Les Madusiècles I
We were friends
In our family portrait we look pretty happy
« Lily ? Tu joues avec moi aux gendarmes et aux voleurs ? » prononça une voix timide, arrachant Lily à un doux sommeil.
« Mmmh » La jeune fille se retourna, remit sa couverture par-dessus sa tête et grogna : « Dodo ».
« Mais Lily… » La voix se fit plus suppliante et une petite main vint lui caresser la joue. Malgré elle, elle ne put s'empêcher de sourire.
« Et ta sœur, elle ne peut pas jouer avec toi ? » demanda-t-elle d'une voix grave, en étouffant un bâillement et en s'étirant.
Timothy sourit à son tour et grimpa sur le lit de Lily, lui caressant encore les cheveux. Il aimait bien ses cheveux, ils étaient toujours tout doux et soyeux. « Aubrey est là… » Le petit garçon, âgé de seulement cinq ans, laissa sa phrase en suspens, faisant éclater Lily de rire.
« Bien, d'accord, tu me laisses me lever mon cœur ? » Il acquiesça et sortit de derrière son dos une tulipe qui devait sûrement provenir du jardin…
« Pour toi, » murmura-t-il en lui plaquant un gros bisou sur la joue. « Et c'est moi qui l'ai cueillie tout seul ! » ajouta-t-il fièrement en bombant le torse.
Lily embrassa le front de son frère, apercevant le réveil qui indiquait déjà onze heures et se leva en étouffant un autre bâillement. Elle prit la petite fleur, qui avait bien sûr été coupée sans tige, et la déposa sur sa commode. « Je suis fatiguée… » gémit-elle en s'étirant alors que le petit garçon arrivait à côté d'elle et la fixait d'un air moqueur. « Quoi ? »
« T'as des cheveux oranges ! » blagua-t-il en s'élançant en courant vers la salle de bain alors que Lily se mettait à le poursuivre dans la maison, un air de méchant furieux sur le visage.
« Tu vas voir ce que tu vas voir, petit monstre ! » Il lui tira la langue puis se fit attraper et dut subir les chatouilles de sa sœur en suppliant celle-ci d'arrêter. Lily se calma et se positionna devant le grand miroir en grimaçant. Son frère grimpa sur la cuvette à partir de laquelle il se traîna sur l'armoire avant de mettre les pieds dans le lavabo pour apercevoir le reflet de Lily dans le grand miroir.
Comme à chaque fois qu'il jouait au casse-cou, elle ne put s'empêcher de fermer les yeux en évitant de penser au pire mais le petit Evans avait un don de l'équilibre hors du commun. « Pourquoi t'as peur ? » Il demanda alors que Lily commençait à se passer de l'eau sur le visage. « Pourquoi tu te laves pas ? »
« Parce que tu me fais peur, » répondit-elle. « Et que je prends ma douche le soir, tu le sais bien. » Elle prit sa brosse à dents mais le gamin la lui enleva des mains, descendit de l'armoire en se propulsant dans les bras de sa sœur puis la força à s'asseoir devant lui.
« Je suis le docteur, d'ac ? » Il sourit puis ouvrit la bouche de Lily avant qu'elle n'ait pu ajouter quoi que ce soit :« Oh madame, » reprit l'enfant d'un ton sérieux et d'une voix plus dure, « je vois beaucoup des bosses dans votre bouche et… Oh mon dieu, elle est toute rouge ! »
Lily tenta de dire quelque chose mais Timothy lui pinça le nez et reprit sa voix étriquée : « Attention madame, ça va faire un peu mal… » Avec la brosse à dents, il se mit à récurer la bouche de Lily jusqu'au moment où elle parvint enfin à se dégager et se releva.
« Tim ! Ca suffit, t'es pas drôle ! » râla-t-elle alors que son nez continuait à lui faire mal.
« T'es méchante ! » couina-t-il. Sa lèvre inférieure se mit à trembler dangereusement et Lily se mordit l'intérieur des joues pour s'empêcher de répondre vertement. Ce sale petit manipulateur savait exactement quoi faire pour qu'elle craque. « T'avais promis que tu jouerais avec moi ! »
« Excuse-moi, » soupira-t-elle en lui faisant un câlin. « Je m'habille et on joue, ok ? »
Le petit garçon renifla puis fit non de la tête. Une drôle de lueur habitait ses yeux et il regarda la porte avec convoitise. « Je vais espionner Petty, » souffla-t-il avec un air de comploteur qui fit rigoler Lily. « Hier, elle donnait des bisous sur la bouche d'Aubrey ! »
Elle s'arrêta et regarda son frère d'un air intrigué « Pétunia et Aubrey, t'es sûr ? » demanda-t-elle avidement et il acquiesça vivement.
« Même qu'elle était toute rouge et qu'elle a dit que je devais rien te di – Merde ! » s'écria-t-il alors en mettant la main devant sa bouche et sa grande sœur fronça les sourcils.
« Ton langage, Timmy ! »
« Oh, oui, euh… Oups ? » répéta-t-il d'un air angélique qui aurait fait fondre n'importe qui. « Je pouvais pas le dire. »
« Oh et t'as pas envie qu'on… l'embête un peu ? » questionna Lily en se relevant, une idée derrière la tête. Le petit garçon approuva et ils se dirigèrent vers le fond du couloir. Doucement, Lily poussa la porte et aperçut sa sœur avec son 'meilleur ami' en pleine séance de bécot, comme elle apercevait parfois des sixièmes ou septièmes années à Poudlard.
Elle pouffa et les yeux du bambin qui l'accompagnait se remplirent de malice. Lily jeta encore un regard à la pièce et ce qu'elle vit la figea : la bouteille d'eau que sa sœur gardait à côté de son lit pour dormir était au-dessus de la tête des amoureux, non pensa Lily mais … SPLASH
« ARGGHHTTT ! »
« LILY ! ! ! ! ! ! ! ! » Le cri aigu traversa la maison, réveillant sûrement les voisins et faisant frémir leur mère qui était en train de nettoyer la vaisselle en bas. Avec un bruit de verre cassé, les pas résonnèrent dans l'escalier. Madame Evans s'approcha avec un visage rouge de fureur.
« Qu'est-ce que c'était encore ça ? » demanda-t-elle en retournant une claque à sa fille aînée, furibarde. La joue de la blonde étant mouillée de l'eau qu'elle venait de recevoir sur la tête, le bruit résonna longtemps dans le silence de la pièce.
« Maman… » murmura Lily mais sa mère lui lança un regard noir qui lui fit passer toute envie de commenter.
« Ne la touchez pas ! » s'écria Aubrey. C'était un garçon âgé de quinze ans avec qui sa sœur traînait depuis le primaire. Il avait des cheveux d'un noir de jais et des yeux bleus puissants qui électrisaient Lily à chaque fois qu'il la regardait. Plus petite, il lui faisait peur avec ses airs de racaille arrogante. Mais au fil des années, elle avait appris à le connaître et il pouvait s'avérer sympa. Mais surtout, ce que Lily avait retenu de leurs rares conversations, c'est qu'il aimait énormément sa grande sœur et ferait beaucoup de choses pour satisfaire à son bonheur.
« Ote-toi de mon chemin ! » gueula leur mère et Lily reconnut dans ses doigts un tic nerveux qui n'assurait rien de bon. Depuis que leur père était parti, Dorina avait, pour parler correctement, péter un câble. Elle s'était mise à boire, beaucoup trop pour sa propre santé, et avait régulièrement, dès que ses nerfs étaient à vif, de violentes crises de colère. Encore plus depuis qu'elle était rentrée de sa cure de désintoxication – guérie, selon l'avis médical.
Malgré ses douze ans, Lily avait du caractère, elle ne s'était jamais laissée faire par sa maman. Le souvenir d'un jour où la mère avait couru, dans tout le village, derrière sa fille pendant près d'une heure sans que celle-ci ne se laisse attraper et s'était arrangée pour découcher les trois jours suivants, était gravé dans leurs mémoires et Dorina n'avait plus jamais essayé de lever la main sur sa cadette.
Il en était tout autrement pour Pétunia. Elle n'avait pas le caractère de sa sœur et préférait se laisser marcher sur les pieds que de se défendre face à sa mère. Seule, durant dix mois sur douze dans l'année, Lily osait à peine imaginer la vie de sa sœur sous le même toit que leur mère. Pendant qu'elle était à la maison, la rousse faisait son possible pour que Pétunia soit respectée mais la blonde ne réagissait que lorsque Timothy était mis en question. Alors, il ressortait qu'elle était aussi capable de se mettre en colère et jamais Dorina n'avait levé la main sur son fils.
Dorina poussa Aubrey sur le côté mais il résista et Lily se rendit compte que la carrure du garçon s'était vraiment étoffée depuis l'année précédente. Irritée, la quadragénaire tapa du pied, lança un regard menaçant au jeune homme qui sembla plus s'en amuser qu'autre chose et il secoua la tête. Comme il s'était pris aussi l'eau sur la tête, tout le monde fut aspergé et Lily crut voir le prémisse d'un sourire sur le visage de sa sœur. Cet air de défi disparut bien vite quand elle croisa les yeux noirs de colère de sa mère.
« Peut-être est-ce à votre autre fille que vous devriez vous en prendre ? » suggéra-t-il en faisant un vague geste vers l'eau et la bouteille. « Ca nous est tombé dessus, comme ça… » Il claqua les doigts. « Comme par magie. »
« Et qu'est-ce que tu sous-entends exactement, jeune homme ? » susurra la femme en plissant les yeux. Lily n'était pas sans savoir que Pétunia avait révélé ses 'prédispositions naturelles' à son désormais petit ami mais leur mère l'ignorait encore. D'un autre côté, si Aubrey n'avait pas été là pour la rassurer, si Aubrey n'était pas là, encore aujourd'hui, pour la rassurer, il y avait fort à parier que Pétunia n'aurait jamais pu supporter la différence de sa sœur.
« Pourquoi Pétunia se serait-elle, nous aurait-elle, aspergé et crié le nom de sa frangine ? » demanda-t-il en lançant un regard énervé à Lily alors que l'ambiance se faisait encore plus pesante.
« Je n'ai rien fait ! » assura Lily avant qu'on puisse lui reprocher quelque chose et elle leva les mains, se préparant à s'enfuir si sa mère s'approchait trop. « C'est vrai, j'étais là, avec Tim et…oh, maman ! C'est Tim ! » s'écria-t-elle soudain avec un grand sourire en soulevant l'enfant et le faisant tournoyer autour d'elle. « C'est génial, t'as vu Petty, c'était Tim ! »
« Et alors ? » grinça la jeune fille en ouvrant son placard à la recherche d'autres vêtements – secs.
« C'est lui ! » s'exclama Lily en l'embrassant sur les deux joues. « Il a fait léviter cette bouteille ! »
« Qu'est-ce que tu racontes encore ? » Sa mère leva les yeux au ciel, essuya ses mains sur son tablier et s'approcha de son fils devant lequel elle s'agenouilla. « Tim, mon cœur, c'est toi qui as aspergé ta sœur et son ami ? » demanda-t-elle gentiment.
« J'ai pensé, » commença le petit bout en laissant échapper une larme « que ce serait marrant… » Il passa ses mains sur ses joues. « Tu vas me punir ? » demanda-t-il en lui lançant un regard furtif – et effrayé.
« Non, chéri, pour une fois, Lily a raison. » L'orage était passé. La tension se rabaissa et Dorina ajouta, les larmes aux yeux : « Mon petit garçon va devenir un fabuleux sorcier, promis. »
Pétunia émit un son rocailleux en regardant son frère comme si elle ne l'avait jamais vu. Leur mère sembla la prévenir du regard que la moindre remarque se ferait regretter et la jeune fille échangea un long regard avec sa sœur puis avec Aubrey avant de serrer son frère dans ses bras à son tour.
« Ce sera bien, assurément. » Elle renifla, sembla émue puis rit nerveusement. « Tu seras même aussi doué que Lily, qui sait. »
oOoOoOoOoOo
« Tu crois que c'est moi, l'anormale ? » demanda Pétunia. On était le quinze juillet des vacances précédant la deuxième année de Lily à Poudlard. Les deux sœurs regardaient un feuilleton débile à télé en partageant un moment de complicité d'une parfaite normalité. « Je veux dire, Tim et toi, vous êtes des hum, enfin, tu sais quoi et moi - »
« Pourquoi tu ne le dis pas ? » l'interrompit Lily en la regardant dans les yeux, y cherchant une compréhension quelconque. Sa sœur semblait vraiment commencer à accepter la situation mais elle ne comprenait même pas ses réticences premières.
« Lily… » souffla la plus âgée. « Je… je ne le supporte pas, d'accord ? Toi, tu n'es pas là durant l'année. Tu ne sais pas ce que c'est de devoir supporter d'habiter dans deux maisons, de passer une semaine chez maman avec ses sautes d'humeur et –enfin, tu vois – puis la semaine suivante chez papa, avec son horrible femme qui a juste cinq ans en plus que moi, c'est dégoûtant à concevoir ! »
« Je le faisais avant, » murmura Lily, se rapprochant inconsciemment d'elle. Elle sourit puis se passa la main dans les cheveux et expira calmement.
« C'est pas normal, d'accord ? Toute ma vie – y'a rien de normal dans tout ça. Entre papa et l'autre, là – tu sais qu'elle avait dix-sept ans quand ils ont commencé à … se voir ? C'est répugnant. Et maman… tu sais qu'elle est venue à une de mes réunions de parents bourrée une fois ? »
Lily secoua la tête. Elle ne savait pas.
« Tu étais trop petite pour voir mais – mais avant, on était une famille normale. D'accord, maman criait beaucoup et tout mais… c'était juste comme chez tout le monde, tu sais ? Et quand papa est parti, tout le monde s'est mis à parler sur moi et puis maman qui s'est mis à boire et – tout ce que je veux c'est une famille normale, c'est pas si dur à comprendre, non ? »
Lily regarda sa sœur et s'aperçut que celle-ci avait les larmes au bord des yeux de frustration et serrait les poings. Elle lui prit la main et la serra pour tenter de la réconforter.
« Et voilà que tu es une… une… sorcière. Et tout le monde veut savoir pourquoi tu vas dans une école privée en internat et je dois leur dire quoi moi ? Que t'es un monstre de foire ? »
Lily retira vivement sa main, blessée par les mots de sa sœur qui se tourna immédiatement vers elle.
« Pardon ! Lily, je ne le pense pas. Je… Tu m'as beaucoup manqué cette année. Même si j'aurais bien fait sans tous ces foutus oiseaux… »
« Je suis désolée de ne pas être normale, Petty, » assura la jeune fille en serrant de nouveau les deux mains de sa sœur dans les siennes.
« Quoi ? Non, c'est pas ce que je voulais dire, » promit Pétunia. Elle secoua la tête. « C'est moi qui suis stupide, je suis sûre que ça doit être géniale d'être une – une – Seigneur, on dit vraiment sorcière ? J'ai l'impression qu'un gros nez plein de verrues va te pousser au milieu du visage ! »
« PETUNIA ! »
La blonde éclata de rire. « Bah, je suppose que j'ai plus qu'à m'y habituer si Tim se met à faire de la magie à son tour… »
« Ah, je vois. Moi, c'était pas la peine mais pour Tim… » croassa Lily avec mauvaise foi.
« Que veux-tu, ça a toujours été le petit préféré de la famille… » se moqua Pétunia en lui tirant la langue. Lily lui répondit de la même façon.
« Pet, je – »
« M'appelle pas comme ça, » grinça Pétunia.
« Je suis une sorcière, » reprit Lily, plus sérieusement. « Et une bonne sorcière. Et je suis contente d'en être une. Et fière. Mais je reste ta sœur, tu sais ? Je serai toujours ta sœur. »
Petty s'arrêta un instant et regarda sa petite sœur – qui hier encore jouait aux poupées et rêvait de devenir chanteuse pop – comme si elle ne l'avait encore jamais vraiment bien regardée.
« Bon Dieu Lily, quand est-ce que t'as grandi comme ça ? »
Lily haussa les épaules. « J'ai juste eu beaucoup de temps libre cette année, » marmonna-t-elle. « Et tu sais, pour moi aussi ça a pas été facile d'être loin de ma famille toute l'année… »
« Bon, ben il te reste plus qu'à tout me raconter ! » s'enjoua Pétunia. « Il va bien falloir que je drille Tim avec ce qui l'attend une fois qu'il sera à Pou-du-lard à son tour à chaque fois qu'il refusera de faire ses devoirs l'an prochain ! »
Lily grimaça. « J'avais oublié… Tim rentre à l'école cette année ? »
Pétunia acquiesça.
Lily pouffa. « Eh ben, je suis bien contente de pas être là pour assister à ça… »
oOoOoOoOoOo
Deux heures plus tard, Lily se promenait en vélo, essayant de ne pas penser aux garçons. Remus, James, Peter et Sirius lui avait promis – promis – qu'ils ne la laisseraient pas dans le silence toutes les vacances. Elle n'avait toujours eu aucune nouvelle et on en était au quart.
Alors qu'elle pensait cela, un hibou atterrit sur son guidon. Surprise, elle poussa un cri et braqua violemment sur la gauche. Quelques minutes plus tard, elle atterrissait dans un petit fossé d'herbes jaunies, les genoux en feu et sûrement une énorme bosse sur le front. Pestant contre le volatile qui la fixait avec ses yeux sombres, elle se releva et ramassa son vélo avant de se rendre compte que ce hibou – ou plutôt cette chouette – n'était autre qu'Ellan, le messager des Potter.
Elle grimaça en posant son pied par terre – elle s'était vraiment fait mal !- et se mit en route vers chez elle, suivie de près par l'oiseau qui semblait énervé qu'elle le laisse patienter ainsi et l'ignore.
Lily, se reprit-elle, c'est un oiseau ! Il ne peut pas être énervé.
En rentrant chez elle, elle vira son vélo dans le garage et alla directement à l'armoire de pharmacie pour se soigner. Comme de juste, sa mère débarqua à ce moment précis et lui jeta un regard moqueur.
« Alors, on est tellement perdue dans sa magie qu'on ne sait plus faire aller des pédales ? »
Lily grogna mais ne répondit rien en étalant du Mercurochrome sur son genou. C'est à ce moment qu'un cri perçant retentit, lui faisant renverser la bouteille sur le carrelage blanc. Elle aperçut sa mère, un balai à la main, poursuivre Ellan dans la pièce, essayant de le faire fuir.
« Maman, arrête ! C'est le hibou de James ! »
Sa mère se figea et la regarda d'une manière pénétrante qui la fit se sentir mal à l'aise. « James ? James ? Comme dans un garçon ? »
« Ben oui. » Lily laissa ses jambes balancer en fixant le sol qui se couvrait d'une teinte variant entre le rouge et l'orange.
« Lily Evans ! » gronda Dorina en s'approchant. « Je croyais t'avoir mieux élevée que ça ! On ne fricote pas avec les garçons à onze ans ! »
« Douze, » grogna Lily et elle remarqua la main de sa mère s'agitant d'un tic nerveux sur son tablier de travail. Ça ne sentait pas bon. Elle attrapa une serviette dans l'armoire et se mit à nettoyer le sol dans un lourd silence. Ses cheveux roux apparaissaient et disparaissaient de sa vue au rythme de son bras et elle n'entendit pas approcher sa mère.
Celle-ci la saisit violemment, la forçant à se relever en la tenant par ses cheveux. Lily gémit mais garda la tête baissée. Elle n'avait pas envie de se battre aujourd'hui, sa mère ne pensait pas la même chose. « Tu m'écoutes quand je te parle ! » La femme cria dans son oreille et resserra sa poigne sur elle. Sa fille grimaça encore mais ne dit rien. « Je refuse que tu aies des amis garçons ! Tu es trop jeune ! Les hommes blessent, Lily. »
Dorina lâcha sa fille et laissa errer sa main sur son joli visage rond, l'observant attentivement. « Tu deviendras belle Lily Evans et les hommes te feront payer ça. Je veux te protéger, tu comprends ? »
La jeune fille acquiesça et sa mère lui dit d'aller dans sa chambre, qu'elle s'occuperait elle-même de nettoyer le sol. Et elle lui confisqua sa lettre. Tout comme elle continua de le faire jusqu'à la fin du mois.
oOoOoOoOoOo
James était assis dans son salon, regardant l'orage s'abattre sur son jardin avec fougue à travers la porte vitrée. Après tout, il ne faudrait pas que l'Angleterre faillisse à la tradition et offre du beau temps aux préadolescents en vacances.
Mais il avait mieux à faire que de penser à ce qui passait dehors. Il devait réfléchir à quoi faire à propos de Lily. Quand il était rentré des Antilles, vers la mi-juillet, il s'était empressé d'inviter Peter, Remus, Sirius et Lily chez lui. Les trois premiers avaient répondu présents, la quatrième était injoignable par hibou postal.
Pire, James avait d'abord envoyé sa propre chouette – Ellan – en se souvenant que Lily habitait dans un quartier moldu. Ellan était d'un noir de jais avec des plumes rouges et bleues, faisant penser aux oiseaux des îles. Elle était unique, croisée avec un perroquet antillais et très intelligente. Il savait qu'elle pourrait retrouver Lily où qu'elle soit. Mais Ellan était rentrée deux jours plus tard, une aile froissée, semblant souffrir énormément de l'effort fourni durant son voyage et d'une humeur massacrante; elle avait refusé tout autre voyage vers chez les Evans.
Il avait envoyé de nombreux autres courriers, tous sans réponses. Lily semblait s'être volatilisée. Remus avait conseillé la méthode de courrier moldu – il avait fallu deux jours aux quatre garçons pour trouver la boite postale du village – et cela n'avait servi à rien.
Le tonnerre retentit, suivi de peu d'un éclair et de Sirius et Remus entrant dans la pièce, un air fatigué sur le visage. James tourna la tête vers eux.
« Bien dormi ? »
Deux grognements inaudibles lui répondirent, il sourit. Il n'avait jamais eu besoin de dormir beaucoup et s'était levé deux heures plus tôt, parfaitement en forme.
« Tu penses encore à elle ? » demanda Sirius en voyant l'air contrarié de son ami. De tous, James était celui de qui Lily était la plus proche et le jeune garçon l'appréciait énormément. Cela l'affectait beaucoup qu'elle reste sourde à ses appels. « Combien de lettres ont lui a envoyé ? Vingt ? »
« Quinze, » corrigea Remus, « en vingt jours. La pauvre, on doit être assommant. »
« Il suffirait qu'elle envoie un courrier disant qu'on la gonfle pour qu'on arrête, » plaida l'autre en étouffant un bâillement et se laissant tomber à côté de James qui se leva comme s'il s'était brûlé.
« J'y vais ! » dit-il d'un air décidé, les surprenant tous les deux.
« Où ? »
« Chez elle, » répliqua-t-il comme si c'était évident. Et cela lui paraissait évident : Lily était injoignable par courrier moldu et sorcier, sa cheminée n'était pas reliée au réseau et il ne savait pas transplaner, il irait toquer à la porte de la jeune fille pour une explication.
James avança vers la porte tandis que Sirius faisait semblant de s'étrangler d'indignation « Maintenant ? ! »
« Ben, oui. » James haussa les épaules et jeta un dernier regard aux deux autres qui échangeaient des regards inquiets. « Vous pouvez rester là, je m'en vais, j'en ai marre de rien savoir. »
« James, il est seulement… » Remus jeta un regard à sa montre puis avoua avec une moue contrainte : « Bon, il est 11h30. Mais en parlant de voyager, » reprit-il avant que le brun ne parte vraiment, « ma mère veut que je rentre un peu chez moi. »
« Le monde est devenu fou, » gémit Sirius en se prenant la tête dans les mains.
Le jeune garçon jeta un regard inquiet vers l'extérieur puis se retourna vers les deux autres, mal à l'aise. « Oui, hum, elle veut me voir, c'est ma mère quand même. Au moins les trois prochains jours… »
James vint se rasseoir. « Tu pars quand ? »
« Dans une heure. »
Résigné, il décida que ce serait la moindre des choses que de passer ce temps avec son ami et il laissa tomber le projet « sauvetage de Lily ». Pour le moment.
oOoOoOoOoOo
« LLLLLLLLLIIIIIIIIIIIIIIIILLLLLLLLLLLLLYYYYYYYY » Le cri aigu raisonna dans la calme maisonnette de Capel. La jeune rousse, assisse sur sa valise, faisait des efforts monumentaux pour fermer celle-ci mais rien ne faisait, elle était trop petite pour faire rentrer toutes ses affaires.
Découragée, elle se dirigea vers la salle de bain où elle trouva Pétunia, les quatre fers en l'air, et son frère, dans l'eau, de la mousse jusqu'à menton alors qu'il devrait en être sorti quinze minutes plus tôt.
« Pet ? »
« M'appelle pas comme ça, » grogna-t-elle en se relevant et massant son dos douloureux. « Cet idiot, » dit-elle en faisant un geste vague – mais rageur – vers Timothy, « était tout habillé quand il a plongé en me faisant tombé ! Je n'ai même pas fini mon sac et papa arrive dans » Elle regarda sa montre « Bon dieu, dix minutes ! ! »
Avec un cri désespéré, elle partit en courant vers sa chambre, laissant Tim et la jeune Lily se débrouiller. Prenant son courage gryffondorien à deux mains et sachant qu'elle allait sortir de là complètement trempée, Lily tenta de rattraper son frère qui ne voulait pas sortir de l'eau. Lorsqu'il fut enfin dans ses bras, il se mit quête de grimper sur sa tête.
Sous ses gesticulations incessantes, elle finit par perdre l'équilibre et tomba sur ses fesses. « Aïe ! »
« Je t'ai eue, je t'ai eue ! » se mit à chantonner Tim, les bras en l'air en vainqueur. « C'est qui le plus fort ? C'est moiiii ! » Après avoir laissé ses vêtements dégouliner dans toute la pièce – heureusement, les enfants ne seraient plus là pour voir la réaction de leur mère – il se laissa enfin attrapé et habillé par Lily. Lorsque ce fut fini, elle chassa le bambin vers le bas de la maison et se jeta un regard effrayé dans le miroir. Ses cheveux étaient dans tous les sens, son pantalon complètement trempé et son tee-shirt blanc était… transparent.
Grognant, elle retourna dans sa chambre, opta pour une robe d'été jaune jurant horriblement avec ses cheveux (un cadeau de sa belle-mère), prit une sangle et fit tenir sa valise fermée par elle ne sait quel miracle. Puis, prise d'une soudaine impulsion, elle la traîna sur le balcon, lui fit passer la rambarde et … s'écraser dans le jardin.
« LILY ! » Oups, son père avait l'air d'être arrivé.
« Hey Evans, très jolie cette culotte ! » s'exclama une voix masculine enfantine. Son sang ne faisant qu'un tour, elle s'approcha doucement de la rambarde et put admirer tout le désastre.
Sous le choc, la valise n'avait pas tenu et ses vêtements étaient étalés partout dans le jardin. Son père avait une de ses blouses sur la tête, son frère se roulait dans le tissu couvrant l'herbe et au milieu de tout ça se tenait James Potter, un de ses sous-vêtements en main, lui faisant de grands signes d'un air niais.
Comme un éclair, elle descendit les escaliers et arracha la culotte de la main du sorcier avant de le regarder, furibarde. « Je peux savoir ce que tu fais ici ? »
« Liloune ! Et moi ? » cria son père, enseveli sous les attaques aux vêtements de Tim. La jeune fille se dirigea vers son père, l'embrassa puis commença la collecte des vêtements qu'elle jeta pèle mêle dans son sac, écoutant d'une oreille distraite Evan et James parler.
« C'est marrant quand même, » disait James. « Evan Evans… C'est un peu répétitif, non ? »
Non mais quel boulet ce mec, pensa Lily, elle remit les derniers vêtements dans son sac et, à sa grande surprise, entendit son père éclater de rire.
« J'ai détesté mon père pour ce nom… quand je l'écris, je pense toujours, singulier-pluriel, un s, pas de s …Parfois, je mets le s entre parenthèse et je n'écris qu'un seul nom, » avoua-t-il au garçon qui fronçait les sourcils en comprenant doucement puis il fit un grand sourire.
« Pas con. » Il se gratta l'arrière du crâne. « Vous croyez que je devrais appeler mon fils Potte ? »
« Potte Potter ? » Son père secoua la tête puis éclata de rire. « Pat, Pat Potter, c'est mieux, non ? »
« Mmm » James réfléchit puis sa mine s'assombrit : « Quel genre de femme était votre mère, parce que Evan Evans, quand même… »
« Je sais, » soupira l'homme. « Les femmes, on oublie toujours que c'est elle qui porte l'enfant. Sais-tu que c'est Dorina qui m'a obligé à choisir de nom de fleur pour mes filles, dieu, je détestais ça… »
« Mais si Lily ne s'appelait plus Lily, ce ne serait plus Lily, vous ne croyez pas ? » demanda James alors que Lily s'approchait, de plus en plus désespérée. Les hommes sont tellement bêtes parfois…
Evan éclata de rire et tapa dans le dos de James. « Je t'aime bien, James. » Lily se sentit soulagée et mit sa valise dans la voiture avant de s'approcher du drôle de duo. « Ami de Lily ? »
« Ouaip, m'sieur » répondit James avec aisance. « Je venais voir ce que je lui avais fait. »
« Les lettres étaient de toi, je présume ? »
Il acquiesça. « Vous savez ? »
« La question n'est pas ce que tu as fait à la fille, mais ce que j'ai fait à la mère… elle déteste les hommes. » Puis il regarda la taille de James et ajouta : « Peu importe leur âge. »
« Oh, » s'exclama-t-il, déçu, « ça signifie qu'elle ne peut pas venir à la maison ? »
« Théoriquement, non. » Il prit James par l'épaule et lui fit faire demi-tour, promenant son regard autour de lui. « J'ai promis à Dorina de ne pas autoriser Lily à aller chez des garçons. »
« Mais ? » demanda James, rempli d'espoir.
« Mais, s'il advenait, par le plus grand des hasards, que ta sœur l'invite… »
« Je n'ai pas de sœur ! » gémit-t-il.
« Mon ex-femme ne le sait pas, » répondit-il d'un air énigmatique. Il sourit à James. « Laisse-moi quand même le temps de profiter un peu de ma fille, je ne l'ai plus vue depuis Noël. »
« Merci M'sieur ! » Satisfait, il colla un baiser sur la joue de Lily puis s'enfuit en courant. Lily s'approcha de son père, toujours choquée de ce qu'elle venait d'entendre.
« Papa ? »
« J'ai rencontré ton directeur, » murmura Evan(s) en serrant sa fille dans ses bras. « Dieu sait pourquoi, il semble penser que ce Potter et toi gagnez à être amis. »
« Il m'a dit la même chose, » déclara Lily en se détachant de l'étreinte. « Sinon, je ne lui aurais jamais parlé que pour l'insulter… »
« Un bonhomme bizarre, ce Dumbledore.»
Lily acquiesça et tout le monde se mit en voiture. Quelques heures plus tard, Dorina rentrerait du parc où elle passait l'après-midi. Tout prétexte était bon pour éviter de croiser le père de ses enfants.
Une dizaine de jours plus tard, une lettre atterrit dans la boîte aux lettres. Adressée à sa fille cadette, Dorina l'ouvrit et la lut, comme toutes les précédentes.
« Chère mademoiselle Lily Evans,
Notre assemblée semblant bien vide sans vous, nous vous invitons galamment à venir écouler quelques jours calmes dans notre magnifique mensure.
Jane précise que ce si bel endroit est bel et bien sa maison, ne voulant laisser Lily souffrir d'aucune confusion.
Cyrielle se veut de préciser que Reymonde a écrit cette lettre, vous en conviendrez, fortement réussie. Et Petra ajoutera que nous nous sommes tous concertés avant.
Pétra ! Toutes concertées ! Ne connais-tu point ton orthographe ? A propos, il reste possible que nos frères soient là.
Mais Jane précise qu'ils promettent d'être sages.
Et Reymonde demande qu'on laisse Lily décider comment elle apprécie nos frérots.
Elle les aimeuh !
Cyrielle, tais toi !
Et bien, miss Evans, nous n'accepterons de votre main qu'une réponse positive, en espérant ne pas vous avoir effrayée par le caractère de rédaction sorcier de cette missive.
Bien à vous très chère, Reymonde, Cyrielle, Petra et Jane.
PS : Maman et papa ont interdit aux garçons de nous embêter, on les verra à peine aux repas. Jane
PS 2 : Et James a été puni pour t'envoyer du courrier par hibou – il est parti en colonie de vacances outre atlantique. Petra
PS 3 : Pauvre James. Jane »
Dorina resta choquée bien une minute avant de relire entièrement le courrier et de sourire. Lily lui avait parlé de quelques filles avec qui elle s'entendait plus ou moins mais qu'elle trouvait bizarres. Maintenant, elle comprenait mieux pourquoi. Ces demoiselles avaient en effet l'air de sacrés personnages…
Doucement, elle replia la lettre et griffonna dessus l'adresse d'Evan, se disant qu'il n'y avait point de danger pour Lily à aller chez de si charmantes et polies demoiselles. Sa fille avait besoin de se distraire et le James – fameux James qu'elle aurait pu accuser de harcèlement au vu du nombre de ses lettres – était parti.
Dorina s'en alla à la poste, un sourire aux lèvres quand elle aperçut Aubrey, assis, seul, sur les marches du café-théâtre de la ville. D'habitude, Pétunia aurait été avec lui. Mais c'était le tour de garde de son mari et elle en remercia le ciel. Elle n'aimait pas ce garçon.
Au moment où la lettre eut été avalée par la boîte rouge de la poste, un doute la prit… Et s'il avait s'agit d'une ruse ? Mais, dans ce cas, ils n'auraient pas poussé l'ironie à la rédiger de cette façon, cette lettre. Cela aurait été trop évident qu'il s'agissait d'un plan.
Dorina en conclut que cela ne pouvait être qu'une authentique invitation dans les règles de l'art (Lily ne se plaignait-elle pas du conformisme sorcier ?) et reprit sa route vers la maison.
Never knowing what love could be, you'll see
I don't want love to destroy me like it has done my family
In our family portrait we look pretty happy
We look pretty normal, let's go back to that
In our family portrait we look pretty happy
Let's play pretend, act like it goes naturally
Pink, Family Portrait
