« Maman ! Maman ! Dante m'a pris mon amulette ! »

Eva sortit comme la foudre de la maison, talonnée par Vergil.

« Donne-la-moi. »

L'enfant en rouge rendit à regret le médaillon, tandis que son jumeau lui faisait une grimace.

« Mais Maman, je voulais juste… »

Une gifle claqua. La seule qu'Eva donna jamais à ses enfants.

« Vous devez toujours les garder séparées. C'est clair ? Vous avez chacun la vôtre, un point c'est tout ! Tu comprends, Dante ? »

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Aucun invité spécial d'après ses informateurs dans le quartier. Mais ses informateurs n'étaient pas si fiables. Un homme qui frayait avec les démons, comme ce Caïn (sinon comment pouvait-il promettre à Gjüll de l'aider ?) pouvait se montrer plus persuasif que Dante. Juste parce que celui-ci ne voulait pas recourir à des moyens trop peu honorables. Il avait de plus en plus l'impression de se refuser les moyens de réussir. Au nom de quoi ? Il agissait de toute façon pour le bien. Et...

La fin justifie les moyens…

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« SPARDA ! »

« Eva… »

La femme enceinte s'arrêta, à bout de souffle. Le démon l'obligea à s'asseoir par terre.

« Pourquoi pars-tu ? »

« Pour toi. Et pour lui. »

« Mais je t'… »

« Je ne suis plus que l'ombre de moi-même. »

Il contempla ses mains avec mépris.

« Le Légendaire Chevalier Noir, hein ? Il sera déjà difficile à l'enfant de grandir à l'ombre de cette légende. Je ne veux pas qu'il voie ce que je suis devenu… Par amour pour l'humanité. »

Sa phrase, commencée dans un rugissement, finit dans un souffle

« Et moi ? Je veux que tu restes à mes côtés. Je t'aime comme tu es maintenant. »

« Tu ne comprends pas ? Je méprise l'être faible que je suis ! Comment pourrais-je t'aimer si je me hais moi-même ? »

Eva ravala ses larmes. Elle avait rarement vu autant de détermination sur le visage de son époux.

« Et où vas-tu aller ? »

« Là où est ma place. Dans le monde des démons, auprès de mon épée. »

« Mais ta place est ici, avec moi… »

« Tu ne changeras pas ma décision. »

Il se radoucit et lui prit la main.

« Mais tu peux m'accompagner. Ainsi, je serai sûr que ce sera toi qui auras ça, ajouta-t-il en sortant une amulette rouge. »

« Qu'est-ce que c'est ? »

« La clé du monde des démons. Je la briserai pour refermer la porte derrière moi, et toi et l'enfant la garderez en sûreté. Ainsi les démons ne reviendront jamais sur cette terre. »

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Il retrouva l'agence fouillée de fond en comble. De mieux en mieux.

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Caïn monta les escaliers et frappa à la porte de la chambre. Sans attendre de réponse, il entra.

« Avez-vous besoin de quoi que ce soit? »

Une silhouette démoniaque émergea de l'ombre avant de prendre forme humaine. Les yeux bleus du démon dévisagèrent l'humain avec une intensité effrayante.

« Caïn... L'a-t-il en sa possession? »

« Oui, il en prend grand soin. Après tout, c'est un souvenir du frère qu'il a perdu.»

« Il nous la faut. »

« Vous l'aurez bientôt. Faites-moi confiance. »

« Je te crois. Après tout, tu as tout intérêt à ce que je n'aie pas besoin d'y aller moi-même. »

L'humain ressortit, le ton menaçant du démon l'y avait invité. Celui-ci reprit sa forme originale.

« Dante... Je te reprendrai mon héritage. Et je vengerai ma mère. »

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« Mais qu'est-ce qu'ils cherchaient ? »

« Je sais pas, mais ils l'ont pas trouvé : rien ne manque. »

« J'aimerais savoir pourquoi tu m'as attendue pour commencer à ranger ? »

« Personne ne range mieux que toi ma chérie. »

« Merci Dad... Alors les démons de l'autre jour, c'est la même affaire ? »

« Ouais. Un type du nom de Caïn qui voulait obtenir quelque chose de moi. »

« Et tu ne lui as pas demandé quoi ? »

« Dans le feu de l'action... »

Matelda fit taire son père d'un regard glacial.

« Non, grommela-t-il simplement. »

« Qu'est-ce que ça pourrait être ? »

« Je ne sais pas, mais en tout cas c'est en sécurité. »

« Comment ça ? »

« Il y a quelques vieux trucs que j'ai récupérés ici et là... Je les garde ailleurs pour parer à ce genre d'éventualité. »

« Où ? »

« Je te mettrais en danger en te le disant. »

« Je sais me défendre ! »

« J'ai l'intuition qu'il s'agit d'un gros poisson... Inutile de prendre trop de risques. »

Matelda rangea les livres dans la bibliothèque.

« Je les avais jamais vus ceux-là. »

« Lesquels ? »

« Des trucs sur le bushido, et celui-là... »

« Ne l'ouvre pas ! »

Interdite, elle referma la couverture rouge.

« Pas aujourd'hui. »

« D'accord, Dad. »

Son père était parfois bizarre. Elle avait parfois l'impression qu'il vivait avec pas mal de blessures. Et là, elle était sûre que le volume rouge en renfermait une.

« Dis, est-ce que je peux aller au ciné avec Tony demain ? »

« Si tu veux... »

Dante considéra un instant l'arme qu'il venait de ramasser. Un MicroUzi, cadeau de Lady.

« Tu veux bien faire plaisir à ton vieux père ? »

Elle n'avait jamais rien pu refuser à cette question...

« Prends ça avec toi. Je te trouverai d'autres chargeurs demain. »

« J'aurais préféré Eb et Ive... »

« Pas avant ma mort ! »

« Je sais. »

Avec une moue boudeuse, elle accrocha l'Uzi à sa ceinture dans son dos avec quelques chargeurs. Puis elle le décrocha prestement et visa le mur en le faisant tournoyer. Il était léger, et sa crosse fine. Taillée pour les petites mains d'une femme.

« C'est pas à toi ça ! »

« C'était à une amie. Tiens, ça aussi ! »

Il lui lança un couteau de chasse à la lame en acier damas. Les motifs clairs de l'acier semblaient dessiner la silhouette d'un ange torturé. Le pommeau était usé par endroits tant il avait été tenu.

« Elle était bien équipée ton amie... »

« C'était une chasseuse de démons. »

« Mieux vaut être bien équipé... Et ça, c'est quoi ? »

Elle examina l'objet qu'elle venait de trouver. Une statuette haute d'une dizaine de centimètres ressemblant à un totem indien.

« Oh, ça ? Je l'avais offerte à ta mère comme souvenir d'une escapade en amoureux. »

Ca sonnait faux, mais Dante sonnait toujours faux dès qu'il parlait de Béatrice. La couche de détachement tenait mal sur la culpabilité de ne pas avoir pu la sauver.

« Remets-là dans le coffre là-bas. »

« Je peux la poser sur mon bureau plutôt ? Elle me plaît bien. »

« D'accord, mais prends-en soin ! »

« Bien sûr ! Si elle appartenait à Maman... »

Matelda savait peu de choses sur sa mère : qu'elle avait rencontré son père lors d'un de ses boulots, qu'elle était morte en la mettant au monde. Ce dernier point l'avait toujours beaucoup culpabilisée. Elle se sentait responsable en un sens.

« Dad ? »

« Hum ? »

« J'ai pas de grands-parents ? »

« C'est pas vraiment le moment de parler de ça. »

« On n'en a jamais parlé. »

Dante soupira.

« Ta mère m'en a jamais parlé non plus. Et mes parents sont morts tous les deux quand j'étais enfant. »

« Tu es ma seule famille... »

« Ca a l'air de te faire de la peine, comment dois-je le prendre ? »

Matelda éclata de rire à la vue de son père vexé.

« J'aime beaucoup ma famille ! Surtout depuis qu'elle me laisse porter une arme à feu ! »

« Rigole pas trop vite. Tu pourrais en avoir besoin plus tôt que tu ne le crois. »

Prochain épisode dans trois semaines...