J'achève de planter le décors et les choses devrait commencer à bouger ! Un peu de patience ! :)
J'espère que ce chapitre vous plaira ! Et encore merci à Charlotte pour sa review !

Chapitre 2

Le dortoir des pensionnaires formait un L de plusieurs étages. Ronald mit à profit le reste de la pause déjeuner pour faire visiter le bâtiment à Harry. Celui-ci avait été taillé dans la même pierre rose et poreuse que le reste du couvent qui leur servait d'école. Cela donnait aux murs une allure majestueuse mais rendait également les couloirs humides et froids, surtout en cette saison. La fraîcheur des lieux devait les rendre agréable à vivre l'été, dommage qu'alors il n'y eut plus personne pour y loger.

Chaque chambre pouvait abriter jusqu'à quatre élèves, les années étaient mélangées sur un même étage mais dans la mesure du possible, une chambre regroupait des élèves de même niveau d'étude. Les garçons se répartissaient sur les premier et deuxième étages tandis que les filles se partageaient les troisième et quatrième. Hermione ne les avait pas accompagnés, préférant se rendre à la bibliothèque.

Les salles de douche communes se trouvaient au bout du couloir à chaque étage et des toilettes, à chaque extrémité. Des salles de travail et de détente se situaient au rez-de-chaussée et une buanderie se trouvait même au premier sous-sol. Afin d'éviter les dégradations, les pensionnaires étaient chargés de l'entretien de leurs chambre et facilités. Des surveillants, qui logeaient aussi dans le bâtiment, veillaient au bon respect de la vie en communauté et du couvre-feu.

Harry avait effectué un court arrêt aux toilettes avant de découvrir sa nouvelle chambre, sa troisième en moins d'un an. Cela commençait à faire beaucoup, lui qui se sentait capable de se contenter d'un placard. Harry n'avait pas eu l'occasion de développer des goûts de luxe (allait-il y venir à présent qu'il était riche ?) et peu suffisait à le satisfaire. Ce qu'il n'aimait pas, c'était le changement. La routine avait quelque chose de rassurant : au moins, vous saviez où vous mettiez les pieds. Il ne regrettait pas d'être venu, cependant. Enfin, il reprenait un semblant de contrôle sur sa vie.

Ronald logeait dans une vaste chambre avec pour mobilier une paire de lits superposés et deux bureaux déjà envahis par des affaires de classe. Cela pouvait paraître peu – ils étaient quatre après tout – mais Ronald lui expliqua que les salles d'études étaient assez nombreuses et fournies en ouvrages de référence pour leur permettre de faire leurs devoirs. En fin de compte, ils travaillaient peu dans leurs chambres.

Harry put deviner les goûts de ses colocataires à la décoration de la pièce : des posters de joueurs de basket en tenue rouge et or couvraient les murs et, sur les tables servant de bureau, trônaient deux trophées d'une compétition quelconque, l'un de ce même sport, l'autre de ping-pong. Les affaires de Harry avaient été livrées dans la matinée et entassées dans un coin de la pièce – il n'en avait pas accumulées des tonnes depuis que son parrain était venu le chercher (à l'écouter, parfois, on aurait dit qu'il l'avait secouru mais Harry n'avait pas encore décidé s'il n'était pas tombé de Charybde en Scylla). Le décors était plus chic mais grattez les dorures et vous tombiez sur les mêmes barreaux.

Lorsque Ronald lui désigna quel serait son lit – l'une des deux couchettes inférieures – il lui donna l'impression de s'en excuser, comme s'il se sentait coupable de donner le lit le moins confortable au nouveau venu mais sans l'être assez pour lui proposer d'échanger leur place. Harry s'en moquait : il n'était pas claustrophobe et préférait avoir un matelas au-dessus de la tête que le nez collé au plafond. Au moins, ainsi, il ne risquait pas de tomber.

Ronald engagea la conversation en insistant pour qu'il l'appelât « Ron » tout court puis en lui offrant son aide pour déballer ses affaires. Harry accepta : il n'avait certes que peu de vêtements (un uniforme et plusieurs chemises blanches de rechange, une tenue de sport et quelques jeans, pulls et t-shirts) mais il ne savait pas non plus où ranger tout cela. Ron lui montra où se trouvait l'armoire et la place qui lui avait été faite par le départ de son prédécesseur. Harry apprit ainsi les noms de leurs colocataires manquants : Seamus Finnigan et Dean Thomas. L'un était issu d'une lignée de riches industriels irlandais, le grand-père de l'autre était un cinéaste célèbre.

Posée au-dessus d'une pile d'habits, il trouva une enveloppe non scellée à son nom, devina plus qu'il ne reconnut l'écriture de son parrain (de qui d'autre cela aurait-il pu provenir ?). Ils ne s'étaient pas quitté depuis une journée qu'il lui fixait déjà rendez-vous. Harry rangea le mot dans la poche intérieure de son blaser. Cela lui allait bien de jouer les parents inquiets après toutes ses années passées à ne pas même connaître son existence.

Ron ne lui demanda pas ce que disait le message, ce dont il lui fut reconnaissant.

« C'est vrai ce que disent les journaux ? » voulut savoir à la place le rouquin.

Harry s'immobilisa puis se tourna lentement vers lui, un air de détachement affecté sur le visage.

« Ça dépend… tu fais référence à quoi ?

– En gros, que tu as grandi dans une maison modeste jusqu'au décès de ton grand-père.

– On pourrait le résumer comme ça », répondit Harry avec un haussement d'épaules. C'était considérablement simplifier l'histoire mais ça lui convenait tout à fait.

« Ça doit te faire bizarre d'être propulsé sur le devant de la scène. On a beaucoup parlé de toi.

– Je ne suis pas non plus une star de ciné, la presse va se lasser. »

Du moins était-ce ce qu'il espérait.

« Non, bien sûr, tu es seulement devenu du jour au lendemain le meilleur parti du pays, sourit Ron, l'œil malicieux. Enfin, je voulais te dire… je sais ce que tu penses, ce que tu ressens. Dans une moindre mesure, je suis passé par là. Pas pour ma photo en couverture de tous les magazines mais pour l'argent, l'école, tout ça…

– Ah oui ?

– Rassure-toi, y'a quand même des gens qui sont… peut-être pas tout à fait normaux mais en tout cas qui sont ok. Seamus et Dean, par exemple, ils sont nés avec une cuillère en argent dans la bouche mais ce sont des mecs cool. »

Harry rigola.

« Et toi ? Tu es comment ? »

Ron se frotta la nuque avec embarras.

« Eh bien, j'espère que tu me trouveras cool aussi. »

Harry plia correctement un t-shirt qui avait glissé et s'était froissé dans sa boîte en carton.

« Je te remercie de me servir de co-pilote en tous cas, sans toi je me sentirai vraiment paumé, ici, et rien ne t'obligeait à faire ça.

– Arrête, c'est rien. Et puis je te l'ai dit, je suis passé par là moi aussi. Ça ne fait qu'un an que je suis ici. »

Harry fut tenté de l'interroger à ce sujet mais puisque Ron ne lui donnait pas de plus amples explications de lui-même, il décida de ne pas insister. Il ne voulait pas présumer trop tôt de leur amitié naissante. Après tout, ils n'en étaient qu'à l'échange de leurs cartes de visite, pas à partager les détails sordides de leurs origines sociales.

Brusquement, Ron se mit à rire.

« Enfin, on a aussi notre lot de prétentieux ! Prends Hermione, elle est la preuve vivante qu'on peut être riche, intelligente et belle, fin de citation ! Enfin, je suis bien obligé de reconnaître que deux des trois propositions sont exactes…

– Qu'elle est riche et jolie ?

– Riche et intelligente ! se récria Ron. Plus pimbêche que cette fille, y'a pas !

– Quel rapport avec son physique ?

– Eh bien, enfin... ce qui est sûr, c'est qu'elle est insupportable !

– Oh ? Il m'avait pourtant semblé que ça ne te déplaisait pas. »

En voulant protester, le jeune homme roux s'étrangla sur sa propre salive.

« Je vous connais depuis une demi-journée, ajouta Harry, et je peux te dire que vous faites très vieux couple.

– Dis pas de conneries ! s'horrifia Ron.

– Ok ! Ok ! Comme tu voudras, se moqua Harry. Si tu veux un conseil, tu devrais la plaquer contre un mur et lui rouler la pelle de sa vie. »

Ron se lança dans l'imitation réussie d'un poisson dans un aquarium.

« Je peux pas faire ça !

– Bien sûr que si.

– Ça m'étonnerait qu'elle soit d'accord.

– Tu serais surpris… » répondit Harry, malicieux.

Il laissa son nouvel ami à son bocal et rangea ses dernières affaires. Ensuite, il fut l'heure de reprendre les cours.

XYX

Aidé par Ron qui s'assit à ses côtés en classe, Harry commença à prendre ses marques. Hermione le surprit agréablement : tandis que Ron l'aidait à s'installer, la déléguée était passée à la bibliothèque emprunter pour lui les livres dont il aurait besoin pour finir la journée ainsi que ceux pour le lendemain matin (la totalité était trop lourde à porter). Que cela fut par gentillesse ou devoir, l'intention le toucha.

Le Professeur Snape lui fit l'effet d'être un homme sévère, voire intransigeant, et qui assurait son autorité dans ses classes par l'usage du sarcasme. Harry n'était pas insensible à cette forme d'expression, il aimait lui-même y avoir recours à ses heures, bien qu'il eut parfois l'impression de davantage donner dans le cynisme que dans l'ironie.

Le cynisme, quoiqu'il en soit, lui convenait également.

À la fin des cours, Hermione et Ron le conduisirent à l'immense bibliothèque qui couvrait la majeure partie du bâtiment administratif. Cette dernière regroupait plus de livres qu'il avait été donné à Harry d'en voir en un même endroit. Comme le reste du lycée, la bâtisse était ancienne mais parfaitement entretenue. À l'intérieure, les ouvrages étaient entreposés dans d'imposantes étagères de bois sombre et sculpté encastrées dans les murs. Les tables de travail étaient également taillées dans un bois lourd, sans doute du chêne, d'une teinte plus claire que le reste des boiseries. Aucune n'avait été défigurée par de quelconques inscriptions infantiles mais la majesté du cadre incitait à le respecter. Comme dans n'importe quel lieu de recueillement, le chuchotement vous montait naturellement aux lèvres. Sur les côtés, des escaliers circulaires menaient à l'étage où d'autres étagères et tables, plus petites, longeaient des rambardes de pierre grise qui contournaient l'espace ouvert au centre.

Certaines sections étaient réservées aux élèves plus âgés, d'autres, au seul corps enseignant. Peut-être était-ce aussi ce privilège alloué qui faisait que leurs professeurs revenaient enseigner ici. Des personnes extérieures à l'école, dotées d'une autorisation spéciale et moyennant finance, venaient parfois consulter des ouvrages tant certains étaient rares, anciens ou précieux.

Cette bibliothèque, Harry la détesta immédiatement. Il se fit vœu d'y passer le moins de temps possible. Déjà le silence lui hérissait les poils sur les bras. Le plafond, les dimensions entières de la salle, le faisait se sentir si minuscule qu'il n'avait qu'une hâte : se trouver ailleurs. C'était donc vrai, l'on pouvait être écrasé par le vide. Loin d'éprouver une sensation de liberté devant ce grand espace, il se sentait confiné ; soudain, tout ce bois lui paraissait être les parois d'un cercueil.

Pressé d'en sortir, et toujours aidé par ses nouveaux amis, Harry s'acquitta des formalités d'usage pour l'emprunt des livres. Sitôt celles-ci remplies, il prétexta avoir manqué de temps à midi pour visiter le reste du bâtiment des Gryffondors. Ils quittèrent les lieux.

XYX

Dans la salle de repos comme des Gryffondors, Harry regarda l'heure tourner. Une large horloge à aiguilles circulaire était accrochée sur un pan de mur au-dessus d'une fausse cheminée – Harry avait été déçu d'apprendre que celle-ci n'était qu'une réplique. Il pouvait cependant comprendre qu'on ne laissât pas à des adolescents la possibilité de faire du feu. La salle était si grande que l'on aurait aisément pu y faire tenir une classe voire deux en serrant un peu.

Contre les murs, à l'entrée et ici ou là, des vitrines exposaient des trophées ou des photographies d'autres moments de gloire. Le plupart représentaient des élèves brandissant des coupes ou tableaux d'honneur (posés juste à côté), d'autres montraient des adultes souriants et tout aussi auréolés de succès. Harry les devina leurs prédécesseurs : sur un cliché, une madame McGonagall avait rajeuni de dix ans. Voir ainsi un enseignant qui lui avait fait cours le matin même lui fit un drôle d'effet.

Harry fut ensuite présenté à tout un tas de Gryffondors dont il ne retint pas les noms, à l'exception de ses deux camarades de chambre, Dean et Seamus. Dans l'ensemble, cette école ne ressemblait pas à ce qu'il avait craint. Tous l'accueillaient à bras ouverts, certes, cela il s'y était attendu, mais il se dégageait davantage de solidarité que de calcul intéressé. Finalement, son parrain avait peut-être exagéré dans ses avertissements. Naturellement, cela pouvait également s'expliquer par le simple fait qu'il était « l'un des leurs » à défaut d'appartenir aux « rangs ennemis ».

S'il avait pu se douter…

La grande aiguille de l'horloge vint dire bonjour au chiffre neuf, les jambes de Harry le démangèrent. Hermione interrompit sa contemplation de l'heure en s'asseyant à ses côtés sur le confortable canapé en regard de la cheminée de pacotille. Un petit garçon blond aux yeux clairs qui peinait à entrer dans l'adolescence les rejoignit.

« Bonjour. Je m'appelle Colin Creevey. Tu es Harry Potter, n'est-ce pas ? C'est toi qui as pris la place de Neville…

– Je n'ai pris la place de personne », releva calmement Harry. Il ignorait de quoi le petit pouvait bien parler.

« Tu es dans sa chambre. »

Ron confirma d'un hochement de tête.

« Neville était mon parrain, ici. Le proviseur m'a dit que tu le remplacerais.

– Parrain ?

– Notre lycée a mis en place un système de tutelle, expliqua Hermione. Chaque quatrième et cinquième année a un première ou deuxième année à sa charge. Ça ne consiste pas à grand chose, simplement à le guider dans l'école et à l'aider dans ses devoirs au besoin. »

Harry éclata de rire.

« C'est ma première journée et je suis censé guider quelqu'un ? Eh bien, enchanté, Colin ! J'espère que tu possèdes une bonne boussole, ou un sens aigu de l'orientation, et que tes notes ne sont pas à la dérive parce que sinon, je risque de faire un bien piètre parrain ! »

Colin cilla puis son visage se fendit un large sourire.

« Mes parents ne se sont pas plains de mes notes jusqu'ici et je suis là depuis la rentrée. Je connais les couloirs par cœur.

– Ne t'éloigne pas trop, alors, tu pourras m'être utile ! »

Il discuta cinq minutes avec son nouveau filleul puis sauta sur ses pieds et fit mine de prendre congé.

« Où vas-tu ? demanda Ron, se levant à son tour.

– Oh, juste me dégourdir les pattes, faire le tour du coin.

– Tu veux que je t'accompagne ?

– Non, ça ira. Je voudrais pouvoir me diriger tout seul. » Après une seconde de pause, il ajouta : « C'est que je ne voudrais pas faire honte à Colin ! Mais ne t'inquiète pas, je crierai si je me perds ! »

Après un dernier salut, Harry s'en fut d'un pas pressé. Il ne lui restait que dix minutes.

XYX

Il était parvenu à être à l'heure et, a priori, au bon endroit. Pas mal pour un nouveau venu, songeait-il, même si c'était au seul plan dessiné sur le petit mot glissé au fond de sa poche qu'il devait cet exploit. À présent, il poireautait depuis cinq bonnes minutes et commençait à se morfondre. Si la ponctualité n'était pas le fort de Harry, lui n'était jamais en retard, surtout aux rendez-vous qu'il fixait.

Harry resserra le col de sa veste autour de son cou. Le soleil se couchait sur cette journée de février, il n'en pouvait plus d'attendre.

À gauche, derrière lui, des pas crissèrent sur les graviers sur le chemin qui longeait l'une des faces du bâtiment le moins utilisé. Le cœur de Harry s'emballa. Le silence revint. Harry s'appuya de tout son poids contre le mur et ferma les yeux. Les bras le long du corps, sa main alla chercher le tranchant de l'angle contre lequel il se tenait. Lorsqu'elle rencontra d'autres doigts qui tâtonnaient eux aussi, il frissonna.

« Ne reste pas là où on pourrait te voir », lui reprocha une voix qu'il n'avait pas entendue depuis quelques heures seulement mais qui lui avait tant manquée.

La main le saisit par le poignet et tira. Harry n'eut que le temps d'apercevoir une paire d'yeux gris.

Draco le plaqua contre le mur, et lui roula la pelle de sa vie.