Titre : Actes manqués
Auteur : Mokoshna
Manga : Naruto
Crédits : Naruto est encore et toujours la propriété de Masashi Kishimoto.
Avertissements : Yaoi Kakashi/Iruka qui prend son temps, alors ne soyez pas pressés. De plus, il n'y aura rien de vraiment physique dans cette fic. Pas parce que le fait d'écrire la sexualité de deux gamins de douze ans me rebute (quoique...), mais parce que le scénario ne le permet pas. J'ai aussi pris des libertés avec la trame du manga et certains éléments de la biographie des persos (notamment la scolarité d'Iruka et le parcours hypothétique de Kakashi), du coup ce sera sans doute aussi un UA (Univers Alternatif).
Blablas de l'auteur : Hum... Pas très inspirée, pour ce chapitre, même si à la fin j'ai des pistes intéressantes pour la suite. Enfin, on verra.

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Chapitre 5

Celui que je serai

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Je me jetai à terre en voyant les éclairs traverser l'air comme autant de flèches folles et létales. Shino disparut de mon champ de vision, et durant dix secondes angoissante, je crus qu'il avait été désintégré sous le choc. J'avais les poils qui se dressaient sur ma peau ; c'était une sensation très désagréable, mais moins que de finir grillé, je suppose... Lorsque je me relevai, je m'aperçus avec effroi qu'une partie de la forêt avait été soufflée par cette attaque-surprise : des arbres calcinés gisaient çà et là, il y avait un gros trou dans la terre qui ressemblait à s'y méprendre au cratère laissé par la chute d'un météorite... Des taches blanches s'agitaient devant mes yeux, signe que j'avais regardé trop longtemps la décharge de lumière. Je titubai jusqu'au bord du cratère, le coeur glacé de terreur. Pourtant, il fallait que je sache ce qui avait provoqué un tel désastre...

Au fond du trou, se trouvaient deux formes que je ne reconnus pas de prime abord. L'une des deux faisait penser à une espèce de grosse boule noire, un cocon sombre qui s'effritait à certains endroits. En y regardant de plus près, je vis qu'il s'agissait en fait des restes d'une barrière d'insectes que Shino avait dressé autour de lui pour se protéger. La boule se désagrégea bientôt en laissant au sol un amas de cadavres. Étrangement, cela m'affecta beaucoup ; j'avais les mains moites rien que de penser à ces pauvres bêtes qui avaient péri de manière aussi horrible.

La seconde forme bougea un peu. J'ouvris des yeux ronds en reconnaissant Nanaki, un Nanaki qui tenait à peine debout et qui semblait à bout de forces. Shino fit sortir d'autres insectes de son manteau et s'apprêtait à les lancer sur son adversaire. Je criai sans le vouloir.

— Shino, non !

Shino arrêta son geste et tourna la tête en ma direction, curieux. Du moins, c'est ce que j'en déduisis d'après ma connaissance du personnage, car rien dans son attitude ne laissait penser qu'il éprouvait le moindre sentiment. Je glissai du plus vite que je pus vers le fond du cratère, vers Nanaki qui finissait de s'effondrer. Shino ne fit pas un geste.

— C'est l'un de mes coéquipiers ! hurlai-je encore à son intention pour lui expliquer mon geste.

Il n'esquissa aucune réaction ; je n'en attendais pas moins de lui. Nanaki ne se trouvait plus qu'à quelques pas. Je répugnai à le sauver : il avait été si odieux avec moi et les autres ! Toutefois, ma conscience et une certaine dose de devoir m'interdisait de l'abandonner. Je fis donc fi de mon dégoût initial et me penchai vers lui.

— Ça va ? fis-je, nullement intéressé.

Ou du moins, c'était ce que j'essayais de me convaincre. En vérité, j'étais rassuré de le revoir : qu'il fut dans les parages, cela prouvait que les autres avaient eu une chance de survie... Restait à les retrouver, avec ou sans l'aide de ce type. Nanaki ne répondit pas à mon appel. Au lieu de ça, il tenta de se relever en tremblant. Sa peau était d'une pâleur cadavérique, et ce n'était pas peu dire pour quelqu'un qui avait le teint aussi clair en temps normal. De grosses gouttes de sueur perlaient de divers endroits de son corps. Il frissonna et s'étala de tout son long à terre malgré le mouvement dérisoire qu'il fit avec sa main pour garder son équilibre. Je me précipitai vers lui, le bras tendu pour tenter de le retenir.

Il s'avéra que mon entraînement n'avait pas été complètement inutile, après tout. Nanaki tomba droit dans mes bras ; je fus surpris de sentir son souffle brûlant sur ma peau. Avait-il de la fièvre ? Je le regardai d'un air abruti, ne sachant que faire.

Pendant ce temps, Shino s'était rapproché à pas feutrés et nous fixait sans mot dire. Je me tournai vers lui, totalement perdu.

— Qu'est-ce qu'il a ?

— Comment veux-tu que je le sache ? C'est ton coéquipier, non ?

— Il n'a jamais été comme ça ! On dirait qu'il est malade !

Shino me fit signe de le laisser agir. Je calai la tête de mon camarade inconscient sur mes genoux et attendis le verdict de mon supérieur. Il ausculta rapidement Nanaki ; je n'avais aucune formation de médico-nin, alors je ne compris pas bien sa façon de faire. Quel besoin avait-il de le tâter de cette manière sur tout le corps ? Et pourquoi ses gestes s'attardaient-ils autant sur sa peau ? Je m'aperçus bien vite que cela m'énervait, sans que je fusse à même de comprendre pourquoi sur le moment. Le fait de savoir cela m'irrita davantage ; je détournai les yeux et y réfléchis intensément.

Mon analyse de la situation me fit aboutir à cette conclusion : Shino était un shinobi que je respectais énormément malgré son manque de communication tandis que Nanaki était un personnage que je haïssais, il était normal que de les voir interagir, même dans le cadre d'un rapport médecin-patient, éveillât en moi un sentiment diffus de jalousie. Une fois mon idée faite, je fus immédiatement rassuré. J'étais habitué à ces sortes de sentiments : lorsque Kei s'occupait de Sanae un peu plus que de moi, je sombrais souvent dans des pics de déprime qui ne prenaient fin que lorsqu'il se mettait à me dorloter de nouveau. Je sais maintenant que je n'étais qu'un enfant capricieux et égoïste, cherchant activement dans son équipe ce qu'il n'avait pu obtenir de sa famille : un peu d'attention, de l'amour sans compter... À l'époque, cela m'était bien moins évident : je pensais naïvement que cet attachement était naturel entre coéquipiers, même s'il me fallait faire des efforts démesurés pour ne pas rester trop loin en arrière. Les membres de mon équipe étaient des personnes merveilleuses et admirables, et j'avais une chance extraordinaire d'en faire partie. Pour le reste, je me méfiais un peu de tout et de tout le monde ; ma couardise était ainsi faite...

— Il a perdu trop de chakra, dit Shino après quelques secondes d'observation. Ça doit être à cause de cette drôle de technique qu'il a utilisée. Et en plus, ça a l'air d'avoir des effets secondaires étranges.

Je fis la grimace.

— Il va s'en sortir ?

— Sans doute, après un peu de repos. Tu sais ce qu'il a utilisé ?

Je baissai les yeux car sa question me mettait mal à l'aise. Depuis le temps que Nanaki et moi faisions route ensemble, je ne savais rien ou presque du personnage, tant mon antipathie pour lui était grande... Avais-je mal agi ? Kei me répétait souvent que l'information était une donnée essentielle dans notre travail, qu'une bonne équipe ne pouvait pas marcher si ses membres ne savaient rien ou presque les uns des autres.

Était-ce de ma faute, vraiment ? Depuis le début, Nanaki avait agi en solitaire. Il nous méprisait et nous tenait à l'écart. N'eût été la présence de Takeshi qui calmait le jeu à chaque fois que nous menacions de nous disputer, nous l'aurions déjà abandonné au fond d'une forêt sombre.

Du moins, c'était ce que j'aurais fait...

— Non. Je ne l'ai jamais vu combattre, en fait.

— C'est embêtant. Je ne peux pas le soigner efficacement si je ne ne sais pas comment il fonctionne.

Je détournai les yeux, boudeur, en sentant le léger ton de reproche dans ses paroles. Ou était-ce mon imagination qui me jouait des tours en insufflant une émotion à cette voix monocorde ? Quoi qu'il en soit, sa remarque me vexa et je décidai à cet instant de tout faire pour connaître un peu mieux mon camarade, aussi désagréable fût-il. Mon amour-propre, d'habitude peu marqué, n'admettait pas les critiques de Shino, sans doute parce que je le jugeai comme un égal... Pensée très étrange et mal placée au vu de sa supériorité évidente, tant par le grade que l'expérience. Mais à l'époque, ceci ne me perturba pas outre mesure. J'avais surtout le désir de faire de mon mieux... non, de me surpasser aux yeux de Shino ! Je voulais lui montrer que j'étais digne de lui !

En y repensant, j'aurais peut-être dû m'interroger davantage sur cette obsession soudaine...

— Je suis désolé, chuchotai-je en ravalant ma fierté.

— Pourquoi ?

— Il fait partie de mon équipe, et il s'en est pris à toi sans raison... Je ne sais vraiment pas ce qu'il lui a pris. C'est un type désagréable mais je ne pensais pas qu'il s'attaquerait un allié comme ça, sans crier gare !

— Il n'a peut-être pas vu que j'étais de votre côté, fit Shino.

— Je ne sais pas. Tu ne le connais pas comme je le connais. C'est vraiment un gars pas net !

Je fis la grimace. La tête de Nanaki pesait lourd sur mes genoux ; si je l'avais pu, je l'aurais envoyée rouler à plusieurs mètres. Je sentis alors le regard de Shino sur moi, curieux, calculateur... Devais-je commencer à m'inquiéter ? Et pour quelle raison, dans ce cas : le fait de savoir qu'il s'intéressait à moi ou le fait d'avoir deviné son schéma de pensée ? Plus je passais du temps avec Shino, et plus je me sentais étrange, comme... anormal. Je secouai la tête. Cela devait être dû au fait de ne fréquenter que lui depuis des jours ; je devenais moi aussi bizarre, à force.

— En fait, ajoutai-je pour essayer d'écarter cette sensation troublante, je suis sûr qu'il l'a fait exprès !

— Je ne crois pas.

— Puisque je te le dis ! Il déteste tout le monde, ce gars-là !

Shino ne dit rien, mais je sentais bien qu'il n'était pas d'accord. Je détournai les yeux, frustré. Pourquoi refusait-il de me croire ? Il ne connaissait pas Nanaki autant que moi !

— Ce n'est pas... ça n'a pas l'air d'être son genre, fit alors Shino en se relevant.

Je me mordis la langue.

— Il nous faut établir un autre campement, continua mon compagnon. Il a besoin de repos. Nous ne sommes plus si loin d'Agedofu mais j'ai bien peur que dans son état, il ne puisse plus voyager.

— Encore ? Mais nous venons à peine de nous lever !

— S'il tente de faire le moindre effort, c'est la mort assurée. Essaie de lui faire un lit à peu près confortable à l'endroit où il se trouve. Je vais chercher de quoi nous sustenter.

Des mots qui sonnaient comme un ordre. Je hochai la tête sans réelle motivation, peu disposé à rester plus qu'il ne fallait en présence de Nanaki. Vouloir de connaître le personnage était une chose ; mais je pouvais très bien me renseigner sur lui sans avoir à le fréquenter trop longtemps, n'est-ce pas ? Je n'avais qu'à demander des renseignements à la famille de Kei, ils devaient sûrement savoir... Shino vit ma grimace mais ne dit rien.

— Et s'il y a un ennemi ? protestai-je. Ma force a ses limites.

— Je te laisse des insectes. Ils te protègeront. Et puis tu es un ninja.

— Des insectes ? m'écriai-je, abasourdi par cette proposition. Mais je ne sais pas...

— Il faut aussi le faire beaucoup boire, me coupa Shino. Son corps a l'air d'être déshydraté. Tu as de l'eau ?

— Oui, dans une gourde, mais...

— Parfait. Je vais en ramener aussi, on ne sait jamais. Et aussi des herbes si j'en trouve.

— Mais...

Shino partit sans autre forme de procès, bondissant d'une branche d'arbre à une autre. Il ne m'avait même pas adressé un dernier regard. Je fus bientôt seul avec un Nanaki mal en point et une bonne centaine d'insectes qui grimpèrent sur mes vêtements et se logèrent confortablement dans mes cheveux et ma veste. Était-ce donc si simple d'avoir leur protection ? Shino et son père avaient toujours été très protecteurs vis-à-vis de leurs familiers même s'ils n'hésitaient pas à utiliser leurs services, à les sacrifier au besoin... Suffisait-il d'un ordre de leur maître pour qu'ils s'accommodassent au premier être vivant venu ? Soupirant, je sortais la gourde d'eau que Shibi m'avait donnée et plaquai le goulot sur les lèvres sèches de Nanaki. Il accepta l'offrande liquide avec un râle de contentement.

— Et t'as pas intérêt à te plaindre au réveil, sifflai-je, amer. J'aurais pu tomber sur Kei ou Sanae, mais non, il a fallu que ce soit toi...

Pourquoi diable Shino avait-il été si pressé de partir ? Je n'avais aucunement l'intention d'être présent au réveil de Nanaki. En fait, j'aurais voulu ne jamais le revoir pour le restant de mes jours. Qu'avais-je donc fait de mal dans une existence précédente pour mériter un tel traitement de sa part ? Comme je détestais ce garçon !

Je baissai les yeux vers lui, fort mécontent. Sa respiration était régulière, il dormait à poings fermés. Lui qui me disputait sur ma moindre faiblesse durant le voyage, il avait bon dos à présent ! Une pensée espiègle traversa mon esprit. Je pouvais peut-être lui jouer un tour pendant qu'il était inconscient ? Il fallait que j'y réfléchisse... Aussi tentante qu'était cette idée, elle comportait quand même le risque qu'il s'en aperçoive et le prenne mal. Je voulais connaître les capacités de Nanaki à travers un dossier inoffensif, pas m'en rendre compte par moi-même par l'expérience. Ce qu'il avait montré un peu plus avait été amplement suffisant pour moi, merci.

J'y réfléchis un certain temps, et avant que je m'en rende compte, le soleil était déjà très haut. J'avisai soudain que Shino prenait beaucoup trop de temps pour revenir. Lui était-il arrivé un incident fâcheux sur le chemin ? D'après mes observations, il devait être midi passé. Mon ventre se rappela à moi avec un gargouillis informe. Je n'avais presque rien mangé en deux jours, mais il s'était passé tellement de choses que je n'avais pas eu l'occasion de m'en soucier.

Que faire ? Attendre encore un peu ? Me lancer à la recherche de Shino ? Et si je le faisais, qu'adviendrait-il de Nanaki ? Je ne pouvais me résoudre à le laisser seul, il était une cible beaucoup trop facile dans ces conditions. Confus, affamé, je décidai de faire confiance à Shino. Qu'aurais-je gagné à m'aventurer seul dans cette forêt peu familière ? En outre, je n'avais ni les compétences ni la vitalité nécessaires pour me défendre en cas d'attaque sérieuse... et Nanaki, quoique mal en point, avait le grade requis pour déployer des trésors de ressources bien cachées si le besoin s'en faisait sentir. Du moins, je l'espérais pour nos vies...

Une heure plus tard, épuisé et mort de faim, je m'endormais comme une masse sous un soleil de plomb.

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Je me réveillai en sursaut en sentant un froid piquant sur ma peau. Levant des yeux bouffis par la fatigue et l'inanition, je vis avec effroi que la nuit était tombée et que le paysage avait changé. Un brouillard épais avait fait place à la lumière vive du soleil de midi ; la forêt s'était transformée en un lieu hanté et glacial sans que je susse comment. Je frissonnai sous l'assaut d'une brise froide, semblable à une bourrasque hivernale. Nanaki était toujours installé sur mes genoux ; il n'avait pas bougé d'un pouce malgré le changement d'atmosphère.

— Shino ? hélai-je d'une voix tremblante.

Je ne sentais aucune présence à part celle de Nanaki et la mienne dans les parages. Où était donc passé Shino ? Et moi, où étais-je ? J'avais envie de pleurer. Pourquoi tous ces malheurs m'arrivaient-ils, à moi ? Je n'avais rien fait pour les mériter !

Un grognement faible attira alors mon attention. Nanaki se réveillait enfin ! Je le secouai un peu brusquement, rassuré de savoir qu'en fin de compte, je n'étais pas seul dans cette histoire. Nanaki se releva avec peine, ses mouvements beaucoup plus lourds qu'ils ne l'étaient d'habitude. Peu m'importait ; il était un chûnin, il saurait quoi faire !

— On est perdu ! criai-je sans penser à m'enquérir de son état. Shino est parti depuis des heures et je ne sais même pas où on est !

Nanaki me jeta un regard encore plus froid que ne l'était la bise. Je fis une grimace contrite.

— Qu'est-ce que tu racontes ? dit-il d'une voix rauque.

— Shino... Il est parti chercher à manger, mais il n'est pas revenu...

— Qui est Shino ?

— Mon supérieur. Shino Aburame.

— Le gars qui était avec toi ? C'était un ninja de Konoha ?

— Oui...

— Merde !

Je me ratatinai un peu en sentant la colère dans la voix de Nanaki. Comme j'étais loin des bonnes résolutions de tantôt ! Une seule chose m'importait, c'était de sortir de cet endroit au plus vite et de retrouver la sécurité d'une équipe fiable. Nanaki darda sur moi ses yeux noirs, le visage tordu par le mépris.

— Il nous a abandonnés, si je comprend bien ?

— Shino ne ferait jamais cela ! m'écriai-je, horrifié par ses accusations.

Nanaki me toisa d'un air sévère.

— Qu'en sais-tu ? Tu le connais depuis longtemps ? Quel est son grade, son numéro d'enregistrement ?

— Euh... Chûnin... et...

— Et ?

— Je ne sais pas trop... Je suis sûr qu'il me l'a dit, enfin je crois...

Pourquoi toutes ces questions ? La haine que j'éprouvais envers Nanaki se rappela à moi avec force. Je voulais le frapper. Il était tellement plus fréquentable lorsqu'il était inconscient !

— Laisse-moi résumer, fit-il avec humeur, tu as suivi un homme que tu ne connaissais ni d'Ève ni d'Adam, juste parce qu'il t'a dit être de Konoha ? Ça dure depuis combien de temps, ce petit manège ?

— Il n'est pas un imposteur ! criai-je, irrité. Il avait un bandeau de Konoha !

— N'importe quel bon ninja peut capturer l'un des nôtres et lui voler son bandeau pour s'en servir à des fins d'espionnage. Ce n'est pas une preuve.

— C'est un Aburame ! Un membre d'une des familles les plus respectées de Konoha !

— Encore une fois, tu as une preuve de ce que tu avances ?

Je vis rouge. De quel droit osait-il douter de ma parole ?

— Désolé de te dire ça, mais je sais quand même voir quand un type utilise des insectes de cette manière ! Ou alors tu me juges trop nul pour ça ?

— Ce n'est pas une idée à exclure, fit-il avec une grimace hautaine.

— Retire ce que tu as dit !

— Pourquoi ? C'est la pure vérité.

Ma colère était telle que j'en avais oublié notre situation et l'état de fatigue dans lequel je me trouvais. Je levai la main pour frapper Nanaki ; il n'esquissa même pas un geste pour se défendre, prétentieux comme il l'était. Mes oreilles bourdonnaient d'étrange manière, mais je n'y fis pas attention sur le moment.

Ce fus alors que Nanaki sauta sur moi et plaqua sa main sur ma bouche, les yeux rivés sur un point dans le brouillard. Je m'indignai et essayai de me soutirer à sa poigne, sans succès ; il m'avait agrippé sans ménagement et et me jetait à présent au sol. Je voulus crier ; il me donna un coup au niveau du plexus, et je me tordis de douleur en le maudissant en mon for intérieur.

— Pas un bruit ! Il y a quelqu'un !

— Shino ? pus-je articuler en essayant tant bien que mal de reprendre mon souffle.

— Non, ce n'est pas la même signature... Celui-là est beaucoup plus puissant !

Je ne l'écoutais plus, tant ma détresse était grande. Il ne m'avait pas raté ! Je vis Nanaki me faire signe de me taire. Comme si j'étais en état de dire quoi que ce soit !

— As-tu des armes ? chuchota-t-il tout près de mon oreille.

Je secouai la tête.

— J'ai tout perdu pendant la tempête, fis-je, penaud.

— Quelle tempête ?

— Celle qui nous a surpris et nous a éloigné des autres !

Nanaki me lança un regard confus.

— Tu veux dire le brouillard ?

— Non, la tempête !

Il semblait vouloir contester mes propos, mais alors il se passa une chose fort curieuse. Le brouillard qui nous enveloppait depuis plusieurs minutes déjà s'éclaircit d'un coup, et nous nous retrouvâmes au sommet de ce qui semblait être une falaise abrupte au bord de la mer. Je hurlai en m'apercevant que nous étions accroupis tout au bord du gouffre ; un pas de plus, et nous étions précipités tout en bas, là où une mer furieuse battait les rochers en mugissant. Une pluie battante nous tombait dessus, trempant nos vêtements et refroidissant nos corps. Je m'accrochai en tremblant à Nanaki.

— Qu'est-ce que... où est la forêt ? D'où vient ce temps ?

Nanaki ne me répondit pas. Son attention semblait s'être portée ailleurs. Intrigué, je me concentrai pour tenter de percevoir ce qui l'inquiétait autant, en vain. Le vent soufflait à une vitesse folle ; je ne sentais rien dans toute cette tourmente. Nanaki me saisit par l'épaule et me colla à lui, sans croiser une seule fois mon regard. Que lui arrivait-il donc ? Depuis quand était-il aussi protecteur en ma présence ?

— Nanaki ? hésitai-je. Quelque chose ne va pas ? Je ne sens rien...

— Chut !

Je sursautai en l'entendant. Sa voix était à peine perceptible, mais elle me paraissait presque... obscène, au milieu de ces bruits de tempête. J'ignorais d'où me venait un tel sentiment ; je n'étais même plus tout à fait sûr d'avoir toute ma raison ! Nanaki me serra plus fort contre lui, et je me sentis rougir sans le vouloir.

— Quelque chose est à l'ouvre, fit-il d'une voix tendue. J'ignore quoi, ni pourquoi il s'en est pris à nous en particulier. Reste tranquille.

— Mais...

— Tais-toi, j'ai dit !

Je n'osais désobéir, tant mon trouble était grand. Nanaki était si près, si près, que je pouvais sentir son souffle sur mon cou. La tempête faisait rage. Je fermai les yeux.

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Lorsque je les rouvris pour la troisième fois de cette journée, la tempête avait cessé et il faisait de nouveau grand jour. Pour la peine, je renonçai à comprendre quoi que ce fût. Quelle drôle d'histoire ! Je bougeai un peu pour me mettre à l'aise, car mon bras était un peu ankylosé. Je m'aperçus alors avec consternation que je me trouvais dans un futon énorme, au beau milieu d'une chambre spacieuse qui sentait bon le jasmin. Une télévision éteinte en face du lit, quelques tableaux aux murs représentant des paysages de forêt et un décor de falaise que je reconnus comme étant celle où nous nous trouvions un peu plus tôt avec Nanaki, des photographies de personnes que je ne connaissais pas. Où avais-je atterri ? Je pouvais voir et entendre l'agitation d'un village en pleine santé par la fenêtre. Konoha ?

Quelqu'un grogna à mes côtés, et je tournai la tête en sa direction avec un soupçon d'appréhension. Je m'étais aperçu que j'étais nu sous les draps ; mon corps était celui d'un étranger, trop grand, trop lourd pour mon physique d'enfant de douze ans. De longs cheveux blancs me tombaient sur les épaules ; ma peau était couverte de cicatrices que je ne connaissais pas. La personne qui se trouvait avec moi passa ses bras autour de mon torse, et j'en fus si abasourdi que je ne pensai pas à la repousser. Son souffle me caressa la nuque quand il me dit :

— Bonjour, mon amour. Bien dormi ?

Je sursautai de surprise et de honte. Qui ? La voix était indubitablement masculine. Des bras puissants m'enserrèrent un peu plus, et je tremblai en réaction.

— Iruka ?

Pris de panique, je me débattis et sortis de son étreinte. Il poussa un cri indigné. Les pieds sur le tapis, nu et craintif, je risquai enfin un oeil en direction de mon partenaire de couche. Je ne vis qu'un éclat blanc au coin de l'oeil, une pointe de rouge, puis le jeté d'un drap dans les airs m'empêcha de continuer mon inspection. Le drap tomba sur moi et je dus lutter pour ne pas m'effondrer sous le poids. On me plaqua au sol, mes mouvements furent stoppés nets, et je criai d'effroi en pensant ma dernière heure venue.

— Iruka, arrête ! fit cette voix masculine. C'est moi, Kakashi !

Je me mis à pleurer et à hurler à la mort, plus confus que jamais. Que se passait-il donc ? J'allais devenir fou ! Qui était cet homme au parfum familier qui me retenait comme si j'étais un ennemi ?

— Chut, fit-il d'une voix douce en m'attirant à lui, c'est moi, je ne te ferai aucun mal...

De grosses larmes coulaient sur mes joues, mes mains battaient l'air sans but, j'avais du mal à respirer. Kakashi me caressait les cheveux en continuant de me murmurer des mots de réconfort. Je ne savais plus que que faire.

— Ça va aller, ça va passer... Doucement, respire, je suis là, je ne vais nulle part, tu vois ?

Qui était-il ? Sa voix me berçait un petit peu, je me sentais bien, en fin de compte. La lumière du jour était un soulagement, sa voix une ancre salvatrice à laquelle me raccrocher.

— Oui, c'est ça, continua-t-il, tu ne vas pas me lâcher après tout ce qu'on a vécu, hein ? On a tellement galéré pour être là...

Je fermai les yeux, un sourire sur les lèvres.

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Que la lumière du soleil était douce sur ma peau ! Je levais les mains en direction de l'astre du jour et fus ébloui. Cela me fit rire.

— Ah ! fit une voix connue à ma droite.

Je levai les yeux et vis Sanae se pencher sur moi avec un air inquiet. Je lui souris.

— Quand est-ce qu'on mange ? fis-je en soupirant, car je pouvais sentir une faim tenace me tirailler le ventre.

Alors Sanae, ma douce et forte Sanae, fit un visage si étrange, si triste ! Je ne compris pas bien. La seconde suivante, elle me prenait dans ses bras en sanglotant à chaudes larmes. Qu'avait-elle ? Je lui rendis peu à peu son étreinte, mais mon esprit était toujours aussi vide. Je remarquai néanmoins que nous nous trouvions dans une chambre sans prétention, aux murs de bois sombre qui me firent penser à l'auberge de Tempura. L'autre lit qui se trouvait dans la chambre était occupé par un Nanaki inconscient. Je ne fus pas mécontent de le voir ainsi : cela m'évitait de subir ses continuelles remontrances...

— Où sont les autres ? demandai-je.

Sanae ne répondit pas, mais ma question mit un terme à ses pleurs. Elle sortit brusquement du lit et me tourna le dos.

— Tu te souviens de quoi ? fit-elle d'une toute petite voix.

Je baissai la tête. Mes souvenirs... Mes mains étaient étendues sur mes genoux, je les levai avec surprise.

— Ah, j'avais pas une cicatrice sur le pouce ? Où elle est passée ?

Je me souvenais clairement m'être égratigné durant un exercice en classe, un an plus tôt. La coupure avait été profonde et je ne l'avais pas soignée tout de suite ; il s'en était fallu de peu qu'elle ne s'infecte gravement. Il ne m'était resté qu'une cicatrice fine que j'exhibais avec fierté à chaque fois qu'on me demandait si j'étais un ninja.

— Elle n'existe pas encore, chuchota Sanae en se rapprochant.

Je ne comprenais pas. Sanae me fit un sourire triste, et je sursautai en la voyant. N'avait-elle pas un peu grandi depuis la veille ? Ses cheveux étaient un peu plus longs, son visage moins rond, et sa poitrine... Avait-elle jamais eu de la poitrine, d'ailleurs ? Je tendis le bras. Elle me saisit la main et la mit sur son visage. Ses larmes étaient brûlantes.

— Où est Kei ?

Sanae ne répondit pas.

— Sanae, où est Kei ?

— Dans la chambre d'à côté, dit-elle enfin. Avec Takeshi.

Je me levai sans attendre pour aller les voir. Sanae ne fit pas un geste pour me conduire ou m'arrêter. Elle resta là, sans bouger, sans rien dire. Pour ma part, je souriais de toutes mes dents en pensant à Kei. Il fallait que je lui raconte le drôle de rêve que je venais de faire, il n'en croirait pas ses oreilles ! Kei savait toujours comment me rassurer quand j'étais angoissé. Je devais aller voir Kei.

En chemin, je frôlais Kojiro qui portait un plateau de victuailles. Je fis à peine attention à ses appels anxieux. La porte de la chambre voisine ne résista pas quand je tournai la poignée ; j'entrai sans m'annoncer, tout heureux.

Contrairement à celle dans laquelle je m'étais réveillé, cette chambre-là était plongée dans le noir. Personne n'avait pensé à tirer les lourds rideaux aux fenêtres. Seule, une bougie déjà bien entamée éclairait l'ensemble : un lit aux draps fatigués, une chaise sur laquelle se trouvait un garçon de mon âge habillé comme un pêcheur. Il se leva en me voyant rentrer sans frapper.

— Iruka ? s'écria-t-il en s'avançant vers moi. Tu es déjà debout ? Tu ne devrais pas...

— Qui êtes-vous ? demandai-je, surpris. Où sont Kei et Takeshi ?

Le garçon ouvrit des yeux ronds. J'observai le lit. Quelqu'un s'y trouvait ; un malade ? Je me précipitai à son chevet. Le garçon poussa un cri et tenta de m'arrêter ; je l'écartai d'un geste impatient et tirai le drap pour voir qui se trouvait en-dessous.

— Un vieillard ? fis-je en voyant le corps malingre que je découvris, recroquevillé sur lui-même.

Le garçon me saisit le bras et m'éloigna avec brusquerie.

— Ça suffit, retourne avec Sanae !

Sa voix, quoique frêle, me rappela quelque chose. Je l'observai avec curiosité. Où l'avais-je déjà entendue ? Et pourquoi ce garçon m'était-il familier ?

— Takeshi ? fis-je, abasourdi, en reconnaissant mon professeur. Qu'est-ce qui t'est arrivé ?

Le garçon aux traits de Takeshi fit la grimace comme si je l'avais frappé. Sa lèvre trembla, et je pus sentir sa main hésiter sur mon bras. Un grognement attira mon attention : le vieillard s'était réveillé et remuait dans son lit.

— Takeshi ? dit-il d'une voix faible, creusée par les ans. J'ai cru entendre Iruka...

Je sentis mon sang se glacer dans mes veines. Les yeux de Kei me fixaient du lit.

À suivre...

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Ce chapitre est un peu plus court que les précédents, mais je n'avais plus rien à dire du point de vue d'Iruka... Il y aura plus de détails avec le chapitre de Kakashi. Pour l'heure, laissons ce pauvre Iruka avec ses questions...

Merci de votre fidélité et à bientôt !