Titre : Actes manqués
Auteur : Mokoshna
Manga : Naruto
Crédits : Naruto est encore et toujours la propriété de Masashi Kishimoto.
Avertissements : Yaoi KakashiXIruka qui prend son temps, alors ne soyez pas pressés. J'ai aussi pris des libertés avec la trame du manga et certains éléments de la biographie des persos (notamment la scolarité d'Iruka), du coup ce sera sans doute aussi un UA (Univers Alternatif).
Je viens de découvrir qu'Iruka était en fait beaucoup plus jeune que Kakashi, de l'ordre de quatre ans de différence (contre un an comme je l'avais toujours cru, ce qui est le cas dans cette fic). Comme je n'avais pas envie de tout refaire et de repenser le scénario en entier, j'ai décidé de garder le premier chapitre et de continuer sur la lancée. Merci de votre compréhension.
Commentaires artistiquement idiots de l'auteur : Mwahahahaha !!! J'ai utilisé dans ce chapitre un élément scénaristique abominablement cliché, tout ça pour les besoins... non en fait, juste par caprice. C'était drôle, ça permettait de rajouter deux chapitres minimum et d'expliquer un peu mieux le titre, ça paraissait génial sur l'instant (l'instant n'est jamais sûr, il faut se relire), donc je l'ai fait. Et galère. Bon j'ai quand même travaillé un peu la forme et les circonstances histoire de faire sérieux, bien qu'elles n'apparaissent pas tout de suite... N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, bien ou mal !

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Chapitre 3 :

Celui qui parlait aux insectes

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J'avançais avec circonspection, m'attendant à chaque instant à tomber dans une crevasse ou à me cogner contre un bloc de rocher. Nous traversions un étroit chemin à flanc de falaise qui semblait taillé à même le roc. D'après les instructions succinctes de Kojiro, c'était le moyen le plus rapide d'arriver à Agedofu. Cela nous prendrait à peu près deux heures, soit une heure de moins qu'avec la route ordinaire. L'ancêtre du brave aubergiste avait lui-même fait creuser ce passage ; au vu du mauvais état dans lequel il se trouvait, je voulais bien le croire. Il semblait abandonné depuis des années : des plantes sauvages poussaient çà et là, au gré des conditions météorologiques (elles étaient néanmoins assez rares), il arrivait qu'un pan de roche glisse sous nos pas et nous eûmes droit à quelques chutes de pierres au-dessus de nos têtes. Pour couronner le tout, le vent s'était levé à notre départ, un vent froid et humide qui s'insinuait jusque sous nos manteaux, collait nos cheveux à la peau et engourdissait nos membres. Ce n'était guère l'idéal pour un voyage en toute sécurité.

— C'est nul, râlai-je assez fort pour que Kei seul m'entende. On est là, dans le froid, sur un chemin pourri alors qu'on pourrait être au chaud dans un bon lit douillet à l'auberge !

Kei soupira.

— Ce sont les ordres, dit-il. Takeshi nous a dit de suivre Nanaki, nous n'avons pas le choix.

— Mais c'est stupide !

— Chut, il peut nous entendre. Soit fort ; ce n'est qu'un mauvais moment à passer.

On voyait néanmoins que je boudais. Comme il était impossible de passer à plus d'une personne sur le chemin, nous avancions à la queue leu leu ; Nanaki menait la marche. Takeshi et Kei le suivaient de près. Je peinais pour ma part. Sanae avait insisté pour être à l'arrière et me reprochais ma lenteur au moindre ralentissement. Comme si cela m'amusait de trébucher tous les dix pas !

Le temps se mit brusquement à l'orage ; de gros nuages gris couvrirent le ciel et je craignis qu'il pleuve avant notre arrivée. La mer sous nos pieds faisait rage. Je me sentis pris d'une étrange humeur mélancolique. Mon corps lâcha prise, je me sentis basculer en arrière, droit vers le précipice... La main ferme de Sanae me rattrapa et elle me posa par terre

— Je peux plus avancer ! m'écriai-je, les larmes aux yeux.

— Ça va aller, fit-elle sur un ton grave qui ne lui ressemblait pas. Tiens le coup, Iruka !

Quelle honte ! Mes jambes flanchaient trop ; je n'arrivais même pas à trouver la volonté de les bouger assez pour me lever. Une fatigue comme je n'en avais jamais ressenti m'envahit ; je me sentais las, physiquement et mentalement... Sanae me prit le bras et me hissa sur mes pieds, mais je tenais à peine debout.

— Qu'est-ce que tu fais ? cria-t-elle. Il faut avancer !

— Je peux pas !

Je vis mes autres compagnons, qui étaient déjà loin devant, s'arrêter et faire demi-tour pour voir ce qui arrivait. Je pestais et tentais quand même de me mouvoir un peu ; en vain. Mes jambes me paraissaient de plomb. Je refusais pourtant d'être un poids mort pour mon équipe, et surtout pas devant Nanaki ! Plutôt m'écorcher les genoux à ramper sur la roche que de subir une autre de ses remarques.

— Qu'est-ce qu'il y a ? demanda un Kei rongé d'inquiétude.

Sacré Kei. L'eût-il pu, il serait devenu ma mère d'adoption ; il en était bien capable malgré ses faux airs de voyou. Je lui fis un maigre sourire et entrepris de faire l'idiot.

— C'est rien, tu me connais, les longues distances c'est pas mon truc ! J'ai juste besoin d'un peu de repos et ça ira tout seul !

Il fronça les sourcils, visiblement peu convaincu par ma piètre performance d'acteur. Sanae secoua la tête.

— Il s'est écroulé d'un coup, comme ça ! Je sais qu'il est pas très résistant mais c'est bizarre, ça fait à peine une heure qu'on est partis, il devrait pas flancher si tôt.

— Tu crois qu'il est malade ? s'inquiéta Kei.

Je m'insurgeai.

— Eh, vous pourriez éviter de parler de moi comme si j'étais pas là ?

Le sourire de connivence qu'ils échangèrent me rassura sur ce qu'ils pensaient de mon arrêt forcé. Comme je les aimais, ces deux-là ! Je les ralentissais sans cesse mais ils n'en avaient cure et me laissaient avancer à mon rythme. Je me savais faible par rapport à Kei et Sanae, et pourtant pas une seule fois ils ne me le reprochèrent ouvertement. Sanae se contentait de me lancer une taquinerie de temps à autre, rien de bien méchant. Takeshi avait toujours le mot qu'il fallait pour m'encourager. Et Kei, mon Kei, était tel un ange gardien précieux qui m'épaulait dans nos missions. Je me promis de m'entraîner davantage pour ne pas démériter leur attention.

Takeshi nous rejoignit, suivi par un Nanaki fort mécontent. Ils avaient dû se disputer pour prendre autant de temps ; je me mordais la langue de dépit.

— Il s'est passé quelque chose ? fit notre maître. Iruka, tu t'es fait mal quelque part ?

— Non, dis-je timidement, pas vraiment...

— Il s'est écroulé d'un coup et peut plus se relever, intervint Sanae. C'est louche !

Takeshi hocha la tête et m'observa longuement. J'en fus horriblement gêné.

— Euh... hasardai-je, je peux continuer vous savez. Il faut juste que je me repose quelques minutes, c'est rien...

— J'en doute, me coupa Takeshi. Je me disais bien qu'il y avait un je-ne-sais-quoi de menaçant dans l'air. Tu viens de confirmer mes craintes.

— Que voulez-vous dire ? intervint Nanaki d'une voix bourrue. Qu'y-a-t-il d'autre à comprendre que l'incompétence d'Umino ?

Je crois bien que nous fûmes quatre à darder sur lui des yeux furibonds. Nanaki ne parut nullement intimidé ; au contraire, notre réaction commune parut l'irriter davantage.

— Ne juge pas trop vite, grogna Takeshi. Iruka n'est pas en cause cette fois. Quelque chose ici est à l'oeuvre.

— Comment ça ? fit Sanae. J'avoue que l'endroit est plutôt sinistre, mais de là à voir des ennemis partout... je ne sens rien, moi.

— Moi non plus, dit Kei.

— Ce ne sont peut-être pas des êtres ordinaires, dit Takeshi.

Nanaki s'impatientait.

— Peu importe qu'ils soient hommes ou bêtes ou esprits, fit-il sur un ton cinglant, tant que nous accomplissions la mission !

Son arrogance m'agaça. J'aurais voulu lui rabattre le caquet d'une manière ou d'une autre, pour qu'il cesse de m'insulter et d'insulter mes amis... Pour faire bonne mesure, je tentai de me remettre sur pieds. Je retombai aussitôt en poussant un cri rauque. Takeshi prit la place de Kei et se pencha vers moi.

— Ne te force pas, dit-il. Ton corps est plus sensible que les nôtres aux changements d'atmosphère, c'est pour ça que tu es si faible.

Je le regardai sans comprendre.

— Hein ?

— Tu ne le savais pas ? fit-il gentiment.

— Savoir quoi ?

Il soupira.

— Pas étonnant que tu sois si intrépide, dans ce cas ! Je m'étonne que personne ne t'en ai parlé. Ou alors ils ne l'ont jamais décelé ?

— Décelé quoi ? m'impatientai-je. Qu'est-ce que j'ai ?

Takeshi sembla y réfléchir.

— Pas maintenant, dit-il sur un ton ferme. Nous ferions mieux de repartir. Agedofu n'est plus très loin ; je vais te porter, si tu veux.

— Mais...

— Un instant, s'écria Nanaki de derrière Kei. Y aurait-il une information capitale sur Umino que vous auriez omis de me révéler ?

— C'est... délicat, dit Takeshi. Si ça se trouve, ce n'est effectivement rien.

Je fis la moue. Une fois n'était pas coutume, les mots de Takeshi ne m'encourageaient guère. Mon maître me mit sur ses épaules et nous continuâmes sans rien dire. Pour ma part, je bouillais d'impatience. Quelle pouvait être cette chose me concernant pour laquelle Takeshi faisait tant de mystères ? À moins qu'il ne l'ait mentionné pour calmer l'exaspération de Nanaki... ce qui ne m'aurait pas étonné, au vu de l'hostilité ouverte que notre nouveau compagnon me témoignait. Je me demandais la raison de tant d'acharnement. J'étais faible, mais était-ce suffisant pour me traiter comme une vieille savate ? Bien sûr, il s'agissait de Nanaki ; il ne semblait pas plus apprécier Kei ou Sanae qui étaient pourtant d'un niveau respectable...

C'était définitif, ce garçon m'énervait, je le détestais et ne voulais plus entendre parler de lui une fois la mission terminée. Mes deux coéquipiers devaient penser la même chose, ou tout du moins Sanae qui n'arrêtait pas de lui lancer des regards noirs. Je soupirai et décidai de laisser ces considérations pour plus tard, lorsque nous serions arrivés.

Il s'avéra que je n'eus jamais l'occasion de poursuivre le cours de mes pensées de cette nuit, du moins pas en présence de Nanaki.

Notre groupe avait bien progressé dans son avancée ; déjà, nous voyions les hautes murailles du château se dresser dans le ciel. Je me sentais déjà un peu mieux. Takeshi m'avait reposé, mais il préférait me mettre entre Kei et lui, ce qui me convenait tout à fait. Sanae était encore à l'arrière et Nanaki à l'avant ; rien de bien exceptionnel à part mon malaise n'était arrivé. Je soupirai de soulagement.

Ce fut à ce moment précis qu'un mugissement ignoble traversa l'air, semblable au cri d'une baleine à l'agonie que j'avais une fois entendu à la télévision lors d'un documentaire sur les animaux marins. Il gonfla jusqu'à assourdir nos tympans. Comme les autres, je collais mes mains sur mes oreilles. La terre trembla ; le vent et la pluie éclatèrent de toutes parts. Une tempête s'était levée en une seconde à peine, nous prenant de court. Je tentai d'agripper l'un de mes amis ; mes mains rencontrèrent du vide. Je ne voyais plus à un mètre et me mis à hurler les noms de mes compagnons ; seul le rugissement du vent me répondit. Je me rendis compte que je m'étais perdu et voulus me coller à la paroi pour éviter de tomber en chute libre ; elle n'était plus là. La crevasse aussi avait disparu ; je pouvais faire plusieurs pas sans rien rencontrer. M'étais-je aventuré sans le savoir dans une grotte ? Pourtant, la tempête était encore autour de moi, j'étais trempé et misérable ! Mon sac glissa et je ne pus le retrouver. Où étais-je moi-même, d'ailleurs ?

Une main glacée attrapa brusquement mon épaule et je hurlai de terreur.

— C'est moi ! fit la voix de Nanaki dans la tourmente. Où sont les autres ?

— Je ne sais pas !

Je me saisis d'un pan de son manteau avant qu'il n'ait l'idée de m'abandonner ici. Je l'en croyais largement capable.

Nous avançâmes au milieu des intempéries. Je n'avais aucune idée de l'endroit où nous nous trouvions ni de notre direction ; je ne voulais juste ne pas perdre Nanaki, malgré la manière exécrable avec laquelle il me traitait. Comme si j'avais le choix dans cette histoire ! Il me tardait de retrouver les autres et de me mettre au sec.

Je me sentis tout d'un coup tomber, entraîné par Nanaki qui avait dû trébucher sur quelque chose. Était-ce notre fin à tous les deux ? Je serrai de toutes mes forces le manteau de mon compagnon, le coeur battant. Je crois que je perdis connaissance.

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Je me réveillai en sursaut au son d'un bourdonnement exaspérant. La forêt m'environnait ; quand étais-je arrivé là ? Je baissai les yeux et vis avec horreur qu'une nuée d'insectes noirs couvrait presque entièrement mon corps à l'exception de ma tête. Je hurlai et me débattis, paniqué. Une voix monocorde se fit entendre.

— Tu vas leur faire mal.

Je m'arrêtai immédiatement de bouger et levai les yeux en direction de son propriétaire. Un homme se dressait en face de moi. Je n'arrivai pas à déterminer son âge exact à cause du lourd manteau gris à capuche et du col montant qu'il portait, sans parler de ses lunettes noires... Était-ce seulement un homme, comme me le laissait supposer la voix ?

— Lève-toi, fit-il du même ton égal.

Un peu ahuri, j'obéis. Les insectes se retirèrent précipitamment et je crus un instant avoir des hallucinations puisque je les vis foncer en masse sur l'homme en manteau et se planquer sous ses vêtements... Je me frottai les yeux. Il n'y avait plus le moindre insecte sur moi et mon vis-à-vis ne semblait nullement intimidé par la présence de ces bestioles.

— Euh... fis-je intelligemment.

— Elles t'aiment bien.

— Quoi ? Qui ?

— Elles. Mes insectes.

— Ah.

Je ne savais vraiment pas comment réagir. Cet homme ne semblait pas être un ennemi, pourtant il me mettait mal à l'aise... Je remarquai enfin qu'il portait le bandeau de Konoha bien en évidence sur le front et poussai un soupir rassuré.

— Je suis de Konoha aussi, dis-je.

— Ah ?

— Oui, je suis genin. Dans le groupe de Takeshi Kanda. Vous le connaissez ?

— Non.

C'était mal parti. Il n'avait pas l'air bien loquace.

— Et votre nom, c'est...

Il ne dit rien et m'observa... du moins, c'est ce que je pensais, mais la manière dont il était habillé ne me permettait pas de dire s'il le faisait effectivement ou s'il se contentait d'orienter son regard dans ma direction. Il avait les mains dans les poches ; seul un petit bout de peau sur son visage émergeait de l'ensemble. Quel drôle de personnage ! Il m'était déjà arrivé de rencontrer des ninja à l'allure étrange mais celui-là les dépassait tous. Il me rappelait vaguement ce type d'une classe supérieure, avec son manteau et ses lunettes noires, sans parler des insectes qui avaient l'air d'investir son corps sans problème...

— Attendez un peu, fis-je, vous ne seriez pas un Aburame par hasard ?

Il ne répondait toujours pas. Je détournai les yeux, gêné.

— Shino Aburame, dit-il enfin au bout d'un temps qui me parut une éternité.

Je triturai la terre du bout des sandales. J'avais gardé mes vêtements de la traversée minus mon manteau et le lourd sac que j'avais à transporter. Le kimono des moines d'Inari n'était pas très pratique ; il fallait que je me trouve une meilleure tenue si je voulais être au maximum de mes capacités. Je m'inquiétai de l'absence de mes amis ; où pouvaient-ils bien être ? Où étais-je moi-même ?

— Euh... demandai-je timidement, je peux savoir ce qui s'est passé ? Pourquoi je suis dans cette forêt ?

Aucune réponse. Cela commençait à bien faire.

— Monsieur ? Il y a quelqu'un ?

J'agitai la main, conscient de passer pour un parfait imbécile, mais je n'avais rien à perdre à ce niveau... L'homme sembla émettre un son qui ressemblait à un ricanement étouffé. Je me fâchai. J'avais perdu mes affaires, mes coéquipiers et mon chemin, quel besoin avait-il de se moquer de moi ?

— C'est pas drôle ! Si vous savez où sont mes amis, dites-le moi !

— La politesse exige que l'on se présente de même lorsque quelqu'un le fait.

Coupé dans mon élan, j'écarquillai les yeux.

— Ah, euh... Iruka. Iruka Umino.

Le silence s'apesantit. Un grillon chanta. Puis :

— Ah.

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Un autre homme encapuchonné, que Shino présenta comme son père, nous rejoignit une demi-heure plus tard. Entre-temps, je pus obtenir de mon drôle de compagnon un compte-rendu rapide de ce qui était arrivé.

Shino m'avait semble-t-il trouvé inconscient au milieu de la forêt, alors qu'il patrouillait avec son père en vu d'accomplir une mission spéciale. Ne sachant pas quoi attendre de moi, il avait laissé à ses insectes le soin de m'examiner avant de tenter quoi que ce soit. Je m'étais réveillé à peine deux minutes après le début de son inspection ; Shino avait estimé que j'étais inoffensif. Il me gardait néanmoins à l'oeil. Son père et lui m'observèrent à nouveau. J'en avais assez ; il fallait que je retrouve au plus tôt mes compagnons de voyage. J'espérais seulement qu'il ne leur était rien arrivé de grave...

Je pus constater que Shibi Aburame était aussi peu causant que son fils. Ce fut Shino qui m'annonça que je devais les suivre dans leur mission.

— Pourquoi ? dis-je, interloqué. Je ne fais pas partie de votre groupe, je risque de vous gêner... Je n'ai même pas mes affaires !

— Peu importe, fit Shino. On va te donner ce qu'il faut.

— Mais j'étais en mission...

— Oui. Avec nous.

— Les autres vont s'inquiéter ! criai-je, affolé. Je ferais mieux de rentrer à Konoha et d'attendre d'autres instructions !

— Pas la peine. Je suis chûnin et mon père jônin. Tu dois obéir.

Je regardai autour de moi, cherchant une issue bien que je susse pertinemment que je n'avais aucune chance face à ces ninja plus âgés et surtout plus forts et expérimentés. C'était à n'y rien comprendre. Je leur était clairement inutile et de plus je risquais de les ralentir et de les gêner dans leur mission ; ma place était à Konoha, auprès des miens, dans mon groupe...

— J'aimerais quand même envoyer un message au Sandaime.

Les deux hommes s'échangèrent un regard qui parut lourd de sens, mais qui était incompréhensible pour moi. Pourquoi toutes ces cachotteries, toutes ces hésitations ? Même le dernier de la classe que j'étais connaissait la procédure dans ce genre de situation (pour y avoir été confronté plus d'une fois). On renvoyait l'élément indésirable à la base où il pouvait être délégué à une mission plus en rapport avec ses compétences réelles. Ainsi, pas de pertes inutiles.

— Nous nous chargeons de tout, répondit simplement Shino, et il refusa d'en dire davantage.

Le coeur lourd, je fus bien obligé de les suivre.

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Le voyage ne fut pas aussi désagréable que je le crus en premier lieu. Certes, je n'avais pas avec moi mes chers camarades, mais l'absence de Nanaki comblait bien assez ce problème, du moins pour le moment. Si je pouvais l'éviter de toute la durée de la mission à Agedofu, c'était tant mieux. Sans doute, mes chers amis n'avaient pas besoin de moi ; ils étaient même plus à l'aise sans mes continuelles jérémiades et mes aveux d'impuissance. Ça leur faisait des vacances ; ils étaient plus détendus sans la charge que je leur imposais, plus efficaces aussi. Nanaki pouvait bien prendre ma place si cela lui plaisait ! Plus de regards quasi-haineux de sa part, plus de railleries dissimulées en ordres, plus de présence importune ! J'étais libre. Je n'avais plus d'obligations pour le moment si ce n'était envers Shino et son père. Pour la première fois depuis longtemps, j'étais livré à moi-même. Mes deux collègues étaient si discrets que je les remarquai à peine ; à la fin de la première journée en leur compagnie, j'avais presque l'impression de voyager seul.

Nous nous arrêtâmes rapidement à un petit village sans importance où les deux hommes m'achetèrent pour une misère une tenue plus appropriée pour notre mission : un pantalon en tissu rêche, gris et un peu usé déjà, un haut à manches longues de la même couleur et des sandales confortables, taillées pour la marche. Je pus enfin attacher mes cheveux avec un bout de ficelle que me donna la vendeuse ; je détestais les laisser flotter au vent. Shino s'arrêta un moment en me voyant me recoiffer, comme si cette scène avait son importance. Était-ce si surprenant ? Beaucoup de garçons dans le village avaient pourtant la même coiffure...

— Il faut y aller, dit-il en me tendant un petit sac où il avait mis des éléments indispensables pour le voyage.

Je le remerciai avec chaleur, les yeux rivés sur lui. Il se détourna et alla lentement rejoindre son père. Je les appréciais beaucoup, à ma manière. Avec le recul, je me rends compte à quel point cet intérêt était en fait purement égoïste et calculateur. Shino était chûnin mais ne l'affichait pas autant que Nanaki ; Shibi était un jônin respectable mais si peu soucieux des modes d'organisation traditionnels (les Aburame étaient des individualistes qui marchaient à l'unité avant le groupe) qu'il me laissait faire comme je l'entendais. Leur force tranquille se manifestait sans fard, sans excès comme l'était leur comportement. Avec eux, point de rochers explosés à tout va ou de gerbes d'éclairs scintillantes, point de techniques surpuissantes pour impressionner l'adversaire. Leur art de manipulation des insectes était déroutant et même vaguement répugnant. Pour moi qui souffrait d'un complexe d'infériorité affiné par la présence de personnages tels que mes anciens camarades, ce groupe était l'idéal : forts, mais sans que cela se visse ; les parfaits protecteurs avec qui je n'avais aucun sentiment amer et au milieu desquels mes défauts paraissaient dérisoires.

Nous parvînmes au lieu dit de la mission sans problème. Je n'avais presque pas dit un mot durant le trajet. Les deux hommes avançaient à un rythme relativement lent que j'arrivais à suivre avec un peu d'effort. Ils me confièrent la tâche de préparer les repas ; je n'étais pas très doué mais je fis de mon mieux et nous eûmes même certains plats tout à fait convenables. Shino et Shibi avalaient tout sans sourciller, que ce fût un mets de roi ou la plus immonde des mixtures. On aurait dit que rien ne pouvait les atteindre.

— Nous y sommes, fit Shibi.

Je scrutai les alentours. Nous nous trouvions sur une falaise surplombant ce qui ressemblait à une base militaire à moitié construite ; il y avait une certaine agitation en son centre, là où se trouvait une immense tente noire.

— Qu'est-ce que c'est ? demandai-je, impressionné malgré moi.

— Un avant-poste de l'ennemi, dit Shino.

— Lequel ? Le Pays du Vent ? Ils ont infiltré cette zone ?

J'avais regardé la carte que Shino m'avait tracé avant de venir. Elle était telle que dans mon souvenir, avec cet immense espace neutre au Nord du Pays du Feu qui était une zone sensible du continent et un axe dangereux pour notre nation. À ce jour, aucun dirigeant n'avait réussi à se le proclamer sien entièrement ; il était d'ailleurs l'un des motifs de la guerre acharnée que se faisaient les pays frontaliers. Nous qui étions les premiers concernés par l'annexion hypothétique de cette contrée, nous ne pouvions nous permettre de la laisser entre les mains de nos ennemis. Quelques parcelles étaient quelquefois gagnées et vite reperdues, au prix de pertes souvent considérables. Telle était notre vie de ninja. Je savais la leçon par coeur pour l'avoir apprise et répétée durant toute ma scolarité à l'Académie. C'était la première chose que l'on nous inculquait avant de nous envoyer au front : que nous nous battions pour la terre, que nous nous battions pour notre patrie, pour notre seigneur.

Shibi ne me répondit pas. Peu importait, de toute façon : une ennemi était un ennemi, quel que fût son pays d'origine. J'espérais seulement rester en vie assez longtemps pour pouvoir le raconter un jour à quelqu'un.

— Allons-y, fit la voix lente de notre chef de groupe.

Je hochai la tête et les suivai.

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Shibi et Shino avaient pour mission de s'infiltrer autant que possible dans la base ennemie et de recueillir des informations précieuses pour le reste des opérations de notre camp. J'ignorais de quoi il s'agissait ; ils m'avaient laissé en me conseillant de garder un profil bas. Je n'avais pas le niveau pour les suivre ou les couvrir, je restais donc en arrière et les attendais à bonne distance du camp militaire.

Le temps était glacial et je devais éviter de me faire repérer. Je me savais trop délicat pour supporter bien longtemps un tel climat, mais un feu était impensable par une nuit si claire : il aurait attiré l'attention sur moi et cela aurait été désastreux avec la présence de tous ces militaires. Ce fut Shibi qui eut l'idée : ils me cachèrent dans le tronc creusé par les termites d'un chêne centenaire. Bien au chaud et entouré par les habitantes de l'arbre à qui Shibi avaient demandé de veiller sur moi, je comptais les heures, les yeux fixés sur l'ouverture au milieu du tronc. On voyait un brin de ciel ; les étoiles et la lune scintillaient de mille feux. Le bruit monotone des termites creusant le bois, circulant et travaillant, vivant leur vie uniforme, me berça et je fus pris de somnolence. Je me sentais étrangement bien, au milieu d'insectes qui m'eussent dégoûté à peine quelques jours plus tôt ; sans doute le résultat du temps passé avec les Aburame et leurs servants...

Je fus brusquement réveillé par une onde d'agitation à l'intérieur du tronc. Les termites étaient nerveuses et me le faisaient sentir ; je ne savais pas sur quoi fonder cette intuition, mais elle était bien là. Une dizaine de ces bêtes me couraient sur le corps, affolées ; je fus moi-même pris de panique à leur contact, j'écoutais les battements de mon coeur en même temps que les sons extérieurs, tâchant de détecter les intrus...

Là, à dix mètres du chêne ! Un groupe de deux, non, trois ninja ! Je me tassai davantage, en sachant que cela était sans doute inutile. J'avais eu la meilleure cachette possible en un temps si court ; les termites dissimulaient mon odeur avec leurs phéromones et je savais (comment ?) que les soldats aiguisaient déjà leurs mandibules en prévision d'une attaque...

— Non, chuchotai-je. Nous ne faisons pas le poids...

Je me voyais déjà empalé sur les lances de l'ennemi, les yeux exorbités par la souffrance. J'avais une imagination un peu trop vive à mon goût qui me faisait voir mille inepties à chaque nouvelle situation ; celle-ci ne faisait pas exception. Je fermai les yeux et me mis à prier.

Un frémissement dans l'air ; les termites-soldats étaient au comble de l'excitation. Une bataille à l'extérieur ; des cris, des bruits métalliques de lames qui s'entrechoquent, l'odeur du sang, la sensation des pattes de mes protectrices qui bougent sur moi, fébriles... Tels furent mes souvenirs de cette nuit, en flashes d'un ou deux sens sublimés l'espace d'un instant. Ma vision était limitée ; j'appris vite qu'elle n'était pas mon unique moyen de perception, loin de là.

Tac, tac, tac. Les mandibules des termites cognent contre l'autre. Le froid pénètre dans ma chair. L'odeur du sang, qui vient de l'intérieur du tronc cette fois. Tac, tac, tac. Les termites ne sont plus seules. Des pas feutrés ; deux personnes, deux présences que j'avais apprises à reconnaître. Tac, tac, tac. Nuée. Tact, tac, tac. Douleur.

Je m'évanouis.

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Je manquais de souffle. Ma bouche s'ouvrit en grand, j'inspirai une grosse bouffée d'air frais, j'ouvrais les yeux sur la lumière. Shino me prit la main et je plongeai mes yeux dans les siens. Je sursautai de surprise. Je ne l'avais jamais vu sans ses lunettes ! C'était à peine si je savais à quoi il ressemblait. Il avait un visage quelconque, que certains auraient pu qualifier de beau. Pour ma part, j'étais trop abasourdi pour remarquer quoi que ce fût d'autre. Shino m'inspecta rapidement, vérifia si j'étais en état de partir et me mit sur pieds. Sa capuche et ses lunettes reprirent leur place habituelle.

— Il faut partir, dit-il.

Je regardai autour de moi. Le chêne aux termites était derrière nous, en parfait état. Il faisait jour ; était-ce le lendemain ? Je savais qu'il y avait eu un combat en ces lieux, je pouvais encore sentir une légère odeur de sang... Un instant ! Depuis quand mes sens étaient-ils si aiguisés ? J'avais toujours été le dernier à la détente, dans ma classe !

— On dirait que ton sang s'est réveillé, fit la voix morne du chûnin.

Je le fixai d'un air contrit.

— Quel sang ?

Il me semblait que Takeshi avait dit quelque chose du genre avant cette tempête... Ou était-ce encore mon imagination à l'oeuvre ? Je touchai le bras de Shino et sentis un frisson me parcourir.

— Je ne sais pas si c'est ma place de te le dire, siffla-t-il.

Il secoua la tête.

— Il faut partir avant que les autres s'aperçoivent de l'absence de leurs congénères.

— Où est-ce qu'ils sont ?

— Je m'en suis occupé.

— Et Shibi ?

— Il a à faire ailleurs. Il va retourner au village après.

— Après ? Et nous ?

— Nous, on va ailleurs.

Ce furent les seuls mots que je pus tirer de lui avant qu'il ne bondisse hors de portée de voix. Je fus bien obligé de le suivre, mais j'étais considérablement moins patient qu'auparavant. J'en avais assez, de tous ces secrets ! J'admettais qu'on me tienne à l'écart dans le cadre d'une mission que ma maladresse eût pu compromettre, mais cette histoire avait l'air de me concerner directement ! J'étais bien assez grand pour être genin ou même chûnin et on ne voulait pas me dire une chose qui aurait pu mettre en péril ma santé, voire ma vie ?

Pour l'heure, je gardai ma colère pour moi. J'avais déjà bien assez de mal à suivre Shino dans sa course ; il avait considérablement augmenté son rythme par rapport à l'aller, sans doute pour mettre le plus de distance possible entre la partie adverse et nous. Mes faibles forces me permettaient à peine de garder un rythme de croisière plus ou moins constant ; à la fin de la journée, j'étais exténué et sur le point de m'effondrer sur place. Shino s'arrêta lorsqu'il vit que je ne pouvais pas faire un pas de plus.

— Nous allons camper pour la nuit, fit-il.

Je grognai du sol, où je m'étais affalé la tête la première dans un mouvement disgracieux. Shino ne fit pas attention à moi. Il farfouilla les environs, parut trouver ce qu'il voulait. Ni une ni deux, il bondit dans un arbre, cala son corps contre une branche et ferma les yeux. Je vis qu'un essaim gigantesque se trouvait juste en-dessous.

— Toi aussi, trouve-toi un nid, dit-il une dernière fois avant de ronfler.

Un nid ? Qu'est-ce qu'il voulait dire ? Je n'étais pas un insecte comme il semblait l'être ! Je n'osais grimper à l'arbre de peur de réveiller l'essaim entier de guêpes. J'en voyais quelques-unes bourdonner autour ; elles avaient la taille d'une grosse orange. Existait-il seulement de tels mastodontes ? Épuisé et affamé d'une part, vexé dans mon amour-propre et frustré de l'autre, je ne savais que faire. Chercher un nid... était-ce la bonne solution ? Je n'étais pas un insecte, mais en y réfléchissant bien, j'avais fort bien supporté mon séjour dans la termitière, les réactions de mes hôtes m'avaient parues on-ne-peut-plus naturelles, je m'entendais même à merveille avec les servants de Shino...

Je secouai la tête pour me débarrasser de ces pensées troublantes. J'étais un être humain jusqu'au bout des ongles ! Fort de cette conclusion, je m'allongeais à terre, sur un petit tas retourné très confortable qui me servit de coussin. Ce que je ne savais pas à ce moment, ce que je ne sus que le lendemain, c'était que je m'étais installé juste à l'entrée d'une fourmilière en activité qui accepta sans problème ma présence. Et la nuit se passa, tranquille.

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Je me réveillai encore plus affamé que la veille. Ma gorge était sèche, j'avais mal partout et je réalisai que je m'étais installé à une place qui aurait causé de sérieux problèmes à n'importe quel homme normal. Je fixai bêtement les fourmis qui me grimpaient dessus comme si de rien n'était, comme si elles étaient chez elles...

— Ce sont des fourmis carnivores, me dit Shino en s'approchant. Elles sont capables de dévorer un boeuf entier en une minute.

— Et pourquoi elles ne m'ont pas attaquées ? déglutis-je. Elles n'avaient pas faim ?

— Pourquoi auraient-elles fait ça ?

— Parce que je suis un humain !

Shino parut vouloir protester ; je l'en empêchai en me levant brusquement et en poussant un cri.

— Bon, il faut y aller ! dis-je en changeant de sujet. Quelle est notre destination, cette fois ? Et le contenu de la mission ? Elle doit être moins dangereuse si Shibi n'est pas là !

Shino grogna.

— Non. Nous allons à Agedofu.

J'ouvris des yeux ronds.

— Pourquoi ?

— Pour qu'on puisse savoir ce qui est arrivé à ton équipe.

Je me mis à paniquer.

— Ils... ils ne sont pas revenus ? fis-je en tremblant.

Shino hésita. Je m'attendais au pire.

— Eh bien... pas vraiment.

— Combien de temps avant d'arriver ?

— Je dirais deux jours, si nous continuons au même régime, fit Shino en baissant les yeux.

L'esprit fébrile, je regardai autour de moi pour me distraire. Le paysage m'était inconnu. En y réfléchissant bien, nous étions en automne au moment de la mission, mais les couleurs des arbres et le climat annonçaient clairement que le printemps avait atteint le Pays du Feu... Combien de temps s'était-il passé entre la tempête et mon réveil entre les mains de Shino ?

Tandis que ces pensées me traversaient l'esprit, un bourdonnement semblable aux cris d'une volée d'oiseaux se fit entendre derrière moi. Une gerbe lumineuse apparut, on me cria de me pousser, et je réagis par réflexe. L'instant d'après, quelque chose me frôlait en faisant électriser l'air. L'attaque se dirigea vers Shino. Je n'eus pas le temps d'intervenir, je comprenais à peine ce qui se passait. Le monde se transforma en une décharge d'éclairs jaunes.

À suivre...

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Oui bon d'accord, y'a des trucs un peu aberrants dans ce chapitre (les insectes, peut-être ? Ce n'est pas trop mon domaine), d'autres qui tiennent du phantasme, d'autres encore qui sont le fait de ma volonté de présenter au monde un Iruka qui sort des sentiers battus, parce que les rares fics qui parlaient de lui que j'ai lues (pas qu'il n'y en a pas, au contraire, je n'en ai juste pas beaucoup lu) étaient un peu toutes pareilles... à quelques rares exceptions près. Désolée si ça en choque certains...

J'adore le personnage de Shino ! Il n'est pas très fort par rapport aux autres, on ne le voit quasiment jamais, il ne parle pas ou presque, mais je l'aime... Et avec tout ça, je ne lui ai pas encore dédié de fic à proprement parler. Faut que j'y pense un de ces quatre...

Les insectes cités sont en bonne partie inventés par ma modeste personne totalement ignorante ou presque en biologie et autres rudiments scientifiques. Je me suis renseignée un minimum mais il ne s'agit de connaissances « vulgaires » (dans le sens de « communes, répandues »), pas de réelles références en la matière. J'ai adapté ce que je savais aux besoins de la fic, inventant du coup de nouvelles espèces ou des comportements illogiques... Tant pis si le réalisme en souffre !

Merci d'avoir suivi jusque-là. Surtout n'hésitez pas à me faire part de vos impressions, quelles qu'elles soient !