pourtant elle-même aidé à mettre au point. Un comble ! Mais Cartman ne se définissait pas vraiment comme quelqu'un de logique. Et Clyde se demandait s'il ne partageait pas ce défaut avec lui, pour avoir osé choisir cet énergumène comme personne digne de confiance.