Chapitre 3 : Stay

Pendant deux jours et deux nuits, Abby et Ducky avaient travaillé d'arrache-pied pour déterminer la nature du virus et ses caractéristiques. Ils se trouvaient maintenant tous les deux au bureau de Gibbs.

- Pitié, dites-moi que vous avez quelque chose.

- Ton intuition était bonne, commença Abby. Puisque Tony assure qu'il n'a pas touché le liquide contenu dans l'éprouvette cassée, et qu'en plus il portait des gants, aucun contact n'a pu avoir lieu. Nous sommes donc forcés de constater que le virus se propage dans l'air. Ce qui explique qu'on en ait retrouvé des traces sur certains des éléments de la maison. Une pièce cachée dans un sous-sol, ce n'est pas très hermétique.

- La nature du virus, Abby, la nature du virus ! la pressa l'ancien marine.

- Les symptômes qu'a Tony jusqu'à présent ressemblent à ceux du virus Ebola pour certains, et à la fièvre hémorragique Congo-Crimée pour d'autres.

- Alors il aurait un de ces deux virus ?

- À ceci près qu'aucun de ces virus n'est transmissible par l'air, répondit Abby.

- À l'exception de l'une des souches du virus Ebola, souche qui n'est cependant pas transmissible aux humains, intervint Ducky. Seulement aux singes.

- Ducky, ne le prends pas mal surtout, mais je m'en fiche des singes. Donc, vous dites que le quartier-maître aurait trafiqué un de ces virus pour le rendre transmissible dans l'air ?

- Oui et non.

- Je veux des réponses claires, Abby.

- Ce qui est très étrange dans le cas de Tony, c'est que la période d'incubation a été très rapide, je dirais même quasi-nulle. Il a été infecté quand il a trouvé le laboratoire, et moins d'une heure plus tard, il faisait déjà de la fièvre. C'est pas normal.

- Comment ça ?

Le médecin légiste prit le relais :

- Le virus Ebola a une période d'incubation d'au moins deux jours, avec une moyenne entre cinq et douze jours. Même en admettant que le jeune Anthony ait été infecté à sa première visite dans la maison, ce qui semble extrêmement peu probable puisqu'il ne s'est pas approché du laboratoire improvisé du quartier-maître Amberson, l'incubation aurait été d'environ une journée, ce qui est largement trop court.

- Et l'autre virus ?

- Après contact avec du sang ou des tissus contaminés, cinq à six jours. Maximum documenté, treize jours. Dans le cas d'une piqûre de tique, continua la gothique, c'est entre un et trois jours. Maximum documenté, neuf jours.

- Ça pourrait être ça ?

- Sauf que je crois que si Tony avait été piqué par une tique le premier jour, il le saurait.

- Bon point, céda l'homme aux cheveux gris.

- Notre théorie, enchaîna la jeune femme, c'est que le temps d'incubation dépend du degré d'exposition. Tony ayant été exposé directement pendant plusieurs minutes...

- D'accord, coupa Gibbs. L'Ebola, la fièvre hémorragique je-ne-sais-plus-trop-quoi... ça m'est égal. Ce que Tony a... et que Kate a peut-être aussi... est-ce qu'ils vont... s'en... sortir.

Ducky et Abby échangèrent un regard. Cette dernière baissa la tête et demeura silencieuse, aussi le docteur Mallard fut-il obligé de répondre à sa place :

- La fièvre hémorragique Congo-Crimée a un taux de mortalité avoisinant les trente pourcent. L'Ebola a plusieurs souches...

- Les chiffres, Ducky.

- Le taux de mortalité fluctue entre cinquante à quatre-vingt-dix pourcent.

Les coudes sur son bureau, Gibbs se cacha le visage derrière les mains. Grosso modo, ses agents avaient de trente à quatre-vingt-dix pourcent de « chance » de mourir.

Si Gibbs avait seulement un pourcent de chance de gagner à la loterie, il jouerait sans hésiter.

- Dans les deux cas, continua Ducky, si l'état du malade s'améliore dans la seconde semaine, et ce pour des raisons mystérieuses, on considère qu'il est sauvé.

- Mais on ne sait pas ce qu'ils ont, Gibbs, dit Abby en posant une main sur son épaule. Ce sont de simples suppositions, mais nous pensons que le quartier-maître a traficoté un de ces deux virus pour le rendre transmissible dans l'air et modifier sa période d'incubation pour la rendre plus rapide.

- Un bioterroriste, grogna Gibbs sans bouger d'un iota.

- Ça en a tout l'air. On ne fabrique pas un virus dans son sous-sol pour le plaisir. Mais peut-être qu'en lui faisant faire ces mutations, il a rendu le virus plus faible... il faut aussi espérer qu'il n'avait pas tout à fait fini son travail et que le virus est imparfait.

À cet instant, le téléphone du bureau de l'ancien marine sonna. Il s'empressa de décrocher.

- Allô ?

- Agent spécial Gibbs ? Docteur Jefferson à l'appareil.

Un puissant nœud serra alors le ventre de l'agent du NCIS.

- Du nouveau, docteur ?

- La dernière prise de sang de l'agent Todd montre qu'il n'y a plus aucune trace du virus dans son corps, même la plus infime. Elle ne court plus aucun risque.

Soulagé, l'homme aux cheveux gris laissa sa tête aller vers l'arrière avant de reprendre la parole :

- Et Tony ?

Il y eut un silence embarrassé.

- Dites-moi qu'il est toujours vivant.

- Oui, agent Gibbs. L'agent DiNozzo est toujours vivant, mais son état empire.

- J'arrive. Je veux le voir et n'essayez surtout pas de m'en empêcher.

Il amorça un geste pour raccrocher.

- Attendez ! Agent Gibbs...

- Quoi ? aboya l'ancien marine.

- Vous pourrez le voir si vous insister à ce point. Mais je ne crois pas qu'on vous laissera entrer et il ne serait pas en mesure de vous dire grand-chose de toute manière...

- On verra.

Sur ce, Gibbs raccrocha.

- McGee !

- Ou... oui patron ?

- Descends chercher Abby et Ducky. Dis-leur que Kate est tirée d'affaire et qu'on va voir Tony.

- Kate est tirée d'affaire ?

- Qu'est-ce que je viens de dire, McGee ?

- Oui, bien sûr...

Pendant que Gibbs battait tous les records de vitesse (et d'infractions au code de la route), Kate se trouvait toujours dans la zone de quarantaine. Elle portait maintenant un masque médical et des gants, et une porte coulissante venait de la laisser entrer dans la « chambre » de son collègue.

Les deux derniers jours, il avait été amorphe, faible, ne bougeant que très rarement. Impuissante, la jeune femme avait vu l'état de son ami se détériorer : la fièvre semblait toujours plafonner, chaque mouvement lui arrachait une grimace de douleur. Quelques fois, un haut-le-cœur le soulevait.

Aujourd'hui, il semblait avoir plus d'énergie. Kate, en son fort intérieur, trouvait cela plutôt encourageant, mais, visiblement, les médecins n'étaient pas de son avis.

- Hé, Tony...

Debout près de la porte, elle hésitait à s'avancer.

- Salut, Kate...

Il toussa.

- T'as l'air bien, toi... tu devrais pas t'approcher...

Derrière son masque blanc, Kate sourit avant de s'avancer vers lui.

- Les médecins disent que je peux m'approcher tant que je garde ce masque...

Doucement, elle glissa ses doigts tremblants entre les siens.

- Et même te toucher si je garde ces gants.

Il sourit faiblement en la regardant et resserra très légèrement sa main autour de celle de son amie.

- T'es pas malade, hein...

- Non, dit-elle en baissant la tête. La dernière prise de sang montre que je n'ai plus de traces du virus dans mon sang. J'étais trop loin du laboratoire pour être en danger.

- Alors toi, tu vas pas mourir...

Kate se pencha lentement vers lui.

- Qu'est-ce que tu fais ?

- Je suis désolée, mais Gibbs n'est pas là... mais voici ce qu'il ferait...

Elle lui donna une légère tape sur son front en sueur.

- C'est pas le virus d'un quartier-maître qui bossait dans son sous-sol qui va avoir raison de toi, Tony... tu m'entends ?

Pour toute réponse, Tony eut une quinte de toux qui le souleva en position assise dans son lit.

- Tony !

Elle posa une main rassurante sur son épaule. Trois médecins entrèrent dans la pièce, et l'agent Todd fut écartée sans ménagement. Les « bip » des battements cardiaques du jeune homme s'accéléraient.

- Tony !

Kate, bouleversée, tenta de s'approcher, mais un homme, en retirant le stéthoscope de ses oreilles, lui ordonna de sortir.

- Non mais je...

- Kate... reste...

- Docteur, s'il vous plaît, supplia Kate.

- Agent Todd, sortez immédiatement.

Mécaniquement, elle recula vers la porte. Au moment où celle-ci s'ouvrait en coulissant dans son dos, elle vit l'Italien se pencher dans un nouveau haut-le-coeur.

- Du sang, entendit-elle de l'un des médecins avant que la porte de verre ne se referme devant son visage.

L'agent du NCIS baissa la tête en retirant son masque et ses gants, qu'elle balança dans la poubelle.

Kate, les larmes aux yeux, appuya son front contre le verre froid de la porte, observant d'un œil impuissant les trois médecins qui tentaient de gérer une situation qui leur échappait complètement.

La jeune femme sentit une main rassurante se poser doucement sur son épaule. Elle tourna lentement la tête et son regard croisa les yeux bleus de Gibbs. Sans dire un mot, elle se réfugia dans ses bras. Il l'y accueillit en silence, la berçant doucement pour tenter de la réconforter.

- Il va très mal, Gibbs, sanglota-t-elle. Son état n'a pas arrêté d'empirer...

- Kate, il va s'en sortir... je n'autorise aucun de mes agents à mourir...

Malgré elle, Caitlin sourit. Elle se détacha de lui et tourna son regard vers Ducky et Abby, qui semblaient tous les deux très bouleversés.

- Est-ce que vous avez avancé ?

- On travaille en communication avec les gens d'ici, et jusqu'à maintenant, on... patauge plus qu'on avance vraiment, soupira Abby. C'est difficile, la maladie ressemble à deux qui sont connues, mais en même temps, il y a trop de différences pour que ce soit exactement ça.

Gibbs voulut entrer, mais un médecin s'empressa de l'en empêcher.

- Je regrette, agent Gibbs, nous n'autorisons personne en dehors du personnel médical à entrer pour le moment.

- Oh, je vais y aller, moi, dans ce cas, lança Ducky en s'avançant. Je suis le docteur Mallard, enchanté de faire votre connaissance, jeune homme...

- Bien essayé, mais je parlais bien entendu du personnel de l'hôpital. Pas d'un médecin légiste. Que je sache, l'agent DiNozzo n'a pas encore besoin d'être examiné par un légiste.

- Vous aurez très vite besoin d'un médecin légiste si vous ne laissez pas le mien entrer là-dedans, docteur, intervint Gibbs, les mains sur les hanches, écartant au passage les pans de sa veste pour montrer son arme de service.

À droite de son patron, Kate retenait à grand-peine un sourire. Elle connaissait ce regard perçant qu'avait Gibbs en ce moment. C'était ce regard devant lequel n'importe qui pliait.

Le médecin fit donc comme toute personne normalement constituée : il avala de travers et plia. Avec des conditions, cependant :

- Le docteur Mallard peut entrer, mais il restera à l'écart et je me réserve le droit de le faire sortir si je le juge nécessaire.

- Appelez-nous si quoi que ce soit arrive, dit Gibbs.

Le jeune médecin hocha la tête. Après un dernier regard à Tony, le morose quatuor quitta les lieux pour retourner au NCIS.

Il s'était mis à pleuvoir, et seuls les gouttes de pluie tombant sur la voiture et le bruit des essuie-glace de la voiture de Gibbs rompait le silence lourd comme le plomb. Kate, assise à l'arrière avec Abby, avait croisé ses bras contre sa poitrine et, le front appuyé contre la vitre fraîche, regardait l'eau glisser sur la paroi extérieure.

- J'arrive pas à croire ce qui arrive, laissa-t-elle échapper.

Elle redressa la tête et regarda les autres.

- Comment est-ce que ça peut être possible ?

- Notre hypothèse la plus plausible...

Gibbs soupira.

- Est que le quartier-maître était un bioterroriste et qu'il faisait ses expériences dans ce laboratoire. Il était dans une pièce dérobée, cadenassée.

- Comment est-ce que j'ai pu ne pas voir ça en descendant au sous-sol la première fois ?

- Il y avait un meuble couvert d'outils qui le cachait. Je ne sais pas pourquoi Tony l'a déplacé, mais c'est en faisant ça qu'il a vu le cadenas. Le cadenas a été récupéré, il est plein d'empreintes du quartier-maître. Quelques-unes de sa femme. Aucune empreinte de lui à l'intérieur du laboratoire, il devait forcément travailler avec des gants. On en a trouvé trois de sa femme.

- Il faisait ses expériences bioterroristes, et sa femme l'aurait découvert, ce qui l'aurait obligé à la tuer... et ensuite, il se serait suicidé ? demanda Kate, incrédule.

- Pour l'instant, c'est ce qu'on a de mieux. Abby et Ducky on examiné les éprouvettes, elles contiennent toutes la même chose : le virus.

- Aucune avec l'antidote ?

- Aucune, soupira Abby. Rien à propos de ça dans ses documents non plus. On a pas fini de les éplucher, mais je ne me fais pas trop d'illusions. Les bioterroristes s'attardent rarement à l'idée de créer un antidote capable de contrer leur propre création.

Gibbs gara sa voiture et ils en descendirent.

- J'ai trouvé un dossier caché dans son portable, poursuivit McGee. Peut-être son plan d'action, ou des indications sur le virus. Je travaille à le décrypter depuis hier. Je ne sais pas ce qu'il y a là-dedans, mais il tenait à garder ça secret.

Kate se laissa tomber derrière son bureau. À cet instant, son portable – bien en évidence sur une pile de dossiers – se mit à sonner. La jeune femme regarda le nom de la personne qui l'appelait. Robert.

Elle repoussa le téléphone cellulaire d'un geste las. Lui parler faisait partie de sa liste intitulée : « Décompte des dix choses que je ne ferai pas aujourd'hui ».

En posant son regard sur le bureau voisin – vide – la jeune femme sentit un puissant nœud se créer dans son ventre. Allait-il y revenir bientôt ? Y reviendrait-il, premièrement ?

Elle demeura ainsi un bon moment, jusqu'à ce que Gibbs l'interpelle :

- Kate...

L'ancien marine mit un genou par terre pour la regarder dans les yeux alors qu'elle baissa légèrement la tête pour cacher les larmes qui ne tarderaient pas à lui monter aux yeux.

- Je vais te demander quelque chose de difficile... mais je veux que tu nous décrives les symptômes de Tony. Je crois que les médecins ne nous disent pas tout alors que ça pourrait aider Abby et Ducky.

L'agent fédéral leva les yeux vers la scientifique, debout près de son bureau.

- Il fait beaucoup de fièvre depuis son entrée à l'hôpital. Il disait que la lumière lui donnait mal à la tête, c'est pour ça qu'il faisait si noir. Je sais qu'il avait mal. Beaucoup. Il a passé deux jours amorphe, presque sans bouger, sauf quand il avait des nausées. Aujourd'hui, il avait plus d'énergie.

- C'est encourageant, remarqua McGee.

- C'est ce que je croyais, mais les médecins n'avaient pas l'air de cet avis. Quand on m'a dit que j'étais tirée d'affaire, j'ai demandé à le voir, et on m'a laissée faire. Il s'est mis à tousser beaucoup, les médecins sont arrivés. Son cœur battait de plus en plus vite. Trop vite. À partir de là, je n'ai plus rien vu, on m'a obligée à sortir mais je crois que... enfin, d'après ce que j'ai entendu avant que la porte se referme... il a craché du sang...

Sa vue se brouilla et Gibbs posa sa main sur les siennes en un geste de réconfort.

- Oh... mauvais, mauvais... laissa échapper Abby.

- À qui le dis-tu, soupira Ducky en arrivant, faisant sursauter tout le monde.

- Ducky, je te croyais auprès de Tony, s'exclama la gothique.

- J'y suis resté aussi longtemps que j'ai pu, Abigail, mais on m'a obligé à partir. L'état du jeune Anthony ne s'améliore pas, j'en ai bien peur. Il est très confus – je crois que c'est la fièvre. Il devient agité, je dirais même agressif. Les médecins m'ont demandé de lui parler pour tenter de le calmer avec une voix familière, mais il avait du mal à me reconnaître. Il crache encore du sang, ce genre de choses n'est jamais bon signe...

À nouveau, le portable de Kate sonna. Voyant le petit écran indiquer encore « R. Paterson », elle balança l'appareil dans la poubelle.

- Euh, Kate ? commença Abby.

- Pas de question, Abby, je t'en prie.

Il n'y eut pas de questions.

McGee retourna à son travail sur le portable du quartier-maître Amberson. Gibbs disparut, ayant un besoin très urgent de café. Abby et Ducky, après un dernier faible sourire à Kate, repartirent au laboratoire pour poursuivre leurs recherches.

Kate demeura à son bureau, le regard fixé sur celui de Tony...

Le mot de la fin : Pppfff, en fait, bugue tellement (je me bats depuis des heures à tenter de poster les deux premiers chapitres, ça me dit de contacter le support et quand j'essaie, ça me fait « Impossible d'afficher la page », DUH !) que j'ai eu le temps de finir mon troisième chapitre... bon, suspense, suspense, vais-je pouvoir finir le quatrième avant d'arriver à poster ? Ahlala... bon... tout ça ne vous dispense pas de me reviewer (si vous en avez un jour l'occasion parce que franchement...) !